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Le capitalisme comme solution à l’écologie (Laurent Pahpy) !!!

Le capitalisme comme solution à l’écologie (Laurent Pahpy) !!!

 

. Par Laurent Pahpy, ingénieur, analyste pour l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF).

Il faut quand être gonflé pour soutenir que seul le capitalisme peut prendre en charge la régulation environnementale.  Pas étonnant cet article vient des Echos, journal sérieux quant il se limite aux faits et aux chiffres objectifs mais qui devient d’un ésotérisme sulfureux quand il faut défendre les valeurs de l’argent et les puissants. Pourtant  Laurent Pahpy, ingénieur, analyste pour l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF) affirme que la solution pour l’environnement  c’est le capitalisme. Et de ressortir la théorie à la mode du signal prix qui ré internalise dans l’économie de marché des problématiques sociétales. Un article à lire cependant et qui prouve qu’il y a encore de l’avenir pour les évangélistes du profit.

 

« Les dernières prévisions alarmantes du GIEC justifieraient pour beaucoup une remise en cause radicale de notre modèle de civilisation. Lors de son ultime discours en tant que ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot avait expliqué qu’il n’avait « pas réussi à combler cette ligne de faille entre l’économie et l’écologie ». La recherche perpétuelle et égoïste de profit épuiserait les ressources de la planète et nous mènerait droit à la catastrophe. De multiples exemples à travers le monde contredisent cette affirmation péremptoire. En Namibie, une approche contre-intuitive a été adoptée dans les ranchs privés depuis près de cinquante ans. Les éleveurs ont remplacé leurs troupeaux de bovins par des réserves de faune et de flore locales. L’attrait des touristes occidentaux pour les safaris est bien plus profitable et permet aux propriétaires de rentabiliser la reproduction et la protection des girafes et autres antilopes face au braconnage. Dans ce pays, la population d’animaux sauvages dans les ranchs a augmenté de 80 % depuis l’instauration de droits de propriété privée en 1967. Ce succès s’explique par la recherche du profit. Considérée à tort comme un vice, elle est un puissant incitateur pour le propriétaire à prendre soin de son capital naturel s’il parvient à le monétiser par la culture, l’élevage ou le tourisme. Lorsqu’une ressource n’appartient à personne (ou à tout le monde- ce qui revient au même), chacun est amené à la piller, à l’exploiter ou à la polluer jusqu’à l’épuisement total. Ce constat n’était pas étranger à Aristote, qui remarquait que « ce qui est commun au plus grand nombre fait l’objet des soins les moins attentifs. L’homme prend le plus grand soin de ce qui lui est propre, il a tendance à négliger ce qui est commun ». Les drames écologiques surgissent moins de la défaillance que du défaut de marché, à l’image de la surpêche où il n’est pas possible de définir des titres de propriété sur les poissons en l’état de la technologie actuelle. Néanmoins, quand cela peut se faire, l’instauration de droits de propriété est le meilleur moyen de mettre fin à la tragédie des biens communs et d’attribuer une grande valeur aux ressources écologiques rares. Les réussites sont légion. À 40.000 euros le kilo, le commerce de corne de rhinocéros en Afrique du Sud permet aux propriétaires des animaux de financer la protection et la reproduction du mammifère tout en en tirant profit. C’est en garantissant des droits de propriété marqués au fer rouge sur les bisons d’Amérique que l’espèce a été sauvée de peu de l’extermination au XIXe siècle. Autre exemple, l’aquaculture permet de satisfaire toute l’augmentation de la demande en poisson depuis le début des années 1990 et va bientôt dépasser la pêche traditionnelle en quantité. Notons que les espèces marines toujours menacées de surpêche comme le thon rouge sont celles qui n’ont pas encore été domestiquées. Certes, le développement économique affecte parfois dramatiquement les écosystèmes et la biodiversité (enfin ! NDLR), mais il arrive un seuil à partir duquel la situation s’inverse et s’améliore grâce aux richesses et aux technologies accumulées. L’augmentation des rendements agricoles permet de nourrir en quantité et en qualité la population tout en laissant la place à des espaces naturels plus sauvages. Dans les régions ayant dépassé un PIB par habitant de 3.900 euros, les forêts reprennent du terrain. Même si des efforts doivent encore être accomplis, la qualité de l’air s’est grandement améliorée dans les pays occidentaux. Dans ces derniers, les déchets plastiques sont traités, stockés ou recyclés à plus de 95 % et ne sont plus rejetés dans la nature. Lorsque nos besoins élémentaires sont satisfaits et que notre niveau de vie augmente, une partie de nos ressources peut être allouée au recyclage, à la protection de la biodiversité et à la production d’énergies décarbonées. Dans les pays ayant adopté l’économie de marché et qui sont, par conséquent, les plus riches, l’indice de performance environnementale bat tous les records. La France est d’ailleurs en deuxième place derrière la Suisse et devant le Danemark. Même le World Wide Fund(WWF), dont l’approche méthodologique est fortement critiquable, calcule que la biodiversité a augmenté de 10 % dans les pays riches depuis les années 1970. Dans les pays qui refusent l’économie de marché, le non-développement économique est à l’origine des plus grands drames écologiques de notre époque. L’absence de traitement des eaux et des déchets véhicule des maladies gravissimes. Les affections diarrhéiques tuent encore près de 4.000 personnes par jour dans les pays pauvres. Une personne meurt toutes les dix secondes dans le monde à cause de la pollution de l’air issue de la cuisson au feu de bois. En plus de sauver des centaines de milliers de vies chaque année, la gazinière ou le raccordement électrique limitent la déforestation. Les approches décroissantes ou malthusiennes sont donc des contresens si l’on veut améliorer la situation écologique de la planète tout en éliminant la misère et les maladies. Si la nature est capitale pour l’humanité, protégeons sa valeur économique grâce au capitalisme pour lutter contre la tragédie des biens communs ! Comme l’expliquait l’économiste Julian Simon, le statut de « ressource » est relatif à l’usage que l’on en fait. Leur rareté fait augmenter leur prix ce qui incite les entrepreneurs à les rationner, les recycler, ou en développer des substituts. La connaissance, la technologie, la richesse accumulées depuis deux siècles et les innovations que nous n’imaginons pas encore nous permettront de nous adapter au changement climatique. Nous sommes déjà capables d’inventer des robots sous-marins face aux parasites de la grande barrière de corail, de modifier génétiquement des moustiques contre la malaria et de développer des plateformes de crowdfunding pour sanctuariser des espaces naturels. Débarrassons-nous des marchands de peur et de catastrophisme. Libérons-nous des entraves à la recherche scientifique et au développement technologique. Par l’innovation et nos choix de consommation quotidiens, devenons les acteurs du progrès dans une économie de marché résolument prospère et écologique. » (Amen ! NDLR)

 

Le capitalisme est-il devenu obscène ?

Le capitalisme est-il devenu obscène ?

Michel Santi, économiste. Dénonce les excès du capitalisme dans un article de la Tribune et la collusion finance et politique.

 

 

« L’accord tacite et consensuel sur lequel prospérait jusque-là notre société a été foulé aux pieds. Ces 1% qui contrôlent l’économie et qui créaient en échange l’emploi et la croissance autorisant les études, les services de santé et les retraites ont transformé ce contrat social en un pacte avec le diable. L’intervention – voire la rébellion – du citoyen s’impose plus que jamais car il est certain que croissance et qu’emploi n’atteindront plus jamais les niveaux précédents la crise des années 2007-2008.La rupture de ce pacte par ceux-là mêmes qui en profitaient le plus fait que la masse des citoyens ne vivra plus jamais une vie décente car le peu de croissance qui reste à leur jeter en pâture sera naturellement accompagnée d’inégalités aberrantes ponctuées de chocs réguliers d’instabilité financière.

La promotion de l’emploi, la recherche & développement ne sont désormais – et de loin – plus la priorité des entreprises cotées en bourse qui rachètent frénétiquement leurs propres actions afin d’en faire encore et toujours monter les cours pour faire gagner le actionnaires, déjà gâtés par le versement des dividendes réguliers. Dans un pays comme les États-Unis, ces rachats d’actions atteindront, selon Goldman Sachs, 1.000 milliards de dollars cette année, en hausse de près de 50% par rapport à 2017. Les 1% les plus nantis possèdent à eux seuls près de 70% des capitalisations boursières et les 90% les moins fortunés seulement 6% !

Ne nous masquons pas la réalité car les progressions boursières indécentes sont à la fois condition sine qua non et conséquence directe des inégalités choquantes, mais hélas si familières de notre paysage occidental. Quant à celles et ceux qui sont en bas – qui n’ont « qu’à traverser la rue pour trouver un emploi » et qu’un ancien président qualifiait naguère de « sans dents » -, « ils n’ont qu’à manger de la brioche » pour reprendre la fameuse répartie de Marie-Antoinette…

L’employé de McDonald’s aurait eu droit à une augmentation annuelle de salaire de 4.000 $ si son entreprise n’avait utilisé 21 milliards entre 2015 et 2017 pour racheter ses propres actions en bourse. Ceux de Starbucks 7.000 dollars de plus, et ceux de Home Depot 18.000 dollars de plus, selon une analyse menée par la National Employment Law Project aux USA. C’est simple : les sociétés cotées US ont dépensé 60% de leurs profits entre 2015 et 2017 à ce petit jeu des « buybacks » pendant que les salaires de leurs responsables suprêmes étaient 127 fois plus élevés que leur salaire médian.

Au cours des dix années écoulées ayant suivi la crise des années 2007-2008, nous avons donc assisté au sabotage en règle d’un pacte qui durait depuis le New Deal de Roosevelt et qui avait largement inspiré une Europe que l’on qualifiait autrefois de « sociale ». Ce même Franklin Delano Roosevelt qui mettait en 1938 en garde car, disait-il, « l’Histoire prouve que les dictatures ne prospèrent jamais sur des gouvernements qui réussissent ». À bon entendeur ! »

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d’Art Trading & Finance.

Il est également l’auteur de :  »Splendeurs et misères du libéralisme »,  »Capitalism without conscience »,  »L’Europe, chroniques d’un fiasco économique et politique »,  »Misère et opulence ». Son dernier ouvrage : « Pour un capitalisme entre adultes consentants », préface de Philippe Bilger.

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« Pour un capitalisme apaisé » ? (J.-D. Senard, Michelin)

« Pour un capitalisme apaisé » ? (J.-D. Senard, Michelin)

Jean-Dominique Senard, président du groupe Michelin, s’explique  dans la Tribune sur  le rapport concernant sur le rôle de l’entreprise qu’il cosigne avec Nicole Notat (ancienne secrétaire générale de la CFDT), un rapport qui s’inscrit dans un chemin entre capitalisme d’Etat et capitalisme anglo-saxon.

 

Vous avez décidé de quitter votre poste dans un an pour le laisser à votre directeur général, Florent Menegaux. Il prendra la tête d’une entreprise qui se porte bien, puisque le groupe Michelin a réalisé 1,7 milliard de profit l’an dernier. Pourtant, dans le rapport que vous avez rédigé avec Nicole Notat, ancienne secrétaire générale de la CFDT, dans le cadre de la mission « Entreprise et intérêt général », vous dites que le but d’une entreprise n’est pas seulement de faire du profit. Quel doit être selon vous le rôle de l’entreprise au XXIe siècle ?

JEAN-DOMINIQUE SENARD - Pour ce rapport, avec Nicole Notat, nous avons auditionné 200 personnes, tout le spectre du monde politique, social et intellectuel français. Nous sommes parvenus au constat qu’il existe une attente immense pour qu’il y ait un signal de l’évolution des entreprises dans notre pays. Cela nous a amenés à proposer de modifier le socle de la définition de l’entreprise dans notre Code civil. Pour y écrire que les entreprises ne sont pas là uniquement pour réaliser des profits, mais qu’elles se doivent aussi d’être attentives à considérer les enjeux sociaux et environnementaux. Nous voulons ainsi responsabiliser l’entreprise. Pas en augmentant l’intensité législative. J’ai toujours dénoncé les carcans réglementaires excessifs : il faut faire confiance à la responsabilité des entreprises. La RSE, la responsabilité sociale et environnementale, fait déjà partie de la vie des entreprises et ses acteurs ont besoin que cela soit reconnu alors qu’en France il y a encore une méfiance vis-à-vis de l’entreprise et notamment de la grande. La montée du populisme s’explique en partie par cette forme de méfiance vis-à-vis d’elles. Si cela devait continuer, si on laissait le soupçon se propager, on se préparerait un avenir compliqué. Nous avons essayé de proposer un chemin pour réconcilier les citoyens avec les entreprises. Car il n’y a qu’en France qu’il y ait cette atmosphère négative. Il est temps d’en sortir. Ainsi, proposer de définir la « raison d’être » d’une entreprise doit être un moyen de fédérer des collaborateurs de plus en plus, surtout les jeunes générations, à la recherche de sens, et de créer de l’engagement, et ainsi d’être un socle d’amélioration de sa compétitivité. L’engagement sans sens, cela n’existe pas.

La définition de la raison d’être de l’entreprise divise les patrons au sein du Medef ou de l’Afep. Vous êtes un révolutionnaire ? Comment rassurer ceux qui s’en inquiètent ?

Si amener les entreprises à définir leur raison d’être, c’est être révolutionnaire, je veux bien l’être. Mais c’est du bon sens. Je n’ai pas de doute sur le fait que tous les chefs d’entreprise ont une raison d’être pour leur entreprise. C’est son étoile polaire, son ADN, mais aussi ses racines. Ce sont des mots, mais cela compte. Michelin a une raison d’être, qui n’est pas dans nos statuts, mais qui n’a pas changé depuis 125 ans. Ce n’est pas théorique, cela vaut la peine de le dire et c’est bon pour l’engagement des salariés. Il y a une demande dans ce sens de la part d’entreprises de toutes tailles qui souhaitent marquer le fait qu’elles n’ont pas pour seule vocation de faire du profit, qu’elles ont une mission. Pour qu’elles aient cette satisfaction, faisons en sorte qu’elles puissent l’intégrer dans leurs statuts. Cela nécessite de publier des critères de réussite qui puissent être évalués. On verra si le gouvernement retient ce point, mais je serais déçu si ce n’était pas le cas. Quant au risque d’un excès de judiciarisation, je suis sensible au sujet. Cela a été au coeur de nos réflexions. Nous nous sommes entourés de compétences juridiques pour trouver les mots. Ce qui devrait rassurer ceux qui s’inquiètent. Il n’y a pas de quoi. On aurait pu imaginer d’aller jusqu’à une obligation de résultat, mais cela aurait pu entraîner des dérives. Ce n’est pas le cas. On nous a opposé la soft law, l’autorégulation. Nous ne sommes pas d’accord. Le Code civil c’est notre langage commun, c’est là-dessus que les juges se prononcent. La soft law, je suis pour. Il y a des choses admirables écrites sur la complémentarité entre droit souple et droit dur. Le droit souple peut permettre d’améliorer le droit dur. Mais c’est une erreur de penser que le droit souple préserve de toute juridiciation. Dans l’affaire Erika, l’entreprise avait été condamnée pour avoir enfreint son règlement intérieur. Attention donc à ce qu’on écrit dans le droit souple, car cela peut servir de référence. J’ai été séduit en travaillant sur le rapport d’avoir la possibilité de rendre au droit français son rôle de phare en Europe. Le Code civil n’avait que peu été touché depuis Napoléon. Si ce rapport peut servir d’aiguillon et qu’une culture européenne émerge, j’en serais ravi. On n’a pas eu en Europe la force de créer un capitalisme humaniste différent du capitalisme anglo-saxon ou d’État. Il faut qu’on arrive à créer cela, sans quoi nous ne serons rien. Si le rapport peut servir d’éveil, tant mieux. Les PME sont extraordinairement volontaristes, le niveau d’engagement des acteurs de la RSE nous a surpris. Nous espérons que notre rapport agira comme un accélérateur. Le mouvement est là, il y a une attente. Beaucoup d’entreprises veulent voir leur engagement reconnu. Si certains considèrent que la raison d’être, c’est cosmétique, ils se trompent. On ne peut pas tricher avec les salariés très longtemps, ou on n’a plus de crédibilité. Je pense que cela sera vertueux et que cela contribuera à renforcer la confiance avec le citoyen.

Vous proposez d’aller vers plus de participation des salariés aux décisions, ce qui fait aussi débat. Est-ce dans la culture française de mettre en place une codétermination à l’allemande ? Votre rapport peut-il déclencher un changement ?

Avec Nicole Notat nous avons voulu être audacieux et responsables. Nous venions d’horizons différents, mais nous nous sommes rejoints. Toutes les expériences en la matière se sont montrées positives, à de rares exceptions qui s’expliquent par un manque de formation des administrateurs salariés. Chez Michelin, nous avons fait entrer un représentant des salariés au conseil de surveillance. L’expérience a été très positive et le rôle de cette personne a été supérieur à nos attentes. J’ai travaillé en Allemagne où cela se fait depuis 25 ans. La France ne doit pas imiter l’Allemagne, nous n’avons pas la même culture. Ce que je dis, c’est qu’il faut consolider ce qui existe et faire entrer des salariés dans les conseils ou les organes délibératifs, avec un nombre de salariés proportionnel à la taille du conseil entre 1 et 3, et attendre le retour d’expérience pour voir s’il faut aller plus loin. Si on veut accélérer l’histoire, c’est un moyen de le faire.

Comment mesurez-vous l’engagement de vos salariés chez Michelin ?

Nous faisons une enquête mondiale annuelle auprès de nos 110 000 salariés et avons un taux de retour de 96 %, avec du verbatim. Cela nous a permis de mesurer une progression de notre engagement de 10 points en cinq ans. C’est lié à notre raison d’être, mais pas seulement. C’est aussi le résultat d’un immense travail sur la responsabilisation des équipes. Pas de l’autogestion, mais de l’autonomie dans un cadre défini. C’est pour moi un émerveillement de voir dans nos usines, des îlots de production qui prennent en main leur semaine de travail, se répartissent les tâches, les compétences, les congés… L’entreprise est boostée par cet engagement. Cela a pris 12 ans, mais cela génère du bien-être au travail. On ne reviendra pas en arrière, c’est un phénomène de fond.

Quelles autres politiques en matière d’engagement menez-vous ?

Nous avons été précurseurs en matière de télétravail. Cela se passe bien et cela contribue à la mixité. Les grèves de la SNCF vont accélérer ce processus. En ce qui concerne l’actionnariat salarié, nous pourrions mieux faire. Nous ne sommes pas un modèle. Nous allons travailler à augmenter le nombre de salariés actionnaires. En matière de négociation, Michelin a très tôt compris que les améliorations se font au plus près du terrain. Nous sommes parvenus à sauver certains sites en engageant des discussions. Les salariés nous ont dit ce qu’il fallait faire pour s’en sortir. Ils en savent parfois plus que nous.

Vous êtes un Ovni ou êtes-vous de plus en plus nombreux parmi les grands dirigeants du CAC 40 à dire que les salariés en savent plus que vous ?

J’ai l’impression de dire des choses de bon sens pour nous les chefs d’entreprise. Mais il ne faut pas se tromper de combat. Nous sommes dans un pays où il y a encore beaucoup d’opposition au capitalisme. C’est pourtant le sens de l’histoire, il faut trouver un chemin équilibré et acceptable vers un capitalisme apaisé. Je n’aime pas parler d’entreprise libérée. Je préfère parler d’entreprise responsabilisée. Je suis fier, après treize ans chez Michelin, d’avoir libéré la parole. J’ai été le premier gérant à recevoir les syndicats dans mon bureau. Le monde actuel a besoin de respirer. Les gens ont besoin de savoir où on va. C’est comme cela qu’on sauvera nos entreprises. La seule limite serait une dérive managériale, que les managers ne prennent pas le train en marche. Ce n’est pas facile pour eux de comprendre qu’après trente ans de contrôle des commandes, il faut devenir conseil, libérateur d’énergie. Les syndicats aussi doivent évoluer pour passer de l’opposition à l’accompagnement. Tout cela demande formation, patience et pédagogie. Mais après, c’est juste formidable.

On va fêter l’anniversaire de l’accès au pouvoir d’Emmanuel Macron, qui avait voulu lorsqu’il était ministre de l’Économie que l’objet social dans l’entreprise soit réformé. Vous lui avez remis ce rapport. Quelle garantie avez-vous qu’il ira aussi loin que vous le souhaitez ?

Ce sujet avait déjà été évoqué en 1995 dans le rapport Viénot sur la gouvernance des entreprises. Emmanuel Macron l’avait évoqué dans plusieurs discours. Il est à l’origine de l’initiative portée par quatre ministres : Nicolas Hulot, ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, Nicole Belloubet, ministre de la Justice et Muriel Pénicaud, ministre du Travail. Ce rapport correspond à la perception d’Emmanuel Macron qui souhaite faire cesser la méfiance vis-à-vis des acteurs économiques, mais nous avons eu toute indépendance pour le rédiger. Je suis optimiste sur ce qui en ressortira. Nous aurons la réponse en mai lors de la présentation de la loi Pacte.

Concernant Michelin, quelles sont les tendances qui vont transformer l’entreprise et comment la voyez-vous dans dix ans ?

La raison d’être de notre groupe, c’est d’offrir à chacun la meilleure façon d’avancer. Notre stratégie à 5-10 ans est portée par la mobilité durable. Pour le pneumatique, on va voir se développer une accélération des performances du produit orientée par des exigences sociales et environnementales. Il y a des pistes de progrès à réaliser en matière énergétique, de silence, de confort, de sûreté… Nous avons des progrès technologiques énormes à faire. Le pneu devra à l’avenir être connecté, communiquer, jouer un rôle dans le développement du véhicule autonome. Nous sommes un groupe industriel, mais aussi une société de service. Nous devons tenir compte de l’arrivée du numérique. Ce serait une vulnérabilité de ne pas embrasser cette évolution, de rater ce virage. Cela serait mettre l’entreprise en danger. Aujourd’hui je ne sais pas dire qui sont nos concurrents. Est-ce Google, Amazon ou une startup qui émergera en Lituanie ? Nous ne sommes pas invulnérables. Séparer service et industrie n’a plus de sens aujourd’hui. Michelin c’est aussi un trésor de connaissances en matière de physique et de chimie. Notre avenir c’est le pneu, mais cela peut aussi être l’utilisation de nos connaissances des matériaux dans des domaines adjacents, le plus souvent liés à la mobilité, mais dont le trait commun est la science des élastomères. C’est pourquoi j’ai souhaité que l’entreprise se lance dans ce domaine. Nous l’avons fait avec l’imprimante 3D, la pile à combustible, nous avons aussi lancé une OPA amicale sur le groupe Fenner PLC, un leader mondial de solutions de bandes transporteuses et de produits à base de polymères renforcés. On ouvre l’entreprise Michelin sur la haute technologie.

Quand vous parlez de services ou d’élastomère, où est la valeur ?

Dans le monde d’aujourd’hui, il y a une tentative de captation de la valeur par ceux qui maîtrisent les données. Ces données, nous devons les utiliser au service de nos clients. L’entreprise doit les maîtriser sur toute la chaîne. Le grand danger pour les entreprises, si elles font des progrès en intelligence artificielle, c’est qu’elles en soient privées à un moment parce qu’elles auront confié leurs données à un concurrent. On peut travailler avec les Gafa, mais en faisant attention à ce point. En début d’année nous avons annoncé une association avec le conglomérat japonais Sumitomo, et ensemble, nous sommes devenus numéro un de la distribution de pneumatiques en Amérique du Nord. À travers une plateforme, nous sommes capables de maîtriser la donnée, la distribution et l’ensemble de la valeur. Il faut se méfier des accords qui peuvent conduire à une grande vulnérabilité si on perd la science des données et leur contrôle.

Cet enjeu de la distribution, c’était votre faiblesse avant ?

Nous ne l’avions pas négligé, mais l’accès au marché est devenu plus difficile et plus concurrentiel avec l’arrivée du numérique. On observe que certains acteurs prenaient des positions fortes dans les domaines commerciaux. Le rôle de grossiste croît. Si on ne maîtrise pas l’accès, on est en danger, parce qu’on devient juste un fournisseur et que les grossistes imposent leur loi. D’où l’intérêt de ne pas perdre la maîtrise. C’est pour cela que nous avons repris Allopneus. Cela nous a apporté une nouvelle plateforme alors que nous n’en possédions pas. Nous avons acquis des sociétés qui avaient des compétences technologiques que nous ne possédions pas, par pragmatisme. Plutôt que de créer la nôtre et d’être en retard, nous avons préféré faire des acquisitions pour ne pas perdre la main des affaires. C’est dans cette même logique que nous avions fait l’acquisition de la société brésilienne Sascar, entreprise spécialisée dans la gestion via internet de flottes de poids lourds. Cela avait suscité à l’époque des interrogations en Europe, alors qu’aux États-Unis ils avaient compris pourquoi nous le faisions.

Il y a polémique sur le fait qu’en France il n’y ait pas de Gafa et que ces derniers commencent à montrer leur vrai visage à travers leur position dominante. Quelle est votre position, a-t-on été naïf ou négligent ?

Si on est pessimiste, on peut penser que l’histoire est pliée. Mais je pense qu’il y a encore des opportunités d’inverser les choses et de les rétablir. Il ne s’agit pas de démanteler les acteurs, ce qui serait un aveu de faiblesse, mais de chercher à en créer d’autres. Il faut éviter et limiter les abus, éviter tout ce qui touche aux risques de menacer les libertés personnelles. On peut créer des acteurs dans ce domaine si on va vite. Le génie français est capable de créer un concurrent et cela peut se faire au niveau européen. Il y a urgence à le faire.

Quel est le rôle de Michelin dans cette perspective, êtes-vous un incubateur de startups ?

Il y a un dynamisme fou, les créateurs de startups cherchent du sens. À Clermont-Ferrand nous sommes partenaires de Bivouac, un incubateur de startups régionales. Mais le problème de la France n’est pas de créer des startups, on a des talents, de la volonté, mais ce qui pose problème, c’est le développement de ces sociétés. Nous avons trop de pertes en ligne. Parmi celles qui avancent, trop nombreuses sont les startups qui sont rachetées par des acteurs asiatiques ou américains, parce que nous ne parvenons pas à leur donner les moyens d’assurer leur développement. Tant que nous n’aurons pas trouvé une solution à ce problème, avec un pôle actionnarial solide, nous serons vulnérables.

 

La fin du capitalisme et de l’actionnaire ! (Michel Santi)

La fin du capitalisme et de  l’actionnaire ! (Michel Santi)  

Michel Santi, économiste,  spécialiste des marchés financiers s’interroge sur l’actionnariat et le capitalisme dans un article  de la Tribune.

 

 

« Pour de plus en plus d’entreprises, le capital n’est plus un ingrédient crucial. Au contraire même puisque, pour les géants qui dominent aujourd’hui, soit Apple, Amazon, Facebook, Google, ou Netflix, les besoins en capitaux frais restent symboliques, voire inexistants. La dernière illustration de ce changement de paradigme est l’entrée en Bourse, la semaine passée, de Spotify dont l’objectif n’était pas de lever de nouveaux capitaux, malgré le traditionnel accueil lui ayant été réservé à la Bourse de New York. En effet, et de l’aveu même de son grand patron, l’objectif prioritaire de cette entrée en Bourse fut de permettre aux investisseurs privés initiaux de trouver des acquéreurs à une partie de leurs actions de cette société, accessoirement à des prix intéressants. Pour sa survie et son développement, et à l’instar de nombre de sociétés dont les directions générales décident de les faire coter en Bourse, Spotify n’avait donc nul besoin de davantage de capitaux, mais juste de donner une opportunité à ses capital-risqueurs de sortir et de recouvrer leurs investissements assortis d’un profit. Dans un tel contexte, la gouvernance des entreprises subit également un glissement fondamental car les pourvoyeurs de capitaux – à savoir les actionnaires – ont de moins en moins de pouvoir sur la marche de la société car leurs deniers ne lui sont plus vitaux. Le contrôle exercé dans le passé par l’actionnariat sur la gestion de l’entreprise devient ainsi quasiment inexistant, et quoi de plus logique du reste, alors même que leurs capitaux sont de moins en moins sollicités. Voilà en effet Apple, qui – en dépit d’être la première capitalisation mondiale – n’emploie que 120.000 salariés à temps plein, chiffre invraisemblablement bas au vu des 800 milliards de dollars qu’elle pèse. Exemple typique de ces sociétés modernes ayant une influence mondiale considérable et un poids formidable en termes de capitalisation boursière, mais qui ne consentent à accorder à leurs actionnaires qu’un certificat d’action en échange de leurs placements, à l’exclusion de tout autre pouvoir. La tendance est irréversible et ira même en s’amplifiant dans le sens d’un rôle désormais purement passif et symbolique dévolu aux actionnaires. Ainsi, entrée en Bourse en début d’année, Snapchat ne s’est-elle pas simplement contentée de diluer les droits de vote de ses actionnaires, comme Google, Facebook et LinkedIn avant elle. Cette entreprise a littéralement retiré tout droit décisionnel à son actionnariat, conférant ainsi tout le pouvoir à sa direction générale. Comme les capitaux ne sont plus une denrée rare et que les marchés boursiers sont désormais trop spéculatifs, l’actionnaire se voit progressivement retirer ses prérogatives et son argent n’est plus la priorité des dirigeants d’entreprise. Alors, dans un contexte où les besoins en capitaux des entreprises de demain seront plus sporadiques – en tout cas inférieurs -, et alors que les sociétés d’aujourd’hui (et à plus forte raison de demain) trouvent d’autres solutions de financement, peut-on encore parler de capitalisme ?

 

 

 (*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d’Art Trading & Finance.

Il est également l’auteur de :  »Splendeurs et misères du libéralisme »,  »Capitalism without conscience »,  »L’Europe, chroniques d’un fiasco économique et politique »,  »Misère et opulence ». Son dernier ouvrage : « Pour un capitalisme entre adultes consentants », préface de Philippe Bilger.

Chine : le capitalisme et la dictature renforcés

 

 

 

 

 

Un double défi pour Xi Jinping, le numéro un chinois,  qui  sera reconduit pour cinq ans dans un premier temps. : développer le capitalisme et renforcer encore la dictature. Xi Jinping, à la fois secrétaire général du PCC, président de la République populaire et chef des armées, pourrait en effet faire le ménage dans le parti pour lui permettre d’être prolongé jusqu’en 2027. Le numéro un chinois doit faire face à une contradiction à savoir ouvrir davantage son pays au monde via le capitalisme est en même temps réduire la corruption et les dérives de certains responsables. De ce point de vue le renouvellement de certains organes sera déterminant en particulier celui de  Commission militaire centrale (11 membres), qui contrôle l’armée, de même que la très redoutée Commission centrale d’inspection militaire, qui pilote depuis cinq ans une vaste campagne anti-corruption. Les défis économiques sont immenses il faut notamment que la Chine réussisse à rééquilibrer les deux piliers de sa croissance : la consommation intérieure dune part, les exportations d’autre part. Des exportations dont la croissance a eu tendance à se tasser compte  tenu de l’environnement international mais aussi du fait de la concurrence d’autres pays en développement. Le président chinois devra aussi s’attaquer à l’énorme endettement notamment des entreprises qui représentent environ 200 % du PIB et qui découle en particulier du soutien artificiel de nombreux d’entreprises dont l’appareil de production est surdimensionné. De ce point de vue,  les réformes risquent d’être douloureuses et le président chinois aura besoin d’un pouvoir encore renforcer. Parallèlement Xi Jinping voudra encore ouvrir son pays vers le monde notamment en développant le capitalisme mais tout en veillant à un équilibre des investissements chinois affectés en interne et ceux effectués à l’extérieur.

« Transformer le capitalisme français » (Macron)

« Transformer le capitalisme français » (Macron)

 

Transformer le capitalisme français, ce que souhaite Emmanuel Macron dans  une tribune au Monde. Pas forcément une  mauvaise idée sauf que la fiscalité, l’épargne salariale, les stratégies des institutionnels ne sont guère favorables à cette perspective. Sauf  surtout que les fonds français sont ridicules rapport aux fonds étrangers. Sauf que l’épargne française est surtout orientée vers la pierre et le financement de la dette publique.

 

Pour transformer le capitalisme français    Macron distingue « trois leviers qui doivent être actionnés simultanément ».

  • « Le premier, c’est d’inciter plus fortement les Français à investir dans nos entreprises. C’est pour cela que nous avons élargi le plan d’épargne en actions (PEA), créé le PEA-PME et que nous avons réformé l’assurance-vie en créant l’eurocroissance. C’est pour cela que le projet de loi que je porte facilitera le développement de l’actionnariat salarié (qui a montré son efficacité pour accompagner le développement ou protéger des attaques des groupes comme Eiffage ou Société Générale), et étendra l’épargne salariale aux petites et moyennes entreprises, tandis que des groupes comme Auchan ou Dassault en ont éprouvé l’efficacité. C’est également pour cela qu’il nous faut aller plus loin pour rendre la fiscalité des actionnaires individuels plus encourageante. L’actionnariat individuel est un élément de stabilité, comme le montre l’exemple d’Air Liquide. Faire des salariés et des épargnants français les détenteurs de notre capital productif est un défi urgent.
  • Le deuxième levier, c’est de remobiliser les investisseurs institutionnels pour le financement de notre économie. D’une part, en réorientant les fonds des caisses de retraites vers la détention d’actions françaises et en associant d’autres investisseurs à leur côté. C’est, d’autre part, le sens de la bataille que nous devons mener avec Michel Sapin pour faire évoluer la réglementation européenne « Solvency 2 » : elle a rendu la détention d’actions trop coûteuse au regard de l’exigence prudentielle de niveau de fonds propres pour nos entreprises d’assurance.
  • Le troisième levier, c’est le long terme. C’est le vrai horizon de temps à l’aune duquel se jugent les succès ou les échecs – et particulièrement, en matière d’industrie. L’intérêt général économique nécessite par conséquent de favoriser les acteurs qui portent intrinsèquement une vision de long terme – les actionnaires familiaux, les actionnaires salariés, les actionnaires publics et les fonds longs (français, européens, et internationaux). C’est pour leur donner les moyens de concrétiser cette vision que nous avons voulu que les actionnaires conservant leurs titres au moins deux ans puissent détenir des droits de vote doubles.

Ce n’est pas une anomalie française : la majorité des pays européens autorisent les droits de vote multiples ; dans certains d’entre eux, comme la Suède, ils sont même généralisés de fait. La démocratie actionnariale ne s’est jamais construite sur le principe « une action = une voix ». Que dire en effet des actions B de Google ou de Facebook, pour ne citer que ces seuls exemples, qui accordent dix voix par action à leur détenteur ? Sortons de la naïveté française qui voudrait un libéralisme offert qui n’existe nulle part ailleurs ! Soyons compétitifs, exigeants avec nous-mêmes, mais cohérents avec notre vision de long terme. C’est ce dispositif de droits de vote double qui permettra à nos entreprises de se concentrer sur leur avenir et de faire de vrais choix industriels. C’est ce dispositif qui est en vigueur dans plus de la moitié des entreprises du CAC 40 et que le conseil d’administration de plusieurs autres a proposé à leurs assemblées générales d’adopter. C’est pour le faire vivre que l’Etat a récemment augmenté sa participation au capital de Renault : notre objectif est de faire respecter en assemblée générale la mise en œuvre de ces droits de vote. C’est donc pour constituer une minorité de blocage que nous avons acheté des actions qui seront ensuite revendues. L’Etat retrouvera sa participation de début d’année, en ayant des droits de vote doubles, qui se justifient pleinement dans une entreprise dont l’Etat est actionnaire depuis 1945 et que nous avons aidée durant la crise. C’est dans cet esprit que l’Etat favorisera l’adoption de ce dispositif dans toutes les entreprises dans lesquelles il est présent au capital, afin de pouvoir accompagner les stratégies de long terme.  Notre politique économique repose sur plus d’activité, de compétitivité et une plus grande attractivité : faire venir les investisseurs, attirer des entreprises et des sièges sociaux. Pour cela, nous devons façonner un capitalisme à l’image de nos ambitions : construire un environnement économique et financier propice, retrouver le sens du long terme, financer l’économie réelle, réindustrialiser notre pays. Il faut pour cela être volontaire, et donc accepter que l’économie de marché est un rapport de forces sur lequel nous avons les moyens de peser.

 

 




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