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Un nouveau concept du Medef : « le capitalisme décarboné »

Un nouveau concept du Medef : « le capitalisme décarboné »

 

À défaut action concrète et réalisable, les différents responsables politiques économiques se saoulent de mots pour combler le vide environnemental de leur action. Ce que fait par exemple président du Medef en avançant le concept de « capitalisme décarboné ». Le problème c’est que les investissements vers des activités peu productrices de carbone constituent l’exception et la majorité des activités économiques retienne surtout le critère immédiat de rentabilité. Par essence, le capitalisme n’est pas producteur d’éthique. C’est aux pouvoirs publics, de définir le cadre concurrentiel qui intègre les éléments d’intérêt général quitte à le faire en lien  avec les acteurs économiques.Compter sur le seul capitalisme est évidemment une tragique illusion

La tribune du président du Medef dans le JDD

À l’heure où se tient la COP26 à Glasgow, le constat est sans appel : six ans après le grand rendez-vous de Paris en 2015, nous sommes encore loin des objectifs fixés par les 195 signataires de l’accord. Si une étape majeure dans la lutte contre le réchauffement climatique a bien été franchie, les moyens à mettre en œuvre et les besoins de financement sont colossaux. Le modèle capitaliste doit à présent se transformer pour devenir décarboné.

Selon un sondage Ifop pour le Medef (« Les attentes envers l’État et les entreprises », octobre 2021), 86 % des chefs d’entreprise militent pour une réforme du système capitaliste, tout comme 81 % de l’ensemble des Français. Le capitalisme n’en demeure pas moins incontournable. À l’heure où le monde entier tombe d’accord sur la nécessité de changer, il serait incongru d’opposer la transition écologique et notre modèle, qui est avant tout une « machine à absorber et à accompagner l’évolution du monde ».

On ne peut pas partir de la culpabilité passée du capitalisme pour aboutir à sa condamnation future. Il n’est qu’un outil construit sur l’idée de la transformation permanente des sociétés, comme l’a démontré Joseph Schumpeter : la transition, c’est le savoir-faire même du système capitaliste.

 

Dans un monde qui se réchauffe au risque de remettre en question la survie de l’espèce humaine, seul le capitalisme est capable d’allouer de façon efficace et rapide les sommes colossales qui sont nécessaires pour décarboner nos économies, limiter les émissions de gaz à effet de serre et permettre aux sociétés de s’adapter à un changement climatique déjà bien réel. Lui seul est capable de faire émerger un progrès scientifique et technique susceptible d’apporter des réponses à grande échelle.

Le chantier est sans précédent et impose désormais de sortir du débat moral pour entrer dans celui de l’efficacité : quels effets macroéconomiques de la décarbonation ? Quel usage pour le nucléaire ? Quel rythme ? Quels mécanismes ? Nous devons nous engager dans une décarbonation portée par l’innovation, une croissance porteuse de solutions et responsable. Dans cette transformation, plus que tout autre acteur, les entreprises constituent le laboratoire du nouveau capitalisme et les entrepreneurs l’avant-garde d’un monde décarboné. »

Olivia Grégoire: Pour un capitalisme citoyen ou la grande confusion des soldats perdus du parti socialiste

  • Olivia Grégoire: Pour un capitalisme citoyen ou la grande confusion des soldats perdus du parti socialiste

Peut-être pour masquer le vide et la confusion de sa pensée Olivia Grégoire, Ministre de quelque chose, ancienne socialiste ralliée à Macron, récupère la sémantique à la mode chez les sociologues : refaire économie, refaire société ! Elle défend un capitalisme citoyen dans un charabia politico-philosophique qui repose sur une sorte d’approche d’en même temps permanente ( dans l’Opinion)

Pourquoi dites-vous qu’il faut « refaire économie » pour « refaire société » ?

La crise que nous venons de traverser dévoile à quel point l’économie n’est pas une discipline sans tête, elle doit être conduite par une vision politique. Un exemple : la baisse des cotisations salariales de 2018 est destinée à montrer que le travail paie davantage. Elle était une réponse par avance aux Gilets jaunes, mais elle n’a pas suffi à calmer une colère ancrée depuis vingt ans. Autre exemple, la réforme de l’ISF et la création du prélèvement forfaitaire unique sont destinées à favoriser l’investissement et la réindustrialisation, pas à faire plaisir aux riches. Entre 2018 et 2019, 50 000 emplois industriels ont été créés, performance inédite depuis quinze ans. J’en ai assez d’entendre les « Y’a qu’à » et les « faut qu’on » des uns et des autres. Quand vous dites qu’il faut redonner sens à la valeur travail, vous n’avez rien dit. Quelle est la réponse de Xavier Bertrand ? Il ressort la prime Macron ! La politique, c’est l’art du détail, l’art de l’exécution. Les grandes envolées contribuent à la défiance.

Le signataire de votre préface en est pourtant un spécialiste…

S’il est capable d’envolées, le président de la République est surtout obsédé par le faire, par l’action et par les résultats. Il revalorise le travail : 170 euros de plus par mois pour une personne au smic en 2022, ce n’est pas une envolée, c’est une réalité.

Mais il ne fait pas, aussi : la réforme de l’Etat, par exemple !

En cinq ans, on ne peut pas rattraper l’intégralité des retards pris depuis trente ans. La réforme de l’Etat, c’est vrai que nous ne l’avons pas finie. Mais j’attends de voir si Les Républicains sont en accord avec leur programme de 2017. Je défie quiconque d’aller dire aux Gilets jaunes que l’on va supprimer 500 000 postes de fonctionnaires, ou des emplois dans les hôpitaux et les écoles, après la Covid-19. Dans les conditions qui ont été les nôtres durant ce quinquennat, nous n’avons pas pu tout mener. Ce que j’aime chez Emmanuel Macron, c’est ce pragmatisme, première caractéristique du macronisme. Durant ce mandat, la France a regagné sa place de cinquième économie mondiale. Sur la taxation des Gafa, sur la création d’un impôt minimum sur les sociétés de 15 % au niveau international, ou le lancement d’un plan de relance européen, qui peut nier l’impulsion et le rôle du Président ?

Vous vantez la plasticité du capitalisme. Au fond, vous êtes d’accord avec cette phrase prêtée à Lénine : « Les capitalistes vendront la corde qui nous servira à les pendre » ?

Je ne suis pas léniniste, même si je cite beaucoup Marx ! Je dis que le capitalisme est polymorphe, il mue en fonction des attentes. Dans les années 1980, il s’adapte à la montée de l’individualisme. Après la crise financière de 2008, il adopte des règles prudentielles. Avec la Covid, il est déstabilisé car, pour la première fois, cette crise est totalement exogène. Mais c’est une occasion pour accélérer la prise en compte des exigences environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Je l’avais fait avec la loi Pacte, je poursuis avec Impact [plateforme qui permet aux entreprises de publier leurs performances ESG]. Ou en promouvant la « double matérialité » : en France, la réglementation oblige les entreprises à prendre en compte non seulement les risques climatiques pour elles-mêmes, mais aussi ceux de leur activité sur l’environnement, la cohésion sociale ou les tiers. Alors que les Etats-Unis promeuvent la matérialité simple, ne retenant que ces risques pour l’entreprise. La France est la locomotive de ce combat pour la double matérialité et nous progressons avec de bonnes chances d’aboutir au niveau européen.«Les gens sont capables de faire des choix responsables. Je suis choquée que certains veuillent interdire la vente des SUV ou du Nutella. Les politiques oublient souvent l’importance de la sanction de marché: quand des gamines refusent d’aller chez certaines enseignes parce qu’elles veulent défendre les droits des Ouïghours, il n’y a rien de pire pour la marque

Si le capitalisme devient citoyen, les citoyens, eux aussi, s’emparent du capitalisme…Il n’est pas un jour sans qu’on accole le mot responsable à la consommation, à l’énergie, à l’alimentation, à la gouvernance, etc. J’assume mes origines libérales : je crois plus que jamais au libre arbitre. Si on leur en donne la possibilité, les gens sont capables de faire des choix responsables. Je suis choquée que certains veuillent interdire la vente des SUV ou du Nutella. Les politiques oublient souvent l’importance de la sanction de marché : quand des gamines refusent d’aller chez certaines enseignes parce qu’elles veulent défendre les droits des Ouïghours, il n’y a rien de pire pour la marque. Cet enjeu de respectabilité est sans doute plus fort que beaucoup de régulations. Il y a quinze ans, le risque de réputation se résumait à un mauvais buzz. Aujourd’hui, il a des effets directs sur le chiffre d’affaires et sur les entreprises : c’est la meilleure garantie pour faire bouger les boîtes.

Pour vous, le monde de l’argent peut provoquer une bascule vertueuse ?

La transition doit se faire avec tous. Nous sommes en train de définir les nouvelles normes comptables qui vont s’appliquer aux entreprises en matière durable. Cet outil sera effectif en 2024 : le bilan extra-financier ne sera plus une annexe du bilan financier, les deux permettront de mesurer la performance globale de l’entreprise.

En quoi le rôle des investisseurs est-il déterminant ?

Un règlement européen est entré en vigueur au mois de mars 2021, en déclinaison du Green deal. Avec ce texte, les investisseurs seront incités à évaluer précisément la performance extra-financière des actifs qu’ils ont sous gestion. Si les grands acteurs comme Amundi, Tikehau ou BNP acquièrent des actifs à mauvaise performance, la leur s’en trouvera dégradée. Cela fait des années que la finance est touchée par cette puissante vague de fond. Ce n’est pas un gadget ni une mode. Tous les éléments non financiers vont être audités, certifiés et notés par des agences. A un kilomètre d’ici, à Bercy, Standard & Poor’s a installé son bureau de notation non financière – à Paris, pas à Londres, ni à Francfort ou Amsterdam. Ce n’est pas un hasard, non plus, si L’Oréal a installé une direction de la finance durable au sein de sa direction financière. La France est un moteur en Europe en matière de finance à impact.

Quel peut être le rôle de l’Etat dans ce mouvement ?

Entre les entreprises, la société civile et l’Etat, c’est à ce dernier de prendre ses responsabilités en se faisant le pivot des efforts de chacun, mais non le décideur : son rôle est de construire les rails, pas les locomotives. La crise actuelle a ravivé la question du bon niveau de l’intervention de l’Etat dans le marché et celle de la conditionnalité des aides. Pour le plan de soutien, une réponse d’urgence, il était légitime de ne pas en fixer : quand on se noie, on ne s’interroge pas sur la couleur du gilet de sauvetage. En revanche, cette conditionnalité existe pour le plan de relance et le plan d’investissement. Quand l’Etat finance la décarbonation, l’entreprise doit avoir un plan de décarbonation. Pour bénéficier du plan 1 jeune, 1 solution, il faut embaucher un jeune. La seule exception est la baisse des impôts de production, parce qu’elle est nécessaire pour retrouver de la compétitivité. Ensuite, il faut que les aides soient conditionnées à des résultats ex post et non sur des critères ex ante. Sinon, on prend le risque de casser la confiance. A l’inverse, l’Etat ne doit pas financer les transitions à fonds perdu. Le bon modèle est celui d’un Etat qui joue un rôle de levier, comme dans le plan d’investissement France 2030 que le chef de l’Etat vient d’annoncer. L’économie n’est pas un monde binaire, où il suffirait d’inventer une taxe pour punir et un crédit d’impôt pour récompenser.

Lutter contre le capitalisme de surveillance

Lutter contre le capitalisme de surveillance

 

Alors que le Printemps de l’économie débute le 12 octobre, avec pour thème « Bifurcation, l’heure des choix », l’économiste Dominique Plihon explique, dans une tribune au « Monde », qu’il est possible de lutter contre le capitalisme de surveillance, en ne souscrivant pas à une vision néolibérale de la société.

 

Tribune.

 

Les technologies numériques transforment en profondeur nos sociétés. Une des évolutions les plus spectaculaires est la montée en puissance des géants du numérique, qui, en utilisant le big data et l’intelligence artificielle, prennent des positions dominantes dans les domaines majeurs de la consommation, de la culture, des médias, de la finance…

Dans les pays occidentaux et libéraux, le business model de ces oligopoles est fondé sur l’exploitation de nos données personnelles. En tant qu’utilisateurs d’Internet, nous sommes devenus les fournisseurs – souvent à notre insu – de la marchandise gratuite que sont les données comportementales exploitées par les entreprises numériques pour faire des prédictions sur nos vies.

Partant de ce constat, Shoshana Zuboff, professeure à Harvard, autrice de L’Age du capitalisme de surveillance (Zulma, 2020), nous alerte contre ce basculement vers un « capitalisme de surveillance ». Sa thèse est que, en s’appropriant nos données personnelles, les géants du numérique nous manipulent et modifient nos comportements, s’attaquent à notre libre arbitre et menacent nos libertés et notre souveraineté personnelle.

Ce capitalisme numérique menace non seulement notre démocratie mais également notre économie. Car les géants du numérique étatsuniens, les fameux Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), écrasent aussi les entreprises et les éditeurs européens. Ces oligopoles entravent la concurrence et ralentissent l’innovation. Les médias perdent de plus en plus leurs parts de revenus publicitaires au profit de Google et de Facebook, et le journalisme de qualité est dépouillé de sa base financière.

Cette thèse du capitalisme de surveillance a le mérite de nous mettre en garde contre une menace réelle. Pour autant, décrit-elle une fatalité ? Il ne faut pas confondre le capitalisme de surveillance avec les technologies numériques qui n’en sont que l’instrument. Il est possible d’imaginer et de construire une société avec Internet sans cette logique de la surveillance.

 

Car l’utilisation et la mise en relation des données offrent également de grandes possibilités d’améliorer notre vie dans de nombreux domaines, de la santé aux loisirs en passant par l’industrie. Cependant, il est crucial de savoir comment nos données sont utilisées et qui en a le contrôle. En tant qu’utilisateurs, nous ne sommes pas complètement impuissants et la politique peut fixer les règles dont nous avons besoin – même si elle l’a fait de manière inadéquate dans le passé.

Non à un capitalisme débridé

Non à un capitalisme débridé 

 

Afin de réduire les inégalités, porteuses de violence sociale, le banquier Jean-Claude Meyer préconise, dans une tribune au « Monde », un certain nombre de mesures, dont la création d’un revenu universel ou le partage des profits des entreprises.

 

Tribune.

 

Le rapport des deux éminents économistes Jean Tirole et Olivier Blanchard [qui ont remis, le 23 juin, un texte à Emmanuel Macron sur « les grands défis économiques »] apporte un éclairage pertinent sur certains problèmes de la France : le climat, les retraites et l’éducation. Mais sa contribution aux principaux problèmes sociaux de notre pays est trop limitée.»

Demander un tel rapport à des économistes était une fausse bonne idée. Le problème actuel de notre société – les « gilets jaunes » en ont témoigné – est politique. Et la situation est trop grave pour la laisser entre les mains des économistes. C’est une certaine révision du capitalisme néolibéral qu’il convient de proposer – vers un capitalisme plus acceptable, inclusif. Même si le capitalisme ne peut pas être une œuvre caritative, il ne doit pas nuire à la cohésion sociale, sous peine d’exploser un jour.

Une réflexion sur le partage entre les profits des entreprises et le niveau des salaires, entre le capital et le travail, est nécessaire ; elle est malheureusement inexistante dans ce rapport, comme dans le débat public, ainsi qu’au Parti socialiste, dont c’est pourtant la mission, mais qui brille actuellement par son indigence intellectuelle…

Chacun convient que le sentiment d’inégalité en France est perçu de façon paradoxale alors que les inégalités y sont parmi les plus faibles en Europe. C’est un problème de ressenti, comme dit la météo.

 

Pourquoi ? D’abord parce que les rémunérations des grands patrons et des grands banquiers sont devenues excessives, alors que, jusqu’aux années 1970, elles étaient moins connues et avec des écarts beaucoup plus faibles entre le secteur public et le secteur privé. Surtout, depuis dix ans, les salaires sont restés stables tandis que le CAC 40 a doublé : de 2010 à 2018, le salaire mensuel brut des employés est passé de 1 507 à 1 622 euros, celui des ouvriers de 1 583 à 1 610 euros selon l’Insee.

Le comble, c’est que cette augmentation a été irriguée par le quantitative easing, c’est-à-dire les milliers de milliards de dollars de liquidités apportées aux Etats-Unis et en Europe par la Réserve fédérale et les banques centrales, entraînant des taux d’intérêt faibles voire négatifs, et une augmentation – une bulle ? – des actifs non monétaires au-delà de leur valeur intrinsèque : immobilier, œuvres d’art, actions, au détriment des obligations.

 

La majorité souffrait pendant cette pandémie alors qu’une minorité s’est beaucoup enrichie. Un scénario pour Brecht ! Cet enrichissement sans cause est obscène. Ceux qui n’avaient ni actions ni bien immobilier se retrouvent au bout de cette période avec rien ; ils souffrent et grossissent les 10 millions de pauvres en France par des millions de sacrifiés (infirmières, professeurs, ouvriers, agriculteurs, caissières…).

 

Le capitalisme actuel va mourir

Le capitalisme actuel va mourir

Le capitalisme dans sa version actuelle est à bout de souffle, les politiques économiques ont atteint leur limite. Patrick Artus, conseiller économique de Natixis, livre quelques solutions pour remédier aux dérives du système dans son dernier ouvrage « La dernière chance du capitalisme », co-écrit avec Marie-Paule Virard. Interview dans l’Opinion

A vous lire, le capitalisme est dans un état quasi désespéré…

Il y a deux manières de voir les choses. La première, c’est la vision éthique ou politique : on peut ne pas aimer le capitalisme qui accroît les inégalités, qui a entraîné la délocalisation des industries et qui a massivement fait appel aux énergies fossiles, etc. Et puis il y a une version strictement économique, qui est de constater que ce capitalisme n’est pas efficace. Nous avions davantage de progrès techniques et de gains de productivité, plus de croissance et moins de chômage dans les années 1950 ou 1960. Le capitalisme dans lequel nous vivons fabrique une décroissance continuelle des gains de productivité.

De quelle manière ?

La première raison, qui prouve d’ailleurs que nous ne sommes plus dans un capitalisme libéral, c’est que ce capitalisme est associé à la constitution de monopoles. Or, c’est bien documenté, les monopoles sont synonymes de croissance plus faible. Les Gafa stérilisent l’innovation, notamment parce qu’ils rachètent des start-up pour les éliminer. Et comme ils ont beaucoup d’argent, ils se développent dans des industries où ils n’ont aucune compétence et où ils sont peu efficaces. La deuxième explication, c’est que les inégalités de patrimoine ne sont pas bonnes pour la croissance. La concentration du capital dans quelques mains empêche le foisonnement de petits entrepreneurs créatifs.

Ce manque d’efficacité peut-il réellement tuer le capitalisme ?

Les inégalités qu’il a générées pourraient être supportables dans un environnement de forte croissance entraînant des hausses de salaires. Ce n’est pas le cas, le système ne crée plus de revenus. C’est d’autant plus grave que ce capitalisme est sous perfusion depuis des décennies. Faute de générer des augmentations de salaires, il a d’abord reposé sur une très forte hausse de l’endettement privé à partir des années 1990. Puis, après la crise des subprimes, il s’est relancé sur une très forte hausse de l’endettement du secteur public. Et maintenant – c’est sa troisième béquille – le système repose sur une injection monétaire absolument gigantesque et potentiellement source de grande instabilité financière. Le bilan est donc encore pire que ce que montrent les seuls chiffres de productivité.

La solution doit s’inspirer de l’ordolibéralisme, une philosophie de la gouvernance économique, politique et sociale théorisée dans les années 1930. Dans cette doctrine, les entreprises et l’Etat se partagent les rôles, les premières sont chargées de maximiser les profits dans l’intérêt de l’ensemble des parties prenantes, et l’Etat veille aux externalités, la santé, la sécurité, les inégalités sociales, l’environnement

C’est l’étape d’après qui vous inquiète ?

Oui car le capitalisme dans sa forme actuelle va forcément mourir. Après la monnaie il n’y a plus rien, il n’y a pas de quatrième béquille. Or sans l’intervention des banques centrales, les taux d’intérêt remonteront, ce qui tuera toute la finance à levier et mettra fin aux politiques budgétaires accommodantes. Alors que fait-on ? On met tout par terre ? On se dirige vers le capitalisme d’Etat chinois ? Nous disons que la solution doit s’inspirer de l’ordolibéralisme, une philosophie de la gouvernance économique, politique et sociale théorisée dans les années 1930. Dans cette doctrine, les entreprises et l’Etat se partagent les rôles, les premières sont chargées de maximiser les profits dans l’intérêt de l’ensemble des parties prenantes, et l’Etat veille aux externalités, la santé, la sécurité, les inégalités sociales, l’environnement. Concrètement, cela rejoint la pensée de Milton Friedman des années 1960 avant qu’elle ne soit déformée. Dans son livre Capitalisme et liberté, il consacre un chapitre entier à la qualité de l’éducation, y compris pour les enfants des familles pauvres, un sujet de préoccupation qu’on n’attribue pas à Friedman en général.

Pour sauver le capitalisme, il faut donc renforcer le rôle de l’Etat ?

Dans la vision ordolibérale, il n’y a pas de dirigisme. L’Etat agit via des politiques incitatives de manière que les citoyens et les entreprises soient conduits à prendre de bonnes décisions, sans être coincés dans un carcan. C’est faisable même si l’Europe a tendance à mettre des règles partout. Fixer un prix du CO2 permet d’orienter les comportements, sans imposer telle ou telle décision ou telle ou telle norme dans les transports ou la construction, par exemple. Idem dans la vie des entreprises. La vision dirigiste, c’est l’inspection du travail qui détermine qui j’ai le droit de licencier. La version ordolibérale, c’est le bonus-malus. Si je licencie, je paye un malus sur les cotisations sociales de l’entreprise. Mais je peux licencier qui je veux. C’est ce que propose Jean Tirole depuis vingt ans et c’est ce qui se pratique d’ailleurs aux Etats-Unis. Cela marche très bien, même si beaucoup ignorent que la durée moyenne de présence d’un salarié dans une entreprise est plus longue aux Etats-Unis qu’en France.

L’ordolibéralisme est-il compatible avec l’existence des Gafa ?

Le capitalisme libéral repose sur la concurrence. Donc il faut évidemment casser les Gafa puisque nous estimons que la position dominante de ces entreprises est l’une des causes de l’affaiblissement de la croissance. Le capitalisme d’aujourd’hui n’a aucun rapport avec celui qui prévalait lors de la présidence de Ronald Reagan, par exemple. A l’époque, l’Etat n’intervenait pas dans la vie quotidienne, mais il cassait les monopoles pour mettre de la concurrence partout. Aujourd’hui, le capitalisme est libéral sur le marché du travail, puisqu’on a enlevé aux salariés leur pouvoir de négociation, ceci pour faire baisser leurs salaires. Il est illibéral sur le marché des biens, puisqu’il y a des monopoles. Tout cela maximise les profits. En réalité, c’est un capitalisme purement actionnarial, on fait tout ce qui est favorable à l’actionnaire.

Le capitalisme libéral repose sur la concurrence. Donc il faut évidemment casser les Gafa puisque nous estimons que la position dominante de ces entreprises est l’une des causes de l’affaiblissement de la croissance

Vous devenez anticapitaliste…

Pas du tout ! Tout dépend de la définition qu’on donne au capitalisme. Dans l’ordolibéralisme il y a toujours des capitalistes qui apportent du capital, des salariés qui apportent le travail, et le chef d’entreprise qui maximise le profit. Simplement, au lieu de le maximiser librement, il le maximise sous contrainte. Et ces contraintes au lieu d’être réglementaires sont des contraintes d’incitation. En fait, la dérive du capitalisme actuel peut se lire à travers deux chiffres : dans un monde où les Etats se financent entre 0 et 2 %, les actionnaires réclament toujours entre 12 et 15 % de rentabilité. Un tel écart entre le rendement du capital pour les actionnaires et les taux d’intérêt payés par les Etats n’est absolument pas justifié, et n’existait pas dans cette proportion il y a trente ans. Or cet écart est le vrai thermomètre du capitalisme actionnarial, et il s’explique par tout ce que nous avons évoqué, la baisse des salaires, les délocalisations, la constitution de monopoles. De facto, il mesure les externalités non assumées par les entreprises. Si on les incite à mieux traiter leurs salariés, avec le bonus-malus par exemple, ou à mieux protéger l’environnement avec un prix du CO2, de facto la rentabilité pour l’actionnaire reculera.

Concrètement, quelles mesures peuvent sauver le capitalisme ?

Il faut établir la liste de l’ensemble des externalités. Identifier les domaines dans lesquels l’action des individus et des entreprises est potentiellement nuisible, pour l’environnement par exemple. Et ensuite, mettre en place des politiques incitatives. Il en existe déjà un certain nombre, fixer un prix du CO2 en fait partie. Le crédit impôt recherche est aussi typiquement une mesure en phase avec l’ordolibéralisme puisqu’elle incite au développement de la R&D. Idem pour le bonus/malus en matière de licenciement, ou de la baisse des cotisations sociales sur les bas salaires qui permet de lutter contre le chômage des peu qualifiés. Autre mesure possible pour éviter les bulles spéculatives : la taxation des plus-values à court terme sur les actifs financiers et immobiliers par exemple. Joe Biden envisage d’ailleurs de quasiment doubler la fiscalité des gains en capital pour les ménages les plus riches.

Il nous reste quelques années seulement pour imaginer un capitalisme rénové et plus équilibré, capable de survivre à la disparition de sa troisième béquille, la politique monétaire, elle-même devenue complice des dérives du système puisque les taux d’intérêt ultra-bas sont source de grands déséquilibres et de grandes menaces financières.

 

Super League de foot : le capitalisme en cause

Super League de foot : le capitalisme en cause

Philippe Naccache et Julien Pillot, enseignants-chercheurs à l’Inseec Business School explique dans la Tribune la logique capitaliste qui a gagné le football et qui a fait émerger l’idée de la Super ligue européenne.

 

Tribune

 

Au moment d’annoncer le projet de Super League européenne de football, le dirigeant de la Juventus de Turin, Andrea Agnelli, a eu ces mots : « Le football n’est plus un jeu mais un secteur industriel et il a besoin de stabilité [...] Nous sommes tous nés comme un jeu, mais nous ne pouvons plus lancer les dés et voir quel chiffre sort, aujourd’hui nous sommes une industrie de 25 milliards [d'euros]« .

Si les paroles de M. Agnelli ont une résonance toute particulière, c’est qu’elles se font l’écho d’un trait saillant du capitalisme et de nos constructions sociétales modernes : le désir d’abolir l’incertitude, et les risques qui en découlent. Inutile de remonter loin dans le temps pour s’en convaincre. La gestion de la crise engendrée par la Covid-19 est emblématique de cette volonté farouche de réduire « quoi qu’il en coûte » les incertitudes liées à la casse économique et sociale, là où le capitalisme – au moins dans sa matérialisation néo-libérale – aurait vu dans cette crise – comme dans n’importe quelle autre – l’opportunité de purger l’économie de ses entités les moins efficientes. Hors périodes de crise, nous inventons sans cesse des outils, parfois de politique monétaire tel le quantitative easing, parfois juridique à l’image du principe de précaution, avec cette même volonté de réduire les risques et incertitudes.

Voilà un excès de prudence qui a de quoi surprendre des économistes qui ont été bercés par les enseignements de Schumpeter et qui se rappellent que l’innovation est le moteur de la croissance. Le capitalisme – et les constructions juridiques afférentes telles que les droits de propriété intellectuelle par exemple – aurait donc cette vertu d’inciter à la prise de risque entrepreneuriale sans laquelle l’innovation n’est pas possible. Dans cette logique, c’est bien la perspective de pouvoir dégager une rente qui pousse l’investissement, stimule la concurrence, invite au progrès. Il ne peut y avoir d’exploitation sans exploration préalable. Pas plus que de succès économique sans mérite.

Or, dans les faits, la réalité de ce système s’avère quelque peu différente. Les entrepreneurs, ces héros du capitalisme libéral, ne semblent pas être attirés outre mesure par le risque. C’est le principal enseignement d’une étude de référence sur la psychologie de l’entrepreneur menée par Brockhaus en 1980. Celui-ci montrait que ces derniers ne présentent pas une propension à prendre des risques différents des managers et de la population générale. Est-ce si étonnant ? Nous sommes très majoritairement averses au risque. La plupart des études en économie comportementale le démontrent. C’est d’ailleurs cette aversion au risque qui nous pousse au conservatisme car, c’est bien connu, « on sait ce que l’on perd, on ne sait pas ce que l’on gagne ».

 

Il ne faut d’ailleurs pas s’y tromper : l’objectif premier de la création de la Super League européenne reposait autant sur la maximisation de profits de ses membres que sur la réduction de l’incertitude économique engendrée par l’aléa sportif.

Il nous faut également nous rappeler du travail effectué par le regretté David Graeber. Dans son livre « Bureaucratie », Graeber suggérait que le capitalisme libéral produit des règles bureaucratiques à la seule fin de maximiser son profit. Une idée d’ailleurs reprise et précisée dans son ouvrage « Bullshit Jobs » dans lequel il affirme que le capitalisme a produit un grand nombre de fonctions totalement dispensables n’ayant pour seul objectif que d’occuper la population et lui donner les moyens de consommer. Dans le même ordre d’idée, toujours selon Graeber, JP Morgan Chase – la même banque qui se portait garante du projet de Super League à hauteur de 5 milliards de dollars – réaliserait 70% de ses bénéfices grâce aux frais de tenus comptes et autres agios…. très loin des profits que devraient réaliser ces institutions en rémunération des risques via l’octroi de ressources aux entreprises émergentes, notamment dans les technologies les plus risquées. Pour Graeber, « libre échange et marché libre signifient en réalité création de structures administratives mondiales, essentiellement destinées à garantir l’extraction de profits pour les investisseurs. »

Nous trouvons donc dans une situation quelque peu étrange dans laquelle les tenants du système capitaliste glorifient la prise de risque et le profit qui est sa récompense alors que dans le même temps ces derniers s’appliquent à museler toute dynamique concurrentielle. Vouloir enterrer la promotion par le mérite dans le sport, comme le suggérait le projet de Super League européenne de football, n’est que l’aboutissement d’un sport devenu… un business dérégulé comme les autres.

A l’instar des civilisations visées par Paul Valéry, nos sociétés sont « mortelles » en ce qu’elles ont besoin d’inertie pour fonctionner correctement. Mais c’est paradoxalement cette inertie qui les tue, en ce qu’elle entrave tant leur capacité que leur volonté d’anticiper les évolutions ou de s’adapter à celles-ci. A l’heure où l’Humanité doit affronter des périls historiques, sur les plans sanitaires, diplomatiques et environnementaux, ce constat d’un capitalisme conservateur et trop préoccupé à préserver et exploiter ses rentes fait l’effet d’un cruel désenchantement.

Veolia: le capitalisme sauvage avec l’argent du contribuable

Veolia: le capitalisme sauvage avec l’argent du contribuable

Veolia qui veut dépecer Suez, vendre par appartements en même temps que liquider un concurrent se comporte en capitaliste sauvage en oubliant que les sociétés de gestion de l’eau ou des déchets vivent sur le dos des contribuables. Il n’y a en effet rien de plus juteux que cette activité qui passe des contrats sulfureux avec les collectivités locales mais dont  les véritables payeurs les résidents. L’eau comme les services sont en effet devenus des prestations hors de prix tout simplement parce qu’en réalité il n’y a aucune vraie concurrence mais un partage du marché à peine régulée par quelques alternances des deux principaux groupes lors des appels d’offres. Bref Veolia joue aux capitalistes avec l’argent du contribuable.

Le client, c’est-à-dire le résident ne peut, lui, faire jouer la concurrence, il doit se soumettre et payer les conséquences de contrat de type quasi léonin. Pourtant l’eau constitue l’un des biens les plus précieux, les plus rares parfois, les plus fragiles surtout avec l’évolution climatique mais aussi en raison des perturbations environnementales  et notamment de la pollution des sols. L’eau appartient à la catégorie des biens essentiels d’intérêt collectif, comme l’air ou l’espace.

On objectera évidemment que Veolia détient une légitimité capitalistique vis-à-vis de Suez. Mais une légitimité capitalistique qui doit surtout à des tarifs de l’eau et autre services excessifs imposés aux usagers. Une légitimité capitalistique qui doit aux graves erreurs d’Engie qui a dû se débarrasser en vitesse de ses participations dans Suez pour refaire sa trésorerie.

Une légitimité capitalistique dirigée par un ancien fonctionnaire qui fait joujou avec l’argent des autres. Bref il serait temps de reposer la problématique de gestion de l’eau au lieu de laisser l’avenir du secteur dans les seules mains capricieuses d’apprentis sorciers capitalistes. En clair , un débat sur le statut de l’eau (et autres services )et ses modes de régulation devient urgent notamment pour sortir du jeu dangereux entre Veolia et Suez.

« Google: vers un capitalisme de surveillance »

« Google: vers un capitalisme de surveillance »

Dans un entretien au « Monde », l’universitaire américaine, Shoshana Zuboff,  montre comment, au début du nouveau millénaire, Google et consorts ont fait de nos « informations personnelles » la marchandise suprême, et bâti des empires sur leur collecte et leur commerce.

Shoshana Zuboff est professeure émérite à la Harvard Business School. Elle a étudié l’essor du capitalisme numérique, la transformation du travail et de la société de consommation qu’a entraînée cette révolution. Elle vient de faire paraître L’Age du capitalisme de surveillance (Zulma, traduit de l’anglais par Bee Formentelli et Anne-Sylvie Homassel, 864 pages, 26,50 euros).

Comment est apparu ce que vous appelez le capitalisme de surveillance ?

Le capitalisme évolue en intégrant au marché des choses qui lui étaient jusque-là étrangères. Une fois transformées, ces choses deviennent des marchandises que l’on peut vendre. Au XIXe siècle, par exemple, le capitalisme s’est intéressé à la nature. L’historien et économiste Karl Polanyi (1886-1964) a écrit des pages magnifiques à ce sujet dans La Grande Transformation (Gallimard, 1983). Ce processus revenait à créer, selon un concept qu’il a développé, des « marchandises fictives » (la nature, le travail, l’argent). Une forêt introduite sur le marché est immédiatement repensée dans un moment de fiction. Elle cesse d’être une forêt pour devenir une réserve de matières premières. La rivière devient une source d’énergie. La clairière devient un site d’exploitation.

Passons maintenant au XXIe siècle. Nous sommes en plein virage numérique. Les start-up se multiplient dans la Silicon Valley, chacune offre des services distincts et attire les investisseurs. Mais surviennent alors l’explosion de la bulle Internet et le krach de 2001-2002. Pourquoi un tel effondrement ? Tout simplement parce qu’on n’avait pas encore découvert comment générer de réels revenus. La question se posait, quelle était cette chose à transformer en marchandise ou en service ?

C’est chez Google que ce saut a été fait pour la première fois, avant d’être imité par les autres acteurs de secteur.

« Désormais, les faits et gestes de chacun font l’objet d’une traque incessante en ligne »

Que s’est-il produit exactement chez Google ?

Le moteur de recherche avait été lancé à la fin des années 1990 et ses serveurs stockaient déjà des tonnes de données sur les recherches effectuées par les internautes et leurs activités en ligne, sans rien en faire. L’entreprise rencontrait alors des difficultés grandissantes et les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, ont explicitement fait le choix de baser leur modèle économique sur la publicité.

A la même époque, ils ont porté un nouveau regard sur ces données et ont découvert qu’il y avait là un fort potentiel. S’y trouvaient des signaux permettant de connaître le comportement des internautes et de prédire comment ils pourraient se conduire.

«Le capitalisme responsable à l’épreuve du raidissement chinois». ( Philippe Mudry, l ‘Opinion)

«Le capitalisme responsable à l’épreuve du raidissement chinois». ( Philippe Mudry, l ‘Opinion)

« 

« On ne le croirait pas à écouter le silence qui entoure la mise au pas de Hong Kong, mais les Etats ne sont pas seuls, à l’exception des Etats-Unis et du Royaume-Uni, à faire comme si leurs grands principes pouvaient s’accommoder du raidissement chinois. Le monde des affaires rallié au capitalisme responsable a le même problème à gérer. Pour l’heure, il fait le dos rond, espérant que ce mauvais vent d’Est faiblira devant les suites fâcheuses que Pékin devra mesurer au fil du temps. Déjà, l’Europe agit pour barrer la route aux investissements chinois indésirables ​; la Chine risque de nouvelles sanctions si elle persiste dans une attitude jugée par trop agressive en Occident. Et n’est-ce pas aux politiques de faire leur devoir, en contraignant à plus de mesure ce géant si impatient d’imposer sa superpuissance ?

Il est vrai que le business n’a pas vocation à être en première ligne, mais il ne suffira pas toujours de faire profil bas. Si les entreprises et les investisseurs ne vont pas à la Chine, la Chine viendra à eux. Les exemples abondent. Ne parlons pas de HSBC ou de Cathay Pacific, ces entreprises « ​sinisées ​», desquelles de peu glorieux signes d’allégeance à Pékin ont été exigés, et obtenus, lors de la crise de contestation à Hong Kong.

Depuis, le pouvoir central a renforcé sa pression sur d’autres acteurs étrangers importants, les Gafa surtout, pour qu’ils coopèrent avec l’appareil répressif en partageant des informations permettant de contrôler la contestation. Google, Facebook et Twitter ont refusé, mais les menaces vont s’intensifier, à Hong Kong et ailleurs. Car Pékin, la crise du Covid-19 l’a montré, n’hésite plus à y recourir à l’étranger même.

Tous les investisseurs doivent, eux aussi, inclure le cas chinois dans leurs éléments de décision. Le déni des droits de l’homme n’est pas un critère responsable mineur

Rétorsion. ​Dans l’ancienne colonie britannique, on songe bien sûr aux banques. Toutes les grandes françaises y sont installées. Déjà, BNP Paribas y a subi une semonce, et dû se séparer d’un employé sympathisant du mouvement pro-démocratie. Ce ne sera pas la dernière pression à craindre, d’autant que les Français ont des ambitions en Chine. Quant aux interventions hors de la sphère chinoise traditionnelle, elles vont croître aussi. Dernier exemple en date, la réaction chinoise virulente aux propos du patron de l’Agence française de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), Guillaume Poupard, annonçant que Huawei fait l’objet de refus et d’autorisations limitées entre trois et huit ans dans la mise en place de la 5G. En matière de rétorsion, la Chine aura l’embarras du choix. EDF pourrait être une victime toute désignée, via l’éventuelle remise en cause de son partenariat avec le chinois CGN pour la construction outre-Manche de centrales de nouvelle génération. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Par ricochet, tous les investisseurs doivent, eux aussi, inclure le cas chinois dans leurs éléments de décision. Le déni des droits de l’homme n’est pas un critère responsable mineur. La Chine a besoin des investisseurs internationaux pour se développer et concurrencer les Etats-Unis sur le terrain financier. Si la prudence à court terme est compréhensible, l’aveuglement volontaire se paiera cher à terme. Les investisseurs ont une arme puissante entre les mains. Le moment arrive où s’en servir collectivement peut être la voie de la sagesse.

« le rejet du capitalisme numérique » ? (Philippe Askenazy)

 « le rejet du capitalisme numérique » ? (Philippe Askenazy) 

 

 

Philippe Askenazy,Chercheur au CNRS/ENS/Centre Maurice-Halbwachs estime que la pandémie pourrait marquer un coup d’arrêt au développement du capitalisme numérique, estime l’économiste dans sa chronique au « Monde ».

Chronique.

 

« A travers le monde, des dizaines de millions d’actifs ont basculé en télétravail, des élèves suivent – pour les plus chanceux – des cours à distance, des patients téléconsultent. Réseaux sociaux et chaînes numériques battent des records d’audience. Certains voient dans cette intensification et cette extension des usages un point de bascule définitive dans le capitalisme numérique.

La crise sanitaire, sociale et économique pourrait au contraire marquer un coup d’arrêt à son développement. De quoi l’humanité a-t-elle besoin aujourd’hui : d’équipements de protection, de respirateurs, de nourriture et des services assurés par les travailleuses et travailleurs « essentiels ». S’il y a une guerre, elle est entre Etats pour s’approvisionner en masques, en réactifs et en anesthésiques. De la matière, de la sueur mais aussi de la peur, celle des soignants, hôtes de caisses ou éboueurs – loin d’être virtuelle.

De héros de nos sociétés, les start-uppeurs, les codeurs et autres « talents » sont désormais relégués en « dernière ligne ». Les promesses de la révolution numérique ne semblent être que de lointains mirages. Privée de données pertinentes, l’intelligence artificielle n’est d’aucune aide pour guider la politique sanitaire ou la continuité d’activité, alors qu’il y a quelques semaines encore, on nous présentait ces outils comme décisifs pour gérer les aléas.

Les imprimantes 3D ne permettent pas produire en masse, et malheureusement pas de protections textiles. Les robots des usines se sont arrêtés en même temps que les hommes. Les robots sociaux déployés dans les Ehpad ne remplacent pas les visites, lorsqu’ils ne sont pas simplement rangés au placard car difficiles à désinfecter. Même l’e-commerce affiche, dans la crise, des performances qui ramènent les trentenaires et plus à leur enfance, celle où le commerce à distance était dominé par La Redoute ou la Camif…

Révélant ses limites, le capitalisme numérique pourrait affronter le rejet. Il renforce les inégalités dans l’éducation malgré un calendrier favorable : les confinements ont eu lieu alors que les jeunes avaient déjà eu en présentiel leurs professeurs. Entreprises et administrations poussent à un retour rapide au présentiel, corollaire de la chute de productivité associée à un télétravail exclusif. »

 

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Réguler le capitalisme vers davantage de progrès social

 Réguler le capitalisme vers davantage de progrès social

Dans un entretien au « Monde », c’est le propos de l’économiste Anton Brender estime qu’il est possible de revenir à une stratégie sociale-démocrate afin de renouer avec l’idée de progrès social .

Tribune

Anton Brender est économiste dans une société privée de gestion d’actifs. Professeur associé honoraire de l’université Paris-Dauphine, il a publié plusieurs ouvrages de macroéconomie sur les crises et les déséquilibres financiers, dont certains en collaboration avec Florence Pisani. Son dernier essai, Capitalisme et progrès social (La Découverte, 128 pages, 10 euros), propose une lecture de l’histoire du capitalisme et une réhabilitation du projet social-démocrate pour guider son futur.

Pourquoi les mécanismes qui étaient hier à l’origine d’avancées sociales sont aujourd’hui enrayés ?

On a trop longtemps oublié que les progrès observés dans les sociétés occidentales depuis que le capitalisme y a pris son essor ne peuvent être attribués au capitalisme laissé à lui-même. Au contraire, on les doit aux contraintes et aux régulations que nos sociétés lui ont peu à peu imposées : le capitalisme est devenu un moteur du progrès social parce que, loin de le laisser faire, nos sociétés se sont opposées à lui. Ce faisant, elles l’ont forcé à aller dans une direction qu’il n’aurait jamais empruntée de lui-même.

Le profit est en effet la seule boussole du capitalisme. Elle le conduit à accumuler toujours plus de capital et le pousse à acheter le moins cher possible le travail dont il a besoin pour valoriser ce capital. Elle le mène ainsi vers un problème : comment valoriser un capital qui ne cesserait de croître ? En s’opposant à lui, nos sociétés ont aidé le capitalisme à trouver la solution. Les luttes sociales, comme les combats politiques qui ont poussé à l’augmentation des salaires et à la réduction du temps du travail, ont permis à la consommation de progresser et ont permis une croissance continue de la demande.

Cette évolution a été lente et heurtée. Elle a abouti à un moment très particulier où, plein- emploi aidant, salaires et productivité ont été en hausse constante et la croissance économique, soutenue et presque régulière. Ces quelques décennies – on parle en France des « trente glorieuses » – ont été marquées par l’avènement de la « société de consommation » et, avec elle, de la consommation de masse. Le progrès social qui l’a accompagnée est difficile à nier. Le confort de la vie quotidienne s’est accru, non plus seulement pour une minorité, mais bien pour la grande majorité de la population. En même temps, des ressources toujours plus importantes ont pu être consacrées au développement d’infrastructures sociales – les systèmes de santé et d’éducation, les systèmes de retraites et de protection sociale… – qui, là aussi, ont amélioré les conditions de vie non plus seulement d’une minorité, mais bien de tous.

Réinventer le capitalisme  » (Thibaut Béchetoille , Croissance +)

Réinventer le capitalisme  » (Thibaut Béchetoille , Croissance +)

 

 

 

Thibaut Béchetoille patron d’Ozon, spécialisé dans les solutions de cybersécurité pour les PME, le président de Croissance Plus, propose une stratégie plus offensive de l’économie française dans une interview à Europe 1

« Le capitalisme doit se réinventer. Il doit permettre un meilleur partage des richesses, de la valeur« , plaide Thibaut Béchetoille. Et pour « avoir de l’impact, il faut de la croissance« .

Parmi les sujets, figure celui de la Bourse. Un outil qui n’est pas toujours perçu à sa juste valeur par les entreprises. La Bourse interroge, effraie… C’est précisément cette perception que Thibaut Béchetoille aimerait renverser, s’appuyant pour étayer son propos, sur ce qu’il se passe de l’autre côté de l’Atlantique. « Peu de personnes comprennent que l’écosystème de l’innovation aux Etats-Unis tient beaucoup au rôle du NASDAQ« . Le NASDAQ qui permet de valoriser les entreprises technologiques. Disposer du même outil en Europe aiderait considérablement les entreprises à « risquer » l’innovation. « Il existe une fluidité dans la rotation du capital aux Etats-Unis qui explique le succès des jeunes entreprises. Ce sujet d’un marché boursier fort nous intéresse à Croissance Plus car nous pensons qu’il est déterminant« , appuie Thibaut Béchetoille. Des discussions avec Euronext sur la meilleure façon de stimuler le marché boursier sont menées afin de rendre ce dernier appétant pour les midcaps et les smallcaps.

Serait-ce une façon de produire davantage d’ETI ? « La Bourse a un impact mais nous n’allons pas inventer un NASDAQ européen demain matin« , souligne Thibaut Béchetoille, qui exhorte les PME au potentiel de croissance fort, de ne pas hésiter à emprunter les mêmes armes et la même stratégie que les Américains du Nord, ce qui inclut notamment de faire fi des réflexes culturels quasi pavloviens et de ne pas hésiter à utiliser les armes marketing et communication, comme d’envisager de prendre place sur le marché mondial.

Autre recommandation, celle qui concerne l’ouverture du capital, cette étape tant redoutée. « Les Français sont frileux sur ce sujet« , reconnaît Thibaut Béchetoille qui encourage également les entreprises à avoir très tôt une gouvernance avec laquelle partager les questionnements stratégiques de long terme. « La stratégie c’est l’art de l’allocation des ressources » et c’est aussi être capable de déterminer les valeurs différenciantes par rapport aux concurrents. C’est également savoir chasser en meute, « c’est un poncif, mais il faut s’inspirer de l’Allemagne, qui fait cela très bien« .

Et quand on évoque des particularités françaises, comme celles des impôts de production, 7 fois plus élevées dans l’Hexagone qu’en Allemagne justement, Croissance Plus dit réfléchir avec l’Institut Sapiens sur des propositions qui permettraient une baisse de 24 Mds€ sur 5 ans. IA, robotisation, nouvelles technologies sont aussi des thématiques qui angoissent. « Nous somme dans une société très anxiogène, qui craint la destruction d’emplois« , reconnaît Thibaut Béchetoille. « Mais nous voulons nous placer dans une prospective positive, projeter les entreprises vers l’avenir« .

 

Chine, le capitalisme mafieux du parti communiste

Chine, le capitalisme mafieux du parti communiste

 

 

Lun Zhang, Professeur de civilisation chinoise, dénonce  la collusion entre argent et pouvoir qui constitue un obstacle au progrès économique . De fait, l’économie est confisquée par les amis du parti communiste qui regroupe 100 millions d’adhérents dont 10 millions de cadres qui se partagent le gâteau économique. La plupart des dirigeants communiste possèdent d’énormes fortunes. Un milliard chacun pour les 70 députés communistes les plus riches. Certains en profitent pour partir avec leur fortune, 50 milliards auraient ainsi quitté la chine. Le parti repose sur une  organisation complètement centralisée et cadenassée.  . Le congrès, organe politique ,  nomme les membres du comité central, de celui-ci est issu le bureau politique qui désigne enfin les membres du comité permanent.  mais c’est le congrès qui désigne d’en haut les représentants  qui devraient être élus. Un vaste système mafieux qui freine maintenant le dynamisme de la concurrence des compétences et de l’innovation.

 

( tribune au Monde)

 

Tribune.

 

« Dès sa naissance, le capitalisme a suscité de véhémentes critiques et du rejet. Le XXe siècle a d’ailleurs été marqué par une tentative de remplacement par un nouveau système caractérisé par une planification étatique, une collectivisation des moyens de production et même des biens des citoyens. Mais celle-ci a incontestablement échoué, malgré les regrets de ses partisans. Par souci de légitimation de leur pouvoir, certains pays ont conservé le mot « socialiste » dans leur dénomination, mais ils l’ont abandonné dans la pratique.

Les autorités chinoises se vantent sans cesse de pratiquer un « socialisme aux caractéristiques chinoises ». En réalité, au nom de la réforme, ces dernières décennies, nous assistons plutôt à la mise en pratique progressive d’un « capitalisme aux caractéristiques chinoises ». L’accumulation du capital se substitue à l’objectif idéologique ; le marché remplace l’organisation administrative planifiée. C’est ce qui explique la réussite de la Chine en termes de croissance.

Cette confusion autour de l’appellation et des pratiques, entre « socialisme » et « capitalisme », ainsi que l’opacité du fonctionnement et des institutions économiques et politiques accentuent la difficulté, d’un point de vue épistémologique, pour qualifier la nature du régime actuel en Chine. Ce régime est différent de ce que nous avons connu au XXe siècle. Il possède à la fois certains traits des régimes totalitaires de droite comme de gauche et des similitudes frappantes avec le modèle asiatique, où le capitalisme a accompagné le développement. Dans le monde, il suscite de l’admiration à droite pour son efficacité économique et sa capacité à maintenir l’ordre, et à gauche pour ses discours populistes au nom de l’intérêt du peuple, le rôle prédominant de l’Etat et la critique des systèmes occidentaux.

Mais un point est clair : l’Etat y est à la fois joueur et arbitre du champ économique ; la collusion entre les élites au pouvoir et le monde des affaires, phénomène que le politologue américain Minxin Pei décrit sous le nom de « Crony Capitalism », capitalisme de copinage. Si l’avidité et l’ambition de ces « copains » ont construit le moteur de la machine économique chinoise durant une période, elles bloquent désormais l’ascenseur social et sont des obstacles à la croissance chinoise du fait de l’inégalité qu’elles engendrent, réduisant la capacité du marché interne. La corruption est ainsi structurelle et généralisée à cause du monopole étatique dans de nombreux secteurs. »

 

 

La fin du capitalisme par la chute des taux

La fin du capitalisme par la chute des taux

 

un article de Xerfi Canal,  se demande si le capitalisme ne finira pas par s’autodétruire du faîte d la dégringolade des taux. (La Tribune)

 

« Jusqu’où peut aller la baisse des taux ? Nous sommes dans une situation inédite aujourd’hui. Jamais les taux d’intérêt n’ont été aussi faibles dans le monde développé. La faiblesse des niveaux atteints par les taux longs sans risque, en Europe comme aux États-Unis, n’ont pas de précédent depuis deux siècles. Mais surtout, cette configuration se produit alors même que s’amorce un ralentissement de l’économie mondiale. Autrement dit, les anticipations de croissance et d’inflation tirent les taux de marché vers le bas. Dès à présent les taux européens sont entrés en zone négative. Et les États-Unis s’en approchent.

 

C’est une situation extraordinaire dont il faut prendre toute la mesure. Des taux négatifs, c’est comme si tout un coup on inversait la polarité d’un circuit électrique. Et que la mécanique tournait en sens inversé. Cette mécanique, c’est tout le processus d’avance de fonds et d’accumulation qui sous-tend l’expansion du capitalisme. Les taux d’intérêt, c’est dans la représentation classique de l’économie, la récompense de l’acte d’épargne, de notre renonciation à la myopie de la satisfaction immédiate. Le niveau des taux nait de la tension entre ce désir de consommer tout de suite et celui de se projeter dans le futur à travers l’acte d’investissement. Et les taux seront d’autant plus élevés que l’appétence pour le futur est forte, et que les dépenses d’avenir contiennent de fortes promesses de retour sur investissement. Inverser la polarité de ce processus, c’est comme si les marchés se projetaient d’emblée dans un monde de baisse des prix et de décroissance. Où mille euros aujourd’hui valent moins que mille euros demain… autrement dit, un monde en attrition, en rétractation.

Dans ce monde sans désir de futur, c’est le passé que joue la finance, c’est la plus-value sur le capital ancien. Le marché du capital d’occasion devient le creuset de la création de valeur… on surenchérit sur la transmission des entreprises. On consolide l’existant, on renforce les économies d’échelle, les synergies, on bâtit des pouvoirs de réseau, de marché. Ce monde nous y sommes déjà. Il entre en étrange résonance avec ce que nous annoncent les prophètes du climat. Tout un pan de nos économies carbonées est condamné à disparaître. L’urgence climatique va disqualifier une masse considérable de capital accumulé. Les grands acteurs du transport, le l’énergie, de la construction entrent dans une phase d’attentisme, où investir as usual expose au risque de déclassement prématuré… mais où parier sur une technologie décarbonée, expose au risque de non adoption et de non solvabilité. Faute de coordination, faute de réglementations contraignantes, faute d’impulsion d’un grand état hégémonique pour donner le « la » technologique et bâtir rapidement des économies d’échelle, les investisseurs se regardent en chien de faïence, et ne se lancent pas. Le capitalisme financiarisé a poussé au plus haut la rentabilité du capital et les ressources d’autofinancement, les banques centrales ont poussé au plus haut la liquidité et face à l’abondance des fonds mobilisables, la demande de fonds pour bâtir un capitalisme durable reste paralysée. Les taux d’intérêt négatifs sonnent alors comme l’oraison funèbre d’un capitalisme financiarisé, où l’argent est surabondant, mais ne sait plus où s’investir pour porter la croissance de demain.

Je n’ignore bien sûr pas le fait que la baisse des taux de marché a été renforcée par les options radicales de politiques monétaires des années récentes. Les banques centrales sont à la manœuvre, en apparence dans le mouvement décrue des taux. Elles ont abreuvé le système financier en liquidités. Et elles ont ramené leurs taux directeurs à zéro dans nombre pays pour endiguer la grande dépression de 2007-2008. Et ce qu’elles ont fait, pourquoi ne pourrait-elle pas le défaire ? Eh bien, précisément, ce que nous disent les taux longs de marché, c’est que les investisseurs n’y croient pas, à horizon de 10 ou 30 ans. Et ce faisant, les banques centrales se retrouvent coincées. Remonter les taux, ce serait étrangler tout le système bancaire. Et maintenir les taux de refinancement à zéro, si les taux longs continuent à s’affaisser, risque aussi de rapidement s’avérer insuffisant. Si rien n’est fait, et que la dépression s’approfondit, elles n’auront d’autre choix que d’accompagner la baisse et de briser elles aussi le tabou des taux négatifs. Avec le risque d’enclencher un nouveau tour de baisse des taux longs.

La seule issue, tout le monde la connaît, mais personne ne sait la mettre politiquement en œuvre. Que les États se coordonnent et bâtissent les normes et les infrastructures pour arracher le capitalisme à sa crise du futur. »

Chine, le capitalisme mafieux des amis du PC

Chine, le capitalisme mafieux des amis du PC

 

 

Lun Zhang, Professeur de civilisation chinoise, dénonce  la collusion entre argent et pouvoir qui constitue un obstacle au progrès économique . De fait, l’économie et confisquée par les amis du parti communiste qui regroupe 100 millions d’adhérents dont 10 millions de cadres qui se partagent le gâteau économique. La plupart des dirigeants communiste possèdent d’énormes fortunes. Un milliard chacun pour les 70 députés communistes les plus riches. Certains en profitent pour partir avec leur fortune, 50 milliards auraient ainsi quitté la chine. Le parti repose sur une  organisation complètement centralisée et cadenassée.  . Le congrès, organe politique ,  nomme les membres du comité central, de celui-ci est issu le bureau politique qui désigne enfin les membres du comité permanent.  mais c’est le congrès qui désigne d’en haut les représentants  qui devraient être élus. Un vaste système mafieux qui freine maintenant le dynamisme de la concurrence des compétences et de l’innovation.

 

( tribune au Monde)

 

Tribune.

 

« Dès sa naissance, le capitalisme a suscité de véhémentes critiques et du rejet. Le XXe siècle a d’ailleurs été marqué par une tentative de remplacement par un nouveau système caractérisé par une planification étatique, une collectivisation des moyens de production et même des biens des citoyens. Mais celle-ci a incontestablement échoué, malgré les regrets de ses partisans. Par souci de légitimation de leur pouvoir, certains pays ont conservé le mot « socialiste » dans leur dénomination, mais ils l’ont abandonné dans la pratique.

Les autorités chinoises se vantent sans cesse de pratiquer un « socialisme aux caractéristiques chinoises ». En réalité, au nom de la réforme, ces dernières décennies, nous assistons plutôt à la mise en pratique progressive d’un « capitalisme aux caractéristiques chinoises ». L’accumulation du capital se substitue à l’objectif idéologique ; le marché remplace l’organisation administrative planifiée. C’est ce qui explique la réussite de la Chine en termes de croissance.

Cette confusion autour de l’appellation et des pratiques, entre « socialisme » et « capitalisme », ainsi que l’opacité du fonctionnement et des institutions économiques et politiques accentuent la difficulté, d’un point de vue épistémologique, pour qualifier la nature du régime actuel en Chine. Ce régime est différent de ce que nous avons connu au XXe siècle. Il possède à la fois certains traits des régimes totalitaires de droite comme de gauche et des similitudes frappantes avec le modèle asiatique, où le capitalisme a accompagné le développement. Dans le monde, il suscite de l’admiration à droite pour son efficacité économique et sa capacité à maintenir l’ordre, et à gauche pour ses discours populistes au nom de l’intérêt du peuple, le rôle prédominant de l’Etat et la critique des systèmes occidentaux.

Mais un point est clair : l’Etat y est à la fois joueur et arbitre du champ économique ; la collusion entre les élites au pouvoir et le monde des affaires, phénomène que le politologue américain Minxin Pei décrit sous le nom de « Crony Capitalism », capitalisme de copinage. Si l’avidité et l’ambition de ces « copains » ont construit le moteur de la machine économique chinoise durant une période, elles bloquent désormais l’ascenseur social et sont des obstacles à la croissance chinoise du fait de l’inégalité qu’elles engendrent, réduisant la capacité du marché interne. La corruption est ainsi structurelle et généralisée à cause du monopole étatique dans de nombreux secteurs. »

G7 de Biarritz : deux mondes , le capitalisme et le gauchisme

G7 de Biarritz : deux mondes , le capitalisme et le gauchisme

Deux mondes s’opposent à l’occasion du G7. D’une part celui des grands chefs d’État qui en fait servent surtout les grands financiers avec un peu de vernis social et environnemental, de l’autre le monde de la radicalité gauchiste qui veut détruire à la fois le capitalisme et l’impérialisme. En réalité ce sont deux formes de radicalité différentes sur le fond mais proche sur la forme. La radicalité ultra libérale se caractérise aussi par une certaine violence quand elle augmente les inégalités et la pauvreté. Par exemple le chômage en France constitue une véritable violence avec 5 à 7 millions de personnes sans emploi sans parler de ce qui sont condamnés à ce satisfaire d’un salaire de 1000 €. Inversement on ne peut évidemment retenir la stratégie politique des gauchistes qui veulent abattre le capitaliste pour y substituer des formes de systèmes économiques étatiques qui ont toutes échouées et même conduits à la dictature. Le dernier exemple étant celui de la Chine. Bref la plus grande partie de la population ces deux mondes ne sont pas crédibles. Malheureusement on a de la peine à percevoir un chemin intermédiaire qui permettrait de concilier le dynamisme de l’économie de marché et la justice sociale car les socialistes eux-mêmes sont tombés dans le piège de l’ultra libéralisme et de l’élitisme. « On est face à deux mondes qui s’opposent » a constaté samedi 24 août sur franceinfo Sébastien Bailleul, porte-parole de la plateforme Alternative G7, alors que le sommet international s’ouvre officiellement à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Samedi midi, plusieurs milliers d’opposants au G7 (15 000 selon les organisateurs, 9 000 selon la police) ont défilé pacifiquement d’Hendaye et Irun.

« D’un côté, on a un sommet avec sept grands chefs d’État qui, à l’image de leurs politiques, proposent un événement hors-sol, déconnecté, dans un environnement bunkerisé, militarisé », a dénoncé le militant, « et de l’autre côté, on a un contre-sommet qui se veut ouvert, ancré sur un territoire particulier, le Pays Basque, qui voulait montrer que des alternatives au capitalisme étaient possibles. » Sur certains terrains économiques sans doute mais pas sur certains grands projets comme par exemple les télécommunications, les transports, la conquête spatiale ou encore la santé.

Emmanuel Macron dénonce les dérives du capitalisme !

Emmanuel Macron dénonce les dérives du capitalisme !

Preuve que Macron peut tout dire et son contraire quand il condamne le capitalisme et ses dérives lors de sa déclaration devant l’organisation internationale du travail où il est de bon ton de parler à gauche « Quelque chose ne fonctionne plus dans ce capitalisme qui profite de plus en plus à quelques-uns .Emmanuel Macron. « Je ne veux plus que nous considérions que le sujet d’ajustement économique et de la dette prévaut sur les droits sociaux », a poursuivi le locataire de l’Elysée. Et d’ajouter : « Quand le peuple ne trouve plus sa part de progrès », il peut être « attiré par l’autoritarisme, qui dit : ‘la démocratie ne vous protège plus contre les inégalités de ce capitalisme devenu fou. Nous allons faire des murs, des frontières, sortir de ce multilatéralisme, il est mou’. » Le problème c’est que cela n’empêchera pas Macron de militer pour le multi latéral isthme et les accords commerciaux qui favorisent une mondialisation dérégulée. On voit mal en effet Macron s’opposer à la ratification de l’accord commercial CETA avec le Canada et plus tard sans doute à celle du TAFTA  avec les Etats-Unis. Mais c’est tout l’art de la politique d’affirmer une chose et son contraire en fonction des auditoires. Bref la vieille politique qui continue

Macron contre les dérèglements du capitalisme !!!

Macron contre les dérèglements du capitalisme !!!

 

 

Pour récupérer des voix des déçus de sa politique, Marcro est prêt à leur délivrer les promesses qu’ils veulent entendre. Ainsi devant l’organisation internationale du travail dont c’était le centenaire, Macron n’a pas hésité à condamner les dérèglements du capitalisme. Précisément celui dont il est le produit et qu’il sert avec zèle et efficacité. Macron a par ailleurs affirmé qu’il voulait mettre désormais de l’humain dans sa politique, se montrer davantage à l’écoute, associer les préoccupations sociales, écologiques à la problématique économique. Bref, il  y en a pour tout le monde. Si  les nudistes avaient présenté une liste aux européennes en obtenant un score significatif, on imagine que Macron aurait accepté de développer les vertus de l’homme à poil. À la veille du discours de politique générale d’Édouard Philippe, Emmanuel Macron s’est engagé mardi à «plus d’humanité et plus de proximité» dans l’acte II de son quinquennat. Continuant sur les vertus du dialogue, le chef de l’État disait avoir vécu la crise des «gilets jaunes» comme «une forme d’opportunité»: «nous avons entendu l’intuition et le message profond: nos concitoyens veulent plus de sens, plus d’humanité et plus de proximité». Face à la «souffrance» exprimée ces derniers mois notamment par les «gilets jaunes», «je veux remettre de l’humanité, de la proximité, c’est un changement de méthode que j’ai dessiné», a indiqué Emmanuel Macron. Durant son discours, le chef de l’État a reconnu avoir fait une «erreur fondamentale» non de fond mais de méthode dans la gestion de la crise des «gilets jaunes». «Nous avons peut-être parfois construit des bonnes réponses trop loin de nos concitoyens en considérant qu’il y avait des sachants et des subissants. C’était une erreur fondamentale», a-t-il admis. Bref Macron reprend à sa manière le fou mea culpa de l’inénarrable Gilles Legendre, président des députés en marche et qui avait déclaré lui : peut-être avons-nous été trop intelligent !

Alliance Renault-Nissan : le capitalisme à la mode japonaise

Alliance Renault-Nissan : le capitalisme à la mode japonaise

Le Japon est un pays champion du capitalisme mais un capitalisme à caractère très nationaliste pour ne pas dire davantage. On se souvient en effet que pendant longtemps le Japon a occupé le hit Paris parade des pays exportateurs. Il a surtout fondé son développement sur les échanges extérieurs. Aussi sur sa capacité à copier les technologies étrangères américaines européennes (le relais étant pris désormais par la Chine !) Mais le Japon milite pour un libéralisme très ouvert quand cela sert ses intérêts mais très fermé quand il s’agit de capitaux extérieurs. L’exemple plus significatif étend celui du conflit actuel entre Renault et Nissan. Nissan sauvé par Renault mais qui veut aujourd’hui reprendre son indépendance contre toutes les règles capitalistes en vigueur voir même prendre le contrôle de Renault. L’affaire Carlos Ghosn n’est qu’un prétexte pour remettre en cause le poids de Renault chez Nissan et dans l’alliance entre parenthèses mêmes si évidemment Carlos gone est loin d’être dans). Ces deux dossiers ne sont pas évidemment de même nature et de même ampleur. On fait semblant de croire qu’il s’agit d’une affaire personnelle entre les autorités fiscales et Carlos Ghosn alors qu’il s’agit d’une bataille de pouvoir pour savoir qui de la France ou du Japon va maîtriser l’alliance et les entreprises qui la composent. Ce qui est engagé c’est la déstabilisation de cette alliance est même de Renault par le gouvernement japonais qui a montré une grand rigueur judiciaire à l’égard d’un patron français mais qui a épargné tous les responsables japonais de la catastrophe de Fukushima.  Les pouvoirs publics français seraient bien naïfs de croire que l’affaire Carlos Ghosn se limite à une fausse déclaration de revenus voir à quelques détournements de fonds. En effet il est vraisemblable qu’en prison depuis le 19 novembre, il  va rester pour de nombreuses semaines voir de nombreux mois en tout cas jusqu’à ce qu’il n’ait plus aucune responsabilité dans l’Alliance et les entreprises qui en font partie.  et surtout  tant qu’un accord n’aura pas été trouvé concernant le pilotage de l’alliance Renault Nissan. Pour résumer Nissan a été sauvé par Renault ne supporte plus d’être sous la coupe du constructeur français et réclame la direction de l’alliance ou bien son indépendance. Sans parler de la possibilité pour Nissan de racheter aussi Renault. Certes Carlos Ghosn n’est pas complètement blanc et  comme de nombreux patrons de multinationales il a eu une certaine tendance à confondre la caisse de l’entreprise avec son portefeuille (de manière officielle  ou officieuse)  Lundi, il sera soumis à une nouvelle épreuve : le bureau des procureurs doit choisir de l’inculper ou non, mais selon le quotidien économique Nikkei et d’autres grands médias japonais, la décision ne fait guère de doute. Carlos Ghosn, affirment-ils, va être poursuivi pour avoir omis de déclarer aux autorités boursières environ 5 milliards de yens (38 millions d’euros) de revenus sur cinq années, de 2010 à 2015. Son bras droit Greg Kelly, arrêté en même temps que lui, devrait aussi être inculpé. Nissan ne sera pas épargné, le parquet jugeant que la responsabilité de l’entreprise est également engagée, car elle est l’entité ayant remis les rapports incriminés aux autorités boursières. Dans cette affaire, les rumeurs, spéculations, scénarios sont nombreux, et la parole officielle rare si ce n’est, au tout début, celle du patron exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa, qui a d’emblée lâché son ancien mentor. Les procureurs ont pour l’instant communiqué à minima et la défense de Carlos Ghosn, menée par Motonari Ohtsuru, un ex-procureur spécialiste des grandes affaires financières, ne s’est pas publiquement exprimé. Tout juste sait-on que « le suspect Ghosn », comme l’a rebaptisé la presse nippone, nie toute malversation. « Il est dans un état d’esprit vaillant et combatif », souffle-t-on au siège de Renault, à Boulogne-Billancourt près de Paris, malgré les conditions spartiates de l’établissement où le Franco-libano-brésilien est détenu. Il s’occupe à lire livres et magazines quand il n’est pas interrogé par les enquêteurs. Chez Nissan, la mise à l’écart de Ghosn a comme libéré la parole et les frustrations ont éclaté au grand jour, transpirant dans les médias japonais où « M. Ghosn et l’Etat français (actionnaire de Renault) sont le diable », résume un analyste du secteur, Takaki Nakanishi. On voit là, dit-il, l’opportunité de « re-japoniser » le groupe et de revoir les termes du partenariat. Le dossier juridique est accessoire, ce n’est qu’un prétexte. En effet on ne peut justifier  le maintien prolongé de Carlos Ghosn en prison par la sévérité de la justice japonaise. Rappelons par exemple que dans l’affaire du scandale de Fukushima, aucun responsable japonais climat aucun n’a été inquiété ! en un mois, Renault et l’État français n’ont fait que constater les velléités d’émancipation de Nissan. Le groupe automobile japonais n’a cessé de multiplier les déclarations et les allusions promettant un rééquilibrage de l’Alliance Renault-Nissan. Ce lundi 17 décembre toutefois, Renault a décidé de ne pas rester les bras ballants en faisant capoter la tentative de nomination d’un successeur à Carlos Ghosn à la tête du conseil d’administration de Nissan. Alors que Nissan a constitué une commission de trois personnes pour trouver un successeur, celle-ci a échoué, sous la pression de Renault. Le groupe automobile français exige désormais une assemblée générale des actionnaires (AG). Selon Thierry Bolloré, auteur d’une lettre adressée à Hiroto Saikawa et divulguée par le Wall Street Journal, cette AG permettrait de remettre sur la table des sujets comme celui de la gouvernance et les nominations au conseil d’administration. De son côté, Hiroto Saikawa, la gouvernance doit être prioritaire, tandis que l’AG peut attendre. En réalité, Renault est coincé puisqu’en l’absence de Carlos Ghosn, il perd une voix au conseil d’administration. D’où la nécessité d’une AG afin de récupérer cette troisième voix qui compte tant, sur un conseil composé de 8 personnes seulement.

Le capitalisme comme solution à l’écologie (Laurent Pahpy) !!!

Le capitalisme comme solution à l’écologie (Laurent Pahpy) !!!

 

. Par Laurent Pahpy, ingénieur, analyste pour l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF).

Il faut quand être gonflé pour soutenir que seul le capitalisme peut prendre en charge la régulation environnementale.  Pas étonnant cet article vient des Echos, journal sérieux quant il se limite aux faits et aux chiffres objectifs mais qui devient d’un ésotérisme sulfureux quand il faut défendre les valeurs de l’argent et les puissants. Pourtant  Laurent Pahpy, ingénieur, analyste pour l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF) affirme que la solution pour l’environnement  c’est le capitalisme. Et de ressortir la théorie à la mode du signal prix qui ré internalise dans l’économie de marché des problématiques sociétales. Un article à lire cependant et qui prouve qu’il y a encore de l’avenir pour les évangélistes du profit.

 

« Les dernières prévisions alarmantes du GIEC justifieraient pour beaucoup une remise en cause radicale de notre modèle de civilisation. Lors de son ultime discours en tant que ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot avait expliqué qu’il n’avait « pas réussi à combler cette ligne de faille entre l’économie et l’écologie ». La recherche perpétuelle et égoïste de profit épuiserait les ressources de la planète et nous mènerait droit à la catastrophe. De multiples exemples à travers le monde contredisent cette affirmation péremptoire. En Namibie, une approche contre-intuitive a été adoptée dans les ranchs privés depuis près de cinquante ans. Les éleveurs ont remplacé leurs troupeaux de bovins par des réserves de faune et de flore locales. L’attrait des touristes occidentaux pour les safaris est bien plus profitable et permet aux propriétaires de rentabiliser la reproduction et la protection des girafes et autres antilopes face au braconnage. Dans ce pays, la population d’animaux sauvages dans les ranchs a augmenté de 80 % depuis l’instauration de droits de propriété privée en 1967. Ce succès s’explique par la recherche du profit. Considérée à tort comme un vice, elle est un puissant incitateur pour le propriétaire à prendre soin de son capital naturel s’il parvient à le monétiser par la culture, l’élevage ou le tourisme. Lorsqu’une ressource n’appartient à personne (ou à tout le monde- ce qui revient au même), chacun est amené à la piller, à l’exploiter ou à la polluer jusqu’à l’épuisement total. Ce constat n’était pas étranger à Aristote, qui remarquait que « ce qui est commun au plus grand nombre fait l’objet des soins les moins attentifs. L’homme prend le plus grand soin de ce qui lui est propre, il a tendance à négliger ce qui est commun ». Les drames écologiques surgissent moins de la défaillance que du défaut de marché, à l’image de la surpêche où il n’est pas possible de définir des titres de propriété sur les poissons en l’état de la technologie actuelle. Néanmoins, quand cela peut se faire, l’instauration de droits de propriété est le meilleur moyen de mettre fin à la tragédie des biens communs et d’attribuer une grande valeur aux ressources écologiques rares. Les réussites sont légion. À 40.000 euros le kilo, le commerce de corne de rhinocéros en Afrique du Sud permet aux propriétaires des animaux de financer la protection et la reproduction du mammifère tout en en tirant profit. C’est en garantissant des droits de propriété marqués au fer rouge sur les bisons d’Amérique que l’espèce a été sauvée de peu de l’extermination au XIXe siècle. Autre exemple, l’aquaculture permet de satisfaire toute l’augmentation de la demande en poisson depuis le début des années 1990 et va bientôt dépasser la pêche traditionnelle en quantité. Notons que les espèces marines toujours menacées de surpêche comme le thon rouge sont celles qui n’ont pas encore été domestiquées. Certes, le développement économique affecte parfois dramatiquement les écosystèmes et la biodiversité (enfin ! NDLR), mais il arrive un seuil à partir duquel la situation s’inverse et s’améliore grâce aux richesses et aux technologies accumulées. L’augmentation des rendements agricoles permet de nourrir en quantité et en qualité la population tout en laissant la place à des espaces naturels plus sauvages. Dans les régions ayant dépassé un PIB par habitant de 3.900 euros, les forêts reprennent du terrain. Même si des efforts doivent encore être accomplis, la qualité de l’air s’est grandement améliorée dans les pays occidentaux. Dans ces derniers, les déchets plastiques sont traités, stockés ou recyclés à plus de 95 % et ne sont plus rejetés dans la nature. Lorsque nos besoins élémentaires sont satisfaits et que notre niveau de vie augmente, une partie de nos ressources peut être allouée au recyclage, à la protection de la biodiversité et à la production d’énergies décarbonées. Dans les pays ayant adopté l’économie de marché et qui sont, par conséquent, les plus riches, l’indice de performance environnementale bat tous les records. La France est d’ailleurs en deuxième place derrière la Suisse et devant le Danemark. Même le World Wide Fund(WWF), dont l’approche méthodologique est fortement critiquable, calcule que la biodiversité a augmenté de 10 % dans les pays riches depuis les années 1970. Dans les pays qui refusent l’économie de marché, le non-développement économique est à l’origine des plus grands drames écologiques de notre époque. L’absence de traitement des eaux et des déchets véhicule des maladies gravissimes. Les affections diarrhéiques tuent encore près de 4.000 personnes par jour dans les pays pauvres. Une personne meurt toutes les dix secondes dans le monde à cause de la pollution de l’air issue de la cuisson au feu de bois. En plus de sauver des centaines de milliers de vies chaque année, la gazinière ou le raccordement électrique limitent la déforestation. Les approches décroissantes ou malthusiennes sont donc des contresens si l’on veut améliorer la situation écologique de la planète tout en éliminant la misère et les maladies. Si la nature est capitale pour l’humanité, protégeons sa valeur économique grâce au capitalisme pour lutter contre la tragédie des biens communs ! Comme l’expliquait l’économiste Julian Simon, le statut de « ressource » est relatif à l’usage que l’on en fait. Leur rareté fait augmenter leur prix ce qui incite les entrepreneurs à les rationner, les recycler, ou en développer des substituts. La connaissance, la technologie, la richesse accumulées depuis deux siècles et les innovations que nous n’imaginons pas encore nous permettront de nous adapter au changement climatique. Nous sommes déjà capables d’inventer des robots sous-marins face aux parasites de la grande barrière de corail, de modifier génétiquement des moustiques contre la malaria et de développer des plateformes de crowdfunding pour sanctuariser des espaces naturels. Débarrassons-nous des marchands de peur et de catastrophisme. Libérons-nous des entraves à la recherche scientifique et au développement technologique. Par l’innovation et nos choix de consommation quotidiens, devenons les acteurs du progrès dans une économie de marché résolument prospère et écologique. » (Amen ! NDLR)

 

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