Archive pour le Tag 'capitalisme'

Politique-Nouvelle rupture avec le capitalisme !

 

Politique-Nouvelle  rupture avec le capitalisme !

 

L’époque favorise sans doute le retour au manichéisme et au simplisme. Ainsi pendant que de grands économistes comme Olivier Blanchard et Jean Pisani-Ferry proposent tout simplement de bloquer les salaires face à l’inflation, un autre économiste très à gauche propose rien que moins une  nouvelle rupture avec le capitalisme et de rappeler les propos d’un Mitterrand qui n’a jamais tenu le 10e de ses promesses.

Ce débat entre étatistes socialistes et ultralibéraux prend des allures assez surréalistes . Et le charabia des macros économistes ressemble de plus en plus à la langue les médecins de Molière NDLR 

Rompre avec le capitalisme, c’est refonder l’Etat social contre le marché. Mais, à l’aune des nouveaux enjeux démocratiques et écologiques, ce renouveau doit passer par les territoires, estime l’économiste Hervé Defalvard, dans une tribune au « Monde ».

 

 

 

« Celui qui n’accepte pas la rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, ne peut être adhérent au Parti socialiste. » Cinquante ans après cette phrase du premier secrétaire du Parti socialiste, François Mitterrand, au Congrès d’Epinay de 1971, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale rouvre une séquence unitaire à gauche placée sous le signe de la rupture avec le capitalisme. Mais quel sens donner aujourd’hui à cette rupture ?

A lire le contenu du nouveau programme commun, ce sens est d’abord celui de la répétition. Rompre avec le capitalisme, c’est refonder l’Etat social(iste) contre le marché libéral. A trois niveaux. Celui, d’abord, du service public qui, au-delà de l’embauche de fonctionnaires aux rémunérations revalorisées à l’hôpital ou à l’école, s’élargit avec de nouvelles nationalisations reconstituant un pôle public aussi bien de l’énergie que bancaire. Celui, ensuite, de la Sécurité sociale, avec le retour à la retraite à 60 ans ou le revenu d’autonomie des jeunes, qui ne serait pas financé par des cotisations. Celui, enfin, des salaires et conditions de travail : si seul le salaire minimum relève de l’Etat, il y aura des soutiens à la négociation de branche car l’Etat social(iste) repose historiquement sur l’alliance avec les syndicats ouvriers sur la base de la hiérarchie des normes restaurée avec l’abrogation de la loi El Khomri.

Toutefois, si la rupture avec le capitalisme n’est assise que sur ce seul sens-là, alors nous pouvons dire qu’elle annonce un échec répété. Et que, plus grave, elle passe à côté des enjeux de l’époque, qui obligent à actualiser la rupture avec le capitalisme.

En effet, la rupture avec le capitalisme, qui suppose de réaliser une transition écologique, sociale et démocratique selon la méthode de « l’évolution révolutionnaire » chère à Jaurès, a aujourd’hui pour sujet moins l’Etat que les territoires. Car c’est au nom des territoires que les luttes et les alternatives se produisent désormais. Qu’il s’agisse de souveraineté alimentaire, d’autonomie énergétique, de mobilité douce et partagée, d’accès au logement ou à la santé, de sauvegarde de l’emploi, de reconnaissance des cultures urbaines, ce sont des collectifs qui, sur les territoires, portent le combat contre l’extractivisme du capital et son allié l’Etat néolibéral, pour lui substituer d’autres modes d’allocation des ressources et, plus largement, d’autres modes de vie, afin de garantir leur usage durable pour toutes et tous. Ces collectifs sont des communs de territoire qui agrègent citoyens, associations, coopératives, syndicats, collectivités territoriales et même entreprises classiques.

Nouvelle rupture avec le capitalisme !

Nouvelle  rupture avec le capitalisme !

 

L’époque favorise sans doute le retour au manichéisme et au simplisme. Ainsi pendant que de grands économistes comme Olivier Blanchard et Jean Pisani-Ferry proposent tout simplement de bloquer les salaires face à l’inflation, un autre économiste très à gauche propose rien que moins une  nouvelle rupture avec le capitalisme et de rappeler les propos d’un Mitterrand qui n’a jamais tenu le 10e de ses promesses.

Ce débat entre étatistes socialistes et ultralibéraux prend des allures assez surréalistes . Et le charabia des macros économistes ressemble de plus en plus à la langue les médecins de Molière NDLR 

Rompre avec le capitalisme, c’est refonder l’Etat social contre le marché. Mais, à l’aune des nouveaux enjeux démocratiques et écologiques, ce renouveau doit passer par les territoires, estime l’économiste Hervé Defalvard, dans une tribune au « Monde ».

 

 

 

« Celui qui n’accepte pas la rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, ne peut être adhérent au Parti socialiste. » Cinquante ans après cette phrase du premier secrétaire du Parti socialiste, François Mitterrand, au Congrès d’Epinay de 1971, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale rouvre une séquence unitaire à gauche placée sous le signe de la rupture avec le capitalisme. Mais quel sens donner aujourd’hui à cette rupture ?

A lire le contenu du nouveau programme commun, ce sens est d’abord celui de la répétition. Rompre avec le capitalisme, c’est refonder l’Etat social(iste) contre le marché libéral. A trois niveaux. Celui, d’abord, du service public qui, au-delà de l’embauche de fonctionnaires aux rémunérations revalorisées à l’hôpital ou à l’école, s’élargit avec de nouvelles nationalisations reconstituant un pôle public aussi bien de l’énergie que bancaire. Celui, ensuite, de la Sécurité sociale, avec le retour à la retraite à 60 ans ou le revenu d’autonomie des jeunes, qui ne serait pas financé par des cotisations. Celui, enfin, des salaires et conditions de travail : si seul le salaire minimum relève de l’Etat, il y aura des soutiens à la négociation de branche car l’Etat social(iste) repose historiquement sur l’alliance avec les syndicats ouvriers sur la base de la hiérarchie des normes restaurée avec l’abrogation de la loi El Khomri.

Toutefois, si la rupture avec le capitalisme n’est assise que sur ce seul sens-là, alors nous pouvons dire qu’elle annonce un échec répété. Et que, plus grave, elle passe à côté des enjeux de l’époque, qui obligent à actualiser la rupture avec le capitalisme.

En effet, la rupture avec le capitalisme, qui suppose de réaliser une transition écologique, sociale et démocratique selon la méthode de « l’évolution révolutionnaire » chère à Jaurès, a aujourd’hui pour sujet moins l’Etat que les territoires. Car c’est au nom des territoires que les luttes et les alternatives se produisent désormais. Qu’il s’agisse de souveraineté alimentaire, d’autonomie énergétique, de mobilité douce et partagée, d’accès au logement ou à la santé, de sauvegarde de l’emploi, de reconnaissance des cultures urbaines, ce sont des collectifs qui, sur les territoires, portent le combat contre l’extractivisme du capital et son allié l’Etat néolibéral, pour lui substituer d’autres modes d’allocation des ressources et, plus largement, d’autres modes de vie, afin de garantir leur usage durable pour toutes et tous. Ces collectifs sont des communs de territoire qui agrègent citoyens, associations, coopératives, syndicats, collectivités territoriales et même entreprises classiques.

Affaire Tavares : le scandale qui discrédite le capitalisme

Affaire Tavares : le scandale qui discrédite le capitalisme

 

Le scandale provoqué par les 66 millions d’euros de rémunération du PDG de Stellantis relève moins de son montant que de l’impossibilité pour les salariés du groupe et les pouvoirs publics d’avoir leur mot à dire, analyse, dans une tribune au « Monde », Pierre Liret, entrepreneur et militant du mouvement coopératif Coopaname.

 

Tribune.

 

 Interrogé sur BFM-TV à propos des 66 millions d’euros de rémunération du PDG du constructeur automobile Stellantis, Carlos Tavares, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a considéré que Stellantis est une entreprise privée et qu’« à la fin, ce sont les actionnaires qui décident et qui votent » [le 13 avril].

Il a eu beau expliquer ensuite que le gouvernement souhaite favoriser un meilleur partage de la valeur avec les salariés dans les entreprises qui versent de gros dividendes, le président de la République a eu beau rectifier le lendemain, en déclarant au micro de France Info qu’il jugeait ce montant « excessif et choquant », son porte-parole a ainsi fait aveu d’impuissance, laquelle s’est confirmée dans les faits : l’Etat actionnaire a voté contre la rémunération, mais le PDG est passé outre en s’appuyant sur le vote majoritaire de son conseil d’administration.

Ainsi a-t-on un nouvel exemple du gouffre entre les discours des élites sur le capitalisme responsable et leurs pratiques féodales dans les grandes entreprises.

Car, vraiment, peut-on considérer qu’au XXIe siècle, une entreprise, comme au temps de l’économiste Adam Smith (1723-1790) et des grands entrepreneurs qui prenaient des risques considérables à financer les grandes découvertes, ne doit des comptes qu’à ses actionnaires ? Doit-on considérer d’ailleurs que les actionnaires sont propriétaires de l’entreprise, ou uniquement de leurs actions et de leurs parts sociales ?

Dans une économie composée d’entreprises toujours plus grandes et aux enjeux toujours plus gigantesques, une entreprise n’a-t-elle pas des comptes à rendre et des responsabilités envers ses salariés, ses clients, ses fournisseurs, sans oublier les pouvoirs publics ? A l’évidence oui, et la société le reconnaît de plus en plus avec l’essor des pratiques de responsabilité sociale et environnementale (RSE), des critères d’évaluation environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) et les objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU, sur lesquels les entreprises sont enjointes de s’aligner.

La conséquence logique de cette responsabilité n’est-elle pas de reconnaître que toutes les parties prenantes d’une entreprise sont impactées par son activité, et que les plus impactées d’entre elles – salariés, clients, sous-traitants, pouvoirs publics – devraient avoir un droit à la consultation et/ou à la décision au même titre que les actionnaires, qu’elles soient détentrices ou non de parts sociales ?

Pour un capitalisme écologique ? ( « L’Economie politique »)

Pour un capitalisme écologique ? ( « L’Economie politique »)

La revue trimestrielle consacre ce numéro à la transformation de l’approche comptable afin de coller aux nouveaux enjeux environnementaux. ( « Le Monde »). L’idée d’un capitalisme écologique va évidemment faire bondir ceux  qui parmi les écolos comme par exemple l’agitée du bonnet comme  Sandrine Rousseau qui sont davantage d es révolutionnaires anticapitalistes que réellement écologistes.

La nomination d’Emmanuel Faber, il y a quatre mois, à la tête du Conseil international des normes extra-comptables (ISSB), le pendant dans le domaine de la soutenabilité de l’organisme qui élabore les normes comptables internationales, apporte une vague d’espoir dans l’océan de doutes que nous traversons. L’ancien PDG de Danone – il a été remercié le 14 mars – qui s’est battu pour que la multinationale qu’il dirigeait accède au statut de « société à mission » introduit par la loi Pacte, est en effet connu pour son « activisme » en faveur d’un capitalisme responsable, dont la planète a grand besoin.Si l’on considère la comptabilité comme le langage de l’économie, tout l’enjeu de ce numéro de la revue éditée par le magazine Alternatives économiques est de mettre en avant des normes « qui permettraient d’inventer un modèle comptable adapté à un capitalisme écologique », énoncent les professeurs de sciences de gestion Bernard Colasse et Frédérique Déjean. Dans les comptes publics, le capital humain est par exemple systématiquement occulté. Or, selon les deux auteurs, « la comptabilité ne se contente pas de décrire le réel, elle agit sur lui par les comportements et les décisions des acteurs sociaux qu’elle induit ». Et de fait, la loi Pacte (« pour la croissance et la transformation des entreprises ») votée en 2019 par la France s’inscrit pleinement dans cette dynamique.

Prolongeant la réflexion sur les modèles comptables, Alexandre Rambaud présente le modèle CARE (pour comptabilité adaptée au renouvellement de l’environnement), porté par un collectif de chercheurs, d’ONG et d’entreprises. Il s’agit d’une réflexion très ambitieuse qui ne conçoit pas le capital d’une entreprise ou d’une organisation comme un actif à valoriser pour les actionnaires, mais comme une dette financière, sociale ou écologique, à rembourser. Le consultant Jean-Louis Weber étudie, quant à lui, le système de comptabilité économique de l’ONU et observe que la dégradation de la biodiversité n’est pas suffisamment suivie. Enfin, Xavier Timbeau, directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques, va un cran plus loin : modifier les règles comptables ne suffira pas pour changer le capitalisme, affirme-t-il.

Dans ce même numéro, l’économiste Anne-Laure Delatte et le politiste Benjamin Lemoine reviennent sur la stratégie mise en œuvre par le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, de cantonner la dette Covid (215 milliards d’euros) et de s’engager dans la voie de son remboursement par une ressource fiscale. Ils déplorent le recours à une solution qu’ils jugent conservatrice, placée sous le sceau de l’austérité. Le gouvernement écarte ainsi, selon eux, toute politique alternative qui pourrait comprendre deux axes majeurs : « une réforme fiscale pour s’attaquer aux inégalités en hausse pendant la crise » et une coordination des politiques budgétaires et monétaires, permettant le retrait d’une partie des dettes publiques, vis-à-vis des pressions du marché.

Capitalisme d’Etat chinois: un OVNI du Parti communiste

 Capitalisme d’Etat chinois: un OVNI du  Parti communiste

 

Le chercheur Kjeld Erik Brodsgaard analyse, dans une tribune au « Monde », la reprise en main des entreprises chinoises, publiques comme privées, par les organes du Parti communiste.

 

Tribune.

 

Le miracle économique chinois a fait l’objet de nombreuses tentatives d’explication. Pendant les années 1990 et au début des années 2000, beaucoup d’observateurs ont affirmé qu’au fond, l’économie chinoise n’était qu’un capitalisme déguisé. Le marché y jouerait un rôle de plus en plus prépondérant dans l’allocation et la mobilisation des ressources, et même les entreprises d’Etat auraient intégré d’importants aspects du modèle occidental libéral de gouvernance d’entreprise. Un éminent universitaire américain a même cru pouvoir affirmer que la Chine « jou[ait] selon nos règles » (Playing Our Game : Why China’s Rise Doesn’t Threaten the West, d’Edward S. Steinfeld, Oxford University Press, 2010).

Pourtant, depuis l’accession au pouvoir de Xi Jinping, il apparaît clairement que la convergence avec les modèles occidentaux a cessé et qu’a émergé à la place un mode particulier de capitalisme d’Etat, dirigé par le Parti communiste chinois (PCC).

En dépit de tout le battage fait autour du développement du secteur privé en Chine, le fait est que les secteurs stratégiques restent dominés par d’énormes entreprises d’Etat, dont beaucoup sont cotées en Bourse, et leurs milliers de filiales. Elles contrôlent l’aérospatial, le pétrole et le gaz, l’énergie nucléaire, la chimie, les télécoms, la construction navale, l’aviation, l’acier, etc. Sous Xi Jinping, l’Etat a certes progressivement réduit sa gestion directe des entreprises publiques, pour s’adjuger de plus en plus un rôle d’investisseur ou de gestionnaire de capital, mais cela ne se traduit pas par un assouplissement du contrôle. Le PCC intervient désormais directement et assure de plus en plus de fonctions autrefois du ressort exclusif de l’Etat.

Parmi les instruments du pouvoir du PCC figure au premier rang le système de nomenklatura, qui assure au parti le contrôle de toutes les nominations aux fonctions dirigeantes. Au niveau central, la nomenklatura est une liste de 3 000 postes de haut niveau, gérés par le département central de l’organisation du PCC. Cette liste comprend les PDG, les présidents des conseils d’administration (CA) et les secrétaires du parti des plus importantes entreprises publiques chinoises.

Rachats d’actions par les entreprises : quand le capitalisme se mord la queue

Rachats d’actions par les entreprises : quand le capitalisme se mord la queue

Un papier du Monde rappel qu’il ne faut pas oublier que le but du capitalisme actionnarial consiste avant tout à stimuler la croissance et l’innovation, et non à se répartir un butin. Le retour en force des rachats d’actions donne l’impression d’un capitalisme en panne de perspectives.

 

La trêve aura été de courte durée. Après un rapide passage à vide au plus fort de la crise pandémique, les grandes entreprises cotées se remettent à racheter massivement leurs propres actions. Aux Etats-Unis, les multinationales ont ainsi dépensé en 2021 plus de 850 milliards de dollars (750 milliards d’euros). En France, les montants restent plus modestes, mais la tendance est en forte hausse. La pratique avait disparu pendant quelques mois en 2020 sous la pression des autorités monétaires et des Etats. Il était effectivement difficilement justifiable auprès de l’opinion publique de laisser les multinationales dépenser d’énormes sommes au profit de leurs seuls actionnaires au moment même où les pouvoirs publics déployaient des moyens financiers colossaux pour éviter l’effondrement de l’économie mondiale. Mais la reprise de 2021 a encouragé le retour en force de ces pratiques.

Le procédé consiste pour une entreprise à racheter ses propres actions sur le marché pour ensuite les annuler dans la foulée. Réduire le nombre de titres en circulation permet mécaniquement d’augmenter le bénéfice par action, ce qui a pour effet à plus ou moins court terme de doper le cours de Bourse, à la grande satisfaction des actionnaires. La logique a de quoi interpeller l’opinion. Des milliards partent en fumée pour rémunérer ces derniers alors qu’il y a encore quelques mois l’économie était tenue à bout de bras par les banques centrales et les gouvernements. Une partie de cet argent ne serait-elle pas mieux utilisée pour prévenir la prochaine crise au lieu d’attendre, une fois de plus, l’aide des pouvoirs publics ?

Les entreprises justifient de recourir aux rachats d’actions en raison du manque d’opportunités d’investissements qui offriraient une rentabilité supérieure au coût du capital. N’ayant pas mieux à faire de leurs profits, elles préfèrent rendre l’excès de trésorerie à leurs actionnaires. Le comble est que certaines entreprises vont même parfois jusqu’à s’endetter pour financer ces plans de rachats d’actions. L’objectif n’est donc plus seulement d’accumuler du capital productif, mais surtout de faire monter par tous les moyens les cours de Bourse dans le but de distribuer du cash aux actionnaires.

Cette logique est perverse car ce sont les fonds d’investissement qui fixent des objectifs de rentabilité souvent disproportionnés. Dans beaucoup de secteurs, il est impossible d’identifier des projets permettant de dégager les 12 % ou 15 % de rendement exigés par ces actionnaires. Les entreprises sont alors poussées à lancer des plans de rachats d’actions dont les effets seront plus sûrs et plus immédiats.

Les dirigeants d’entreprise sont d’autant plus incités à recourir à ces pratiques qu’ils en sont les premiers bénéficiaires, dans la mesure où leur rémunération variable est souvent indexée sur la hausse du titre en Bourse. Dès lors, pour atteindre leurs objectifs, ils sont tentés de multiplier les rachats d’actions au détriment de projets d’investissement à long terme.

Capitalisme : Une révolution copernicienne ?

Capitalisme : Une révolution copernicienne ?

 

Jérôme Barthélemy, professeur à l’Essec, et Pierre-Antoine de Chalendar, président de Saint-Gobain, estiment, dans une tribune au « Monde », que le capitalisme est en train de connaître une « révolution copernicienne »

Une analyse superficielle et un peu rapide de l’évolution en cours encore bien loin du concept de révolution qui supposerait non seulement une juste répartition de la richesse des entreprises mais aussi une mise en cause des conditions de sa production y compris via l’association des acteurs.  Autant de dimensions un peu sous-estimées par les les auteurs NDLR

 

 

 

Tribune.

 Le capitalisme est sur le banc des accusés. La liste des griefs n’est pas nouvelle. Les actionnaires accaparent une part trop importante de la valeur créée par les entreprises. Les salariés bénéficient insuffisamment de cette valeur. Les entreprises ont un impact fort sur l’environnement et ne s’engagent pas assez pour le protéger…

Ces critiques, il faut le dire, ont joué un rôle d’aiguillon. Mais elles comportent un biais. Elles utilisent souvent une approche de type « jeu à somme nulle » qui présuppose que la richesse créée par les entreprises est finie. Plus la part accaparée par les actionnaires est élevée, plus celle des autres parties prenantes sera réduite à la portion congrue.

Dans l’approche « jeu à somme nulle », les intérêts entre les différentes parties prenantes ne peuvent pas être réconciliés. Pour accroître la part des autres parties prenantes, il faut impérativement réduire celle des actionnaires. Mais il existe une autre approche du capitalisme (Grow the Pie, Alex Edmans, Cambridge University Press, 2020).

Le principe d’obliquité

Elle part du postulat que la valeur créée par les entreprises n’est pas finie. Plus une entreprise crée de valeur, plus l’ensemble des parties prenantes finira par en bénéficier. La véritable question n’est donc pas : comment mieux répartir la valeur créée par les entreprises ? Ce serait plutôt : comment accroître la création de valeur par les entreprises ?

Paradoxalement, le meilleur moyen de créer de la valeur est de viser… un autre objectif. C’est le principe d’obliquité (Obliquity, John Kay, Profile Books, 2011). Ce principe suggère qu’on est plus susceptible d’atteindre un objectif lorsqu’on ne le vise pas directement. Il est très général. Il explique notamment que les gens les plus heureux ne sont pas ceux qui cherchent le bonheur à tout prix.

Dans le monde des affaires, il implique que les entreprises qui créent le plus de valeur pour leurs actionnaires sont celles qui donnent la priorité à d’autres parties prenantes.

L’exemple de Boeing est bien connu. Bill Allen a été PDG de Boeing jusqu’à la fin des années 1970. La raison d’être de Boeing était alors de « manger, respirer et dormir pour l’aéronautique ». Lorsqu’un membre non exécutif du conseil d’administration lui a demandé quel retour sur investissement, en anglais return on investment (ROI), le 747 était censé générer, Bill Allen lui aurait répondu que le calcul avait été fait… mais que personne ne se souvenait du résultat !

 

Un nouveau concept du Medef : « le capitalisme décarboné »

Un nouveau concept du Medef : « le capitalisme décarboné »

 

À défaut action concrète et réalisable, les différents responsables politiques économiques se saoulent de mots pour combler le vide environnemental de leur action. Ce que fait par exemple président du Medef en avançant le concept de « capitalisme décarboné ». Le problème c’est que les investissements vers des activités peu productrices de carbone constituent l’exception et la majorité des activités économiques retienne surtout le critère immédiat de rentabilité. Par essence, le capitalisme n’est pas producteur d’éthique. C’est aux pouvoirs publics, de définir le cadre concurrentiel qui intègre les éléments d’intérêt général quitte à le faire en lien  avec les acteurs économiques.Compter sur le seul capitalisme est évidemment une tragique illusion

La tribune du président du Medef dans le JDD

À l’heure où se tient la COP26 à Glasgow, le constat est sans appel : six ans après le grand rendez-vous de Paris en 2015, nous sommes encore loin des objectifs fixés par les 195 signataires de l’accord. Si une étape majeure dans la lutte contre le réchauffement climatique a bien été franchie, les moyens à mettre en œuvre et les besoins de financement sont colossaux. Le modèle capitaliste doit à présent se transformer pour devenir décarboné.

Selon un sondage Ifop pour le Medef (« Les attentes envers l’État et les entreprises », octobre 2021), 86 % des chefs d’entreprise militent pour une réforme du système capitaliste, tout comme 81 % de l’ensemble des Français. Le capitalisme n’en demeure pas moins incontournable. À l’heure où le monde entier tombe d’accord sur la nécessité de changer, il serait incongru d’opposer la transition écologique et notre modèle, qui est avant tout une « machine à absorber et à accompagner l’évolution du monde ».

On ne peut pas partir de la culpabilité passée du capitalisme pour aboutir à sa condamnation future. Il n’est qu’un outil construit sur l’idée de la transformation permanente des sociétés, comme l’a démontré Joseph Schumpeter : la transition, c’est le savoir-faire même du système capitaliste.

 

Dans un monde qui se réchauffe au risque de remettre en question la survie de l’espèce humaine, seul le capitalisme est capable d’allouer de façon efficace et rapide les sommes colossales qui sont nécessaires pour décarboner nos économies, limiter les émissions de gaz à effet de serre et permettre aux sociétés de s’adapter à un changement climatique déjà bien réel. Lui seul est capable de faire émerger un progrès scientifique et technique susceptible d’apporter des réponses à grande échelle.

Le chantier est sans précédent et impose désormais de sortir du débat moral pour entrer dans celui de l’efficacité : quels effets macroéconomiques de la décarbonation ? Quel usage pour le nucléaire ? Quel rythme ? Quels mécanismes ? Nous devons nous engager dans une décarbonation portée par l’innovation, une croissance porteuse de solutions et responsable. Dans cette transformation, plus que tout autre acteur, les entreprises constituent le laboratoire du nouveau capitalisme et les entrepreneurs l’avant-garde d’un monde décarboné. »

Olivia Grégoire: Pour un capitalisme citoyen ou la grande confusion des soldats perdus du parti socialiste

  • Olivia Grégoire: Pour un capitalisme citoyen ou la grande confusion des soldats perdus du parti socialiste

Peut-être pour masquer le vide et la confusion de sa pensée Olivia Grégoire, Ministre de quelque chose, ancienne socialiste ralliée à Macron, récupère la sémantique à la mode chez les sociologues : refaire économie, refaire société ! Elle défend un capitalisme citoyen dans un charabia politico-philosophique qui repose sur une sorte d’approche d’en même temps permanente ( dans l’Opinion)

Pourquoi dites-vous qu’il faut « refaire économie » pour « refaire société » ?

La crise que nous venons de traverser dévoile à quel point l’économie n’est pas une discipline sans tête, elle doit être conduite par une vision politique. Un exemple : la baisse des cotisations salariales de 2018 est destinée à montrer que le travail paie davantage. Elle était une réponse par avance aux Gilets jaunes, mais elle n’a pas suffi à calmer une colère ancrée depuis vingt ans. Autre exemple, la réforme de l’ISF et la création du prélèvement forfaitaire unique sont destinées à favoriser l’investissement et la réindustrialisation, pas à faire plaisir aux riches. Entre 2018 et 2019, 50 000 emplois industriels ont été créés, performance inédite depuis quinze ans. J’en ai assez d’entendre les « Y’a qu’à » et les « faut qu’on » des uns et des autres. Quand vous dites qu’il faut redonner sens à la valeur travail, vous n’avez rien dit. Quelle est la réponse de Xavier Bertrand ? Il ressort la prime Macron ! La politique, c’est l’art du détail, l’art de l’exécution. Les grandes envolées contribuent à la défiance.

Le signataire de votre préface en est pourtant un spécialiste…

S’il est capable d’envolées, le président de la République est surtout obsédé par le faire, par l’action et par les résultats. Il revalorise le travail : 170 euros de plus par mois pour une personne au smic en 2022, ce n’est pas une envolée, c’est une réalité.

Mais il ne fait pas, aussi : la réforme de l’Etat, par exemple !

En cinq ans, on ne peut pas rattraper l’intégralité des retards pris depuis trente ans. La réforme de l’Etat, c’est vrai que nous ne l’avons pas finie. Mais j’attends de voir si Les Républicains sont en accord avec leur programme de 2017. Je défie quiconque d’aller dire aux Gilets jaunes que l’on va supprimer 500 000 postes de fonctionnaires, ou des emplois dans les hôpitaux et les écoles, après la Covid-19. Dans les conditions qui ont été les nôtres durant ce quinquennat, nous n’avons pas pu tout mener. Ce que j’aime chez Emmanuel Macron, c’est ce pragmatisme, première caractéristique du macronisme. Durant ce mandat, la France a regagné sa place de cinquième économie mondiale. Sur la taxation des Gafa, sur la création d’un impôt minimum sur les sociétés de 15 % au niveau international, ou le lancement d’un plan de relance européen, qui peut nier l’impulsion et le rôle du Président ?

Vous vantez la plasticité du capitalisme. Au fond, vous êtes d’accord avec cette phrase prêtée à Lénine : « Les capitalistes vendront la corde qui nous servira à les pendre » ?

Je ne suis pas léniniste, même si je cite beaucoup Marx ! Je dis que le capitalisme est polymorphe, il mue en fonction des attentes. Dans les années 1980, il s’adapte à la montée de l’individualisme. Après la crise financière de 2008, il adopte des règles prudentielles. Avec la Covid, il est déstabilisé car, pour la première fois, cette crise est totalement exogène. Mais c’est une occasion pour accélérer la prise en compte des exigences environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Je l’avais fait avec la loi Pacte, je poursuis avec Impact [plateforme qui permet aux entreprises de publier leurs performances ESG]. Ou en promouvant la « double matérialité » : en France, la réglementation oblige les entreprises à prendre en compte non seulement les risques climatiques pour elles-mêmes, mais aussi ceux de leur activité sur l’environnement, la cohésion sociale ou les tiers. Alors que les Etats-Unis promeuvent la matérialité simple, ne retenant que ces risques pour l’entreprise. La France est la locomotive de ce combat pour la double matérialité et nous progressons avec de bonnes chances d’aboutir au niveau européen.«Les gens sont capables de faire des choix responsables. Je suis choquée que certains veuillent interdire la vente des SUV ou du Nutella. Les politiques oublient souvent l’importance de la sanction de marché: quand des gamines refusent d’aller chez certaines enseignes parce qu’elles veulent défendre les droits des Ouïghours, il n’y a rien de pire pour la marque

Si le capitalisme devient citoyen, les citoyens, eux aussi, s’emparent du capitalisme…Il n’est pas un jour sans qu’on accole le mot responsable à la consommation, à l’énergie, à l’alimentation, à la gouvernance, etc. J’assume mes origines libérales : je crois plus que jamais au libre arbitre. Si on leur en donne la possibilité, les gens sont capables de faire des choix responsables. Je suis choquée que certains veuillent interdire la vente des SUV ou du Nutella. Les politiques oublient souvent l’importance de la sanction de marché : quand des gamines refusent d’aller chez certaines enseignes parce qu’elles veulent défendre les droits des Ouïghours, il n’y a rien de pire pour la marque. Cet enjeu de respectabilité est sans doute plus fort que beaucoup de régulations. Il y a quinze ans, le risque de réputation se résumait à un mauvais buzz. Aujourd’hui, il a des effets directs sur le chiffre d’affaires et sur les entreprises : c’est la meilleure garantie pour faire bouger les boîtes.

Pour vous, le monde de l’argent peut provoquer une bascule vertueuse ?

La transition doit se faire avec tous. Nous sommes en train de définir les nouvelles normes comptables qui vont s’appliquer aux entreprises en matière durable. Cet outil sera effectif en 2024 : le bilan extra-financier ne sera plus une annexe du bilan financier, les deux permettront de mesurer la performance globale de l’entreprise.

En quoi le rôle des investisseurs est-il déterminant ?

Un règlement européen est entré en vigueur au mois de mars 2021, en déclinaison du Green deal. Avec ce texte, les investisseurs seront incités à évaluer précisément la performance extra-financière des actifs qu’ils ont sous gestion. Si les grands acteurs comme Amundi, Tikehau ou BNP acquièrent des actifs à mauvaise performance, la leur s’en trouvera dégradée. Cela fait des années que la finance est touchée par cette puissante vague de fond. Ce n’est pas un gadget ni une mode. Tous les éléments non financiers vont être audités, certifiés et notés par des agences. A un kilomètre d’ici, à Bercy, Standard & Poor’s a installé son bureau de notation non financière – à Paris, pas à Londres, ni à Francfort ou Amsterdam. Ce n’est pas un hasard, non plus, si L’Oréal a installé une direction de la finance durable au sein de sa direction financière. La France est un moteur en Europe en matière de finance à impact.

Quel peut être le rôle de l’Etat dans ce mouvement ?

Entre les entreprises, la société civile et l’Etat, c’est à ce dernier de prendre ses responsabilités en se faisant le pivot des efforts de chacun, mais non le décideur : son rôle est de construire les rails, pas les locomotives. La crise actuelle a ravivé la question du bon niveau de l’intervention de l’Etat dans le marché et celle de la conditionnalité des aides. Pour le plan de soutien, une réponse d’urgence, il était légitime de ne pas en fixer : quand on se noie, on ne s’interroge pas sur la couleur du gilet de sauvetage. En revanche, cette conditionnalité existe pour le plan de relance et le plan d’investissement. Quand l’Etat finance la décarbonation, l’entreprise doit avoir un plan de décarbonation. Pour bénéficier du plan 1 jeune, 1 solution, il faut embaucher un jeune. La seule exception est la baisse des impôts de production, parce qu’elle est nécessaire pour retrouver de la compétitivité. Ensuite, il faut que les aides soient conditionnées à des résultats ex post et non sur des critères ex ante. Sinon, on prend le risque de casser la confiance. A l’inverse, l’Etat ne doit pas financer les transitions à fonds perdu. Le bon modèle est celui d’un Etat qui joue un rôle de levier, comme dans le plan d’investissement France 2030 que le chef de l’Etat vient d’annoncer. L’économie n’est pas un monde binaire, où il suffirait d’inventer une taxe pour punir et un crédit d’impôt pour récompenser.

Lutter contre le capitalisme de surveillance

Lutter contre le capitalisme de surveillance

 

Alors que le Printemps de l’économie débute le 12 octobre, avec pour thème « Bifurcation, l’heure des choix », l’économiste Dominique Plihon explique, dans une tribune au « Monde », qu’il est possible de lutter contre le capitalisme de surveillance, en ne souscrivant pas à une vision néolibérale de la société.

 

Tribune.

 

Les technologies numériques transforment en profondeur nos sociétés. Une des évolutions les plus spectaculaires est la montée en puissance des géants du numérique, qui, en utilisant le big data et l’intelligence artificielle, prennent des positions dominantes dans les domaines majeurs de la consommation, de la culture, des médias, de la finance…

Dans les pays occidentaux et libéraux, le business model de ces oligopoles est fondé sur l’exploitation de nos données personnelles. En tant qu’utilisateurs d’Internet, nous sommes devenus les fournisseurs – souvent à notre insu – de la marchandise gratuite que sont les données comportementales exploitées par les entreprises numériques pour faire des prédictions sur nos vies.

Partant de ce constat, Shoshana Zuboff, professeure à Harvard, autrice de L’Age du capitalisme de surveillance (Zulma, 2020), nous alerte contre ce basculement vers un « capitalisme de surveillance ». Sa thèse est que, en s’appropriant nos données personnelles, les géants du numérique nous manipulent et modifient nos comportements, s’attaquent à notre libre arbitre et menacent nos libertés et notre souveraineté personnelle.

Ce capitalisme numérique menace non seulement notre démocratie mais également notre économie. Car les géants du numérique étatsuniens, les fameux Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), écrasent aussi les entreprises et les éditeurs européens. Ces oligopoles entravent la concurrence et ralentissent l’innovation. Les médias perdent de plus en plus leurs parts de revenus publicitaires au profit de Google et de Facebook, et le journalisme de qualité est dépouillé de sa base financière.

Cette thèse du capitalisme de surveillance a le mérite de nous mettre en garde contre une menace réelle. Pour autant, décrit-elle une fatalité ? Il ne faut pas confondre le capitalisme de surveillance avec les technologies numériques qui n’en sont que l’instrument. Il est possible d’imaginer et de construire une société avec Internet sans cette logique de la surveillance.

 

Car l’utilisation et la mise en relation des données offrent également de grandes possibilités d’améliorer notre vie dans de nombreux domaines, de la santé aux loisirs en passant par l’industrie. Cependant, il est crucial de savoir comment nos données sont utilisées et qui en a le contrôle. En tant qu’utilisateurs, nous ne sommes pas complètement impuissants et la politique peut fixer les règles dont nous avons besoin – même si elle l’a fait de manière inadéquate dans le passé.

Non à un capitalisme débridé

Non à un capitalisme débridé 

 

Afin de réduire les inégalités, porteuses de violence sociale, le banquier Jean-Claude Meyer préconise, dans une tribune au « Monde », un certain nombre de mesures, dont la création d’un revenu universel ou le partage des profits des entreprises.

 

Tribune.

 

Le rapport des deux éminents économistes Jean Tirole et Olivier Blanchard [qui ont remis, le 23 juin, un texte à Emmanuel Macron sur « les grands défis économiques »] apporte un éclairage pertinent sur certains problèmes de la France : le climat, les retraites et l’éducation. Mais sa contribution aux principaux problèmes sociaux de notre pays est trop limitée.»

Demander un tel rapport à des économistes était une fausse bonne idée. Le problème actuel de notre société – les « gilets jaunes » en ont témoigné – est politique. Et la situation est trop grave pour la laisser entre les mains des économistes. C’est une certaine révision du capitalisme néolibéral qu’il convient de proposer – vers un capitalisme plus acceptable, inclusif. Même si le capitalisme ne peut pas être une œuvre caritative, il ne doit pas nuire à la cohésion sociale, sous peine d’exploser un jour.

Une réflexion sur le partage entre les profits des entreprises et le niveau des salaires, entre le capital et le travail, est nécessaire ; elle est malheureusement inexistante dans ce rapport, comme dans le débat public, ainsi qu’au Parti socialiste, dont c’est pourtant la mission, mais qui brille actuellement par son indigence intellectuelle…

Chacun convient que le sentiment d’inégalité en France est perçu de façon paradoxale alors que les inégalités y sont parmi les plus faibles en Europe. C’est un problème de ressenti, comme dit la météo.

 

Pourquoi ? D’abord parce que les rémunérations des grands patrons et des grands banquiers sont devenues excessives, alors que, jusqu’aux années 1970, elles étaient moins connues et avec des écarts beaucoup plus faibles entre le secteur public et le secteur privé. Surtout, depuis dix ans, les salaires sont restés stables tandis que le CAC 40 a doublé : de 2010 à 2018, le salaire mensuel brut des employés est passé de 1 507 à 1 622 euros, celui des ouvriers de 1 583 à 1 610 euros selon l’Insee.

Le comble, c’est que cette augmentation a été irriguée par le quantitative easing, c’est-à-dire les milliers de milliards de dollars de liquidités apportées aux Etats-Unis et en Europe par la Réserve fédérale et les banques centrales, entraînant des taux d’intérêt faibles voire négatifs, et une augmentation – une bulle ? – des actifs non monétaires au-delà de leur valeur intrinsèque : immobilier, œuvres d’art, actions, au détriment des obligations.

 

La majorité souffrait pendant cette pandémie alors qu’une minorité s’est beaucoup enrichie. Un scénario pour Brecht ! Cet enrichissement sans cause est obscène. Ceux qui n’avaient ni actions ni bien immobilier se retrouvent au bout de cette période avec rien ; ils souffrent et grossissent les 10 millions de pauvres en France par des millions de sacrifiés (infirmières, professeurs, ouvriers, agriculteurs, caissières…).

 

Le capitalisme actuel va mourir

Le capitalisme actuel va mourir

Le capitalisme dans sa version actuelle est à bout de souffle, les politiques économiques ont atteint leur limite. Patrick Artus, conseiller économique de Natixis, livre quelques solutions pour remédier aux dérives du système dans son dernier ouvrage « La dernière chance du capitalisme », co-écrit avec Marie-Paule Virard. Interview dans l’Opinion

A vous lire, le capitalisme est dans un état quasi désespéré…

Il y a deux manières de voir les choses. La première, c’est la vision éthique ou politique : on peut ne pas aimer le capitalisme qui accroît les inégalités, qui a entraîné la délocalisation des industries et qui a massivement fait appel aux énergies fossiles, etc. Et puis il y a une version strictement économique, qui est de constater que ce capitalisme n’est pas efficace. Nous avions davantage de progrès techniques et de gains de productivité, plus de croissance et moins de chômage dans les années 1950 ou 1960. Le capitalisme dans lequel nous vivons fabrique une décroissance continuelle des gains de productivité.

De quelle manière ?

La première raison, qui prouve d’ailleurs que nous ne sommes plus dans un capitalisme libéral, c’est que ce capitalisme est associé à la constitution de monopoles. Or, c’est bien documenté, les monopoles sont synonymes de croissance plus faible. Les Gafa stérilisent l’innovation, notamment parce qu’ils rachètent des start-up pour les éliminer. Et comme ils ont beaucoup d’argent, ils se développent dans des industries où ils n’ont aucune compétence et où ils sont peu efficaces. La deuxième explication, c’est que les inégalités de patrimoine ne sont pas bonnes pour la croissance. La concentration du capital dans quelques mains empêche le foisonnement de petits entrepreneurs créatifs.

Ce manque d’efficacité peut-il réellement tuer le capitalisme ?

Les inégalités qu’il a générées pourraient être supportables dans un environnement de forte croissance entraînant des hausses de salaires. Ce n’est pas le cas, le système ne crée plus de revenus. C’est d’autant plus grave que ce capitalisme est sous perfusion depuis des décennies. Faute de générer des augmentations de salaires, il a d’abord reposé sur une très forte hausse de l’endettement privé à partir des années 1990. Puis, après la crise des subprimes, il s’est relancé sur une très forte hausse de l’endettement du secteur public. Et maintenant – c’est sa troisième béquille – le système repose sur une injection monétaire absolument gigantesque et potentiellement source de grande instabilité financière. Le bilan est donc encore pire que ce que montrent les seuls chiffres de productivité.

La solution doit s’inspirer de l’ordolibéralisme, une philosophie de la gouvernance économique, politique et sociale théorisée dans les années 1930. Dans cette doctrine, les entreprises et l’Etat se partagent les rôles, les premières sont chargées de maximiser les profits dans l’intérêt de l’ensemble des parties prenantes, et l’Etat veille aux externalités, la santé, la sécurité, les inégalités sociales, l’environnement

C’est l’étape d’après qui vous inquiète ?

Oui car le capitalisme dans sa forme actuelle va forcément mourir. Après la monnaie il n’y a plus rien, il n’y a pas de quatrième béquille. Or sans l’intervention des banques centrales, les taux d’intérêt remonteront, ce qui tuera toute la finance à levier et mettra fin aux politiques budgétaires accommodantes. Alors que fait-on ? On met tout par terre ? On se dirige vers le capitalisme d’Etat chinois ? Nous disons que la solution doit s’inspirer de l’ordolibéralisme, une philosophie de la gouvernance économique, politique et sociale théorisée dans les années 1930. Dans cette doctrine, les entreprises et l’Etat se partagent les rôles, les premières sont chargées de maximiser les profits dans l’intérêt de l’ensemble des parties prenantes, et l’Etat veille aux externalités, la santé, la sécurité, les inégalités sociales, l’environnement. Concrètement, cela rejoint la pensée de Milton Friedman des années 1960 avant qu’elle ne soit déformée. Dans son livre Capitalisme et liberté, il consacre un chapitre entier à la qualité de l’éducation, y compris pour les enfants des familles pauvres, un sujet de préoccupation qu’on n’attribue pas à Friedman en général.

Pour sauver le capitalisme, il faut donc renforcer le rôle de l’Etat ?

Dans la vision ordolibérale, il n’y a pas de dirigisme. L’Etat agit via des politiques incitatives de manière que les citoyens et les entreprises soient conduits à prendre de bonnes décisions, sans être coincés dans un carcan. C’est faisable même si l’Europe a tendance à mettre des règles partout. Fixer un prix du CO2 permet d’orienter les comportements, sans imposer telle ou telle décision ou telle ou telle norme dans les transports ou la construction, par exemple. Idem dans la vie des entreprises. La vision dirigiste, c’est l’inspection du travail qui détermine qui j’ai le droit de licencier. La version ordolibérale, c’est le bonus-malus. Si je licencie, je paye un malus sur les cotisations sociales de l’entreprise. Mais je peux licencier qui je veux. C’est ce que propose Jean Tirole depuis vingt ans et c’est ce qui se pratique d’ailleurs aux Etats-Unis. Cela marche très bien, même si beaucoup ignorent que la durée moyenne de présence d’un salarié dans une entreprise est plus longue aux Etats-Unis qu’en France.

L’ordolibéralisme est-il compatible avec l’existence des Gafa ?

Le capitalisme libéral repose sur la concurrence. Donc il faut évidemment casser les Gafa puisque nous estimons que la position dominante de ces entreprises est l’une des causes de l’affaiblissement de la croissance. Le capitalisme d’aujourd’hui n’a aucun rapport avec celui qui prévalait lors de la présidence de Ronald Reagan, par exemple. A l’époque, l’Etat n’intervenait pas dans la vie quotidienne, mais il cassait les monopoles pour mettre de la concurrence partout. Aujourd’hui, le capitalisme est libéral sur le marché du travail, puisqu’on a enlevé aux salariés leur pouvoir de négociation, ceci pour faire baisser leurs salaires. Il est illibéral sur le marché des biens, puisqu’il y a des monopoles. Tout cela maximise les profits. En réalité, c’est un capitalisme purement actionnarial, on fait tout ce qui est favorable à l’actionnaire.

Le capitalisme libéral repose sur la concurrence. Donc il faut évidemment casser les Gafa puisque nous estimons que la position dominante de ces entreprises est l’une des causes de l’affaiblissement de la croissance

Vous devenez anticapitaliste…

Pas du tout ! Tout dépend de la définition qu’on donne au capitalisme. Dans l’ordolibéralisme il y a toujours des capitalistes qui apportent du capital, des salariés qui apportent le travail, et le chef d’entreprise qui maximise le profit. Simplement, au lieu de le maximiser librement, il le maximise sous contrainte. Et ces contraintes au lieu d’être réglementaires sont des contraintes d’incitation. En fait, la dérive du capitalisme actuel peut se lire à travers deux chiffres : dans un monde où les Etats se financent entre 0 et 2 %, les actionnaires réclament toujours entre 12 et 15 % de rentabilité. Un tel écart entre le rendement du capital pour les actionnaires et les taux d’intérêt payés par les Etats n’est absolument pas justifié, et n’existait pas dans cette proportion il y a trente ans. Or cet écart est le vrai thermomètre du capitalisme actionnarial, et il s’explique par tout ce que nous avons évoqué, la baisse des salaires, les délocalisations, la constitution de monopoles. De facto, il mesure les externalités non assumées par les entreprises. Si on les incite à mieux traiter leurs salariés, avec le bonus-malus par exemple, ou à mieux protéger l’environnement avec un prix du CO2, de facto la rentabilité pour l’actionnaire reculera.

Concrètement, quelles mesures peuvent sauver le capitalisme ?

Il faut établir la liste de l’ensemble des externalités. Identifier les domaines dans lesquels l’action des individus et des entreprises est potentiellement nuisible, pour l’environnement par exemple. Et ensuite, mettre en place des politiques incitatives. Il en existe déjà un certain nombre, fixer un prix du CO2 en fait partie. Le crédit impôt recherche est aussi typiquement une mesure en phase avec l’ordolibéralisme puisqu’elle incite au développement de la R&D. Idem pour le bonus/malus en matière de licenciement, ou de la baisse des cotisations sociales sur les bas salaires qui permet de lutter contre le chômage des peu qualifiés. Autre mesure possible pour éviter les bulles spéculatives : la taxation des plus-values à court terme sur les actifs financiers et immobiliers par exemple. Joe Biden envisage d’ailleurs de quasiment doubler la fiscalité des gains en capital pour les ménages les plus riches.

Il nous reste quelques années seulement pour imaginer un capitalisme rénové et plus équilibré, capable de survivre à la disparition de sa troisième béquille, la politique monétaire, elle-même devenue complice des dérives du système puisque les taux d’intérêt ultra-bas sont source de grands déséquilibres et de grandes menaces financières.

 

Super League de foot : le capitalisme en cause

Super League de foot : le capitalisme en cause

Philippe Naccache et Julien Pillot, enseignants-chercheurs à l’Inseec Business School explique dans la Tribune la logique capitaliste qui a gagné le football et qui a fait émerger l’idée de la Super ligue européenne.

 

Tribune

 

Au moment d’annoncer le projet de Super League européenne de football, le dirigeant de la Juventus de Turin, Andrea Agnelli, a eu ces mots : « Le football n’est plus un jeu mais un secteur industriel et il a besoin de stabilité [...] Nous sommes tous nés comme un jeu, mais nous ne pouvons plus lancer les dés et voir quel chiffre sort, aujourd’hui nous sommes une industrie de 25 milliards [d'euros]« .

Si les paroles de M. Agnelli ont une résonance toute particulière, c’est qu’elles se font l’écho d’un trait saillant du capitalisme et de nos constructions sociétales modernes : le désir d’abolir l’incertitude, et les risques qui en découlent. Inutile de remonter loin dans le temps pour s’en convaincre. La gestion de la crise engendrée par la Covid-19 est emblématique de cette volonté farouche de réduire « quoi qu’il en coûte » les incertitudes liées à la casse économique et sociale, là où le capitalisme – au moins dans sa matérialisation néo-libérale – aurait vu dans cette crise – comme dans n’importe quelle autre – l’opportunité de purger l’économie de ses entités les moins efficientes. Hors périodes de crise, nous inventons sans cesse des outils, parfois de politique monétaire tel le quantitative easing, parfois juridique à l’image du principe de précaution, avec cette même volonté de réduire les risques et incertitudes.

Voilà un excès de prudence qui a de quoi surprendre des économistes qui ont été bercés par les enseignements de Schumpeter et qui se rappellent que l’innovation est le moteur de la croissance. Le capitalisme – et les constructions juridiques afférentes telles que les droits de propriété intellectuelle par exemple – aurait donc cette vertu d’inciter à la prise de risque entrepreneuriale sans laquelle l’innovation n’est pas possible. Dans cette logique, c’est bien la perspective de pouvoir dégager une rente qui pousse l’investissement, stimule la concurrence, invite au progrès. Il ne peut y avoir d’exploitation sans exploration préalable. Pas plus que de succès économique sans mérite.

Or, dans les faits, la réalité de ce système s’avère quelque peu différente. Les entrepreneurs, ces héros du capitalisme libéral, ne semblent pas être attirés outre mesure par le risque. C’est le principal enseignement d’une étude de référence sur la psychologie de l’entrepreneur menée par Brockhaus en 1980. Celui-ci montrait que ces derniers ne présentent pas une propension à prendre des risques différents des managers et de la population générale. Est-ce si étonnant ? Nous sommes très majoritairement averses au risque. La plupart des études en économie comportementale le démontrent. C’est d’ailleurs cette aversion au risque qui nous pousse au conservatisme car, c’est bien connu, « on sait ce que l’on perd, on ne sait pas ce que l’on gagne ».

 

Il ne faut d’ailleurs pas s’y tromper : l’objectif premier de la création de la Super League européenne reposait autant sur la maximisation de profits de ses membres que sur la réduction de l’incertitude économique engendrée par l’aléa sportif.

Il nous faut également nous rappeler du travail effectué par le regretté David Graeber. Dans son livre « Bureaucratie », Graeber suggérait que le capitalisme libéral produit des règles bureaucratiques à la seule fin de maximiser son profit. Une idée d’ailleurs reprise et précisée dans son ouvrage « Bullshit Jobs » dans lequel il affirme que le capitalisme a produit un grand nombre de fonctions totalement dispensables n’ayant pour seul objectif que d’occuper la population et lui donner les moyens de consommer. Dans le même ordre d’idée, toujours selon Graeber, JP Morgan Chase – la même banque qui se portait garante du projet de Super League à hauteur de 5 milliards de dollars – réaliserait 70% de ses bénéfices grâce aux frais de tenus comptes et autres agios…. très loin des profits que devraient réaliser ces institutions en rémunération des risques via l’octroi de ressources aux entreprises émergentes, notamment dans les technologies les plus risquées. Pour Graeber, « libre échange et marché libre signifient en réalité création de structures administratives mondiales, essentiellement destinées à garantir l’extraction de profits pour les investisseurs. »

Nous trouvons donc dans une situation quelque peu étrange dans laquelle les tenants du système capitaliste glorifient la prise de risque et le profit qui est sa récompense alors que dans le même temps ces derniers s’appliquent à museler toute dynamique concurrentielle. Vouloir enterrer la promotion par le mérite dans le sport, comme le suggérait le projet de Super League européenne de football, n’est que l’aboutissement d’un sport devenu… un business dérégulé comme les autres.

A l’instar des civilisations visées par Paul Valéry, nos sociétés sont « mortelles » en ce qu’elles ont besoin d’inertie pour fonctionner correctement. Mais c’est paradoxalement cette inertie qui les tue, en ce qu’elle entrave tant leur capacité que leur volonté d’anticiper les évolutions ou de s’adapter à celles-ci. A l’heure où l’Humanité doit affronter des périls historiques, sur les plans sanitaires, diplomatiques et environnementaux, ce constat d’un capitalisme conservateur et trop préoccupé à préserver et exploiter ses rentes fait l’effet d’un cruel désenchantement.

Veolia: le capitalisme sauvage avec l’argent du contribuable

Veolia: le capitalisme sauvage avec l’argent du contribuable

Veolia qui veut dépecer Suez, vendre par appartements en même temps que liquider un concurrent se comporte en capitaliste sauvage en oubliant que les sociétés de gestion de l’eau ou des déchets vivent sur le dos des contribuables. Il n’y a en effet rien de plus juteux que cette activité qui passe des contrats sulfureux avec les collectivités locales mais dont  les véritables payeurs les résidents. L’eau comme les services sont en effet devenus des prestations hors de prix tout simplement parce qu’en réalité il n’y a aucune vraie concurrence mais un partage du marché à peine régulée par quelques alternances des deux principaux groupes lors des appels d’offres. Bref Veolia joue aux capitalistes avec l’argent du contribuable.

Le client, c’est-à-dire le résident ne peut, lui, faire jouer la concurrence, il doit se soumettre et payer les conséquences de contrat de type quasi léonin. Pourtant l’eau constitue l’un des biens les plus précieux, les plus rares parfois, les plus fragiles surtout avec l’évolution climatique mais aussi en raison des perturbations environnementales  et notamment de la pollution des sols. L’eau appartient à la catégorie des biens essentiels d’intérêt collectif, comme l’air ou l’espace.

On objectera évidemment que Veolia détient une légitimité capitalistique vis-à-vis de Suez. Mais une légitimité capitalistique qui doit surtout à des tarifs de l’eau et autre services excessifs imposés aux usagers. Une légitimité capitalistique qui doit aux graves erreurs d’Engie qui a dû se débarrasser en vitesse de ses participations dans Suez pour refaire sa trésorerie.

Une légitimité capitalistique dirigée par un ancien fonctionnaire qui fait joujou avec l’argent des autres. Bref il serait temps de reposer la problématique de gestion de l’eau au lieu de laisser l’avenir du secteur dans les seules mains capricieuses d’apprentis sorciers capitalistes. En clair , un débat sur le statut de l’eau (et autres services )et ses modes de régulation devient urgent notamment pour sortir du jeu dangereux entre Veolia et Suez.

« Google: vers un capitalisme de surveillance »

« Google: vers un capitalisme de surveillance »

Dans un entretien au « Monde », l’universitaire américaine, Shoshana Zuboff,  montre comment, au début du nouveau millénaire, Google et consorts ont fait de nos « informations personnelles » la marchandise suprême, et bâti des empires sur leur collecte et leur commerce.

Shoshana Zuboff est professeure émérite à la Harvard Business School. Elle a étudié l’essor du capitalisme numérique, la transformation du travail et de la société de consommation qu’a entraînée cette révolution. Elle vient de faire paraître L’Age du capitalisme de surveillance (Zulma, traduit de l’anglais par Bee Formentelli et Anne-Sylvie Homassel, 864 pages, 26,50 euros).

Comment est apparu ce que vous appelez le capitalisme de surveillance ?

Le capitalisme évolue en intégrant au marché des choses qui lui étaient jusque-là étrangères. Une fois transformées, ces choses deviennent des marchandises que l’on peut vendre. Au XIXe siècle, par exemple, le capitalisme s’est intéressé à la nature. L’historien et économiste Karl Polanyi (1886-1964) a écrit des pages magnifiques à ce sujet dans La Grande Transformation (Gallimard, 1983). Ce processus revenait à créer, selon un concept qu’il a développé, des « marchandises fictives » (la nature, le travail, l’argent). Une forêt introduite sur le marché est immédiatement repensée dans un moment de fiction. Elle cesse d’être une forêt pour devenir une réserve de matières premières. La rivière devient une source d’énergie. La clairière devient un site d’exploitation.

Passons maintenant au XXIe siècle. Nous sommes en plein virage numérique. Les start-up se multiplient dans la Silicon Valley, chacune offre des services distincts et attire les investisseurs. Mais surviennent alors l’explosion de la bulle Internet et le krach de 2001-2002. Pourquoi un tel effondrement ? Tout simplement parce qu’on n’avait pas encore découvert comment générer de réels revenus. La question se posait, quelle était cette chose à transformer en marchandise ou en service ?

C’est chez Google que ce saut a été fait pour la première fois, avant d’être imité par les autres acteurs de secteur.

« Désormais, les faits et gestes de chacun font l’objet d’une traque incessante en ligne »

Que s’est-il produit exactement chez Google ?

Le moteur de recherche avait été lancé à la fin des années 1990 et ses serveurs stockaient déjà des tonnes de données sur les recherches effectuées par les internautes et leurs activités en ligne, sans rien en faire. L’entreprise rencontrait alors des difficultés grandissantes et les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, ont explicitement fait le choix de baser leur modèle économique sur la publicité.

A la même époque, ils ont porté un nouveau regard sur ces données et ont découvert qu’il y avait là un fort potentiel. S’y trouvaient des signaux permettant de connaître le comportement des internautes et de prédire comment ils pourraient se conduire.

«Le capitalisme responsable à l’épreuve du raidissement chinois». ( Philippe Mudry, l ‘Opinion)

«Le capitalisme responsable à l’épreuve du raidissement chinois». ( Philippe Mudry, l ‘Opinion)

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« On ne le croirait pas à écouter le silence qui entoure la mise au pas de Hong Kong, mais les Etats ne sont pas seuls, à l’exception des Etats-Unis et du Royaume-Uni, à faire comme si leurs grands principes pouvaient s’accommoder du raidissement chinois. Le monde des affaires rallié au capitalisme responsable a le même problème à gérer. Pour l’heure, il fait le dos rond, espérant que ce mauvais vent d’Est faiblira devant les suites fâcheuses que Pékin devra mesurer au fil du temps. Déjà, l’Europe agit pour barrer la route aux investissements chinois indésirables ​; la Chine risque de nouvelles sanctions si elle persiste dans une attitude jugée par trop agressive en Occident. Et n’est-ce pas aux politiques de faire leur devoir, en contraignant à plus de mesure ce géant si impatient d’imposer sa superpuissance ?

Il est vrai que le business n’a pas vocation à être en première ligne, mais il ne suffira pas toujours de faire profil bas. Si les entreprises et les investisseurs ne vont pas à la Chine, la Chine viendra à eux. Les exemples abondent. Ne parlons pas de HSBC ou de Cathay Pacific, ces entreprises « ​sinisées ​», desquelles de peu glorieux signes d’allégeance à Pékin ont été exigés, et obtenus, lors de la crise de contestation à Hong Kong.

Depuis, le pouvoir central a renforcé sa pression sur d’autres acteurs étrangers importants, les Gafa surtout, pour qu’ils coopèrent avec l’appareil répressif en partageant des informations permettant de contrôler la contestation. Google, Facebook et Twitter ont refusé, mais les menaces vont s’intensifier, à Hong Kong et ailleurs. Car Pékin, la crise du Covid-19 l’a montré, n’hésite plus à y recourir à l’étranger même.

Tous les investisseurs doivent, eux aussi, inclure le cas chinois dans leurs éléments de décision. Le déni des droits de l’homme n’est pas un critère responsable mineur

Rétorsion. ​Dans l’ancienne colonie britannique, on songe bien sûr aux banques. Toutes les grandes françaises y sont installées. Déjà, BNP Paribas y a subi une semonce, et dû se séparer d’un employé sympathisant du mouvement pro-démocratie. Ce ne sera pas la dernière pression à craindre, d’autant que les Français ont des ambitions en Chine. Quant aux interventions hors de la sphère chinoise traditionnelle, elles vont croître aussi. Dernier exemple en date, la réaction chinoise virulente aux propos du patron de l’Agence française de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), Guillaume Poupard, annonçant que Huawei fait l’objet de refus et d’autorisations limitées entre trois et huit ans dans la mise en place de la 5G. En matière de rétorsion, la Chine aura l’embarras du choix. EDF pourrait être une victime toute désignée, via l’éventuelle remise en cause de son partenariat avec le chinois CGN pour la construction outre-Manche de centrales de nouvelle génération. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Par ricochet, tous les investisseurs doivent, eux aussi, inclure le cas chinois dans leurs éléments de décision. Le déni des droits de l’homme n’est pas un critère responsable mineur. La Chine a besoin des investisseurs internationaux pour se développer et concurrencer les Etats-Unis sur le terrain financier. Si la prudence à court terme est compréhensible, l’aveuglement volontaire se paiera cher à terme. Les investisseurs ont une arme puissante entre les mains. Le moment arrive où s’en servir collectivement peut être la voie de la sagesse.

« le rejet du capitalisme numérique » ? (Philippe Askenazy)

 « le rejet du capitalisme numérique » ? (Philippe Askenazy) 

 

 

Philippe Askenazy,Chercheur au CNRS/ENS/Centre Maurice-Halbwachs estime que la pandémie pourrait marquer un coup d’arrêt au développement du capitalisme numérique, estime l’économiste dans sa chronique au « Monde ».

Chronique.

 

« A travers le monde, des dizaines de millions d’actifs ont basculé en télétravail, des élèves suivent – pour les plus chanceux – des cours à distance, des patients téléconsultent. Réseaux sociaux et chaînes numériques battent des records d’audience. Certains voient dans cette intensification et cette extension des usages un point de bascule définitive dans le capitalisme numérique.

La crise sanitaire, sociale et économique pourrait au contraire marquer un coup d’arrêt à son développement. De quoi l’humanité a-t-elle besoin aujourd’hui : d’équipements de protection, de respirateurs, de nourriture et des services assurés par les travailleuses et travailleurs « essentiels ». S’il y a une guerre, elle est entre Etats pour s’approvisionner en masques, en réactifs et en anesthésiques. De la matière, de la sueur mais aussi de la peur, celle des soignants, hôtes de caisses ou éboueurs – loin d’être virtuelle.

De héros de nos sociétés, les start-uppeurs, les codeurs et autres « talents » sont désormais relégués en « dernière ligne ». Les promesses de la révolution numérique ne semblent être que de lointains mirages. Privée de données pertinentes, l’intelligence artificielle n’est d’aucune aide pour guider la politique sanitaire ou la continuité d’activité, alors qu’il y a quelques semaines encore, on nous présentait ces outils comme décisifs pour gérer les aléas.

Les imprimantes 3D ne permettent pas produire en masse, et malheureusement pas de protections textiles. Les robots des usines se sont arrêtés en même temps que les hommes. Les robots sociaux déployés dans les Ehpad ne remplacent pas les visites, lorsqu’ils ne sont pas simplement rangés au placard car difficiles à désinfecter. Même l’e-commerce affiche, dans la crise, des performances qui ramènent les trentenaires et plus à leur enfance, celle où le commerce à distance était dominé par La Redoute ou la Camif…

Révélant ses limites, le capitalisme numérique pourrait affronter le rejet. Il renforce les inégalités dans l’éducation malgré un calendrier favorable : les confinements ont eu lieu alors que les jeunes avaient déjà eu en présentiel leurs professeurs. Entreprises et administrations poussent à un retour rapide au présentiel, corollaire de la chute de productivité associée à un télétravail exclusif. »

 

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Réguler le capitalisme vers davantage de progrès social

 Réguler le capitalisme vers davantage de progrès social

Dans un entretien au « Monde », c’est le propos de l’économiste Anton Brender estime qu’il est possible de revenir à une stratégie sociale-démocrate afin de renouer avec l’idée de progrès social .

Tribune

Anton Brender est économiste dans une société privée de gestion d’actifs. Professeur associé honoraire de l’université Paris-Dauphine, il a publié plusieurs ouvrages de macroéconomie sur les crises et les déséquilibres financiers, dont certains en collaboration avec Florence Pisani. Son dernier essai, Capitalisme et progrès social (La Découverte, 128 pages, 10 euros), propose une lecture de l’histoire du capitalisme et une réhabilitation du projet social-démocrate pour guider son futur.

Pourquoi les mécanismes qui étaient hier à l’origine d’avancées sociales sont aujourd’hui enrayés ?

On a trop longtemps oublié que les progrès observés dans les sociétés occidentales depuis que le capitalisme y a pris son essor ne peuvent être attribués au capitalisme laissé à lui-même. Au contraire, on les doit aux contraintes et aux régulations que nos sociétés lui ont peu à peu imposées : le capitalisme est devenu un moteur du progrès social parce que, loin de le laisser faire, nos sociétés se sont opposées à lui. Ce faisant, elles l’ont forcé à aller dans une direction qu’il n’aurait jamais empruntée de lui-même.

Le profit est en effet la seule boussole du capitalisme. Elle le conduit à accumuler toujours plus de capital et le pousse à acheter le moins cher possible le travail dont il a besoin pour valoriser ce capital. Elle le mène ainsi vers un problème : comment valoriser un capital qui ne cesserait de croître ? En s’opposant à lui, nos sociétés ont aidé le capitalisme à trouver la solution. Les luttes sociales, comme les combats politiques qui ont poussé à l’augmentation des salaires et à la réduction du temps du travail, ont permis à la consommation de progresser et ont permis une croissance continue de la demande.

Cette évolution a été lente et heurtée. Elle a abouti à un moment très particulier où, plein- emploi aidant, salaires et productivité ont été en hausse constante et la croissance économique, soutenue et presque régulière. Ces quelques décennies – on parle en France des « trente glorieuses » – ont été marquées par l’avènement de la « société de consommation » et, avec elle, de la consommation de masse. Le progrès social qui l’a accompagnée est difficile à nier. Le confort de la vie quotidienne s’est accru, non plus seulement pour une minorité, mais bien pour la grande majorité de la population. En même temps, des ressources toujours plus importantes ont pu être consacrées au développement d’infrastructures sociales – les systèmes de santé et d’éducation, les systèmes de retraites et de protection sociale… – qui, là aussi, ont amélioré les conditions de vie non plus seulement d’une minorité, mais bien de tous.

Réinventer le capitalisme  » (Thibaut Béchetoille , Croissance +)

Réinventer le capitalisme  » (Thibaut Béchetoille , Croissance +)

 

 

 

Thibaut Béchetoille patron d’Ozon, spécialisé dans les solutions de cybersécurité pour les PME, le président de Croissance Plus, propose une stratégie plus offensive de l’économie française dans une interview à Europe 1

« Le capitalisme doit se réinventer. Il doit permettre un meilleur partage des richesses, de la valeur« , plaide Thibaut Béchetoille. Et pour « avoir de l’impact, il faut de la croissance« .

Parmi les sujets, figure celui de la Bourse. Un outil qui n’est pas toujours perçu à sa juste valeur par les entreprises. La Bourse interroge, effraie… C’est précisément cette perception que Thibaut Béchetoille aimerait renverser, s’appuyant pour étayer son propos, sur ce qu’il se passe de l’autre côté de l’Atlantique. « Peu de personnes comprennent que l’écosystème de l’innovation aux Etats-Unis tient beaucoup au rôle du NASDAQ« . Le NASDAQ qui permet de valoriser les entreprises technologiques. Disposer du même outil en Europe aiderait considérablement les entreprises à « risquer » l’innovation. « Il existe une fluidité dans la rotation du capital aux Etats-Unis qui explique le succès des jeunes entreprises. Ce sujet d’un marché boursier fort nous intéresse à Croissance Plus car nous pensons qu’il est déterminant« , appuie Thibaut Béchetoille. Des discussions avec Euronext sur la meilleure façon de stimuler le marché boursier sont menées afin de rendre ce dernier appétant pour les midcaps et les smallcaps.

Serait-ce une façon de produire davantage d’ETI ? « La Bourse a un impact mais nous n’allons pas inventer un NASDAQ européen demain matin« , souligne Thibaut Béchetoille, qui exhorte les PME au potentiel de croissance fort, de ne pas hésiter à emprunter les mêmes armes et la même stratégie que les Américains du Nord, ce qui inclut notamment de faire fi des réflexes culturels quasi pavloviens et de ne pas hésiter à utiliser les armes marketing et communication, comme d’envisager de prendre place sur le marché mondial.

Autre recommandation, celle qui concerne l’ouverture du capital, cette étape tant redoutée. « Les Français sont frileux sur ce sujet« , reconnaît Thibaut Béchetoille qui encourage également les entreprises à avoir très tôt une gouvernance avec laquelle partager les questionnements stratégiques de long terme. « La stratégie c’est l’art de l’allocation des ressources » et c’est aussi être capable de déterminer les valeurs différenciantes par rapport aux concurrents. C’est également savoir chasser en meute, « c’est un poncif, mais il faut s’inspirer de l’Allemagne, qui fait cela très bien« .

Et quand on évoque des particularités françaises, comme celles des impôts de production, 7 fois plus élevées dans l’Hexagone qu’en Allemagne justement, Croissance Plus dit réfléchir avec l’Institut Sapiens sur des propositions qui permettraient une baisse de 24 Mds€ sur 5 ans. IA, robotisation, nouvelles technologies sont aussi des thématiques qui angoissent. « Nous somme dans une société très anxiogène, qui craint la destruction d’emplois« , reconnaît Thibaut Béchetoille. « Mais nous voulons nous placer dans une prospective positive, projeter les entreprises vers l’avenir« .

 

Chine, le capitalisme mafieux du parti communiste

Chine, le capitalisme mafieux du parti communiste

 

 

Lun Zhang, Professeur de civilisation chinoise, dénonce  la collusion entre argent et pouvoir qui constitue un obstacle au progrès économique . De fait, l’économie est confisquée par les amis du parti communiste qui regroupe 100 millions d’adhérents dont 10 millions de cadres qui se partagent le gâteau économique. La plupart des dirigeants communiste possèdent d’énormes fortunes. Un milliard chacun pour les 70 députés communistes les plus riches. Certains en profitent pour partir avec leur fortune, 50 milliards auraient ainsi quitté la chine. Le parti repose sur une  organisation complètement centralisée et cadenassée.  . Le congrès, organe politique ,  nomme les membres du comité central, de celui-ci est issu le bureau politique qui désigne enfin les membres du comité permanent.  mais c’est le congrès qui désigne d’en haut les représentants  qui devraient être élus. Un vaste système mafieux qui freine maintenant le dynamisme de la concurrence des compétences et de l’innovation.

 

( tribune au Monde)

 

Tribune.

 

« Dès sa naissance, le capitalisme a suscité de véhémentes critiques et du rejet. Le XXe siècle a d’ailleurs été marqué par une tentative de remplacement par un nouveau système caractérisé par une planification étatique, une collectivisation des moyens de production et même des biens des citoyens. Mais celle-ci a incontestablement échoué, malgré les regrets de ses partisans. Par souci de légitimation de leur pouvoir, certains pays ont conservé le mot « socialiste » dans leur dénomination, mais ils l’ont abandonné dans la pratique.

Les autorités chinoises se vantent sans cesse de pratiquer un « socialisme aux caractéristiques chinoises ». En réalité, au nom de la réforme, ces dernières décennies, nous assistons plutôt à la mise en pratique progressive d’un « capitalisme aux caractéristiques chinoises ». L’accumulation du capital se substitue à l’objectif idéologique ; le marché remplace l’organisation administrative planifiée. C’est ce qui explique la réussite de la Chine en termes de croissance.

Cette confusion autour de l’appellation et des pratiques, entre « socialisme » et « capitalisme », ainsi que l’opacité du fonctionnement et des institutions économiques et politiques accentuent la difficulté, d’un point de vue épistémologique, pour qualifier la nature du régime actuel en Chine. Ce régime est différent de ce que nous avons connu au XXe siècle. Il possède à la fois certains traits des régimes totalitaires de droite comme de gauche et des similitudes frappantes avec le modèle asiatique, où le capitalisme a accompagné le développement. Dans le monde, il suscite de l’admiration à droite pour son efficacité économique et sa capacité à maintenir l’ordre, et à gauche pour ses discours populistes au nom de l’intérêt du peuple, le rôle prédominant de l’Etat et la critique des systèmes occidentaux.

Mais un point est clair : l’Etat y est à la fois joueur et arbitre du champ économique ; la collusion entre les élites au pouvoir et le monde des affaires, phénomène que le politologue américain Minxin Pei décrit sous le nom de « Crony Capitalism », capitalisme de copinage. Si l’avidité et l’ambition de ces « copains » ont construit le moteur de la machine économique chinoise durant une période, elles bloquent désormais l’ascenseur social et sont des obstacles à la croissance chinoise du fait de l’inégalité qu’elles engendrent, réduisant la capacité du marché interne. La corruption est ainsi structurelle et généralisée à cause du monopole étatique dans de nombreux secteurs. »

 

 

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