Archive pour le Tag 'Bolloré'

Société – Médias Bolloré: réactionnaire, populiste et vulgaire

Société – Médias Bolloré: réactionnaire, populiste et vulgaire

Comme en Afrique, Bolloré dirige ses entreprises à coups de pieds dans le cul . À chaque fois qu’il prend le contrôle d’une télé ou d’un journal, il vire sans autre forme procès ceux qui ne partagent pas son idéologie provinciale de droite. Pourtant, les lignes éditoriales ne font pas dans la dentelle n’hésitant pas à faire dans le vulgaire, le caricatural et même le ridicule comme sur Cnews par exemple où certaines tables rondes tournent au théâtre de clowns avec en plus souvent des intervenants d’une médiocrité assez pitoyable. Bref, comme C8, la télé des beaufs.

France Info fait un rappel de l’itinéraire de Bolloré.

Spécialisé à l’origine dans la papeterie, l’homme d’affaires a débuté la construction de son empire médiatique il y a près de dix ans, en 2014, en accédant à la présidence du conseil de surveillance du groupe Vivendi, et du même coup de sa filiale Canal+. Récemment, le milliardaire a étendu sa toile en lançant une OPA (offre publique d’achat) sur les médias du groupe Lagardère. Après la validation de l’opération par la Commission européenne, le patron ultra-conservateur est entré en conflit avec la rédaction du JDD.

Avec l’annonce de l’arrivée à la tête de l’hebdomadaire de Geoffroy Lejeune, venu du magazine d’extrême droite Valeurs actuelles, les salariés du JDD redoutent de voir se répéter une méthode déjà dénoncée ailleurs : valse des dirigeants et interventions sur la ligne éditoriale, au prix d’une hémorragie au sein des équipes de journalistes. Vincent Bolloré s’est toujours défendu d’utiliser les médias qu’il contrôle pour promouvoir ses opinions. Pourtant, l’entrepreneur a construit par la force un empire médiatique, n’hésitant pas à sanctionner les récalcitrants.

Le premier conflit marquant lié à Vincent Bolloré remonte à la mise au pas de Canal+, chaîne dont il prend le contrôle à partir de 2015. A l’automne de cette année-là, une enquête sur le Crédit mutuel est déprogrammée de la grille. « Nous savons tous que M. Bolloré peut être autoritaire, mais je ne comprends pas pourquoi il a pris la décision de censurer ce film », réagit à l’époque Nicolas Vescovacci, coauteur du documentaire. Michel Lucas, le patron de la banque, « a directement appelé Bolloré pour lui faire part de son mécontentement », raconte à Vice Jean-Baptiste Rivoire, ancien rédacteur en chef adjoint de l’émission « Spécial Investigation », qui devait diffuser le documentaire.

« La direction torpille ce film et le déprogramme dans notre dos. C’était épouvantable. On n’avait pas les infos, on passait pour des cons. »

Jean-Baptiste Rivoire, ancien rédacteur en chef adjoint de l’émission « Spécial Investigation » à Vice
Ces critiques ne passent pas. Quelques mois plus tard, l’émission d’enquêtes de Canal+ est supprimée de l’antenne, tout comme les journaux télévisés et le « Zapping », une pastille vieille de 27 ans qui s’en était prise, en images, à la nouvelle direction. Canal+ supprime la moitié de ses émissions en clair et assure vouloir « remettre de la valeur dans l’abonnement ». Les marionnettes satiriques « Les Guignols de l’info » seront également mises au placard, Vincent Bolloré leur reprochant un « abus de dérision ».

L’autoritarisme du nouveau propriétaire de la chaîne ne s’arrête pas là. En 2020, le renvoi de l’humoriste Sébastien Thoen du service des sports suscite une vague de soutien et le départ de quelque 25 salariés. Son tort ? Avoir participé à une parodie de « L’heure des Pros », l’émission de Pascal Praud sur CNews. Dans la foulée, le journaliste sportif Stéphane Guy sera licencié pour avoir délivré, lors d’un match de foot en direct, un message de soutien à Sébastien Thoen.

Trois journalistes pigistes de la rédaction des sports de la chaîne cryptée sont également licenciés pour avoir signé un texte de soutien à l’humoriste, révèle à l’époque le site Les Jours. La pétition se terminait par ces mots : « Nous revendiquons le droit d’exercer nos métiers sans craindre d’être licencié, écarté, inquiété si ce que nous disons, écrivons, déplaît à notre direction. »

Il s’agit de l’exemple qui hante aujourd’hui les salariés du JDD. En 2016, l’équipe de la chaîne d’information du groupe Canal+, i-Télé, entame un bras de fer avec la maison mère, demandant des garanties d’indépendance et protestant contre une réduction drastique des effectifs. L’arrivée à l’antenne de Jean-Marc Morandini, mis en examen pour « corruption de mineurs aggravée », met également le feu aux poudres.

Les salariés portent une grève très médiatique pendant 31 jours face à des dirigeants inflexibles. N’obtenant que de maigres concessions, épuisés par ce long conflit social, ils finissent par signer un protocole d’accord. « Ce n’est pas une victoire. Mais ce qu’il faut en retenir, c’est la densité du mouvement », explique alors Jean-Jérôme Bertolus, qui choisit de quitter la chaîne, comme une trentaine d’autres journalistes parmi les 120 que compte la chaîne à l’époque. « Il aurait fallu faire un mois de grève supplémentaire, explique l’un d’eux à Libération. Mais nous ne sommes pas armés pour ça. On n’est pas 300, on n’a pas 50 syndiqués dans la boîte et beaucoup de leaders sont déjà partis… »

La chaîne est rebaptisée CNews et prendra un virage très à droite dans les années suivantes. Elle a notamment été pointée du doigt lors de la dernière campagne présidentielle pour le temps d’antenne démesuré accordé à Eric Zemmour, au moment où le polémiste d’extrême droite, ex-éditorialiste vedette de la chaîne, préparait sa candidature.

Vincent Bolloré décide au printemps 2021 de rapprocher Europe 1 et sa chaîne CNews. Inquiets d’un changement de ligne éditoriale vers la droite, les salariés de la radio entament eux aussi une grève. Dans le même temps, Christine Berrou, une humoriste de la station, annonce sa démission, car la direction lui enjoint de retirer d’une chronique une blague sur Eric Zemmour. Elle raconte à Télérama que l’animateur de la matinale à laquelle se destinait sa chronique, l’a « mise en garde » de possibles répercussions, « en [lui] expliquant que la semaine dernière, un journaliste a été convoqué par la direction pour un lancement envoyant une petite pique à Eric Zemmour ».

Au fil des semaines, des dizaines de journalistes quittent la station, contraints ou de leur plein gré. Aujourd’hui, Europe 1 et CNews partagent plusieurs têtes d’affiche, comme Laurence Ferrari et Sonia Mabrouk. Pressentie par beaucoup pour la rentrée, une arrivée sur Europe 1 de Pascal Praud, pilier de CNews, marquerait une nouvelle étape de ce rapprochement redouté par les salariés de la radio.

Dans les magazines de Prisma Media, des conditions de travail dégradées
L’acquisition en mai 2021 du premier groupe de presse magazine en France, Prisma Media (Télé-Loisirs, Femme Actuelle, Capital…), provoque une vague de départs. Inquiets notamment d’une dégradation de leurs conditions de travail après le rachat de Vivendi, des journalistes font valoir leur clause de cession, qui permet en cas de changement d’actionnaire de partir en bénéficiant des indemnités de licenciement. En six mois, une soixantaine de salariés et pigistes quittent le groupe. Pas de quoi inquiéter l’industriel breton, qui estime alors que les journalistes fonctionnent « comme la mer » : quand une vague part, une autre revient.

A Paris Match, les changements n’ont pas tardé. L’année 2022 est marquée par le licenciement du rédacteur en chef politique et économie, Bruno Jeudy, après avoir, selon la rédaction, « critiqué » à plusieurs reprises « l’ingérence » de la direction dans les choix éditoriaux, dont la une du 7 juillet 2022 consacrée au cardinal Robert Sarah, figure de proue des conservateurs catholiques, auteur de propos comparant l’homosexualité et l’avortement au fanatisme islamique.

Une motion de censure est alors votée contre la direction et 25 journalistes quittent la rédaction. Emilie Blachère, grande reporter qui a travaillé près de 16 ans à Paris Match, fait jouer sa clause de conscience pour quitter l’hebdomadaire. La journaliste estime que la direction de Match a « notablement changé d’orientation » et que cela crée « une situation de nature à porter atteinte à son honneur et à sa réputation ». A titre d’exemple, elle souligne l’absence d’articles sur les protégés de Vincent Bolloré, comme Cyril Hanouna, star de la chaîne C8, pourtant au cœur de l’actualité.

L’arrivée de Geoffroy Lejeune à la tête du Journal du Dimanche intervient après une série de remplacements à la tête du journal. L’ancien directeur de la rédaction de Valeurs actuelles doit succéder à Jérôme Béglé, nommé directeur général de la rédaction de Paris Match. Chroniqueur régulier sur CNews, Jérôme Béglé était arrivé début 2022 à la tête du JDD, provoquant déjà à l’époque la « vive préoccupation » de la rédaction à moins de 100 jours de la présidentielle.

Mais cette fois, le choix de Geoffroy Lejeune a « ulcéré » la rédaction de l’hebdomadaire, qui s’est mise en grève à la quasi-unanimité. « Sous la direction de Geoffroy Lejeune, Valeurs actuelles a propagé des attaques haineuses et de fausses informations », alerte un communiqué de la société des journalistes du JDD.

« Nous refusons que le ‘JDD’ emprunte cette voie. Le ‘JDD’ n’est pas un journal d’opinion. »

La SDJ du « Journal du Dimanche » dans un communiqué
Désormais, la rédaction du JDD a lancé un bras de fer avec la direction pour tenter de se faire entendre. « Ce n’est pas seulement la rédaction, mais tous les services du journal – fabrication, distribution, publicité… – qui s’inquiètent pour la pérennité même du titre », prévient encore la SDJ du journal.

Médias Bolloré: réactionnaire, populiste et vulgaire

Médias Bolloré: réactionnaire, populiste et vulgaire

Comme en Afrique, Bolloré dirige ses entreprises à coups de pieds dans le cul . À chaque fois qu’il prend le contrôle d’une télé ou d’un journal, il vire sans autre forme procès ceux qui ne partagent pas son idéologie provinciale de droite. Pourtant, les lignes éditoriales ne font pas dans la dentelle n’hésitant pas à faire dans le vulgaire, le caricatural et même le ridicule comme sur Cnews par exemple où certaines tables rondes tournent au théâtre de clowns avec en plus souvent des intervenants d’une médiocrité assez pitoyable. Bref, comme C8, la télé des beaufs.

France Info fait un rappel de l’itinéraire de Bolloré.

Spécialisé à l’origine dans la papeterie, l’homme d’affaires a débuté la construction de son empire médiatique il y a près de dix ans, en 2014, en accédant à la présidence du conseil de surveillance du groupe Vivendi, et du même coup de sa filiale Canal+. Récemment, le milliardaire a étendu sa toile en lançant une OPA (offre publique d’achat) sur les médias du groupe Lagardère. Après la validation de l’opération par la Commission européenne, le patron ultra-conservateur est entré en conflit avec la rédaction du JDD.

Avec l’annonce de l’arrivée à la tête de l’hebdomadaire de Geoffroy Lejeune, venu du magazine d’extrême droite Valeurs actuelles, les salariés du JDD redoutent de voir se répéter une méthode déjà dénoncée ailleurs : valse des dirigeants et interventions sur la ligne éditoriale, au prix d’une hémorragie au sein des équipes de journalistes. Vincent Bolloré s’est toujours défendu d’utiliser les médias qu’il contrôle pour promouvoir ses opinions. Pourtant, l’entrepreneur a construit par la force un empire médiatique, n’hésitant pas à sanctionner les récalcitrants.

Le premier conflit marquant lié à Vincent Bolloré remonte à la mise au pas de Canal+, chaîne dont il prend le contrôle à partir de 2015. A l’automne de cette année-là, une enquête sur le Crédit mutuel est déprogrammée de la grille. « Nous savons tous que M. Bolloré peut être autoritaire, mais je ne comprends pas pourquoi il a pris la décision de censurer ce film », réagit à l’époque Nicolas Vescovacci, coauteur du documentaire. Michel Lucas, le patron de la banque, « a directement appelé Bolloré pour lui faire part de son mécontentement », raconte à Vice Jean-Baptiste Rivoire, ancien rédacteur en chef adjoint de l’émission « Spécial Investigation », qui devait diffuser le documentaire.

« La direction torpille ce film et le déprogramme dans notre dos. C’était épouvantable. On n’avait pas les infos, on passait pour des cons. »

Jean-Baptiste Rivoire, ancien rédacteur en chef adjoint de l’émission « Spécial Investigation » à Vice
Ces critiques ne passent pas. Quelques mois plus tard, l’émission d’enquêtes de Canal+ est supprimée de l’antenne, tout comme les journaux télévisés et le « Zapping », une pastille vieille de 27 ans qui s’en était prise, en images, à la nouvelle direction. Canal+ supprime la moitié de ses émissions en clair et assure vouloir « remettre de la valeur dans l’abonnement ». Les marionnettes satiriques « Les Guignols de l’info » seront également mises au placard, Vincent Bolloré leur reprochant un « abus de dérision ».

L’autoritarisme du nouveau propriétaire de la chaîne ne s’arrête pas là. En 2020, le renvoi de l’humoriste Sébastien Thoen du service des sports suscite une vague de soutien et le départ de quelque 25 salariés. Son tort ? Avoir participé à une parodie de « L’heure des Pros », l’émission de Pascal Praud sur CNews. Dans la foulée, le journaliste sportif Stéphane Guy sera licencié pour avoir délivré, lors d’un match de foot en direct, un message de soutien à Sébastien Thoen.

Trois journalistes pigistes de la rédaction des sports de la chaîne cryptée sont également licenciés pour avoir signé un texte de soutien à l’humoriste, révèle à l’époque le site Les Jours. La pétition se terminait par ces mots : « Nous revendiquons le droit d’exercer nos métiers sans craindre d’être licencié, écarté, inquiété si ce que nous disons, écrivons, déplaît à notre direction. »

Il s’agit de l’exemple qui hante aujourd’hui les salariés du JDD. En 2016, l’équipe de la chaîne d’information du groupe Canal+, i-Télé, entame un bras de fer avec la maison mère, demandant des garanties d’indépendance et protestant contre une réduction drastique des effectifs. L’arrivée à l’antenne de Jean-Marc Morandini, mis en examen pour « corruption de mineurs aggravée », met également le feu aux poudres.

Les salariés portent une grève très médiatique pendant 31 jours face à des dirigeants inflexibles. N’obtenant que de maigres concessions, épuisés par ce long conflit social, ils finissent par signer un protocole d’accord. « Ce n’est pas une victoire. Mais ce qu’il faut en retenir, c’est la densité du mouvement », explique alors Jean-Jérôme Bertolus, qui choisit de quitter la chaîne, comme une trentaine d’autres journalistes parmi les 120 que compte la chaîne à l’époque. « Il aurait fallu faire un mois de grève supplémentaire, explique l’un d’eux à Libération. Mais nous ne sommes pas armés pour ça. On n’est pas 300, on n’a pas 50 syndiqués dans la boîte et beaucoup de leaders sont déjà partis… »

La chaîne est rebaptisée CNews et prendra un virage très à droite dans les années suivantes. Elle a notamment été pointée du doigt lors de la dernière campagne présidentielle pour le temps d’antenne démesuré accordé à Eric Zemmour, au moment où le polémiste d’extrême droite, ex-éditorialiste vedette de la chaîne, préparait sa candidature.

Vincent Bolloré décide au printemps 2021 de rapprocher Europe 1 et sa chaîne CNews. Inquiets d’un changement de ligne éditoriale vers la droite, les salariés de la radio entament eux aussi une grève. Dans le même temps, Christine Berrou, une humoriste de la station, annonce sa démission, car la direction lui enjoint de retirer d’une chronique une blague sur Eric Zemmour. Elle raconte à Télérama que l’animateur de la matinale à laquelle se destinait sa chronique, l’a « mise en garde » de possibles répercussions, « en [lui] expliquant que la semaine dernière, un journaliste a été convoqué par la direction pour un lancement envoyant une petite pique à Eric Zemmour ».

Au fil des semaines, des dizaines de journalistes quittent la station, contraints ou de leur plein gré. Aujourd’hui, Europe 1 et CNews partagent plusieurs têtes d’affiche, comme Laurence Ferrari et Sonia Mabrouk. Pressentie par beaucoup pour la rentrée, une arrivée sur Europe 1 de Pascal Praud, pilier de CNews, marquerait une nouvelle étape de ce rapprochement redouté par les salariés de la radio.

Dans les magazines de Prisma Media, des conditions de travail dégradées
L’acquisition en mai 2021 du premier groupe de presse magazine en France, Prisma Media (Télé-Loisirs, Femme Actuelle, Capital…), provoque une vague de départs. Inquiets notamment d’une dégradation de leurs conditions de travail après le rachat de Vivendi, des journalistes font valoir leur clause de cession, qui permet en cas de changement d’actionnaire de partir en bénéficiant des indemnités de licenciement. En six mois, une soixantaine de salariés et pigistes quittent le groupe. Pas de quoi inquiéter l’industriel breton, qui estime alors que les journalistes fonctionnent « comme la mer » : quand une vague part, une autre revient.

A Paris Match, les changements n’ont pas tardé. L’année 2022 est marquée par le licenciement du rédacteur en chef politique et économie, Bruno Jeudy, après avoir, selon la rédaction, « critiqué » à plusieurs reprises « l’ingérence » de la direction dans les choix éditoriaux, dont la une du 7 juillet 2022 consacrée au cardinal Robert Sarah, figure de proue des conservateurs catholiques, auteur de propos comparant l’homosexualité et l’avortement au fanatisme islamique.

Une motion de censure est alors votée contre la direction et 25 journalistes quittent la rédaction. Emilie Blachère, grande reporter qui a travaillé près de 16 ans à Paris Match, fait jouer sa clause de conscience pour quitter l’hebdomadaire. La journaliste estime que la direction de Match a « notablement changé d’orientation » et que cela crée « une situation de nature à porter atteinte à son honneur et à sa réputation ». A titre d’exemple, elle souligne l’absence d’articles sur les protégés de Vincent Bolloré, comme Cyril Hanouna, star de la chaîne C8, pourtant au cœur de l’actualité.

L’arrivée de Geoffroy Lejeune à la tête du Journal du Dimanche intervient après une série de remplacements à la tête du journal. L’ancien directeur de la rédaction de Valeurs actuelles doit succéder à Jérôme Béglé, nommé directeur général de la rédaction de Paris Match. Chroniqueur régulier sur CNews, Jérôme Béglé était arrivé début 2022 à la tête du JDD, provoquant déjà à l’époque la « vive préoccupation » de la rédaction à moins de 100 jours de la présidentielle.

Mais cette fois, le choix de Geoffroy Lejeune a « ulcéré » la rédaction de l’hebdomadaire, qui s’est mise en grève à la quasi-unanimité. « Sous la direction de Geoffroy Lejeune, Valeurs actuelles a propagé des attaques haineuses et de fausses informations », alerte un communiqué de la société des journalistes du JDD.

« Nous refusons que le ‘JDD’ emprunte cette voie. Le ‘JDD’ n’est pas un journal d’opinion. »

La SDJ du « Journal du Dimanche » dans un communiqué
Désormais, la rédaction du JDD a lancé un bras de fer avec la direction pour tenter de se faire entendre. « Ce n’est pas seulement la rédaction, mais tous les services du journal – fabrication, distribution, publicité… – qui s’inquiètent pour la pérennité même du titre », prévient encore la SDJ du journal.

JDD : Lagardère justifie le choix de Bolloré

JDD : Lagardère justifie le choix de Bolloré

Le président-directeur général du groupe Lagardère, racheté par Vivendi (propriété de la famille Bolloré), explique son choix de recruter Geoffroy Lejeune ( proche des thèses de Zémour). La vérité est sans doute plus cruel car c’est désormais coloré qui commande après avoir racheté le groupe Lagardère. Et cette nomination est bien dans la ligne de repositionnement à droite de tous les médias de Bolloré. D’une ligne à la fois réactionnaire, populiste et souvent assez vulgaire .

«Le JDD n’a jamais été un journal militant ou un tract idéologique, et il ne le sera jamais», se défend Arnaud Lagardère .

Le président-directeur général du groupe Lagardère, racheté par Vivendi (propriété de la famille Bolloré), explique son choix.
- Il y a eu une opportunité à saisir qui s’appelle Geoffroy Lejeune, un journaliste jeune, talentueux et à l’aise avec le digital. Jérôme Béglé a, quant à lui, réalisé un formidable travail au JDD et je lui ai proposé un nouveau défi à la direction de la rédaction de Paris Match, pour lequel je l’avais déjà vu plusieurs fois.

Aux yeux des journalistes, en grève depuis jeudi, l’arrivée de cet ancien patron de la rédaction de Valeurs actuelles fait peser la menace d’un changement éditorial proche de l’extrême droite. La défense de Lagardère est assez pitoyable :

C’est inexact, je ne choisis pas Geoffroy dans le but de changer la ligne éditoriale, mais bien évidemment, Le JDD doit aussi savoir s’adapter aux évolutions du monde comme nous l’avons toujours fait…

Paris Match, Bolloré vire Bruno Jeudy !

Paris Match, Bolloré vire Bruno Jeudy !


Nouveau nettoyage dans les médias que possède Bolloré avec le licenciement de l’ancien rédacteur en chef politique Bruno Jeudy. Ancien rédacteur en chef politique et économie de Paris Match, Bruno Jeudy en avait été écarté durant l’été 2022, sur fond de désaccords avec la direction de l’hebdomadaire du groupe Lagardère, en passe d’être avalé par Vivendi, le groupe de Vincent Bolloré, aux opinions réputées conservatrices. Son renvoi avait été dénoncé par la Société des journalistes de Paris Match et entraîné le vote d’une motion de censure contre la direction.

Sa décision de rejoindre La Tribune «traduit la volonté d’excellence et l’ambition» du titre qui «fêtera ses 40 ans en 2025», assure son directeur délégué de la rédaction, Fabrice Gliszczynski. La Tribune revendique 3 millions de visiteurs uniques mensuels sur son site et se décline en revue mensuelle dans les kiosques depuis 2020.

Créée en 1985, La Tribune avait arrêté son édition papier quotidienne en 2012, après son rachat par Jean-Christophe Tortora. Le journal appartient aujourd’hui à 72% au groupe Hima, lui-même détenu à 20% par Jean-Christophe Tortora et 80% par Franck Julien, patron du géant du service aux entreprises Atalian. Le reste appartient à l’entrepreneur Laurent Alexandre (fondateur de Doctissimo).

Bolloré, TPMP et Hanouna: La télé dans le caniveau et le sordide

Bolloré, TPMP et Hanouna: La télé dans le caniveau et le sordide


Une nouvelle fois Hanouna et la chaîne TPMP fait dans le caniveau et le sordide. Le sulfureux député des Insoumis Louis Boyard ayant attaqué Bolloré, patron de la chaîne, l’animateur Cyrille Hanouna s’est cru obliger de traiter Louis Boyard « de merde ». L’émission d’ordinaire est déjà d’une bêtise lamentable , mais là, elle tombe carrément dans le caniveau. La Chaine télé Cnews, autre propriété de Bolloré, fait aussi dans une vulgarité et et un populisme pitoyables.

Il y a sans doute aussi une volonté chez Hanouna de provoquer le plus souvent le scandale pour faire parler de la chaîne C8 qui peine à trouver un autre public que celui des beaufs. Et évidemment Hanouna ne tolère pas la moindre critique vis-à-vis de son patron Bolloré.

De son côté, le député insoumis est également un provocateur en même temps sans doute qu’un arriviste. Reste que l’insulte d’hanouna est impardonnable. Le député a d’ailleurs porté plainte. Toujours aussi grotesque Cyrille Hanouna a décidé aussi de déposer sa propre plainte. Du vrai Guignol !

«On a la chance de faire une émission, donc on ne va pas faire une conférence de presse» commence ironiquement Cyril Hanouna, en référence à celle organisée plus tôt par l’homme politique dans laquelle il a annoncé vouloir «déposer plainte contre Cyril Hanouna pour “injure publique envers une personne chargée d’une mission de service public”».

Le plus gratiné dans l’affaire c’est que le député insulté a longtemps été un chroniqueur rémunéré dans l’émission de Cyril Hanouna !

Médias-TPMP et Hanouna: La télé de Bolloré dans le caniveau et le sordide

Média-TPMP et Hanouna: La télé dans le caniveau et le sordide

Une nouvelle fois Hanouna et la chaîne TPMP fait dans le caniveau et le sordide. Le sulfureux député des Insoumis Louis Boyard ayant attaqué Bolloré, patron de la chaîne, l’animateur Cyrille Hanouna s’est cru obliger de traiter Louis Boyard « de merde ». L’émission d’ordinaire est déjà d’une bêtise lamentable , mais là, elle tombe carrément dans le caniveau. La Chaine télé Cnews, autre propriété de Bolloré, fait aussi dans une vulgarité et et un populisme pitoyables.

Il y a sans doute aussi une volonté chez Hanouna de provoquer le plus souvent le scandale pour faire parler de la chaîne C8 qui peine à trouver un autre public que celui des beaufs. Et évidemment Hanouna ne tolère pas la moindre critique vis-à-vis de son patron Bolloré.

De son côté, le député insoumis est également un provocateur en même temps sans doute qu’un arriviste. Reste que l’insulte d’hanouna est impardonnable. Le député a d’ailleurs porté plainte. Toujours aussi grotesque Cyrille Hanouna a décidé aussi de déposer sa propre plainte. Du vrai Guignol !

«On a la chance de faire une émission, donc on ne va pas faire une conférence de presse» commence ironiquement Cyril Hanouna, en référence à celle organisée plus tôt par l’homme politique dans laquelle il a annoncé vouloir «déposer plainte contre Cyril Hanouna pour “injure publique envers une personne chargée d’une mission de service public”».

Le plus gratiné dans l’affaire c’est que le député insulté a longtemps été un chroniqueur rémunéré dans l’émission de Cyril Hanouna !

« Paris-Match »: Bolloré fait la police dans la rédaction !

« Paris-Match »: Bolloré fait la police dans la rédaction !

 

Comme c’était prévisible Bolloré ne cesse de faire pression sur les rédactions des médias qu’ils possèdent désormais. Un curieux mélange de capitalisme et de vision très réactionnaire et même très provinciale. Le problème est que le business et la politique n’ont jamais fait bon ménage. La crédibilité de la stratégie de Bolloré qui se veut le porte drapeau médiatique de l’extrême droite pourrait être mis en cause par les investisseurs. Conséquence,  des pressions inadmissibles de Bolloré sur Paris-Match et le  journaliste Bruno Jeudy quitte Le journal», un mois après une « une » controversée

La rédaction de l’hebdomadaire détenu par le groupe Lagardère, lui-même contrôlé par le groupe Vivendi de Vincent Bolloré, a reçu jeudi un e-mail annonçant le départ de Bruno Jeudy. « D’un commun accord, il a en effet été décidé de mettre un terme à notre collaboration », stipule le courriel signé par Patrick Mahé et Caroline Mangez, respectivement directeur général et directrice de la rédaction de Paris Match.

Début juillet, la rédaction de l’hebdomadaire avait fustigé le choix de la direction de consacrer la « une » de l’hebdomadaire au cardinal ultraconservateur Robert Sarah. La SDJ s’était indignée de ce choix, qualifié d’« ingérence » du groupe Lagardère, dans l’orbite depuis l’an dernier du groupe Vivendi, lui-même contrôlé par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

La rédaction en chef du magazine – dont Bruno Jeudy – avait tenté le jour du bouclage « de convaincre la direction du groupe Lagardère de revenir sur son choix de “une”. Malheureusement sans succès », avait à l’époque déclaré la SDJ.

 

L’édition française dans les mains du réactionnaire Bolloré ?

L’édition française dans les mains du réactionnaire Bolloré ?

 

 

Quand on voit ce que Bolloré a fait de Cnews, une télévision complètement réac proche des thèses de Trump, il y a lieu de s’inquiéter du regroupement de l’ensemble de l’édition française envisagée par l’industriel. Maison mère d’Editis, Vivendi possède désormais plus de la moitié du groupe Lagardère, propriétaire d’Hachette. Cette acquisition annonce la naissance d’un mégagroupe d’édition, contrôlé par l’industriel Vincent Bolloré, qui inquiète au plus haut point un collectif de dirigeantes de maisons d’édition indépendantes.(Le Monde)

 

Il semblerait qu’un grand méchant loup s’apprête à dévorer la plus grosse part de l’édition française : c’est pour mieux nous aimer, nous dit-on, mieux défendre les auteurs, les libraires et tout l’écosystème de l’édition française… Comme chacun sait, Editis, deuxième groupe éditorial français et propriété de Vincent Bolloré, s’apprête à absorber Hachette, premier groupe français. [Depuis le 14 juin, le groupe Vivendi détient 57,35 % du groupe Lagardère, propriétaire notamment de la maison d’édition Hachette. Ce rachat n’a pas encore été approuvé par la Commission européenne.] Son idée ? Construire un mégagroupe, français et international, un géant de l’information capable de concurrencer Amazon et Google.

Si cette fusion avait lieu, qu’adviendrait-il de la diversité de l’édition française ? La situation parfois précaire des auteurs en serait-elle améliorée ? L’excellence de notre réseau de librairies en sortirait-elle renforcée ? Sans même mentionner la liberté de la presse ou l’indépendance éditoriale des maisons qui se trouveraient ainsi réunies dans ce mégagroupe… A ces questions, nous répondons non.

 

Plus encore que l’intuition féminine, notre expérience partagée d’éditrices indépendantes – nous fêtons, cette année, nos 20, 30 et 40 ans de métier – nous autorise à le déclarer haut et fort : une telle fusion affaiblirait considérablement la richesse, la diversité et le dynamisme du paysage éditorial français. Notre métier s’articule entre artisanat et industrie. Ce mégagroupe, tel qu’il se dessine aujourd’hui, romprait totalement l’équilibre du marché et mettrait en péril toute l’édition indépendante, car les répercussions d’une concentration jamais atteinte à ce jour, par sa taille et son ampleur, se feraient sentir sur l’ensemble de la chaîne du livre.Actuellement, les éditeurs indépendants sous-traitent leur diffusion-distribution à des entités tierces qui assurent leur présence sur le marché. Nous avons, aujourd’hui encore, le choix entre des interlocuteurs divers, ce qui nous permet de négocier nos contrats. Le projet d’acquisition réunirait, au sein d’une seule entité, les plates-formes de diffusion et de distribution d’Hachette et d’Editis, qui représenteraient plus de 50 % du marché. Quant à l’accès aux plus petits points de vente, il serait de facto à 100 % entre les mains du nouveau mégagroupe, une situation de monopole néfaste aussi bien pour les éditeurs que pour ces plus petits points de vente.

Côté librairies, ce mégagroupe représenterait 59 % de part de marché en littérature générale, 65 % en poche et 83 % en parascolaire, selon la société d’évaluation GfK, sans parler de son poids dans les meilleures ventes. Les librairies se trouveraient, dès lors, confrontées à une pression considérable de ce géant, qui tenterait forcément de leur dicter ses conditions : des remises moindres, privilégiant le quantitatif au qualitatif. En somme, tout le contraire de la loi Lang [de 1981, relative au prix du livre], qui rémunère d’abord l’aspect qualitatif du travail des libraires, notamment leurs conseils et leurs lectures – un travail chronophage qui permet à la diversité éditoriale d’exister. Cette pression serait délétère.

Bolloré et Zemmour : Le phénomène médiatique s’est dégonflé

 Bolloré et Zemmour : Le phénomène médiatique s’est dégonflé

 

Dans son traitement, la campagne présidentielle a été marquée par une surreprésentation des idées d’extrême droite et des télévisions et radios dépendantes du pouvoir politique, estime l’historien du journalisme dans une tribune au « Monde ».

 

 

 

Au soir du premier tour, dans l’heure précédant l’annonce des résultats, CNews a donné l’impression de vouloir manifester une dernière fois son soutien à Eric Zemmour. Aux côtés de Laurence Ferrari étaient en effet rassemblés Louis de Raguenel, Alexandre Devecchio, Eugénie Bastié, Mathieu Bock-Côté et Charlotte d’Ornellas. Les rédactions de CNews et d’Europe 1 avaient ainsi réuni une partie des journalistes qui, malgré son effondrement dans les sondages, ont défendu jusqu’au bout le polémiste d’extrême droite. Rien d’étonnant dès lors à ce que l’ambiance du plateau ait pris des airs de veillée funèbre devant l’imminence de la défaite. Comme mu par un élan de nostalgie, Mathieu Bock-Côté a préféré s’attarder sur la fin de l’année 2021 en rappelant que « la campagne a eu lieu avant la campagne », avec l’émergence de la « surprise Zemmour », avant de s’éteindre au cours des mois suivants.

Le dépit de ces figures de la presse néoréactionnaire ne doit cependant pas cacher l’essentiel : même s’ils ont échoué dans les urnes, Bolloré et Zemmour ont bel et bien gagné une bataille médiatique. A force de marteler les mêmes termes sur CNews ou sur Europe 1, les journalistes de la droite radicale ont réussi à imposer un vocabulaire, des idées et un imaginaire xénophobes. En témoigne le succès de l’expression « grand remplacement », théorie complotiste qui a fini par être reprise non seulement par les autres médias mais par plusieurs candidats à l’élection présidentielle. Les idées vantées sur CNews ont par ailleurs été représentées au second tour à travers la candidature de Marine Le Pen, qui a obtenu à cette occasion un score inédit pour l’extrême droite.

Bien sûr, la présidente du Rassemblement national a été attaquée pendant des mois sur les antennes du groupe Bolloré, où elle a été décrite comme une femme de gauche trop timorée pour être crédible et comme une dirigeante trop isolée pour être élue. Mais ce discours aura eu un effet paradoxal, celui de recentrer Marine Le Pen et de la délester de la radicalité désormais associée à Eric Zemmour. Les éditorialistes de CNews l’auront ainsi rendue sympathique dans le geste même qui avait pour but de la délégitimer.

Le combat culturel et politique mené par le groupe Bolloré a donc en partie été remporté. Mais comment expliquer l’attitude des médias audiovisuels et d’une partie de la presse écrite, qui ont eux aussi participé à la fabrication du phénomène Zemmour ? Dès la fin de l’été 2021, alors que l’éditorialiste de CNews n’était encore crédité que de quelques points dans les sondages, les chaînes de télévision et les radios ont ainsi donné un écho disproportionné à ses moindres faits et gestes.

Société-Bolloré et médias, la dérive démocratique

Société-Bolloré et médias, la dérive démocratique

 

 

Ce qu’il a entrepris dans le domaine de l’information (déjà Canal +, CNews ou Prisma Media, et Europe 1, Le Journal du dimanche, Paris Match sur lesquels il a commencé d’imprimer sa « patte ») constituait déjà un gisement d’inquiétudes. Ce qu’il prépare dans le secteur de l’édition – résultant de l’OPA qu’il mène sur le groupe Lagardère propriétaire de Hachette – semble moins spectaculaire aux yeux de l’opinion ; or les effets industriels, intellectuels, éthiques, ne s’annoncent pas moins préoccupants. Le raid de Vincent Bolloré constitue une menace pour la salubrité du débat d’idées, qu’il soit public (dans le cas des médias) ou intime (dans celui de l’édition d’essais et de fiction). Et donc un risque démocratique. 

C’est l’histoire d’un essayiste aguerri qui compose son premier roman. Nommons-le Pierre. Il le sait, dénicher un éditeur dans une discipline où il est novice ne sera pas un long fleuve tranquille, et même davantage : il s’engage dans un parcours du combattant à l’issue très incertaine, tant les embuches s’amoncellent dès la ligne de départ. Comment faire exister un manuscrit parmi les 2.000 à 4.000 réceptionnés chaque année par des maisons qui n’en sélectionnent, au final, qu’une à quelques poignées ? Et dans ces conditions, comment espérer qu’il rencontre la sensibilité d’une femme ou d’un homme qui l’aura miraculeusement pioché dans la pile avant de le transmettre au comité ad hoc chargé de lire puis d’élire ? La (petite) notoriété, les (solides) réseaux, la foi immarcescible de l’auteur suffiront-elles ? Non, il en est conscient, et le facteur chance, par nature imprévisible, devrait constituer l’arbitre final. Final, vraiment ? Pas tout à fait.

Lorsqu’il pense avoir triomphé des obstacles les plus aigus et que ses pérégrinations semblent proches d’aboutir, voilà que Pierre se confronte à d’autres écueils, ceux-là tout à fait imprévus. Chez telle prestigieuse enseigne, après avoir franchi avec succès le seuil le plus délicat, il s’entend signifier qu’il est trop âgé, la décision ultime privilégiant un « auteur plus jeune » qui générera un plus sûr retour sur investissement. Dans telle autre grande maison, le retour enthousiaste du sommet de la pyramide passant le relais à une collaboratrice promet la lumière ; peine perdue, les « équipes commerciales préfèrent renoncer, faute de savoir comment traiter cet « alien » ». Ici, la détermination de l’auteur de rester imperméable aux réseaux sociaux est jugée rédhibitoire « puisqu’aujourd’hui sans stratégie Instagram, Twitter, Facebook, impossible de lancer un livre ». Là, le comité de lecture estime le texte « trop sombre » pour être populaire. Le pire peut-être, introduit par différents interlocuteurs sans relation entre eux : « Il faudrait revoir l’organisation du texte, afin que l’intrigue surgisse dans les quinze premières pages. C’est une règle : au-delà, on perd le lecteur », synthétise, en substance, l’un d’eux. « Mais vous avez conscience que la première partie est volontairement étirée, lente, descriptive, pour donner à l’irruption puis au développement de l’intrigue conclue dans l’épilogue, sa force psychologique, son mystère, sa dramaturgie ? », se défend l’auteur. « Bien sûr. Vous avez raison. Malheureusement, ce qui tranche au final, c’est la loi du marketing ».

Médias et Vincent Bolloré: La menace démocratique

Médias  et Vincent Bolloré: La menace  démocratique

 

Ce qu’il a entrepris dans le domaine de l’information (déjà Canal +, CNews ou Prisma Media, et Europe 1, Le Journal du dimanche, Paris Match sur lesquels il a commencé d’imprimer sa « patte ») constituait déjà un gisement d’inquiétudes. Ce qu’il prépare dans le secteur de l’édition – résultant de l’OPA qu’il mène sur le groupe Lagardère propriétaire de Hachette – semble moins spectaculaire aux yeux de l’opinion ; or les effets industriels, intellectuels, éthiques, ne s’annoncent pas moins préoccupants. Le raid de Vincent Bolloré constitue une menace pour la salubrité du débat d’idées, qu’il soit public (dans le cas des médias) ou intime (dans celui de l’édition d’essais et de fiction). Et donc un risque démocratique. Au Festival du livre de Paris (22 – 24 avril), le sujet sera dans toutes les bouches.( papier de « la Tribune »)

C’est l’histoire d’un essayiste aguerri qui compose son premier roman. Nommons-le Pierre. Il le sait, dénicher un éditeur dans une discipline où il est novice ne sera pas un long fleuve tranquille, et même davantage : il s’engage dans un parcours du combattant à l’issue très incertaine, tant les embuches s’amoncellent dès la ligne de départ. Comment faire exister un manuscrit parmi les 2.000 à 4.000 réceptionnés chaque année par des maisons qui n’en sélectionnent, au final, qu’une à quelques poignées ? Et dans ces conditions, comment espérer qu’il rencontre la sensibilité d’une femme ou d’un homme qui l’aura miraculeusement pioché dans la pile avant de le transmettre au comité ad hoc chargé de lire puis d’élire ? La (petite) notoriété, les (solides) réseaux, la foi immarcescible de l’auteur suffiront-elles ? Non, il en est conscient, et le facteur chance, par nature imprévisible, devrait constituer l’arbitre final. Final, vraiment ? Pas tout à fait.

Lorsqu’il pense avoir triomphé des obstacles les plus aigus et que ses pérégrinations semblent proches d’aboutir, voilà que Pierre se confronte à d’autres écueils, ceux-là tout à fait imprévus. Chez telle prestigieuse enseigne, après avoir franchi avec succès le seuil le plus délicat, il s’entend signifier qu’il est trop âgé, la décision ultime privilégiant un « auteur plus jeune » qui générera un plus sûr retour sur investissement. Dans telle autre grande maison, le retour enthousiaste du sommet de la pyramide passant le relais à une collaboratrice promet la lumière ; peine perdue, les « équipes commerciales préfèrent renoncer, faute de savoir comment traiter cet « alien » ». Ici, la détermination de l’auteur de rester imperméable aux réseaux sociaux est jugée rédhibitoire « puisqu’aujourd’hui sans stratégie Instagram, Twitter, Facebook, impossible de lancer un livre ». Là, le comité de lecture estime le texte « trop sombre » pour être populaire. Le pire peut-être, introduit par différents interlocuteurs sans relation entre eux : « Il faudrait revoir l’organisation du texte, afin que l’intrigue surgisse dans les quinze premières pages. C’est une règle : au-delà, on perd le lecteur », synthétise, en substance, l’un d’eux. « Mais vous avez conscience que la première partie est volontairement étirée, lente, descriptive, pour donner à l’irruption puis au développement de l’intrigue conclue dans l’épilogue, sa force psychologique, son mystère, sa dramaturgie ? », se défend l’auteur. « Bien sûr. Vous avez raison. Malheureusement, ce qui tranche au final, c’est la loi du marketing ».

 

Médias et Vincent Bolloré: La dérive démocratique

Médias  et Vincent Bolloré: La dérive démocratique

 

Ce qu’il a entrepris dans le domaine de l’information (déjà Canal +, CNews ou Prisma Media, et Europe 1, Le Journal du dimanche, Paris Match sur lesquels il a commencé d’imprimer sa « patte ») constituait déjà un gisement d’inquiétudes. Ce qu’il prépare dans le secteur de l’édition – résultant de l’OPA qu’il mène sur le groupe Lagardère propriétaire de Hachette – semble moins spectaculaire aux yeux de l’opinion ; or les effets industriels, intellectuels, éthiques, ne s’annoncent pas moins préoccupants. Le raid de Vincent Bolloré constitue une menace pour la salubrité du débat d’idées, qu’il soit public (dans le cas des médias) ou intime (dans celui de l’édition d’essais et de fiction). Et donc un risque démocratique. Au Festival du livre de Paris (22 – 24 avril), le sujet sera dans toutes les bouches.( papier de « la Tribune »)

C’est l’histoire d’un essayiste aguerri qui compose son premier roman. Nommons-le Pierre. Il le sait, dénicher un éditeur dans une discipline où il est novice ne sera pas un long fleuve tranquille, et même davantage : il s’engage dans un parcours du combattant à l’issue très incertaine, tant les embuches s’amoncellent dès la ligne de départ. Comment faire exister un manuscrit parmi les 2.000 à 4.000 réceptionnés chaque année par des maisons qui n’en sélectionnent, au final, qu’une à quelques poignées ? Et dans ces conditions, comment espérer qu’il rencontre la sensibilité d’une femme ou d’un homme qui l’aura miraculeusement pioché dans la pile avant de le transmettre au comité ad hoc chargé de lire puis d’élire ? La (petite) notoriété, les (solides) réseaux, la foi immarcescible de l’auteur suffiront-elles ? Non, il en est conscient, et le facteur chance, par nature imprévisible, devrait constituer l’arbitre final. Final, vraiment ? Pas tout à fait.

Lorsqu’il pense avoir triomphé des obstacles les plus aigus et que ses pérégrinations semblent proches d’aboutir, voilà que Pierre se confronte à d’autres écueils, ceux-là tout à fait imprévus. Chez telle prestigieuse enseigne, après avoir franchi avec succès le seuil le plus délicat, il s’entend signifier qu’il est trop âgé, la décision ultime privilégiant un « auteur plus jeune » qui générera un plus sûr retour sur investissement. Dans telle autre grande maison, le retour enthousiaste du sommet de la pyramide passant le relais à une collaboratrice promet la lumière ; peine perdue, les « équipes commerciales préfèrent renoncer, faute de savoir comment traiter cet « alien » ». Ici, la détermination de l’auteur de rester imperméable aux réseaux sociaux est jugée rédhibitoire « puisqu’aujourd’hui sans stratégie Instagram, Twitter, Facebook, impossible de lancer un livre ». Là, le comité de lecture estime le texte « trop sombre » pour être populaire. Le pire peut-être, introduit par différents interlocuteurs sans relation entre eux : « Il faudrait revoir l’organisation du texte, afin que l’intrigue surgisse dans les quinze premières pages. C’est une règle : au-delà, on perd le lecteur », synthétise, en substance, l’un d’eux. « Mais vous avez conscience que la première partie est volontairement étirée, lente, descriptive, pour donner à l’irruption puis au développement de l’intrigue conclue dans l’épilogue, sa force psychologique, son mystère, sa dramaturgie ? », se défend l’auteur. « Bien sûr. Vous avez raison. Malheureusement, ce qui tranche au final, c’est la loi du marketing ».

 

Médias: Bolloré et les financiers menacent la démocratie

 Médias: Bolloré et les financiers menacent  la démocratie

La concentration des médias aujourd’hui à l’œuvre en France menace le pluralisme constitutif de la démocratie. Elle réactive des enjeux soulevés dès la IIIᵉ République. Par Nicolas Kaciaf, Sciences Po Lille

 

 

Depuis le 24 novembre 2021, le Sénat dispose d’une commission d’enquête sur la concentration des médias. D’après les mots de son président, le sénateur centriste Laurent Lafon, celle-ci ne vise pas à « dénoncer le comportement ou la stratégie de tel ou tel acteur » mais à « comprendre le nouveau paysage qui se dessine ».

Son objet est avant tout d’« interroger la pertinence » d’une législation établie en 1986 (loi relative à la liberté de communication, dite loi Léotard) et dont le volet « anti-concentration » (défini dans son article 39) n’a été que partiellement modifié, malgré les profondes transformations de l’écosystème médiatique.

Les travaux de cette commission ont pu bénéficier d’une certaine exposition médiatique, en raison de l’audition des principaux propriétaires de groupes médiatiques, et notamment celle de Vincent Bolloré le 16 janvier.

Principal actionnaire du groupe Vivendi, il étend son empire médiatique depuis le lancement de la chaîne Direct 8 en 2005.

L’industriel suscite de légitimes inquiétudes quant à cette mainmise croissante sur l’information, au regard de la « droitisation » des orientations éditoriales, de la mise au pas des rédactions et de la multiplication des procédures visant à faire taire les investigations journalistiques à son encontre.

Plus que les autres démocraties libérales, la France connaît une situation paradoxale. D’un côté, le numérique a rendu possible une démultiplication sans précédent de l’offre de médias et de contenus, au point d’engendrer une situation d’« hyperconcurrence » pour l’attention des publics et leur monétisation.

De l’autre, le capital des principaux médias privés d’information, écrits comme audiovisuels, nationaux comme locaux, est concentré entre les mains d’une trentaine d’actionnaires dont certains figurent parmi les principales fortunes du pays (Bernard Arnault, Patrick Drahi, Xavier Niel, François Pinault, Daniel Kretinski, Martin Bouygues, famille Dassault, etc.).

Ainsi, tandis que la soixantaine de quotidiens régionaux appartiennent à six principaux groupes (Sipa Ouest-France, EBRA, Rossel, Centre France, Sud-Ouest et La Dépêche), les dix-neuf chaînes privées de la télévision numérique terrestre sont la propriété d’à peine six acteurs (Altice, TF1, M6, Canal+, NRJ Group, Amaury) qui ne seront plus que cinq en raison de la fusion programmée entre les groupes TF1 et M6.

À ce panorama succinct, il faut ajouter les processus de concentration entrepris à l’échelle mondiale sur les autres branches du nouvel écosystème médiatique. Qu’il s’agisse des fournisseurs d’accès à Internet (Orange, Free, SFR…), des « infomédiaires » (Google, Facebook, Twitter…) ou des plates-formes de streaming (Netflix, Amazon, Disney+), chaque couche de ce vaste secteur est dominée par des entreprises en situation de monopole ou d’oligopole qui accaparent l’essentiel des revenus issus des usagers eux-mêmes ou des annonceurs.

Pour justifier la fusion entre les groupes TF1 et M6 ou le rachat par Vivendi du pôle « médias » du groupe Lagardère (Europe 1, Paris-MatchLe Journal du dimanche), les dirigeants des entreprises médiatiques mobilisent un argumentaire récurrent depuis quatre décennies : la France doit disposer de « champions » nationaux pour faire face à la concurrence « déloyale » des firmes étrangères, garantir la qualité de l’information (face aux fake news qui circuleraient par le biais des réseaux socionumériques états-uniens) et préserver l’« exception culturelle » hexagonale (à travers notamment les règles de financement du cinéma français).

Cet argumentaire n’explique cependant pas cette singularité du capitalisme médiatique français : impliquer des investisseurs issus d’autres branches industrielles et financières (logistique, luxe, banque, armement, BTP, télécommunication, etc.), et pour qui les activités médiatiques ne constituent pas l’essentiel de leurs chiffres d’affaires.

Pourquoi s’engagent-ils alors dans un secteur économiquement fragilisé face à la dispersion des audiences et la reconfiguration profonde de l’environnement technologique et des usages ?

Si l’on excepte les récents travaux de Julie Sedel qui a entrepris une précieuse sociologie des patrons de médias, la recherche universitaire manque de données de première main pour restituer finement les motivations à l’origine de ces rachats.

Différents indices montrent cependant à quel point l’accaparement des entreprises médiatiques ne relève pas seulement de logiques marchandes.

Elle participe aussi d’une ambition de peser (au moins indirectement) sur les débats publics et de servir les intérêts des autres branches de leurs groupes respectifs. Comment ? En s’érigeant en interlocuteurs privilégiés d’acteurs politiques dont les carrières sont partiellement conditionnées par leur visibilité médiatique.

Parmi les exemples les plus notoires, on se souvient des liens nourris que Nicolas Sarkozy pouvait entretenir avec Arnaud Lagardère, qu’il désignait comme « son frère », ou avec Martin Bouygues, témoin de son mariage et parrain de son fils.

Bien que ces derniers aient toujours revendiqué l’absence de pression sur les orientations éditoriales de leurs médias respectifs, la sociologie du journalisme a pu montrer qu’il n’est nul besoin qu’un propriétaire intervienne directement sur les contenus pour que les rédactions en chef évacuent toute information susceptible de déplaire à leurs actionnaires.

Cette concentration des principaux médias privés dans les mains d’une oligarchie industrielle et financière est cependant loin d’être une problématique nouvelle. Sous la IIIe République déjà, l’accaparement de nombreux journaux par les « puissances d’argent » a constitué un enjeu majeur des affrontements politiques.

Si la loi sur la liberté de presse de 1881 a permis la libre expression des opinions par voie de presse, les législateurs n’ont pas interrogé les conditions économiques susceptibles de garantir l’effectivité du pluralisme médiatique.

Strictement régi par le jeu de l’offre et de la demande, le marché des journaux est alors entré dans une dynamique de massification de l’audience globale de la presse, favorisant les titres « populaires » et bon marché, détenus par les milieux d’affaires.

Au tournant du siècle, quatre quotidiens parisiens (Le Petit JournalLe Petit ParisienLe MatinLe Journal) dominent outrageusement la diffusion, cependant que l’agence Havas dispose d’un quasi-monopole sur les activités de courtage publicitaire et les Messageries Hachette contrôle une large part des réseaux de distribution.

Au cours de l’entre-deux-guerres, différents projets de régulation du marché de la presse voient le jour, face à la multiplication des scandales mettant en cause les relations entre la presse et « l’argent ». Le rachat du Figaro en 1922 par l’industriel du parfum acquis aux idées mussoliniennes, François Coty, puis celui du Temps en 1929 par François de Wendel, président du Comité des Forges, accréditent l’image d’une presse mise au service des intérêts patronaux.

C’est dans ce contexte, ici grossièrement résumé, que les pouvoirs publics ont octroyé aux journalistes professionnels un statut reconnaissant l’importance de leur rôle dans les régimes démocratiques. En créant les principes de « clause de conscience » et de « clause de cession » pour amoindrir la dépendance des journalistes vis-à-vis des velléités propagandaires des patrons de presse, la loi Brachard de 1935 visait à renforcer la crédibilité des journaux.

Selon les mots du rapport accompagnant la loi, leur contenu ne devrait ainsi être confié qu’aux « mains expérimentés des professionnels », soumis à une déontologie propre et désormais identifiables par leur carte de presse.

La Seconde Guerre Mondiale a contribué à accélérer ce processus de transformations d’un secteur dont les titres les plus commerciaux s’étaient compromis avec l’occupant.

Prenant appui notamment sur la « Déclaration des droits et des devoirs de la presse libre » élaborée dans la clandestinité et posant le principe que « la presse n’est pas un instrument de profit commercial », différentes ordonnances édictées à la Libération visaient à réformer les règles relatives à la propriété des journaux, à lutter contre la concentration et à octroyer un rôle inédit à l’État pour encadrer et réguler une activité désormais définie comme « service public » ou, du moins, au service du public.

Au-delà du monopole d’État sur l’audiovisuel, l’ordonnance du 26 août 1944 exigeait notamment la transparence dans le capital du journal, l’interdiction pour un même actionnaire de posséder plus d’un quotidien ainsi que l’impossibilité, pour le directeur d’un journal, d’exercer une fonction industrielle ou commerciale fournissant l’essentiel de ses revenus.

Face aux difficultés financières rencontrées par ce que l’historien Patrick Eveno a qualifié de « presse sans capitaux » (de 33 quotidiens nationaux publiés en 1946, il n’en restait plus que 13 en 1954), ce cadre légal a été progressivement assoupli, voire ouvertement contourné, à l’image du puissant groupe constitué par Robert Hersant à partir de 1950.

Mais c’est au cours des années 1980 que l’ouverture du capital des médias aux « capitaines d’industrie » s’accélère, à travers la constitution de groupes pluri-médias. Enclenchée en 1982, la libéralisation de l’audiovisuel s’est accompagnée d’un dispositif légal fixant des « seuils anti-concentration » (loi Léotard de 1986) et de la création d’une autorité administrative indépendante chargée d’attribuer les fréquences nouvellement créées aux entrepreneurs privées, de définir leur cahier des charges et de veiller au respect du cadre légal (le Conseil supérieur de l’audiovisuel devenu ARCOM en janvier 2022).

Cependant, comme l’a récemment rappelé Laurent Mauduit, cette dynamique d’attribution des fréquences radiophoniques et surtout télévisuelles a été marquée par d’intenses arrangements entre acteurs politiques et dirigeants de groupes privés, ainsi que par la passivité des responsables successifs du CSA face aux manquements répétés de certaines chaînes privées vis-à-vis de leurs obligations légales.

Si l’on excepte les quelques médias qui appartiennent à leurs journalistes ou ceux dont la gouvernance garantit l’autonomie de la rédaction (MediapartLe Canard enchaînéLe Monde, etc.), les entreprises médiatiques françaises, et en particulier les groupes audiovisuels, restent dominées par des acteurs positionnés au sommet de la hiérarchie sociale et qui ont un intérêt direct à peser sur les orientations politiques et économiques du pays.

De récentes crises sociales (« gilets jaunes »), sanitaires (Covid) et internationales (guerre en Ukraine) ont pourtant rappelé à quel point les affrontements politiques s’accompagnent toujours de batailles informationnelles qui mettent en tension les exigences de pluralisme des opinions et de respect de la véracité des faits.

Face à la polarisation exacerbée du débat public, les régimes démocratiques doivent ainsi, plus que jamais, disposer de rédactions autonomes vis-à-vis des forces en présence et notamment des plus puissantes d’entre elles, sur un plan financier et communicationnel.

Mais fabriquer un journalisme de qualité a un coût que la dispersion des audiences face à la surabondance de l’offre de contenus parvient, plus difficilement qu’autrefois, à compenser. Dans ces conditions, les fragilités économiques rencontrées par de nombreux médias d’information ont rendu possible les dynamiques de regroupement de leur capital dans un nombre plus limité de mains.

Face à cette situation problématique pour la salubrité du débat public, il faut se pencher sur les récentes suggestions de Julia Cagé et Benoît Huet et imaginer de nouveaux dispositifs légaux pour « refonder la propriété des médias » : renforcement des dispositifs anti-concentration, modification de la gouvernance des entreprises médiatiques pour mieux protéger les rédactions de la tutelle actionnariale, incitation des pouvoirs publics au financement participatif pour diversifier l’origine des capitaux médiatiques, etc.

Les premiers éléments du programme d’Emmanuel Macron, à qui les sondages accordent de très fortes chances de réélection, ne laissent cependant pas présager d’ambitions réformatrices sur ce point. Au contraire, c’est à l’encontre des médias publics et de leur financement que se sont pour l’heure concentrées les propositions du candidat. En suggérant le 7 mars de remplacer la redevance par l’impôt (et par conséquent par une négociation budgétaire entre responsables de l’exécutif et dirigeants des entreprises publiques), Emmanuel Macron laisse entrevoir la possibilité d’une emprise plus prononcée du pouvoir politique sur le service public de l’audiovisuel.

C’est pourtant ce même service public qui échappe aux logiques commerciales et à la satisfaction d’intérêts capitalistiques qui gouvernent nombre de médias privés.

_______

Par Nicolas Kaciaf, Maître de conférences en science politique, spécialiste des médias, Sciences Po Lille.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Concentration des médias: Bolloré et les financiers menacent la démocratie

Concentration des médias: Bolloré et les financiers menacent  la démocratie

La concentration des médias aujourd’hui à l’œuvre en France menace le pluralisme constitutif de la démocratie. Elle réactive des enjeux soulevés dès la IIIᵉ République. Par Nicolas Kaciaf, Sciences Po Lille

 

 

Depuis le 24 novembre 2021, le Sénat dispose d’une commission d’enquête sur la concentration des médias. D’après les mots de son président, le sénateur centriste Laurent Lafon, celle-ci ne vise pas à « dénoncer le comportement ou la stratégie de tel ou tel acteur » mais à « comprendre le nouveau paysage qui se dessine ».

Son objet est avant tout d’« interroger la pertinence » d’une législation établie en 1986 (loi relative à la liberté de communication, dite loi Léotard) et dont le volet « anti-concentration » (défini dans son article 39) n’a été que partiellement modifié, malgré les profondes transformations de l’écosystème médiatique.

Les travaux de cette commission ont pu bénéficier d’une certaine exposition médiatique, en raison de l’audition des principaux propriétaires de groupes médiatiques, et notamment celle de Vincent Bolloré le 16 janvier.

Principal actionnaire du groupe Vivendi, il étend son empire médiatique depuis le lancement de la chaîne Direct 8 en 2005.

L’industriel suscite de légitimes inquiétudes quant à cette mainmise croissante sur l’information, au regard de la « droitisation » des orientations éditoriales, de la mise au pas des rédactions et de la multiplication des procédures visant à faire taire les investigations journalistiques à son encontre.

Plus que les autres démocraties libérales, la France connaît une situation paradoxale. D’un côté, le numérique a rendu possible une démultiplication sans précédent de l’offre de médias et de contenus, au point d’engendrer une situation d’« hyperconcurrence » pour l’attention des publics et leur monétisation.

De l’autre, le capital des principaux médias privés d’information, écrits comme audiovisuels, nationaux comme locaux, est concentré entre les mains d’une trentaine d’actionnaires dont certains figurent parmi les principales fortunes du pays (Bernard Arnault, Patrick Drahi, Xavier Niel, François Pinault, Daniel Kretinski, Martin Bouygues, famille Dassault, etc.).

Ainsi, tandis que la soixantaine de quotidiens régionaux appartiennent à six principaux groupes (Sipa Ouest-France, EBRA, Rossel, Centre France, Sud-Ouest et La Dépêche), les dix-neuf chaînes privées de la télévision numérique terrestre sont la propriété d’à peine six acteurs (Altice, TF1, M6, Canal+, NRJ Group, Amaury) qui ne seront plus que cinq en raison de la fusion programmée entre les groupes TF1 et M6.

À ce panorama succinct, il faut ajouter les processus de concentration entrepris à l’échelle mondiale sur les autres branches du nouvel écosystème médiatique. Qu’il s’agisse des fournisseurs d’accès à Internet (Orange, Free, SFR…), des « infomédiaires » (Google, Facebook, Twitter…) ou des plates-formes de streaming (Netflix, Amazon, Disney+), chaque couche de ce vaste secteur est dominée par des entreprises en situation de monopole ou d’oligopole qui accaparent l’essentiel des revenus issus des usagers eux-mêmes ou des annonceurs.

Pour justifier la fusion entre les groupes TF1 et M6 ou le rachat par Vivendi du pôle « médias » du groupe Lagardère (Europe 1, Paris-MatchLe Journal du dimanche), les dirigeants des entreprises médiatiques mobilisent un argumentaire récurrent depuis quatre décennies : la France doit disposer de « champions » nationaux pour faire face à la concurrence « déloyale » des firmes étrangères, garantir la qualité de l’information (face aux fake news qui circuleraient par le biais des réseaux socionumériques états-uniens) et préserver l’« exception culturelle » hexagonale (à travers notamment les règles de financement du cinéma français).

Cet argumentaire n’explique cependant pas cette singularité du capitalisme médiatique français : impliquer des investisseurs issus d’autres branches industrielles et financières (logistique, luxe, banque, armement, BTP, télécommunication, etc.), et pour qui les activités médiatiques ne constituent pas l’essentiel de leurs chiffres d’affaires.

Pourquoi s’engagent-ils alors dans un secteur économiquement fragilisé face à la dispersion des audiences et la reconfiguration profonde de l’environnement technologique et des usages ?

Si l’on excepte les récents travaux de Julie Sedel qui a entrepris une précieuse sociologie des patrons de médias, la recherche universitaire manque de données de première main pour restituer finement les motivations à l’origine de ces rachats.

Différents indices montrent cependant à quel point l’accaparement des entreprises médiatiques ne relève pas seulement de logiques marchandes.

Elle participe aussi d’une ambition de peser (au moins indirectement) sur les débats publics et de servir les intérêts des autres branches de leurs groupes respectifs. Comment ? En s’érigeant en interlocuteurs privilégiés d’acteurs politiques dont les carrières sont partiellement conditionnées par leur visibilité médiatique.

Parmi les exemples les plus notoires, on se souvient des liens nourris que Nicolas Sarkozy pouvait entretenir avec Arnaud Lagardère, qu’il désignait comme « son frère », ou avec Martin Bouygues, témoin de son mariage et parrain de son fils.

Bien que ces derniers aient toujours revendiqué l’absence de pression sur les orientations éditoriales de leurs médias respectifs, la sociologie du journalisme a pu montrer qu’il n’est nul besoin qu’un propriétaire intervienne directement sur les contenus pour que les rédactions en chef évacuent toute information susceptible de déplaire à leurs actionnaires.

Cette concentration des principaux médias privés dans les mains d’une oligarchie industrielle et financière est cependant loin d’être une problématique nouvelle. Sous la IIIe République déjà, l’accaparement de nombreux journaux par les « puissances d’argent » a constitué un enjeu majeur des affrontements politiques.

Si la loi sur la liberté de presse de 1881 a permis la libre expression des opinions par voie de presse, les législateurs n’ont pas interrogé les conditions économiques susceptibles de garantir l’effectivité du pluralisme médiatique.

Strictement régi par le jeu de l’offre et de la demande, le marché des journaux est alors entré dans une dynamique de massification de l’audience globale de la presse, favorisant les titres « populaires » et bon marché, détenus par les milieux d’affaires.

Au tournant du siècle, quatre quotidiens parisiens (Le Petit JournalLe Petit ParisienLe MatinLe Journal) dominent outrageusement la diffusion, cependant que l’agence Havas dispose d’un quasi-monopole sur les activités de courtage publicitaire et les Messageries Hachette contrôle une large part des réseaux de distribution.

Au cours de l’entre-deux-guerres, différents projets de régulation du marché de la presse voient le jour, face à la multiplication des scandales mettant en cause les relations entre la presse et « l’argent ». Le rachat du Figaro en 1922 par l’industriel du parfum acquis aux idées mussoliniennes, François Coty, puis celui du Temps en 1929 par François de Wendel, président du Comité des Forges, accréditent l’image d’une presse mise au service des intérêts patronaux.

C’est dans ce contexte, ici grossièrement résumé, que les pouvoirs publics ont octroyé aux journalistes professionnels un statut reconnaissant l’importance de leur rôle dans les régimes démocratiques. En créant les principes de « clause de conscience » et de « clause de cession » pour amoindrir la dépendance des journalistes vis-à-vis des velléités propagandaires des patrons de presse, la loi Brachard de 1935 visait à renforcer la crédibilité des journaux.

Selon les mots du rapport accompagnant la loi, leur contenu ne devrait ainsi être confié qu’aux « mains expérimentés des professionnels », soumis à une déontologie propre et désormais identifiables par leur carte de presse.

La Seconde Guerre Mondiale a contribué à accélérer ce processus de transformations d’un secteur dont les titres les plus commerciaux s’étaient compromis avec l’occupant.

Prenant appui notamment sur la « Déclaration des droits et des devoirs de la presse libre » élaborée dans la clandestinité et posant le principe que « la presse n’est pas un instrument de profit commercial », différentes ordonnances édictées à la Libération visaient à réformer les règles relatives à la propriété des journaux, à lutter contre la concentration et à octroyer un rôle inédit à l’État pour encadrer et réguler une activité désormais définie comme « service public » ou, du moins, au service du public.

Au-delà du monopole d’État sur l’audiovisuel, l’ordonnance du 26 août 1944 exigeait notamment la transparence dans le capital du journal, l’interdiction pour un même actionnaire de posséder plus d’un quotidien ainsi que l’impossibilité, pour le directeur d’un journal, d’exercer une fonction industrielle ou commerciale fournissant l’essentiel de ses revenus.

Face aux difficultés financières rencontrées par ce que l’historien Patrick Eveno a qualifié de « presse sans capitaux » (de 33 quotidiens nationaux publiés en 1946, il n’en restait plus que 13 en 1954), ce cadre légal a été progressivement assoupli, voire ouvertement contourné, à l’image du puissant groupe constitué par Robert Hersant à partir de 1950.

Mais c’est au cours des années 1980 que l’ouverture du capital des médias aux « capitaines d’industrie » s’accélère, à travers la constitution de groupes pluri-médias. Enclenchée en 1982, la libéralisation de l’audiovisuel s’est accompagnée d’un dispositif légal fixant des « seuils anti-concentration » (loi Léotard de 1986) et de la création d’une autorité administrative indépendante chargée d’attribuer les fréquences nouvellement créées aux entrepreneurs privées, de définir leur cahier des charges et de veiller au respect du cadre légal (le Conseil supérieur de l’audiovisuel devenu ARCOM en janvier 2022).

Cependant, comme l’a récemment rappelé Laurent Mauduit, cette dynamique d’attribution des fréquences radiophoniques et surtout télévisuelles a été marquée par d’intenses arrangements entre acteurs politiques et dirigeants de groupes privés, ainsi que par la passivité des responsables successifs du CSA face aux manquements répétés de certaines chaînes privées vis-à-vis de leurs obligations légales.

Si l’on excepte les quelques médias qui appartiennent à leurs journalistes ou ceux dont la gouvernance garantit l’autonomie de la rédaction (MediapartLe Canard enchaînéLe Monde, etc.), les entreprises médiatiques françaises, et en particulier les groupes audiovisuels, restent dominées par des acteurs positionnés au sommet de la hiérarchie sociale et qui ont un intérêt direct à peser sur les orientations politiques et économiques du pays.

De récentes crises sociales (« gilets jaunes »), sanitaires (Covid) et internationales (guerre en Ukraine) ont pourtant rappelé à quel point les affrontements politiques s’accompagnent toujours de batailles informationnelles qui mettent en tension les exigences de pluralisme des opinions et de respect de la véracité des faits.

Face à la polarisation exacerbée du débat public, les régimes démocratiques doivent ainsi, plus que jamais, disposer de rédactions autonomes vis-à-vis des forces en présence et notamment des plus puissantes d’entre elles, sur un plan financier et communicationnel.

Mais fabriquer un journalisme de qualité a un coût que la dispersion des audiences face à la surabondance de l’offre de contenus parvient, plus difficilement qu’autrefois, à compenser. Dans ces conditions, les fragilités économiques rencontrées par de nombreux médias d’information ont rendu possible les dynamiques de regroupement de leur capital dans un nombre plus limité de mains.

Face à cette situation problématique pour la salubrité du débat public, il faut se pencher sur les récentes suggestions de Julia Cagé et Benoît Huet et imaginer de nouveaux dispositifs légaux pour « refonder la propriété des médias » : renforcement des dispositifs anti-concentration, modification de la gouvernance des entreprises médiatiques pour mieux protéger les rédactions de la tutelle actionnariale, incitation des pouvoirs publics au financement participatif pour diversifier l’origine des capitaux médiatiques, etc.

Les premiers éléments du programme d’Emmanuel Macron, à qui les sondages accordent de très fortes chances de réélection, ne laissent cependant pas présager d’ambitions réformatrices sur ce point. Au contraire, c’est à l’encontre des médias publics et de leur financement que se sont pour l’heure concentrées les propositions du candidat. En suggérant le 7 mars de remplacer la redevance par l’impôt (et par conséquent par une négociation budgétaire entre responsables de l’exécutif et dirigeants des entreprises publiques), Emmanuel Macron laisse entrevoir la possibilité d’une emprise plus prononcée du pouvoir politique sur le service public de l’audiovisuel.

C’est pourtant ce même service public qui échappe aux logiques commerciales et à la satisfaction d’intérêts capitalistiques qui gouvernent nombre de médias privés.

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Par Nicolas Kaciaf, Maître de conférences en science politique, spécialiste des médias, Sciences Po Lille.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Bolloré, les médias et la pensée réactionnaire

Bolloré, les médias et la pensée réactionnaire

Zemmourisation de la politique et bollorisation des médias ne vont pas l’une sans l’autre et, pour comprendre le journaliste néo-maurrassien aux portes du second tour des présidentielles, il faut comprendre le parcours et les visées du corsaire de la finance.

Éric Zemmour a choisi de nommer sa maison d’(auto-)édition « Rubempré » depuis qu’Albin Michel, qui l’éditait, a fait défaut au candidat. Il se reconnaît sans doute dans ce parcours d’homme de lettres et de journaliste, en quête d’un titre et du pouvoir, la pairie ou un ministère sous la Restauration chez Balzac, la présidence de la République pour l’éditorialiste du Figaro. Mais tout Rubempré a son Vautrin, pour financer et soutenir sa trajectoire médiatique et politique. Nous parlons bien sûr ici de Vincent Bolloré, qui a littéralement installé Éric Zemmour dans le paysage politique français. Bien sûr, Éric Zemmour avait une carrière bien remplie, au Figaro, à RTL et sur le service public (On n’est pas couché), comme sniper et polémiste chargé de faire entendre une voix atypique, perçue alors comme minoritaire, et comme auteur à succès. Mais la surexposition dont il a joui sur CNews a marqué un passage à l’échelle supérieure dans son avènement, puisque lui a été ménagée, à un carrefour d’audience significatif, une heure quotidienne de libres propos dans un Face à l’info, où rien ne lui faisait face. De fait, il y occupait une position qui résiste mal à la définition de simple chroniqueur, puisqu’il était à la fois l’invité principal, le véritable maître des lieux et l’arbitre de tout ce qui se disait sur le plateau, servi par une Christine Kelly habile à lui tendre toutes les perches et sans véritable contradicteur. Il faut donc s’intéresser à celui qui tire les ficelles de cette montée en puissance, tel l’abbé Herrera qui, sur la route d’Angoulême, permit à Lucien de repartir à la conquête de Paris. Zemmourisation de la politique et bollorisation des médias ne vont pas l’une sans l’autre et, pour comprendre le journaliste juif et berbère néo-maurrassien aux portes du second tour des présidentielles, il faut comprendre le parcours et les visées du corsaire catholique et breton de la finance.

Surpuissance médiatique

Il faut d’abord insister sur la surpuissance médiatique qu’a acquise Vincent Bolloré. Il continue, voire parachève aujourd’hui, un parcours sans faute, au moins sur le plan de la stratégie des affaires, dans sa conquête au sein de l’univers médiatique hexagonal, européen et africain. Il n’a fait qu’une bouchée de l’héritier Arnaud Lagardère qui, ayant eu l’imprudence de quitter sa forteresse en forme de commandite que son père lui avait bâtie, n’est visiblement plus le maître à bord. Ne l’a-t-il jamais été ? Après de longues années d’impéritie et de vente à la découpe et pris en tenaille entre ces différents actionnaires (Amber Capital, Bernard Arnaud), il s’est jeté dans les bras, étouffants, de Bolloré. Le capitaine d’industrie se trouve désormais à la tête à la fois de Vivendi (Canal +, C8, CNews), de Lagardère donc (Europe 1, Paris MatchLe Journal du Dimanche) et de Prisma (CapitalGEOFemme actuelle, etc.) qui lui a été revendue par Bertelsmann. On se rappelle aussi ses vues sur M6, désormais promise à TF1, qui fit elle-même jadis l’objet d’une tentative d’OPA. On parle aussi désormais du Figaro et de discussion sur le sujet avec la famille Hersant. Il est même question d’une sortie des affaires africaines, essentiellement le déploiement d’infrastructures surtout portuaires, ferroviaires et routières, pour continuer à privilégier le renforcement des médias au sein du groupe.

Bolloré dispose donc d’un impressionnant arsenal médiatique au moment où se lance la campagne présidentielle française. Face à cette trajectoire irrésistible dans le champ des médias et de l’information, il n’est pas illégitime de se demander de quoi Bolloré est le nom. Son empire se déploie à la fois en radio, dans la télévision de flux, dans les plateformes de contenus et dans la presse. Il s’appuie aussi sur Havas et donc sur le marché publicitaire, qui permet aux médias de vivre, et sur le marché complémentaire de l’édition, dans lequel il occupe une position dominante avec Editis, en passe donc d’absorber Hachette (et qui diffuse le dernier livre d’Éric Zemmour). Son emprise est multiple et massive, ce qui lui donne un pouvoir de frappe exceptionnel. On peut donc considérer qu’un degré supplémentaire est franchi sur la question de la dépendance des médias, de leur financement par de grands groupes et de l’enjeu démocratique que cela constitue. Certes, Vincent Bolloré n’est pas le premier grand capitaliste à investir dans l’information : en quoi diffère-t-il donc de ceux qui l’ont précédé, les Hersant justement ou ses compétiteurs Bouygues (TF1), Altice (NextRadio), LVMH (Les ÉchosLe Parisien) et autres Free dirigé pa Xavier Niel (Le Monde, Nice Matin, Mediawan) ? D’abord, si le paysage français a toujours été contrasté idéologiquement dans la presse écrite, les grands médias de flux comme la télévision restaient plus ou moins liés, pour ceux qui ont été privatisés, à leur origine publique, s’inscrivant davantage dans une certaine recherche de consensus, avec laquelle une chaîne comme CNews a clairement rompu en suivant un modèle à la Fox News. Le patron de Vivendi s’est emparé, à force de patience, de sens des affaires, de coups de force et de ruses, d’un ensemble de médias de masse qu’il oriente du côté de la droite la plus dure. L’absence de barrières éthiques dans les affaires, associée à une évidente intelligence stratégique, ont conduit à son succès, qui permet l’affirmation d’un corpus idéologique sans complexe ni déontologie journalistique.

Mais Vincent Bolloré ne se contente pas de créer des médias proches de sa vision du monde ou d’en acquérir, comme il le fit dans la presse gratuite avec Direct Matin ou en rachetant France catholique. Il s’est beaucoup appliqué à détruire des offres éditoriales avec lesquelles il n’était pas en accord. Il a exercé une sorte de pouvoir sur l’existence même des médias qu’il a acquis, de la mise à mort de l’esprit Canal+ et des Guignols à l’investigation en passant par Le Grand Journal, jusqu’à la mise au pas d’Europe 1, où il a fallu se soumettre ou se démettre, en passant par la transformation de iTélé en CNews. Il crée une offre certes, mais sur les décombres de rédactions qu’il met au pas ou dont il se débarrasse, depuis les cadres dirigeants (qui n’ont pourtant pas toujours la réputation d’avoir le couteau entre les dents, voir la récente éviction d’Hervé Gattegno de Paris Match et du Journal du Dimanche) jusqu’aux journalistes qui, de motions de défiance en grèves, découvrent l’ampleur de leur impuissance. Il s’agit moins de créer une offre nouvelle, tel un Édouard Drumont lançant La Libre Parole, que de brider des contenus ou des orientations à travers les groupes sur lesquels il a pris un pouvoir financier. Ce tropisme de la terre brûlée a conduit d’ailleurs le marché à s’interroger sur la destruction de valeur à laquelle il pouvait conduire et à se demander si l’homme d’affaires préférait ses idées à ses intérêts. Ainsi, ce qui reste de l’esprit Canal+, qui a correspondu à une forme de créativité télévisuelle, a-t-il migré avec succès au sein du groupe TF1, avec Quotidien sur TMC. En réalité, il n’y a nulle indifférence au succès économique, mais ce dernier, acquis avec CNews ou C8, ne va pas sans l’affirmation d’un ligne idéologique marquée. On se rappellera aussi que Bolloré avait une revanche à prendre, tant son entrée dans l’univers des médias télévisuels, à travers le rachat de deux petites chaînes de la TNT (Direct 8 et Direct Star) qu’il avait relancées à sa façon, avait suscité de quolibets en matière éditoriale. Pourtant, c’est en les revendant au groupe et en faisant son cheval de Troie, qu’il prendra le contrôle de Vivendi.

Une idéologie libérale et conservatrice

Sur les ruines d’une offre toujours trop marquée à ses yeux par le gauchisme ou le progressisme ou simplement la dérision, il construit un empire médiatique marqué par des idées ultralibérales qui interdisent toute critique possible des actions de son groupe, en particulier en Afrique, ce qui est souvent la posture des grands médias privés. Mais à cela s’ajoute aussi des idées conservatrices, catholiques, traditionalistes, très ancrées à droite, soutenues par un populisme identitaire et civilisationnel, que portent Éric Zemmour, Pascal Praud ou Sonia Mabrouk. Ces idées s’inscrivent d’abord dans une perspective décliniste, nationaliste, qui fait de l’islam le problème central en France, associé aux questions migratoires et à celles du maintien de l’ordre, et du « wokisme » l’autre grand danger contre lequel il faudrait lutter.

Le groupe médiatique fonctionne d’abord sur une logique de l’affiliation clanique avec les affidés et de règlement de compte et de mise au pas avec ceux qui font mine de s’affranchir d’un unanimisme contraint. L’humour en particulier, quand il prend une forme critique, celui d’un Nicolas Canteloup (Europe 1) ou d’un Sébastien Thoen (Canal+) par exemple, est particulièrement mal supporté. De plus, ce qui naguère prenait la forme de pressions discrètes apparaît désormais au grand jour. L’influence sur les lignes éditoriales, l’absence de « muraille de Chine » entre l’économique et le rédactionnel et le rejet de l’indépendance journalistique sont affichés au nom d’une doctrine libérale assumée de la toute-puissance de celui qui tient les cordons de la bourse. Mais ils le sont aussi au nom d’une vision qui érige les autres médias, en particulier publics, et les autres orientations idéologiques, en particulier à gauche, dans une position monopolistique qui permet de revendiquer la position de la parole bâillonnée et de crier à la dictature du politiquement correct, alors même qu’on occupe une part de voix conséquente et qu’on érige une nouvelle doxa. Cette radicalité conservatrice s’appuie aussi sur une véritable capacité à bousculer les formats, à s’affranchir de la distribution des rôles classiques sur la scène médiatique, en mêlant invités, journalistes et éditorialistes dans une sorte d’unité de pensée qui donne paradoxalement un caractère apaisé à certains plateaux. Le populisme d’expression plus grand public d’un Hanouna sur C8, qui promeut une transgression bien normative et transforme le télévisuel en cours d’école rigolarde et quelquefois cruelle, fait écho à celui, plus savant, d’un Zemmour, qu’il complète. Pourtant, derrière la variété des formes et l’appel au bon sens populaire, c’est bien une pensée réactionnaire, de moins en moins masquée, qui s’avance, en promouvant ici un catholicisme traditionaliste avec la diffusion d’un téléfilm anti-avortement sur C8 ou, là, une hostilité à toute mise en cause de l’Église, avec par exemple le blocage de l’achat du film de François Ozon, Grâce à Dieu, sur l’affaire Preynat. Au demeurant, ce catholicisme à l’ancienne, bien peu républicain, s’accommode parfaitement des valeurs les plus libérales sur le plan économique.

L’empire Bolloré se livre désormais à une guerre sans merci pour remettre en cause les médias publics. Zemmour, comme Marine Le Pen d’ailleurs, parle de privatisation dans son programme. Ce procès s’instruit sur la base d’une orientation qui serait systématiquement à gauche et/ou proche du pouvoir en place. On assiste à la transformation des débats qui existaient à l’intérieur des grands médias en débats entre les grands médias. Ce mouvement d’opposition prend particulièrement pour cibles France Inter, ses chroniqueurs et ses humoristes, mais aussi certaines émissions de France Télévisions, qui seraient perverties par le politiquement correct.

L’ensemble de ces traits dessine bien une sorte de Rupert Murdoch hexagonal, qui amplifie la mainmise d’acteurs économiques majeurs sur les grands médias, mais qui rompt avec une certaine discrétion feutrée de l’establishment français dans l’influence, affichant frontalement un désir de promouvoir dans l’espace public un modèle à la fois très libéral et très conservateur et d’opérer une sorte de grand remplacement médiatique en mettant à bas les médias publics. La droite a trouvé en lui une ressource clef pour installer ses thématiques dans une position hégémonique à travers un dispositif médiatique puissant. Le sera-t-il assez pour porter Zemmour au pouvoir ?

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