Archive pour le Tag 'Biodiversité'

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Alerte biodiversité et santé

Alerte biodiversité et santé

Des responsables d’institutions et d’ONG imaginent  ce que pourrait  apporter le Congrès Mondial de la nature de l’UICN, qui a lieu du 3 au 11 septembre à Marseille .

Tribune

 

« Projetons-nous en 2030 : alors que depuis des décennies l’état de la biodiversité ne cessait de se dégrader dans le monde, les décisions fortes et historiques prises lors du Congrès mondial de la nature de l’UICN, du 3 au 11 septembre 2021 à Marseille, ont permis de stopper l’érosion de la biodiversité et même commencer à rétablir son état. Nous n’avons plus déploré d’extinction d’espèces et les effectifs de celles qui étaient menacées se reconstituent progressivement. C’est le cas des mammifères marins, dont 1 espèce sur 4 était menacée en 2021, selon la liste rouge de l’UICN et alors que plus de 2 300 dauphins et phoques s’échouaient chaque année sur les côtes françaises.

Nous avons investi dans la protection et la restauration des écosystèmes en reconnaissant le rôle indispensable qu’ils jouent pour le maintien de la vie sur Terre et tous les services qu’ils apportent à nos sociétés. Nos vieilles forêts d’Europe, qui ne représentaient que 1% de la superficie forestière européenne, ont été strictement protégées. Et alors que plus de la moitié des mangroves avaient disparu dans le monde, de nombreuses initiatives ont commencé à les restaurer. La planète est maintenant couverte par plus de 30% d’aires protégées sur terre et en mer contre respectivement 15,7% et 7,7% en 2021. Nous en avons créé de nouvelles sur des sites importants pour la biodiversité et pour le patrimoine géologique, et nous avons renforcé le niveau de protection pour s’assurer que nos activités n’y dégradent pas la nature. Nous les gérons quasiment toutes maintenant de façon efficace selon le standard mondial de la Liste verte de l’UICN.

En déployant les solutions fondées sur la nature proposées par l’UICN, nous avons efficacement contribué à limiter les effets du changement climatique. Grâce à la nature, notre alliée pour le climat, nous progressons bien vers la neutralité carbone et nous avons réduit les risques naturels comme les inondations, les sécheresses, l’érosion côtière en protégeant et restaurant nos zones humides, nos prairies et forêts, ainsi que nos littoraux. Le nombre d’incendies que nous constations en 2021, dans le sud de la France, tout comme en Grèce ou en Californie, a largement diminué.

Tant pour le climat que pour la biodiversité, nous avons lutté contre la déforestation importée et nous n’importons plus que du soja, de l’huile de palme, du cacao, de l’hévéa et du bois dont la production n’a pas entraîné de déforestation. Cela a permis aussi de protéger les grands singes qui étaient tous menacés.

Nous avons aussi maîtrisé l’artificialisation des sols, qui détruisait en France plus de 20.000 hectares chaque année notamment à cause de l’urbanisation, et, en mer, nous avons adopté une planification rigoureuse de nos activités et de leurs impacts cumulés. Nous avons aussi considérablement réduit les impacts de l’industrie extractive comme l’exploitation des minéraux et du sable.

Nous sommes en passe de mettre fin à la surpêche, notamment en encadrant rigoureusement des dispositifs de concentration des poissons, et à la pollution plastique dans l’océan grâce à des mesures urgentes prises en 2021 et à un nouvel accord international contraignant qui a été adopté. La criminalité organisée sur l’environnement, comme le trafic illégal d’espèces menacées, a été considérée comme un crime grave. Nous avons réussi à généraliser les techniques alternatives aux pesticides de synthèse dans les espaces urbains et agricoles, notamment grâce à l’agroécologie. Et nous en voyons le résultat sur les pollinisateurs, les sols, et notre propre santé.

À la suite de la pandémie de Covid-19, nous avons aussi décidé d’investir dans la protection de la biodiversité comme dans une assurance santé, car nous avons compris que nos atteintes multiples à la nature favorisaient l’émergence de nouvelles maladies infectieuses. Pour obtenir ces résultats, nous avons augmenté les financements disponibles. Nous ne consacrons ainsi plus 0,2% du PIB mondial à la biodiversité, comme en 2021, mais 1%, soit 800 milliards de dollars par an. C’est une juste reconnaissance car plus de la moitié de nos activités économiques dépendent d’une nature en bonne santé.

Mais pour que tout cela devienne bien la réalité de demain, il faut agir et promouvoir une vision éthique résolument nouvelle de nos relations à la nature. Donnons une impulsion forte et décisive à la protection de la biodiversité à l’occasion du Congrès mondial de la nature de l’UICN! »

Les signataires

  1. Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN et déléguée générale des Ecomaires
  2. Sébastien Moncorps, Directeur du Comité français de l’UICN
  3. Allain Bougrain-Dubourg, Président de la Ligue pour la protection des oiseaux
  4. Arnaud Schwartz, Président de France Nature Environnement
  5. Bruno David, Président du Muséum National d’Histoire Naturelle
  6. Véronique Andrieu, Directrice Générale du WWF France
  7. Pierre Dubreuil, Directeur Général de l’Office Français de la Biodiversité
  8. Stéphanie Clément-Grandcourt, Directrice Générale de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme
  9. Philippe Mauguin, Président Directeur Général d’INRAE (Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement)

10. Valérie Verdier, Présidente Directrice Générale de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement)

11. Élisabeth Claverie de Saint Martin, Présidente Directrice Générale du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement)

12. Michaël Weber, Président de la Fédération des Parcs Naturels Régionaux

13. Christophe Lépine, Président de la Fédération des Conservatoires d’Espaces Naturels

14. Charlotte Meunier, Présidente de Réserves Naturelles de France

15. Louis Villaret, Président du Réseau des Grands Sites de France

16. Agnès Vince, Directrice du Conservatoire du Littoral

17. Gilles Kleitz, Directeur du Département des transitions écologiques de l’Agence Française de Développement et Président de la commission des aires protégées du Comité français de l’UICN

18. Jean Jalbert, Directeur Général de la Tour du Valat

19. Arnaud Greth, Président de Noé

20. Emmanuel Delannoy, Secrétaire Général d’Humanité & Biodiversité

21. David Sève, Directeur des engagements et de la Fondation de Nature & Découvertes

22. Claude Fromageot, Secrétaire Général de la Fondation Yves Rocher

23. Rodolphe Delord, Président de Beauval nature

24. Cécile Erny, Directrice de l’Association française des parcs zoologiques

25. Jérôme Fromageau, Président de la Société Française pour le Droit de l’Environnement

26. François Letourneux, Vice-Président de l’Office pour les Insectes et leur Environnement et Président d’honneur du Comité français de l’UICN

27. Sébastien Mabile, Avocat et Vice-Président du Comité français de l’UICN

28. Jean Launay, Président du Partenariat français pour l’Eau

29. Jean-Philippe Siblet, Président de l’Association des Naturalistes de la Vallée du Loing et du Massif de Fontainebleau

30. Michel Prieur, Président du Centre International du Droit Comparé de l’Environnement

31. Martine Bigan, Présidente de la Commission de sauvegarde des espèces du Comité français de l’UICN

32. Frédéric Di Meglio, Président de la Fédération Française d’Etudes et de Sports Sous-Marins

33. Carole Fonta, Présidente de FSC France

34. Renaud Fulconis, Président d’Awely

35. Guillaume Réveilhac, Président de l’Alliance pour la Préservation des Forêts

36. Cécile Gaspar, Présidente de Te Mana O Te Moana

37. Marie-Clélia Lankester, Administratrice de la Fédération Française de Spéléologie

38. Patrice Valantin, Président de l’Union Professionnelle du Génie Ecologique

39. Christine Virbel Alonso, auteure et présidente de la Commission Education et Communication du Comité français de l’UICN

40. Paul Jeanson, Président d’A Rocha France

41. Hélène Denis, Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne

42. Bernard Cressens, Président d’honneur du Comité français de l’UICN

43. Jean-François Holthof, Secrétaire Général de Païolive

44. Benoît de Thoisy, Directeur de Kwata

45. Guy Reinaud, Président de Pro-Natura International

46. Patrick Blandin, Professeur Emérite du Muséum National d’Histoire Naturelle et Président d’honneur du Comité français de l’UICN

Alerte biodiversité et santé

Alerte biodiversité et santé

Des responsables d’institutions et d’ONG imaginent  ce que pourrait nous apporter le Congrès Mondial de la nature de l’UICN, qui aura lieu du 3 au 11 septembre à Marseille .

Tribune

 

« Projetons-nous en 2030 : alors que depuis des décennies l’état de la biodiversité ne cessait de se dégrader dans le monde, les décisions fortes et historiques prises lors du Congrès mondial de la nature de l’UICN, du 3 au 11 septembre 2021 à Marseille, ont permis de stopper l’érosion de la biodiversité et même commencer à rétablir son état. Nous n’avons plus déploré d’extinction d’espèces et les effectifs de celles qui étaient menacées se reconstituent progressivement. C’est le cas des mammifères marins, dont 1 espèce sur 4 était menacée en 2021, selon la liste rouge de l’UICN et alors que plus de 2 300 dauphins et phoques s’échouaient chaque année sur les côtes françaises.

Nous avons investi dans la protection et la restauration des écosystèmes en reconnaissant le rôle indispensable qu’ils jouent pour le maintien de la vie sur Terre et tous les services qu’ils apportent à nos sociétés. Nos vieilles forêts d’Europe, qui ne représentaient que 1% de la superficie forestière européenne, ont été strictement protégées. Et alors que plus de la moitié des mangroves avaient disparu dans le monde, de nombreuses initiatives ont commencé à les restaurer. La planète est maintenant couverte par plus de 30% d’aires protégées sur terre et en mer contre respectivement 15,7% et 7,7% en 2021. Nous en avons créé de nouvelles sur des sites importants pour la biodiversité et pour le patrimoine géologique, et nous avons renforcé le niveau de protection pour s’assurer que nos activités n’y dégradent pas la nature. Nous les gérons quasiment toutes maintenant de façon efficace selon le standard mondial de la Liste verte de l’UICN.

En déployant les solutions fondées sur la nature proposées par l’UICN, nous avons efficacement contribué à limiter les effets du changement climatique. Grâce à la nature, notre alliée pour le climat, nous progressons bien vers la neutralité carbone et nous avons réduit les risques naturels comme les inondations, les sécheresses, l’érosion côtière en protégeant et restaurant nos zones humides, nos prairies et forêts, ainsi que nos littoraux. Le nombre d’incendies que nous constations en 2021, dans le sud de la France, tout comme en Grèce ou en Californie, a largement diminué.

Tant pour le climat que pour la biodiversité, nous avons lutté contre la déforestation importée et nous n’importons plus que du soja, de l’huile de palme, du cacao, de l’hévéa et du bois dont la production n’a pas entraîné de déforestation. Cela a permis aussi de protéger les grands singes qui étaient tous menacés.

Nous avons aussi maîtrisé l’artificialisation des sols, qui détruisait en France plus de 20.000 hectares chaque année notamment à cause de l’urbanisation, et, en mer, nous avons adopté une planification rigoureuse de nos activités et de leurs impacts cumulés. Nous avons aussi considérablement réduit les impacts de l’industrie extractive comme l’exploitation des minéraux et du sable.

Nous sommes en passe de mettre fin à la surpêche, notamment en encadrant rigoureusement des dispositifs de concentration des poissons, et à la pollution plastique dans l’océan grâce à des mesures urgentes prises en 2021 et à un nouvel accord international contraignant qui a été adopté. La criminalité organisée sur l’environnement, comme le trafic illégal d’espèces menacées, a été considérée comme un crime grave. Nous avons réussi à généraliser les techniques alternatives aux pesticides de synthèse dans les espaces urbains et agricoles, notamment grâce à l’agroécologie. Et nous en voyons le résultat sur les pollinisateurs, les sols, et notre propre santé.

À la suite de la pandémie de Covid-19, nous avons aussi décidé d’investir dans la protection de la biodiversité comme dans une assurance santé, car nous avons compris que nos atteintes multiples à la nature favorisaient l’émergence de nouvelles maladies infectieuses. Pour obtenir ces résultats, nous avons augmenté les financements disponibles. Nous ne consacrons ainsi plus 0,2% du PIB mondial à la biodiversité, comme en 2021, mais 1%, soit 800 milliards de dollars par an. C’est une juste reconnaissance car plus de la moitié de nos activités économiques dépendent d’une nature en bonne santé.

Mais pour que tout cela devienne bien la réalité de demain, il faut agir et promouvoir une vision éthique résolument nouvelle de nos relations à la nature. Donnons une impulsion forte et décisive à la protection de la biodiversité à l’occasion du Congrès mondial de la nature de l’UICN! »

Les signataires

  1. Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN et déléguée générale des Ecomaires
  2. Sébastien Moncorps, Directeur du Comité français de l’UICN
  3. Allain Bougrain-Dubourg, Président de la Ligue pour la protection des oiseaux
  4. Arnaud Schwartz, Président de France Nature Environnement
  5. Bruno David, Président du Muséum National d’Histoire Naturelle
  6. Véronique Andrieu, Directrice Générale du WWF France
  7. Pierre Dubreuil, Directeur Général de l’Office Français de la Biodiversité
  8. Stéphanie Clément-Grandcourt, Directrice Générale de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme
  9. Philippe Mauguin, Président Directeur Général d’INRAE (Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement)

10. Valérie Verdier, Présidente Directrice Générale de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement)

11. Élisabeth Claverie de Saint Martin, Présidente Directrice Générale du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement)

12. Michaël Weber, Président de la Fédération des Parcs Naturels Régionaux

13. Christophe Lépine, Président de la Fédération des Conservatoires d’Espaces Naturels

14. Charlotte Meunier, Présidente de Réserves Naturelles de France

15. Louis Villaret, Président du Réseau des Grands Sites de France

16. Agnès Vince, Directrice du Conservatoire du Littoral

17. Gilles Kleitz, Directeur du Département des transitions écologiques de l’Agence Française de Développement et Président de la commission des aires protégées du Comité français de l’UICN

18. Jean Jalbert, Directeur Général de la Tour du Valat

19. Arnaud Greth, Président de Noé

20. Emmanuel Delannoy, Secrétaire Général d’Humanité & Biodiversité

21. David Sève, Directeur des engagements et de la Fondation de Nature & Découvertes

22. Claude Fromageot, Secrétaire Général de la Fondation Yves Rocher

23. Rodolphe Delord, Président de Beauval nature

24. Cécile Erny, Directrice de l’Association française des parcs zoologiques

25. Jérôme Fromageau, Président de la Société Française pour le Droit de l’Environnement

26. François Letourneux, Vice-Président de l’Office pour les Insectes et leur Environnement et Président d’honneur du Comité français de l’UICN

27. Sébastien Mabile, Avocat et Vice-Président du Comité français de l’UICN

28. Jean Launay, Président du Partenariat français pour l’Eau

29. Jean-Philippe Siblet, Président de l’Association des Naturalistes de la Vallée du Loing et du Massif de Fontainebleau

30. Michel Prieur, Président du Centre International du Droit Comparé de l’Environnement

31. Martine Bigan, Présidente de la Commission de sauvegarde des espèces du Comité français de l’UICN

32. Frédéric Di Meglio, Président de la Fédération Française d’Etudes et de Sports Sous-Marins

33. Carole Fonta, Présidente de FSC France

34. Renaud Fulconis, Président d’Awely

35. Guillaume Réveilhac, Président de l’Alliance pour la Préservation des Forêts

36. Cécile Gaspar, Présidente de Te Mana O Te Moana

37. Marie-Clélia Lankester, Administratrice de la Fédération Française de Spéléologie

38. Patrice Valantin, Président de l’Union Professionnelle du Génie Ecologique

39. Christine Virbel Alonso, auteure et présidente de la Commission Education et Communication du Comité français de l’UICN

40. Paul Jeanson, Président d’A Rocha France

41. Hélène Denis, Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne

42. Bernard Cressens, Président d’honneur du Comité français de l’UICN

43. Jean-François Holthof, Secrétaire Général de Païolive

44. Benoît de Thoisy, Directeur de Kwata

45. Guy Reinaud, Président de Pro-Natura International

46. Patrick Blandin, Professeur Emérite du Muséum National d’Histoire Naturelle et Président d’honneur du Comité français de l’UICN

Biodiversité : 70 ans des espèces disparues depuis 50 ans

Biodiversité : 70 ans des espèces disparues depuis 50 ans

depuis 1970, 68% des vertébrés ont disparu, et depuis 30 ans, c’est 75% des insectes qui ont été effacés de la surface du globe. C’est dire la nécessité de la  COP15 sur la biodiversité, qui voit, à partir de lundi 23 août, les délégations des 193 pays membres de la Convention sur la diversité biologique (CBD) des Nations Unies entamer leurs négociations en ligne, lesquelles dureront jusqu’au 3 septembre. Le but : s’entendre sur un premier cadre mondial pour la protection de la faune et la flore, en définissant les 21 cibles à atteindre d’ici à 2030, et en révolutionnant le fléchage des subventions.

La a biodiversité doit être placée dès à présent « sur la voie du rétablissement d’ici à 2030 », alertent-ils : modification des habitats naturels, surexploitation des ressources ou invasion d’espèces exotiques… selon l’IPBES (la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), un million d’espèces animales sont menacées de disparition, et la mauvaise santé des écosystèmes menace l’avenir des humains.

Depuis 30 ans, c’est 75% des insectes qui ont été effacés de la surface du globe, selon les chiffres du WWF (Fonds mondial pour la nature).

COP15 Biodiversité : une urgence avec la disparition de 70 % des espèces

COP15 Biodiversité : une urgence avec la disparition de 70 % des espèces

Depuis 1970, 68% des vertébrés ont disparu, et depuis 30 ans, c’est 75% des insectes qui ont été effacés de la surface du globe. C’est dire la nécessité de cette COP15 sur la biodiversité, qui voit, ce lundi 23 août, les délégations des 193 pays membres de la Convention sur la diversité biologique (CBD) des Nations Unies entamer leurs négociations en ligne, lesquelles dureront jusqu’au 3 septembre. Le but : s’entendre sur un premier cadre mondial pour la protection de la faune et la flore, en définissant les 21 cibles à atteindre d’ici à 2030, et en révolutionnant le fléchage des subventions.

Biodiversité et marché : ennemis ou alliés ?

Biodiversité et marché : ennemis ou alliés  ?

 

 

Par Fabio Ferrari, CEO de ADryada évoque la problématique de la compatibilité de la biodiversité et du marché.( Dans la tribune, extrait)

 

 

Ils se haïssent a priori : d’un côté, « Dame Biodiversité », certes indispensable à la survie même de l’humanité, mais habillée d’une (belle) complexité où s’enchevêtrent des vies de bactéries, papillons, fleurs, frênes, mousses, coraux, éléphants, chevaux – sans oublier les nôtres. Ce à quoi le capitalisme n’a, jusqu’à ce jour, donné aucune valeur, hormis celle de la force de travail pour certaines vies. De l’autre, « Sieur Marché », qui simplifie l’homme en « consommateur », ne jure que par l’implacable loi de l’offre et de la demande monétarisées, et abrite tant d’entreprises qui recourent au « Green Washing » sans même songer, à la survie de l’humanité…

Cette haine semble d’autant plus légitime qu’en matière de lutte contre le réchauffement climatique, seule cause pour laquelle le monde semble plus ou moins mobilisé, le marché n’a jusqu’à présent pas brillé par ses succès : malgré la mise en place des crédits carbone dans la foulée du Protocole de Kyoto, en 1997 – les entreprises peuvent compenser leurs émissions en finançant des projets écologiques qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre, comme la plantation d’arbres – la planète continue à se réchauffer. Le 9 août le GIEC n’a fait que réaffirmer ce que chacun sait.

Quels sont les moyens dont nous disposons pour les atteindre, ces objectifs, hormis ceux du marché ?

L’histoire de celui créé pour le carbone est à ce titre riche d’instructions. A la fin des années 1990, les discussions portant sur le meilleur outil à mettre en place pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ont en effet abouti à une conclusion sans appel : les lois du marché sont plus efficaces que la mise en place de pénalités financières pour les émetteurs. Certes, le fameux marché s’est effondré avec la crise de 2008 et le réchauffement se poursuit aujourd’hui. Mais le mécanisme de marché est-il vraiment responsable ? Les hésitations des autorités publiques à réduire drastiquement les quotas d’émissions pour faire croître le prix de la tonne de carbone au-delà de 100 euros la tonne ne sont-elles pas les vraies coupables ?

Au-delà, les deux clefs d’un mariage réussi entre Sieur Marché et Dame Biodiversité sont aujourd’hui réunies. Des indicateurs pertinents d’abord, pour mesurer l’efficacité des actions menées. Certes, il n’existe pas d’équivalent « émissions de CO2 » pour calculer de façon standardisée, facile et incontestable la perte de nutriments des sols en Amazonie, la raréfaction des papillons et les liens existants entre toutes les vies de la nature. Certes, on pourrait disserter à l’infini sur le caractère imparfait des indicateurs qui sont déjà utilisés au niveau mondial en matière de biodiversité – comme le « Biodiversity Impact Analytics (BIA) basé sur l’abondance moyenne des espèces, animales et végétales, par km2 ou le Global Biodiversity Score for Financial Institutions (GBSFI). Mais ces indicateurs existent. Et a-t-on vraiment le temps de chercher la perfection ? Dame Biodiversité se meurt.

 

Seconde clef : les marchés financiers. Ces derniers voient en effet d’un œil de plus en plus mauvais les entreprises qui négligent la planète, et qui se faisant prennent des risques. Pour leur image bien sûr – il y a des classements plus attrayants que celui de « ces sociétés qui brûlent la forêt amazonienne ». Mais aussi pour leurs opérations quotidiennes – les industriels de l’agroalimentaire notamment, s’ils n’agissent pas pour enrayer la perte de qualité des sols en zones agricoles. En France, l’article 29 de la loi Énergie Climat, adoptée en 2019, prévoit ainsi de définir les obligations de reporting des investisseurs sur les risques climatiques et la biodiversité. Son décret d’application est sorti en mai dernier. De quoi inciter les entreprises à accélérer pour protéger la planète.

Reste à s’assurer qu’elles le fassent de manière efficace. Cela nécessite dans doute de les inciter à agir aussi – et même avant tout – dans les zones sauvages, les plus riches en biodiversité, même si ces dernières sont éloignées de leurs lieux d’activité. Cela suppose également d’acter la création de ce marché de la biodiversité, basé sur un indicateur de type BIA, et en fixant un coût unitaire basé sur le vrai cout des actions de préservation de la biodiversité. Les gouvernements du monde entier ont l’opportunité de prendre ces décisions à l’occasion de la COP 15, qui se tiendra en Chine cet automne. Courage. Unissons les Epoux promis.

Biodiversité : les insectes pollinisateurs toujours menacés

Biodiversité : les  insectes pollinisateurs toujours menacés

souligne dans une tribune au « Monde » Nicolas Laarman, délégué général de Pollinis.

 

Tribune. (extrait)

 

La nouvelle mouture du Plan national en faveur des insectes pollinisateurs du gouvernement – sa feuille de route face à la disparition accélérée de ces insectes indispensables – a été présentée le 11 juin et fait actuellement l’objet d’une consultation publique. Seul un mince volet concerne les pesticides, qui compte désormais la révision de l’« arrêté abeilles », prévoyant de limiter l’usage de certains pesticides pendant les périodes de floraison ou uniquement au moment du coucher du soleil, ainsi qu’un « renforcement du système d’homologation des pesticides aux niveaux européen et national ».

Sur ce nouveau point, crucial, le gouvernement se contente d’une annonce floue et superficielle pendant que le débat se focalise opportunément sur les horaires d’épandage, en entretenant la confusion entre abeilles domestiques et pollinisateurs sauvages. Les horaires d’épandage aideront peut-être marginalement les abeilles domestiques, contraintes de plus en plus souvent de butiner dans les grandes cultures et des vergers saturés de pesticides…


Mais « l’arrêté abeilles » n’aura qu’un impact négligeable sur la sauvegarde des milliers d’espèces de pollinisateurs sauvages – papillons, abeilles sauvages (bourdons, osmies, andrènes, eucères…), syrphes… Problème : ce sont eux, et non les abeilles domestiques, les véritables garants de la pollinisation. Grâce à la grande variété de leurs caractéristiques physiques (poils auxquels s’attache le pollen, langues de différentes tailles capables de butiner tous types de fleurs sur divers temps de floraison), ils pollinisent les fleurs sauvages et une très grande partie de nos cultures : d’eux dépend notre sécurité alimentaire.

La responsabilité des pratiques agricoles

Ces précieux insectes évoluent aujourd’hui dans des milieux contaminés par des substances hautement toxiques, qui interagissent entre elles dans des proportions inconnues, et qu’on retrouve dans les poussières, l’air, les eaux de surfaces, les rivières, les fleurs sauvages qu’ils butinent, les sols, où nichent la plupart des abeilles solitaires et où les molécules persistent souvent plusieurs années.

Qu’importe alors que ces substances soient pulvérisées de nuit ? Vont-elles disparaître à l’aube, comme par magie ? Quid des innombrables espèces de papillons de nuit, incontournables pollinisateurs dont les populations s’effondrent en France et en Europe. Depuis vingt-cinq ans, plus d’un millier d’études scientifiques documentent les effets létaux des pesticides sur les pollinisateurs.

La biodiversité: L’enjeu le plus fondamental

 La “biodiversité: L’enjeu le plus fondamental

 

 

La relativisation et le déni de l’effondrement de la biodiversité se construisent aujourd’hui dans les revues scientifiques les plus cotées, observe avec inquiétude Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », dans sa chronique.

 

Souvenez-vous, c’était il y a dix ans. Aussitôt publié, chaque article de presse, chaque reportage, chaque entretien détaillant les effets en cours et à venir du changement climatique était relativisé, attaqué, suspecté d’alarmisme, de militantisme, etc. Chacun se positionnait de part et d’autre de ce qui semblait une authentique controverse savante. En réalité, de réelle dispute scientifique, il n’a jamais existé : ce n’est qu’en faisant le siège des plateaux de télévision, des rayonnages des librairies et des couvertures des hebdomadaires, qu’une dizaine de bateleurs sont parvenus, en France, à implanter le climatoscepticisme dans l’opinion.

Un nouveau « scepticisme » voit le jour. Il s’attaque à l’autre grande crise environnementale, celle de la biodiversité ; il est sans doute déjà à l’œuvre dans le choix du gouvernement de réduire fortement son soutien à l’agriculture biologique. Plus discret que son jumeau climatique, ce « biodiversité-scepticisme » est en un sens bien plus inquiétant. Car il s’enracine dans la littérature savante elle-même. Ce n’est pas dans les talk-shows des chaînes d’information en continu qu’il se construit, mais dans les revues scientifiques les plus cotées.

En novembre 2020, Nature publiait par exemple une étude relativisant l’indice Planète vivante, développé par des chercheurs en partenariat avec le WWF, et selon lequel 68 % des populations de vertébrés ont disparu de la surface de la Terre en un demi-siècle. Les auteurs avançaient qu’il s’agissait là d’une présentation alarmiste, la tendance n’étant tirée vers le bas que par une petite proportion d’espèces en fort déclin, de l’ordre de 3 % des espèces de vertébrés. En retirant de l’analyse ces espèces au seuil de la disparition, la baisse catastrophique disparaissait !

On est peut-être là, en réalité, aux confins de la science et du jeu de bonneteau. Car, comme l’a noté ma collègue Perrine Mouterde dans l’article qu’elle a consacré au débat, les auteurs de l’étude étaient bien plus discrets sur le fait que, si l’on retire aussi de l’analyse les espèces qui prolifèrent au contact des humains, on voit que la chute des populations de vertébrés demeure très forte, supérieure à 40 % en un demi-siècle. Doit-on vraiment relativiser la disparition de la bécassine des marais, du verdier d’Europe ou du traquet rieur au motif que les pigeons et les corneilles prolifèrent, en prospérant sur nos déchets ?

Consultation publique sur la biodiversité !

Consultation publique sur la biodiversité !

 

Encore une consultation dite publique sur la biodiversité qui évidemment va demeurer assez virtuelle comme toutes les autres. En témoigne la pauvreté du discours de la secrétaire d’État en charge de cette question.

A l’occasion de la journée internationale de la biodiversité, la secrétaire d’Etat au ministère de la Transition écologique en charge du dossier lance une consultation publique » inédite »

 

 

Bérangère Abba est secrétaire d’Etat à la biodiversité, chargée de présenter d’ici à la fin de l’année 2021 le troisième volet de la « stratégie nationale de la biodiversité » pour les dix années à venir.

En quoi consiste cette consultation publique pour établir une nouvelle Stratégie nationale de la biodiversité (SNB) ?

On est sur un travail qui s’étale sur toute l’année. Le premier volet a commencé en janvier, lorsque j’ai rencontré les acteurs de la biodiversité en région. Des tables rondes ont été organisées sur les enjeux propres à chaque territoire. J’ai ainsi réuni 600 contributions issues de toutes les régions de France, métropole et Outre-mer compris. Cela a d’ailleurs été un peu disruptif, y compris au ministère parce que d’ordinaire, la stratégie nationale s’écrit avec les experts nationaux. Là, contrairement aux volets précédents de la SNB établis sur les années 2004-2010 et 2011-2020, on part des territoires et du vécu. Le bilan des stratégies précédentes n’est pas bon et, forte de ce constat, j’ai souhaité partir du réel, du concret.

En interpellant également les citoyens ?

Oui, je lance ainsi ce samedi, pour la journée mondiale de la biodiversité, une phase de consultation citoyenne. Les Français vont pouvoir s’exprimer à travers un questionnaire en ligne, et un accès ludique à différentes fiches de connaissances sur le site biodiversite.gouv.fr. Et ce jusqu’à début juillet. C’est un exercice inédit. Nous compilerons ensuite toutes ces consultations au niveau national. Et nous présenterons une première version au congrès mondial de la nature (UICN) qui se déroule cette année à Marseille, début septembre, voulu par le Président pour mobiliser la société sur la biodiversité.

«Il ne faut pas que certaines initiatives portent atteinte à la biodiversité, tout est une affaire d’équilibre»

Pourquoi les SNB précédentes ont-elles échoué ?

On n’était sans doute pas au même niveau de prise de conscience sur la préservation de la nature. Là, les événements climatiques ont été violents et brutaux, et ont sans doute accompagné cette prise de conscience pour réfléchir à des politiques publiques avec plus de moyens et d’engagements. Notre plan de relance y contribue ! Quand on finance la restauration des friches par exemple, on évite d’artificialiser des espaces naturels. On n’est bien sûr qu’au début d’une prise en compte de l’érosion majeure qui est en train de se produire. Il faut sensibiliser, y compris même, j’en prends ma responsabilité, en décloisonnant nos différentes politiques publiques. Il ne faut pas en effet que certaines initiatives portent atteinte à la biodiversité. Tout est une affaire d’équilibre. Et ce qu’on met en œuvre au niveau national doit également correspondre au niveau international. La SNB est un tremplin vers la COP15 qui doit adopter un cadre international pour la biodiversité, et vers la présidence française de l’Union européenne en 2022, qui fera de la protection des forêts tropicales une priorité.

Dans la prise de conscience environnementale justement, on parle davantage climat et moins biodiversité, n’avez-vous pas peur que ce sujet soit éclipsé ?

Il l’est peut-être parce que l’on ne sait pas bien de quoi on parle. C’est silencieux, l’érosion de la biodiversité. Il faudrait davantage évoquer la protection de la nature, le bien-être, la sécurité alimentaire ou la santé environnementale : ces sujets parlent aux Français. Nous vivons quand même l’un des exemples les plus dramatiques de cette érosion avec la crise sanitaire actuelle. C’est une pandémie, et donc un déséquilibre de la nature car certaines espèces sauvages ne trouvent plus leur place au contact de l’homme en raison de trafics d’animaux et de la déforestation. On va y être de plus en plus confrontés, notamment avec la décongélation du permafrost.

N’assiste-t-on pas, parfois, à certaines contradictions entre climat et biodiversité, avec l’implantation par exemple d’énergies renouvelables dans des zones protégées ?

Il ne faut pas opposer énergies renouvelables et biodiversité. Je crois vraiment que l’on doit concilier ces enjeux et le dialogue doit permettre d’éviter les polémiques. Quand ce sujet sera totalement installé, la société civile ira beaucoup plus vite. Ma responsabilité est de percer des lignes pour anticiper ces débats et trouver une cohérence entre nos différents objectifs. Je fais beaucoup d’interministériel en ce sens, pour mobiliser plus largement. Et les concertations avec les territoires sont essentielles : plus on dessine ça ensemble, plus on emporte de l’adhésion.

Environnement- Pour le respect de la Biodiversité

Environnement- Pour le respect de la Biodiversité

Le président du Muséum national d’Histoire naturelle  déclare que le respect de la biodiversité est incontournable sur RTL.

. Bruno David, président du Muséum national d’Histoire naturelle, publie À l’aube de la sixième extinction chez Grasset, un plaidoyer pour le vivant sous toutes ses formes et un guide pratique, à hauteur d’homme, pour éviter le naufrage, posant ainsi les jalons d’une éthique pour la planète, sans moralisme ni culpabilisation.

« Avec la pandémie (du Covid-19), on prend conscience que la santé des environnements est également importante, que la manière dont on se comporte avec la faune sauvage a de l’importance, explique Bruno David dans L’Interview inattendue. C’est le concept de One Health (mouvement créé au début des années 20001 qui promeut une approche unifiée de la santé publique) : une « seule santé », une seule santé pour la planète. Santé humaine, santé animale, santé environnementale sont étroitement imbriquées. »

« Pourquoi les humains n’ont pas conscience qu’ils peuvent être touchés par une extinction de masse ? Selon le naturaliste, c’est parce que « l’espèce humaine est fondamentalement optimiste ». « On refuse de voir les problèmes qui se dressent devant nous, ajoute Bruno David. Il faut que l’on change nos comportements. La biodiversité est très résiliante, il y a de l’espoir. »   »On fait des choses extraordinaires mais on n’est pas capables de gérer la vie, poursuit le président du Muséum national d’Histoire naturelle. Parce que la vie va changer sans arrêt. On le voit avec le virus. C’est un tout petit virus, et il nous fabrique des variants anglais, brésilien, sud-africain. Cette chose insignifiante, on n’est pas capable de la maîtriser à l’échelle mondiale. »

Pour le respect de la Biodiversité

Pour le respect de la Biodiversité

Le président du Muséum national d’Histoire naturelle  déclare que le respect de la biodiversité est incontournable sur RTL.

. Bruno David, président du Muséum national d’Histoire naturelle, publie À l’aube de la sixième extinction chez Grasset, un plaidoyer pour le vivant sous toutes ses formes et un guide pratique, à hauteur d’homme, pour éviter le naufrage, posant ainsi les jalons d’une éthique pour la planète, sans moralisme ni culpabilisation.

« Avec la pandémie (du Covid-19), on prend conscience que la santé des environnements est également importante, que la manière dont on se comporte avec la faune sauvage a de l’importance, explique Bruno David dans L’Interview inattendue. C’est le concept de One Health (mouvement créé au début des années 20001 qui promeut une approche unifiée de la santé publique) : une « seule santé », une seule santé pour la planète. Santé humaine, santé animale, santé environnementale sont étroitement imbriquées. »

« Pourquoi les humains n’ont pas conscience qu’ils peuvent être touchés par une extinction de masse ? Selon le naturaliste, c’est parce que « l’espèce humaine est fondamentalement optimiste ». « On refuse de voir les problèmes qui se dressent devant nous, ajoute Bruno David. Il faut que l’on change nos comportements. La biodiversité est très résiliante, il y a de l’espoir. »

  •   »On fait des choses extraordinaires mais on n’est pas capables de gérer la vie, poursuit le président du Muséum national d’Histoire naturelle. Parce que la vie va changer sans arrêt. On le voit avec le virus. C’est un tout petit virus, et il nous fabrique des variants anglais, brésilien, sud-africain. Cette chose insignifiante, on n’est pas capable de la maîtriser à l’échelle mondiale. »

Environnement biodiversité: Conserver la naturalité des forêts

Environnement biodiversité: Conserver la naturalité des forêts 

 

Les écologues François Ramade et Annik Schnitzler dressent, dans une tribune au « Monde », un portrait accablant de la gestion des bois et forêts périurbains par l’Office national des forêts, qui privilégie une productivité à court terme au détriment de la biodiversité.

Tribune.

 

En dépit des déclarations répétées de l’Office national des forêts (ONF) sur sa prise en compte des impératifs de préservation des écosystèmes forestiers, force est de noter que cet organisme public n’a pas changé de stratégie depuis des décennies. Les constats effectués dans les habitats forestiers français, en particulier dans les bois et forêts périurbains comme ceux d’Île-de-France, démontrent que l’ONF persiste dans une gestion « productiviste » et à courte vue des forêts, fondée sur la seule exploitation des ressources en bois commercialisable (vente de bois d’ameublement, de construction et de chauffe).

Pour répondre aux demandes de l’Etat et aux objectifs financiers qui lui sont fixés par les ministères de l’agriculture et des finances, il continue à considérer les forêts comme des champs d’arbres, à l’image des champs de maïs. Il persévère dans la recherche exclusive des rendements maximum à l’hectare, quels qu’en soient les conséquences biologiques et les effets à long terme – la responsabilité de l’Etat se trouvant ainsi engagée.


Les bois et forêts périurbains, poumons vitaux des villes, qui permettent des échappées de plus en plus nécessaires aux citadins, tant sur le plan des loisirs que sanitaire, sont le signe peut-être le plus alarmant du désastre en cours. Pour prendre un exemple, si les coupes rases d’arbres dans la forêt domaniale de la Malmaison/bois de Saint-Cucufa (Hauts-de-Seine), sous l’égide de l’ONF, peuvent être jugées peu significatives en raison de leur surface encore limitée (3 ha, sur 6 annoncés), elles soulèvent en fait des problèmes majeurs. En effet, des chênes parfois centenaires, en parfaite santé, y sont abattus au prétexte que certains châtaigniers sont atteints par la maladie de l’encre, et d’énormes engins, qui tassent les sols de façon irréversible, rasent sur leur passage tous types de troncs.

Ces abattages qui ignorent les obligations mises par le législateur à un développement durable (en particulier la loi 1086 de 2016) et sont effectués discrètement, à grande vitesse (parfois sous-traités à des sociétés non professionnelles de droit étranger), peuvent légitimement conduire les Franciliens et futurs habitants du Grand Paris à s’alarmer.

Durant des décennies, l’ONF a pratiqué le remplacement quasi systématique d’arbres feuillus par des résineux. Ont été ainsi détruits de magnifiques boisements au profit de conifères dont la croissance est rapide et donc la productivité nettement plus élevée à l’hectare. Ces résineux, qui ne sont pas à leur place du point de vue écologique, sont fragiles, sensibles aux attaques parasitaires, et leur litière est facilement inflammable, acidifiée, tandis que sa faune est moins diverse que celle des forêts feuillues originelles.

 

Biodiversité : la déforestation n’a cessé de progresser

 Biodiversité : la déforestation n’a cessé de progresser

En dépit des discours et des vaines promesses, étude du Fonds mondial pour la nature (World Wide Fund, WWF) vient repréciser l’étendue des dégâts. Les hectares de forêts perdus entre 2004 et 2017 atteignent 43 millions, soit l’équivalent de 80% de la superficie de la France métropolitaine, alerte l’ONG, qui pointe du doigt un responsable principal : l’agriculture et l’expansion de ses surfaces.

Le WWF identifie notamment 24 « fronts » qui, pendant cette dernière quinzaine d’années, ont été particulièrement frappés par la déforestation mondiale. Ils sont situés dans les zones tropicales et subtropicales, et concentrent 52% de la déforestation à ces latitudes. Neuf se trouvent en Amérique latine.

Oléron : des éoliennes incompatibles avec la biodiversité ?

Oléron : des éoliennes incompatibles avec la biodiversité ? 

L’implantation d’éoliennes au large d’Oléron (Charente-Maritime) en zone Natura 2000, dans un secteur doublement protégé par le droit de l’environnement, est incompatible avec les exigences des directives européennes, juge, dans une tribune au « Monde », le professeur Laurent Bordereaux.

Tribune.

 

Après des années d’atermoiements et à la suite de la tenue du Conseil maritime de la façade Sud-Atlantique du 14 décembre 2020, la Commission nationale du débat public (CNDP) devrait très prochainement être saisie du projet controversé de parc éolien « posé » en mer d’Oléron. Vu l’ampleur des enjeux socio-économiques et environnementaux en présence, celle-ci pourrait alors décider – classiquement et selon toute vraisemblance – d’organiser un débat public pour en confier l’animation à une commission particulière. Mais est-il pertinent de soumettre au débat un projet si problématique ?

Si l’on doit prendre acte de la volonté du gouvernement d’accentuer le développement des énergies marines renouvelables (EMR) dans l’inéluctable processus de transition énergétique, surtout au regard du potentiel maritime français, on peut s’étonner de la validation politique du projet d’Oléron, tant les enjeux écologiques sont ici importants. Ce dernier serait-il un élément incontournable de la production non nucléaire d’électricité et de la filière EMR (au point de prendre de réels risques juridiques) ?

Car le parc éolien marin aujourd’hui envisagé au large du port de pêche de la Cotinière présente tout de même la singularité d’être localisé en pleine zone protégée, à savoir au cœur d’une vaste zone classée au titre du dispositif européen Natura 2000 et dans le périmètre du parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis, créé par décret en 2015. Ces deux instruments de protection de l’environnement relèvent certes d’une logique que l’on peut qualifier de « droit souple », en ce sens où ils sont animés par un esprit de conciliation et que la législation afférente n’y interdit pas en soi les activités économiques.

Un projet en pleine zone Natura 2000

Mais ils ne sont pas pour autant dépourvus de tout effet contraignant, loin s’en faut… Les pouvoirs publics peuvent-ils sérieusement avoir en tête un tel projet industriel éolien compte tenu des forts enjeux de protection de la biodiversité marine ? Les procédures ayant conduit à la création de la zone Natura 2000 concernée et du parc naturel en place ont en effet souligné toute la richesse écologique du site, au titre de ses habitats ainsi que de la faune aviaire et marine.

En la matière, le document stratégique de la façade Sud-Atlantique, récemment adopté, ne s’avère pas d’un grand secours : s’il localise bien l’implantation d’éoliennes offshore au large d’Oléron, il référence également le secteur considéré comme étant à haut potentiel environnemental, n’étant pas à une contradiction près. Il paraît donc fort peu à même de jouer le rôle pilote que le législateur a souhaité confier, semble-t-il, à ces instruments de planification marine d’un genre nouveau.

Biodiversité : Schneider Electric veut réduire son empreinte

 Biodiversité : Schneider Electric veut réduire son empreinte

Un article de la Tribune fait état de la volonté de Schneider électrique de réduire sensiblement son empreinte écologique A la différence de la préservation du climat, dont les objectifs et la métrique sont désormais définis et partagés, la protection de la biodiversité se heurte toutefois encore à des incertitudes, portant sur la mesure de la crise comme de ses causes. Une défaillance qui contribue au retard dans la définition des objectifs et des stratégies publiques et privées. Pour les entreprises, elle a engendré jusqu’à présent une difficulté à définir son propre niveau de responsabilité, et donc des actions qui ne soient pas purement anecdotiques. Les recherches avancent toutefois aussi dans ce domaine, et les entreprises s’approprient leurs résultats: c’est notamment le cas de Schneider Electric qui, main dans la main avec la CDC Biodiversité, branche de la Caisse des dépôts et des consignations, mène une expérience inédite. Pour réduire son empreinte écologique en particulier sur l’eau du faite de l’extraction de matières premières.

« Les entreprises, la biodiversité et le climat »

« Les  entreprises, la biodiversité et le climat »

Dans une tribune au « Monde » un collectif d’entreprises, associations professionnelles, ONG et chercheurs propose de fusionner les informations financières, sociales et environnementales des entreprises en un seul document, la « déclaration de performance intégrée », afin de faciliter la mutation de leur « modèle d’affaires »

 

Tribune. La crise systémique que nous vivons – et que le Covid-19 a révélée plus fortement – nous oblige tous à nous réinventer et à rendre possible ce qui ne l’était prétendument pas. En particulier, la transition écologique de nos modèles de production, de consommation et de nos sociétés apparaît plus que jamais comme une urgence de premier ordre, exigée par une grande majorité de Français ainsi que par la convention citoyenne pour le climat.

Pour être effective, une telle transition écologique doit porter sur l’évolution des modèles d’affaires des entreprises, de manière à les rendre compatibles avec la préservation de la biodiversité, du climat, des ressources naturelles et de la résilience des écosystèmes. Significativement, les dirigeants de trois grandes entreprises – Danone, MAIF, Pfizer France – viennent de lancer une « consultation citoyenne européenne pour repenser le rôle de l’entreprise dans la société ».

Mais poursuivre un tel objectif implique nécessairement une transformation forte et rapide des systèmes d’information utilisés par les entreprises. Les règles qui encadrent le reporting extra-financier des entreprises, la déclaration de performance extra-financière (DPEF) où sont consignées les informations concernant les dimensions sociales et environnementales de leurs activités, souffrent en particulier d’importantes lacunes, dans la mesure où elles ne permettent pas de rattacher véritablement les modèles d’affaires – reposant sur des bases financières – à des données extra-financières.

Dans le prolongement des recommandations de 2003 du Conseil national de la comptabilité (CNC), devenu Autorité des normes comptables (ANC) et de l’Autorité des marchés financiers (AMF), ainsi que du rapport Notat-Senard de mars 2018, l’enjeu déterminant consiste aujourd’hui à faire évoluer la DPEF en connectant données financières et données extra-financières dans une recherche de performance globale, avec ce que les professionnels appellent une déclaration de performance intégrée (DPI).

La DPI permettrait d’accompagner au plus près l’indispensable transition écologique en utilisant le nouveau concept comptable de coût à caractère environnemental, qui regroupe les dépenses environnementales (qui visent à prévenir, réduire ou réparer les dommages environnementaux) et les dépenses pour la transition écologique (qui visent à faire évoluer les modèles d’affaires).

Dans le contexte actuel des plans d’urgence et de relance, cette DPI serait un outil puissant de suivi de la réalité des fonds alloués par les entreprises à la transition écologique, en particulier pour celles qui bénéficient d’aides publiques.

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