Archive pour le Tag 'Berger'

Crise: jouer collectif et non de manière individuelle ou technocratique (Berger,CFDT)

Crise: jouer collectif et non de manière individuelle ou technocratique (Berger,CFDT)

 

Le secrétaire général de la CFDT paraît conscient de l’ampleur de la crise et propose de la gérer de manière plus collective en tenant compte des réalités sectorielles et locales et en intégrant les perspectives du monde d’après .

“Il y a sans doute plusieurs scénarios possibles, du moins pire au pire. Mais il n’y en n’a pas de bon. La récession qu’on est en train de connaître n’a sans doute pas de précédent dans l’histoire”, a déclaré Laurent Berger lors d’une interview accordée à Reuters.

“Soit on décide, parce que ça va être difficile, de rester planqués les uns et les autres (…), soit, on se relève les manches et on se dit : ‘qu’est ce qu’on fait’?”

La période de confinement a déjà entraîné en France une contraction de l’économie sans précédent, de près de 6% au premier trimestre.

Pour Laurent Berger, il va falloir travailler “filière par filière, territoire par territoire”, pour préserver un maximum d’emplois et en développer d’autres.

Il plaide notamment pour un meilleur accompagnement des entreprises, des aides renforcées pour les chômeurs, un transfert plus facile de compétences d’un secteur à l’autre, un soutien pour les jeunes arrivant sur le marché du travail et, surtout, des investissements massifs dans des secteurs créateurs d’emplois.

“J’ai redis au ministère du travail qu’il fallait jouer en offensif : où sont les secteurs où on peut créer de l’emplois? La transition écologique en est un”, dit le syndicaliste qui cite également le secteur des aides à la personne.

“Il y a beaucoup de raisons d’avoir des inquiétudes mais il y a beaucoup d’opportunités si on veut construire (…) un modèle économique plus vertueux sur la question sociale et environnementale, un modèle de société plus inclusif”, a-t-il souligné.

Ce modèle ne peut être imposé verticalement par l’exécutif, ajoute-t-il, appelant ainsi au lancement dès cet été d’une grande conférence sociale et écologique, réunissant corps intermédiaires et gouvernants, pour fixer les grands principes de cette réforme. »

La CGT Info’Com à l’origine d’insultes infamantes vis à vis de Laurent Berger

La CGT Info’Com à l’origine d’insultes infamantes vis à vis de Laurent Berger

Il est clair que le fossé se creuse de plus en plus entre les syndicats réformistes et les syndicats manipulés par les gauchistes. En ligne de mire des gauchistes figure Laurent Berger souvent attaqué  personnellement de manière ignoble. Ce week-end, le syndicat CGT des salariés de l’information et de la communication, la CGT Info’Com, a déclenché un torrent de critiques en publiant plusieurs affiches s’en prenant au chef de la CFDT, Laurent Berger, sur son compte Twitter.

la CGT Info’Com est toutefois allée trop loin, même pour son propre syndicat : la CGT a désavoué publiquement l’organisation, en condamnant dans un tweet «sans aucune réserve ces affiches. Ce type de communication ne fait que décrédibiliser l’action syndicale. À la CGT, nous avons d’autres arguments que ceux-là, ceux de l’intérêt des travailleurs et de la justice sociale», fustige la centrale de Montreuil. La CFDT a estimé que ces affiches étaient «ignobles». «Elles sont une insulte pour l’ensemble des salariés et agents qui votent pour la CFDT, ainsi que pour ses adhérents», a dit le syndicat dans un communiqué, condamnant «avec la plus grande fermeté» cette campagne.

« Travailler plus ». Laurent Berger CFDT règle ses comptes avec Macron

« Travailler plus ». Laurent Berger  CFDT règle ses comptes avec Macron

 

Une réaction assez curieuse et brutale de la part du secrétaire général de la CFDT qui oppose un non définitif à la proposition du gouvernement et du patronat de travailler plus pour compenser la perte de production pendant la crise sanitaire. D’une certaine façon,  il s’agit du réponse du » berger » à la bergère. En effet, Laurent Berger n’aura guère apprécié tout au long de l’épisode de la réforme des retraites et avant celle de l’Unedic- la position très étatiste de Macron qui en quelque sorte s’est complètement assis sur la concertation des partenaires sociaux. À de nombreuses reprises Laurent Berger a proposé sa médiation y compris d’ailleurs lors de la révolte des gilets jaunes.

À aucun moment il n’a été entendu et la stratégie du gouvernement a consisté à faire semblant d’écouter les organisations syndicales mais à poursuivre ses objectifs. Il est clair que le gouvernement aura besoin des partenaires sociaux pour engager des négociations sur la nécessité de redresser une économie qui va dans un premier temps se traduire par une vague de défaillance sans précédent et faire monter le chômage jusqu’à 20 % au lieu de 8 % 2019. Macron va sans doute promettre de  changer de logiciel, c’est-à-dire officiellement annoncé l’abandon de réformes qui n’ont jamais eu le soutien majoritaire de l’opinion publique.

Il va sans doute également tenter de proposer ce que Gilles Legendre vient d’appeler le « pacte républicain », c’est-à-dire une autre façon de gouverner en intégrant des analyses et des stratégies différentes de celles prises en compte jusque-là. Bref une forme de dialogue réel avec la société française. Le problème c’est que cette proposition intervient seulement pour faire admettre la rigueur. D’où cette réplique cinglante de la CFDT. Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a en effet jugé dimanche soir «indécente» la piste esquissée ce week-end par le gouvernement et le Medef qui consisterait à «travailler plus» à l’issue de la crise liée à l’épidémie de coronavirus pour redresser l’économie française.

Le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a estimé, dans une interview publiée dans nos colonnes samedi, qu’il faudrait à l’issue de la crise se poser la question «du temps de travail, des jours fériés et des congés payés» pour accompagner la reprise économique.

Le même jour, la secrétaire d’État à l’Économie Agnès Pannier-Runacher a prévenu qu’il faudrait «probablement travailler plus que nous ne l’avons fait avant» et «mettre les bouchées doubles pour créer de la richesse collective» à l’heure où la France fait face à la pire récession économique depuis 1945.«C’est totalement indécent», a réagi Laurent Berger sur France 2. «Aujourd’hui, les travailleurs comme tout le monde sont en train de payer le coût de cette crise. Ce n’est pas à eux de payer ensuite par des slogans qui sont lancés aujourd’hui, les vieilles lunes qui reviennent».

«Puisque certains, notamment le patronat, veulent parler de la suite, on ferait mieux de parler de comment les entreprises contribueront demain au bien commun, quels seront leurs engagements pour développer une économie plus vertueuse», a-t-il ajouté, jugeant la polémique «indigne». Le numéro un de la centrale réformiste a par ailleurs estimé que la réforme des retraites – suspendue en raison de la crise liée à l’épidémie de coronavirus – n’était «plus d’actualité».

Laurent Berger, CFDT: le gouvernement commet toujours les mêmes erreurs de ne pas faire confiance aux acteurs économiques

Laurent Berger, CFDT: le gouvernement commet toujours les mêmes erreurs de ne pas faire confiance aux acteurs économiques

 

A l’unisson du président du Medef, le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, en appelle à « un esprit de concorde » pour limiter l’impact économique de l’épidémie et protéger la santé des salariés exposés à un risque de contamination sur leur lieu de travail. « On rentre dans une période où l’on ne sait pas de quoi demain sera fait, confie Laurent Berger ( une interview au JDD.)

 

Dans une déclaration commune au JDD samedi, Geoffroy Roux de Bézieux, qui préside l’organisation patronale, et Laurent Berger scellent un peu plus leur union de circonstance. « Dans la période cruciale que le pays traverse, nous pensons que l’activité économique doit se poursuivre dans le respect absolu de la sécurité des collaborateurs », estiment-ils ensemble.

 

Peut-on imaginer une sorte d’union sacrée entre patronat et syndicat au nom de la sauvegarde de l’emploi?
Dès le départ, j’avais dit que traverser cette crise nécessiterait responsabilité et solidarité. Ne cherchons pas des coupables, mais faisons face, ensemble, à différents enjeux. D’abord, sanitaires pour que la transmission du virus soit limitée en respectant les mesures barrières. Ensuite, sociaux en mettant en place des dispositifs de soutien à l’emploi afin d’éviter des suppressions de postes massives. Et en protégeant ceux qui sont obligés de travailler car c’est essentiel pour la population. Oui, nous pouvons entre organisations syndicales et patronales avoir un discours qui converge, et c’est tant mieux. Nous sommes tous des citoyens, soucieux que l’économie ne se casse pas la figure et préoccupés par la situation sanitaire de tous les travailleurs.

Nous nous sommes parlé jeudi, nous avons envoyé un message unitaire : il faut préserver la santé et la sécurité des salariés, dans le dialogue social. Les huit organisations sont dans un esprit extrêmement constructif car nous savons tous que la survie de l’emploi est importante. Bien sûr, il y a des points de divergences. Mais le combat sanitaire, social, économique à mener impose qu’on se parle, qu’on réunisse les comités sociaux et économiques, qu’on regarde les conditions d’exercice des métiers. Ne pas se déchirer n’enlève pas l’exigence mutuelle.

Les ordonnances qui assouplissent le code du travail ne risquent-elle pas de casser cette unité?
On rentre dans une période où l’on ne sait pas de quoi demain sera fait. Les inquiétudes sont fortes et il faut se laisser un maximum de latitude pour sauvegarder l’emploi. Et cela passe par le dialogue social. Je comprends que c’est aussi ce que pense le Medef. Et là, le gouvernement dit que par décision unilatérale, l’employeur pourra revoir les horaires de travail, l’attribution des congés payés, de jours de repos… Si on voulait être contre-productif face à cet esprit de concorde, c’est exactement ce qu’il fallait faire! Le gouvernement ne nous fait pas confiance. Je ne comprends pas cette obstination à décider à la place des acteurs. C’est une profonde erreur. Nous avons déposé des propositions d’aménagements en conditionnant ces assouplissements à la signature d’un accord d’entreprise. Faisons confiance à l’intelligence collective!

 
Nous redoutons bien sur que cette crise sanitaire entraîne une crise économique profonde et longue. A terme, il faudra redéfinir nos priorités, les moyens à attribuer au service public, mieux reconnaître des métiers qui apparaissent aujourd’hui essentiels. La vie d’une caissière ou d’une personne qui traite les déchets n’est pas moins importante que celle d’un ingénieur qui fait du télétravail.

J’entends ces tensions qui montent entre les télétravailleurs et les autres. Mais c’est le travail de tous ceux qui assurent la continuité de services primordiaux qui doit être mieux considéré. Demain, j’espère que plus personne n’oubliera de dire « bonjour, merci » à celle qui sera restée en poste au supermarché. Cette crise remettra peut-être au goût du jour la solidarité et le dialogue social à tous les étages. En attendant, il faut serrer les rangs en ayant une discipline individuelle sur le confinement.

Les mesures prises par le gouvernement vous paraissent-elles adaptées à cette crise inédite?
L’Etat a pris en compte les salariés des particuliers employeurs en leur donnant accès au chômage partiel, il a repoussé les expulsions locatives, maintenu les allocations des chômeurs en fin de droit, activé les actions de formation… Il ne serait pas de bon ton de dire qu’ils n’ont rien fait. Mais la vraie préoccupation, c’est l’acheminement des matériels de protection auprès des soignants et de tous ceux qui travaillent tant dans l’alimentation, les transports que pour les travailleurs sociaux qui interviennent dans les centres d’hébergement, auprès des enfants en difficultés… Moi aussi, je me mets à la fenêtre tous les soirs pour applaudir les personnels médicaux et tous les autres. Les appels à la solidarité sont essentiels et les actions doivent suivre.

Retrait de l’âge pivot, victoire pour tous les salariés » (Laurent Berger)

Retrait de l’âge pivot, victoire pour tous les salariés » (Laurent Berger) 

Après le retrait de, l’âge pivot de 64 ans  le secrétaire général de la CFDT s’explique dans JDD : ­

 

Le Premier ministre a annoncé samedi le retrait de l’âge pivot à 64 ans du projet de loi. Êtes-vous satisfait?
Je m’en réjouis, et c’est grâce à ­l’action de la CFDT. Nous ­voulions que le gouvernement retire ce point de désaccord profond que nous avions : l’âge pivot. Il ne ­figurera plus dans le projet de loi présenté en Conseil des ministres le 24 janvier. C’est une victoire pour tous les salariés, qui devaient ­travailler plus longtemps à ­partir de 2022 à cause d’une mesure injuste.

 

Vous attendiez-vous à cette décision d’Edouard Philippe?
Lors de la réunion de vendredi avec le Premier ministre, nous avons senti une volonté d’écoute. Je pense que l’opposition forte de l’opinion à cette mesure, qui s’est notamment traduite par le succès de notre ­pétition, a aussi beaucoup joué. Je souligne que le Premier ministre a été capable de bâtir ce compromis. Le gouvernement a fait un geste, et nul ne peut le contester. Mais ce retrait n’est pas un chèque en blanc. Pour la CFDT, le retrait de l’âge pivot est une victoire, mais c’est aussi une part de risque. ­Maintenant, le travail ­commence et il va falloir poursuivre notre action pour faire valoir nos propositions et revendications. […]

Appelez-vous à la fin de la grève, notamment dans les transports, après ce geste du gouvernement?
J’ai pour habitude de ­respecter mes interlocuteurs et leurs choix. Nous n’avons pas de leçons à ­donner aux autres. Mais, dans une période d’hystérie collective, nous avons besoin de sortir de cette situation de blocage qui fatigue beaucoup les Français.

Affrontement Berger Macron: duel du paritarisme contre la théocratie

Affrontement   Berger  Macron: duel du paritarisme  contre  la théocratie

 

Officiellement il y a confrontation entre le premier ministre et Laurent Berger de la CFDT sur les questions centrales de la réforme des retraites, en particulier concernant sa justice et son efficacité. Il y a aussi une opposition totale sur les conditions de la gouvernance du risque retraite. Une gouvernance parfaitement assumée par les partenaires sociaux pour l’Agirc-Arrco (  caisses complémentaires).Mais il s’agit  là d’un affrontement plus fondamental entre deux conceptions du progressisme. Macron se revendique de cette idéologie mais ne conçoit sa mise en œuvre que de manière théocratique. Pour parler simple, tout doit être centralisé, voire étatisé et lui seul doit décider des orientations. À l’inverse, la CFDT a toujours milité en faveur d’un progressisme qui privilégie le paritarisme. Or toute la droite française, le Medef et  la technocratie méprisent en fait le paritarisme et réduisent le rôle des syndicats à la gestion de quelques activités sociales comme l’arbre de Noël ou les colonies de vacances. En France, l’ancien régime a évidemment disparu mais on a gardé le contenu monarchique des processus de décision. C’est évidemment un véritable  drame pour le pays qui se caractérise par le plus fort taux de conflictualité au monde. Régulièrement, la France est agitée par des mouvements sociaux ingérables parce qu’il n’y a pas la volonté d’aboutir de la part du pouvoir et que souvent il n’y a pas non plus l’envie,  la capacité et les compétences de parvenir à un compromis du côté de certains syndicats radicaux.

De sorte que nombre de syndicats se complaisent  dans des postures uniquement de protestation avec des revendications irréalisables justement pour n’avoir pas à s’inscrire dans la construction d’un compromis. Bref des centrales  plus proches d’organisation politique que d’une organisation syndicale . Progressivement, les choses évoluent et la CFDT est devenue le premier syndicat de France justement du fait de ce qui le caractérise à savoir: le progressisme via le  paritarisme. Les syndicats réformistes sont aujourd’hui majoritaires en France avec la CFDT bien sûr mais aussi l’UNSA, la CFTC et la CGC. Reste que dans la rue,  les syndicats radicaux tiennent sans discussion le pavé mais dans les entreprises ce sont les syndicats réformistes qui dominent.

Le problème des syndicats réformistes, c’est que Macron ne leur facilite pas la tâche en adoptant une posture d’indifférence totale vis-à-vis des corps intermédiaires y compris les syndicats quand ce n’est pas une attitude méprisante. La CFDT a ainsi été humiliée à plusieurs reprises. Ainsi lors du mouvement des gilets jaunes Laurent Berger avait proposé rapidement une table ronde sociale pour que le pouvoir trouve des interlocuteurs susceptibles de mettre fin  à ce mouvement très contradictoire de nature gauchiste, corporatiste et anarchiste. Macron n’a jamais répondu à cette proposition de médiation. Il en a payé le prix fort en acceptant de satisfaire des revendications d’un cout de près de 15 milliards. Le second sujet de conflit entre Macron et Berger est venu des ASSEDIC;  là le gouvernement à posé de telles conditions qu’il était impossible d’aboutir dans les délais à une réforme partagée par les partenaires sociaux. Du coup, le gouvernement a tranché à la hache contre notamment l’avis  de la CFDT. C’est donc avec les retraites, le troisième sujet d’affrontement avec Macron. Macron qui n’a déjà pas beaucoup de respect pour  les corps intermédiaires, y compris le Parlement voire même ses collaborateurs entretient évidemment des relations assez ésotériques avec les syndicats. Si le chef de l’État ne parvient pas à surmonter son opposition aux revendications de la CFDT et plus généralement des syndicats réformistes, il en paiera le prix politique car les voix qu’il grappille régulièrement à droite ne compenseront pas les voies de gauche qui ont permis son élection. Le plus grave dans l’affaire, c’est que le chef de l’État favorise la chienlit sociale dont  les conséquences ne seront pas sans effets sur une activité économique déjà chancelante puisqu’on prévoit pour  l’année 2020 une toute petite croissance de 1 %, et encore sans éclatement de bulle financière.

Duel Berger (CFDT)- Macron: l’affrontement du paritarisme contre la théocratie

Duel  Berger  (CFDT)-Macron: l’affrontement du paritarisme contre  la théocratie

 

Officiellement il y a confrontation entre le premier ministre et Laurent Berger de la CFDT sur les questions centrales de la réforme des retraites, en particulier concernant sa justice et son efficacité. Il y a aussi une opposition totale sur les conditions de la gouvernance du risque retraite. Une gouvernance parfaitement assumée par les partenaires sociaux pour l’Agirc-Arrco (  caisses complémentaires).Mais il s’agit  là d’un affrontement plus fondamental entre deux conceptions du progressisme. Macron se revendique de cette idéologie mais ne conçoit sa mise en œuvre que de manière théocratique. Pour parler simple, tout doit être centralisé, voire étatisé et lui seul doit décider des orientations. À l’inverse, la CFDT a toujours milité en faveur d’un progressisme qui privilégie le paritarisme. Or toute la droite française, le Medef et  la technocratie méprisent en fait le paritarisme et réduisent le rôle des syndicats à la gestion de quelques activités sociales comme l’arbre de Noël ou les colonies de vacances. En France, l’ancien régime a évidemment disparu mais on a gardé le contenu monarchique des processus de décision. C’est évidemment un véritable  drame pour le pays qui se caractérise par le plus fort taux de conflictualité au monde. Régulièrement, la France est agitée par des mouvements sociaux ingérables parce qu’il n’y a pas la volonté d’aboutir de la part du pouvoir et que souvent il n’y a pas non plus l’envie,  la capacité et les compétences de parvenir à un compromis du côté de certains syndicats radicaux.

De sorte que nombre de syndicats se complaisent  dans des postures uniquement de protestation avec des revendications irréalisables justement pour n’avoir pas à s’inscrire dans la construction d’un compromis. Bref des centrales  plus proches d’organisation politique que d’une organisation syndicale . Progressivement, les choses évoluent et la CFDT est devenue le premier syndicat de France justement du fait de ce qui le caractérise à savoir: le progressisme via le  paritarisme. Les syndicats réformistes sont aujourd’hui majoritaires en France avec la CFDT bien sûr mais aussi l’UNSA, la CFTC et la CGC. Reste que dans la rue,  les syndicats radicaux tiennent sans discussion le pavé mais dans les entreprises ce sont les syndicats réformistes qui dominent.

Le problème des syndicats réformistes, c’est que Macron ne leur facilite pas la tâche en adoptant une posture d’indifférence totale vis-à-vis des corps intermédiaires y compris les syndicats quand ce n’est pas une attitude méprisante. La CFDT a ainsi été humiliée à plusieurs reprises. Ainsi lors du mouvement des gilets jaunes Laurent Berger avait proposé rapidement une table ronde sociale pour que le pouvoir trouve des interlocuteurs susceptibles de mettre fin  à ce mouvement très contradictoire de nature gauchiste, corporatiste et anarchiste. Macron n’a jamais répondu à cette proposition de médiation. Il en a payé le prix fort en acceptant de satisfaire des revendications d’un cout de près de 15 milliards. Le second sujet de conflit entre Macron et Berger est venu des ASSEDIC;  là le gouvernement à posé de telles conditions qu’il était impossible d’aboutir dans les délais à une réforme partagée par les partenaires sociaux. Du coup, le gouvernement a tranché à la hache contre notamment l’avis  de la CFDT. C’est donc avec les retraites, le troisième sujet d’affrontement avec Macron. Macron qui n’a déjà pas beaucoup de respect pour  les corps intermédiaires, y compris le Parlement voire même ses collaborateurs entretient évidemment des relations assez ésotériques avec les syndicats. Si le chef de l’État ne parvient pas à surmonter son opposition aux revendications de la CFDT et plus généralement des syndicats réformistes, il en paiera le prix politique car les voix qu’il grappille régulièrement à droite ne compenseront pas les voies de gauche qui ont permis son élection. Le plus grave dans l’affaire, c’est que le chef de l’État favorise la chienlit sociale dont  les conséquences ne seront pas sans effets sur une activité économique déjà chancelante puisqu’on prévoit pour  l’année 2020 une toute petite croissance de 1 %, et encore sans éclatement de bulle financière.

Entre Berger- et Macron, le choc des deux réformismes »( Guy Groux , sociologue à Sciences Po)

Entre Berger- et Macron, le choc des deux réformismes »( Guy Groux , sociologue à Sciences Po)

 

Pour Guy Groux, sociologue, Centre de recherches politiques de Sciences Po, Cevipof, le projet de société de la première centrale syndicale française heurte de plein fouet celui du président de la République, l’affrontement entre un progressisme théocratique et un progressisme démocratique.

 

 

« Avant d’entamer un nouveau cycle d’échanges avec les partenaires sociaux, le premier ministre, Edouard Philippe, a évoqué, dans son discours du mercredi 11 décembre sur le régime universel des retraites, la question de l’âge pivot, ne tenant ainsi aucun compte des exigences de la CFDT dont l’adhésion au principe de la réforme était pourtant quasiment acquise.

Il ne s’agit pas d’un incident de parcours. Quelles qu’en soient les suites, cet épisode reflète les rapports ambigus tissés par l’exécutif, et surtout par Emmanuel Macron, avec la première organisation syndicale française. Certes, l’un et l’autre se veulent résolument réformistes, mais derrière les mots se cachent de profonds clivages quant au rôle des syndicats dans les mutations de la société française.

Pour Emmanuel Macron, la place des syndicats, c’est d’abord dans l’entreprise (et au mieux la gestion conventionnelle des professions). Le président de la République contredit ainsi ce qui constitue l’un des traits profonds voire historique de l’identité de la CFDT. Certes, pour celle-ci l’entreprise est à l’évidence un lieu privilégié de l’action syndicale mais, dans le même temps, elle revendique un rôle beaucoup plus sociétal : elle se veut porteuse de propositions qui concernent l’ensemble de la société et des champs aussi divers que le modèle de développement économique, la création de solidarités qui dépassent les corporatismes d’hier, le partage du pouvoir dans l’entreprise.

En mars, la CFDT a produit avec la Fondation Nicolas Hulot, la Fondation Abbé Pierre et ATD Quart Monde, un manifeste qui exige de « changer de modèle de développement » et qui, face au réchauffement climatique, met la question sociale et écologique au cœur de la société. On retrouve ici le ton de la CFDT des années 1970, qui dénonçait déjà les « dégâts du progrès », l’idéologie productiviste et les risques liés à l’industrie nucléaire.

Le soutien de la CFDT à la réforme actuelle des retraites fut a priori évident, et pour cause. Bien avant l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, elle revendiquait, lors d’un congrès tenu à Tours en 2010, la création d’un régime universel par points, à ses yeux plus équitable. On retrouve là le principe des « nouvelles solidarités » que la CFDT mit en avant dès les années 1980 dans une France touchée par des exclusions et des précarités sociales massives. Face à une protection sociale et une Assurance-maladie financées par les seuls revenus du travail, il s’agissait de faire appel à d’autres sources de revenus liés au capital ou au patrimoine, tout en brisant les séparations de statut entre secteurs privé et public, voire entre activités salariées ou non. Outre ses positions en faveur de retraites plus équitables, c’est dans ce cadre que se sont développées les luttes de la CFDT en faveur de la CSG, de la CMU ou du RMI. »

Berger- CFDT et Macron, le choc des deux réformismes »( Guy Groux , sociologue à Sciences Po)

Berger- CFDT et Macron, le choc des deux réformismes »( Guy Groux , sociologue à Sciences Po)

Pour Guy Groux, sociologue, Centre de recherches politiques de Sciences Po, Cevipof, le projet de société de la première centrale syndicale française heurte de plein fouet celui du président de la République, l’affrontement entre un progressisme théocratique et un progressisme démocratique.

 

 

« Avant d’entamer un nouveau cycle d’échanges avec les partenaires sociaux, le premier ministre, Edouard Philippe, a évoqué, dans son discours du mercredi 11 décembre sur le régime universel des retraites, la question de l’âge pivot, ne tenant ainsi aucun compte des exigences de la CFDT dont l’adhésion au principe de la réforme était pourtant quasiment acquise.

Il ne s’agit pas d’un incident de parcours. Quelles qu’en soient les suites, cet épisode reflète les rapports ambigus tissés par l’exécutif, et surtout par Emmanuel Macron, avec la première organisation syndicale française. Certes, l’un et l’autre se veulent résolument réformistes, mais derrière les mots se cachent de profonds clivages quant au rôle des syndicats dans les mutations de la société française.

Pour Emmanuel Macron, la place des syndicats, c’est d’abord dans l’entreprise (et au mieux la gestion conventionnelle des professions). Le président de la République contredit ainsi ce qui constitue l’un des traits profonds voire historique de l’identité de la CFDT. Certes, pour celle-ci l’entreprise est à l’évidence un lieu privilégié de l’action syndicale mais, dans le même temps, elle revendique un rôle beaucoup plus sociétal : elle se veut porteuse de propositions qui concernent l’ensemble de la société et des champs aussi divers que le modèle de développement économique, la création de solidarités qui dépassent les corporatismes d’hier, le partage du pouvoir dans l’entreprise.

En mars, la CFDT a produit avec la Fondation Nicolas Hulot, la Fondation Abbé Pierre et ATD Quart Monde, un manifeste qui exige de « changer de modèle de développement » et qui, face au réchauffement climatique, met la question sociale et écologique au cœur de la société. On retrouve ici le ton de la CFDT des années 1970, qui dénonçait déjà les « dégâts du progrès », l’idéologie productiviste et les risques liés à l’industrie nucléaire.

Le soutien de la CFDT à la réforme actuelle des retraites fut a priori évident, et pour cause. Bien avant l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, elle revendiquait, lors d’un congrès tenu à Tours en 2010, la création d’un régime universel par points, à ses yeux plus équitable. On retrouve là le principe des « nouvelles solidarités » que la CFDT mit en avant dès les années 1980 dans une France touchée par des exclusions et des précarités sociales massives. Face à une protection sociale et une Assurance-maladie financées par les seuls revenus du travail, il s’agissait de faire appel à d’autres sources de revenus liés au capital ou au patrimoine, tout en brisant les séparations de statut entre secteurs privé et public, voire entre activités salariées ou non. Outre ses positions en faveur de retraites plus équitables, c’est dans ce cadre que se sont développées les luttes de la CFDT en faveur de la CSG, de la CMU ou du RMI. »

Macron-Berger ( CFDT): l’affrontement du progressisme contre la théocratie

Macron-Berger ( CFDT): l’affrontement du progressisme contre la théocratie

 

Officiellement il y a confrontation entre le premier ministre et Laurent Berger de la CFDT sur les questions centrales de la réforme des retraites, en particulier concernant sa justice et son efficacité. Il y a aussi une opposition totale sur les conditions de la gouvernance du risque retraite. Une gouvernance parfaitement assumée par les partenaires sociaux pour l’Agirc-Arrco (  caisses complémentaires).Mais il s’agit  d’un affrontement plus fondamental entre deux conceptions du progressisme. Macron se revendique de cette idéologie mais ne conçoit sa mise en œuvre que de manière théocratique. Pour parler simple, tout doit être centralisé, voire étatiser et lui seul doit décider des orientations. À l’inverse, la CFDT a toujours milité en faveur d’un progressisme qui privilégie le paritarisme. Or toute la droite française, le Medef et  la technocratie méprisent en fait le paritarisme et réduisent le rôle des syndicats à la gestion de quelques activités sociales comme l’arbre de Noël ou les colonies de vacances. En France, l’ancien régime a évidemment disparu mais on a gardé le contenu monarchique des processus de décision. C’est évidemment un véritable  drame pour le pays qui se caractérise par le plus fort taux de conflictualité au monde. Régulièrement, la France est agitée par des mouvements sociaux ingérables parce qu’il n’y a pas la volonté d’aboutir de la part du pouvoir et que souvent il n’y a pas non plus l’envie,  la capacité et les compétences de parvenir à un compromis du côté de certains syndicats radicaux. De sorte que nombre de syndicats se complaisent  dans des postures uniquement de protestation avec des revendications irréalisables justement pour n’avoir pas à s’inscrire dans la construction d’un compromis. Bref des centrales  plus proches d’organisation politique que d’une organisation syndicale . Progressivement, les choses évoluent et la CFDT est devenue le premier syndicat de France justement du fait de ce qui le caractérise à savoir le progressisme via le  paritarisme. Les syndicats réformistes sont aujourd’hui majoritaires en France avec la CFDT bien sûr mais aussi l’UNSA, la CFTC et la CGC. Reste que dans la rue,  les syndicats radicaux tiennent sans discussion le pavé mais dans les entreprises ce sont les syndicats réformistes qui dominent. Le problème des syndicats réformistes, c’est que Macron ne leur facilite pas la tâche en adoptant une posture d’indifférence totale vis-à-vis des corps intermédiaires y compris les syndicats quand ce n’est pas une attitude méprisante. La CFDT a ainsi été humiliée à plusieurs reprises. Ainsi lors du mouvement des gilets jaunes Laurent Berger avait proposé rapidement une table ronde sociale pour que le pouvoir trouve des interlocuteurs susceptibles de mettre fin  à ce mouvement très contradictoire de nature gauchiste, corporatiste et anarchiste. Macron n’a jamais répondu à cette proposition de médiation. Il en a payé le prix fort en acceptant de satisfaire des revendications d’un cout de près de 15 milliards. Le second sujet de conflit entre Macron et Berger est venue des ASSEDIC;  là le gouvernement à posé de telles conditions qu’il était impossible d’aboutir dans les délais à une réforme partagée par les partenaires sociaux. Du coup, le gouvernement a tranché à la hache contre notamment l’avis  de la CFDT. C’est donc avec les retraites, le troisième sujet d’affrontement avec Macron. Macron qui n’a déjà pas beaucoup de respect pour  les corps intermédiaires, y compris le Parlement voir même ses collaborateurs entretient évidemment des relations assez ésotériques avec les syndicats. Si le chef de l’État ne parvient pas à surmonter son opposition aux revendications de la CFDT et plus généralement des syndicats réformistes, il en paiera le prix politique car les voix qu’il grappille régulièrement à droite ne compenseront pas les voies de gauche qui ont permis son élection. Le plus grave dans l’affaire, c’est que le chef de l’État favorise la chienlit sociale dont  les conséquences ne seront pas sans effets sur une activité économique déjà chancelante puisqu’on prévoit pour  l’année 2020 une toute petite croissance de 1 %, et encore sans éclatement de bulle financière.

Laurent Berger (CFDT) : « Non au report de l’âge de la retraite »

Laurent Berger (CFDT) : « Non au report de l’âge de la retraite  »

Laurent Berger n’est pas coutumier des coups de gueule médiatique, ce n’est pas la style du personnage. C’est discrètement et de manière responsable et efficace qu’il a réussi à faire de la CFDT le premier syndicat français. Un syndicalisme de négociation dont l’objet est d’aboutir à des compromis qui font avancer les conditions sociales. Pas un syndicalisme tapageur et radical qui promet la révolution politique  totale au moindre soubresaut social. Mais pour être discret Berger et  la CFDT n’en sont pas pour autant aveugles. Depuis toujours, la CFDT se doute que derrière les grands principes d’universalité auxquels elle adhère, se dissimule malheureusement aussi des intentions de faire baisser le nombre de bénéficiaires de la retraite et de diminuer le niveau de celles-ci. Certes la CFDT est consciente du déséquilibre démographique qui impose des évolutions, elle milite aussi pour davantage de justice entre le régime général et les régimes spéciaux mais elle ne veut pas que la réforme des retraites se réduise à une simple amputation des dépenses au détriment uniquement des pensions. Par ailleurs , la CFDT est au fait des contradictions au sein même du gouvernement entre par exemple Macon et Édouard Philippe. La CFDT sait  aussi que le gouvernement actuel se positionne sur le dossier pour contrebalancer les orientations des républicains qui proposent un retour à 65 ans. Dans une interview aux « Echos », le secrétaire général de la CFDT dénonce donc « une réforme qui est censée corriger les injustices du système actuel et qui va commencer par les accroître » et annonce que la CFDT va appeler à manifester le 17 décembre sur ses propres revendications. « Voir que le compromis est à portée de main et le balayer pour une question de dogmatisme budgétaire est une profonde erreur », estime le syndicaliste. En outre la transition va surtout être caractérisée pendant au moins une quinzaine d’années de multiples régimes en fonction de la date de naissance, des transitions des régimes spéciaux et des exceptions consenties à certaines catégories de fonctionnaires

 

Face aux violences gratuites, relégitimer le principe d’autorité (Maurice Berger, pédopsychiatre)

Face aux violences gratuites,  relégitimer le principe d’autorité (Maurice Berger, pédopsychiatre)

 

Interview le Figaro.

Les violences gratuites sont en augmentation constante en France. Pour le pédopsychiatre Maurice Berger, auteur d’un livre sur son expérience auprès des adolescents hyperviolents, elles sont le fruit de facteurs psychologiques et culturels.

 

En tant que pédopsychiatre dans un centre éducatif renforcé (CER), vous êtes confronté quotidiennement aux jeunes qui commettent des «violences gratuites». Un terme revient souvent dans le débat public, surtout récemment: jugez-vous que l’on assiste à un «ensauvagement» de la société?

Maurice BERGER.- Toutes les deux minutes, une plainte est déposée à la police pour une violence gratuite et tout citoyen peut être confronté à une telle agression. Pour moi, l’ensauvagement, c’est lorsque la parole ne fait plus tiers, lorsqu’existe un différend même minime entre individus. Il y a quelques années, 85 % des mineurs traduits devant la justice changeaient de comportement après leur rencontre avec l’institution judiciaire, la parole du juge. Ils ne sont plus que 65% actuellement, et c’est d’eux dont je parle ici. L’impulsivité prime, l’autre n’est plus considéré que comme un objet sur lequel décharger la tension qu’on ressent dans l’immédiateté, comme une gêne à éliminer. Ceci soulève la question de savoir quelles sont conditions nécessaires pour qu’un individu se civilise.

En tant que médecin, j’affirme que ces comportements extrêmes sont de plus en plus fréquents et de plus en plus grave.

Cette évolution n’est pas soudaine, j’en écrivais la certitude en 1992. L’attitude des gouvernements successifs a été de penser implicitement «après moi, le déluge», déluge qui est là maintenant ; et aussi de se plier à une idéologie qui définit comme «sécuritaire» et animée d’intentions électorales toute personne qui alarme sur ce sujet. En tant que médecin qui, depuis 40 ans, a le plus travaillé en France sur la prise en charge des enfants et adolescents violents, j’affirme que ces comportements extrêmes sont de plus en plus fréquents et de plus en plus graves. Un facteur parmi d’autres est l’impunité importante concernant la première atteinte aux personnes, que j’appelle le droit de tabassage. En réadaptation fonctionnelle où je travaille aussi, je reçois des adultes qui gardent à vie des séquelles physiques ou cérébrales définitives après une agression pour un supposé mauvais regard, et dont l’agresseur mineur n’est puni que d’un sursis car il n’était pas récidiviste. La vie ou la qualité de la vie restante de la victime est ainsi démonétisée. Or c’est simple, quand on n’est pas puni, on recommence.

À partir de votre expérience, vous choisissez d’écrire ce livre pour dénoncer certaines idées reçues sur la violence: selon vous, l’explication par la «ghettoïsation» et la «stigmatisation» n’est pas la bonne, pourquoi?

Car lorsqu’il existe de graves dysfonctionnements familiaux, donner 3 000 euros à une famille tous les mois n’arrêtera pas, par exemple, un homme de frapper sa femme devant leurs enfants petits, maltraitance qui est souvent liée dans mes recherches à une culture intégrant l’inégalité homme-femme. 69 % des adolescents très violents ont été exposés à des scènes de violences conjugales pendant les deux premières années de leur vie. Ils ont en eux l’image violente de leur père qui resurgit lorsqu’ils subissent une bousculade ou un mauvais regard.

 

Détruire, comme frapper, est le jeu de ceux qui n’ont pas d’imagination.

Les causes premières de la violence se situent dans la petite enfance. Les mères elles-mêmes ont souvent eu une enfance tellement désastreuse qu’elles sont incapables de sourire à leur bébé, de lui parler, de comprendre quand il a besoin d’être rassuré par un câlin. Surtout, ces parents ne jouent jamais avec leur enfant petit (les jeux vidéos ne sont pas de vrais jeux). Ces enfants n’apprennent jamais le «faire semblant», et devenus adolescents, leur pensée est pauvre, le mot qui revient le plus souvent dans mes entretiens est «normal», sans plus d’explication sur leurs actes. Quand on n’a pas joué à faire des accidents avec des petites voitures, ou avec des figurines de pompiers qui viennent éteindre le feu en faisant «pin pon», on ne sait jouer qu’en vrai. Un jeune m’explique «on s’ennuyait, alors on a mis le feu à un entrepôt» (coût 1.700.00 euros totalement remboursés par les assurances responsabilité civile scolaires). Pas de «comme si» signifie que tout mot peut être pris au sens littéral. Ces adolescents ne comprennent pas le mot «rêvasser». Quand je demande ce qu’ils feraient s’ils gagnaient un million d’euros au loto, rêverie universelle, la réponse est «votre question est bête, je n’y penserai que lorsque j’aurai le million posé devant moi». Dans ce contexte, détruire, comme frapper, est le jeu de ceux qui n’ont pas d’imagination. Faire venir les pompiers pour les attaquer n’est pas une révolte contre l’uniforme en général, c’est un jeu des plus sommaires, qui peut être à «mort réelle». Il est évident qu’avec une pensée aussi endommagée, la scolarité au collège unique est vouée à l’échec et que ces sujets ne progressent qu’avec des dispositifs qui passent par des apprentissages manuels: «Il faut me montrer pour que je comprenne».

Faute d’attention et d’échanges avec leurs parents, certains jeunes que vous accompagnez ne sont même pas capables de reconnaître les émotions d’autrui…

Un bébé ne sait qu’il sourit que s’il rencontre un sourire en miroir sur le visage du parent, il ne reconnaît ses émotions que si un adulte lui nomme ce qu’il ressent. Conséquence, certains de ces jeunes ne sont pas capables de comprendre la structure d’un visage. Les émotions qu’exprime le visage d’autrui peuvent être aussi indéchiffrables et ses mimiques sont alors interprétées comme menaçantes, donc il faut l’attaquer.

Aucun des jeunes que j’ai rencontrés n’a manifesté de réel sentiment de culpabilité pour ses violences.

Le plus grave est l’absence d’empathie, de capacité de comprendre ce que l’autre peut ressentir. Ainsi je demande à un jeune qui a mis un adulte dans le coma pour un supposé mauvais regard, pourquoi il n’a pas tué sa victime. Réponse: «parce qu’un copain m’a tiré en arrière par mon sweat». Je l’interroge sur ce que cela aurait fait à la mère de sa victime si son fils était mort. «Elle aurait été triste un moment, puis il faut passer à autre chose, ne pas s’apitoyer toute sa vie, c’est ballot. Il aurait dû mourir un jour de toute manière». Aucun des jeunes que j’ai rencontrés n’a manifesté de réel sentiment de culpabilité pour ses violences, ce qui est très déstabilisant pour les professionnels, il faut passer par d’autres voies.

En quoi les structures familiales sont-elles en partie responsables de l’apparition de comportements violents?

Je demande à chaque jeune que je rencontre de me raconter son histoire, et il apparaît que dans la région où je travaille, la grande majorité de ces mineurs sont issus de l’immigration originaire du Maghreb. Ce qui m’a amené à travailler à partir des écrits de psychologues maghrébins, et les membres de l’équipe de Centres Éducatifs Renforcés, en majorité originaires eux aussi d’Afrique du Nord, m’ont aidé à comprendre.

Les codes du groupe priment sur la loi extérieure.

Les familles concernées ici, et ce n’est pas le cas de toutes les familles d’origine maghrébine en France, où prime la solidarité, ont un fonctionnement clanique, c’est un corps dont chaque individu est un membre, sous l’autorité d’un patriarche ou d’une matriarche. Si un sujet s’éloigne géographiquement, ou se met à penser différemment, le groupe se vit comme amputé d’un membre et va chercher à le récupérer. Alors que le but d’une famille devrait être que les parents cherchent à ce que leur enfant se construise une pensée personnelle et puisse s’éloigner d’eux pour se construire un projet personnel, dans une famille clanique le mode de pensée est indifférencié, le but n’est pas qu’un sujet pense par lui-même, son identité est d’abord d’appartenir au groupe. Ainsi 50% des jeunes admis au CER ont pour projet de vivre à l’âge adulte dans l’appartement familial ou dans le même immeuble, et quand je demande ce qui se passerait si leur épouse souhaitait un appartement avec plus d’intimité, la réponse est «elle dégage». Dans ce cadre indifférencié, certains parents nous déclarent avoir décidé de ne jamais dire non à leur enfant! Les conséquences de ce fonctionnement sont d’abord que les codes du groupe priment sur la loi extérieure. Et la représentation que ces jeunes ont de la relation n’est pas de personne à personne mais de groupe à groupe. Si l’un d’eux est en difficulté dans une relation, il rameute son groupe: «mes frères vont venir te tuer». Un autre demande que le stage professionnel que l’éducateur lui cherche se situe précisément dans l’arrondissement où il vit. Le terme de ghettoïsation est donc inexact, car on est enfermé dans un ghetto ; alors qu’ici au contraire, la contrainte est intérieure, autosécrétée, car c’est l’éloignement qui est angoissant, en pensée, ou physiquement hors du territoire.

En quoi la réponse judiciaire est-elle insuffisante? Comment «mettre une butée», pour reprendre votre expression?

Le plus souvent, il n’y a pas eu d’interdit cohérent dans ces familles, mais des moments de collage alternant avec des moments de rejet.

Ces jeunes ont besoin d’un interdit d’agir réel, d’une butée matérialisée, pour comprendre que la loi a une existence.

Les pères sont souvent partis car pas intéressés par l’enfant. Dans ces conditions, aucune loi ne peut être intégrée, sauf celle du plus fort. Nous, nous n’avons pas besoin d’agir pour savoir que la loi existe, alors que ces sujets n’ont pas la loi dans la tête, certains me disent que les lois ne servent à rien, et ils ont besoin d’un interdit d’agir réel et non symbolique, d’une butée matérialisée, pour comprendre que la loi a une existence et arrêter de commettre des actes au moment même où cela leur vient à l’esprit. Nous avons du mal à comprendre qu’il faut d’abord empêcher ces sujets d’agir pour qu’ils se mettent à penser. La décision judiciaire est très souvent le seul repère qui fournit à un jeune un reflet de la gravité de ses actes. La progressivité de la sanction prive certains de ce miroir nécessaire qui leur indique ce qui est permis ou défendu, sans même parler de ce qui est bien ou mal. Et certains jeunes ne profitent du travail éducatif qu’après un passage dans un lieu de privation de liberté, privation de la liberté de frapper. La question n’est pas la prison en soi, mais la qualité de contenance et de pensée qui peut y être proposée. La multiplication des sursis, cette justice de la dernière chance, peut alors être pour ces sujets précisément une perte de chance. Ceci est loin d’être compris par beaucoup de responsables politiques. Et c’est souvent seulement lorsqu’une réponse judiciaire est suffisamment ferme que certaines familles sont obligées de venir s’interroger sur leurs dysfonctionnements.

Jugez-vous qu’en règle générale, y compris en l’absence de drames familiaux comme ceux évoqués précédemment, cette autorité tend à diminuer?

Oui, l’autorité diminue. Elle vise à réguler les désirs de chacun, à passer du «je» veux ça au «nous». Qu’est-ce que cela donnerait si tout le monde faisait comme moi et ne respectait pas les lois? Mais pour un parent, poser un interdit cohérent nécessite d’accepter de ne pas être aimé temporairement par son enfant, de souhaiter avoir un enfant aimable par les personnes extérieures à la famille et qui ait envie d’être un citoyen; d’être un parent capable de sortir de son confort personnel pour faire l’effort d’interdire, donc de délaisser temporairement la télévision ou son jeu vidéo, et ne pas se dire que l’école ou le club de foot fera ce travail à sa place. Tout ceci est d’autant plus difficile à comprendre qu’à notre époque, les interdits ne sont plus «portés» par le groupe social, beaucoup de parents ne prennent plus en compte le «qu’en-dira-t-on», le regard des autres qui souligne que «ça ne se fait pas», sorte de honte qui aidait les parents à réguler les comportements de leurs enfants. Difficile aussi à notre époque où beaucoup de médias tournent systématiquement en dérision toute tentative de rétablissement des interdits nécessaires. Pourtant il est devenu inévitable de relégitimer un principe d’autorité très ferme à tous les niveaux (école, respect de la police, etc.) pour restructurer notre fonctionnement collectif et pour empêcher la perte de toute idée de «bien commun».

Retraites : Laurent Berger (CFDT) durcit le ton.

Retraites : Laurent Berger (CFDT) durcit le ton.

 

Pour Laurent Berger, très insatisfait de la concertation avec le gouvernement, les choses sont claires ;  si des mesures financières sont prises dès 2020 (allongement de la durée de cotisations par exemple), alors les discussions seront terminées pour la CFDT. Le syndicat se fonde sur les perspectives financières du régime de retraite qui tend  vers l’équilibre. On sent que le leader de la CFDT monte le ton d’une part pour exprimer son mécontentement sur le fond mais aussi sur la forme. Laurent Berger affirme même qu’il y aurait des raisons de se mobiliser sans trop de difficultés sur les retraites si les mesures brutales étaient prises. D’une certaine manière, Laurent Berger exprime aussi son total désaccord avec la manière dont le gouvernement traite les organisations intermédiaires notamment les syndicats. La concertation avec le gouvernement est en effet le plus souvent très formelle. De toute façon, le gouvernement ne tient pratiquement pas compte de l’avis des partenaires sociaux. «S’il s’agit de rendre le fonctionnement du système des retraites plus juste et plus lisible, la CFDT participera à la concertation», explique-t-il ainsi. En revanche, il prévient : «Si l’annonce est doublée d’une mesure applicable dès 2020, par exemple l’augmentation de la durée de cotisations, la discussion sera terminée pour la CFDT.» Laurent Berger a également évoqué la réforme de l’assurance chômage, «totalement injuste», et qui ne semble pourtant pas «agiter les foules». «1,2 million de chômeurs vont voir leurs allocations réduites (…) En 2020, quand les demandeurs d’emploi vont subir les conséquences de cette réforme,

Assurance chômage: ils mentent (Laurent Berger, CFDT)

Assurance chômage: ils mentent (Laurent Berger, CFDT)

Laurent Berger n’a pas une réputation de démagogue. Cette fois, il accuse clairement le gouvernement de mensonge. Ce qu’il dénonce surtout c’est l’habillage que le qui affirme  qu’il s’agit d’un moyen de lutter contre la précarité alors que la CFDT considère qu’au contraire le changement des règles va enfoncer un peu plus les précaires. Il ne s’agit pas d’une véritable réforme structurelle mais plutôt d’un ajustement exclusivement budgétaire. De toute manière, il est vraisemblable que le gouvernement ne changera pas sa réforme car il n’a pas l’habitude de prendre en compte la vie des corps intermédiaires et même du Parlement.

. «C’est une réforme purement budgétaire et qui va faire beaucoup d’économies et sans doute beaucoup plus que celles annoncées, tellement les règles sont dures», a-t-il insisté.

«Il y a un petit sous-jacent qui est que les demandeurs d’emploi, notamment ceux qui alternent des contrats courts et des périodes de chômage, ce serait des profiteurs», a-t-il encore dit. «Et moi je m’insurge contre ça». «J’en ai assez de ces responsables qui font de la communication et qui ne disent pas exactement les choses», a-t-il aussi dit, déplorant «le recul du consentement à la solidarité» en France. La réforme de l’assurance chômage, «on n’en parlera plus dans une semaine et cela va s’ancrer dans la vie quotidienne de milliers, de centaines de milliers de chômeurs», a-t-il regretté.

La CFDT «n’aura de cesse de démontrer que cette réforme, elle est profondément injuste et aura des conséquences très graves», a-t-il dit.

Annonces de Macron : il faut du « concret » et de la « justice » (Laurent Berger,CFDT))

Annonces de Macron : il faut  du « concret » et de la « justice » (Laurent Berger,CFDT))

 

 

Le moins que l’on puisse dire c’est que Laurent Berger ne s’est pas montré très enthousiaste vis-à-vis du  des gilets jaunes et pas davantage vis-à-vis des conseillers de Macron. Il reproche aux uns  leur orientation sulfureuse et aux autres leur condescendance voire leur mépris vis-à-vis des corps intermédiaires. Bref Laurent Berger a réaffirmé sa posture de syndicaliste près à lutter pour la défense des salariés mais près aussi à négocier même si jusqu’ici le pouvoir n’a pas manifesté un réel intérêt pour la médiation syndicale. Une situation dangereuse pourrait conduire à la remise en cause de la démocratie pour le leader de la CFDT. Pour lui, la relation directe pouvoir citoyen peut déboucher sur des risques de régime totalitaire.  »On a besoin d’un cap clair, pour montrer que la transition écologique peut se faire dans la justice sociale », ainsi que de « mesures concrètes », notamment sur les questions de mobilité domicile/travail, de la rénovation thermique des logements et de la « justice fiscale », a fait valoir le responsable syndical sur BFMTV. « Je ne suis pas anti-riches, mais lorsqu’un pays a besoin de faire des efforts, ils doivent être partagés : ceux qui gagnent plus doivent être mis à contribution davantage », a-t-il ajouté. Déplorant que, dans le cadre du grand débat, « presque 55% des citoyens disent qu’ils aimeraient qu’il y ait moins de solidarité », le patron de la CFDT a fait part de son inquiétude face à une « société qui se délite », « où la solidarité n’a plus de sens ».  »J’ai peur qu’on aille vers une société avec des relents totalitaristes », qui ne soit plus en capacité de « faire se confronter des intérêts divergents pacifiquement pour qu’émergent des compromis ». « Je ne veux pas voir arriver au pouvoir un jour » le Rassemblement national en France, a ajouté Laurent Berger. « On veut continuer à se foutre sur la gueule comme ça tous les samedis, ou on veut essayer de trouver des solutions pour le pays? Moi je veux trouver des solutions pour le pays », a martelé le patron de la CFDT. Avec l’ancien ministre Nicolas Hulot et une quinzaine de responsables associatifs, Laurent Berger a signé une tribune dans le Journal du dimanche appelant à « un profond sursaut politique pour que ce quinquennat » ne soit pas « perdu pour la transition écologique et la justice sociale ».

Le texte de cette tribune  

Des responsables d’associations et de syndicats pour articuler dès maintenant transition écologique et justice sociale et qui dénonce au passage la confusion entre ras le bol fiscal et justice fiscale. (Dans le JDD)

«  Nous n’avons plus le temps d’attendre. Pour démultiplier nos efforts pour le climat et la biodiversité. Pour donner des perspectives aux plus fragiles et isolés d’entre nous. Pour remettre les salariés de ce pays au cœur de la vie économique. Nous n’avons vraiment plus de temps à perdre, alors, comme beaucoup de Français, nous appelons à un profond sursaut politique pour que ce quinquennat ne soit pas un quinquennat perdu pour la transition écologique et la justice sociale.

Mais force est de constater que les dernières semaines ont fait place à un concert de voix politiques en faveur d’une interprétation très réductrice de l’expression des Français. L’urgence de la baisse des dépenses publiques et des impôts serait la principale leçon à tirer de cinq mois d’occupation des ronds-points, de marches pour le climat sans précédents et de quatre mois de grand débat auquel plus d’un million de citoyens et la société civile se sont prêtés.

Le sujet est épineux alors il ne faut pas entendre ce que nous n’écrivons pas. Payer plus ou moins d’impôts et de taxes n’est pas un petit sujet dans le quotidien de chacun. Mais là où certains veulent voir un ras-le-bol fiscal, nous voyons un ras-le-bol de l’injustice fiscale. La nuance est de taille. Et, disons-le, réduire certaines ­dépenses ne ferait pas de mal à notre pays. Bien au contraire. Que l’on pense notamment aux 12 milliards d’euros ­dépensés chaque année en soutien aux énergies fossiles, alors qu’il manque tant de moyens pour isoler les 7 millions de passoires énergétiques, garantir l’accès de tous aux services publics ou dans le lien associatif, facteur de lien social et de vitalité démocratique. Mais dépenser mieux n’est pas un préalable à investir plus. Ces chantiers doivent être menés de front.

 

Les auteurs de la tribune :

  • Nicolas Hulot, président d’honneur de la FNH
  • Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT
  • Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre
  • Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde
  • Orlane François, présidente de la Fage
  • Philippe Jahshan, président du Mouvement associatif
  • Véronique Fayet, Présidente du Secours Catholique-Caritas France
  • Michel Dubromel, Président de FNE
  • Patrick Doutreligne Président de l’Uniopss
  • Laurent Escure Secrétaire général de l’UNSA
  • Jean-Michel Ducomte, Président de la Ligue de l’enseignement
  • Jean-Baptiste de Foucauld, Coordinateur du Pacte civique
  • Bernard Chevassus-au-Louis, Président de Humanité et Biodiversité
  • Morgane Créach, Directrice générale du Réseau Action Climat
  • Pierre Segura, Président de la Fédération nationale des Francas
  • Pierre Henry, Directeur général de France terre d’asile

 

 

 

Pour une transition écologique et la justice sociale ». (Tribune de Laurent Berger, Nicolas Hulot et 14 autres responsables d’associations)

Pour une transition écologique et la justice sociale ». (Tribune de Laurent Berger, Nicolas Hulot et 14 autres responsables d’associations)

 

 

Une tribune de responsables d’associations et de syndicats pour articuler dès maintenant transition écologique et justice sociale et qui dénonce au passage la confusion entre ras le bol fiscal et justice fiscale. (Dans le JDD)

«  Nous n’avons plus le temps d’attendre. Pour démultiplier nos efforts pour le climat et la biodiversité. Pour donner des perspectives aux plus fragiles et isolés d’entre nous. Pour remettre les salariés de ce pays au cœur de la vie économique. Nous n’avons vraiment plus de temps à perdre, alors, comme beaucoup de Français, nous appelons à un profond sursaut politique pour que ce quinquennat ne soit pas un quinquennat perdu pour la transition écologique et la justice sociale.

Mais force est de constater que les dernières semaines ont fait place à un concert de voix politiques en faveur d’une interprétation très réductrice de l’expression des Français. L’urgence de la baisse des dépenses publiques et des impôts serait la principale leçon à tirer de cinq mois d’occupation des ronds-points, de marches pour le climat sans précédents et de quatre mois de grand débat auquel plus d’un million de citoyens et la société civile se sont prêtés.

Le sujet est épineux alors il ne faut pas entendre ce que nous n’écrivons pas. Payer plus ou moins d’impôts et de taxes n’est pas un petit sujet dans le quotidien de chacun. Mais là où certains veulent voir un ras-le-bol fiscal, nous voyons un ras-le-bol de l’injustice fiscale. La nuance est de taille. Et, disons-le, réduire certaines ­dépenses ne ferait pas de mal à notre pays. Bien au contraire. Que l’on pense notamment aux 12 milliards d’euros ­dépensés chaque année en soutien aux énergies fossiles, alors qu’il manque tant de moyens pour isoler les 7 millions de passoires énergétiques, garantir l’accès de tous aux services publics ou dans le lien associatif, facteur de lien social et de vitalité démocratique. Mais dépenser mieux n’est pas un préalable à investir plus. Ces chantiers doivent être menés de front.

 

Les auteurs de la tribune :

  • Nicolas Hulot, président d’honneur de la FNH
  • Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT
  • Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre
  • Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde
  • Orlane François, présidente de la Fage
  • Philippe Jahshan, président du Mouvement associatif
  • Véronique Fayet, Présidente du Secours Catholique-Caritas France
  • Michel Dubromel, Président de FNE
  • Patrick Doutreligne Président de l’Uniopss
  • Laurent Escure Secrétaire général de l’UNSA
  • Jean-Michel Ducomte, Président de la Ligue de l’enseignement
  • Jean-Baptiste de Foucauld, Coordinateur du Pacte civique
  • Bernard Chevassus-au-Louis, Président de Humanité et Biodiversité
  • Morgane Créach, Directrice générale du Réseau Action Climat
  • Pierre Segura, Président de la Fédération nationale des Francas
  • Pierre Henry, Directeur général de France terre d’asile

Laurent Berger en colère contre les « jeunes hommes » conseillers de Macron

Laurent Berger en colère contre les « jeunes hommes » conseillers de Macron

 

 

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, est en colère contre ces jeunes hommes conseillers de Macron (qui ont dû démissionner suite à l’affaire Benalla) et qui donnent des leçons aux syndicats dont ils ignorent tout. En plus avec un mépris et une condescendance tout a fiat représentatives de la vision de Macron. Laurent Berger  est revenu sur un passage du livre Le progrès ne tombe pas du cielLe syndicaliste a notamment ciblé les propos tenus par Ismaël Emelien et David Amiel, ex-conseillers d’Emmanuel Macron à l’Élysée, qui critiquent vertement les corps intermédiaires qu’il représente en partie.

«La raison d’être des corps intermédiaires est remise en cause comme le furent dans d’autres domaines celle des porteurs d’eau au moment de l’invention de la plomberie, des taxis au moment de la création des applications comme Uber ou Chauffeurs privés, ou encore des hôtels avec l’application des plateformes de location entre particuliers», écrivent les deux hommes de l’ombre. Des propos qui ont fait vivement réagir le patron de la CFDT. «Je ne crois pas pouvoir être catégorisé de méprisant ou d’arrogant… pour ma part. Je crois qu’il y a beaucoup de mépris, beaucoup d’arrogance, beaucoup de méconnaissance dans ce qui a été écrit et dit depuis la sortie de ce livre», a démarré Laurent Berger. «Je ne sais pas d’où ces jeunes hommes parlent, qui ils représentent mais je sais une chose: ils n’ont pas dû voir des salariés depuis un petit moment ou des syndicalistes depuis un petit moment.». Certes on peut critiquer le manque de modernisme de certains syndicats mais il y a sans doute un minimum de connaissances requises pour le faire avec légitimité, aussi un minimum de respect pour le faire avec dignité. Notons qu’ Ismaël Emelien sorti d’un institut d’études politiques ne s’est surtout occupé que de politique pour des leaders politiques.

 

Aides sociales : non aux contreparties, oui à l’accompagnement (Laurent Berger)

Aides sociales : non aux contreparties, oui à l’accompagnement (Laurent Berger)

 

 

Le secrétaire général de la CFDT a sans doute raison de s’opposer à des contreparties de nature punitive en compensation des aides sociales. Il préfère qu’on consacre un accompagnement plus approfondi vis-à-vis de ces personnes notamment pour permettre la réinsertion sociale.Édouard Philippe, le Premier ministre, a osé aborder un tabou : celui des compensations de travail en contrepartie des aides sociales. Il y a deux manières de réfléchir à cette question : soit de remettre en cause le niveau de ces aides, soit d’exiger un travail. Force est de constater que pour des salaires voisins du SMIC, il est parfois plus intéressant de bénéficier des différentes aides sociales dans le RSA que de travailler. On pourrait aussi conclure que la faute revient au bas niveau du SMIC. La situation devient un peu incohérente quand certaines personnes ne touchent qu’un salaire de l’ordre de 800 € pour 25 heures. Il est clair que le salarié doit alors engager des dépenses de déplacement, de restauration, de garde des enfants alors qu’en bénéficiant des aides sociales il réduirait notablement ses dépenses pour gagner finalement davantage. On  pourrait faire le même constat vis-à-vis des personnes bénéficiant de l’allocation chômage par rapport à ceux qui travaillent. Il y a là un vrai problème à multiples facettes mais qui freine sérieusement l’embauche et par parenthèse favorise la venue  d’immigrés d’Europe ou d’ailleurs et qui sont moins délicats que les Français en matière de conditions de travail. S’ajoute à cela une perte générale de la valeur travail qui affecte non seulement les plus défavorisés mais aussi les cadres. Un sujet tabou donc quand on est responsable politique. Demander des « contreparties » au versement d’aides sociales, comme l’a évoqué vendredi le Premier ministre Édouard Philippe, ne doit pas se « faire de façon punitive », a estimé dimanche la ministre de la Santé Agnès Buzyn, pour qui « tout le monde ne peut pas retourner vers l’emploi ». Le problème est bien connu il s’agit des déficiences de nos systèmes de réinsertion qui n’incite guère à la reprise du travail. Enfin et peut-être surtout des énormes insuffisances du système de formation qui brasse 35 milliards par an mais dont une partie minime va en direction des personnes sans emploi. Cela en dépit de la récente loi qui n’a pas changé grand-chose car les institutions continuent de se partager cet énorme fromage. Manque de formation et incitation défaillante de la réinsertion explique une grande partie des les aides sociales des chômeurs mêmes s’il est clair que la solidarité doit s’exercer sans contrepartie en direction de personnes dans des situations dramatiques. Pour  Laurent Berger sur France Inter. “La bonne manière de prendre les choses, c’est l’accompagnement des personnes qui sont aujourd’hui en situation soit de précarité, soit d’exclusion.”

Martinez (CGT) critique la candidature de Laurent Berger comme président de la confédération européenne des syndicats

Martinez (CGT)  critique la candidature de Laurent Berger comme président de la confédération européenne des syndicats

Encore une querelle syndicale interne à la France avec la contestation du secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez vis-à-vis la candidature unique de son homologue de la CFDT, Laurent Berger, à la présidence de la Confédération européenne des syndicats. Il y a quelque chose d’un peu surréaliste dans cette contestation. Certes on pourrait concevoir plusieurs candidatures mais il y a une très forte majorité de la ligne réformiste en Europe pour soutenir Laurent Berger. Cela d’autant plus que Laurent Berger a permis à la CFDT de devenir le premier syndicat en France aussi bien dans le public que dans le privé. Notons aussi que pendant très longtemps la CGT a adhéré à l’organisation internationale FSM d’obédience communiste. Après la chute du mur de Berlin nombre de syndicats ont rejoint la confédération européenne des syndicats. La CGT a fait longtemps de la résistance mais pour des questions de représentativité a bien été contrainte elle aussi de rejoindre en 1999 la confédération européenne des syndicats. Le problème c’est que Philippe Martinez aurait souhaité un président plus contestataire, de nature politique et qui ne recherche pas un compromis gagnant -gagnant entre les partenaires économiques. Bref une ligne syndicale en retard de 50 ans sur l’histoire et qui explique largement le dépérissement de la CGT. En outre la CGT s’est faite une réputation de pourrir les mouvements sociaux en les prolongements le plus longtemps possible afin d’épuiser les forces. Bref une stratégie irresponsable et improductive. À l’inverse la CFDT se refuse à toute politisation et a pour objectif central d’obtenir des résultats notamment au terme des conflits sociaux. Bref une ligne réformiste qui se pose à une orientation encore à caractère révolutionnaire tel que la soutient le parti communiste et surtout maintenant les gauchistes. Le sujet est sensible au sein de la CGT où une frange plus radicale de la base milite pour se désengager de la CES, jugée “réformiste” et “soumise au Grand capital européen et à la Commission européenne”. On croirait entendre le discours de Georges marchais, ancien secrétaire général du parti communiste !

Pour un « Grenelle du pouvoir d’achat (L. Berger, CFDT)

Pour  un « Grenelle du pouvoir d’achat (L. Berger, CFDT)

C’est la seconde fois que Laurent Berger tend une perche au gouvernement pour se sortir du bourbier social et politique actuel. Il propose un Grenelle du pouvoir d’achat et d’une façon plus générale du pouvoir de vivre incluant la question du logement et du déplacement mais aussi l’environnement. Bref Laurent Berger regrette évidemment l’indifférence voire le mépris du gouvernement à l’égard des corps intermédiaires et de l’hystérisation qui caractérise la période actuelle du fait  du face-à-face direct entre Macron et les citoyens qui se retrouvent dans le mouvement des gilets jaunes. Laurent Berger considère qu’il manque à tout le moins c’est un cap, une vision partagée par une majorité de salariés et de citoyens. Pas sûr cependant que cet appel soit mieux ’écoutée que le précédent si l’on se réfère par exemple aux conditions d’organisation du grand débat qui consiste surtout en un dialogue entre les citoyens et le pouvoir. Un pouvoir  omniprésent dans les médias qui écrase le débat et décidera ce qu’il veut en matière de suite. Ce que pensent d’ailleurs les Français pour 62 % d’entre eux qui considèrent que le gouvernement n’intégrera pas les propositions qui pourraient ressortir de cette grande consultation. Le problème du grand débat c’est que c’est surtout un monologue du pouvoir et non un vrai dialogue. Témoin la posture de Macron, qui répond de manière professorale à des questions mais ne s’inscrit jamais dans un véritable débat

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