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La » rageosphère » dans l’univers 2.0 –(Alain Bauer)

 La » rageosphère » dans l’univers 2.0 –(Alain Bauer)

 

 Tribune d’Alain Bauer dans l’opinion

Complotisme, populisme, fachosphère, fake news, réalités alternatives… L’usage d’Internet et des réseaux sociaux pour façonner l’opinion inquiète institutions et médias qui, à force de s’offusquer des dérives, ne font, paradoxalement, que renforcer ceux qui ne croient plus aux vérités « officielles ».

Cet univers parallèle 2.0, n’est pas rempli d’avatars, comme un jeu, mais devient une réalité palpable à l’intérieur duquel pseudo-identités et vrais activistes se partagent un public en forte croissance. Personne ne se donnant vraiment la peine de dialoguer avec les inquiétudes exprimées, le terrain est ouvert aux manipulateurs et extrémistes de tous bords. Le pseudo-anonymat d’Internet, le défouloir général non contrôlé de certains forums, l’effet de « meute », ont permis l’émergence d’une culture du clash accompagné par cet éloge permanent du vide scripté qu’est aussi la téléréalité ou le monde des influenceurs rémunérés.

Ces évolutions reflètent la réalité d’une société déboussolée, inquiète, ne comprenant pas la désacralisation généralisée souhaitée par des élites qui se voulant, depuis longtemps, faussement proche du peuple ont choisi d’être à portée de gifle plus que de tir. Jacques Pilhan, le conseiller de François Mitterrand, expliquait, bien avant Internet, qu’il fallait assurer la souveraineté politique par la rareté et la distance. A mi-chemin, Jacques Chirac, féru de culture nippone, accompagnait le mouvement pour éviter la puissance de l’adversaire (en général plus insultant que menaçant à une exception près ou la distance et l’action du public lui éviteront une balle). Nicolas Sarkozy conceptualisait, lui, le mouvement permanent pour éviter d’ajuster le tir.

Ce qui se profile actuellement n’est pas anodin. Violences physiques, criminelles, terroristes, sociales s’expriment dans les rues, et sur une durée sans doute inédite depuis la Libération. Elles se complètent et se renforcent dans l’univers virtuel, qui transforme tout débat en affrontement. Comme si on construisait un réseau de routes à grande vitesse en ne l’accompagnant pas d’un code de la circulation permettant aux camions, voitures, deux-roues et piétons, de survivre à l’expérience. Internet sans permis, feux rouges ou priorités, n’est pas l’espace de liberté imaginé par la plupart de ses défenseurs — qui ont permis l’exploitation massive des données et la construction de monopoles — tout en disposant ici et là de déversoirs des haines.

Une rageosphère virtuelle est donc apparue et s’étend aux mondes virtuel et réel. Elle construit des liens, ne s’occupe guère de positionnement partisan, se veut révolutionnaire « sans étiquettes », souhaite un retour heureux à un monde perdu, revendique une nostalgie d’un pays éternel qui se dissoudrait. Loin de n’être qu’une accumulation de rancœur, ceci ressemble de plus en plus à un programme a minima, une coalition des extrêmes et des contraires, d’accord sur rien mais prête à tout.

Beaucoup émettent des inquiétudes légitimes. Mais qui ne permettent plus le dialogue ou la recherche de solutions en commun. Chaque activiste, de droite ou de gauche, rêve d’une « convergence des luttes » qui pourrait tout renverser à son propre bénéfice avant de revenir à la normale de la gestion ordinaire de l’Etat après élection ou Révolution. Internet l’a réussi. Sur notre Titanic démocratique, il reste un orchestre pour se rassurer.

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers.

Sécurité : un puissant mouvement de désespoir (Alain Bauer)

Sécurité : un puissant mouvement de désespoir (Alain Bauer)

 

En observant ce qu’il se passe dans la police et l’armée, le criminologue met en garde contre un « profond séisme électoral » en 2022 ( dans l’Opinion)

Tribune

 

 

 

La criminologie est une science définie par Emile Durkheim, il y a plus d’un siècle comme celle de la relation entre le crime, fait social, son ou ses auteurs, sa ou ses victimes et les circonstances de sa commission. L’analyse des phénomènes criminels n’a pas vocation à déborder ce cadre et il convient d’éviter le processus « toutologique » qui pousserait le porteur d’un savoir ou d’une expérience particulière à s’exprimer sur tout et n’importe quoi, au rythme effréné des chaînes d’information en continu ou des réseaux sociaux.

Mais la médiatisation créée aussi des effets de proximité, des phénomènes de confiance, des échantillons aléatoires et empiriques qui sont parfois révélateurs. Pour une fois, il m’a semblé utile de partager ces quelques années d’évolution dans l’analyse de la parole des victimes, de leurs proches, des citoyens, des agents des institutions du « front » social.

Le lent processus de goutte à goutte de la violence, de la criminalité « ordinaire » ou du terrorisme, du retour de la violence physique, de l’affrontement, du règlement de comptes, des agressions contre les services publics (pompiers, policiers, gendarmes, postiers, électriciens, médecins, …) provoquent, après une fermentation de plusieurs décennies, un puissant mouvement de consternation et d’exaspération, particulièrement chez les fameux « agents de première ligne », qui ont imperturbablement continué à faire fonctionner les services essentiels tout particulièrement durant la crise pandémique.

« L’ordre n’est pas un objectif en soi, mais la garantie du libre exercice des libertés démocratiques »

Phénomènes profonds. Depuis de nombreuses années, ces agents, notamment en charge du secteur public, ont utilisé leur droit « d’alerte et de retrait », quand ils n’utilisaient pas celui de grève. A de très rares occasions près (dépôt de képi, dos tournés à leur ancien directeur général, jet de menottes), les policiers ont marqué leurs désillusions et leur colère. Plus récemment, et à deux reprises coup sur coup, des militaires, pas toujours retraités, ont mobilisé les troupes contre ce qu’ils estiment être la décadence de l’État central en France.

L’Etat, le gouvernement, devraient enfin comprendre que ce processus, entamé depuis longtemps, devrait être pris au sérieux. Pas par des postures ou des rodomontades, mais par des actes et un retour à la cohérence d’une action de retour à la paix publique. L’ordre n’est pas un objectif en soi, mais la garantie du libre exercice des libertés démocratiques.

L’isolement monarchique de l’actuel système républicain, la sous-estimation des phénomènes profonds dans la société française ne peuvent aboutir qu’à un profond séisme électoral. Moins par transfert des voix des déçus que par une abstention massive et surtout une faible mobilisation pour la candidate ou le candidat qualifié au deuxième tour pour affronter presque mécaniquement celle ou celui du Rassemblement National. Les élections régionales vont permettre une répétition générale qu’il faudra analyser avec attention, même si les compétences en matière de sécurité des institutions concernées restent relatives. Mais ce qui comptera restera le discours le plus convaincant sur cette question.

Vingt ans après l’élection présidentielle de 2002, rien ne semble avoir changé, si ce n’est sous forme dégradée. Il est temps de se réveiller et de répondre aux questions légitimes des citoyennes et de citoyens. Faute de quoi ils pourraient choisir un nouveau type de droit de retrait, électoral cette fois-ci.

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers.

La question sécuritaire». ( Alain Bauer)

La  question sécuritaire». ( Alain Bauer)

Alain Bauer développe à nouveau la problématique de l’insécurité dans l’Opinion. Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris, New York et Shanghai. Il a créé puis présidé (2007-2012) l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales;

 

Tribune

 

En France, depuis guère plus d’un siècle, l’Etat a voulu établir un monopole de la sécurité publique et assumer la responsabilité totale de ce qui est, à peu près partout ailleurs, une compétence partagée entre le local et le central, le public et le privé. De ce fait, il est devenu le comptable politique de la question criminelle, assumant même d’être jugé sur la production de crimes (les fameux chiffres de la délinquance) et assez peu sur son efficacité. Comme si les médecins se sentaient responsables des maladies et peu de l’efficacité de leur traitement !

En 1983, les listes « Marseille Sécurité » bousculaient Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur et maire de la ville, faisant apparaître la question dans le débat électoral. Fin 1983, la maire socialiste de Dreux perdait sa ville face à une alliance RPR-FN, boostée par la question sécuritaire. En 1997, à Villepinte, la gauche devenait réaliste, mais oubliait tout en 2002 face à Jean-Marie Le Pen. Ce processus dit de « jospinisation » (succès économiques et sociaux, rigueur de gestion mais incapacité à comprendre les enjeux sociétaux du vécu des populations) semblait devenu un évènement pour historiens de la science politique. Il semble curieusement possible de le voir se reproduire.

Querelle statistique. Entre amnésie et anomie, les gouvernements ont le plus grand mal à traiter de la gestion de phénomènes, pourtant anciens et bien étudiés. Ainsi, le modèle de l’élection de 1966 en Californie qui vit la victoire écrasante de Ronald Reagan face au gouverneur démocrate Pat Brown, fut construit sur la thématique « Tough on Crime » (Dur avec le crime) et anticipa la révolution conservatrice qui balaiera les Etats-Unis et les bastions démocrates, dont l’emblématique New York remporté en 1994 par Rudolph Giuliani, portée par sa « Tolérance Zéro ».

Aucune de ces lames de fond électorales ne fut surprenante. Elles se construisirent par accumulation de frustrations et de désespoir, portées par des populations souvent modestes, alliées de circonstances aux classes moyennes et supérieures, terrorisées par une violence du quotidien créant un climat d’insécurité auquel les élites politiques ne purent répondre, tentant de se dédouaner par des postures d’évitement selon le traditionnel triptyque « Négation-minoration-éjection » : Ce n’est pas vrai, ce n’est pas grave, ce n’est pas de ma faute…

« L’actuel gouvernement est victime d’une décision stupidement comptable de son immédiat prédécesseur, qui a supprimé à la fois le thermomètre et son outil de compréhension, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales »

Certains en profitent pour expliquer doctement que la situation est pire que… toujours, d’autres que tout va pour le mieux et qu’il ne s’agit que d’un effet médiatique.

Et comme toujours, une tragique querelle statistique vient assombrir l’information du public. De ce point de vue l’actuel gouvernement est victime d’une décision stupidement comptable de son immédiat prédécesseur, qui a supprimé à la fois le thermomètre (l’enquête de victimation qui permet de savoir ce que les citoyens subissent et pas seulement ce qu’ils déclarent et ce qui en reste dans l’enregistrement administratif des plaintes) et son outil de compréhension, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).

Homicidité. Revenons donc à ce que nous savons : il n’existe pas d’indicateur de la violence. Mais, depuis 1539 et l’édit de Villers-Cotterêts, la France est dotée d’un état civil tenu avec efficacité. Un des indicateurs les plus stables et les plus précis de l’insécurité dans une société est celui des homicides. Historiquement, le nombre de crimes relevant de cet item s’est effondré en cinq siècles passant de 150 pour 100 000 habitants à moins de 2. On comptait un peu plus de 1 100 faits en 1972, plus de 2 400 en 1983, un millier après 1988. Une première baisse significative à partir de 1995, des minima historiques à partir de 2009 (moins de 600 faits) puis une forte reprise depuis 2015 (avec un effet attentats non négligeable en 2014, mais un niveau élevé en 2019).

On dispose même d’un outil encore plus développé, celui de l’homicidité qui permet d’ajouter aux homicides, les tentatives (qui ne sont que des homicides ratés) et les coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort. Dès lors, on atteint en 2019, un niveau historiquement inégalé en un demi-siècle avec 3 562 faits. Qu’on considère ou pas la sensibilité de l’attention aux phénomènes, l’évolution des législations ou l’intérêt porté au sujet, sur ce critère particulier, la dégradation est incontestable et inquiétante.

Hors faits exceptionnels (attentats), le maintien a un niveau très élevé des violences homicides constitue un indicateur fiable. Il conviendrait de s’en saisir avec les moyens de la science et de l’expertise afin de permettre une action intelligible et cohérente des acteurs du processus pénal : Intérieur et Justice. En commençant par rétablir un thermomètre indépendant.

 

La montée de la violence (Alain Bauer)

La montée de la violence (Alain Bauer)

 

La chronique d’Alain Bauer dans le monde:

 

 

Si l’appareil statistique policier français est connu pour ses multiples défauts (partiel, parcellaire, parfois partial), en grande partie corrigés, mais plus pour longtemps, par l’enquête nationale de victimation mise en place par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (enquête et observatoire vont disparaître pour des raisons aussi misérablement comptables qu’irrationnelles), il n’en reste pas moins qu’il dispose de la continuité et d’une certaine forme de cohérence. Il ne supprime rien, même s’il redispose entre catégories avec cet objectif politique permanent : avoir de « meilleurs chiffres » que l’an dernier… La couleur politique du gouvernement n’influant en rien sur cette pulsion à la minoration.

« ….. les chiffres publiés jeudi 16 janvier en catimini par le service statistique du ministère de l’Intérieur (après les vœux ministériels), posent de graves questions pour l’avenir.

Forte augmentation des violences sexuelles enregistrées (+12 %), nette augmentation des homicides (970 victimes, 76 de plus qu’en 2018, soit + 8,5 %)… Les coups et blessures volontaires sur personnes de 15 ans ou plus enregistrent une forte hausse en 2019 (+8 %). La hausse est modérée pour les vols sans violence contre les personnes (+3 %) et pour les vols dans les véhicules (+1 %). Les vols avec armes et les cambriolages de logements sont stables. Les escroqueries progressent de 11 %. Curieusement, après une longue année de casse, les destructions et dégradations volontaires baissent (-1 %). Ce sujet méritera sans doute d’être vérifié auprès des assureurs…

 

La violence politique ou sociale est rarement déconnectée de la violence sociétale. 2019 marquera un passage régressif alors que la criminalité violente s’était apaisée pendant quinze années

Si le gouvernement pointe à juste titre une forte crispation sociale et des violences « de rue » particulièrement prégnantes, incluant des violences non seulement contre les forces de l’ordre mais aussi, et c’est particulièrement représentatif de la dégradation du climat sociétal, contre les pompiers, on ne saurait occulter des phénomènes multiples, aux causes différentes mais aux effets convergents : forte augmentation des plaintes pour agressions sexuelles, progression des coups et blessures et surtout, forte progression des homicides et sans doute des tentatives, qui devraient faire passer la barre cumulée de l’homicidité au-delà du pic historique connu en 1983, bouclant ainsi sept années de progression régulière.

La violence politique ou sociale est rarement déconnectée de la violence sociétale. 2019 marquera un passage régressif alors que la criminalité violente s’était apaisée pendant quinze années (1994-2010), ce basculement public et privé, visible et intime, personnel et collectif, vers les violences de toutes natures doit interpeller les acteurs sociaux et politiques avant que la réaction citoyenne n’emporte tout. »

 

Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers. Dernier livre publié : Trois minutes pour comprendre cinquante grandes affaires criminelles (Courrier du Livre).

Après la crise sanitaire, le prochain virus sera cyber». (Alain Bauer)

Après la crise sanitaire, le prochain virus sera cyber». (Alain Bauer)

Après la crise sanitaire prochain virus pourrait bien être cyber d’après Alain Bauer, spécialiste en gestion de crise et criminologue.( Chronique dans l’Opinion )

 

« Philip K. Dick, le grand auteur américain de science-fiction, est revenu à la mode. Le Maître du haut château, en version web-série, nous fait vivre un monde dystopique en nous proposant une réalité alternative, du dernier conflit mondial à nos jours. Les vainqueurs remplaçant les vaincus, ce qu’on pourrait appeler une « vérité alternative » selon Fox News.

Ce que nous vivons dans notre réalité ressemble de plus en plus à une nouvelle version de Blade runner, du même auteur, dessinant une sombre réalité confortant les effets de la théorie du chaos et d’un « effet papillon » démultiplié en myriade de conséquences sanitaires, sociales, économiques, industrielles.

Choisir la vie ou l’économie ? Refonder le monde ? Casser la croissance ? Ces questions vitales ne sont pas nouvelles. Souvent le conservatisme, qui n’est pas seulement une idéologie mais aussi une pulsion naturelle plus ou moins contrariée, résiste au changement des modèles.

La tradition gouvernementale du mensonge plus ou moins relatif, l’incapacité à répondre clairement à une question précise par peur de la panique ou d’avouer son ignorance, ce bouclier de la parole qui enfume plutôt qu’elle n’éclaire, ont réduit la capacité de conviction des appareils d’État. Le confondant spectacle des messages sur le port du masque ou l’utilité des tests restera gravé dans les mémoires physiques et informatiques de la population.

 

En même temps, l’outil internet a produit des milliers de citoyens enquêteurs allant du meilleur (Bellingcat) au pire (les innombrables trolls déchaînés, solitaires ou mercenaires qui inondent l’espace virtuel). C’est aussi dans ce monde-là que le prochain virus se prépare, s’élabore, se teste.

Outre les innombrables attaques informatiques contre des particuliers, des entreprises ou des institutions, pour vendre de faux produits, de faux médicaments, de faux masques, qui relèvent de l’escroquerie traditionnelle et nécessitent une participation active de la victime trop confiante ou trop insouciante, on assiste à une diffusion exponentielle – virale donc – des rançongiciels et prise de contrôle des équipements informatiques et des stocks de données.

Après des tests menés depuis la fin d’année dernière par des hackers déterminés et coordonnés, des opérations massives ont commencé début 2020 contre de nombreuses cibles privées ou publiques (notamment Bouygues Construction ou les services de Marseille Métropole). Récemment, des attaques ciblées ont touché des institutions médicales, des hôpitaux en première ligne contre le Covid-19. Erreur de débutant, nouveau test de solidité des défenses de sécurité, opération de « profiteurs de guerre » utilisant des technologies modernes ?

«Nous sortirons de la crise sanitaire. Nous allons entrer dans la crise cyber, ce monde dont notre niveau de dépendance croit exponentiellement et qui ne s’y est guère préparé»

En tout état de cause, Interpol, Europol et la Global initiative against transnational organized crime ont sonné l’alarme sur ce qui est en train de se produire. Mais qui n’est rien au regard de ce qui se prépare.

Outre les effets criminels, la révolution qui s’amorce sur la gouvernance d’internet, l’apparition d’un nouveau monde mieux contrôlé par les Etats (New IP), défendu notamment par Huaweï et qui ne l’est pas seulement par la Chine et ses alliés naturels.

La guerre d’internet continue pendant la crise épidémique. Non seulement sur la 5G, sur le traçage des individus, sur la neutralité du net, sur le contrôle des données, mais aussi sur la gouvernance de l’outil. Certains fonctionnent déjà en mode dégradé et pourraient se passer du réseau mondial. D’autres n’ont pas encore pris la mesure de leur dépendance. La prochaine épreuve de souveraineté dépassera en ampleur celle des masques, des respirateurs ou des réactifs.

Nous sortirons de la crise sanitaire, à un prix humain hélas élevé mais en ayant sauvé l’essentiel et préservé la vie de nombreux citoyens, plus ou moins jeunes.

Nous allons entrer dans la crise cyber, ce monde dont notre niveau de dépendance croit exponentiellement et qui ne s’y est guère préparé. En tout cas pas plus que pour la crise sanitaire et pandémique. On en voit les effets.

Il est plus que temps d’éviter la prochaine. Contre tous les virus. »

Alain Bauer, spécialiste des gestions de crise, est professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers (équipe en émergence sécurité défense), à New York et à Shanghai.

«Le confinement : fruit du déni » (Alain Bauer)

«Le confinement : fruit du déni » (Alain Bauer)

 

 

« Consultant en gestion de crise, Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghaï. (chronique dans l’Opinion)

« Pour la première fois, une crise totale vient de frapper le monde dans sa globalité.

Clausewitz avait imaginé une guerre totale d’anéantissement, attribuée de manière erronée aux concepts stratégiques napoléoniens, avant de corriger son erreur. Mais l’expression est restée. Durant les deux Guerres mondiales, des pays neutres ou non alignés avaient échappé au conflit, collaboré sans être occupé, joué double ou triple jeu. Les crises économiques en 1929 ou en 2008 avaient eu des conséquences très diverses et s’étaient « limitées ​» à leur aspect monétaire et financier.

Mais voici une crise sanitaire de grande ampleur, comparable à celle de 1918, dont les effets dans la mémoire collective se sont noyés dans les conséquences de la Grande Guerre, même si la grippe « espagnole » (en fait originaire du Kansas semble-t-il) fit plus de morts que le conflit armé lui-même.

Comme Dominique Strauss Kahn le souligne dans une remarquable étude, cette crise est, à la fois et en même temps, une crise de l’offre et de la demande, touchant une économie plus mondialisée que jamais et parfaitement amnésique des épisodes pandémiques précédents, même récents. Elle pose clairement le risque d’une récession dangereuse à tous points de vue.

Il faut hélas y ajouter (la liste n’est pas exhaustive) ​:

- Une crise sanitaire qui montre l’erreur fondamentale d’avoir voulu considérer la santé publique comme un coût et non un investissement.

- Une crise industrielle dont l’impact va se ressentir durablement.

Une crise du secteur des services qui résiste tant bien que mal tout en découvrant un « ​front ​» intérieur pandémique qui bouleverse les circuits de distribution et les chaînes logistiques.

- Une crise administrative, avec les errements continuels d’organes de l’Etat qui produisent le meilleur et sont capables du pire, comme l’ARS du Grand Est proposant des réductions massives d’emplois de soignants en plein pic épidémique…

- Une crise militaire qui affecte des troupes exposées sur certains terrains d’opérations.

- Une crise sécuritaire, qui laisse démuni policiers et gendarmes, alors que leurs missions sont largement réorientées vers les populations.

Imprévoyants, incohérents, inexpérimentés, rares sont les gouvernements qui sortiront indemnes de la gestion chaotique de cet évènement. Le confinement total n’étant que le fruit de l’impréparation, du déni et de la pénurie alors même que la pandémie précédente avait été parfaitement anticipée. Certes, on n’a jamais raison trop tôt mais quand même !

Certains ont choisi l’option Azincourt, restant abasourdis par des évènements qui les ont surpris.

D’autres l’option Maginot, croyant à des pratiques de confinement limitées ou à des opportunités d’immunité collective encore à démontrer.

Enfin, l’option Waterloo, avec des opérations systématiquement menées à contretemps sans prendre véritablement en compte l’ampleur des risques pour la population. L’Angleterre, les Etats-Unis, le Brésil risquent d’en payer le prix.

Le management du chaos est un art difficile, et on ne saurait faire systématiquement porter sur les épaules des dirigeants actuels ce qui est souvent la conséquence de décisions anciennes, d’il y a une décennie, deux parfois.

C’est aussi la conséquence d’une culture structurante qui voudrait, contre toute décision politique, qu’une main invisible à Bercy resterait le seul outil régalien pour toujours tout régenter. Si la rigueur est une valeur qu’un contribuable ne saurait ignorer, elle ne peut à elle seule empêcher le beau risque de l’investissement, ni inverser les priorités en oubliant la valeur de l’humain.

Il est bel et bon de saluer et consacrer les « ​héros ​» du quotidien, il ne faudrait pas oublier les conditions dégradées dans lesquelles leur héroïsme a pu s’exprimer et que ce sursaut relève avant tout de l’incroyable agilité du système D national. On notera, avec satisfaction, que l’urgence d’adaptation est saluée à juste titre quand il s’agit du réaménagement des urgences ou du doublement des capacités de réanimation, sans qu’on se pose les mêmes problèmes de respect des « ​protocoles ​» et des « ​procédures ​» qu’on oppose notamment au Professeur Raoult…

Il faudra ne jamais oublier que ce sont celles et ceux – là même que l’administration voulait sacrifier qui ont sauvé le système hospitalier, par leur dévouement, leur volonté, leur créativité, leur prise de risque. Comme les policiers et les gendarmes (trop nombreux, trop payés, ne travaillant pas assez…), les cassiers et caissières (à supprimer), les boulangers, les pharmaciens, sans parler des enseignants (qui ne travailleraient pas durant le confinement…), bref toutes les professions de contact – qui sont aussi devenues les professions au contact – et permettent au pays de se maintenir malgré tout.

Entre 2007 et 2012, l’État avait construit un remarquable dispositif contre les pandémies, qui fort heureusement n’a pas eu à servir. Avec la même détermination, l’État a déconstruit son outil pensant que ce qui ne s’était pas produit ne se reproduirait jamais. Un peu comme si chaque année on demandait le remboursement de son assurance incendie ou de ses cotisations maladie au prétexte qu’on ne s’en serait pas servi. L’État a montré qu’il savait être un vrai stratège mais qu’il avait besoin régulièrement d’être rassuré sur son choix par une confrontation à la réalité.

Chacun peut constater que nous vivons, douloureusement, cette épreuve. Profitons-en pour préparer l’après en portant une parole publique claire, cohérente, simple et directe. Et passons à la pédagogie du déconfinement. Selon les modèles étudiés un peu partout dans le monde, le processus pourrait ressembler à celui-ci.

Après le pic pandémique viendra une période plateau. Le flux de malades hospitalisés se réduira mais le stock restera à un niveau élevé. Lorsque la décrue atteindra les cas sévères, il faudra alors mettre en place un outil de déconfinement chronologique (on revient là où ça a commencé), géographique (on procède sur les territoires cohérents et d’une taille maîtrisable) et sérologique (on ne peut réaliser ces opérations qu’avec les tests d’anticorps permettant d’identifier les immunisés, les asymptomatiques passés, les malades ayant récupéré et enfin les encore vulnérables).

Une fois ces tests réalisés sur toute la population concernée sur le territoire délimité, un déconfinement progressif est possible en maintenant pour longtemps le port des masques, les gestes barrières et en réorganisant l’accueil dans les magasins et autres espaces publics, en réduisant l’occupation des salles et en attendant l’arrivée d’un vaccin. Ces dispositifs auront aussi un aspect très positif pour la grippe saisonnière (qui faisait des milliers de morts dans l’indifférence générale) et qui pourrait enfin être considérée comme une maladie grave et dangereuse.

Les répliques, dès lors qu’une partie importante de la population restera vulnérable nécessiteront des reconfinements localisés et ciblés mais de moindre intensité si l’engagement citoyen est assez fort pour adapter cette nouvelle culture d’un vivre ensemble sans contaminer les autres.

Un vivre-ensemble hors du stable, du constant, du consistant, de l’ordonné, du déterminable. Un vivre ensemble chahuté dans un chaos dynamique qui forcera les citoyens et leurs organisations à sortir des certitudes ordonnées et comptabilisées pour se réinventer. Comme après toutes les guerres, puisqu’on a décidé de dénommer ainsi ce conflit sans ennemi.

La crise totale peut alors devenir l’élément majeur d’une redéfinition des termes du libéralisme pour une meilleure adéquation entre actionnaires et salariés, capitalistes durables et spéculateurs financiers, investisseurs et profiteurs, en garantissant un rééquilibrage majeur vers le long terme et le réinvestissement dans la protection de la planète, la relocalisation des industries stratégiques, une régulation renforcée. Il faut profiter de cet instant tragique pour redonner du sens à l’investissement le plus important : celui pour la vie. »

Coronavirus «Les Occidentaux, les bras croisés» (professeur Alain Bauer)

Coronavirus  «Les Occidentaux , les bras croisés» (professeur Alain Bauer)

 

 

Les Européens ont beaucoup trop tardé à prendre la mesure de l’événement estime Depuis 2001, le professeur Alain Bauer qui appartient à un groupe informel d’experts internationaux de gestion de crise qui échange des informations sur des questions très diverses, civiles, militaires et scientifiques. ( interview de l’Opinion)

Vous êtes en relation avec des experts internationaux. Quand l’épidémie du Covid-19 est-elle apparue comme un sujet préoccupant ?

Début janvier nous avons été alertés par des notes sur la situation en Chine : une pandémie émergente avec des choix sanitaires et politiques vertigineux à faire. Fin janvier, les experts ont pronostiqué un processus qui ressemblait à une montagne qui s’élevait devant nous et qui, selon les décisions prises, prendrait la forme de l’Everest, du Mont-Blanc ou du Massif central. Nous avons aussi rapidement su que la grippe espagnole avec sa très forte mortalité restait le modèle le plus pertinent pour comprendre ce qui allait arriver. Et donc, que les mesures de confinement étaient les plus pertinentes. Aux Etats-Unis, la grippe espagnole avait provoqué des ravages à Philadelphie où les soldats américains avaient été fêtés à leur retour d’Europe alors que ses effets avaient été fortement limités à Saint-Louis.

Les dirigeants ont eu des réactions très variées : Boris Johnson, par exemple, qui a semblé faire le choix d’une large contamination afin d’immuniser la population britannique. Comment expliquer ces divergences ?

Il ne m’appartient pas de juger les décisions politiques. Mais d’un point de vue factuel, c’est une énorme bêtise car ce n’est pas le taux de mortalité, certes « faible » à 2 % (en fait bien moins eu égard à l’ampleur de la contamination), qui compte le plus mais la quantité de personnes contaminées qui, elle, est exponentielle. Angela Merkel a eu le courage d’expliquer que 60 à 70 % de la population allaient être touchés et elle a provoqué ainsi une prise de conscience quantitative essentielle. Personne ne peut dire : « On ne pouvait pas savoir. Ce n’était pas prévisible ». Pourquoi Taïwan s’était, lui, préparé ? Pourquoi, alors qu’il n’y avait aucun doute sur l’extension de la pandémie à partir de la Chine, avoir attendu si longtemps pour préempter la crise ? Pourquoi ce retard alors que la situation était déjà explosive en Italie ? Nous avons en fait répété les erreurs du « nuage de Tchernobyl » qui s’était soi-disant arrêté à la frontière. Ce que j’appelle le syndrome de Semmelweis, du nom de ce médecin autrichien révoqué de l’hôpital de Vienne pour avoir imposé de se laver les mains… il y a 150 ans.

N’est-ce pas une appréciation a posteriori ?

Il y avait des faits. Le premier cas est apparu à Wuhan le 17 novembre dernier. Jusqu’à fin décembre, les Chinois ne font état que de cas isolés, en petit nombre. Même le médecin héros de Wuhan. Sans compter l’influence de la mythologie chinoise et de l’histoire très sensible politiquement de la ville. Personne n’a voulu assumer de transmettre « les messages négatifs du ciel pour l’empereur » Fin décembre, les officiels chinois finissent par admettre la gravité de la situation. Le 3 janvier, le CDC (center for disease control) chinois prévient l’OMS de l’éruption du coronavirus. Mais, pendant des semaines, les Occidentaux ont regardé, les bras croisés. Seul trois pays se sont mobilisés : la Corée du Sud, Taïwan et Hong Kong.

La pénurie de masques est flagrante en France. Comment l’expliquer ?

Il serait temps de réhabiliter Roselyne Bachelot qui a été tant moquée pour sa gestion du H1N1. Il n’empêche qu’elle au ministère de la Santé a su anticiper une crise qui n’a pas eu lieu. Comme ensuite Xavier Bertrand, qui avait constitué des stocks de masques au cas où. Leurs successeurs ont géré la pénurie. Cette affaire illustre un double défaut. Celui de laisser Bercy et ses comptables gérer le pays, asphyxier nos systèmes de santé et de police et tenter de tuer notre appareil militaire. Et celui d’avoir une vision strictement bureaucratique, a fortiori en temps de crise. Des médecins comme Rémi Salomon (président de la commission médicale de l’AP-HP) ou Philippe Juvin (directeur des urgences de l’hôpital Pompidou) ont su secouer un discours lénifiant. A leurs postes de ministres, Olivier Véran ou Christophe Castaner, également. Mais l’Etat a semblé rester dans l’entre-deux, beaucoup plus que dans le « en même temps » : des restrictions de circulation mais pas de confinement strict, un autocertificat de déplacement, le paracétamol en vente limitée mais sans véritable contrôle. Le maintien du premier tour des municipales en est une autre illustration. Mais, là, c’est Emmanuel Macron qui a eu le courage d’évoquer un report et a dû céder face à l’opposition qui a crié au coup d’Etat avant de se rendre compte de l’ampleur de l’épidémie.

Ce que vous critiquez comme des demi-mesures n’est-il pas une réponse graduée afin de ne pas affoler la population ?

Sans doute faut-il de la pédagogie et du temps. Mais en avons-nous vraiment manqué pour préparer les populations ? Il faut faire confiance aux gens. Dès lors que les informations sont claires et cohérentes, on peut être très efficace

Nous n’avons pas fait assez confiance aux Chinois ?

Oui car même en admettant que la communication officielle des autorités soit sujette à caution, d’autres sources d’information, puissantes, existaient. Les publications de la recherche chinoise, abondantes, sans contrôle ni censure, des études épidémiologiques très éclairantes. Mais aussi des circuits informels. Même en pleine crise de Cuba, KGB et CIA n’avaient pas rompu les contacts… Ce que certains appellent « l’Etat profond » qui est surtout « l’Etat permanent », se parle, s’organise, quelles que soient les relations diplomatiques. Et plus la situation se tend, plus on échange.

«France: la violence qui (re)vient». La tribune (Alain Bauer)

«France: la violence qui (re)vient».  (Alain Bauer)

Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers, explique les raisons du retour de la violence  n France dans l’Opinion.

 

Tribune .

Forte augmentation des violences sexuelles enregistrées (+12 %), nette augmentation des homicides (970 victimes, 76 de plus qu’en 2018, soit + 8,5 %)… Georges Clemenceau disait de la Révolution française qu’elle « était un bloc dont on ne peut rien distraire ».

On va pouvoir appliquer la même formule à la violence.

Si l’appareil statistique policier français est connu pour ses multiples défauts (partiel, parcellaire, parfois partial), en grande partie corrigés, mais plus pour longtemps, par l’enquête nationale de victimation mise en place par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (enquête et observatoire vont disparaître pour des raisons aussi misérablement comptables qu’irrationnelles), il n’en reste pas moins qu’il dispose de la continuité et d’une certaine forme de cohérence. Il ne supprime rien, même s’il redispose entre catégories avec cet objectif politique permanent : avoir de « meilleurs chiffres » que l’an dernier… La couleur politique du gouvernement n’influant en rien sur cette pulsion à la minoration.

Mais les chiffres peuvent être têtus, et ceux publiés jeudi 16 janvier en catimini par le service statistique du ministère de l’Intérieur (après les vœux ministériels), posent de graves questions pour l’avenir.

Forte augmentation des violences sexuelles enregistrées (+12 %), nette augmentation des homicides (970 victimes, 76 de plus qu’en 2018, soit + 8,5 %)… Les coups et blessures volontaires sur personnes de 15 ans ou plus enregistrent une forte hausse en 2019 (+8 %). La hausse est modérée pour les vols sans violence contre les personnes (+3 %) et pour les vols dans les véhicules (+1 %). Les vols avec armes et les cambriolages de logements sont stables. Les escroqueries progressent de 11 %. Curieusement, après une longue année de casse, les destructions et dégradations volontaires baissent (-1 %). Ce sujet méritera sans doute d’être vérifié auprès des assureurs…

La violence politique ou sociale est rarement déconnectée de la violence sociétale. 2019 marquera un passage régressif alors que la criminalité violente s’était apaisée pendant quinze années

Crispation sociale. Si le gouvernement pointe à juste titre une forte crispation sociale et des violences « de rue » particulièrement prégnantes, incluant des violences non seulement contre les forces de l’ordre mais aussi, et c’est particulièrement représentatif de la dégradation du climat sociétal, contre les pompiers, on ne saurait occulter des phénomènes multiples, aux causes différentes mais aux effets convergents : forte augmentation des plaintes pour agressions sexuelles, progression des coups et blessures et surtout, forte progression des homicides et sans doute des tentatives, qui devraient faire passer la barre cumulée de l’homicidité au-delà du pic historique connu en 1983, bouclant ainsi sept années de progression régulière.

La violence politique ou sociale est rarement déconnectée de la violence sociétale. 2019 marquera un passage régressif alors que la criminalité violente s’était apaisée pendant quinze années (1994-2010), ce basculement public et privé, visible et intime, personnel et collectif, vers les violences de toutes natures doit interpeller les acteurs sociaux et politiques avant que la réaction citoyenne n’emporte tout.

Tuerie à Nice :  » chant du cygne de l’État islamique, (Alain Bauer)

Tuerie  à Nice :  » chant du cygne de l’État islamique,  (Alain Bauer)

D’une certaine façon les attentats qui se multiplient un peu partout dans le monde correspondent  à un chant du cygne de l’État islamique. Pour le criminologue Alain Bauer, force est de constater qu’on assiste à un développement de ce type de tuerie au moment même où l’État islamique enregistre des défaites et des reculs importants. Il est même assez probable que l’État islamique aura disparu d’ici six mois ou un an. Du coup pour se venger et exister médiatiquement le terrorisme se déplace surtout dans les pays engagés dans la guerre du Moyen-Orient. Des tueries d’autant plus difficiles à prévoir et à empêcher qu’ils sont le fait d’individus ou de groupuscules de marginaux radicalisés, la plupart du temps d’anciens voyous qui certes s’approprient le message de terreur de l’État islamique mais agissent de leur propre chef. Tous les moyens sont bons pour tuer et obtenir le plus grand écho médiatique. Pour Alain Baur Le mode opératoire n’a rien d’étonnant. « Il était annoncé depuis plusieurs mois. La France a déjà connu un attentat du même ordre, à Dijon. Il avait été considéré comme un attentat non-terroriste, bien que le chauffard ait crié le signe de reconnaissance des jihadistes (…) La multiplicité des modes opératoires est ce qui fait la spécificité de Daesh. Ils utilisent tout et le font à la carte, pas du tout dans des processus traditionnels ».  L’attaque s’est déroulée le 14 juillet, le jour de la fête nationale. « Ils attaquent n’importe quand, dès qu’il y a un rassemblement. Leur stratégie est d’attaquer là où il y a du monde ou les ‘piqûres d’épingle’. Des moustiques qui rendent fou le lion, en l’attaquant partout avec des moyens importants ou de proximité. S’ils peuvent ajouter une dimension symbolique, ils n’hésitent pas. Mais ils ne le font pas pour eux mais parce qu’ils pensent que ça nous fait de l’effet », analyse le criminologue. Nice était-elle une cible des terroristes ?  »Non, la ville n’a aucune importance (…) Ce qui leur importe, c’est de toucher un rassemblement en faisant le plus grand nombre de victimes d’un côté et le moins de perte de leur côté. Ils en ont énormément sur le terrain, en Syrie et en Irak et ils économisent leurs moyens, ce qui explique cette relation asymétrique. C’est le chant du cygne, extrêmement brutal et douloureux », poursuit Alain Bauer.

(Avec RTL)

 

L’antiterrorisme n’a jamais existé en pas en France (Alain Bauer)

L’antiterrorisme n’a jamais existé en pas en France  (Alain Bauer)

 

Alain Bauer met les pieds dans le plat en considérant que les services français anti terroristes sont inexistants. À juste titre,  il considère que nos services actuels confondent encore contre-espionnage et lutte contre le terrorisme. Il propose donc un changement fondamental de culture et notamment une super couverture du territoire en matière   de renseignements impliquant même la population. « L’antiterrorisme n’a jamais existé en France. Historiquement, nous faisons du contre-espionnage appliqué au terrorisme. Or les deux métiers sont opposés : le contre-espionnage, comme la lutte contre le crime organisé, nécessite le temps long, le secret absolu, la remontée patiente jusqu’au sommet de la pyramide. L’antiterrorisme exige, lui, une réaction rapide, le partage de toutes les informations. La question n’est pas de l’ordre de l’organisation, ni des personnes, elle est avant tout culturelle. » Le constat du criminologue est implacable : si les juges antiterroristes sont « excellents », la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), toute à sa culture de « débusquer l’espion rouge », se morfond dans une incapacité chronique à analyser l’ennemi. « Quand on voit les centaines de kilos de documents sur les auteurs d’attentats, qui, pour certains, mettent beaucoup de bonne volonté à se faire prendre – en utilisant leur carte de crédit, par exemple –, on a quand même de sérieuses inquiétudes. » La nébuleuse terroriste est bien identifiée. « La matrice des Merah, Coulibaly, Kouachi, Abaaoud, c’est Khaled Kelkal [le cerveau des attentats de 1995], notre premier hybride. Il est l’ancêtre des “gangterroristes” actuels, des délinquants radicalisés jusqu’au terrorisme islamiste. ». Que faire ? D’abord, nommer l’ennemi : pas Daech, mais bien l’Etat islamique, auquel Alain Bauer ne renie pas l’appellation d’Etat. « Quand vous avez un territoire de la moitié de celui de la France, une armée de 35 000 à 50 000 hommes, une monnaie, un gouvernement, pour moi, vous êtes un Etat. Après, vous pouvez mettre tous les adjectifs que vous voulez – prétendu, supposé, pseudo –, cela ne me dérange pas. Personne n’a expliqué que l’Afghanistan n’était pas un Etat sous les talibans. » Ensuite, troquer la culture du secret des renseignements pour une ouverture vers la société civile et une vraie collaboration des services.




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