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Un avenir pour les batteries européennes ?

Un avenir pour les batteries européennes ? 

Yann Ménière, le chef économiste de l’Office européen des brevets (OEB) estime qu’il y a un avenir pour les nouvelles batteries à l’échelle européenne dans une interview à l’Opinion

Le monde innove-t-il toujours autant en matière de batteries électriques ?

De plus en plus ! La batterie suscite beaucoup d’intérêt car son poids est appelé à grandir considérablement si on veut satisfaire les objectifs de la transition énergétique. L’agence internationale de l’énergie (AIE) estime que près de 10 000 GWh de batteries et autres formes de stockage d’énergie seront nécessaires chaque année d’ici à 2040, contre environ 200 GWh aujourd’hui, ce qui implique 50 fois plus de déploiements annuels !

Quels sont les grands domaines d’innovation dans ce secteur ?

On distingue trois vagues d’innovation pour les batteries rechargeables. La première a eu lieu au début des années 2000, lors du développement de la mobilité électronique, (ordinateurs, téléphones portables…), avec un leadership des entreprises japonaises. Depuis les années 2010, une deuxième vague plus puissante, liée au véhicule électrique, a renforcé la domination asiatique. Elle a aussi marqué l’irruption des constructeurs automobiles, allemands et américains notamment, parmi les principaux déposants de brevets. Cette vague d’innovations a fait de la technologie lithium-ion le standard technologique pour ces batteries. La troisième vague à venir, tout aussi puissante, concerne les batteries « stationnaires ». Elles sont utilisées pour absorber les surplus d’électricité des énergies renouvelables, à l’image des « powerwall » de Tesla. Ce sont des batteries intégrées qui rendent le réseau électrique plus efficace. Leur déploiement d’ici à 2040 sera aussi massif que celui des batteries pour voitures aujourd’hui.

Actuellement, neuf des dix grands acteurs mondiaux du marché des batteries sont asiatiques. Leur suprématie est-elle inévitable dans ce domaine ?

L’enjeu de l’innovation réside dans les prochaines générations de batteries. Aujourd’hui, le leadership asiatique est écrasant. C’est un gros sujet de souveraineté industrielle puisque non seulement l’Asie fabrique les batteries, mais elle contrôle la technologie et possède les brevets. Pour l’avenir, il y a deux champs de bataille : l’amélioration de la technologie lithium-ion si l’on veut produire ces batteries à grande échelle, et le développement de technologies très différentes. Pour ce qui concerne le lithium-ion, on cherche notamment à supprimer un matériau cher et polluant, le cobalt. Parmi les solutions d’avenir se trouvent le LFP (lithium, fer, phosphate) et le NCA (technologie sur laquelle travaillent Tesla et Panasonic). Les Américains sont en pointe, et dans les deux cas l’Europe fait moins mauvaise figure que dans la batterie « classique » au lithium. Hors du domaine du lithium-ion, la technologie Redox-flow permet de surmonter les risques d’embrasement et pourrait être déployée à grande échelle. Là aussi les Américains sont en avance, et l’Europe a sa carte à jouer.

Dans ce contexte, l’Airbus de la batterie a-t-il une chance de décoller ?

L’histoire des batteries se répète toujours: elle débute dans des universités et des start-up, puis les grands industriels exploitent la technologie. Ces universités ou centres de recherche, on les trouve en Europe et aux Etats-Unis. En France, le CEA est le principal déposant de brevets dans les batteries, sans oublier le CNRS. Mais l’Europe a failli dans le passé car les industriels ne se sont pas approprié la technologie. Le fait d’avoir un « Airbus », qui organise la mise en contact du monde industriel, des universités et des start-up prouve qu’on a pris conscience du problème. C’est une réponse pertinente.

Mais la Chine investit massivement, l’Airbus de la batterie ne rassemble pour le moment que la France et l’Allemagne…

La dynamique des brevets est très instructive. La Chine, qui a entamé son décollage en 2009 seulement, a déjà doublé les Etats-Unis. Quel est l’enseignement ? Rattraper, c’est possible, c’est ce que font les Chinois. Mais il faut s’en donner les moyens, prioriser ce secteur comme stratégique et y investir massivement avec un double objectif : développer la recherche fondamentale, ce en quoi l’Europe n’est pas mauvaise. Et surtout industrialiser ces technologies, là est le nôtre vrai défi.

Face à la pile à combustible, n’y a-t-il pas un sujet de compétitivité environnementale de la batterie électrique ?

Tout à fait. Une partie de l’innovation porte là-dessus. Outre la question du cobalt à éliminer, les efforts portent sur le recyclage. On peut prolonger la durée de vie et améliorer la compétitivité d’une batterie de voiture en la transformant en batterie stationnaire. Les industriels y travaillent. Quant à l’hydrogène, il sera sans doute une solution à l’horizon de dix, vingt ans. Dans l’intervalle, on va avoir besoin de batteries propres et sûres, avant de migrer vers l’hybride électrique/hydrogène. Les deux sujets sont complémentaires.

 

Automobile électrique : la filière hydrogène risque de plomber la filière des batteries classiques

Automobile électrique : la filière hydrogène risque de plomber la filière des batteries classiques

 

C’est le paradoxe, alors que la voiture électrique n’a encore pas fait la preuve de sa percée définitive sur le marché, elle est déjà menacée par la filière hydrogène. La voiture électrique classique est handicapée par la limitation des parcours qu’elle permet, aussi et surtout par ce poids de 300 à 400 kg que représentent les batteries. Un poids considérable. Le véhicule hydrogène existe. C’est le train, le car, le bus, l’automobile. Le coût est encore très supérieur au véhicule classique mais il s’agit d’un problème d’échelle. Les productions sont encore très marginales et il reste encore des progrès technologiques pour améliorer la compétitivité. Avec les investissements prévus en France comme en Allemagne, on va assister à un changement d’échelle qui rendra l’hydrogène économiquement attrayante et écologiquement nettement plus cohérente que la voiture à batteries classiques. Le problème c’est que cela risque de déstabiliser encore un peu plus des constructeurs déjà affectés par les nouvelles normes pour réduire la pollution sur les moteurs à combustion classique. À peine s’orientent-t-il vers la production de masse de voitures électriques que déjà le  véhicule à hydrogène pointe son nez. Cette perspective qui devrait être opérationnelle d’ici 10 ans risque de bousculer les plans d’investissement et de créer un grand climat d’incertitude chez les clients.

Une incertitude qui existe déjà vis-à-vis du véhicule électrique et qui risque donc d’être amplifiée par la filière hydrogène.

 

Union Renault Total et PSA sur les batteries électriques?

Union Renault Total et PSA sur les batteries électriques?

 

 

 

Initiative française est intéressante. Cependant la question se pose de sa dimension par rapport à l’enjeu aussi de savoir s’il n’est déjà pas trop tard Formée par Total, via sa filiale Saft, et PSA, la coentreprise ACC (Automotive Cells Company) a reçu le feu vert de la commission européenne en février dernier avec l’objectif de produire des batteries pour un million de véhicules par an en Europe, soit près 10 à 15% du marché, d’ici 2030. Renault, a poursuivi Emmanuel Macron, a par ailleurs décidé de “développer le nouveau moteur électrique de l’alliance à Cléon (Haute Normandie) projet initialement prévu en Asie”.

L’Airbus des batteries: Oui de PSA

L’Airbus des batteries: Oui de PSA

 

-Le conseil de surveillance de PSA a donné lundi son feu vert à l’étude d’une coentreprise de batteries avec Total et sa filiale Saft devant permettre à l’Europe de rattraper son retard sur l’Asie en matière de stockage d’électricité pour les véhicules.

La Commission européenne a lancé fin 2017 une initiative connue sous le nom “d’Airbus des batteries”. L’écrasante majorité des batteries lithium-ion pour les voitures vient actuellement de Corée et de Chine, alors que ce composant est appelé à jouer un rôle stratégique sur un marché des véhicules de plus en plus électrifié.

L’Union européenne autorise une aide publique de 3,2 milliards d’euros que pourront accorder 7 États-membres dont l’Allemagne et la France pour développer une filière industrielle de batteries pour les véhicules électriques, via un consortium de 17 entreprises. L’enjeu: moins dépendre des batteries d’origine asiatique.

L’Europe veut accélérer pour mettre en place une filière européenne des batteries pour les véhicules électriques. La Commission européenne a autorisé ce lundi sept Etats membres, dont l’Allemagne et la France, à apporter une aide publique de 3,2 milliards d’euros pour développer dans l’UE le secteur des batteries électriques, via un consortium de 17 entreprises (cf illustration ci-dessous) dont les firmes allemandes BASF et BWM et le chimiste belge Solvay.

L’Allemagne est autorisée par la Commission à investir jusqu’à 1,25 milliard d’euros. Viennent ensuite la France (960 millions), l’Italie (570 millions), la Pologne (240 millions), la Belgique (80 millions), la Suède (50 millions) et la Finlande (30 millions).

 

Ces développements concerneront les batteries Li-ion (à électrolyte liquide et à semi-conducteurs), qui ont une plus longue durée de vie et se rechargent plus vite que les batteries actuellement sur le marché.

Les 17 participants directs associés au projet, principalement des acteurs industriels, dont des petites et moyennes entreprises (PME), collaboreront les uns avec les autres et avec plus de 70 partenaires externes, comme des PME et des organismes publics de recherche de toute l’Europe.

L’investissement des sept États concernés  « devrait permettre de mobiliser 5 milliards d’euros supplémentaires en investissements privés », précise Bruxelles, qui considère ces subventions compatibles avec sa réglementation en matière d’aides d’État. L’ensemble du projet devrait prendre fin en 2031.

Les domaines privilégiés par « l’Airbus des batteries »

Les participants (industriels) au projet et leurs partenaires (centre de recherche, PME) devront privilégier quatre domaines technologiques liés aux batteries, précise la Commission européenne:

  • les matières premières et les matériaux avancés: le projet européen entend développer des processus innovants durables qui permettent l’extraction, la concentration, le raffinage et la purification des minerais afin de générer des matières premières de grande pureté. En ce qui concerne les matériaux avancés (comme les cathodes, les anodes et les électrolytes), il vise à améliorer les matériaux existants ou à en créer de nouveaux, qui seront utilisés dans des cellules de batteries innovantes
  • les cellules et les modules: le projet entend développer des cellules et des modules innovants conçus pour répondre aux critères de sécurité et de performance exigés pour les applications automobiles et non automobiles (stockage fixe de l’énergie, machines-outils, etc.);
  • les systèmes de batteries: le projet entend développer des systèmes de batteries innovants incluant des logiciels et des algorithmes de gestion des batteries ainsi que des méthodes de vérification innovantes;
  • la réaffectation, le recyclage et le raffinage: le projet entend élaborer des processus sûrs et innovants pour la collecte, le démantèlement, la réaffectation, le recyclage et le raffinage des matériaux recyclés.

 

Voitures électriques : 5 à 6 milliards d’euros pour bâtir un géant européen des batteries

Voitures électriques : 5 à 6 milliards d’euros pour bâtir un géant européen des batteries

Il était temps de réagir pour l’Europe car a production de cellules de batteries est aujourd’hui contrôlée par une poignée de groupes asiatiques notamment chinois. Actuellement, seul 1% de la production mondiale de cellules lithium-ion émane de l’Union européenne, alors que le marché mondial des batteries auto pourrait atteindre 45 milliards d’euros en 2027, dont 20% à 30% en Europe. 5 à 6 milliards d’euros seront donc investis  pour créer un gérant un géant européen des batteries dans 1,2 milliards d’euros publics. Il est prévu la construction d’ici 2020 d’une usine pilote de 200 emplois en France, puis d’ici 2023 de deux usines de production, l’une en France, l’autre en Allemagne, susceptibles de créer 1.500 emplois chacune.

« C’est une étape majeure dans la longue histoire de notre industrie européenne », a souligné le ministre, pour qui ce projet montre que l’Europe « n’est pas condamnée à dépendre des importations technologiques des deux grandes puissances que sont les États-Unis et la Chine ».

Selon Peter Altmaier, le ministre allemand, plusieurs entreprises européennes ont d’ores et déjà fait part de leur intérêt pour le futur consortium, à l’image du groupe automobile PSA et de sa filiale allemande Opel, et du fabricant français de batteries de haute technologie Saft, propriété du groupe Total. « Aujourd’hui, nous avons un intérêt plus élevé que jamais » pour ce projet de filière européenne, qualifié de « Airbus des batteries », a déclaré M. Altmaier, en assurant que Paris et Berlin au cours de leurs échanges avaient obtenu « 35 réponses positives, y compris de grands producteurs automobiles ».

« Les consortiums ne sont pas composés par l’État, ils ne sont pas composés par les ministres ou par la commission », a toutefois souligné M. Altmaier, en rappelant que le choix d’intégrer ou non l’alliance revenait aux industriels et constructeurs, par ailleurs « à l’origine de ce projet ».

Selon le Commissaire européen Maros Sefcovic, le feu vert de Bruxelles à l’octroi de subventions publiques à cette filière européenne de batteries pourrait être donné avant la fin du mandat de l’actuelle Commission, à savoir octobre. « Le temps presse si nous voulons que notre production européenne soit en place d’ici à 4-5 ans », a souligné M. Sefcovic, en promettant que la Commission, critiquée par Paris et Berlin pour avoir empêché le grand mariage industriel franco-allemand d’Alstom et Siemens, allait jouer un « rôle de facilitateur ».

Total investit 1 milliard dans les batteries électriques

Total investit 1 milliard dans les batteries électriques

Total pétrolier a proposé lundi de racheter le fabricant français de batteries de haute technologie Saft pour 950 millions d’euros, dans le cadre d’une offre publique d’achat (OPA) amicale. Un projet de rachat approuvé à l’unanimité par le conseil de surveillance de Saft.  « Le XXIe siècle sera électrique », assurait il y a quelques semaines Patrick Pouyanné, dans une interview aux « Echos ». Le PDG de Total a officialisé mi-avril la création d’une nouvelle division, « gas renewables and power », qui viendra s’ajouter à ses activités traditionnelles dans le pétrole. Celle-ci regroupera les activités dans l’aval gaz, les énergies renouvelables et les activités d’efficacité énergétique. Pourquoi le groupe se lance-t-il dans ce nouveau métier ? « Il nous faut intégrer le défi du changement climatique, et l’évolution du mix énergétique qui va en découler : les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie montrent que la part du pétrole va baisser, au profit du gaz et des renouvelables », expliquait Patrick Pouyanné. « Notre objectif n’est pas de devenir électricien. [...] Mais nous devons comprendre les marchés électriques en nous positionnant sur certains éléments de la chaîne de valeur. » Total a déjà fait un pas dans le solaire depuis le rachat en 2011 de SunPower, l’un des leaders mondiaux dans la fabrication de panneaux solaires. Avec Saft, le groupe s’avance dans un autre domaine clé : le stockage de l’électricité, et notamment celle produite par les énergies solaire et éolienne. Puisque leur production est intermittente (quand le vent faiblit ou le soleil ne se montre pas), le défi est de stocker leur production pour la restituer ensuite en fonction de la demande. Une question sur laquelle planchent de nombreuses sociétés – Tesla, Schneider Electric, RWE, etc. – ainsi que plusieurs start-up, avec différentes pistes technologiques à l’étude. Total a d’ailleurs déjà investi dans une start-up américaine, LightSail Energy, qui travaille sur d’autres solutions que les batteries.

(Les Échos)




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