Natalité: une baisse structurelle
La chute des naissances s’est poursuivie en France en 2024, de l’ordre de 2,8% sur un an, a annoncé l’Insee mardi 29 juillet. En cause, un recul de la fécondité. Autrement dit, les femmes françaises ont de moins en moins d’enfants, quels que soient leur âge et leur milieu social. La tendance est confirmée par l’indice conjoncturel de fécondité (ICF) : alors qu’en 2010 les femmes françaises donnaient naissance à 2,02 bébés en moyenne au cours de la vie, ce chiffre s’établit désormais à 1,66. Si le chiffre est en baisse, dans l’Union européenne, seule la Bulgarie fait mieux. Une situation étonnante, mais qui ne surprend pas Gilles Pison, démographe à l’Institut national d’études démographiques (Ined), interrogé par TF1info.
On peut toujours avoir des surprises, personne n’avait anticipé le baby-boom après la Seconde Guerre mondiale
En France, le nombre d’enfants par femme n’a fait que baisser depuis 15 ans, rappelle le chercheur : « Le retournement s’est fait au moment de la crise économique de 2007-2008. Cela a stoppé l’augmentation qu’on observait depuis les années 1990. » Cependant, l’Hexagone est toujours resté bien au-dessus de la moyenne de l’UE, qui s’établit en 2023 à 1,38.
Tout en bas du classement, on retrouve Malte (1,05 enfant par femme), l’Espagne (1,12) ou encore la Lituanie (1,19). Si la chute des naissances se poursuit, la France pourrait-elle atteindre ces niveaux historiquement bas ? « Ce serait très étonnant », assure Gilles Pison, qui se refuse néanmoins à tout pronostic : « Chacun peut faire ses hypothèses sur le seuil minimal que va atteindre la France et autour duquel elle va se stabiliser. Mais on peut toujours avoir des surprises, personne n’avait anticipé le baby-boom après la Seconde Guerre mondiale ! »
L’influence des politiques publiques sur la natalité
Avec la baisse de cet indicateur statistique, la France se retrouve dans une situation comparable à celle de la Bulgarie (1,81), de la Hongrie (1,55) et de la Roumanie (1,54), selon les dernières données disponibles d’Eurostat. Elle est ainsi le seul pays d’Europe occidentale aussi haut dans le classement. Notre plus proche voisin, l’Allemagne, se situe, elle, très proche de la moyenne européenne.
Malgré son décrochage relatif, la fécondité en France reste bien supérieure à celle enregistrée outre-Rhin, autour de 1,4. Pour Gilles Pison, qui est aussi professeur émérite au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, l’écart peut se creuser avec la mise en place de politiques publiques : « Berlin a développé une politique familiale importante en termes de part du budget national. Mais les mesures précises varient notamment au niveau de la scolarisation des jeunes enfants. En Allemagne, ils n’entrent à l’école qu’à 6 ans, et seulement le matin. Cela pose un vrai souci de garde pour les parents qui travaillent. »
De là à faire baisser le désir d’enfant ? Impossible de le savoir de manière certaine, mais l’hypothèse est avancée par de nombreux chercheurs : « Certaines femmes repoussent la grossesse pour continuer à travailler. En Allemagne, pendant longtemps, le fait de faire garder très tôt son bébé était mal vu. Même si ça évolue, c’est encore le cas aujourd’hui. » Les préjugés pourraient donc aussi jouer un rôle dans l’évolution de l’indice de fécondité et expliquer les différences avec nos voisins.
Selon les derniers modèles de prévision qui se projettent à horizon 2050, Paris devrait rester dans le haut du classement de l’UE, comme « depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ». Mais le seuil de remplacement des générations, fixé par l’Insee à 2,05 enfants par femme, semble s’éloigner inexorablement.