Archive pour le Tag 'Aurélien'

« La comédie permanente» de Macron (Aurélien Pradié)

 « La comédie permanente» de Macron (Aurélien Pradié)

Le secrétaire général de LR, député du Lot et candidat aux régionales, accuse le chef de l’Etat, « monarque au petit costume », de « remplacer l’action par une forme de baratin ». « Si des décisions structurelles, courageuses, différentes, avaient été prises, nous n’en serions pas là », assure-t-il.

Quel regard portez-vous sur l’allocution d’Emmanuel Macron ?

Elle est pour moi le signe de l’effondrement de la parole politique. Emmanuel Macron est l’incarnation de l’impuissance dans laquelle notre pays est désormais plongé. Le président de la République ose nous annoncer 10.000 lits de réanimation supplémentaires alors que le ministre de la Santé nous en promettait 12.000 en août dernier et qu’on n’en a pas eu le début d’un seul. Emmanuel Macron fait partie de ces responsables politiques qui remplacent l’action par une forme de baratin, avec une capacité insupportable à toujours renvoyer la faute sur les autres, les variants, l’Europe et je ne sais qui.

 

 

Bientôt la fin de l’argent facile( Aurélien Véron)

Bientôt la fin de l’argent facile( Aurélien Véron)

 « Eviter le défaut sur la dette exigera une vision claire et une volonté de fer le moment venu, d’autant que le déni devant la menace nous promet une crise systémique dépassant largement l’Hexagone », met en garde le conseiller de Paris dans l’Opinion.

 

 

La France ne remboursera pas sa dette comme convenu. Ce n’est plus une question de volonté mais de lucidité. Notre dette publique a fait un bond de 98% à 120% du PIB en un an. C’est un point de non-retour à en croire l’étude historique des crises par Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (« This time is different »). Ce « quoi qu’il en coûte » était sans doute nécessaire pour éviter l’effondrement économique et limiter le recul du PIB à -8.3% sur 2020. Revenir à un niveau soutenable de dette est dorénavant une chimère avec une économie exsangue, la pression fiscale la plus élevée au monde et une dépense publique déjà calée à 60% du PIB. Nous devons réfléchir à la séquence suivante, lorsque le virus sera derrière nous.

Entre 2008 et aujourd’hui, la dette publique de la zone euro a grimpé de 70% à plus de 100% du PIB. Dans le même temps, le bilan de la Banque centrale européenne est passé de 2000 milliards à plus de 7000 milliards d’euros, soit une hausse correspondant à 40% du PIB de la zone euro, destinée à monétiser de la dette publique et privée. Achats obligataires massifs et taux négatifs ont incité les pays comme le nôtre à faire du déficit budgétaire la norme.

Perte de souveraineté. C’est ainsi que la France a fait le choix de perdre sa souveraineté financière bien avant la pandémie, aveuglée par le mirage de l’argent gratuit. Ce n’est pas tout. En tirant le niveau de rentabilité attendu des investissements privés vers le bas, l’écrasement de la courbe des taux a découragé la source essentielle de croissance future. Les capitaux se sont tournés vers des placements plus risqués et spéculatifs (voire exotiques comme le Bitcoin) afin d’obtenir un meilleur rendement. Cette euphorie se traduit par une rémunération insuffisante de risques excessifs.

«Tous les signaux annonciateurs d’une crise majeure sont réunis. L’illusion serait de croire que cette fois, c’est différent. Si les nouveaux outils de politique monétaires achètent du temps, ils ne nous feront pas échapper aux lois de la gravité»

L’exubérance irrationnelle des marchés s’accompagne de prix immobiliers historiques, d’un niveau record d’endettement public et privé tandis que la production décroche dans un contexte de montée des incertitudes. Tous les signaux annonciateurs d’une crise majeure sont réunis. L’illusion serait de croire que cette fois, c’est différent. Si les nouveaux outils de politique monétaires achètent du temps, ils ne nous feront pas échapper aux lois de la gravité financière et monétaire.

La BCE devra cesser un jour de laisser dériver son bilan, à moins que sa croissance ne déclenche en premier la vague d’inflation tant attendue. Dans les deux cas, les taux d’intérêt remonteront significativement. Nous ne pourrons alors échapper à une cure brutale de désintoxication de notre addiction aux déficits, le seul coût du renouvellement de la dette devenant insoutenable.

Volonté de fer. Déjà, des voix suggèrent que la banque centrale abandonne ses créances sur la France, soit un quart de notre dette publique. S’il devait être mis en œuvre, ce principe devrait viser aussi d’autres pays surendettés de la zone euro par souci d’équité. Les fonds propres de la BCE sombreraient dans des zones négatives abyssales – rien d’illégal en soi. A défaut de pouvoir la recapitaliser dans l’hypothèse d’un abandon de créances pour une valeur de quelques milliers de milliards d’euros, difficile d’éviter une crise de change et des ventes obligataires massives d’investisseurs inquiets. Ce scénario suppose l’accord de l’Allemagne et des pays adeptes de la rigueur : peu crédible, compte tenu de la difficulté à leur faire accepter le principe bien moins transgressif des « coronabonds ».

Eviter le défaut sur la dette exigera une vision claire et une volonté de fer le moment venu, d’autant que le déni devant la menace nous promet une crise systémique dépassant largement l’Hexagone. Nous pourrons envisager de repousser l’échéance d’une partie de la dette française de quelques décennies, en particulier via l’assurance-vie. Ce cadeau empoisonné fait aux générations futures ne fera que renforcer l’inquiétude des investisseurs français et internationaux. Apaiser les créanciers de l’Etat français nécessitera conjointement un plan drastique de réduction de l’encours de la dette restante.

«La huitième et dernière fois que la France a fait défaut remonte à 1812. Nous avons la capacité d’affronter cette crise annoncée et d’éviter un neuvième défaut. Mais les années d’insouciance sont derrière nous»

Il y a trois manières d’y parvenir. L’hyper-croissance en est une, mais les exemples passés sont rares et notre modèle économique et social offre peu d’espoir dans ce sens. Une autre est l’inflation que les banques centrales ont tant de mal à susciter et dont la perte de contrôle peut se révéler dévastatrice. Reste enfin la baisse drastique de la dépense publique : allongement des durées de cotisation et baisse des pensions de retraite, des salaires de la fonction publique et des dépenses sociales. Cette dernière solution reste la plus fréquente dans l’histoire, non par choix idéologique mais tout simplement parce que les caisses de l’Etat sont vides à la fin du mois. C’est ce qui nous arrivera le jour où personne ne prendra le relais de la BCE pour financer à crédit un train de vie dépassant très largement nos revenus.

Au terme d’un demi-siècle de déficits budgétaires ininterrompus, notre pays doit se préparer à un atterrissage douloureux. La huitième et dernière fois que la France a fait défaut remonte à 1812. Nous avons la capacité d’affronter cette crise annoncée et d’éviter un neuvième défaut. Mais les années d’insouciance sont derrière nous. Tous ceux qui pensent pouvoir danser tant que la musique joue doivent être conscients des risques encourus. Nous surmonterons cette crise systémique si notre démocratie ainsi que la cohésion européenne résistent au choc de la douleur des mesures que nous repoussons en les sachant inévitables. En attendant ce jour, plus ou moins proche, attachons bien nos ceintures.

Aurélien Véron est conseiller de Paris, porte-parole du groupe Changer Paris (Républicains, centristes et indépendants), et conseiller métropolitain.

« L’efficacité énergétique c’est consommer moins», Aurélien Hüe (Bpifrance)

« L’efficacité énergétique c’est consommer moins», Aurélien Hüe  (Bpifrance)

 

D’une certaine manière c’est une vérité de Lapalisse de la part d’ Aurélien Hüe, directeur adjoint d’investissements, Fonds France Investissement Energie Environnement, à Bpifrance mais il explique pourquoi dans une interview à la Tribune.

Quels sont les enjeux de l’efficacité énergétique industrielle dans le contexte de crise sanitaire et économique que nous traversons ?

L’efficacité énergétique industrielle consiste à consommer moins d’énergie pour produire de manière aussi efficace, sans gaspillage. La crise actuelle souligne l’importance d’un mode de production local avec un faible impact environnemental – a contrario d’un modèle de production basé sur des ressources infinies et à bas prix, et sans intégration de l’impact sur l’environnement. C’est notamment le cas de l’énergie, indispensable à toute production, que l’on veut disponible, sûre, pas chère, et maintenant décarbonée. Équation très compliquée à résoudre… La crise actuelle est donc de nature à nous faire prendre conscience qu’un tel modèle n’est pas tenable. Il faut se préparer à d’éventuelles nouvelles crises, quelle qu’en soit la nature, faire des choix et consentir des investissements, difficiles, certes, dans un contexte économique dégradé et des prix pétroliers bas, mais essentiels. Car les solutions pour une efficacité énergétique industrielle accrue existent. Il suffit que les acteurs fassent les bons arbitrages.

 

Bpifrance est aussi la banque du climat, décrivez-nous les grands axes de sa politique en matière de soutien à l’efficacité énergétique industrielle…

Avant la crise actuelle, Bpifrance faisait déjà beaucoup pour soutenir la transition énergétique, sous forme de prêts aux entreprises, pour mener à bien des programmes d’efficacité énergétique et en épaulant de petites structures pour en faire des belles sociétés spécialisées dans la transition énergétique. En partenariat avec l’Ademe, nous animons ainsi un accélérateur, dans lequel des entreprises sont « poussées » pendant deux ans. Cette volonté ne peut que se renforcer aujourd’hui. Bpifrance va continuer de soutenir des entreprises du secteur, mais également élargir la portée de son action en incluant les sociétés « généralistes » pour les aider dans leurs efforts de transition. C’est la meilleure façon d’avoir un réel impact dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Quels sont les liens entre efficacité énergétique industrielle et efficacité économique pour l’industrie ?

Sans énergie, on ne produit rien. Et si les industries fortes consommatrices dépensent moins, c’est autant de gagné ! Dans certains cas, il en va de leur survie. En outre, dans un monde incertain, dépendre d’une ressource extérieure revient à s’exposer à bien des déboires. Cette nouvelle philosophie pousse également à réfléchir aux process industriels, à la compétitivité, au marketing, à la marque employeur. Les consommateurs sont de plus en plus exigeants sur la façon dont les produits sont fabriqués, et soucieux, en tant que salariés, de rejoindre un groupe dont ils partagent les valeurs de sobriété, de respect de l’environnement, de responsabilité sociétale. Sans oublier les banquiers et les investisseurs, eux aussi de plus en plus sensibles à ces thématiques.

Environnement : la fin du monde ? (Aurélien Barrau)

Environnement : la fin du monde ? (Aurélien Barrau)

 

Aurélien Barrau, astrophysicien  dénonce avec vigueur les atteintes à la vie sur terre. Une terre qui pourrait mourir d’ici 200 ans.  « Un génocide contre la vie est en cours et pourtant nous ne faisons rien. »

Car nous sommes  gouvernés par des politiques « qui nient la vie« . « Ce n’est pas possible, personne ne souhaite ça« , poursuit-il. Pour lui,  les écosystèmes vont disparaître d’ici 200 ans et que la planète ne sera plus vivable. Et de citer la disparition de près de 50 % des vertébrés en quelques dizaines d’années et de 80 % des les insectes sans parler de l’hécatombe du nombre et des espèces d’oiseaux Sa prise de parole à la tribune du festival Climax 2018, début septembre à Bordeaux, l’a transformé en porte-étendard de la lutte contre le réchauffement climatique. Aurélien Barrau  n’est pourtant pas climatologue, mais astrophysicien. Et ses phrases chocs font mouche à chaque fois. « Nous sommes en train de mettre en œuvre le crash du système planète Terre, assène-t-il. Nous sommes en train de décider de léguer à nos enfants un monde en guerre. » Ce spécialiste des trous noirs est professeur à l’université Grenoble-Alpes et chercheur au sein du laboratoire de physique subatomique et de cosmologie du CNRS. Il a lancé un appel aux responsables politiques afin qu’ils agissent d’urgence en faveur de l’environnement, explique Le Monde. Un appel qu’il a renouvelé sur le plateau de l’émission « C Politique », dimanche 23 septembre sur France 5. Le scientifique, âgé de 45 ans, le martèle : »C’est la vie qui est en train de mourir sur Terre. » « C’est tout l’écosystème mondial qui est en train de mourir. » « Au rythme actuel, dans 200 ans, il n’y a plus rien. » « On ne peut pas ne pas considérer, aujourd’hui, cette question comme étant la plus importante de l’histoire de l’humanité. » « On parle de la fin du monde. » Et le scientifique d’égrener les exemples d’une « vérité factuelle » : « En quelques décennies à l’échelle mondiale, on a perdu 60% des vertébrés. A l’échelle européenne, on a perdu 400 millions d’oiseaux. Et à l’échelle d’un pays, par exemple l’Allemagne, on a perdu 80% des insectes. »  L’universitaire est à l’origine d’une retentissante tribune signée par 200 personnalités dans Le Monde, afin de pousser les dirigeants à agir « pour sauver la Terre »« Quand ça ne va plus, il faut des lois. Il faut que le politique intervienne pour nous limiter », martèle-t-il à la télévision.  »Aujourd’hui, un président, un Premier ministre qui ne joue pas ce rôle ne sert à rien. » « Il devrait être exclusivement orienté vers cette obsession : comment sauver le monde. Et ce n’est pas du tout ce qui se passe. »

  Pour sortir de ce cercle infernal, Aurélien Barrau estime qu’il faut prendre « des mesures coercitives« . « Il faut s’opposer à un peu de notre liberté, à un peu de notre confort mais c’est finalement pour avoir la possibilité de continuer à jouir d’une planète habitable« , explique l’astrophysicien.

Environnement : Dans 200 ans le monde va mourir (Aurélien Barrau, astrophysicien)

Environnement : Dans 200 ans le monde va mourir (Aurélien Barrau, astrophysicien)

Un nouveau cri d’alarme est considère que tout les écosystèmes vont disparaître d’ici 200 ans et que la planète ne sera plus vivable. Et de citer la disparition de près de 50 % des vertébrés en quelques dizaines d’années et de 80 % des les insectes sans parler de l’hécatombe du nombre et des espèces d’oiseaux Sa prise de parole à la tribune du festival Climax 2018, début septembre à Bordeaux, l’a transformé en porte-étendard de la lutte contre le réchauffement climatique.

n’est pourtant pas climatologue, mais astrophysicien. Et ses phrases chocs font mouche à chaque fois. « Nous sommes en train de mettre en œuvre le crash du système planète Terre, assène-t-il. Nous sommes en train de décider de léguer à nos enfants un monde en guerre. »

Ce spécialiste des trous noirs est professeur à l’université Grenoble-Alpes et chercheur au sein du laboratoire de physique subatomique et de cosmologie du CNRS. Il a lancé un appel aux responsables politiques afin qu’ils agissent d’urgence en faveur de l’environnement, explique Le Monde. Un appel qu’il a renouvelé sur le plateau de l’émission « C Politique », dimanche 23 septembre sur France 5.

Le scientifique, âgé de 45 ans, le martèle :  »C’est la vie qui est en train de mourir sur Terre. » « C’est tout l’écosystème mondial qui est en train de mourir. » « Au rythme actuel, dans 200 ans, il n’y a plus rien. » « On ne peut pas ne pas considérer, aujourd’hui, cette question comme étant la plus importante de l’histoire de l’humanité. » « On parle de la fin du monde. » Et le scientifique d’égrener les exemples d’une « vérité factuelle » : « En quelques décennies à l’échelle mondiale, on a perdu 60% des vertébrés. A l’échelle européenne, on a perdu 400 millions d’oiseaux. Et à l’échelle d’un pays, par exemple l’Allemagne, on a perdu 80% des insectes. » 

L’universitaire est à l’origine d’une retentissante tribune signée par 200 personnalités dans Le Monde, afin de pousser les dirigeants à agir « pour sauver la Terre »« Quand ça ne va plus, il faut des lois. Il faut que le politique intervienne pour nous limiter », martèle-t-il à la télévision.  »Aujourd’hui, un président, un Premier ministre qui ne joue pas ce rôle ne sert à rien. » « Il devrait être exclusivement orienté vers cette obsession : comment sauver le monde. Et ce n’est pas du tout ce qui se passe. »

 

Étrangers : on ne sait pas intégrer (Aurélien Taché)

Étrangers : on ne sait pas intégrer (Aurélien Taché)  

Avec une certaine honnêteté, le député Aurélien Taché  en charge d’un rapport sur l’immigration reconnaît que si la France a une politique d’accueil par contre elle ne sait pas intégrer. Le député aborde par ailleurs les questions de laïcité avec un certain flou caractéristique de LREM. Sur cette question.  Interview JDD

Vous allez remettre un rapport sur l’intégration la semaine prochaine. Que proposez-vous?
Ce rapport vise à apporter une réponse aux étrangers au moment de leur arrivée en France, dès qu’ils obtiennent un titre de séjour – au titre de l’asile ou du regroupement familial par exemple – qui les conduira à s’installer durablement. Il y a donc trois axes. Le premier : l’Etat doit donner à ces personnes des outils pour faciliter leur autonomie. Notamment concernant les cours de langue. La France fait trop peu dans ce domaine. Ces cours de français – aujourd’hui entre 50 et 200 heures, en fonction du niveau de départ – doivent être doublés, peut-être même triplés.

 

Vous souhaitez également revoir les modules d’enseignement permettant de mieux comprendre notre pays.
Actuellement, les modules durent deux journées de 6 heures et sont vraiment très théoriques. On vous apprend l’ordonnance de Villers-Cotterêts, Clovis, le Front Populaire… Ou encore la hiérarchie des normes, qui n’est pas vraiment la première chose à savoir en arrivant en France. Nous voulons complètement refondre cela pour en faire un moment plus important, plus valorisé, plus riche.

 

Quel est le troisième axe?
Il faut que, dans cette politique d’intégration elle-même, nous disposions d’un vrai volet consacré à l’insertion professionnelle. Aujourd’hui, seul 1 étranger sur 3 accueilli en France trouve un emploi dans les cinq premières années suivant son arrivée. On ne tient absolument pas compte du savoir-faire de la personne, de ce qu’elle pourrait vouloir faire en arrivant en France, de l’orientation vers des régions ou métiers où il y a des besoins… Tout ça n’est ni pensé, ni construit. La France a une politique d’accueil, pas d’intégration. Et à l’exil, on a ajouté le déclassement. C’est dramatique.

Vous dites que la France a une politique d’accueil, pas d’intégration. Comment expliquez-vous cela dans un pays comme le nôtre?
Pendant très longtemps, on a pensé que parce que l’on était la République française, issue des Lumières, le fer de lance de l’universalisme à travers le monde, il n’y avait rien besoin de faire. Que l’intégration se faisait toute seule et qu’il n’y avait pas besoin d’avoir d’actions particulières envers les étrangers accueillis. En réalité, c’était un peu naïf. On connaît la situation dans certains de nos quartiers. Sans politique spécifique, quand vous arrivez dans un pays, vous avez forcément moins de chances que les autres d’y trouver votre place. Beaucoup peuvent basculer dans la précarité, il faut l’éviter.

L’intégration, cela peut aussi diviser, non?
En France, il y a un droit d’asile, qui est sacré, qui est un impératif démocratique. L’asile ne se discute pas, ne se quantifie pas. Ensuite, il y a ce qui relève de la politique migratoire, fixée par l’Etat. Est-ce que ça divise? Je ne sais pas. A partir du moment où nous acceptons cette part d’immigration, nous avons tous collectivement intérêt à nous donner les moyens que ces personnes trouvent leur place dans notre pays.

La politique d’immigration d’Emmanuel Macron a été critiquée par les associations, notamment à Calais. Vous y retrouvez-vous complètement?
Notre position, que je viens de développer, suppose que tout le monde ne puisse pas rester. Ceux qui se voient refuser l’asile, qui ne viennent pas rejoindre de la famille en France, qui ne rentrent pas dans les critères précis de l’immigration professionnelle doivent a priori repartir. Les sujets sont rarement totalement binaires. Si ceux qui ne l’ont pas obtenu restent, le droit d’asile n’a plus aucun sens.

Toutes les propositions de ce rapport seront-elles reprises dans le projet de loi asile et immigration?
Non, assez peu relève de la loi. L’essentiel servira à un plan pour l’intégration que le gouvernement, s’il trouve mon rapport intéressant, pourra construire à partir de ces propositions. Un comité interministériel devrait se tenir dans les semaines à venir pour statuer sur les propositions du rapport et réfléchir à ce que chaque ministère pourrait proposer. Ce sera un vrai plan avec des moyens, un pilotage, une gouvernance pour que cette politique d’intégration se mette vraiment en place en France.

Ce projet de loi asile et immigration est-il un test pour la majorité?
Je ne suis pas certain. Je discute à la fois avec des gens soucieux d’avoir ces exigences en termes de retours, et aussi avec ceux qui nous disent de faire attention à ce que notre procédure d’asile continue d’être ouverte. Il faut que chaque aspect soit aussi ambitieux l’un que l’autre pour que l’ensemble de cette majorité s’y retrouve complètement. Ce sera le cas.

 

Vous vous êtes également vu confier une réflexion sur la laïcité pour La République en marche. Les migrants, la laïcité… Vous aimez bien les sujets minés!
Ce n’est pas tellement le fait qu’ils soient minés qui m’intéressent. Mais ce sont des sujets qui révèlent des fragilités dans la société française. La gauche comme la droite en ont fait des sujets polémiques sans les traiter sur le fond. La gauche, dont je suis issu, est totalement passée à côté, soit par peur soit par désintérêt. La droite les a instrumentalisés politiquement sur des positions très réactionnaires, en tout cas depuis la droite Sarkozy-Buisson.

Vous prenez aussi le risque de crisper un peu plus les positions de chacun en remettant le sujet de la laïcité sur la table…
Les débats d’une violence inouïe qu’on a parfois sur la laïcité révèlent bien qu’il y a quelque chose à clarifier. Après, je m’en fiche de ne pas me mettre d’accord avec Laurent Wauquiez ou Jean-Luc Mélenchon sur ces questions.

Et avec Manuel Valls?
Il est dans la majorité donc je souhaite qu’on puisse être le plus d’accord possible. Mais cela n’a échappé à personne qu’il a une vision très singulière qu’il défend avec force. La réflexion que j’anime se fait dans le cadre d’un mouvement, auquel n’a pas adhéré Manuel Valls. Au sein de La République en marche, nous devons défendre un projet de vision d’une société ouverte, qui serait radicalement différent de celui d’une droite ou d’une gauche conservatrice.

 

L’objectif de ce groupe sur la laïcité, n’est-ce pas d’abord de trouver une position commune au sein de LREM?
Je ne pense pas qu’il y ait des divisions au sein du mouvement là-dessus. Cette position commune existe déjà. Il faut en revanche prendre le temps de faire ce travail. Avoir cette réflexion, c’est aborder la question de manière politique. Or, lorsqu’on évoque les fractures au sein de notre société, c’est bien le rôle du politique d’y apporter des réponses.

 

Evoquer la laïcité, n’est-ce pas une façon déguisée de parler de la place de l’islam dans notre société?
Cela revient en effet à cela dans le débat politique aujourd’hui, mais ce n’est pas normal. La laïcité est bien autre chose que l’islam. Quand on fait l’amalgame entre les deux, le débat est déjà biaisé. Il me semble donc d’abord important dans ce travail de clarifier ce qu’est la laïcité. Certains défendent des conceptions qui ne me paraissent pas fidèles à la laïcité française des origines. La loi de 1905 dit neutralité de l’Etat et liberté de conscience pour les citoyens. L’Etat est donc bien laïc, pas la société. Vouloir imposer une neutralité des citoyens dans l’espace public, ce n’est pas la laïcité telle qu’elle est construite aujourd’hui.

 

Le voile au sein des entreprises, par exemple, n’y voyez-vous aucun problème?
La laïcité n’a rien à voir avec l’entreprise. Le principe, c’est la liberté, ne venons pas tout confondre. Si l’entreprise veut faire un règlement, c’est autre chose, mais sinon les gens sont libres.

 

Le voile à l’université?
C’est pareil : comment peut-on l’interdire à des usagers des services publics, en l’occurrence des étudiants majeurs? Ce serait une atteinte à la liberté de conscience.

 

A l’Assemblée nationale?
Il n’y a pas non plus de sujet de laïcité ici. C’est un peu comme l’entreprise : on peut estimer que pour la sérénité des débats, il vaut mieux avoir une tenue assez neutre. Donc ne pas venir avec un maillot de foot comme François Ruffin, ou de porter un signe religieux. Le président de l’Assemblée, François de Rugy, a souhaité poser cette question. C’est sa conception, je l’entends, mais elle peut être discutée.

 

Vous êtes issu du Parti socialiste. Est-ce que vous vous revendiquez toujours de gauche?
Non. Je me revendique progressiste. J’étais à gauche parce que globalement le logiciel proposé était plus proche de mes idées. Mais il y avait beaucoup de choses qui ne me convenaient pas sur le plan idéologique. Je suis très attaché à la lutte contre les déterminismes sociaux, par exemple. Je viens d’un milieu très populaire, je n’avais pas fait d’études supérieures, avant de m’y inscrire par la suite, à 19 ans. Je n’ai pas le bac, ni le brevet. J’ai senti que ce combat contre les déterminismes, ce qu’Emmanuel Macron appelle les assignations à résidence, était porté de façon bien plus forte par le Président que par le PS. Là-bas, on traitait ces sujets toujours d’un revers de la manche.




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