Archive pour le Tag 'Assurer'

Assurer la souveraineté alimentaire

Assurer la souveraineté alimentaire 

 

Avec la guerre en Ukraine et l’avènement de nouvelles conflictualités géopolitiques, l’Europe doit développer une politique diplomatique cohérente et assurer sa puissance agricole, estiment, dans une tribune au « Monde », Marion Pariset et Matthieu Hocque, membres du think tank Le Millénaire.

 

La Russie, l’Ukraine et la Turquie sont récemment [le 22 juillet] parvenues à la signature d’un accord qui garantit pour les quatre prochains mois les exportations céréalières ukrainiennes en mer Noire. Alors que les belligérants pèsent plus de 30 % de la production mondiale de blé (12 % pour l’Ukraine), la guerre en Ukraine a aggravé le risque de famine.

En 2021, l’ONU enregistrait déjà 40 millions de personnes supplémentaires en détresse alimentaire, et potentiellement plus de 200 millions à la fin de l’année 2022. Cette situation doit conduire l’Union européenne (UE) à mener une politique extérieure cohérente et assurer sa souveraineté alimentaire pour éviter de nouvelles crises.

Le conflit ukrainien a fortement perturbé les marchés agricoles par le blocage des exportations céréalières ukrainiennes.

D’une part, une partie des champs de blé ukrainiens ont été détruits par les combats. Les exploitants agricoles ukrainiens ont éprouvé des difficultés pour accéder aux fertilisants et aux autres intrants.

D’autre part, les ports ukrainiens ont été paralysés par le blocus imposé par la Russie et ont été en partie détruits par les bombardements. Ainsi, plus de 20 millions de tonnes de céréales (soit environ 1 % de la consommation mondiale) ne peuvent être exportées.

Si les effets sur les volumes d’exportations seront limités, il s’agit, pour l’Ukraine, d’un accord symbolique pour reprendre les échanges commerciaux avec le reste du monde. Pour compenser cette victoire ukrainienne, la Russie obtient en échange des garanties sur ses propres exportations agricoles, ainsi que la fin des blocages indirects concernant le transport maritime, imposés par les pays occidentaux.

Berlin doit assurer son rôle de défense

Berlin doit assurer son rôle de défense

L’invasion russe de l’Ukraine a propulsé l’Allemagne dans une nouvelle ère, avec un changement radical de sa politique de sécurité, analysent les deux chercheurs. Claudia Major et Christian Mölling soulignent que sa mise en œuvre implique une profonde transformation des mentalités.

D’une certaine manière Berlin doit sortir de son rôle de fait  de non-aligné eu égard d’une part à son poids politique ,  d’autre part aussi à l’importance de son industrie militaire; Sans parler évidemment de sa propre sécurité. NDLR

 

Tribune.

Le 27 février, une révolution s’est produite au Bundestag. En trente minutes, le chancelier Olaf Scholz a balayé toutes les certitudes qui structurent la politique de sécurité allemande depuis trente ans. Jusque-là, l’Allemagne ne s’était pas sentie directement menacée et ne s’était donc que peu engagée militairement. Lorsqu’elle l’a fait, sur le flanc est de l’OTAN ou au Mali, c’était en grande partie par solidarité avec ses alliés de l’Alliance atlantique et la France. Mais elle ne se sentait pas vraiment concernée.

Le budget de la défense a certes augmenté depuis l’annexion de la Crimée, en 2014, passant de 33 milliards à 50 milliards entre 2013 et 2021. Néanmoins l’Allemagne reste loin des 2 % de son PIB promis à l’OTAN (contrairement à la France, avec son budget militaire d’environ 41 milliards d’euros). La Bundeswehr reste sous-équipée et le système d’acquisition des armements fonctionne mal.

 

Surtout, les questions de défense restent controversées et n’intéressent guère l’opinion publique et le monde politique allemands. La dissuasion nucléaire est largement rejetée et l’existence même de l’armée est critiquée. Dans le même temps, les missions humanitaires et la gestion civile des crises sont vantées comme instruments politiques. L’opinion publique allemande reste majoritairement pacifiste et les partis politiques sont restés, jusqu’à récemment, plutôt favorables à la Russie, à l’exception notable des Verts. Il est ainsi compréhensible que l’Allemagne, jusqu’à l’invasion russe, ait refusé de livrer des armes à l’Ukraine, ait misé sur la diplomatie et n’ait pas voulu mettre en péril ses relations économiques avec la Russie. Mais la guerre contre l’Ukraine a tout changé.

Ce n’est qu’en février 2022 que Berlin a compris que cette guerre, qui se déroule à un peu plus de 1 000 km de Berlin – presque aussi près que Paris –, est également une attaque contre son propre modèle de vie. Cette fois, il ne s’agit plus d’une simple attaque contre ses voisins : il s’agit de l’Allemagne elle-même et de sa survie. Aucune des crises précédentes n’a pu générer ce sentiment : ni la barbarie en Syrie, ni la première invasion de l’Ukraine en 2014, ni les attaques terroristes.Le chancelier a utilisé le terme de Zeitenwende (changement d’époque) qui acte une rupture fondamental : l’Allemagne n’observe pas, désormais elle « ressent » la menace pour elle-même et la souffrance des autres (les réfugiés arrivent en grand nombre à la gare centrale de Berlin). Toutes deux sont causées par l’attaque de la Russie, ce pays auprès duquel Berlin a une si grande dette historique, puisque l’Allemagne nazie a tué des millions de citoyens soviétiques.

Assurer la sécurité des approvisionnements

Assurer la sécurité des  approvisionnements 

La sécurisation des approvisionnements stratégiques pour notre économie a été remise sur le devant de la scène depuis la crise. Elle est aujourd’hui une condition de réussite du plan France 2030. Délicate à mettre en œuvre, elle doit s’appuyer sur une analyse précise des vulnérabilités des chaînes de valeur et implique une collaboration étroite entre l’État et les entreprises. Par Vincent Charlet, économiste et Délégué général de La Fabrique de l’industrie

 

Emmanuel Macron a fait de la sécurisation des approvisionnements l’un des pivots du plan d’investissement « France 2030 », une condition de sa réussite. En évoquant un travail de « cartographie de nos dépendances » entrepris par l’État et en listant les produits et les matériaux qu’il considère comme stratégiques - les composants électroniques, le plastique, les métaux et terres rares, ou encore le bois - le président de la République lève d’ailleurs l’une des difficultés de l’exercice (1) : définir ce qui est stratégique et ce qui ne l’est pas.

Il va même jusqu’à dessiner une partie de la solution à nos dépendances, en proposant d’organiser le recyclage et de soutenir l’innovation de rupture pour inventer des substituables. Si le cap est donc bien là, des écueils subsistent sur le chemin qui conduit à la mise en œuvre d’une politique coordonnée de sécurisation de nos approvisionnements. Le premier tient à la difficulté de bien anticiper le risque de rupture. Doit-on se prémunir contre des risques à très faible probabilité d’occurrence mais risquant d’engendrer des dégâts très importants ? En d’autres termes, sommes-nous prêts à sécuriser un approvisionnement pour une crise qui très probablement ne se concrétisera pas ?

Une autre difficulté, dans un monde qui change rapidement, réside dans l’anticipation des innovations de rupture et de l’évolution des marchés. Le cobalt, par exemple, dont la demande explose avec le développement des véhicules électriques, restera-t-il le maillon critique de la production de batteries ? Les technologies alternatives permettant de réduire ou d’éviter son utilisation pourraient le rendre moins stratégique. Faut-il dès lors investir lourdement pour sécuriser les approvisionnements de ce métal, dans un souci légitime de préserver les marges de manœuvre de nombreux secteurs utilisateurs en aval ?

La souveraineté industrielle peut d’ailleurs, selon les cas, appeler différentes stratégies de résilience, comme une diversification des fournisseurs et des sources, lorsque c’est possible, ou la constitution de stocks stratégiques (2).

Différentes études de cas montrent enfin que toute stratégie de sécurisation doit s’appuyer sur une analyse fine des chaînes de valeur, qui identifie le ou les maillons les plus critiques. Or, ce travail exige une coopération entre État et industriels. En première ligne, les entreprises sont en effet les mieux placées pour entreprendre cette exploration, puisqu’elles en tirent en principe un avantage compétitif. C’est par exemple grâce à une meilleure connaissance de leurs écosystèmes que Tesla et Apple ont réussi à innover, respectivement en lançant leur propre batterie aux spécifications uniques et en concevant leur propre microprocesseur.

Mais toutes les entreprises n’ont pas les capacités d’analyse ni le pouvoir de négociation des grands groupes pour identifier leurs vulnérabilités, imposer à leurs fournisseurs des mécanismes de sécurisation, ou encore appréhender et gérer les tensions géopolitiques. Le soutien de l’État reste donc nécessaire. Ce constat fait, son soutien ne deviendra tangible que lorsqu’on aura mieux défini son rôle et celui des entreprises au regard des enjeux décrits plus haut. Leur relation partenariale doit être clarifiée si l’on veut améliorer la résilience de notre économie face aux crises à venir.

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(1) Léa Boudinet et Nour Khater, Comment sécuriser nos approvisionnements stratégiques ?, Les Docs de La Fabrique, Paris, Presses des Mines, 2022.

(2) Sonia Bellit, À la recherche de la résilience industrielle - Les pouvoirs publics face à la crise, Paris, Presse des Mines, 2021.




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