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« L’économie de spéculation est inefficace » (Patrick Artus, économiste)

 « L’économie de spéculation est inefficace » (Patrick Artus, économiste)

 

 

 

Patrick Artus, économiste à Natixis considère que la spéculation est néfaste à l’économie productive

La faiblesse des rendements des actifs traditionnels pousse les investisseurs à choisir des actifs spéculatifs, au détriment de l’économie productive, observe l’économiste dans sa chronique.( Le Monde extrait)

tribune 

 

L’économie mondiale est agitée de mouvements violents sur les prix de toute une série d’actifs et de biens dont la caractéristique commune est de présenter une rareté. Ces prix ont, au cours du temps, montré une variabilité de plus en plus ample, avec des périodes de fortes hausses suivies de violentes corrections. C’est vrai pour les prix des matières premières : les prix des métaux non précieux, par exemple, ont été multipliés par deux et demi entre 2009 et 2011, puis divisés par deux entre 2011 et 2016, puis multipliés par trois entre 2016 et aujourd’hui. Ces mouvements des prix des matières premières sont très liés aux positions non commerciales (donc spéculatives) prises sur les marchés à terme : pour le bois de construction, par exemple, on est passé de zéro contrat net ouvert en 2019 et au début de 2020 à… 600 000 contrats ouverts à l’été 2021 ! Cela est vrai aussi pour les indices boursiers : ils ont été multipliés par quatre dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) depuis 2010, par dix en ce qui concerne les actions des sociétés des nouvelles technologies.

Idem pour les prix de l’immobilier : de 2002 à 2006, ils ont augmenté de 9 % par an dans les pays de l’OCDE ; en 2008, ils ont baissé de 13 % ; aujourd’hui, ils accélèrent violemment (+ 8 % sur un an pour l’ensemble de l’OCDE). Evolution spectaculaire également du bitcoin : 3 000 dollars (environ 2500 euros) au début de 2019, 63 000 dollars au début de 2021, avec ensuite une rechute à 30 000 dollars puis une remontée à 50 000 dollars.

 

De nouveaux acteurs financiers se sont spécialisés dans la spéculation. Les plates-formes de trading sur actions (Reddit, Robinhood…) concentrent les demandes des investisseurs institutionnels sur un petit nombre de titres dont les cours montent alors violemment – le cours du distributeur de jeux vidéo GameStop a ainsi été multiplié par 25 en janvier. Ou encore les Special Purpose Acquisition Company (SPAC), des sociétés qui lèvent des fonds en Bourse pour investir dans le futur : elles ont réalisé 200 levées de fonds au premier trimestre pour 95 milliards de dollars, les investisseurs ne sachant même pas ce qui sera fait de leur argent !

Nous sommes entrés clairement dans une économie de spéculation. Assez naturellement, la spéculation porte sur des actifs ou des biens qui montrent une rareté, une rigidité de l’offre, puisqu’alors une hausse de la demande fait fortement monter les prix. C’est le cas de tous les actifs et biens évoqués plus haut : immobilier, cryptomonnaies, actions (dont le nombre diminue avec les rachats d’actions par les entreprises), matières premières (dont la capacité de production prend beaucoup de temps pour être augmentée).

Le libéralisme n’est pas mort ! (Patrick Artus)

Le libéralisme n’est pas mort ! (Patrick Artus)

L’économiste Patrick Artus veut sans doute curieusement rassurer ou se rassurer lui-même et rejette, dans sa chronique au « Monde », l’idée que l’intervention massive des Etats dans le fonctionnement de l’économie soit le signe d’un retour à l’économie dirigée, il s’agit plutôt d’un réajustement des « incitations » visant à aider les acteurs économiques dans leurs choix.

Un argumentaire quand même un peu simpliste car le choix n’est sans doute pas entre un dirigisme étatique et un libéralisme sans régulation. NDLR

Chronique

La crise du Covid-19 a conduit, dans tous les pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), à des interventions massives des banques centrales et des Etats dans le fonctionnement des économies et dans les choix des agents économiques. Il a donc été affirmé que la pandémie avait sonné la fin du libéralisme économique, c’est-à-dire d’un système où les ménages et les entreprises poursuivent librement leurs objectifs, et ne sont pas empêchés par les Etats de faire les choix qui leur paraissent opportuns.

Les banques centrales des pays développés ont choisi de maintenir des taux d’intérêt très bas (les taux d’intérêt à dix ans dans l’OCDE sont aujourd’hui en moyenne inférieurs à 1 %, alors que la croissance nominale va être d’au moins 7 % en 2021), en achetant des quantités massives d’obligations. Cela a permis aux Etats de générer des déficits publics (au moins 13 % du produit intérieur brut de l’OCDE en 2021) et des taux d’endettement publics très élevés, tout en assurant la solvabilité des emprunteurs publics et privés. Les banques centrales ont également décidé de participer à l’accélération de la transition énergétique en favorisant dans leurs financements les dettes « vertes » ou les dettes d’entreprises « vertes ».

L’intervention économique des Etats, au-delà de la définition des règles sanitaires, est tout aussi impressionnante. Les politiques budgétaires expansionnistes (transferts, subventions, financement du chômage partiel…) ont évité le recul du revenu des ménages malgré la récession : au contraire, le pouvoir d’achat du revenu des ménages de l’OCDE a progressé de 3 % en 2020. Ces aides ont également préservé les profits des entreprises.

Les Etats ont aussi garanti des crédits aux entreprises (pour près de 140 milliards d’euros en France) et ont, à travers les différents plans de relance, financé des investissements stratégiques (médicament, électronique, matériel médical), financé des relocalisations, affirmant ainsi leur volonté de moins dépendre des chaînes de valeur mondiales.

 

Enfin, aux Etats-Unis et en Europe, les gouvernements ont pris la décision d’accélérer la transition énergétique et de durcir les normes climatiques environnementales.

Banques centrales et Etats ont donc bel et bien fortement accru leurs interventions dans les décisions des ménages et des entreprises, et dans l’évolution générale de l’économie. Mais est-on passé pour autant à une économie dirigiste ?

Économie -Après covid : retour au années 1970 (Patrick Artus)

Économie -Après covid : retour au années 1970 (Patrick Artus)

 

 

Par Patrick Artus (chef économiste et membre du comité exécutif de Natixis) pose dans l’opinion la problématique d’une modification des processus de production voire d’un retour aux années 70

Tribune

 

 

Du milieu des années 1980 à aujourd’hui, l’économie des pays de l’OCDE a eu un fonctionnement assez particulier, qu’on a baptisé « grande modération ». Le point de départ de ce fonctionnement est le recul du pouvoir de négociation des salariés, avec la désyndicalisation (le taux de syndicalisation des pays de l’OCDE passe de 36 % au début des années 1980 à 18 % aujourd’hui) et les mesures de flexibilisation du marché du travail. Il en a résulté, à partir du milieu des années 1990, une forte déformation du partage des revenus au détriment des salariés, d’où la faiblesse des hausses de salaires.

L’autre cause de ce phénomène est la globalisation, c’est-à-dire l’ouverture des échanges commerciaux avec les pays émergents (le poids des importations dans le PIB de l’OCDE passe de 2,2 % en 1985 à 8 % en 2020), qui a permis d’importer les produits de prix bas fabriqués dans les pays émergents. Faiblesse des hausses des salaires et globalisation se conjuguent pour maintenir l’inflation à un niveau durablement faible de 1985 à 2020.

Ses effets ont été extrêmement puissants sur les pays de l’OCDE. Les politiques monétaires sont devenues de plus en plus expansionnistes ; ceci a favorisé la hausse des taux d’endettement, l’investissement des entreprises entre autres dans la production de matières premières. Il est clair, par exemple, que la forte hausse de la production de pétrole et de gaz de schiste aux Etats-Unis a été rendue possible par les taux d’intérêt bas et par la facilité à s’endetter, et elle a aussi contribué à la faiblesse de l’inflation en faisant baisser les prix de l’énergie.

Le prix à payer pour cette politique a été la répétition des bulles sur les prix des actifs et des crises financières qui suivent l’explosion de ces bulles : en 2000, explosion de la bulle sur les actions des nouvelles technologies ;en 2008, explosion de la bulle immobilière. De manière associée, le prix à payer a aussi été l’excès d’endettement des entreprises dans la seconde moitié des années 1980 jusqu’à la crise du Covid. Dans les pays de l’OCDE, le partage des revenus devient favorable aux profits.

Une économie… différente

L’après-Covid annonce-t-il un monde différent, qui pourrait ressembler à celui des années 1970 ? La progression des inégalités et de la pauvreté observée depuis les années 1990 pousse aujourd’hui les opinions à réclamer une hausse des plus bas salaires. Aux Etats-Unis, Joe Biden veut doubler le salaire minimum fédéral (même si l’obtenir pourra être compliqué) à 15 dollars de l’heure. S’il y a hausse des salaires dans des secteurs de services où il est difficile de faire des gains de productivité, cette hausse sera inflationniste.

La deuxième évolution importante est l’arrêt de la globalisation. Le poids des importations des pays de l’OCDE depuis les pays émergents recule légèrement depuis le début des années 2010. Cela résulte de la volonté de revenir à des chaînes de valeur régionales. L’influence désinflationniste de la globalisation est donc interrompue.

Le troisième mécanisme important est l’apparition de nombreux facteurs structurels d’une inflation plus forte. Il s’agit du vieillissement démographique (qui est inflationniste puisque les retraités sont des consommateurs non producteurs) et de la transition énergétique (puisque l’énergie renouvelable est chère en raison de l’intermittence de la production).

Enfin, quatrième mécanisme, on observe aujourd’hui l’apparition de nombreux goulots d’étranglement. Ils concernent le transport maritime (les porte-conteneurs), les composants électroniques (semi-conducteurs), le pétrole et le gaz naturel liquéfié ou encore les métaux industriels.

Un monde plus inflationniste

Au total, on voit apparaître une économie peut-être différente qui rappelle celle des années 1970 : partage des revenus plus favorables aux salariés, productions plus régionales et moins globales, facteurs structurels d’inflation, goulots d’étranglement. Cette économie serait plus inflationniste (l’inflation varie entre 5 % et 14 % dans les années 1970 et au début des années 1980).

S’il y a effectivement retour progressif à l’économie des années 1970, les conséquences sont très importantes. On peut se diriger vers un monde plus inflationniste et sans excès d’épargne. La conséquence de cela serait des taux d’intérêt plus élevés, mauvaise nouvelle évidemment compte tenu des taux d’endettement, privés et publics.

Patrick Artus est conseiller économique de Natixis.

Patrick Artus: « Comment augmenter les salaires »

Patrick Artus: « Comment augmenter les salaires »

 

Par Patrick Artus chef économiste de Natixis.

 

 

La question des bas salaires a été posée avec force avec la crise de la Covid-19. Pendant cette crise, de nombreuses professions mal payées ont joué un rôle central, social, sanitaire ou économique. Depuis, la pression de l’opinion et des politiques est très forte pour une revalorisation des salaires de ces professions. Mais comment faire pour éviter les effets négatifs d’une telle hausse sur l’emploi et l’investissement ? Il faut d’abord distinguer les salariés du secteur public (santé en particulier) et ceux du secteur privé. Dans le secteur public, il est difficile de se référer à la productivité pour juger du niveau des rémunérations. Le salaire d’une infirmière, par exemple, ne peut pas être défini à partir d’une mesure objective de sa productivité ; il doit refléter l’appréciation de son rôle social, que l’Etat doit rémunérer convenablement.

Dans le secteur privé, au contraire, la logique de rentabilité des entreprises est essentielle. A la différence d’une grande majorité des pays de l’OCDE, en France, les bas salaires ont progressé, en termes réels, un peu plus vite que la productivité. Ceci est cohérent avec le fait que le salaire minimum français est élevé (62 % du salaire médian, 35 % à 50 % dans la plupart des pays de l’OCDE). Une hausse des bas salaires (via celle du salaire minimum) aurait un effet négatif fort sur l’emploi peu qualifié en France. Ce ne serait pas le cas dans les pays où le salaire minimum est faible par rapport au salaire médian, comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, et l’Allemagne jusqu’en 2015 et la mise en place du salaire minimum.

Augmenter les bas salaires en évitant les effets négatifs sur l’emploi peu qualifié ? Cette hausse pourrait prendre la forme d’une augmentation des salaires minima dans les branches concernées

Prime d’activité. Comment procéder en France ? Nous voyons trois pistes. La première consiste simplement à accroître la prime d’activité. Ce complément de revenu versé par l’Etat aux personnes ayant un emploi et un salaire inférieur à un seuil (1,5 smic pour une personne seule) coûte 10 milliards d’euros ; il est facile de l’augmenter, cela n’accroît pas le coût du travail, mais les difficultés sont de deux ordres : le coût pour les finances publiques ; le fait que pour un travailleur, une allocation publique n’apporte pas la même satisfaction qu’une hausse du salaire procurée par son travail.

La deuxième piste est celle des exonérations de charges sociales. Comme elles ont disparu au niveau du smic, l’idée est de passer à un taux de cotisations sociales négatif sur les bas salaires : l’Etat verserait de l’argent aux entreprises qui emploient des salariés peu qualifiés. Il faudrait un accord entre l’Etat et les entreprises pour répartir ces sommes entre l’augmentation des bas salaires et celle des profits. Cette politique serait coûteuse et elle a l’inconvénient de faire reposer les hausses de salaires sur l’effort de l’Etat et non sur celui des employeurs.

Avec la troisième piste, on changerait complètement de logique. Il s’agit d’augmenter les bas salaires en évitant les effets négatifs sur l’emploi peu qualifié. Cette hausse pourrait prendre la forme d’une augmentation des salaires minima dans les branches concernées. Il faudrait qu’elle s’accompagne d’une revalorisation des prix de vente des entreprises. Si toutes les entreprises d’une branche sont contraintes d’augmenter les bas salaires, on évite que certaines d’entre elles contournent cette hausse et en profitent pour maintenir leurs prix, gagnant ainsi des parts de marché. Il faut bien mesurer les conséquences de cette option : des hausses de prix dans la distribution, la sécurité, le nettoyage, les déchets, etc. Elles supposent que les consommateurs acceptent de payer plus cher un certain nombre de biens et services. Un même consentement est nécessaire pour les entreprises donneuses d’ordre qui achètent des services auprès de leurs sous-traitants (nettoyage, sécurité, transport…). Ce qui implique une baisse de leurs marges bénéficiaires.

En acceptant cette redistribution, la collectivité exprimerait sa solidarité au profit des salariés aux revenus les plus faibles. Faute de quoi, il ne resterait qu’à soutenir les bas salaires par de l’argent public.

Patrick Artus est chef économiste de Natixis et coauteur, avec Olivier Pastré, de L’économie post-Covid (Fayard, 128 pages, 14 euros). Il a aussi écrit 40 ans d’austérité salariale – comment en sortir? (Editions Odile Jacob, 170 pages, 20,90 euros)

Risque de bulle financière sur les actions et l’immobilier (Patrick Artus)

Risque de bulle financière sur les actions et l’immobilier  (Patrick Artus)

Pour Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis, la reprise ne fait aucun doute mais les jeunes paieront le plus lourd de la facture de la crise avec la flambée du prix des actifs et un sous-emploi massif. Les politiques monétaires resteront expansionnistes longtemps car un retour en arrière pourrait s’avérer trop dangereux. L’économiste ne croit pas au retour de l’inflation ( de ce point de vue il a sans doute tort si l’on se fie à l’évolution des prix de l’essence, des prix agricoles, de ce des matières premières et des services NDLR, ) interview dans la Tribune.

 

 

- Quelles sont les principales leçons que nous pouvons tirer de cette crise sanitaire ?

PATRICK ARTUS - Cette crise a tout d’abord révélé un problème de couverture de la protection sociale en France. Toute une partie de la population – les jeunes, les intérimaires et les contrats précaires, les artisans et les indépendants – est beaucoup moins protégée que d’autres catégories. Des programmes d’urgence ont été mis en place. Mais, faut-il les pérenniser et étendre la protection sociale des salariés en CDI à l’ensemble de ces populations qui ont été fragilisées ? La seconde question que pose cette crise est le déclassement de la recherche en France, et pas seulement médicale. Il est indispensable d’inverser la tendance au risque d’accumuler un lourd handicap dans la compétition mondiale. Il existe clairement une insuffisance de moyens, une mauvaise articulation entre les laboratoires de recherche et le secteur privé et, enfin, un rejet presque culturel, de la prise de risque.

Quels seront les impact sur l’économie ?

Plusieurs questions font actuellement débat. Il existe un consensus chez les économistes sur la destruction de croissance à long terme d’une telle crise. Les entreprises ont sous-investi et toute une génération de jeunes semble sacrifiée, à la fois en termes de formation et d’emplois. Les chefs d’entreprises ne partagent pas cette vision et tablent sur une reprise forte, un retour « aux années folles », avec une consommation débridée et des nouvelles technologies. Certes, il y aura une envie de consommer mais ce phénomène risque d’être transitoire car nous avons détruit beaucoup de capital, notamment du capital humain.

Politique monétaire moderne : la fausse martingale (Patrick Artus)

Politique monétaire moderne : la fausse martingale (Patrick Artus)

 

 

Patrick Artus met en garde contre la fausse martingale que constituerait pour toujours la théorie monétaire moderne caractérisée par la création de monnaie sans limite.

 

La crise de la Covid a renforcé la tendance antérieure pour les politiques économiques des pays de l’OCDE. Tous utilisent un déficit public massif (14 % du PIB en 2020 pour l’ensemble de l’OCDE, probablement encore 8 % à 9 % en 2021) qui est monétisé, c’est-à-dire que les émissions obligataires des Etats destinées à financer ces déficits publics sont intégralement achetées par les Banques centrales. Celles-ci paient en créant de la monnaie. Tout se passe comme s’il y avait directement financement monétaire des déficits publics, ce qu’on appelle « monnaie hélicoptère » : des transferts publics aux agents économiques réalisés par une distribution de monnaie.

Cette pratique qu’on a appelée « théorie monétaire moderne » a l’avantage d’éviter les effets d’éviction, c’est-à-dire la hausse des taux d’intérêt à long terme, avec l’effet négatif induit sur la demande intérieure, qui aurait résulté d’un financement des déficits publics par émissions d’obligations par les Etats (le financement habituel par la dette). Elle évite aussi d’augmenter les impôts habituels : tant que les Banques centrales financent les déficits publics par la création monétaire, il n’apparaît aucune nécessité d’augmenter les impôts pour faire disparaître les déficits budgétaires.

On peut alors croire qu’on a découvert une politique miraculeuse : des déficits publics illimités qui ne génèrent ensuite aucun coût. Certains semblent croire que cette martingale existe, et préconisent d’aller beaucoup plus loin. Mais il faut comprendre qu’il faudra toujours, dans le futur, rétablir la solvabilité de l’Etat. Ceci ne se fera donc pas par la hausse des impôts traditionnels, ni par l’inflation.

Dans le passé, une croissance très rapide de la quantité de monnaie conduisait à moyen terme à l’inflation et à la « taxe inflationniste » (un prélèvement sur les détenteurs de monnaie, rémunéré à 0 %, réalisé par l’inflation). Mais il y a bien longtemps qu’il n’y a plus aucun lien entre création monétaire et inflation dans les pays de l’OCDE.

Malheureusement, la politique menée va faire apparaître deux nouvelles taxes. La première taxe vient du niveau très bas des taux d’intérêt à long terme qui résulte de l’achat d’obligations par la Banque centrale, et du maintien de taux d’intérêt à court terme très bas. Des taux longs anormalement bas (aujourd’hui – 0,2 % pour le taux à 10 ans en France) créent bien une taxe sur les épargnants, qui ne reçoivent pas les intérêts normalement dus sur leurs portefeuilles d’obligations ou contrats d’assurance-vie. La seconde taxe vient de ce que la forte croissance de la liquidité et les taux d’intérêt très bas vont pousser fortement à la hausse (comme on l’a déjà vu de 1986 à 2000, de 2002 à 2008, de 2014 à 2019) les cours boursiers et les prix de l’immobilier. Et il s’agit bien d’une taxe sur les jeunes, qui doivent acheter des actifs financiers et acheter des logements pour se constituer un patrimoine, et qui vont les payer anormalement cher.

Il y aura donc deux impôts nouveaux pour resolvabiliser les Etats : la taxation des épargnants et futurs retraités, la taxation des jeunes. Malheureusement, ils sont bien pires que les impôts normaux. Ils touchent les jeunes et les épargnants modestes (qui n’ont pas accès aux produits financiers sophistiqués) ; ils sont cachés, n’ayant jamais été démocratiquement débattus par les Parlements. Mais il s’agit bien d’impôts, qui vont affaiblir le niveau de vie de ceux qui vont les payer.

Patrick Artus est chef économiste de Natixis et coauteur, avec Olivier Pastré, de L’économie post-Covid (Fayard, 128 pages, 14 euros), à paraître le 30 septembre.

 

La dette perpétuelle ? (Patrick Artus)

La dette perpétuelle ? (Patrick Artus)

 

L’économiste Patrick Artus constate l’irréversibilité des politiques monétaires d’expansion des liquidités, même si la croissance revenait et admet finalement que les dettes pourraient n’être jamais remboursées puisque renouvelées par les banques centrales. Une sorte d’adhésion à cette nouvelle théorie de la dette perpétuelle sauf qu’un  pourraient éclater des crises remettant en cause la monnaie ou sa valeur ( crise immobilière, crises obligataires,  inflation, bouleversement des taux de change, cascade de faillites etc.). Bref une adhésion de plus d’un grand économiste aux vertus de la machine à billets sans aucune limite en volume et dans le temps. Bref quand les plus grands économistes jouent à l’apprenti sorcier.

Chronique. La crise du Covid va conduire à un recul considérable – de 7 % environ – du produit intérieur brut (PIB) des pays de l’OCDE en 2020. Comme on l’avait vu après la crise des subprimes de 2007, le niveau du PIB restera inférieur pendant très longtemps à celui qu’il aurait été sans la crise, en raison de ses effets rémanents : faillites d’entreprises, perte de capital humain en raison du chômage élevé, dégradation de la situation financière des entreprises, faiblesse de l’investissement…

Confrontés à cette perte de revenu importante et durable, les gouvernements ont tous décidé de protéger, autant que possible, les entreprises et les ménages par des baisses d’impôts, des subventions, le financement du chômage partiel, la garantie des crédits… Il en résulte un déficit public considérable. En 2020, il devrait atteindre dans l’OCDE 14 % du PIB (avant la crise, on prévoyait qu’il serait de 4 %…). La hausse du déficit public atteint ainsi 10 points de PIB, alors que la perte de PIB est de 9 points (7 % de baisse de PIB au lieu de 2 % de hausse attendue s’il n’y avait pas eu la pandémie).

Ces déficits vont certainement se poursuivre en 2021, 2022 et au-delà. D’une part, les besoins de dépenses publiques resteront très importants (soutien aux secteurs en difficulté, chômage élevé, plans de relance, hausse des dépenses de santé…) ; d’autre part, personne ne veut répéter l’erreur commise dans la zone euro à partir de 2011, lorsqu’une réduction trop rapide du déficit public avait contribué à faire rechuter la zone euro en récession : le pic du chômage n’avait été atteint qu’en 2013.

Même si certains économistes affirment qu’une forte réduction du déficit public par la baisse des dépenses publiques a peu d’effet négatif sur l’activité (« The Effects of Fiscal Consolidations : Theory and Evidence », A. Alesina, O. Barbiero, C. Favero, F. Giavazzi, M. Paradisi, NBER Working Paper n° 23385, novembre 2017), il faut s’attendre à une politique budgétaire durablement expansionniste : aucun pays de l’OCDE n’osera démarrer le premier une consolidation budgétaire.

Le retour des Etats à la solvabilité budgétaire ne pourra se faire que par l’intervention des banques centrales. Si une banque centrale achète de la dette publique sans la revendre et en la renouvelant indéfiniment, elle devient irréversible et se trouve de fait annulée : elle est gratuite (puisque les banques centrales reversent aux Etats leurs profits, qui incluent les intérêts reçus sur ces dettes publiques), et elle n’est jamais remboursée (puisque la banque centrale la conserve et la renouvelle à l’échéance). Si l’on ne veut pas passer à une politique budgétaire restrictive, utiliser la monétisation irréversible des déficits publics est la seule méthode utilisable pour rétablir la solvabilité des Etats. Depuis qu’elle a introduit le quantitative easing (facilité monétaire), en 2015, la Banque centrale européenne (BCE) n’a jamais réduit la taille de son bilan, et a donc bien rendu irréversible cette monétisation. La Réserve fédérale a essayé en 2018 de réduire la taille de son bilan, mais elle a dû y renoncer aussitôt en raison de l’effondrement des marchés financiers déclenché par cette tentative…

 

 

La baisse des taux d’intérêt ne sert pas l’économie (Patrick Artus)

La baisse des taux d’intérêt ne sert pas l’économie (Patrick Artus)

C’est en substance ce que dit Patrick Artus chef économiste ce chez Netaxis, en tout cas cela ne booste pas les investissements seuls moyens durables de développer la croissance. (Tribune dans le monde, extrait)

Chronique. La politique monétaire des pays de l’OCDE est devenue très expansionniste depuis la crise de 2008-2009. Les taux d’intérêt des banques centrales ont beaucoup baissé (2,25 % aux Etats-Unis aujourd’hui, 0 % dans la zone euro et au Japon) ; la liquidité offerte par les banques centrales a considérablement augmenté avec les politiques d’« assouplissement quantitatif » (« quantitative easing » aux Etats-Unis de 2008 à 2014, au Japon depuis 2013, dans la zone euro de 2015 à 2018). Le taux d’intérêt à 10 ans moyen sur l’ensemble des dettes publiques des pays de l’OCDE est passé de 3,9 % au deuxième semestre 2008 à 0,8 % aujourd’hui (1,5 % aux Etats-Unis, – 0,2 % dans la zone euro, – 0,3 % au Japon).

« La croissance est en train de ralentir ; le taux d’investissement des entreprises par rapport à la valeur ajoutée est plus bas en 2019 qu’en 2008 ou en 2000 »

Pourtant, on ne voit pas d’effets très positifs de cette politique monétaire extraordinairement expansionniste. La croissance est en train de ralentir ; le taux d’investissement des entreprises par rapport à la valeur ajoutée est plus bas en 2019 (11,5 %) qu’en 2008 (11,7 %) ou en 2000 (12,3 %), malgré les taux d’intérêt quasi nuls. On ne voit pas non plus d’effet visible sur les cours boursiers. Normalement, avec des taux d’intérêt à long terme nettement plus faibles que le taux de croissance (en valeur, autour de 3 %), on aurait dû avoir une hausse considérable des marchés d’actions. Or le PER (ratio des cours boursiers aux bénéfices des entreprises) est partout inférieur à la valeur historique. Certes, la solvabilité de tous les agents économiques endettés a été améliorée par la forte réduction des paiements d’intérêts, mais ni la croissance, ni l’investissement, ni les prix des actifs financiers n’en ont bénéficié. »

 




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