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Amazon: du taylorisme au « bezosisme

Amazon: du taylorisme au   »bezosisme « 

Un article de Christopher Mims Dans le Wall Street Journal

Le géant du commerce électronique invente le « bezosisme », mode de management associant surveillance des employés, utilisation d’algorithmes et exploitation des données

 

Si elle s’avère aussi prisée et durable que les systèmes d’organisation dont elle s’inspire – du fordisme jusqu’au système de production de Toyota –, la méthode de management de Jeff Bezos pourrait constituer, aux côtés du commerce électronique et des activités spatiales de l’entrepreneur, son héritage le plus important.

 

Austin Morreale avait été embauché pour ranger les marchandises dans les étagères d’un entrepôt d’Amazon. Si cette tâche éprouvante s’est révélée insupportable physiquement, M. Morreale en retient quand même des aspects positifs. Le travail était éreintant et les nuits, bien longues – M. Morreale se rendait à l’entrepôt après sa journée de travail dans un organisme à but non lucratif. Ce cumul n’était pas durable, mais M. Morreale ne comptait pas s’y plier plus d’un été de toute façon. Il avait besoin d’un revenu supplémentaire, de l’accès immédiat à une assurance maladie, et d’un changement de rythme. Finalement, il a tenu six semaines.

M. Morreale, 50 ans, travaillait au centre de traitement des commandes d’Edison, dans le New Jersey, et affirme que si bon nombre d’employés avec lesquels il était formé ne sont pas restés plus de deux semaines, « [son] expérience a été positive ». La tâche était rude, lui rappelant d’une certaine manière ses entraînements sportifs lorsqu’il était lycéen. « C’était dix heures de boulot d’un ennui mortel, à rester presque tout le temps dans la même position, raconte-t-il. Je terminais en nage, avec des douleurs comme je n’en avais pas eues depuis l’époque où je participais à des tournois de football. »

M. Morreale explique qu’il était lent, et qu’il peinait à suivre la méthode qu’on lui avait apprise pour ranger efficacement les marchandises sur les étagères robotisées. Il n’arrivait pas à tenir la cadence exigée des employés d’Amazon. Il précise toutefois que ses managers étaient bienveillants et « s’investissaient un maximum » pour aider chaque membre de son équipe à s’améliorer.

On imagine la satisfaction de Taylor, inventeur de l’organisation scientifique du travail au début du XXe siècle, ou de Ford, s’ils avaient pu savoir, à la milliseconde près, combien il fallait à chaque travailleur pour mener sa tâche à bien, chaque jour, quelle que soit l’usine où il se trouvait

A l’entrepôt, personne n’a jamais été derrière M. Morreale, à lui hurler d’aller plus vite. Cela n’était pas nécessaire. Deux fois par jour, les chefs d’équipe réunissaient les employés pour les tenir informés de leurs performances : un logiciel d’Amazon et une panoplie de capteurs disséminés dans l’entrepôt suivaient tous les faits et gestes du personnel. « Vous gardez ces chiffres en permanence à l’esprit », observe M. Morreale.

Le témoignage de M. Morreale est représentatif de l’expérience moyenne des employés de centres de traitement des commandes que j’ai interrogés. D’un côté, il y avait ceux pour qui le travail s’était avéré insupportable, et qui n’avaient pas tenu plus de deux semaines. De l’autre, il y avait des employés qui appréciaient leur tâche et toléraient bien les longues heures de travail, ainsi que l’isolement et la répétition des mêmes gestes auxquels il était associé.

Il y a plus d’un siècle, Frederick Winslow Taylor et Henry Ford ont mis au point des systèmes visant à accélérer le rythme de travail, que nous considérons aujourd’hui comme acquis. M. Morreale a fait l’expérience du taylorisme et du fordisme adaptés pour le XXIe siècle par Amazon au moyen d’algorithmes. C’est un mélange de surveillance, de mesures des performances, d’incitations psychologiques, d’objectifs, de slogans, de « l’esprit Jeff Bezos » incitant à travailler dur, et d’une série de dispositifs technologiques intelligents, toujours plus nombreux et souvent développés par le groupe lui-même. Inédit dans l’histoire du travail, ce système global peut être qualifié de « bezosisme ».

Actuellement, le bezosisme connaît une diffusion dans l’univers du travail, réécrivant le code source du fonctionnement industriel mondial. S’il s’avère aussi prisé et durable que les systèmes d’organisation dont il s’inspire – du fordisme jusqu’au système de production de Toyota –, il pourrait constituer, aux côtés du commerce électronique et des activités spatiales de l’entrepreneur, l’héritage le plus important de M. Bezos.

Selon la manière dont une entreprise applique le bezosisme, cette technique de management fondée sur l’exploitation des technologies peut se révéler bienveillante, impitoyable, ou les deux à la fois.

Prenons l’exemple de l’indicateur de performance bien connu d’Amazon – la fameuse cadence que M. Morreale n’était pas capable de tenir.

Dans les centres de traitement des commandes, la productivité humaine est mesurée à l’aide d’un taux global calculé pour chaque travailleur effectuant sur un poste robotisé la mise en stock et le prélèvement des articles dans les stocks.

On imagine la satisfaction de Taylor, inventeur de l’organisation scientifique du travail au début du XXe siècle, ou de Ford, s’ils avaient pu savoir, à la milliseconde près, combien il fallait à chaque travailleur pour mener sa tâche à bien, chaque jour, quelle que soit l’usine où il se trouvait. On imagine aussi ce que Frank et Lillian Gilbreth, pionniers du « time and motion », auraient pu faire s’ils avaient pu remplacer leurs propres caméras par les millions d’heures d’enregistrement vidéo que capturent les caméras numériques installées sur les postes de travail des centres Amazon. On imagine enfin le degré d’efficacité supplémentaire du processus juste-à-temps appliqué à la gestion des stocks, à l’affectation des capitaux et au réapprovisionnement automatisé qu’auraient obtenu Taiichi Ohno et Eiji Toyoda, les créateurs du système de production de Toyota dans le Japon de l’après-guerre, grâce à un dispositif permettant de déterminer le moment précis auquel un ouvrier prélève un article sur une étagère avant de l’envoyer à l’étape suivante.

Le fait qu’Amazon possède toutes ces données, et puisse gérer son personnel, faire évoluer ses systèmes automatisés, et créer de nouveaux robots sur cette base, est l’une des raisons pour lesquelles le groupe est le distributeur le mieux valorisé au monde.

Le rythme global auquel les employés doivent accomplir une tâche dans un entrepôt Amazon, qu’il s’agisse de ranger des articles sur les étagères, les y prélever, ou emballer les marchandises dans des cartons, est calculé à partir de la performance agrégée de chaque personne effectuant cette tâche dans un centre donné, précise une porte-parole d’Amazon. Amazon affirme que ce taux variable montre qu’aucun employé n’est poussé à tenir un rythme au-delà du raisonnable, dans la mesure où la cadence retenue est en quelque sorte une moyenne de ce chacun réalise déjà.

« Nous ne fixons pas d’objectifs de performances déraisonnables », affirmait en avril M. Bezos, désormais président du groupe, dans une lettre aux actionnaires.

Ce n’est cependant pas la façon dont nombre d’employés d’Amazon voient les choses, y compris ceux qui dépassent régulièrement le rythme de leur propre centre. Chacun peut avoir une mauvaise semaine – être malade, épuisé parce qu’il doit s’occuper d’un enfant ou d’un proche, ou souffrir de blessures dues aux gestes répétitifs, lesquelles ne sont pas rares chez des employés devant effectuer la même tâche pendant dix heures, ponctuées seulement d’une demi-heure de pause déjeuner et de deux autres pauses de quinze minutes chacune.

Mercredi dernier, les parlementaires californiens ont proposé un projet de loi visant à réglementer les entreprises qui, comme Amazon, recourent à des quotas et à d’autres pratiques fondées sur des algorithmes dans leurs entrepôts.

Savoir que vous aurez un avertissement, émis par algorithme, si vous ne tenez pas la cadence, et que si cela se produit trop souvent vous risquez de perdre votre emploi, peut constituer une incitation psychologique puissante à travailler plus dur, voire à dépasser vos limites physiques, comme M. Morreale s’en est rendu compte.

Un jour où il travaillait à l’entrepôt Amazon, il a trop poussé ses limites. En sueur et pris d’un étourdissement, il est tombé à genoux – un incident que l’algorithme d’Amazon classe comme une « période hors tâche ». Les employés ne sont pas autorisés à s’asseoir pendant qu’ils travaillent, sauf pour déjeuner et lors des pauses de quinze minutes.

« Je ne sais si c’était de l’épuisement ou autre chose, raconte M. Morreale. Mes supérieurs ne m’ont jamais mis de pression. Je l’ai fait moi-même, en me disant, « Je dois atteindre ces objectifs, je ne suis pas à la hauteur ». »

Au cours des six semaines qu’il a passées chez Amazon, M. Morreale a développé un syndrome du canal carpien, qui ne s’est atténué que lorsqu’il a quitté son poste, explique-t-il.

Il n’est pas facile de mesurer l’impact du bezosisme sur les travailleurs, même si certains s’y sont essayés. En 2019, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, Amazon a fait état de 5,6 blessures pour 100 employés. Le taux moyen pour les entrepôts aux Etats-Unis la même année était de 4,8 %, selon les statistiques des entreprises et des autorités fédérales

Tyler Hamilton, employé d’un centre Amazon à Shakopee dans le Minnesota, et qui avait 22 ans lorsque j’ai parlé avec lui la première fois en 2019, note que le rythme cible à atteindre dans les entrepôts met les employés en concurrence les uns avec les autres.

« Si certains prennent des raccourcis, avalent des litres de café ou de boisson énergisante pour aller plus vite, cela a un impact sur le taux agrégé, souligne-t-il. Donc, si vous ne voulez pas être à la traîne, vous devez prendre des raccourcis et boire des litres de café ou de boisson énergisante à chaque pause. »

Ces comportements ne s’observent pas seulement lors du « Prime Day » ou en haute saison. Pour nombre d’employés, il s’agit de leur régime quotidien. « Vous savez, le café est gratuit au distributeur », indique M. Hamilton. L’aspirine aussi est gratuite dans les entrepôts Amazon – disponible dans des distributeurs installés aux quatre coins des centres.

Il n’est pas facile de mesurer l’impact du bezosisme sur les travailleurs, même si certains s’y sont essayés. En 2019, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, Amazon a fait état de 5,6 blessures pour 100 employés. Le taux moyen pour les entrepôts aux Etats-Unis la même année était de 4,8 %, selon les statistiques des entreprises et des autorités fédérales.

Amazon affirme que son taux de blessures paraît élevé uniquement parce que sa culture d’entreprise en matière de sécurité le conduit à documenter les incidents plus rigoureusement que ses concurrents.

Le groupe a pris un certain nombre d’initiatives pour réduire les blessures au travail ces derniers mois. Il a ainsi mis en place un programme baptisé « Working Well » dans 1 000 des quelque 2 000 sites qu’il compte dans le monde, indique Heather MacDougall, vice-présidente responsable de la santé et de la sécurité. (Amazon compte plus de 750 000 employés à des postes impliquant un travail physique ou encadrant du personnel de ce type.) Le groupe a également ajouté à la liste de ses principes de direction le fait de « viser à être le meilleur employeur au monde » et a annoncé un partenariat avec le National Safety Council, une institution à but non lucratif, pour trouver des moyens de diminuer l’incidence des troubles musculosquelettiques, pathologie la plus fréquente dans l’entreposage et la logistique. (Elle inclut par exemple les blessures dues aux gestes répétitifs.) Amazon s’est aussi engagé à consacrer 300 millions de dollars en 2021 au renforcement de la sécurité au travail.

S’il peut sembler inévitable que les technologies utilisées par Amazon conduisent à accélérer le rythme et les exigences du travail dans ces entrepôts, d’anciens cadres du groupe ayant conçu ces systèmes m’ont assuré que leurs effets sur le personnel dépendaient entièrement des dirigeants de l’entreprise.

Kiva Systems, l’entreprise de robotique qu’Amazon a achetée en 2012 et qu’il a rebaptisée Amazon Robotics, a mis au point le mécanisme permettant le déplacement des étagères dans les centres Amazon et travaillait auparavant pour d’autres clients. Lorsque ses techniciens et managers ont commencé à déployer leurs robots dans des entrepôts d’entreprises comme Walgreens, les employés s’en sont félicités, affirme le fondateur de Kiva, Mick Mountz, qui était devenu cadre chez Amazon après le rapprochement et a quitté le groupe en 2015. De fait, les employés en question, qui étaient auparavant obligés de parcourir plus de dix kilomètres par jour pour récupérer les marchandises à livrer, n’avaient désormais quasiment plus à marcher, les produits arrivant jusqu’à eux grâce aux robots.

Chez Amazon, le rythme de travail exigé des employés est la plus pure expression des objectifs de l’entreprise. Les dirigeants et porte-parole d’Amazon se plaisent à expliquer à quel point l’automatisation simplifie la tâche des employés. Toutefois, jusqu’à très récemment, ils ne semblaient pas aptes, ou disposés, à envisager que les exigences accrues que cette automatisation fait peser sur le personnel pourraient aboutir à un épuisement physique ou psychologique des employés

Mais imaginer qu’une nouvelle technologie capable d’augmenter la productivité d’un travailleur signifie que celui-ci aura finalement moins à faire est une erreur classique. L’histoire du travail montre que chaque fois qu’une tâche est automatisée, nous tendons à utiliser davantage le produit ou le service nécessitant cette tâche, en association avec d’autres, pour accomplir autre chose, ou quelque chose de plus compliqué ou difficile.

Comme le déclare publiquement Amazon, « les centres de traitement qui utilisent des robots ont souvent des effectifs supérieurs parce que les stocks circulent plus vite, ce qui nécessite des employés en plus ».

Un travailleur utilisant le système de Kiva dans ses premières formes pouvait tripler environ son rendement, explique M. Mountz. Mais cela ne signifie pas que les entreprises recourant à ce système aient réduit des deux tiers les heures de travail de leurs employés tout en leur versant le même salaire. En fait, Staples et Walgreens, deux des premiers clients de Kiva, ont profité de la meilleure productivité de leurs employés pour accroître la capacité de production de leurs entrepôts, stocker et expédier un plus large éventail de produits, raccourcir les délais de traitement des commandes, et finalement réduire le coût de leurs services, augmenter leurs profits, voire les deux à la fois. Autant de raisons pour lesquelles Amazon, client de Kiva lui-aussi, a décidé d’acheter l’entreprise.

Chez Amazon, le rythme de travail exigé des employés est la plus pure expression des objectifs de l’entreprise. Les dirigeants et porte-parole d’Amazon se plaisent à expliquer à quel point l’automatisation simplifie la tâche des employés. Toutefois, jusqu’à très récemment, ils ne semblaient pas aptes, ou disposés, à envisager que les exigences accrues que cette automatisation fait peser sur le personnel pourraient aboutir à un épuisement physique ou psychologique des employés.

« Nous établissons ces objectifs [en termes de cadence de travail] sur une période prolongée, en nous fondant sur les performances effectives des employés, souligne Mme MacDougall, la responsable de la santé et de la sécurité chez Amazon. Nous tenons compte de très nombreux facteurs, et tout tourne autour de la sécurité et du bien-être des employés. »

J’ai demandé à M. Mountz de me parler du taux de blessures sur les sites utilisant des robots que lui-même et ses techniciens avaient mis au point chez Kiva. Dans le système conçu à l’origine, a-t-il répondu, « nous mettions toujours l’accent sur le fait que l’être humain avait le contrôle de la machine, et non pas l’inverse. Il ne s’agissait pas de rejouer l’épisode de I Love Lucy (NDLR : célèbre série américaine des années 1950) dans la chocolaterie. »

Autrement dit, dans le système d’Amazon, les employés décideraient du rythme auquel ils prélèvent, rangent ou emballent des marchandises, l’automatisation s’adaptant à leur cadence. « Qu’un client, Amazon ou Walgreens, dise qu’il faut manipuler 800 articles par heure ou 300, est fonction du type de stocks géré et de la philosophie de management », indique M. Mountz.

D’anciens et actuels cadres d’Amazon m’ont décrit cette philosophie comme exigeante et axée sur la performance, fondée sur l’idée que chacun doit être poussé jusqu’à ses limites et que la sous-performance doit conduire au renvoi des employés. Amazon veut manifestement changer cette perception. Reste à savoir si les changements auront un impact sensible sur la vie de centaines de milliers d’employés de base, dont le travail est régi par des capteurs et des algorithmes, qui effectuent les tâches physiquement pénibles dont dépend l’empire du commerce électronique d’Amazon, et pour qui la cadence et la nature du travail sont fonction des décisions prises par les dirigeants du groupe autant que des technologies utilisées.

Adapté de Arriving Today : From Factory to Front Door—Why Everything Has Changed About How and What We Buy, par Christopher Mims, éditorialiste du Wall Street Journal spécialisé dans les technologies, à paraître le 14 septembre chez HarperBusiness. Copyright © 2021 Christopher Mims.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Anne Montanaro)

Amazon revend les produits volés

Amazon revend les produits volés

D’après un article du Wall Street Journal, le vol de produits (souvent revendus sur Amazon) coûte chaque année 45 milliards de dollars aux géants américains de la distribution, qui dépensent sans compter pour lutter ce fléau.

 Que faisait Ben Dugan, homme dont le nom vous est (logiquement) inconnu, fin septembre 2020 ? Il attendait, dans une voiture banalisée, le braquage d’un CVS dans le quartier de Tenderloin, à San Francisco.

Il avait suivi l’homme qui était entré dans la pharmacie et avait discrètement jeté pour plus de 1 000 dollars de médicaments contre les allergies dans un sac poubelle, avant de sortir et répéter l’opération dans deux autres magasins. Une fois le tour du quartier terminé, il avait chargé ses emplettes dans une camionnette, se souvient Ben Dugan.

Mais cet homme n’était pas un voleur ordinaire : il faisait partie d’un réseau de professionnels parfaitement organisés, des « boosters », que CVS faisait suivre depuis plusieurs semaines. Pour le groupe, ces as de la fauche sévissant dans des dizaines de magasins du nord de la Californie sont responsables de la disparation de près de 50 millions de dollars de produits sur cinq ans. La mission de Ben Dugan, enquêteur en chef de CVS Health : les arrêter.

Chaque année, les distributeurs dépensent des millions de dollars pour lutter contre les bandes organisées qui volent des produits dans les magasins avant de les écouler en ligne, souvent sur Amazon, ont révélé des entretiens avec des enquêteurs privés et des policiers ainsi que des documents judiciaires. Le phénomène a explosé avec la pandémie et l’essor du commerce en ligne qui l’a accompagnée.

« On essaie de le maîtriser comme on peut, mais ça augmente tous les jours », soupire Ben Dugan.

La Coalition of Law Enforcement and Retail, une organisation dirigée par Ben Dugan, estime que le vol organisé ciblant les distributeurs entraîne chaque année 45 milliards de dollars de pertes, contre 30 milliards il y a dix ans. Chez CVS, les vols ont bondi de 30% depuis le début de la pandémie.

« Le monde numérique est un espace plutôt pratique pour écouler les marchandises, déclarait en décembre 2019 Craig Menear, PDG de Home Depot, lors d’une conférence investisseurs, devenant le premier grand patron à évoquer la situation dans la distribution. On parle de millions et de millions de dollars de produits de différents distributeurs. »

L’équipe de Ben Dugan, qui travaille avec les forces de l’ordre, espère cette année boucler 73 dossiers de biens volés à différents distributeurs et revendus sur Amazon, pour un total de 104 millions de dollars. A titre de comparaison, en 2020, elle avait traité 27 dossiers pour un montant moitié moins élevé. Ces deux dernières années, CVS a doublé ses effectifs (la chaîne de pharmacies et magasins de proximité compte désormais 17 enquêteurs) et fait l’acquisition d’une camionnette de surveillance avec caméra 360° et télescope.

Chez Home Depot, le nombre d’enquêtes liées à ce type de méfait a augmenté de 86% depuis 2016 et dépassé les 400 cas l’an passé, la majorité concernant le e-commerce. L’équipe d’enquêteurs du géant du bricolage a été multipliée par deux en quatre ans, indique une porte-parole, et travaille avec des milliers de « spécialistes de la protection des biens » présents en magasin pour repérer les voleurs potentiels.

« Le monde numérique est un espace plutôt pratique pour écouler les marchandises, déclarait en décembre 2019 Craig Menear, PDG de Home Depot, lors d’une conférence investisseurs, devenant le premier grand patron à évoquer la situation dans la distribution. On parle de millions et de millions de dollars de produits de différents distributeurs. »

Target, Ulta Beauty et TJX (qui possède TJ Maxx et Marshalls) ont eux aussi renforcé leurs effectifs.

Ce qui complique la tâche des distributeurs, c’est Amazon : enquêteurs et policiers estiment qu’il s’agit de l’une des plateformes favorites des réseaux criminels, qui profitent d’un nombre colossal de clients potentiels et du fait que le site ne contrôle pas vraiment les marchandises qui sont mises en ligne.

Ils se plaignent aussi d’avoir du mal à obtenir des informations sur les malfaiteurs potentiels de la part du géant de la vente en ligne, qui refuse de fournir des éléments sans mandat ou document judiciaire. D’autres plateformes, dont eBay, acceptent plus facilement de coopérer sans intervention de la justice, soulignent les enquêteurs.

Amazon « est peut-être le plus gros prêteur sur gages non réglementé de la planète, s’agace Ian Ranshaw, policier à Thornton, dans le Colorado. On a beaucoup de mal à travailler avec eux. »

Alex Haurek, porte-parole d’Amazon, affirme que le groupe ne tolère pas que des objets volés soient revendus sur son site et travaille avec la police et les distributeurs pour empêcher les malfaiteurs d’agir en retenant des fonds, en fermant des comptes ou faisant des signalements à la police. En outre, Amazon a investi 700 millions de dollars l’an passé pour lutter contre les fraudes sur son site.

De fait, les trafiquants de biens volés dans les supermarchés ont depuis bien longtemps délaissé les marchés aux puces et les petites boutiques de quartier au profit d’Internet, plus rapide et plus anonyme. Les « boosters », souvent des consommateurs de drogue recrutés par des réseaux criminels, vendent les biens volés pour 5% à 10% de leur valeur marchande à un intermédiaire, qui les revend ensuite à un réseau plus important

Selon lui, si le groupe refuse de transmettre les informations personnelles des vendeurs et des clients sans mandat, c’est par respect de la confidentialité des données.

De fait, les trafiquants de biens volés dans les supermarchés ont depuis bien longtemps délaissé les marchés aux puces et les petites boutiques de quartier au profit d’Internet, plus rapide et plus anonyme. Les « boosters », souvent des consommateurs de drogue recrutés par des réseaux criminels, vendent les biens volés pour 5% à 10% de leur valeur marchande à un intermédiaire, qui les revend ensuite à un réseau plus important.

Pour les enquêteurs, l’augmentation des vols s’explique en partie par une évolution de la loi dans certains Etats. En Californie, par exemple, en vertu d’un texte voté en 2014, le fait de voler un objet valant moins de 950 dollars n’est plus un délit, mais une contravention. La chaîne de supermarchés Target a d’ailleurs récemment réduit les horaires d’ouverture de cinq magasins de San Francisco en raison de l’amplification du phénomène.

Beaucoup d’enquêteurs salariés des distributeurs sont d’anciens policiers. Ils suivent les voleurs, épluchent les rapports, examinent les vitrines à la recherche de biens volés, décortiquent les poubelles des suspects, scrutent les vidéos des braquages et passent au peigne fin les profils des vendeurs sur les sites de commerce en ligne.

Et depuis que des voleurs ont affirmé que tous les gens qui portent des chapeaux étaient des flics, Ben Dugan sort tête nue (sauf à Boston, précise-t-il, parce que tout monde a un couvre-chef).

Dans les magasins, consigne a été donnée au personnel de ne pas arrêter les voleurs pour des raisons de sécurité, mais aussi parfois parce que les enquêteurs les laissent délibérément filer pour essayer d’identifier leur intermédiaire.

En début d’année, un membre de l’équipe de Ben Dugan qui suit les vendeurs de produits à risque (les médicaments contre les allergies ou les lames de rasoir par exemple) a repéré un compte Amazon proposant pour plus d’un million de dollars d’articles aux origines douteuses. Le compte était lié à un vidéo club de Leominster, dans le Massachusetts. Epaulée par CVS et d’autres distributeurs, la police locale a arrêté le propriétaire de la boutique au mois de mai. La boutique Amazon a fonctionné pendant au moins six semaines après l’interpellation.

Alex Haurek, porte-parole du groupe, a expliqué que la décision avait été prise « dans les plus brefs délais après réalisation de l’inventaire et traitement des documents nécessaires ».

Fin 2017, les enquêteurs de CVS ont interrogé trois braqueurs. Tous ont déclaré travailler pour un certain « Monsieur Bob » : Robert Whitley, propriétaire d’une entreprise à Atlanta. Ben Dugan avait alors transmis les photos des voleurs à ses homologues chez Target, Publix et Walgreens, qui avaient reconnu la bande, ont révélé des enquêteurs et des documents judiciaires.

En collaboration avec le FBI et la Poste américaine, les équipes des quatre distributeurs ont mis deux années complètes à démanteler le réseau de voleurs qui avaient dérobé des médicaments sans ordonnance dans des centaines de magasins d’une dizaine d’États.

Le fameux Robert Whitley, lui, a géré une boutique Amazon baptisée Closeout Express pendant sept ans et revendu pour 3,5 millions de dollars de biens volés, selon des documents judiciaires. En avril, il a plaidé coupable de transport inter-Etat de biens volés et sa fille a plaidé coupable de complicité. Le duo attend désormais sa condamnation. Amazon, lui, affirme avoir coopéré avec les enquêteurs.

Donald Beskin, l’avocat des Whitley, conteste la qualification des faits, mais n’a pas souhaité en dire davantage.

Depuis quelques années, la police américaine s’intéresse de plus près au crime organisé dans la distribution, certains Etats ayant même créé des équipes régionales dédiées à ce problème.

Pour soutenir ces efforts, Walmart offre parfois des bons d’achat aux enquêteurs pour qu’ils puissent venir incognito en magasin. Pour l’enquête d’Atlanta, Ben Dugan raconte qu’il a fourni des têtes de brosse à dents électriques et des lames de rasoir Fusion à des agents du FBI pour que ces derniers puissent les revendre à Robert Whitley.

L’an passé, Home Depot a financé de nombreux équipements (dont un traceur GPS) pour aider la police du Colorado à suivre un membre d’un réseau criminel transportant de l’outillage électroportatif volé jusqu’à une maison de Katy, au Texas, à quelque 1 500 km du lieu du larcin.

La maison avait été transformée en entrepôt et équipée d’un monte-charge pour déplacer les articles d’un étage à l’autre. Steven Skarritt, ancien peintre en bâtiment, aurait géré une boutique Amazon qui aurait vendu pour près de 5 millions de dollars de produits volés entre 2018 et 2020, selon le mandat transmis par la police à Amazon en janvier dernier.

Les distributeurs militent depuis des années pour que le Congrès oblige les sites de commerce en ligne à vérifier les coordonnées des revendeurs et à rendre certaines informations publiques, ce qui compliquerait selon eux la vente de produits volés

Le monte-charge, « je n’en avais jamais vu de ma carrière », se souvient Jamie Bourne, enquêteur chez Home Depot qui était présent le jour où la police a perquisitionné la maison de Steven Skarritt en octobre dernier. Ce sont pas moins de 55 palettes de marchandise volée chez Home Depot, dont des perceuses, des niveaux et des aspirateurs, qui ont été saisies.

Mi-juillet, Steven Skarritt a été mis en examen pour blanchiment d’argent et participation à une activité criminelle en bande organisée. Amazon a fermé son compte fin juillet, après avoir laissé la boutique ouverte pour les besoins de l’enquête, en accord avec la police texane, a précisé le porte-parole du groupe.

Tate Williams, l’avocat de Steven Skarritt, a indiqué à la justice qu’il n’existait aucune preuve directe montrant que son client savait que les biens étaient volés ni que les produits volés dans le Colorado faisaient effectivement partie du stock découvert chez lui. « Il dément et entend contester formellement ces accusations », a-t-il déclaré.

Les distributeurs militent depuis des années pour que le Congrès oblige les sites de commerce en ligne à vérifier les coordonnées des revendeurs et à rendre certaines informations publiques, ce qui compliquerait selon eux la vente de produits volés.

Amazon (et d’autres plateformes dont eBay) fait pression contre le projet, affirmant que ces mesures seraient contraires au droit à la protection des données des vendeurs. Pour Alex Haurek, le texte favoriserait les géants de la distribution au détriment des petites entreprises qui vendent sur le Net.

« Nous en sommes convaincus : la meilleure façon de lutter contre la fraude et les escroqueries, c’est de durcir les peines encourues et de donner davantage de moyens aux forces de l’ordre », indique-t-il.

Depuis l’an passé, Amazon s’entretient avec les vendeurs pour vérifier leur identité ; à l’heure actuelle, « l’immense majorité » des vendeurs potentiels sont appelés, souligne Alex Haurek. Le groupe leur demande aussi de fournir une identification officielle, une adresse, des numéros de carte et de compte bancaires, ainsi que des informations fiscales, et rend certains éléments publics. L’an passé, ce processus de vérification a permis d’empêcher plus de six millions de malfaiteurs potentiels d’ouvrir des comptes, souligne-t-il.

Dans l’affaire de San Francisco, les enquêteurs de CVS ont espionné pendant plusieurs semaines un groupe d’une vingtaine de « boosters » qui dérobaient jusqu’à 39 000 dollars de marchandise par jour dans les magasins du groupe.

Et suivi les produits volés jusqu’à un entrepôt de Concord, en Californie. Quand les enquêteurs, qui ont travaillé avec la police locale, ont entré l’adresse dans une base de données en ligne, une entreprise est apparue : D-Luxe.

Elle était gérée par Danny Drago, surnommé « Daniel Les Médocs » par les voleurs parce que ce sont des médicaments qu’il achetait, et sa femme, Michelle Fowler. Selon le site web de leur petite entreprise, ils faisaient partie des vendeurs les mieux notés d’Amazon.

Le 10 septembre, Ben Dugan a demandé des précisions sur D-Luxe à Amazon, qui a refusé de lui en fournir, expliquant qu’il lui fallait d’abord un mandat.

Quand le shérif du comté de San Mateo a transmis un mandat de recherche des comptes bancaires associés à Danny Drago et Michelle Fowler le 28 septembre, les enquêteurs ont découvert que l’entreprise était beaucoup plus grosse qu’ils ne l’imaginaient, ont révélé des sources proches du dossier. La justice locale a ordonné le gel des comptes.

Toujours selon les sources, les enquêteurs pensent que le couple a vendu pour près de 30 millions de dollars de marchandise. Entre 2017 et 2019, le duo possédait au moins deux boutiques sur Amazon, ont précisé les sources, l’une d’elles ajoutant qu’il vendait aussi des biens à trois revendeurs présents sur Amazon. CVS estime que ce sont 5 millions de dollars de produits volés qu’ils ont écoulés chaque année sur Amazon, par eux-mêmes ou par le biais d’autres vendeurs.

Amazon a suspendu au moins d’un des comptes en 2019 ; les deux sont désormais fermés. « Le compte a été bloqué quand nous avons soupçonné le vendeur de proposer des produits obtenus de façon illégale et qu’il n’a pas pu produire de factures d’achat valables », a expliqué Alex Haurek.

Il n’a pas souhaité commenter les estimations de CVS au sujet du chiffre d’affaires de Daniel Les Médocs.

Le porte-parole a précisé qu’Amazon avait travaillé en étroite coopération avec la police pour retrouver d’autres revendeurs qui se seraient servis auprès de Danny Drago et que quatre comptes avaient été fermés. Lorsqu’Amazon craint qu’un vendeur cherche à écouler des produits achetés à un réseau criminel, le groupe lui demande de produire des factures, des bons de commande ou tout autre élément justifiant de la provenance des biens, explique-t-il.

Les comptes bancaires de Danny Drago et Michelle Fowler montrent que le couple possédait aussi un compte eBay, de taille plus modeste, ont indiqué les sources. La porte-parole d’eBay a déclaré que le site ne tolérait pas la vente de biens volés et mettait tout en œuvre pour collaborer avec la police et les distributeurs.

Dans l’affaire Drago, la police a transmis des mandats de recherche à Amazon et eBay.

Le premier a fourni ses échanges avec Danny Drago au sujet de la suspension du compte, mais pas les informations financières relatives aux transactions ni ses notes internes concernant les activités suspectes, alors que la police a demandé ces éléments à plusieurs reprises, a indiqué une source proche de l’enquête.

Amazon a communiqué « des informations exhaustives », affirme Alex Haurek, mais pas de données sur les ventes puisque le mandat et les demandes ultérieures ne les mentionnaient pas explicitement.

EBay s’est montré plus diligent et a transmis le détail des transactions financières du compte de Danny Drago, a précisé la source. Avant même d’avoir reçu le mandat, l’entreprise avait laissé un enquêteur de CVS étudier plus de 15 000 transactions financières réalisées depuis le compte lié à la boutique en ligne de Danny Drago, et avait ensuite fermé le compte.

Quelques jours avant son arrestation le 30 septembre 2020, le couple avait tenté de vendre pour 1 million de dollars de marchandise volée à un revendeur Amazon, a indiqué une source proche de l’enquête. Les enquêteurs de CVS postés à l’extérieur de l’entrepôt de Concord avaient alors vu des centaines de cartons partir de l’entrepôt et alerté la police et United Parcel Service, qui avait stoppé l’expédition. Le vendeur ne semble plus avoir de boutique sur Amazon.

Quand la police a perquisitionné l’entrepôt et d’autres sites liés à Danny Drago et Michelle Fowler, en septembre de l’an passé, elle a trouvé pour plus de 8 millions de dollars de médicaments sans ordonnance et d’autres produits, ainsi que 85 000 dollars en liquide, selon le bureau du procureur général de Californie.

Danny Drago, Michelle Fowler et trois autres personnes ont été mis en examen pour enrichissement frauduleux, blanchiment d’argent, association de malfaiteurs, recel et vol en bande organisée. Danny Drago et Michelle Fowler ont plaidé non coupables, ils attendent leur procès. Leurs avocats n’ont pas répondu aux demandes de commentaire ou pas souhaité commenter.

Ben Dugan, lui, est passé au prochain dossier. Cette semaine, il a recruté deux enquêteurs de plus.

Alexandra Berzon a contribué à cet article

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Marion Issard)

Amazon contre la syndicalisation

  • Amazon  contre la syndicalisation
  • Amazon se comporte évidemment comme une entreprise de voyous qui consisteà exploiter à la fois les producteurs mais aussi les salariés. Les producteurs sont contraints d’adhérer à des clauses à caractère léonin de la part du géant de la tech qui écrase les prix. Amazon écrase de la même manière les salariés condamnés à des cadences infernales. Et Amazon fait tout pour empêcher la pénétration syndicale dans son entreprise. Amazon a d’ailleurs été condamné pour avoir placé le vote sur la possibilité de syndicats internes Amazon sous le contrôle de caméras !
  • La direction d’Amazon avait fait campagne pour le non, qui l’avait emporté. L’agence préconise de suspendre le résultat du vote et d’en organiser un second. Selon le syndicat RWDSU, que les employés auraient pu rejoindre en cas de victoire du oui, Amazon aurait usé de pratiques illégales et menacé ses employés de licenciement.
  • Le président Joe Biden s’était prononcé sur l’importance du libre choix de se syndicaliser. Dans une entreprise qui comprend 800 000 salariés aux États-Unis.

Pourquoi confier le foot Ligue 1 à Amazon ?

Pourquoi confier le foot Ligue 1 à Amazon ?

 

 

Par Julien Pillot, INSEEC Grande École, s’étonne dans l’opinion que les droits télés de la ligue un du football aient  été confiés à Amazon qui par parenthèse n’a rien à voir avec le sport.

L’attribution à Amazon de l’essentiel des droits TV du Championnat de France de football, et les multiples réactions médiatiques, judiciaires et même politiques qui s’en sont suivies, nous rappelle à quel point la vie des droits TV du football français n’a jamais été un long fleuve tranquille.

Dernier événement en date, le tribunal de commerce de Nanterre autorisait Canal+ a suspendre son contrat de sous-licence, conclu avec BeIN Sports pour la diffusion de deux matchs par journée de Ligue 1, tant que la chaîne qatarie n’assigne pas la Ligue de football professionnel (LFP) en justice ainsi que lui demande l’autre chaîne cryptée. Canal+ demande en effet une renégociation du montant des droits après que Amazon a obtenu la diffusion des huit autres matchs pour une somme inférieure. Alors que les premiers versements doivent intervenir, la LFP pourrait aussi assigner BeIN en justice pour non-paiement.

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On se régalerait d’ailleurs volontiers de cette délicieuse série à rebondissements offerte par l’ensemble des protagonistes, si les conséquences éventuelles à moyen terme pour les finances de nos clubs n’étaient pas aussi funestes (et ce n’est pas Jean‑Marc Mickeler, le président de la Direction nationale du contrôle de gestion, gendarme financier du football professionnel, qui prétendra le contraire).

Le fiasco de Mediapro a, en effet, été le pilote d’une série qui, si elle ne brille pas toujours par la cohérence économique de ses protagonistes, a le mérite de réserver son lot hebdomadaire de péripéties et coups de théâtre.

Le scénario à suspense qui nous est servi aura au moins eu une vertu : braquer les projecteurs sur l’économie du football. Une économie dont on sait désormais qu’elle souffre des failles structurelles qui ont conduit à la formation d’une bulle qui menace aujourd’hui d’éclater.

Concernant le cas spécifique des droits TV, l’analyse de la crise actuelle nous aura appris trois choses importantes :

  • L’inflation des droits TV a été largement soutenue par des mécanismes d’enchères et des processus de mise en concurrence, parfois artificielle, entre diffuseurs ;
  • Par manque de diversification de leurs revenus, nos clubs sont devenus ultra-dépendants des droits TV ;
  • Les droits TV sont un investissement d’autant plus difficile à rentabiliser pour les diffuseurs que des mécanismes de contournement (streaming et IPTV) sont facilement accessibles, et que la facture liée au morcellement du championnat entre plusieurs diffuseurs s’avère salée pour le consommateur.

Essentiels à la compréhension, ces éléments ne sont pas pour autant suffisants. Ils occultent en effet deux dimensions cruciales, deux impensés du processus d’attribution des droits TV sans lesquels il est difficile de se prononcer sur la pertinence du choix opéré par la LFP de confier à Amazon le soin de diffuser l’essentiel du championnat.

Dans ce grand jeu de stratégie que constitue la préparation d’un appel d’offres et la mise en concurrence des diffuseurs, la LFP a fait le choix de remettre en jeu les seuls lots jadis obtenus par Mediapro, là où les autres diffuseurs espéraient une remise à plat intégrale.

Ces lots ont donc été remportés par Amazon pour quelque 250 millions d’euros annuels (quand l’accord initial avec Mediapro prévoyait le versement de 780 millions d’euros annuels). Amazon s’engage également à verser 9 millions annuels pour la diffusion de 8 matchs de Ligue 2 par journée de championnat.

Les procédures d’appel d’offres prévoient la constitution d’un dossier technique à travers lequel les attributaires potentiels décrivent les moyens qu’ils entendent déployer pour réaliser leur mission. En l’espèce, cette proposition qualitative doit préciser au moins deux points cruciaux pour saisir la pleine capacité des acteurs à promouvoir le produit que l’on s’apprête à leur confier : les moyens de production et de promotion du contenu.

Sur le premier de ces deux aspects, le choix d’Amazon ne semble pas particulièrement risqué dans la mesure où la compagnie de Jeff Bezos a déjà fait ses preuves en matière de diffusion d’événements sportifs. De plus, Amazon s’est engagé à verser 25 millions d’euros par saison pour couvrir les coûts de production.

Le second aspect est nettement plus préoccupant. Car, là où le tandem Canal+ – BeIN Sports présentait de solides garanties en matière de visibilité de la compétition du fait de leur base d’abonnés, Amazon part d’une feuille blanche. La LFP ne semble ainsi pas avoir tiré de leçon du fiasco de MediaPro qui avait péniblement conquis 600 000 abonnés. Difficile de valoriser la « ligue des talents » quand elle n’est vue que d’une poignée de téléspectateurs.

Facture alourdie pour le consommateur

 

Et difficile d’attirer des abonnés à l’ère de l’IPTV et du streaming sans une offre compétitive sur le plan tarifaire. Le précédent Mediapro, qui proposait un abonnement à 25 euros, l’a démontré : les consommateurs ne sont pas enclins à débourser plus de quelques euros mensuels pour contempler les exploits des footballeurs de l’élite française.

Las, force est de constater que la LFP ne semble pas avoir pris de garanties suffisantes à ce niveau, sinon comment expliquer le tarif fort peu accessible proposé par Amazon pour son offre « Prime Ligue 1 » (12,99 euros mensuels auxquels s’ajoutent les 5,99 euros par mois de l’abonnement Prime, soit un total de 18,98 euros) ?

 

De ce point de vue, l’offre couplée Canal+ – BeIN Sports à 41,90 euros par mois (hors réductions) présentait l’avantage d’un contenu nettement plus diversifié, mais surtout d’une offre concentrée en un seul point de contact et d’une facture globale allégée pour le consommateur qui voudrait voir l’intégralité de la compétition en toute légalité.

Délégation de service public

L’autre grand impensé de cet appel d’offres concerne sans aucun doute la poursuite de l’intérêt général. En tant qu’association loi 1901, LFP a pour objet la « gestion des activités du football professionnel » et la « défense des intérêts matériels et moraux du football professionnel ».

Elle a ainsi pour mission de « développer les ressources du football professionnel dans le but d’en assurer la promotion ». A priori, rien ne s’oppose donc à ce que la LFP privilégie une approche quantitative dans le processus d’attribution des droits TV : elle maximise la valeur du produit en conformité avec ses statuts.

Cependant, la LFP est une association créée par la Fédération Française de Football (FFF). Elle en dépend au titre d’une convention conclue entre les deux entités qui prévoit que la FFF a autorité sur la LFP. Autrement dit, les missions de la LFP sont confiées par la FFF et ne peuvent en aucune manière être contraires aux intérêts supérieurs de la FFF.

Or, en tant que fédération, la FFF assure une mission de service public qui consiste à développer et promouvoir le football, professionnel comme amateur, sur l’ensemble du territoire national. C’est donc bien au titre d’une délégation de service public (DSP) que la FFF donne pouvoir à la LFP de gérer les affaires du monde professionnel.

Le consommateur lésé, le contribuable aussi

Nous pourrions dès lors attendre de la LFP qu’elle agisse au nom de l’intérêt général, plutôt que dans le seul intérêt des clubs de football professionnel.

Nous avons déjà souligné que le consommateur ne semble pas avoir été particulièrement pris en considération lors de l’appel d’offres. Le contribuable non plus ! En effet, autant Canal Plus – entreprise française, soumise à l’impôt sur les sociétés et contribuant par le financement du cinéma français à la politique d’exception culturelle – participe à l’effort redistributif, autant la question reste pleinement ouverte concernant Amazon.

Le rapport impôt payé sur chiffre d’affaires pour Amazon en France atteignait l’an passé un ratio prélèvements directs/chiffre d’affaires de tout juste 3,3 %, ce qui place d’emblée le géant américain dans la catégorie des champions de l’optimisation fiscale.

La taxe mondiale prévoyant un plancher de 15 % sur les entreprises du numérique a, par ailleurs peu de chance d’infléchir le problème. En effet, celle-ci est conditionnée à un taux de profit de 10 %, qui restera longtemps hors d’atteinte pour Amazon dont la stratégie consiste à privilégier la croissance de parts de marché aux profits.

Au final, il semble que la LFP, en ayant porté son choix sur Amazon, a non seulement privilégié une multinationale qui, fort éloignée des considérations françaises, s’avèrera difficile à fiscaliser et à fidéliser dans la durée, mais a également pris le risque de se couper encore un peu plus de son public en occultant la question du coût d’accès pour le consommateur.

En 2009, dans le cadre d’un article qui figurait également en bonne place dans un rapport au Premier ministre d’alors (M. François Fillon), nous alertions sur un double risque « d’invisibilisation » et de dépréciation du produit phare de la LFP, découlant du morcellement des offres et de la démocratisation des moyens techniques de contournement. Les derniers rebondissements dans la saga des droits TV du foot français semblent désormais confirmer un peu plus ce scénario.

_______

(*) Par Julien Pillot, Enseignant-Chercheur en Economie (Inseec) / Pr. associé (U. Paris Saclay) / Chercheur associé (CNRS), INSEEC Grande École.

Trafic de données : une amende de 746 millions pour Amazon

Trafic  de données : une amende de 746 millions pour Amazon

Une amende de 746 millions d’euros au Luxembourg pour non-respect de la réglementation européenne sur les données privées des internautes.

Amazon avait déjà été condamné fin 2020 à 35 millions d’euros d’amende par la France pour non-respect de la législation sur les cookies, les traceurs publicitaires. Google avait alors également été condamné à une amende de 100 millions d’euros. Hors d’Europe, la justice américaine a validé en 2020 une amende de 5 milliards de dollars infligée à Facebook pour n’avoir pas su protéger les données personnelles.

Selon le nouveau règlement européen sur les services numériques, les plateformes ne pourront plus utiliser des données collectées à travers plusieurs services pour cibler un utilisateur contre son gré. Elles devront aussi fournir aux entreprises clientes l’accès aux données qu’elles génèrent.

Bitcoin: Amazon sème aussi la pagaille

Bitcoin: Amazon c’est aussi la pagaille

Après le fantasque Elon Musk , c’est au tour du patron d’Amazon de semer la pagaille et de favoriser la spéculation autour des cryptos et particulièrement du Bit coin. Il serait grand temps que les autorités monétaires américaines se penchent sur une régulation d’un système destiné à travers des cryptos à s’affranchir des règles monétaires. En attendant Amazon, comme Tesla , fait rebondir le bitcoin et et repartir la spéculation.

 Selon CityAM, le géant Amazon envisagerait même d’autoriser les paiements en Bitcoin  et de lancer sa propre crypto.

Amazon a déclaré qu’il « était inspiré par l’innovation dans le monde des cryptos et explore ce qui pourrait en être pour Amazon ». « Le futur se construira sur des technologies qui permettent des paiements modernes, rapides et bon marché ».

En octobre dernier, l’annonce par PayPal de l’autorisation des paiements en cryptos et bitcoin avait fait bondir tout le marché. Un mois après, le bitcoin avait gagné 70 %.

Société-Amazon menace la démocratie

Société-Amazon menace la démocratie

 

Un papier du Wall Street Journal évoque le risque qu’Amazon pèse de plus en plus non seulement sur l’économie aussi sur la démocratie (extrait)

 

« Il est tout à fait raisonnable de se demander si le fait d’autoriser Amazon à s’appuyer sur sa plateforme pour intégrer d’autres métiers lui donne un pouvoir économique et politique indu », écrivait en 2017 Lina Khan, alors étudiante en droit, dans un article désormais célèbre.

Le mois dernier, le président Joe Biden a nommé cette femme de 32 ans à la tête de la Commission fédérale du commerce (FTC), l’agence américaine chargée de la protection des consommateurs et de la concurrence. Lors de l’audition organisée pour la validation de sa candidature, en avril, elle a expliqué que le rôle historique des autorités de la concurrence est « de protéger l’économie et la démocratie du pouvoir incontrôlé des monopoles ».

Lina Khan incarne le mouvement dit « néo-brandésien », du nom de Louis Brandeis, avocat puis juge à la Cour suprême qui a passé sa vie à affirmer que l’antitrust devait protéger la concurrence, mais aussi et surtout empêcher les entreprises de devenir trop grandes. « On nous dit que la taille n’est pas un crime, écrivait-il en 1914. Mais la taille peut a minima devenir délétère du fait des moyens qui ont permis de l’atteindre ou de l’utilisation qui en est faite. »

Le bien-être du consommateur est peu à peu devenu le mètre étalon de l’antitrust. Mais après dix ans de concentration économique, de marges bénéficiaires élevées, de recul des créations d’entreprises et de manque d’investissement, le pouvoir des monopoles semble à nouveau se renforcer

Pour Louis Brandeis, la démocratie est notamment synonyme de liberté de négocier : entre un travailleur et un employeur, entre un fournisseur et un distributeur ou entre un agriculteur et une banque. Et pour cela, les acteurs doivent être nombreux. « Il redoutait que les entreprises deviennent immenses et puissantes, qu’elles prennent leur indépendance et qu’elles deviennent peu à peu insensibles aux désirs et aux peurs de l’humanité », écrivait en 2018 Tim Wu, professeur de droit à l’université Columbia et désormais membre du Conseil économique national.

C’est le prisme qu’ont adopté pendant des décennies tribunaux et régulateurs pour interpréter le droit de la concurrence, retoquant régulièrement des fusions ou des pratiques commerciales de type contrat d’exclusivité.

Le bien-être du consommateur est peu à peu devenu le mètre étalon de l’antitrust. Mais après dix ans de concentration économique, de marges bénéficiaires élevées, de recul des créations d’entreprises et de manque d’investissement, le pouvoir des monopoles semble à nouveau se renforcer.

L’élection de Joe Biden a également coïncidé avec un rejet des principes libéraux qui dominent les politiques économiques depuis des décennies. Les progressistes pointent du doigt l’obsession de l’efficacité, responsable selon eux de l’aggravation des inégalités et des disparités raciales, quand les populistes accusent le libre-échange d’avoir plombé le secteur industriel.

La Big Tech est l’épicentre du séisme. Une ou deux entreprises dominent les réseaux sociaux, les applications pour smartphones, les recherches sur Internet, la publicité en ligne et le commerce électronique. Du point de vue du bien-être des consommateurs, cela ne semble pas problématique : leurs produits sont bon marché, voire gratuits, et immensément populaires. Mais pour la concentration des pouvoirs, il en va autrement : en détenant des plateformes essentielles, les géants privent les vendeurs, les développeurs d’application, les fournisseurs de contenu et les consommateurs de la quasi-totalité de leur pouvoir de négociation, puisque les alternatives sont plus ou moins inexistantes. En outre, pour les concurrents potentiels, les barrières à l’entrée sont élevées, voire insurmontables. Ce sont les géants qui décident quel contenu politique et artistique des milliards d’utilisateurs peuvent voir et partager.

Pour Lina Khan, le risque que la structure d’une entreprise puisse permettre des comportements anticoncurrentiels importe plus que la preuve de ces comportements, par exemple une hausse des prix

Avant de prendre la présidence de la FTC, Lina Khan défendait deux options : empêcher les opérateurs de plateforme de type Amazon de faire concurrence aux utilisateurs de leurs plateformes ou leur appliquer la même réglementation que celle qui vaut pour les fournisseurs de services collectifs. Son idée ? Interdire les fusions verticales, c’est-à-dire le rapprochement entre deux composantes de la même filière (MGM, fournisseur de contenu, et Amazon, distributeur de contenu, par exemple) une fois la plateforme devenue dominante. Elle ne s’est pas exprimée sur la situation d’Amazon depuis son arrivée à la présidence de la FTC. En revanche, évoquant ces ambitions, Amazon lui a demandé de s’auto-exclure des enquêtes que la FTC pourrait mener sur le groupe.

Pour Lina Khan, le risque que la structure d’une entreprise puisse permettre des comportements anticoncurrentiels importe plus que la preuve de ces comportements, par exemple une hausse des prix.

Mais cette approche n’est pas sans risque : sans preuve tangible, difficile de plaider un dossier en justice. Un juge fédéral et la plupart des avocats généraux locaux ont ainsi retoqué des poursuites engagées par la FTC, affirmant qu’elle n’avait pas pu prouver que Facebook est un monopole. Les élus démocrates à la Chambre des représentants ont déposé des projets de loi assouplissant les critères, mais rien ne dit qu’ils seront adoptés. Par ailleurs, empêcher les entreprises de grandir pourrait priver les consommateurs des avantages que seul un géant peut offrir. Des millions de personnes se sont tournées vers Amazon quand la pandémie les a empêchées de se rendre dans les magasins.

Et si les néo-brandésiens redoutent un abus de pouvoir des entreprises, les partisans de Robert Bork s’inquiètent d’un abus des autorités de la concurrence. En 2018, le département de la Justice a essayé, sans succès, d’empêcher AT&T d’acheter Time Warner, une tentative motivée, selon certains, par l’animosité de Donald Trump vis-à-vis de CNN, qui appartient à Time Warner.

Même s’il est loin d’être parfait, un droit de la concurrence qui donne priorité au bien-être des consommateurs risque beaucoup moins d’être politisé qu’une démarche qui ambitionne de décider ce qui est bon ou pas pour la démocratie.

 

Amazon menace la démocratie

Amazon menace la démocratie

 

Un papier du Wall Street Journal évoque le risque qu’Amazon pèse de plus en plus non seulement sur l’économie aussi sur la démocratie (extrait)

 

« Il est tout à fait raisonnable de se demander si le fait d’autoriser Amazon à s’appuyer sur sa plateforme pour intégrer d’autres métiers lui donne un pouvoir économique et politique indu », écrivait en 2017 Lina Khan, alors étudiante en droit, dans un article désormais célèbre.

Le mois dernier, le président Joe Biden a nommé cette femme de 32 ans à la tête de la Commission fédérale du commerce (FTC), l’agence américaine chargée de la protection des consommateurs et de la concurrence. Lors de l’audition organisée pour la validation de sa candidature, en avril, elle a expliqué que le rôle historique des autorités de la concurrence est « de protéger l’économie et la démocratie du pouvoir incontrôlé des monopoles ».

Lina Khan incarne le mouvement dit « néo-brandésien », du nom de Louis Brandeis, avocat puis juge à la Cour suprême qui a passé sa vie à affirmer que l’antitrust devait protéger la concurrence, mais aussi et surtout empêcher les entreprises de devenir trop grandes. « On nous dit que la taille n’est pas un crime, écrivait-il en 1914. Mais la taille peut a minima devenir délétère du fait des moyens qui ont permis de l’atteindre ou de l’utilisation qui en est faite. »

Le bien-être du consommateur est peu à peu devenu le mètre étalon de l’antitrust. Mais après dix ans de concentration économique, de marges bénéficiaires élevées, de recul des créations d’entreprises et de manque d’investissement, le pouvoir des monopoles semble à nouveau se renforcer

Pour Louis Brandeis, la démocratie est notamment synonyme de liberté de négocier : entre un travailleur et un employeur, entre un fournisseur et un distributeur ou entre un agriculteur et une banque. Et pour cela, les acteurs doivent être nombreux. « Il redoutait que les entreprises deviennent immenses et puissantes, qu’elles prennent leur indépendance et qu’elles deviennent peu à peu insensibles aux désirs et aux peurs de l’humanité », écrivait en 2018 Tim Wu, professeur de droit à l’université Columbia et désormais membre du Conseil économique national.

C’est le prisme qu’ont adopté pendant des décennies tribunaux et régulateurs pour interpréter le droit de la concurrence, retoquant régulièrement des fusions ou des pratiques commerciales de type contrat d’exclusivité.

Le bien-être du consommateur est peu à peu devenu le mètre étalon de l’antitrust. Mais après dix ans de concentration économique, de marges bénéficiaires élevées, de recul des créations d’entreprises et de manque d’investissement, le pouvoir des monopoles semble à nouveau se renforcer.

L’élection de Joe Biden a également coïncidé avec un rejet des principes libéraux qui dominent les politiques économiques depuis des décennies. Les progressistes pointent du doigt l’obsession de l’efficacité, responsable selon eux de l’aggravation des inégalités et des disparités raciales, quand les populistes accusent le libre-échange d’avoir plombé le secteur industriel.

La Big Tech est l’épicentre du séisme. Une ou deux entreprises dominent les réseaux sociaux, les applications pour smartphones, les recherches sur Internet, la publicité en ligne et le commerce électronique. Du point de vue du bien-être des consommateurs, cela ne semble pas problématique : leurs produits sont bon marché, voire gratuits, et immensément populaires. Mais pour la concentration des pouvoirs, il en va autrement : en détenant des plateformes essentielles, les géants privent les vendeurs, les développeurs d’application, les fournisseurs de contenu et les consommateurs de la quasi-totalité de leur pouvoir de négociation, puisque les alternatives sont plus ou moins inexistantes. En outre, pour les concurrents potentiels, les barrières à l’entrée sont élevées, voire insurmontables. Ce sont les géants qui décident quel contenu politique et artistique des milliards d’utilisateurs peuvent voir et partager.

Pour Lina Khan, le risque que la structure d’une entreprise puisse permettre des comportements anticoncurrentiels importe plus que la preuve de ces comportements, par exemple une hausse des prix

Avant de prendre la présidence de la FTC, Lina Khan défendait deux options : empêcher les opérateurs de plateforme de type Amazon de faire concurrence aux utilisateurs de leurs plateformes ou leur appliquer la même réglementation que celle qui vaut pour les fournisseurs de services collectifs. Son idée ? Interdire les fusions verticales, c’est-à-dire le rapprochement entre deux composantes de la même filière (MGM, fournisseur de contenu, et Amazon, distributeur de contenu, par exemple) une fois la plateforme devenue dominante. Elle ne s’est pas exprimée sur la situation d’Amazon depuis son arrivée à la présidence de la FTC. En revanche, évoquant ces ambitions, Amazon lui a demandé de s’auto-exclure des enquêtes que la FTC pourrait mener sur le groupe.

Pour Lina Khan, le risque que la structure d’une entreprise puisse permettre des comportements anticoncurrentiels importe plus que la preuve de ces comportements, par exemple une hausse des prix.

Mais cette approche n’est pas sans risque : sans preuve tangible, difficile de plaider un dossier en justice. Un juge fédéral et la plupart des avocats généraux locaux ont ainsi retoqué des poursuites engagées par la FTC, affirmant qu’elle n’avait pas pu prouver que Facebook est un monopole. Les élus démocrates à la Chambre des représentants ont déposé des projets de loi assouplissant les critères, mais rien ne dit qu’ils seront adoptés. Par ailleurs, empêcher les entreprises de grandir pourrait priver les consommateurs des avantages que seul un géant peut offrir. Des millions de personnes se sont tournées vers Amazon quand la pandémie les a empêchées de se rendre dans les magasins.

Et si les néo-brandésiens redoutent un abus de pouvoir des entreprises, les partisans de Robert Bork s’inquiètent d’un abus des autorités de la concurrence. En 2018, le département de la Justice a essayé, sans succès, d’empêcher AT&T d’acheter Time Warner, une tentative motivée, selon certains, par l’animosité de Donald Trump vis-à-vis de CNN, qui appartient à Time Warner.

Même s’il est loin d’être parfait, un droit de la concurrence qui donne priorité au bien-être des consommateurs risque beaucoup moins d’être politisé qu’une démarche qui ambitionne de décider ce qui est bon ou pas pour la démocratie.

 

La France a bradé son football à Amazon

La France a bradé son football à Amazon

Jean-Pascal Gayant, Profeseur de sciences économiques, estime qu’en  choisissant de confier 80 % des retransmissions des matchs des championnats de France au géant américain Amazon, la LFP s’est comportée comme une écervelée, juge l’économiste, faisant du football professionnel français un simple outil de promotion d’une entreprise de commerce en ligne.

 

Tribune dans le Monde 

 

. La Ligue de football professionnel (LFP) a choisi de confier 80 % des retransmissions des matchs des Ligues 1 et 2 au géant américain Amazon. Pour 259 millions d’euros annuels, la LFP a bradé la diffusion de son produit phare pour les trois prochaines années, tout en figeant dans le marbre l’historique lot 3 attribué en 2018 à BeIN Sports pour 332 millions d’euros annuels. Ce lot 3, qu’avait ensuite « racheté » Canal + (en contrat de sous-licence), contient la diffusion des 20 % restants de la Ligue 1, sans le match phare du dimanche soir. Son tarif paraît aujourd’hui extravagant, ce qui pousse Canal + à annoncer son retrait de la diffusion de la Ligue 1. La chaîne BeIN Sports semble solidaire de Canal + dans ce bras de fer, puisqu’elle n’a pas honoré le premier versement (relatif aux droits de la Ligue 2) pour la saison 2021-2022. Les bases d’un violent contentieux avec la LFP sont jetées.

 

Sans présager de l’issue de ce nouveau feuilleton, il convient de se pencher sur le choix fait par la LFP de privilégier l’option Amazon (et de s’engager dans un bras de fer impitoyable avec le diffuseur historique), au regard de la solution alternative qui consistait à conforter Canal + et BeIN pour un montant global quasi identique.

On serait tenté de reprendre la formule prêtée à Winston Churchill (à destination de Neville Chamberlain) à l’issue des accords de Munich : « Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre. »

Si la Ligue avait vendu ses droits de diffusion à Amazon pour une somme comparable à celle que promettait l’ancien diffuseur MediaPro (800 millions d’euros annuels), l’entrée en guerre de Vincent Labrune, président de la LFP, aurait été compréhensible. Pour les chaînes de télévision conventionnelles, se projeter dans le « monde d’après » en se liant avec Amazon représente un risque important en termes de souveraineté et de mise en valeur du produit. Mais une rémunération élevée aurait apporté aux clubs une sécurité pécuniaire bienvenue, à l’heure de se relever du double séisme MediaPro-Covid-19. Loin de cela, la LFP n’apporte aucune garantie financière sérieuse aux clubs, tout en faisant entrer le loup dans la bergerie.

Pour le mastodonte du commerce en ligne, les droits de diffusion sportive sont une sorte de papier tue-mouches : il s’agit d’attirer des clients et leurs données pour les rendre captifs de l’environnement Amazon. Même sans augmenter le prix de l’abonnement à Amazon Prime (49 euros par an), les droits de la Ligue 1 à 259 millions d’euros sont un investissement très rentable pour la firme de Jeff Bezos : une fois intégré à l’écosystème Amazon (livraisons gratuites et plus rapides, avantages à l’achat), le consommateur en devient un prisonnier béat. La diffusion de la Ligue 1 va conduire des centaines de milliers de consommateurs, qui n’étaient pas encore convaincus du bien-fondé de l’entrée dans cet écosystème, à franchir le pas.

Économie-Des entreprises condamnées laisser Amazon entrer à leur capital

  • Économie-Des entreprises condamnées laisser Amazon entrer à leur capital

Un article du Wall Street Journal (extrait)

  •  
    • Les entreprises qui veulent être présentes sur la plateforme d’Amazon pour vendre leurs produits ou leurs services découvrent parfois une étonnante condition : accepter que le géant de la vente en ligne prenne une part importante de leur capital à un prix très avantageux.
    • Des documents et des entretiens avec des sources proches des accords révèlent ainsi que le groupe a conclu un peu plus d’une dizaine de contrats avec des entreprises cotées, contrats aux termes desquels Amazon a obtenu des warrants, c’est-à-dire le droit d’acheter des actions à un prix potentiellement inférieur à celui du marché.
    • Ces dix dernières années, Amazon a également signé de genre d’accord avec plus de 75 sociétés non cotées, a précisé l’une des sources. Cumulées, ces participations effectives et potentielles dans des entreprises qui vont du centre d’appel au spécialiste du gaz naturel vaudraient des milliards de dollars, Amazon étant parfois l’un des principaux actionnaires.
    • Ces transactions peu courantes dans le milieu témoignent aussi de la façon dont Amazon utilise son poids pour s’enrichir et s’imposer. Les pratiques du groupe en matière de concurrence (y compris vis-à-vis d’entreprises dont il est partenaire) sont d’ailleurs dans le collimateur des régulateurs et des parlementaires.
    • Si ces accords peuvent aider les vendeurs à obtenir des débouchés colossaux, qui peuvent à leur tour doper le cours de Bourse, les dirigeants de plusieurs entreprises ont expliqué qu’ils s’étaient sentis obligés d’accepter les avances d’Amazon. Les accords donnent parfois aussi au géant le droit de siéger au conseil d’administration ou de surenchérir quand une entreprise concurrente fait une offre d’achat.
    • Dans tous les cas, Amazon profite de ce que les vendeurs gagnent à travailler avec l’un des plus gros groupes au monde.
    • Dans les contrats qui prévoient des warrants, Amazon pèse de tout son poids pour obtenir des conditions très intéressantes parce que le groupe sait que peu d’entreprises refuseront, ont raconté d’anciens responsables d’Amazon ayant travaillé sur ces contrats
    • Le géant de Seattle a pour habitude de tirer parti de sa taille et de son pouvoir pour imposer des conditions qui lui sont favorables : obliger ses partenaires dans une activité à souscrire à d’autres activités du groupe, savoir avant tout le monde quelle sera la pépite technologique de demain grâce à son fonds de capital-risque ou encore créer des produits Amazon qui concurrenceront des marques moins connues. Affirmant vouloir obtenir les meilleures affaires pour ses clients, il s’est battu bec et ongles pour conquérir des parts de marché.
    • Dans les contrats qui prévoient des warrants, Amazon pèse de tout son poids pour obtenir des conditions très intéressantes parce que le groupe sait que peu d’entreprises refuseront, ont raconté d’anciens responsables d’Amazon ayant travaillé sur ces contrats.
    • Pour certaines entreprises, accorder des warrants à Amazon, c’est obtenir un avantage concurrentiel non négligeable. Clean Energy Fuels a conclu un accord avec Amazon en début d’année aux termes duquel le groupe pourrait monter à 20 % du capital d’ici dix ans et devenir ainsi son deuxième actionnaire. Ses dirigeants n’avaient jamais conclu de contrat octroyant des warrants à un client, a souligné une source proche du dossier, mais Amazon avait lancé un vaste appel d’offres auprès d’autres spécialistes du gaz naturel et Clean Energy s’est dit qu’en acceptant la demande, le groupe n’aurait plus envie de travailler avec ses concurrents. Clean Energy doit désormais prévenir Amazon s’il reçoit une offre d’achat, a précisé la source. Clean Energy n’a pas souhaité commenter.
    • Le premier contrat de majeur conclu entre Amazon et une société cotée date de 2016. A l’époque, le groupe se cherchait un partenaire dans le fret aérien pour développer son immense réseau logistique. Les dirigeants ont constaté que les partenaires potentiels étaient tous moins grands, moins connus et moins dynamiques qu’Amazon, et qu’un gros contrat avec le groupe donnerait un coup de fouet à leur cours de Bourse, a raconté une source. Mais Amazon voulait profiter de cette envolée boursière potentielle, selon cette personne.
    • Le groupe a donc proposé un accord à Air Transport Services, une société de leasing d’avions installée à Wilmington, dans l’Ohio, qui a d’abord refusé la clause d’octroi de warrants, ont rapporté des sources. Une équipe s’est rendue à Seattle pour mener des « négociations longues et intenses », à l’issue desquelles Amazon a fini par convaincre Air Transport Services, souligne une source. « Il a fallu déployer des trésors de persuasion », selon elle. Amazon détient aujourd’hui environ 19,5 % d’Air Transport Services, ce qui en fait son principal actionnaire.
    • La porte-parole d’Air Transport Services n’a pas souhaité commenter.
    • Les dirigeants d’Amazon savaient que leur groupe aurait besoin de beaucoup plus d’avions pour faire face à sa croissance exponentielle, et ce premier contrat les autorisait à en conclure d’autres, a indiqué l’une des sources.
    • Dans son contrat conclu avec Startek, un spécialiste des centres d’appel installé dans le Colorado, Amazon a obtenu le droit de prendre 20 % du capital en l’échange de 600 millions de dollars d’achats sur huit ans
    • Avec Atlas Air Worldwide Holdings, Amazon a conclu un contrat de crédit-bail de dix ans avec les mêmes conditions. Mais cette fois-ci, le groupe a demandé des warrants représentant jusqu’à 20 % du capital d’Atlas sur cinq ans (plus une option pour 10 % supplémentaires en fonction de l’activité qu’il confiait à Atlas). Le géant voulait aussi, sous réserve de certaines conditions, obtenir un administrateur au conseil d’Atlas.
    • Des sources proches des deux camps indiquent que les warrants étaient une condition sine qua none du partenariat. « Il était clair qu’il n’y aurait pas d’accord sans cela », affirme l’une des sources. Les dirigeants d’Atlas ne voulaient pas laisser passer cette opportunité commerciale et ont estimé que les warrants étaient le prix à payer pour travailler avec Amazon, a-t-elle précisé.

Amazon et livraison en un jour : Danger pour les petites entreprises

Amazon et livraison en un jour : Danger pour les petites entreprises

Christopher Mims é voqueDans le Wall Street Journal les conséquences néfastes du raccourcissement des délais de livraison exigé notamment par les grands du numérique comme Amazon .( Notons aussi que ces délais conduisent à une fragmentation des envois qui constituent une véritable catastrophe environnementale NDLR)

Les affaires marchaient bien pour Charleston Gourmet Burger, une petite entreprise familiale basée en Caroline du Sud. Fondée par le couple Chevalo et Monique Wilsondebriano en 2012, elle vendait ses sauces et marinades pour hamburgers dans des milliers de magasins à travers les Etats-Unis, sur la chaîne de téléachat QVC et directement aux clients via son site web. Mais juste avant que la pandémie n’entraîne des confinements en mars, le couple a pris la décision fatidique d’arrêter de vendre en magasins et de se concentrer sur le e-commerce.

Cela a failli être une erreur fatale pour la petite entreprise, seule source de revenus de la famille qui emploie les quatre enfants adolescents et adultes du couple, ainsi que la sœur et la mère de Mme Wilsondebriano.

A l’ère d’Amazon, vendre en ligne est une chose, mais livrer les produits aux clients assez rapidement pour les satisfaire en est une autre. Et les choses deviennent particulièrement difficiles si, comme les Wilsondebriano, le commerçant ne vend pas ses produits par l’intermédiaire d’Amazon, mais se sent quand même obligé de s’aligner sur les promesses de livraison gratuite et rapide du géant du e-commerce.

Le chiffre d’affaires de Charleston Gourmet Burger a alors chuté, passant de plus de 20 000 dollars par mois à seulement 3 000 dollars, selon Mme Wilsondebriano. La famille n’a eu d’autre choix que d’emballer et d’expédier elle-même les commandes, car elle n’avait plus les moyens de payer l’expéditeur tiers qu’elle utilisait jusqu’alors.

Les petites et moyennes entreprises américaines de commerce en ligne se divisent entre gagnants et perdants en fonction de leur capacité à s’adapter aux bouleversements logistiques largement dictés par Amazon et d’autres grands distributeurs

Pourtant, de nombreux acheteurs potentiels se sont plaints des frais de port — environ 8 dollars pour une commande de 40 dollars — et du fait que les sauces et les marinades mettaient trop de temps à arriver, poursuit Mme Wilsondebriano.

« C’est un combat quotidien que d’essayer de suivre le rythme d’Amazon, et ce n’est pas une partie de plaisir », constate-t-elle.

Charleston Gourmet Burger, qui a quitté Amazon il y a deux ans parce que les commissions étaient trop élevées, envisage aujourd’hui d’y retourner.

Les petites et moyennes entreprises américaines de commerce en ligne se divisent entre gagnants et perdants en fonction de leur capacité à s’adapter aux bouleversements logistiques largement dictés par Amazon et d’autres grands distributeurs. Les embauches massives et la construction ininterrompue d’entrepôts par le géant du e-commerce facilitent une livraison toujours plus rapide, qui plus est gratuite avec l’offre Prime.

En conséquence, même les commerçants qui ne vendent pas sur Amazon s’efforcent d’expédier leurs produits aussi vite que possible, soit en supportant un coût supplémentaire, soit en augmentant les prix — au risque de subir une baisse de leurs chiffres d’affaires —, tout en faisant face à des goulets d’étranglement dans la chaîne logistique.

Pour les Wilsondebriano, cela se traduit par un rituel quotidien impliquant toute la famille.

Toutes les deux semaines, des palettes de marchandises — de 1 500 à 3 000 bouteilles — quittent l’usine pour être déposées dans un atelier attenant à leur garage, qui sert d’entrepôt de fortune. En plus de gérer les campagnes publicitaires en ligne qu’ils utilisent pour stimuler leurs ventes, Mme Wilsondebriano et son mari doivent traiter chaque commande reçue sur leur site web.

A leurs moments perdus, entre les cours à distance dispensés sur Zoom, leurs filles de 15 et 16 ans aident à l’emballage et écrivent des messages personnalisés pour remercier les clients. Leur fils de 25 ans, leur fille aînée et la mère de Mme Wilsondebriano donnent aussi un coup de main quand ils sont disponibles.

Une fois les étiquettes apposées sur les colis, le couple les charge dans un SUV et les amène au bureau de poste local.

« C’est comme une chaîne de production », résume Mme Wilsondebriano.

Mais ce n’en est pas une, et encore moins un entrepôt rempli d’humains et de robots, fonctionnant selon un workflow optimisé par des logiciels et destiné à réduire le coût de chaque achat en ligne.

Amazon a été l’une des premières entreprises de e-commerce à faire de sa chaîne logistique un avantage concurrentiel, note Matt Crawford, directeur général des expéditions chez BigCommerce, qui aide les commerçants à créer et à gérer des boutiques en ligne. Lorsque le géant a eu créé sa marketplace — où tout le monde peut vendre des marchandises — et Expedié par Amazon — son service logistique pour l’entreposage et l’expédition des articles que ces entreprises vendent sur la plateforme —, cet avantage s’est étendu à tous les vendeurs prêts à payer pour ces services.

Depuis, Amazon n’a cessé d’accélérer la vitesse à laquelle la plupart des produits vendus sur son site arrivent sur le pas de la porte des acheteurs, en proposant d’abord la livraison sous deux jours, puis le lendemain, et maintenant fréquemment le jour même, grâce à la mise en place du service Prime Now sur son site principal et son application.

« Vous allez assister à une disparition progressive des commerçants qui ne peuvent pas résoudre leur problème de chaîne logistique [pour leurs ventes en ligne] ». Les frais de port des commerçants, via des transporteurs comme UPS, des services postaux américains et FedEx, vont augmenter de 5 à 7 % cette année, en raison de l’explosion de la demande

Selon Steve Denton, directeur général de Ware2Go, une filiale d’UPS qui met en relation des PME de commerce en ligne avec des entrepôts depuis lesquels ils peuvent distribuer leurs marchandises, les vendeurs qui souhaitent bénéficier du très convoité badge Prime d’Amazon — qui garantit une livraison rapide et permet d’augmenter considérablement les ventes — sont confrontés à un choix difficile.

Deux options s’offrent désormais à eux, dit-il. Soit ils paient des commissions de plus en plus élevées à Amazon pour stocker et expédier leurs marchandises à partir des installations de la société, soit ils expédient leurs produits à partir d’entrepôts autres que ceux d’Amazon, mais qui répondent aux exigences strictes du programme Seller Fulfilled Prime de l’entreprise — notamment bénéficier d’une disponibilité au niveau national et d’une expédition rapide. Certains marchands, en particulier ceux qui proposent des articles volumineux ou des produits qui ne se vendent en général pas vite, trouvent cette option plus abordable.

« Vous allez assister à une disparition progressive des commerçants qui ne peuvent pas résoudre leur problème de chaîne logistique [pour leurs ventes en ligne] », assure M. Crawford. Les frais de port des commerçants, via des transporteurs comme UPS, des services postaux américains et FedEx, vont augmenter de 5 à 7 % cette année, en raison de l’explosion de la demande. Et depuis que la Covid a perturbé la logistique dans le monde entier, les commerçants doivent payer plus cher pour stocker davantage de marchandises. Parallèlement, la demande d’expédition plus rapide oblige les distributeurs à déterminer avec précision le nombre d’articles à stocker dans les différents entrepôts d’un réseau qui s’étend sur tout le pays, ajoute-t-il. (Les commissions d’Amazon dissuadent les détaillants de garder longtemps des articles dans ses entrepôts).

La généralisation du modèle de marketplace et la façon dont Amazon façonne les attentes des clients signifient que les exigences croissantes que la société impose aux vendeurs Prime se répercutent sur l’ensemble du secteur du e-commerce

Pour intégrer le programme Seller Fulfilled Prime (SFP), les vendeurs doivent stocker des marchandises dans des entrepôts à partir desquels les clients peuvent être livrés en un ou deux jours, afin de maximiser le nombre de vues sur le site et l’appli d’Amazon.

Le succès d’Amazon avec sa marketplace a engendré de nombreuses copies. Les articles que vous achetez sur les sites de Walmart, Target, Wayfair et de dizaines d’autres grands distributeurs peuvent être vendus et expédiés non par ces entreprises, mais par de plus petites qui versent à ces géants de la distribution une partie de revenus tirés de ces ventes et paient éventuellement d’autres frais en échange de leur référencement.

La généralisation du modèle de marketplace et la façon dont Amazon façonne les attentes des clients signifient que les exigences croissantes que la société impose aux vendeurs Prime se répercutent sur l’ensemble du secteur du e-commerce, explique M. Denton. Les autres marketplaces modifient en effet continuellement leurs propres exigences en matière de livraison pour les vendeurs en s’inspirant largement des standards en vigueur chez Amazon.

Le géant de Seattle dit avoir « apporté des changements à Seller Fulfilled Prime, afin que les clients bénéficient d’une expérience de livraison Prime cohérente, quelle que soit la méthode de traitement de commandes. Amazon prospère quand les vendeurs ont du succès, et ces changements permettent de s’assurer que les vendeurs SFP continuent à satisfaire les clients Prime en leur offrant l’expérience d’achat qu’ils attendent. »

Pour les commerçants en ligne de petite ou moyenne taille, répondre aux dernières exigences de Prime nécessite de prendre des mesures qui, jusqu’à récemment, étaient considérées comme exceptionnelles. Cela signifie qu’il faut faire fonctionner les entrepôts au moins six jours par semaine, et parfois recourir à des envois coûteux à J+1 ou la nuit.

Certains vendeurs prospèrent toutefois dans ce nouveau monde. Au début des années 2000, Lee Siegel a fondé ECR4Kids, un fabricant de meubles et d’équipements de jeux pour enfants en kit. L’entreprise commercialisait alors ses produits auprès d’acheteurs traditionnels — revendeurs et districts scolaires ainsi qu’aux grandes surfaces et même à Amazon — mais uniquement en tant que grossiste et marchand. Fin 2018, pour augmenter ses ventes, M. Siegel a référencé certains de ses produits directement sur la marketplace d’Amazon.

Lorsque la pandémie a frappé, M. Siegel pensait que son chiffre d’affaires allait s’effondrer, mais il a, au contraire, explosé, car les parents d’élèves suivant leurs cours à distance se sont précipités pour acheter des articles comme des bureaux, des chaises et des casiers pour enfant.

A peu près au même moment où il a commencé à vendre sur la marketplace d’Amazon, ECR4Kids a cessé de gérer de ses propres entrepôts pour confier la logistique de ses commandes à des tiers, dont Ware2Go.

Auparavant, déclare M. Siegel, les services de traitement de commandes pouvaient être fournis par n’importe qui disposant « d’un chariot élévateur, d’un quai de chargement et d’un grand entrepôt vide avec des étagères. Mais pour survivre face à Walmart, Costco, Amazon et Wayfair, il faut une approche complètement différente de la satisfaction client et de la rapidité d’expédition. »

Certains se tournent vers des entreprises telles que Productiv, qui exploite six entrepôts de distribution. Alors qu’Amazon a sa propre armée de robots de mise en rayon et de tri des colis, des entreprises comme Productiv testent des systèmes avec des robots d’appui qui suivent les employés de l’entrepôt lorsqu’ils se déplacent dans les rangées d’étagères, puis acheminent vers des convoyeurs tous les articles prélevés sur ces rayonnages.

Comme dans de nombreux autres secteurs, cette automatisation répond en partie à la hausse des salaires et à la rareté de la main-d’œuvre. La demande en matière d’entreposage et de traitement des commandes bat des records chaque mois, ce qui entraîne à la fois une concurrence accrue entre ces services et une plus grande variété d’offres en la matière.

Chez Charleston Gourmet Burger, les choses se sont beaucoup améliorées. Les températures ont grimpé et des millions d’Américains vaccinés se réunissent à nouveau avec leurs amis et leur famille — et sortent leur barbecue. Le chiffre d’affaires mensuel a rebondi à près de 14 000 dollars en mai, et Mme Wilsondebriano prévoit un mois de juin encore meilleur.

En outre, la famille va commencer à essayer de passer par Amazon à la fois pour vendre ses produits et traiter ses commandes. Le géant du e-commerce est, en effet, en train de lancer un programme pilote visant à fournir une assistance supplémentaire aux entrepreneurs noirs comme les Wilsondebriano. Celle-ci comprend notamment la gratuité de publicités, du stockage et du traitement des retours et des services de conseils ainsi que la suppression de certaines commissions. Au cours des deux prochaines semaines, environ 90 % des commandes passées sur le site web de la famille seront traitées par Amazon, et leurs produits apparaîtront sur sa marketplace.

« Etre exonéré d’autant de frais semble être une solution gagnante pour tout le monde, reconnaît Mme Wilsondebriano. Mais je ne sais pas ce que ça va donner concrètement. »

Et maintenant Amazon pour diffuser le foot en France?

Et maintenant Amazon pour  diffuser le foot en France?

Comme le foot est devenu une affaire de gros sous, la multinationale Amazoneaméricaine se met sur les rangs pour diffuser y compris le football français. Le tout sans doute avec des coupures de pub à chaque coup de sifflet de l’arbitre et en plus l’utilisation de l’énorme fichier des fans du foot pour vendre la camelote d’Amazon.

Le géant de l’e-commerce, qui s’est mis sur le radar des fans de sport français en retransmettant une partie de Roland-Garros , aurait intensifié ses contacts ces derniers jours avec la LFP. Si une offre n’est pas encore sur la table, Canal+ prendrait très au sérieux l’hypothèse d’une irruption du groupe d’e-commerce qui mise sur le contenu vidéo pour augmenter son nombre de clients à son offre Amazon Prime.

Même si une grande partie de poker menteur est engagée, certains évoquent la possibilité que la société de Jeff Bezos mise un peu moins 300 millions d’euros par an.

Le championnat reprend en août et n’a pour l ‘instant pas de diffuseur. L’instance du football français, qui a opté pour des discussions de gré à gré depuis l’enchère ratée de février cette année , pourrait donc devoir se décider très rapidement entre deux solutions alors que tout le monde pensait qu’il n’y avait pas d’autre alternative aux discussions en cours avec Canal et BeIN Sports…

Amazon augmente les salaires

Amazon augmente les salaires

Amazon rehausse les salaires de son personnel employé à l’heure après que la majorité des travailleurs d’un de ses entrepôts a voté contre la création d’un syndicat.( Un article du Wall Street Journal)

Le géant du e-commerce a annoncé mercredi que plus de 500 000 de ses employés obtiendraient des augmentations dans une fourchette comprise entre 50 cents et 3 dollars de l’heure. Amazon, qui offre un salaire minimum de 15 dollars de l’heure et emploie environ 950 000 personnes aux Etats-Unis, a indiqué que ces augmentations représentaient un investissement de plus d’un milliard de dollars.

L’augmentation concerne différents types de travailleurs aux plannings variés, mais en moyenne, pour le nombre total de salariés affectés, elle correspond à environ 40 dollars par semaine et par tête.

Amazon a assuré que son salaire de départ resterait à 15 dollars de l’heure. La société n’a pas souhaité indiquer quelle serait l’augmentation moyenne, mais a fait savoir qu’elle dépendait de facteurs tels que l’ancienneté.

Une porte-parole de l’entreprise a expliqué qu’Amazon avait décidé d’avancer ses révisions salariales prévues en automne pour relever les paies dès à présent. Elle n’a pas précisé si les augmentations avaient un rapport avec l’élection d’un syndicat à Bessemer, en Alabama, mais a déclaré qu’elles étaient liées aux embauches et au maintien de la compétitivité d’Amazon sur le marché de l’emploi. L’entreprise a également annoncé des recrutements en cours pour des dizaines de milliers de postes aux Etats-Unis.

Amazon a dévoilé les augmentations un jour avant la publication de ses résultats trimestriels et alors que l’entreprise se prépare à une audience fédérale au sujet d’objections à sa victoire lors de l’élection syndicale du début du mois.

Le National Labor Relations Board (NLRB) a programmé une audience pour étudier les objections du syndicat de la distribution, de la vente de gros et des grands magasins (RWSSU), qui accuse Amazon d’avoir intimidé illégalement des salariés de l’entrepôt d’Alabama. Le NLRB doit entendre les arguments à partir du 7 mai, avant de statuer sur une certification des résultats de l’élection du 9 avril. Amazon nie toute irrégularité.

Le patron d’Amazon, Jeff Bezos, a déclaré après l’élection que l’entreprise souhaitait améliorer ses relations avec ses salariés employés à l’heure. Il a ajouté qu’elle travaillait à la création de solutions innovantes pour réduire le nombre de blessures dans ses centaines d’entrepôt. Il a également défendu les pratiques de l’entreprise contre des accusations selon lesquelles elle traite de manière injuste de sa main-d’œuvre.

Amazon est l’un des employeurs qui a procédé au plus d’embauches aux Etats-Unis, particulièrement pendant la pandémie de coronavirus, et la reprise économique devrait exercer une pression croissante pour qu’il reste compétitif sur le marché de l’emploi. Le groupe a recruté 500 000 nouveaux salariés dans le monde l’an dernier, portant ses effectifs à près de 1,3 million, dans un contexte de forte hausse de la demande de services de cloud computing et de distribution.

La pandémie a aussi donné à Amazon la puissance financière nécessaire pour rehausser ses rémunérations. Le quasi-milliard de dollars que l’entreprise prévoit de consacrer aux augmentations annoncées mercredi correspondent à environ 10 % de la hausse du résultat net de l’an dernier, qui a grimpé de 84 % pour atteindre 21,3 milliards de dollars.

Amazon a contribué à l’amélioration des bas salaires en 2018 en relevant son salaire horaire à 15 dollars, bien qu’il ait parallèlement abandonné certaines primes et rémunérations en actions.

Amazon fait partie des grands groupes américains à avoir appelé récemment à une hausse du salaire minimum fédéral, alors que le Congrès débat du sujet. Il est actuellement de 7,25 dollars de l’heure, soit le même qu’en Alabama.

Costco fait partie des autres entreprises proposant un salaire de départ d’au moins 15 dollars de l’heure.

Starbucks a annoncé l’an dernier qu’il relèverait les salaires dans ses magasins américains de 10 % pour les salariés en poste et de 5 % pour les nouvelles embauches, dans le but d’améliorer le recrutement et la rétention. L’entreprise s’est engagée à relever le salaire de tout son personnel en magasin américain à au moins 15 dollars au cours des trois prochaines années.

Walmart, le plus grand employeur du pays, a déclaré en février qu’il augmenterait son salaire horaire moyen à plus de 15 dollars, tout en maintenant le salaire minimum à 11 dollars. Le directeur général Doug McMillon a affirmé que l’entreprise soutenait la hausse du salaire fédéral minimum, mais qu’il devait y avoir une marge de manœuvre régionale et que les hausses devaient être progressives.

Jay Carney, principal porte-parole d’Amazon, a déclaré que l’adoption d’un salaire minimum à 15 dollars de l’heure « augmenterait les revenus de millions de salariés et revitaliserait l’économie nationale. »

Les plaintes des salariés d’Amazon portent sur des questions comme le salaire, le rythme auquel les travailleurs doivent traiter les commandes et colis, ainsi que les pauses et les avantages. Les employés peuvent se voir demander d’emballer des centaines d’articles en une heure. Certains d’entre eux ont aussi comparé la fortune d’Amazon et de Jeff Bezos à leurs rémunérations et leurs expériences professionnelles.

Amazon a affirmé que les salariés pouvaient prendre des pauses si nécessaire et a défendu les avantages offerts, qui incluent une mutuelle et un plan d’épargne retraite.

Ces questions étaient centrales lors de la bataille autour d’un syndicat à Bessemer. Les travailleurs pro-syndicats ont expliqué qu’ils auraient aimé négocier les politiques de l’entreprise sur les salaires, le rythme de préparation des colis et les changements de planning. Certains salariés ayant voté contre la syndicalisation se sont déclarés satisfaits de leurs rémunérations et avantages et ont remis en question la capacité d’un syndicat à améliorer le salaire ou les conditions de travail.

La victoire d’Amazon à Bessemer lui permet de conserver un contrôle total sur ses politiques en entrepôt. Toutefois, Jeff Bezos a déclaré courant avril que l’entreprise avait besoin de refléter une meilleure image auprès de ses salariés après l’élection. Le dirigeant a annoncé qu’il souhaitait faire d’Amazon le meilleur employeur et le lieu le plus sûr pour travailler en plus de sa réputation d’être une entreprise orientée client. ​

Sarah Nassauer et Heather Haddon ont contribué à cet article

Amazon : terre anti-syndicale

Amazon : terre anti-syndicale 

 

Le chercheur en sciences sociales Emilien Julliard analyse dans me Monde  l’échec de la syndicalisation des employés d’Amazon aux Etats-Unis 

Tribune. 

 

Des deux côtés de l’Atlantique, le vote des 5 805 employés de l’entrepôt Amazon de Bessemer, dans l’Alabama, à propos de leur syndicalisation a suscité une importante couverture médiatique. Il faut dire que ce conflit du travail cristallisait des enjeux importants. Celui des conditions de travail des employés d’Amazon en pleine crise sanitaire : avec pas ou peu de contreparties, ces ouvriers des entrepôts ont été mis à rude épreuve avec l’explosion des commandes, tandis que le patron de l’entreprise, Jeff Bezos, s’est considérablement enrichi.

Celui aussi d’une mobilisation concernant surtout des travailleurs noirs dans un Etat du Sud, s’inscrivant dans le sillage du mouvement Black Lives Matter. L’enjeu, enfin, de la panoplie bien rodée de tactiques antisyndicales portées par des cadres et des consultants spécialisés : jouer sur le périmètre des employés concernés par le scrutin, user d’une communication quotidienne au travail à propos des syndicats le plus souvent erronée, réprimer voire licencier illégalement des militants.

Modes d’action des associations et des ONG

C’est pourquoi cette tentative d’implantation syndicale a reçu de nombreux soutiens, dont en premier chef celle, historique, du président Joe Biden. Mais pour le moment, Amazon reste, à l’instar de Walmart, une entreprise sans présence syndicale, « union free ».


L’échec de la syndicalisation de ces employés d’Amazon est également révélateur des dilemmes stratégiques et organisationnels auxquels font face les syndicalistes étatsuniens. A bien des égards, ce qui s’est joué à Bessemer illustre les difficultés des syndicalistes à s’émanciper du carcan des relations professionnelles nord-américaines et d’un droit du travail défavorable aux actions collectives des travailleurs, comme en témoigne un taux de syndicalisation très bas à 10,8 % (6,3 % dans le privé).

Pourtant, les syndicalistes n’ont eu de cesse de renouveler leur répertoire d’actions depuis la fin des années 1970. Ils empruntent ainsi, de plus en plus, les modes d’action des associations et des organisations non gouvernementales (ONG) relevant du plaidoyer (sensibilisation des investisseurs des entreprises et campagnes de relations publiques), voire mènent des luttes communes avec ces organisations.

En mobilisant des soutiens extérieurs, mais aussi en mobilisant souvent à distance des lieux de travail et des travailleurs eux-mêmes, il s’agit de nuire à la réputation des entreprises pour que leurs dirigeants accordent de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail aux employés, qu’ils soient syndiqués ou non.

Amazon : Une pratique d’oligopole

Amazon : Une pratique d’oligopole

L’an passé, Amazon a informé Ecobee, un fabricant de thermostats connectés, qu’il devait lui transmettre les données de ses appareils à commande vocale même quand ses clients ne s’en servaient pas.(Un article du Wall Street Journal)

Craignant de violer la vie privée des utilisateurs en répondant par l’affirmative, la firme canadienne a dit non, raconte une source ayant eu connaissance de cette demande. Les appareils d’Ecobee fonctionnant avec Alexa, l’assistant vocal d’Amazon, transmettaient déjà certaines données au géant de la tech, précise la source. En outre, la société avait peur que le géant de Seattle ne récolte des informations que le groupe pourrait utiliser pour fabriquer des produits concurrents.

Amazon a répliqué en prévenant que si Ecobee refusait de transmettre ces données, sa capacité à vendre ses produits sur la plateforme d’Amazon pourrait s’en trouver pénalisée, toujours selon cette personne.

Profiter de sa suprématie dans un domaine pour obliger ses partenaires à accepter les conditions dans un autre n’a rien d’exceptionnel, soulignent d’anciens dirigeants d’Amazon et des responsables de sociétés partenaires. Mais ce que fait le leader du e-commerce, racontent-ils, va bien plus loin que les traditionnelles offres groupées et négociations ardues, notamment parce que le groupe n’hésite pas à menacer les vendeurs de leur couper les vivres en les empêchant d’accéder à sa plateforme.

Conscients du pouvoir du géant de la tech sur de nombreux secteurs, les revendeurs accèdent souvent aux demandes d’Amazon, concluent les dirigeants.

Jack Evans, porte-parole d’Amazon, a déclaré qu’Ecobee vendait toujours ses produits sur le site du groupe. Andie Weissman, porte-parole d’Ecobee, a souligné de son côté qu’Amazon « restait un partenaire précieux » de la société. Selon la source, les négociations se poursuivent.

David Barnett, directeur général de PopSockets, une entreprise qui fabrique des accessoires pour téléphones portables, estime que les salariés d’Amazon peuvent se permettre ce genre de menace parce qu’ils savent que leur groupe est incroyablement puissant. « Ils veulent atteindre leurs objectifs par tous les moyens, y compris des relations commerciales déséquilibrées », affirme-t-il.

David Barnett, qui a été auditionné l’an passé par la sous-commission de la Chambre des représentants chargée des questions de concurrence, a déclaré qu’Amazon a utilisé le pouvoir que lui confère sa plateforme et la promesse de débarrasser sa place de marché des faux produits PopSockets pour obliger son entreprise à dépenser davantage en services publicitaires.

Lors de son audition, il a déclaré : « il faut se demander pourquoi une entreprise qui va aussi bien travaille toujours avec autant de partenaires alors qu’elle les tyrannise ? La réponse est simple : Amazon est puissant et ces partenaires doivent supporter ses mauvais traitements. »

Jack Evans, le porte-parole d’Amazon, affirme pour sa part que le groupe n’exige aucune somme d’argent en l’échange de ses services de lutte contre les contrefaçons.

« Amazon essaie toujours de négocier les meilleures conditions pour ses clients, on ne leur rendrait pas service en faisant le contraire, explique-t-il. Le fait que l’on négocie n’a rien de surprenant, c’est une pratique courante dans tous les secteurs. Nombre de nos clients et de nos partenaires le font, et cherchent souvent à inclure d’autres aspects de notre activité dans les contrats qu’ils concluent avec nous. »

En octobre, la sous-commission à la concurrence a mis fin à seize mois d’enquête sur des soupçons de pratiques anti-concurrentielles des Gafa. Elle a conclu qu’Amazon possédait un « pouvoir monopolistique » sur les revendeurs et évoqué des preuves démontrant que le groupe avait profité de sa suprématie dans le e-commerce pour faire pression, lors des négociations, avec des entreprises présentes dans d’autres secteurs d’activité

Pour Amazon, présent dans la distribution, le cloud, la publicité numérique, le streaming, les assistants vocaux et la logistique, les occasions de faire travailler ses différentes activités ne manquent pas. C’est l’un des rares groupes à être aussi puissant dans autant de domaines : selon des estimations réalisées par des sociétés d’étude de marché et les travaux des parlementaires, il est numéro 1 ou 2 de nombreux secteurs dans lesquels il est présent.

La plateforme de vente en ligne d’Amazon est ainsi de très loin la plus grande des Etats-Unis, où le groupe occupe la troisième place en termes chiffres d’affaires tirés de la publicité numérique, selon eMarketer. C’est aussi le numéro 1 mondial du cloud, selon Gartner. Et une passerelle multimédia sur trois vendue aux Etats-Unis est une Fire TV d’Amazon, souligne Parks Associates. Le groupe est aussi très bien placé dans les enceintes à commande vocale, la librairie et les courses en ligne.

L’épineuse question des ventes liées

Lorsqu’une société utilise sa position dominante sur un marché pour imposer ses conditions aux consommateurs, elle risque des poursuites. Les régulateurs ont d’ailleurs examiné plusieurs cas d’entreprises dominantes qui limitent les choix des acheteurs en forçant ceux qui veulent acheter un produit ou un service à en acheter un autre en plus, une stratégie baptisée « tying », ou vente liée.

Aux Etats-Unis, les autorités fédérales se sont posé cette question lors de plusieurs procès antitrust, de la Standard Oil de John Rockefeller (démantelée en 1911) à Microsoft qui, en 2001, a conclu un accord avec le département de la Justice au sujet de plusieurs accusations sans reconnaître de malversations. Le géant des logiciels était notamment accusé d’avoir lié son navigateur Internet à son système d’exploitation.

Les parlementaires américaines, la Federal Trade Commission (FTC) et les régulateurs de plusieurs Etats se penchent actuellement sur les pratiques commerciales d’Amazon et d’autres géants de la tech. En octobre, la sous-commission à la concurrence a mis fin à seize mois d’enquête sur des soupçons de pratiques anti-concurrentielles d’Amazon, Apple, Facebook et Google. Elle a conclu qu’Amazon possédait un « pouvoir monopolistique » sur les revendeurs et évoqué des preuves démontrant que le groupe avait profité de sa suprématie dans le e-commerce pour faire pression, lors des négociations, avec des entreprises présentes dans d’autres secteurs d’activité.

Amazon a contesté les conclusions du rapport, soulignant sur son blog que « les grandes entreprises ne sont pas dominantes par essence et présumer que le succès ne peut résulter que de comportements anticoncurrentiels, c’est faire fausse route ».

Pour les spécialistes du sujet, il est difficile de prouver que les pratiques de vente liée sont illégales. Le tying est « difficile à sanctionner », estime Gary Reback, avocat chez Carr & Ferrell qui a travaillé sur de grands procès antitrust et s’est opposé à Microsoft sur les questions de concurrence. Lors des procès, les avocats se concentrent souvent plus sur les enjeux de monopole que de ventes liées, souligne-t-il.

Ecobee, lui, travaille depuis longtemps avec Amazon. En 2016, la société a reçu un soutien financier d’Alexa Fund, la filiale de capital-risque d’Amazon, qui est aujourd’hui encore actionnaire minoritaire. De fait, le géant de Seattle est parfois en concurrence avec des entreprises dans lequel il investit.

A l’instar de Siri, l’assistant d’Apple, et celui de Google, Alexa fait partie des assistants vocaux que les grandes sociétés technologiques ont adoptés ces dernières années pour que leurs produits s’intègrent de plus en plus à la vie des consommateurs. Lorsque des clients utilisent Alexa dans un produit prévu pour que l’assistant allume la lumière ou monte le chauffage, Amazon reçoit des données sur ces interactions.

Mais, il y a peu, Amazon a demandé à Ecobee et à d’autres vendeurs d’appareils utilisant Alexa de lui fournir des données « d’état proactif » informant le géant de l’état de l’appareil en continu, même lorsque les consommateurs n’utilisent pas les commandes vocales, ont raconté des dirigeants des entreprises ayant reçu ce genre de demande. Avec ces données, Amazon pourrait ainsi connaître la température dans la maison des clients, à quel moment les serrures sont verrouillées ou à quelle heure ils ont ouvert leur porte de garage, par exemple.

Les relations entre les diffuseurs de contenu et Prime Video sont souvent tendues. En effet, Amazon vend des abonnements à ses chaînes, mais exige en retour une part importante du chiffre d’affaires et une partie des éventuelles recettes publicitaires

Jack Evans a précisé que son groupe utilisait les données d’état proactif pour améliorer l’expérience des clients et faire des recommandations plus pertinentes. Il a ajouté que les consommateurs étaient informés du fait que les données seraient transmises à Amazon.

Selon eMarketer, la plateforme de vente en ligne d’Amzon représente 40 % des ventes du e-commerce. Perdre un débouché comme celui-ci serait dévastateur pour une société comme Ecobee.

Selon l’une des sources, Amazon a également prévenu Ecobee que, si la société ne cédait pas, elle pourrait se voir refuser la certification Alexa pour ses prochains modèles ou ne plus être conviée aux événements commerciaux de type Prime Day.

HBO fait de la résistance

L’an passé, Amazon a exigé de WarnerMedia, filiale d’AT&T, qu’elle mette son service de streaming HBO Max sur Prime Video pour pouvoir aussi le proposer sur une autre plateforme Amazon, ont rapporté des sources proches du dossier. HBO, qui a précédé HBO Max, avait une chaîne sur Prime Video, qui fait partie de la plateforme Prime d’Amazon.

Les relations entre les diffuseurs de contenu et Prime Video sont souvent tendues. En effet, Amazon vend des abonnements à ses chaînes, mais exige en retour une part importante du chiffre d’affaires et une partie des éventuelles recettes publicitaires. Le groupe conserve aussi la quasi-totalité des précieuses données sur les clients et leurs habitudes de visionnage, selon des responsables ayant conclu des accords avec Prime Video.

Mais WarnerMedia, qui préparait alors le lancement de HBO Max, a indiqué à Amazon qu’il ne voulait pas que sa chaîne figure sur Prime Video et qu’elle soit uniquement présente dans le bouquet Fire TV, une autre activité d’Amazon, ont expliqué les sources. Amazon a répondu que HBO Max ne pouvait pas être sur Fire TV sans être sur Prime Video, ont précisé ces personnes.

Selon Jack Evans, Amazon a milité pour que HBO Max soit sur les deux plateformes pour servir au mieux ses clients.

Quand HBO Max a été lancé en mai 2020, le service ne figurait ni sur Fire TV ni sur Prime Video. Au terme de près de six mois de bataille en coulisses, ainsi que le rapportait le Wall Street Journal à l’époque, WarnerMedia a accepté de faire figurer HBO Max sur Prime Video jusqu’à la fin de l’année. Pour être sûre que HBO Max se trouve sur Fire TV, l’entreprise a prolongé un juteux contrat avec Amazon Web Services (AWS), la filiale de cloud d’Amazon, ont indiqué les sources. The Information, un site d’information en ligne, avait révélé une partie des détails des négociations et l’extension du contrat AWS.

Lors de l’enquête de la sous-commission à la concurrence, certains dirigeants de HBO se sont plaints du comportement d’Amazon lors des négociations, ont rapporté des personnes proches des investigations.

Jack Evans a indiqué qu’il arrivait que des entreprises soient intéressées par un partenariat avec plusieurs activités d’Amazon, et que HBO en faisait partie.

Un ancien responsable d’AWS a précisé que, ces dernières années, AWS s’était demandé comment mieux tirer parti de sa présence dans le cloud lors des négociations. De fait, compte tenu de la taille du groupe, il n’est pas rare que des entreprises travaillent avec plusieurs activités d’Amazon. Certains clients d’AWS utilisent par exemple sa plateforme de e-commerce pour vendre une grande partie de leurs produits.

Selon Jack Evans, les négociations ne se font pas de façon cloisonnée : Amazon et ses partenaires cherchent généralement à conclure des accords qui portent sur plusieurs activités du groupe.

Avec le temps, Amazon a aussi utilisé sa domination pour se développer dans la publicité. Cette activité, relativement limitée il y a dix ans, pèse aujourd’hui un tiers du marché de la publicité numérique aux Etats-Unis, derrière Google et Facebook, selon eMarketer. L’an passé, Amazon a généré 21,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires grâce à elle.

En 2013, à l’occasion de négociations qui n’ont jamais été rendues publiques, Prime Video était entré en négociations avec Viacom (qui appartient désormais à ViacomCBS) pour l’achat de plus de 200 millions de dollars de contenus, ont rapporté des sources proches du dossier. L’objectif était de les diffuser sur Prime.

A l’époque, l’activité publicitaire d’Amazon était balbutiante et la direction du groupe voulait la développer rapidement, selon ces personnes. Prime Video et la publicité relevaient des compétences de Jeff Blackburn, un dirigeant qui a longtemps fait partie des principaux conseillers de Jeff Bezos, le patron d’Amazon.

Pendant les négociations, il a demandé à son équipe de dire à Viacom qu’Amazon n’achèterait du contenu que si Viacom achetait en retour des millions de dollars de publicité sur les actifs d’Amazon, selon l’une des sources. A contrecœur, Viacom a accepté.

Jeff Blackburn, qui a quitté Amazon cette année, n’a pas répondu aux demandes de commentaire. Jack Evans a, lui, souligné que « les différentes activités concluent des partenariats avec d’autres sociétés de façon indépendante ».

En 2018, AMC Networks devait renégocier son contrat avec Prime, sur lequel le groupe diffusait ses chaînes Shudder et Sundance Now. Les nouvelles conditions proposées par Amazon étaient beaucoup plus lucratives pour le groupe que celle du précédent contrat, ont rapporté des sources ayant participé aux négociations. Amazon exigeait ainsi une plus grosse part des abonnements et demandait à AMC de dépenser des sommes importantes en publicité sur ses plateformes, dont Fire TV et IMDb, un site d’Amazon consacré au cinéma, ont précisé les sources.

D’après ces personnes, AMC a refusé. Quelques semaines avant l’expiration du contrat, à Halloween, Amazon a empêché les membres de Prime de s’abonner aux chaînes d’AMC. Les semaines qui entourent cette fête américaine emblématique sont une période faste pour AMC : environ un quart des nouveaux clients s’abonnent à cette période, ont souligné les sources.

Dans les deux semaines suivant la suspension des abonnements, AMC a accepté de reverser une part plus importante de son chiffre d’affaires à Amazon (mais moins importante que ne l’avait demandé le géant) et validé les aspects liés à la publicité.

« En 2018, nous avons eu des discussions productives avec Amazon au sujet du renouvellement des contrats de nos services Shudder et Sundance Now, a déclaré une porte-parole d’AMC. Depuis, avec le lancement d’AMC+, nous avons renforcé notre relation. Amazon reste un partenaire formidable qui a contribué à la forte croissance de nos services. »

Vous prendrez bien un petit carton ?

Pramila Jayapal, élue démocrate de la région de Seattle, le berceau d’Amazon, est aussi co-présidente de la sous-commission à la concurrence. Selon elle, le groupe a appliqué la stratégie de ventes liées à sa filiale logistique, Expédié par Amazon.

Amazon prélève un pourcentage sur les ventes réalisées sur sa plateforme par des prestataires externes. Depuis 2006, il facture aussi aux vendeurs qui passent par Expédié par Amazon des frais pour le stockage, l’emballage et l’expédition des articles. Aujourd’hui, près de deux tiers des vendeurs présents sur Amazon.com aux Etats-Unis utilisent ce service, selon Marketplace Pulse. Expédié par Amazon est un élément phare d’Amazon Logistics, une filiale du groupe qui fait concurrence à FedEx et United Parcel Service (UPS).

« Nous avons la chance d’avoir grandi rapidement et d’avoir une entreprise qui se porte suffisamment bien pour pouvoir dire non et encaisser un choc sans disparaître, mais tout le monde n’a pas les moyens de refuser »

Selon Pramila Jayapal, des vendeurs ont raconté, en privé, qu’en compliquant la vente des produits sur sa plateforme, Amazon les avait obligés à utiliser ses services d’expédition. L’accès à la très convoitée « boîte d’achat » (qui permet à un vendeur d’apparaître en premier quand plusieurs vendeurs proposent le même produit) et le classement dans les résultats de recherche dépendent de la participation au programme Expédié par Amazon.

Jerry Karvesh, qui vend des vêtements et des chaussures sur Amazon, explique qu’il a récemment retiré certains de ses produits du programme parce qu’il ne réussissait plus à le payer. Depuis, il a remarqué qu’ils se vendent moins bien.

« Ce n’est pas anodin de ne pas utiliser Expédié par Amazon, déplore-t-il. Ça a des conséquences sur les résultats de recherche et sur la possibilité d’avoir la boîte d’achat, parce qu’Expédié par Amazon passe devant tout. »

Selon Amazon, les vendeurs ont le choix d’utiliser ou non ce service d’expédition. Ce sont des algorithmes jalousement gardés qui déterminent le classement dans les résultats et l’octroi de la boîte d’achat.

Pour Jack Evans, la participation à Expédié par Amazon n’a aucune influence sur les algorithmes, contrairement à la vitesse de livraison. Les produits acheminés par le réseau logistique d’Amazon ont souvent un meilleur taux de satisfaction que les autres, selon lui.

Dans le cas de PopSockets, son produit star (un support qui se place à l’arrière du téléphone pour qu’il glisse moins des mains) était en concurrence avec des contrefaçons sur Amazon, raconte David Barnett, le patron de la société. Pendant plus d’un an, l’entreprise basée à Boulder, dans le Colorado, s’est plainte auprès d’Amazon. Elle voulait que l’authenticité des produits vendus sur la plateforme soit vérifiée avant qu’ils n’apparaissent sur le site. Selon lui, Amazon a régulièrement éconduit PopSockets.

En 2017, il s’est rendu à Seattle pour rencontrer des dirigeants d’Amazon. Lors de la réunion, ces derniers lui ont proposé une solution : si PopSockets acceptait de dépenser 1,8 million de dollars en marketing sur Amazon, le groupe vérifierait l’authenticité des produits.

David Barnett précise qu’Amazon n’a jamais formulé cette demande par écrit. « Ça s’est toujours passé lors d’appels téléphoniques ou de vive voix, mais jamais par e-mail », soupire-t-il. PopSockets a fini par accepter les conditions d’Amazon. Les contrefaçons ont immédiatement disparu.

La société a brièvement cessé de vendre ses produits sur Amazon, ce qui, d’après ses calculs, lui a coûté 10 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2019, puis elle est revenue, sans payer les frais de marketing.

« Nous avons la chance d’avoir grandi rapidement et d’avoir une entreprise qui se porte suffisamment bien pour pouvoir dire non et encaisser un choc sans disparaître, mais tout le monde n’a pas les moyens de refuser. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Marion Issard)

Amazon aux États-Unis : action militante de l’entreprise pour empêcher l’implantation d’un syndicat

Amazon aux États-Unis : action militante de l’entreprise pour empêcher l’implantation d’un syndicat

 

La direction d’Amazon a engagé une vague une campagne contre la constitution d’un syndicat dans ses établissements d’Alabama  et au-delà dans tous les États-Unis

Sur le terrain, Amazon a fait valoir ses arguments contre la syndicalisation à coups de textos, d’affiches et de réunions d’information hebdomadaires dans l’entrepôt depuis des mois, tandis que les syndicalistes démarchaient les employés à l’entrée de l’entrepôt jour et nuit.

 «Ne vous y méprenez pas. Cela reste un moment important pour les travailleurs. Leurs voix seront entendues», a insisté Stuart Appelbaum, un responsable syndical . Les salariés pro-syndicats se plaignent de cadences infernales, du manque de temps pour aller aux toilettes ou pour manger, du manque de protections en matière de sécurité (notamment contre le Covid-19) et de salaires insuffisants par rapport au travail demandé. De son côté, Amazon se défend en rappelant que les salaires démarrent à 15 dollars de l’heure (plus du double du salaire minimum dans l’Alabama) et qu’il fournit des avantages sociaux, comme la couverture santé. Le groupe assure que ses employés disposent des pauses nécessaires.

Manif d’opposants à Amazon

  • Manif d’opposants à Amazon
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  • Plusieurs centaines de militants associatifs et citoyens se sont rassemblés samedi matin dans plusieurs villes de France pour protester contre Amazon, notamment près du Pont-du-Gard, où le géant américain de vente par correspondance projette d’installer un entrepôt de 38.000 m².
  • À l’appel d’associations locales qui luttent contre ce projet situé sur la commune de Fournès (Gard), à proximité du joyau du patrimoine mondial, mais aussi de plusieurs autres associations écologistes et anticapitalistes, quelque 800 à 1000 personnes sont venues planter samedi matin des arbustes devant deux grandes banderoles proclamant «Stop Amazon» «Ni ici ni ailleurs».

Amazon et Google : amendes symboliques

Amazon et Google : amendes symboliques

Me Sabine Marcellin, avocate experte en droit du numérique, protection des données et cybersécurité du cabinet DLGA estime dans la Tribune que les amendes prononcées à atteint plus l’image des GAFAM que leur compte en banque; une amende de 100 millions Google et de 35 millions pour Amazon. D’autres amendes seront sans doute prononcées. Il faut rapprocher cela de l’ensemble du chiffre d’affaires des GAFAM qui représentent l’ordre de 13 milliards en France. À noter qu’on espère de la taxe française qu’elle rapportera 400 millions ( en principe une taxe de 3 % sur le chiffre d’affaires )

Notons qu’aux États-Unis une action juridique est en cours sur le fait que ces grandes entreprises numériques sont en position monopolistique.

Amazon surveille les journalistes, les militants et de syndicalistes

Amazon surveille les journalistes, les militants et de syndicalistes

D’après une d enquête du média américain Vice et relayée par le magazine Capital, Amazon a recours à l’agence privée Pinkerton pour enquêter sur ses sites européens, notamment en Pologne. «Non contente d’abuser de sa position dominante» -une enquête pour pratique anti-concurrentielle ouverte par la Commission européenne est en cours-, «Amazon exporte des pratiques dignes de la lutte anti-syndicale américaine du XIXe siècle», a réagi Christy Hoffman, secrétaire général de l’UNI Global Union. Selon Vice, des fuites de documents internes à Amazon montrent une «surveillance obsessionnelle» des syndicats et des mouvements sociaux et environnementaux par Amazon, «particulièrement entre le Black Friday et Noël».

Commerce- Amazon reporte au 4 décembre la promotion bidon du « Black Friday » en France

Commerce- Amazon reporte au 4 décembre la promotion bidon du « Black Friday » en France

 

 

La France évidemment n’a pas pu résister à la mode du Black Friday. Un phénomène tout à fait bidon qui  annonce des réductions jusqu’à 80 % et qui constitue en fait un jour de solde. Un phénomène médiatique fait croire à des rabais insensés alors qu’en moyenne les prix ne vont évoluer que de 1 à 2 % à la baisse-

Bien entendu,  comme pour toutes les soldes il y a des produits d’appel, d’ailleurs vite épuisés pour inciter le consommateur à se reporter sur l’achat de biens financièrement moins intéressants. Ce report du Black Friday en France demeure tout à fait virtuel dans la mesure les autorités françaises n’ont aucun pouvoir sur les plates-formes numériques des grands distributeurs et sur les Market place. Ce qui ne sera pas acheté sur Amazon le 24 novembre pourra par exemple l’être sur la plate-forme du chinois Alibaba.

De toute manière ces opérations seules ont de moins en moins d’intérêt. Pratiquement, on constate des opérations rabais est aussi plus ou moins bidon sur l’ensemble de l’année. Pour attirer les gogos, certains commerçants distribuent des produits à très bas coûts mais de très mauvaise qualité. Ce ne sont pas à proprement parler des soldes mais les opérations promotion. Amazon aurait donc annoncé jeudi soir le report au 4 décembre du “Black Friday” en France, une semaine avant le coup d’envoi de cette opération promotionnelle m la promotion bidon mondiale à succès, alors que le confinement décrété pour enrayer l’épidémie de coronavirus oblige une partie des commerces à rester fermés dans l’Hexagone.

Frédéric Duval, directeur général d’Amazon France. Amazon a annoncé jeudi soir le report au 4 décembre du « Black Friday » en France, une semaine avant le coup d’envoi de cette opération promotionnelle mondiale à succès, alors que le confinement décrété pour enrayer l’épidémie de coronavirus oblige une partie des commerces à rester fermés dans l’Hexagone.

La pression était montée d’un cran sur le géant de commerce en ligne après que les principaux distributeurs français, Carrefour et Leclerc, se sont dits ouverts à un report d’une semaine à la condition que tous les commerces puissent rouvrir d’ici-là.

L’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir a réagi sur Twitter aux discussions sur le Black Friday en estimant que le gouvernement devrait avant tout chercher à “encadrer ce genre de promotions bidon”.

À la différence des soldes qui restent réglementées avec deux périodes de quatre semaines en hiver et en été, «les promotions sont des offres commerciales qui ne bénéficient pas d’un encadrement spécifique», précise le site officiel de l’administration française service-public.fr. Selon le texte réglementaire, «le commerçant est libre de les proposer quand il le souhaite et pour les produits qu’il souhaite. (…) Le commerçant détermine librement la durée de ces opérations. Elles doivent néanmoins rester marginales par rapport aux périodes de vente normales. Si la réduction et la promotion sont valables pour une durée précise, celles-ci doivent être clairement indiquées par le commerçant»De fait, le gouvernement a les poings liés si les e-commerçants refusent de renoncer à l’une de leurs plus grosses périodes de vente annuelle.

 

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