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Boris Johnson propose un régime alimentaire pour les Britanniques

Boris Johnson propose un régime alimentaire pour les Britanniques

 

Peut-être pour se préparer à la cure d’austérité incontournable du fait de l’écroulement de l’économie britannique, Boris Johnson lance une grande campagne de régime alimentaire. Lui-même en situation de surpoids a été victime du Coronavirus. S’appuyant sur plusieurs études qui désignent l’obésité comme un facteur aggravant du coronavirus, le gouvernement a donc lancé fin juillet un grand plan de lutte contre le surpoids. Le premier ministre, personnellement atteint par la maladie au printemps, s’est mis au sport . En fait, le Royaume-Uni pourrait bien être contrainte d’accepter une sévère cure d’austérité en raison de la crise économique provoquée non seulement par la situation sanitaire mais aussi par la prochaine rupture du brexit. Le gouvernement britannique a largement sous-estimé l’impact de la séparation avec l’union économique, en outre il a géré encore plus mal que d’autres la crise sanitaire dont il a par ailleurs longtemps nié l’existence. Ce qui caractérise la politique de Johnson, c’est son inconsistance, son manque de compétence et de sérieux. Une appréciation de plus en plus partagé par les Britanniques. Il est très difficile de prévoir les réactions de ce Premier ministre qui n’a cessé de changer de position et qui même sans doute sur le brexit  n’a pas encore de philosophie très arrêtée. Il se pourrait même qu’au dernier moment il accepte un accord de dernière minute à condition de sauver l’es apparences politiques et de donner l’impression que le Royaume-Uni est gagnant. Pour l’instant ce n’est pas l’hypothèse la plus retenue mais avec Boris Johnson tout est possible même l’invraisemblable.

Prospective ou utopie: vers l’autonomie alimentaire des villes ?

 

Une interview intéressante de  l’urbaniste Sabine Becker et le chercheur François Rouillay à l’occasion de la sortie de leur livre publié le 11 février intitulé « En route pour l’autonomie alimentaire ». Cependant, le  concept d’agriculture urbaine qu’ils prônent semblent faire l’impasse sur  l’existence des campagnes qui comme les villes structurent notre pays. On ne saurait réduire l’aménagement du territoire aux seules zones fortement agglomérées même entourées  de jardins supposés nourrir la population. Une vision assez réductrice voire caricaturale  de l’aménagement du territoire. Un concept d’agriculture urbaine d’abord utopique ensuite qui légitime une vision concentrationnaire d’un aménagement du territoire sous domination des villes. Une vision assez écolo bobo.  ( Interview dans la Tribune)

 

 

La notion d’autonomie alimentaire, à laquelle vous consacrez votre livre, est de plus en plus souvent évoquée dans le débat public autour de l’alimentation. Qu’est-ce qu’elle désigne?

 

SABINE BECKER et FRANÇOIS ROUILLAY - Liée à la nécessité d’une alimentation respectueuse du vivant, l’autonomie alimentaire renvoie à la perspective d’une « terre d’avenir » sur le territoire: c’est-à-dire d’une terre vivante en capacité de nourrir et maintenir en bonne santé ses enfants. Trois idées sont donc imbriquées dans cette notion: le respect du sol et de la biodiversité, le maintien de la santé, et une alimentation nécessairement locale.

Elle vise à restaurer le lien entre producteurs et mangeurs, qui aujourd’hui est coupé à deux endroits. Les producteurs sont en effet exposés à une concurrence mondialisée. Leurs produits voyagent des centaines, voire des milliers, de kilomètres avant d’atteindre les mangeurs, et sont parfois massivement gaspillés. Les producteurs ne voient donc plus la nourriture au travers du territoire et de leurs habitants, mais des comptes d’exploitation et des marchés. Les consommateurs pour leur part regardent la nourriture par le biais de la publicité, du temps pressé, de leur four à micro-ondes… Ils ne prennent plus le temps de travailler des produits bruts et de rencontrer les producteurs. Ils cherchent une facilité nutritive accentuée par les colorants, les exhausteurs de goût. Il faut donc un changement de regard pour induire un changement de comportement.

 

Quelle est justement l’utilité politique – en entendant le mot « politique » au sens large – de cette notion d’autonomie alimentaire?

Elle peut notamment permettre de transformer positivement les politiques d’aménagement du territoire. Pendant les 50 dernières années, l’étalement urbain a eu lieu au mépris du respect des zones de production de nourriture autour des villes. Les villes, qui auparavant étaient autosuffisantes, dépendent désormais de la chaîne alimentaire mondialisée pour se nourrir. Elles ne disposent plus que de trois jours de stock d’aliments en moyenne. Mais les risques de rupture de cette chaîne mondialisée sont divers: incendies, inondations, conflits sociaux, maladies… On peut donc affirmer que les villes sont aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire.

Les maires des communes ont ainsi la responsabilité politique de prendre des mesures pour assurer la sécurité alimentaire de leurs villes, pour en garantir la résilience en cas de rupture de la chaîne alimentaire, en créant, à côté des zones d’activité économique ou commerciale, des zones d’activité nourricière. Ils n’ont d’ailleurs besoin d’aucune autorisation pour faire cela. Ils peuvent acquérir des terres, comme l’a fait à Val-de-Reuil la Communauté d’agglomération Seine-Eure, afin de développer une agriculture biologique sur 110 hectares situés sur le périmètre de protection de captage de sa ressource en eau. La collectivité a même transformé un ancien bâtiment industriel, de 10.000 mètres carrés, en « pôle alimentaire », où les producteurs commercialisent leurs produits, les conditionnent, partagent des outils agricoles, organisent des cours de cuisine… En un an, cela a permis de recréer les 59 emplois détruits à cause de la fermeture de l’ancienne usine.

 

Tout repose donc sur les épaules des maires?

S’alimenter est l’affaire de tous. La partie se joue donc à quatre: l’apprentissage et l’organisation des 21 actions que nous suggérons dans notre livre réunissent élus locaux, monde économique, paysans et habitants. L’association Réseau Cocagne a par exemple créé 102 fermes biologiques d’insertion et 6 structures agroalimentaires autour de la France. Elles emploient plus de 5.600 personnes et génèrent 16,3 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels par la seule vente de légumes. A Amiens et Bayonne, les habitants retournent le gazon des HLM pour y construire des potagers.

La transition alimentaire implique d’ailleurs la transition agricole. Et dans cette transition les paysans, qui aujourd’hui vivent une crise terrible, doivent être accompagnés. Les structures de maraîchage du futur seront participatives et écologiques. C’est déjà le cas au Québec, ou des communautés de communes achètent des terres et y emploient des formateurs qui apprennent aux enfants, aux personnes en insertion, aux citoyens, à cultiver, conserver et cuisiner les produits.

Mais l’agriculture urbaine peut-elle vraiment nourrir les villes dans un monde de plus en plus urbanisé et où la population ne cesse de croître?

Afin d’assurer l’autonomie alimentaire des villes il faut inclure le territoire autour, celui compris dans un rayon permettant de les approvisionner en une heure. Et déjà aujourd’hui, 75% de la production agricole mondiale vient de petites exploitations.

Mais le développement de nouvelles techniques de régénération végétale permet désormais d’augmenter significativement la productivité de l’agriculture urbaine, et donc de mener des expériences de production intéressantes sur de petites surfaces, de mettre à profit les interstices cultivables. Des chercheurs à Rennes ont ainsi constaté que l’agriculture urbaine peut apporter beaucoup à l’autonomie alimentaire des villes, en permettant de réduire le périmètre d’approvisionnement. Sans compter ses autres atouts: l’éducation, la réduction des pollutions, la régénération des sols.

Cette autonomie alimentaire peut-elle coexister avec une économie mondialisée?

Oui, mais elle représente un monde séparé, fondé non plus sur la compétition, les marchés, les valeurs monétaires, mais sur le partage, la coopération, la proximité, le respect du vivant. Il s’agit tout d’abord de débrancher de la prise de la mondialisation, en se nourrissant sobrement. Ensuite, l’apprentissage de l’autonomie et de la coopération peut inspirer la mise en place d’autres biens, services, voire de systèmes monétaires locaux. Le partage créé l’abondance. Alors, les vents des marchés et de la finance peuvent passer au-dessus de ce monde sans impact.

À la veille des municipales, trouvez-vous que les Français sont demandeurs d’une telle transition?

Cela fait des années que nous suivons ces thématiques Et depuis quelques mois, nous avons constaté un véritable bond dans l’intérêt qu’elles suscitent. Deux thèmes reviennent en force dans quasiment tous les débats locaux en vue des municipales: l’environnement et l’alimentation.

Ces mêmes Français vous semblent-ils prêts à faire les sacrifices impliqués par l’autonomie alimentaire?

Toute transition conduit nécessairement à faire des choix. Retrouver le lien avec le sol et l’assiette demande de travailler davantage au profit du vivre ensemble que de la productivité. Et au départ, il y a certes un acte de courage, inhérent à la prise de conscience individuelle et collective de la nécessité d’un changement de cap. Mais les « sacrifices » demandés par le parcours de l’autonomie alimentaire ne sont pas si importants: on peut bien se passer de café ou de bananes… Il nous rend d’ailleurs en retour d’autres formes de confort, en dessinant des territoires où les gens ont envie de s’installer car la qualité de vie y est meilleure.

 Crise climatique : un coût  15.000 milliards de dollars d’ici 2050

D’après  étude  de WWF, d’ici 2050,si  rien n’est fait pour endiguer le déclin de la nature, la crise  pourrait se chiffrer à au moins 479 milliards de dollars par an en termes de PIB mondial, soit près de 15. 000 milliards d’ici à 2050. C’est ce que révèle cette étude menée dans 140 pays en collaboration avec les experts des universités américaines de Purdue et du Minnesota. Un travail de deux ans de recherche et de développement grâce à la contribution inédite de scientifiques, économistes et experts politiques du monde entier.

En revanche, des efforts ambitieux pour protéger et restaurer la nature amélioreront considérablement les résultats économiques. Il est encore possible d’inverser la tendance, avec une meilleure utilisation des terres et en préservant mieux les écosystèmes et la biodiversité», stipule le rapport. Les experts évaluent une augmentation du PIB mondial à 490 milliards de dollars par an si les États se tournent vers ces systèmes plus durables et conservent «les services écosystémiques des milieux naturels».

Les plus importantes pertes économiques – 327 milliards de dollars par an – seraient dues à l’érosion des côtes..

Les autres services fournis par la nature seront également durement impactés si rien n’est fait. Le rapport chiffre les pertes inhérentes à la déforestation à 128 milliards de dollars: avec des forêts réduites à peau de chagrin, c’est tout autant d’arbres qui n’aspirent pas de CO2 et ne joueront donc plus leur rôle naturel de réducteur de carbone. Les secteurs alimentaires et agricoles pourraient eux, connaître «des hausses de prix pour des produits comme le bois (+8%), le coton (6%), les graines oléagineuses (+4%) ou encore les fruits et les légumes (+3%)». Une montée des prix vertigineuse qui s’explique par la raréfaction de l’eau (quatre personnes sur dix en souffrent déjà dans le monde selon l’ONU), et la disparition des insectes pollinisateurs.

Transports gratuits: un champ d’expérimentation à suivre

 

Une véritable révolution en matière de transport au Luxembourg ( ailleurs aussi y compris dans quelques villes en France). . Ces derniers deviennent gratuits au Luxembourg pour le train le bus ou le tram. L’objectif est d’opérer un transfert modal significatif. Les transports collectifs sont en effet moins utilisé qu’ailleurs par exemple à Paris où 70 à 80 % des déplacements domicile travail sont effectuées via  les transports publics. Cette mesure sera à suivre de près car il y a aujourd’hui deux camps assez opposés en matière de développement des transports publics. Ceux qui prétendent qu’il convient de maintenir une tarification ne serait-ce que pour que l’usager prenne conscience du coût en tout cas d’une partie et ceux  qui sont pour une mesure plus radicale de gratuité. De toute manière,  il y a forcément un cou qui d’ailleurs est très peu couvert par l’usager puisqu’une grande partie est supportée par l’impôt notamment local. Il y a aussi le coup de perception de la tarification qui quelquefois est proche du prix payé par le voyageur.

Quelque 40 % des ménages utilisent les transports publics au Luxembourg et la gratuité, vantée par le gouvernement comme « une mesure sociale », représentera une économie estimée à environ 100 euros en moyenne par foyer et par an.

 

Pour le ministre chargé de la mobilité, l’écologiste François Bausch, « il faut vraiment changer le système »« Partout dans le monde, on doit faire le même constat : la mobilité, telle qu’elle est organisée aujourd’hui, est un échec : des embouteillages partout, l’espace urbain ne fonctionne plus, au niveau rural les gens sont délaissés », a-t-il expliqué samedi à l’AFP. Les embouteillages sont fréquents dans ce petit pays prospère de 610 000 habitants où la voiture est reine. Quelque 47 % des déplacements professionnels y sont effectués par ce moyen.

Le bus n’est utilisé que pour 32 % des déplacements pour se rendre au travail, devant le train (19 %). A titre de comparaison, à Paris, près de 70 % des travailleurs empruntent les transports publics.

Quelque 200 000 transfrontaliers rejoignent, en outre, quotidiennement le Luxembourg pour y travailler, dont 100 000 en provenance du Grand-Est. Les frontaliers représentent près d’un salarié sur deux. Tout comme la population résidente, ils utilisent majoritairement la voiture.

Perspective ou utopie: L’autonomie alimentaire des villes ?

Perspective ou utopie: L’autonomie alimentaire des villes ?

 

Une interview intéressante de  l’urbaniste Sabine Becker et le chercheur François Rouillay à l’occasion de la sortie de leur livre publié le 11 février intitulé « En route pour l’autonomie alimentaire ». Cependant, le  concept d’agriculture urbaine qu’ils prônent semblent faire l’impasse sur  l’existence des campagnes qui comme les villes structurent notre pays. On ne saurait réduire l’aménagement du territoire aux seules zones fortement agglomérées même entourées  de jardins supposés nourrir la population. Une vision assez réductrice voire caricaturale  de l’aménagement du territoire. Un concept d’agriculture urbaine d’abord utopique ensuite qui légitime une vision concentrationnaire d’un aménagement du territoire sous domination des villes. Une vision assez écolo bobo.  ( Interview dans la tribune)

 

 

La notion d’autonomie alimentaire, à laquelle vous consacrez votre livre, est de plus en plus souvent évoquée dans le débat public autour de l’alimentation. Qu’est-ce qu’elle désigne?

 

SABINE BECKER et FRANÇOIS ROUILLAY - Liée à la nécessité d’une alimentation respectueuse du vivant, l’autonomie alimentaire renvoie à la perspective d’une « terre d’avenir » sur le territoire: c’est-à-dire d’une terre vivante en capacité de nourrir et maintenir en bonne santé ses enfants. Trois idées sont donc imbriquées dans cette notion: le respect du sol et de la biodiversité, le maintien de la santé, et une alimentation nécessairement locale.

Elle vise à restaurer le lien entre producteurs et mangeurs, qui aujourd’hui est coupé à deux endroits. Les producteurs sont en effet exposés à une concurrence mondialisée. Leurs produits voyagent des centaines, voire des milliers, de kilomètres avant d’atteindre les mangeurs, et sont parfois massivement gaspillés. Les producteurs ne voient donc plus la nourriture au travers du territoire et de leurs habitants, mais des comptes d’exploitation et des marchés. Les consommateurs pour leur part regardent la nourriture par le biais de la publicité, du temps pressé, de leur four à micro-ondes… Ils ne prennent plus le temps de travailler des produits bruts et de rencontrer les producteurs. Ils cherchent une facilité nutritive accentuée par les colorants, les exhausteurs de goût. Il faut donc un changement de regard pour induire un changement de comportement.

 

Quelle est justement l’utilité politique – en entendant le mot « politique » au sens large – de cette notion d’autonomie alimentaire?

Elle peut notamment permettre de transformer positivement les politiques d’aménagement du territoire. Pendant les 50 dernières années, l’étalement urbain a eu lieu au mépris du respect des zones de production de nourriture autour des villes. Les villes, qui auparavant étaient autosuffisantes, dépendent désormais de la chaîne alimentaire mondialisée pour se nourrir. Elles ne disposent plus que de trois jours de stock d’aliments en moyenne. Mais les risques de rupture de cette chaîne mondialisée sont divers: incendies, inondations, conflits sociaux, maladies… On peut donc affirmer que les villes sont aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire.

Les maires des communes ont ainsi la responsabilité politique de prendre des mesures pour assurer la sécurité alimentaire de leurs villes, pour en garantir la résilience en cas de rupture de la chaîne alimentaire, en créant, à côté des zones d’activité économique ou commerciale, des zones d’activité nourricière. Ils n’ont d’ailleurs besoin d’aucune autorisation pour faire cela. Ils peuvent acquérir des terres, comme l’a fait à Val-de-Reuil la Communauté d’agglomération Seine-Eure, afin de développer une agriculture biologique sur 110 hectares situés sur le périmètre de protection de captage de sa ressource en eau. La collectivité a même transformé un ancien bâtiment industriel, de 10.000 mètres carrés, en « pôle alimentaire », où les producteurs commercialisent leurs produits, les conditionnent, partagent des outils agricoles, organisent des cours de cuisine… En un an, cela a permis de recréer les 59 emplois détruits à cause de la fermeture de l’ancienne usine.

 

Tout repose donc sur les épaules des maires?

S’alimenter est l’affaire de tous. La partie se joue donc à quatre: l’apprentissage et l’organisation des 21 actions que nous suggérons dans notre livre réunissent élus locaux, monde économique, paysans et habitants. L’association Réseau Cocagne a par exemple créé 102 fermes biologiques d’insertion et 6 structures agroalimentaires autour de la France. Elles emploient plus de 5.600 personnes et génèrent 16,3 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels par la seule vente de légumes. A Amiens et Bayonne, les habitants retournent le gazon des HLM pour y construire des potagers.

La transition alimentaire implique d’ailleurs la transition agricole. Et dans cette transition les paysans, qui aujourd’hui vivent une crise terrible, doivent être accompagnés. Les structures de maraîchage du futur seront participatives et écologiques. C’est déjà le cas au Québec, ou des communautés de communes achètent des terres et y emploient des formateurs qui apprennent aux enfants, aux personnes en insertion, aux citoyens, à cultiver, conserver et cuisiner les produits.

Mais l’agriculture urbaine peut-elle vraiment nourrir les villes dans un monde de plus en plus urbanisé et où la population ne cesse de croître?

Afin d’assurer l’autonomie alimentaire des villes il faut inclure le territoire autour, celui compris dans un rayon permettant de les approvisionner en une heure. Et déjà aujourd’hui, 75% de la production agricole mondiale vient de petites exploitations.

Mais le développement de nouvelles techniques de régénération végétale permet désormais d’augmenter significativement la productivité de l’agriculture urbaine, et donc de mener des expériences de production intéressantes sur de petites surfaces, de mettre à profit les interstices cultivables. Des chercheurs à Rennes ont ainsi constaté que l’agriculture urbaine peut apporter beaucoup à l’autonomie alimentaire des villes, en permettant de réduire le périmètre d’approvisionnement. Sans compter ses autres atouts: l’éducation, la réduction des pollutions, la régénération des sols.

Cette autonomie alimentaire peut-elle coexister avec une économie mondialisée?

Oui, mais elle représente un monde séparé, fondé non plus sur la compétition, les marchés, les valeurs monétaires, mais sur le partage, la coopération, la proximité, le respect du vivant. Il s’agit tout d’abord de débrancher de la prise de la mondialisation, en se nourrissant sobrement. Ensuite, l’apprentissage de l’autonomie et de la coopération peut inspirer la mise en place d’autres biens, services, voire de systèmes monétaires locaux. Le partage créé l’abondance. Alors, les vents des marchés et de la finance peuvent passer au-dessus de ce monde sans impact.

À la veille des municipales, trouvez-vous que les Français sont demandeurs d’une telle transition?

Cela fait des années que nous suivons ces thématiques Et depuis quelques mois, nous avons constaté un véritable bond dans l’intérêt qu’elles suscitent. Deux thèmes reviennent en force dans quasiment tous les débats locaux en vue des municipales: l’environnement et l’alimentation.

Ces mêmes Français vous semblent-ils prêts à faire les sacrifices impliqués par l’autonomie alimentaire?

Toute transition conduit nécessairement à faire des choix. Retrouver le lien avec le sol et l’assiette demande de travailler davantage au profit du vivre ensemble que de la productivité. Et au départ, il y a certes un acte de courage, inhérent à la prise de conscience individuelle et collective de la nécessité d’un changement de cap. Mais les « sacrifices » demandés par le parcours de l’autonomie alimentaire ne sont pas si importants: on peut bien se passer de café ou de bananes… Il nous rend d’ailleurs en retour d’autres formes de confort, en dessinant des territoires où les gens ont envie de s’installer car la qualité de vie y est meilleure.

 Crise climatique : un coût  15.000 milliards de dollars d’ici 2050

D’après  étude  de WWF, d’ici 2050,si  rien n’est fait pour endiguer le déclin de la nature, la crise  pourrait se chiffrer à au moins 479 milliards de dollars par an en termes de PIB mondial, soit près de 15. 000 milliards d’ici à 2050. C’est ce que révèle cette étude menée dans 140 pays en collaboration avec les experts des universités américaines de Purdue et du Minnesota. Un travail de deux ans de recherche et de développement grâce à la contribution inédite de scientifiques, économistes et experts politiques du monde entier.

En revanche, des efforts ambitieux pour protéger et restaurer la nature amélioreront considérablement les résultats économiques. Il est encore possible d’inverser la tendance, avec une meilleure utilisation des terres et en préservant mieux les écosystèmes et la biodiversité», stipule le rapport. Les experts évaluent une augmentation du PIB mondial à 490 milliards de dollars par an si les États se tournent vers ces systèmes plus durables et conservent «les services écosystémiques des milieux naturels».

Les plus importantes pertes économiques – 327 milliards de dollars par an – seraient dues à l’érosion des côtes..

Les autres services fournis par la nature seront également durement impactés si rien n’est fait. Le rapport chiffre les pertes inhérentes à la déforestation à 128 milliards de dollars: avec des forêts réduites à peau de chagrin, c’est tout autant d’arbres qui n’aspirent pas de CO2 et ne joueront donc plus leur rôle naturel de réducteur de carbone. Les secteurs alimentaires et agricoles pourraient eux, connaître «des hausses de prix pour des produits comme le bois (+8%), le coton (6%), les graines oléagineuses (+4%) ou encore les fruits et les légumes (+3%)». Une montée des prix vertigineuse qui s’explique par la raréfaction de l’eau (quatre personnes sur dix en souffrent déjà dans le monde selon l’ONU), et la disparition des insectes pollinisateurs.

«l’innovation végétale comme réponse à la transition alimentaire » ?

«l’innovation végétale comme réponse à la transition alimentaire » ?

Une curieuse contribution du lobby agricole pour favoriser l’innovation végétale et remettre en cause notamment les réglementations en particulier concernant les jeux OGM. Pour justifier cette demande,  les contributeurs font cependant  apparaître plusieurs contradictions comme objectifs: l’amélioration de la qualité des produits, le développement de la productivité et de la quantité, la réponse au réchauffement climatique , la dimension internationale des marchés. Autant d’objectifs qui ne sont pas totalement cohérents. En outre, le développement du localisme  s’oppose évidemment à cette ambition d’un pays qui voudrait contribuer à nourrir 2 milliards d’habitants supplémentaires dans le monde. Le caractère de lobbying de cette contribution est d’autant plus évident que les contributeurs n’ont même pas pris la précaution de s’entourer du moindre scientifique et du moindre expert  indépendant. Il y a sans doute matière à encourager l’innovation végétale mais pas sur cette problématique.

 

Tribune dans le monde

 

 

« Répondre aux nouvelles attentes des consommateurs-citoyens, tout en tenant compte des impacts d’une instabilité climatique croissante, suppose de faire évoluer les systèmes de production vers plus d’agroécologie. Cette transition, tous les acteurs de la chaîne alimentaire y prennent d’ores et déjà part activement grâce à l’innovation.

Sans innovation, comment développer des plantes qui résistent aux nouveaux prédateurs, aux nouvelles maladies et s’adaptent aux soubresauts climatiques ? Sans innovation, comment répondre aux attentes individuelles de consommateurs en quête de qualité, de diversité, de produits locaux, durables et savoureux ? Sans innovation, comment envisager que l’agriculture puisse nourrir les 2 milliards d’habitants supplémentaires d’ici 2050 avec des ressources naturelles et des espaces agricoles en diminution ?

Faire le pari de l’innovation en agriculture, c’est bien entendu investir sur le temps long dans les équipements modernes, les objets connectés, des méthodes de protection des végétaux qui utilisent des mécanismes naturels… C’est aussi s’appuyer sur le savoir-faire français en matière d’innovation végétale et de génétique des plantes.

La sélection végétale a permis aux agriculteurs, depuis les années 1970, de multiplier par deux les rendements du maïs, de la betterave sucrière et du blé, le tout en avec moins d’intrants, en réduisant le besoin en eau et en proposant des variétés ne sursollicitant pas les sols. Les semenciers développent également des variétés adaptées à la demande en qualité des acteurs agroalimentaires. C’est le cas avec les orges de brasserie, des blés spécifiques à la meunerie ou encore des variétés de tournesol à haute teneur en acide oléique et dont les qualités nutritionnelles sont reconnues. Enfin, attachés aux attentes nutritives et organoleptiques des consommateurs, les semenciers améliorent les qualités gustatives des fruits et légumes du quotidien.

L’innovation végétale est donc essentielle pour l’avenir de notre agriculture et de nos filières alimentaires. Elle manque pourtant cruellement d’un soutien politique à la fois constant et volontariste comme vient de le prouver l’actualité récente.

Nous avons besoin de courage politique et de dialogue sociétal. Dans une décision rendue le 7 février dernier, le Conseil d’État vient en effet d’entériner l’interprétation apportée par la Cour de justice de l’Union européenne en 2018 : toutes les techniques de sélection développées depuis 2001 produisent in fine des OGM. La juridiction a également estimé que certaines techniques antérieures à 2001, dont est issu un nombre important de plantes, peuvent aussi entrer dans le champ d’application de la directive européenne 2001/18 sur les organismes génétiquement modifiés.

«En fonction de ce que le gouvernement décidera, il pourra mettre un coup d’arrêt brutal à l’innovation»

L’impact profond que cette décision aura sur l’avenir de la sélection variétale et sa capacité à apporter des solutions concrètes face aux défis de la transition agro-écologique ne saurait être sous-estimé. En fonction de ce que le gouvernement décidera, il pourra mettre un coup d’arrêt brutal à l’innovation.

Au mieux, les semenciers hexagonaux vont se retrouver confrontés à de longues et coûteuses démarches d’homologation pour les variétés obtenues de cette manière, ce qui ne manquera pas d’affecter en profondeur la compétitivité de la France face aux régions du monde qui ont une approche plus pragmatique. Au pire, des variétés de plantes développées en toute légalité depuis bientôt vingt ans vont se retrouver menacées d’interdit, sans alternatives pour les agriculteurs, alors qu’aucune urgence sanitaire ou environnementale ne le justifie !

Héritée des siècles précédents, la sélection végétale se heurte ainsi à des obstacles juridiques inédits, exigeant une prise de position politique au plus haut niveau. À court terme, la question se pose en effet d’une nécessaire adaptation de la réglementation européenne en la matière. Vieille de près de vingt ans, la directive OGM a fait preuve de son obsolescence et doit être ajustée à l’état actuel de la science. En lançant deux études d’impact sur le sujet, la Commission européenne a d’ailleurs implicitement reconnu l’existence d’un débat et le besoin de faire bouger certaines lignes.

C’est pour cette raison que 29 organisations représentant toute la filière agricole et alimentaire française demandent à la France de rejoindre l’initiative de 12 États membres en faveur d’une adaptation de la directive OGM, ce débat dépassant de très loin le strict cénacle franco-français.

Afin de permettre à tous les acteurs de la chaîne alimentaire française de développer leurs activités dans un cadre légal prévisible et approprié, nous, signataires, souhaitons nous engager avec les pouvoirs publics pour accompagner cette évolution réglementaire. Pour cela, il faut du courage politique et la volonté de dialoguer. De ce courage, nous ne voulons pas douter. »

AFCA CIAL (compléments alimentaires animaux) : Michel Layus, président. AGPB (blé) : Éric Thirouin, président. AGPM (maïs) : Daniel Peyraube, Président. AIBS (Betterave et sucre) : Jean-Phillippe Garnot, président. ANAMSO (semences oléagineuses) : Laurent Bourdil, président. ARVALIS (recherche agronomique) : Anne-Claire Vial, présidente. Centre français du riz : Bernard Mazel, président. CGB (betterave) : Franck Sander, président. CSFL (fruits et légumes) : Stéphane Lacroix, président. CSIF (importations de fruits et légumes) : Philippe Pons, président. CTIFL (institut technique des fruits et légumes) : Jacques Rouchasse, président. FEDEPOM (négociants de pomme de terre) : Marc Morellato, président. FNA (négoce agricole) : Antoine Pissier, président. FNAMS (agriculteurs multiplicateurs de semences) : Thomas Bourgeois, président. FNPHP (producteurs horticoles) : François Felix, président. FNPSMS (semences de maïs) : Pierre Pages, président. FN3PT (producteurs de plants de pomme de terre) : Éric Fallou, président. FNSEA : Christiane Lambert, présidente. FOP (oléoprotéagineux) : Arnaud Rousseau, président. GNIS (interprofession semencière) : François Desprez, président. INTERCEREALES : Jean-François Loiseau, président. IPTA (première transformation agricole) : Marie-Laure Empinet, présidente. JA : Samuel Vandaele, président. LA COOPERATION AGRICOLE : Dominique Charge, président. SNIA (alimentation animale) : François Cholat, président. SYNDICAT DES RIZICULTEURS DE FRANCE ET FILIÈRE : Bernard Mazel, président. TERRES INOVIA (institut technique des huiles et protéines végétales) : Sébastien Windsor, président. TERRES UNIVIA (huiles et protéines végétales) : Antoine Henrion, président. UFS (semenciers) : Claude Tabel, président.

Utopie: L’autonomie alimentaire des villes ?

Utopie: L’autonomie alimentaire des villes ?

 

Une interview intéressante de  l’urbaniste Sabine Becker et le chercheur François Rouillay à l’occasion de la sortie de leur livre publié le 11 février intitulé « En route pour l’autonomie alimentaire ». Cependant, le  concept d’agriculture urbaine qu’ils prônent semblent faire l’impasse sur  l’existence des campagnes qui comme les villes structurent notre pays. On ne saurait réduire l’aménagement du territoire aux seules zones fortement agglomérées même entourées  de jardins supposés nourrir la population. Une vision assez réductrice voire caricaturale  de l’aménagement du territoire. Un concept d’agriculture urbaine d’abord utopique ensuite qui légitime une vision concentrationnaire d’un aménagement du territoire sous domination des villes. Une vision assez écolo bobo.  ( Interview dans la tribune)

 

 

La notion d’autonomie alimentaire, à laquelle vous consacrez votre livre, est de plus en plus souvent évoquée dans le débat public autour de l’alimentation. Qu’est-ce qu’elle désigne?

 

SABINE BECKER et FRANÇOIS ROUILLAY - Liée à la nécessité d’une alimentation respectueuse du vivant, l’autonomie alimentaire renvoie à la perspective d’une « terre d’avenir » sur le territoire: c’est-à-dire d’une terre vivante en capacité de nourrir et maintenir en bonne santé ses enfants. Trois idées sont donc imbriquées dans cette notion: le respect du sol et de la biodiversité, le maintien de la santé, et une alimentation nécessairement locale.

Elle vise à restaurer le lien entre producteurs et mangeurs, qui aujourd’hui est coupé à deux endroits. Les producteurs sont en effet exposés à une concurrence mondialisée. Leurs produits voyagent des centaines, voire des milliers, de kilomètres avant d’atteindre les mangeurs, et sont parfois massivement gaspillés. Les producteurs ne voient donc plus la nourriture au travers du territoire et de leurs habitants, mais des comptes d’exploitation et des marchés. Les consommateurs pour leur part regardent la nourriture par le biais de la publicité, du temps pressé, de leur four à micro-ondes… Ils ne prennent plus le temps de travailler des produits bruts et de rencontrer les producteurs. Ils cherchent une facilité nutritive accentuée par les colorants, les exhausteurs de goût. Il faut donc un changement de regard pour induire un changement de comportement.

 

Quelle est justement l’utilité politique – en entendant le mot « politique » au sens large – de cette notion d’autonomie alimentaire?

Elle peut notamment permettre de transformer positivement les politiques d’aménagement du territoire. Pendant les 50 dernières années, l’étalement urbain a eu lieu au mépris du respect des zones de production de nourriture autour des villes. Les villes, qui auparavant étaient autosuffisantes, dépendent désormais de la chaîne alimentaire mondialisée pour se nourrir. Elles ne disposent plus que de trois jours de stock d’aliments en moyenne. Mais les risques de rupture de cette chaîne mondialisée sont divers: incendies, inondations, conflits sociaux, maladies… On peut donc affirmer que les villes sont aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire.

Les maires des communes ont ainsi la responsabilité politique de prendre des mesures pour assurer la sécurité alimentaire de leurs villes, pour en garantir la résilience en cas de rupture de la chaîne alimentaire, en créant, à côté des zones d’activité économique ou commerciale, des zones d’activité nourricière. Ils n’ont d’ailleurs besoin d’aucune autorisation pour faire cela. Ils peuvent acquérir des terres, comme l’a fait à Val-de-Reuil la Communauté d’agglomération Seine-Eure, afin de développer une agriculture biologique sur 110 hectares situés sur le périmètre de protection de captage de sa ressource en eau. La collectivité a même transformé un ancien bâtiment industriel, de 10.000 mètres carrés, en « pôle alimentaire », où les producteurs commercialisent leurs produits, les conditionnent, partagent des outils agricoles, organisent des cours de cuisine… En un an, cela a permis de recréer les 59 emplois détruits à cause de la fermeture de l’ancienne usine.

 

Tout repose donc sur les épaules des maires?

S’alimenter est l’affaire de tous. La partie se joue donc à quatre: l’apprentissage et l’organisation des 21 actions que nous suggérons dans notre livre réunissent élus locaux, monde économique, paysans et habitants. L’association Réseau Cocagne a par exemple créé 102 fermes biologiques d’insertion et 6 structures agroalimentaires autour de la France. Elles emploient plus de 5.600 personnes et génèrent 16,3 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels par la seule vente de légumes. A Amiens et Bayonne, les habitants retournent le gazon des HLM pour y construire des potagers.

La transition alimentaire implique d’ailleurs la transition agricole. Et dans cette transition les paysans, qui aujourd’hui vivent une crise terrible, doivent être accompagnés. Les structures de maraîchage du futur seront participatives et écologiques. C’est déjà le cas au Québec, ou des communautés de communes achètent des terres et y emploient des formateurs qui apprennent aux enfants, aux personnes en insertion, aux citoyens, à cultiver, conserver et cuisiner les produits.

Mais l’agriculture urbaine peut-elle vraiment nourrir les villes dans un monde de plus en plus urbanisé et où la population ne cesse de croître?

Afin d’assurer l’autonomie alimentaire des villes il faut inclure le territoire autour, celui compris dans un rayon permettant de les approvisionner en une heure. Et déjà aujourd’hui, 75% de la production agricole mondiale vient de petites exploitations.

Mais le développement de nouvelles techniques de régénération végétale permet désormais d’augmenter significativement la productivité de l’agriculture urbaine, et donc de mener des expériences de production intéressantes sur de petites surfaces, de mettre à profit les interstices cultivables. Des chercheurs à Rennes ont ainsi constaté que l’agriculture urbaine peut apporter beaucoup à l’autonomie alimentaire des villes, en permettant de réduire le périmètre d’approvisionnement. Sans compter ses autres atouts: l’éducation, la réduction des pollutions, la régénération des sols.

Cette autonomie alimentaire peut-elle coexister avec une économie mondialisée?

Oui, mais elle représente un monde séparé, fondé non plus sur la compétition, les marchés, les valeurs monétaires, mais sur le partage, la coopération, la proximité, le respect du vivant. Il s’agit tout d’abord de débrancher de la prise de la mondialisation, en se nourrissant sobrement. Ensuite, l’apprentissage de l’autonomie et de la coopération peut inspirer la mise en place d’autres biens, services, voire de systèmes monétaires locaux. Le partage créé l’abondance. Alors, les vents des marchés et de la finance peuvent passer au-dessus de ce monde sans impact.

À la veille des municipales, trouvez-vous que les Français sont demandeurs d’une telle transition?

Cela fait des années que nous suivons ces thématiques Et depuis quelques mois, nous avons constaté un véritable bond dans l’intérêt qu’elles suscitent. Deux thèmes reviennent en force dans quasiment tous les débats locaux en vue des municipales: l’environnement et l’alimentation.

Ces mêmes Français vous semblent-ils prêts à faire les sacrifices impliqués par l’autonomie alimentaire?

Toute transition conduit nécessairement à faire des choix. Retrouver le lien avec le sol et l’assiette demande de travailler davantage au profit du vivre ensemble que de la productivité. Et au départ, il y a certes un acte de courage, inhérent à la prise de conscience individuelle et collective de la nécessité d’un changement de cap. Mais les « sacrifices » demandés par le parcours de l’autonomie alimentaire ne sont pas si importants: on peut bien se passer de café ou de bananes… Il nous rend d’ailleurs en retour d’autres formes de confort, en dessinant des territoires où les gens ont envie de s’installer car la qualité de vie y est meilleure.

L’autonomie alimentaire des villes ?

L’autonomie alimentaire des villes ?

 

Une interview intéressante de  l’urbaniste Sabine Becker et le chercheur François Rouillay à l’occasion de la sortie de leur livre publié le 11 février intitulé « En route pour l’autonomie alimentaire ». Cependant le  concept d’agriculture urbaine qu’ils prônent semblent faire l’impasse sur  l’existence des campagnes qui comme les villes structurent notre pays. On ne saurait réduire l’aménagement du territoire aux seules zones fortement agglomérées même entourées  de jardins supposés nourrir la population. Une vision assez réductrice voire caricaturale  de l’aménagement du territoire. Un concept d’agriculture urbaine d’abord utopique ensuite qui légitime une vision concentrationnaire d’un aménagement du territoire sous domination des villes. Une vision assez écolo bobo.  ( Interview dans la tribune)

 

 

La notion d’autonomie alimentaire, à laquelle vous consacrez votre livre, est de plus en plus souvent évoquée dans le débat public autour de l’alimentation. Qu’est-ce qu’elle désigne?

 

SABINE BECKER et FRANÇOIS ROUILLAY - Liée à la nécessité d’une alimentation respectueuse du vivant, l’autonomie alimentaire renvoie à la perspective d’une « terre d’avenir » sur le territoire: c’est-à-dire d’une terre vivante en capacité de nourrir et maintenir en bonne santé ses enfants. Trois idées sont donc imbriquées dans cette notion: le respect du sol et de la biodiversité, le maintien de la santé, et une alimentation nécessairement locale.

Elle vise à restaurer le lien entre producteurs et mangeurs, qui aujourd’hui est coupé à deux endroits. Les producteurs sont en effet exposés à une concurrence mondialisée. Leurs produits voyagent des centaines, voire des milliers, de kilomètres avant d’atteindre les mangeurs, et sont parfois massivement gaspillés. Les producteurs ne voient donc plus la nourriture au travers du territoire et de leurs habitants, mais des comptes d’exploitation et des marchés. Les consommateurs pour leur part regardent la nourriture par le biais de la publicité, du temps pressé, de leur four à micro-ondes… Ils ne prennent plus le temps de travailler des produits bruts et de rencontrer les producteurs. Ils cherchent une facilité nutritive accentuée par les colorants, les exhausteurs de goût. Il faut donc un changement de regard pour induire un changement de comportement.

 

Quelle est justement l’utilité politique – en entendant le mot « politique » au sens large – de cette notion d’autonomie alimentaire?

Elle peut notamment permettre de transformer positivement les politiques d’aménagement du territoire. Pendant les 50 dernières années, l’étalement urbain a eu lieu au mépris du respect des zones de production de nourriture autour des villes. Les villes, qui auparavant étaient autosuffisantes, dépendent désormais de la chaîne alimentaire mondialisée pour se nourrir. Elles ne disposent plus que de trois jours de stock d’aliments en moyenne. Mais les risques de rupture de cette chaîne mondialisée sont divers: incendies, inondations, conflits sociaux, maladies… On peut donc affirmer que les villes sont aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire.

Les maires des communes ont ainsi la responsabilité politique de prendre des mesures pour assurer la sécurité alimentaire de leurs villes, pour en garantir la résilience en cas de rupture de la chaîne alimentaire, en créant, à côté des zones d’activité économique ou commerciale, des zones d’activité nourricière. Ils n’ont d’ailleurs besoin d’aucune autorisation pour faire cela. Ils peuvent acquérir des terres, comme l’a fait à Val-de-Reuil la Communauté d’agglomération Seine-Eure, afin de développer une agriculture biologique sur 110 hectares situés sur le périmètre de protection de captage de sa ressource en eau. La collectivité a même transformé un ancien bâtiment industriel, de 10.000 mètres carrés, en « pôle alimentaire », où les producteurs commercialisent leurs produits, les conditionnent, partagent des outils agricoles, organisent des cours de cuisine… En un an, cela a permis de recréer les 59 emplois détruits à cause de la fermeture de l’ancienne usine.

 

Tout repose donc sur les épaules des maires?

S’alimenter est l’affaire de tous. La partie se joue donc à quatre: l’apprentissage et l’organisation des 21 actions que nous suggérons dans notre livre réunissent élus locaux, monde économique, paysans et habitants. L’association Réseau Cocagne a par exemple créé 102 fermes biologiques d’insertion et 6 structures agroalimentaires autour de la France. Elles emploient plus de 5.600 personnes et génèrent 16,3 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels par la seule vente de légumes. A Amiens et Bayonne, les habitants retournent le gazon des HLM pour y construire des potagers.

La transition alimentaire implique d’ailleurs la transition agricole. Et dans cette transition les paysans, qui aujourd’hui vivent une crise terrible, doivent être accompagnés. Les structures de maraîchage du futur seront participatives et écologiques. C’est déjà le cas au Québec, ou des communautés de communes achètent des terres et y emploient des formateurs qui apprennent aux enfants, aux personnes en insertion, aux citoyens, à cultiver, conserver et cuisiner les produits.

Mais l’agriculture urbaine peut-elle vraiment nourrir les villes dans un monde de plus en plus urbanisé et où la population ne cesse de croître?

Afin d’assurer l’autonomie alimentaire des villes il faut inclure le territoire autour, celui compris dans un rayon permettant de les approvisionner en une heure. Et déjà aujourd’hui, 75% de la production agricole mondiale vient de petites exploitations.

Mais le développement de nouvelles techniques de régénération végétale permet désormais d’augmenter significativement la productivité de l’agriculture urbaine, et donc de mener des expériences de production intéressantes sur de petites surfaces, de mettre à profit les interstices cultivables. Des chercheurs à Rennes ont ainsi constaté que l’agriculture urbaine peut apporter beaucoup à l’autonomie alimentaire des villes, en permettant de réduire le périmètre d’approvisionnement. Sans compter ses autres atouts: l’éducation, la réduction des pollutions, la régénération des sols.

Cette autonomie alimentaire peut-elle coexister avec une économie mondialisée?

Oui, mais elle représente un monde séparé, fondé non plus sur la compétition, les marchés, les valeurs monétaires, mais sur le partage, la coopération, la proximité, le respect du vivant. Il s’agit tout d’abord de débrancher de la prise de la mondialisation, en se nourrissant sobrement. Ensuite, l’apprentissage de l’autonomie et de la coopération peut inspirer la mise en place d’autres biens, services, voire de systèmes monétaires locaux. Le partage créé l’abondance. Alors, les vents des marchés et de la finance peuvent passer au-dessus de ce monde sans impact.

À la veille des municipales, trouvez-vous que les Français sont demandeurs d’une telle transition?

Cela fait des années que nous suivons ces thématiques Et depuis quelques mois, nous avons constaté un véritable bond dans l’intérêt qu’elles suscitent. Deux thèmes reviennent en force dans quasiment tous les débats locaux en vue des municipales: l’environnement et l’alimentation.

Ces mêmes Français vous semblent-ils prêts à faire les sacrifices impliqués par l’autonomie alimentaire?

Toute transition conduit nécessairement à faire des choix. Retrouver le lien avec le sol et l’assiette demande de travailler davantage au profit du vivre ensemble que de la productivité. Et au départ, il y a certes un acte de courage, inhérent à la prise de conscience individuelle et collective de la nécessité d’un changement de cap. Mais les « sacrifices » demandés par le parcours de l’autonomie alimentaire ne sont pas si importants: on peut bien se passer de café ou de bananes… Il nous rend d’ailleurs en retour d’autres formes de confort, en dessinant des territoires où les gens ont envie de s’installer car la qualité de vie y est meilleure.

Crise alimentaire avec l’invasion de criquets en Afrique de l’Est

Crise alimentaire avec  l’invasion de criquets en Afrique de l’Est

Selon la FAO, l’Ethiopie et la Somalie n’avaient pas vu d’essaims de criquets pèlerins d’une telle ampleur ( l’équivalent de la surface du Luxembourg) depuis 25 ans, et le Kenya n’avait pas eu à affronter de menace acridienne d’une telle force depuis 70 ans,  menace alimentaire.

Le criquet pèlerin, appelé « criquet du désert » en anglais, est originaire de la péninsule arabique, de l’Arabie saoudite, d’Oman et du Yémen. Une zone dont les côtes ont été frappées par deux cyclones en 2018. Ces précipitations importantes ont favorisé la pousse de végétation et créé les conditions idéales pour la reproduction des insectes.

Pour l’expert Cyril Piou, la meilleure manière de lutter contre l’insecte est de traiter préventivement les zones de reproduction. « Cela se fait avec épandage de pesticides, généralement chimiques même si on en essaye de plus en plus d’utiliser un champignon entomopathogène », décrit le spécialiste de l’insecte. Mais une fois que l’essaim est formé, la tâche est bien plus ardue : il faut traiter beaucoup plus d’hectares et répandre beaucoup plus de pesticides, par avion.

 

Selon lui, les crises passées se sont terminées grâce à la conjonction de plusieurs facteurs compliqués à réunir : de mauvaises conditions climatiques pour la reproduction, une baisse de la disponibilité des végétaux et l’application de pesticides chimiques. Faute de quoi, « le criquet va toujours trouver des endroits où se reproduire. Si on le laisse faire, il va trouver d’autres zones. (…) On est en face d’une catastrophe humanitaire et environnementale du fait des épandages sur de grandes superficies », souligne l’expert.
La crise actuelle pourrait donc durer de longs mois. Fin janvier, la FAO a lancé un appel pour réunir 76 millions de dollars (environ 69 millions d’euros) afin d’aider les pays concernés à lutter contre l’insecte qui menace leur sécurité alimentaire, mais peine à réunir les fonds : seuls 15,4 millions de dollars (14 millions d’euros) ont été récoltés.

 

Santé alimentaire-Fruits et légumes: surtout de la flotte et des produits chimiques

Santé  alimentaire-Fruits et légumes: surtout de la flotte et des produits chimiques

Un peu moins de la moitié des principaux fruits et légumes sont importés. Souvent des productions au goût de flotte et pleines de produits chimiques et d’eau. C’est le cas en particulier des tomates élevées hors-sol ou encore des fraises. Des produits de plus en plus en provenance de pays comme le Maroc ou l’Espagne où sont installées de véritables usines à légumes et à fruits. Le comité  interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) identifiait 4 fruits et légumes particulièrement impactés par les importations étrangères: la fraise, la tomate, la pêche-nectarine et le melon. Pour ces denrées, la part de l’«origine France» décline au profit des importations, même si on assiste à un léger regain pour les fraises. La plupart de ces produits non seulement n’ont pas de goût mais ont perdu la plus grande partie de leurs nutriments, ils peuvent être dangereux pour la santé. Selon une étude menée par l’ONG Générations futures, 89% des raisins et 88,5% des clémentines et mandarines non-bios qu’on trouve dans le commerce contiennent des résidus de pesticides.

En ce qui concerne les 33 légumes passés au crible dans cette étude de Générations futures, le plus contaminé est le céleri-branche: 84% des échantillons testés présentent des résidus de pesticides. Sur les autres marches du podium, on trouve les herbes fraîches (74,5%) et l’endive (73%). À l’opposé, l’asperge (3%) et le maïs (1,9%) sont les légumes dans lesquels on retrouve le moins de traces de pesticides.

 

Concernant les fruits, les raisins (89%), les mandarines (88,4%) et les cerises (87,7%) sont les plus pollués. Dans le haut du tableau on trouve aussi les pamplemousses, les fraises et les nectarines. Les prunes, les kiwis et les avocats sont les fruits qui contiennent le moins de résidus. On constate cependant des taux inquiétants avec respectivement 34,8% pour les mirabelles, 27,1% pour les kiwis et 23,1% pour les avocats. L’étude montre aussi que certains fruits dépassent largement les limites maximales autorisées en Europe concernant les pesticides.

Les pesticides pénètrent dans les plantes, fruits et légumes qu’ils traitent. C’est donc en mangeant des aliments traités que les consommateurs se retrouvent exposés aux pesticides. Pour le moment, difficile d’avoir une idée claire sur les risques encourus par le consommateur. En effet, les études sont peu nombreuses sur le sujet. Mais sur le site de Générations futures on peut lire que les pesticides «présentent un risque toxique pour certains organismes qu’ils ne ciblent pas. Les effets, même de faibles quantités de ces toxiques, en mélange et/ou sur de longues périodes peuvent poser de graves problèmes sanitaires: troubles neurologiques ou du comportement, du développement, certains cancers, troubles de la fertilité ou de la reproduction…». Le plus inquiétant, c’est l’effet cocktail c’est-à-dire la consommation  de différents légumes et fruits produits à coups de substances  chimiques notamment d’engrais et de pesticides.

Les dangers sanitaires de l’industrie alimentaire

Les  dangers  sanitaires de l’industrie alimentaire

 

Nombre d’experts*  s’interrogent à propos de certains  risques sanitaires pour les aliments dits ultra transformé sans doute pour ne pas utiliser le terme plus clair mais plus accusateur d’industrie alimentaire,  sorte de chimie qui ajoute nombre d’additifs aux produits de base :

 

« Dans de nombreux pays, le degré de transformation des aliments a augmenté au cours des dernières décennies. Aujourd’hui, les aliments dits « ultra-transformés » représenteraient 25 à 60 % des apports énergétiques journaliers en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Nouvelle-Zélande, et au Brésil.

Or, depuis quelques années, les études suggérant qu’une consommation excessive de ce type d’aliments pourrait avoir des effets délétères pour la santé s’accumulent. Plusieurs recherches ont notamment mis en évidence un lien entre la consommation d’aliments ultra-transformés et un risque plus élevé de surpoids ou d’obésité ainsi que d’hypertension artérielle dans une cohorte d’étudiants espagnols, tout comme un risque accru de dyslipidémies (taux anormalement élevé ou diminué de certains lipides dans le sang : cholestérol, triglycérides…) dans une cohorte d’enfants au Brésil.

Jusqu’à présent, aucune étude épidémiologique n’avait étudié les relations entre la consommation de ces aliments et le risque de maladies cardiovasculaires. C’est désormais chose faite.

Les travaux de l’équipe EREN, qui associe des chercheurs en épidémiologie nutritionnelle de l’Inserm, de l’Inra, de l’Université Paris 13 et du CNAM révèlent, dans un article publié dans le British Medical Journal, que la consommation d’aliments ultra-transformés est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires.

Ces travaux robustes s’appuient sur des données issues de la cohorte NutriNet-Santé. Ils ont inclus plus de 100 000 participants, suivis entre 2009 et 2018, et porté sur >3 300 aliments et boissons différents, classés en fonction de leur degré de transformation.

La notion de transformation des aliments est complexe à appréhender, car les procédés possibles et les additifs autorisés pour modifier les aliments sont très nombreux.

Afin de clarifier les choses, des chercheurs de l’Université de São Paulo ont proposé de classer les aliments en quatre groupes reflétant les niveaux de transformation des aliments. Cette classification « Nova » catégorise les aliments en 4 groupes :

  • les aliments pas ou peu transformés ;
  • les ingrédients culinaires (sel, sucre, matières grasses animales et végétales, épices, poivre…) ;
  • les aliments transformés combinant les deux premiers groupes ;
  • les aliments ultra-transformés.

Ce dernier groupe inclut, entre autres, les sodas sucrés ou édulcorés, les légumes assaisonnés de sauces contenant des additifs alimentaires, les steaks végétaux reconstitués avec ajout d’additifs, les confiseries et barres chocolatées, et tous les produits transformés avec ajout de conservateurs autre que le sel (nitrites par exemple). On y trouve aussi les produits alimentaires principalement ou entièrement constitués de sucre, de matières grasses et d’autres substances non utilisées dans les préparations culinaires, telles que les huiles hydrogénées et les amidons modifiés.

Ainsi, les viandes rouges ou blanches salées sont considérées comme des « aliments transformés » alors que les viandes ou charcuteries contenant des nitrites et des conservateurs ajoutés, comme les saucisses et le jambon, sont classées comme « aliments ultra-transformés ».

Dans le même ordre d’idée, les soupes liquides en brique préparées uniquement avec des légumes, des herbes et des épices sont considérées comme des « aliments transformés » alors que les soupes déshydratées sont classées comme « aliments ultra-transformés ».

Formulés pour être microbiologiquement sains et pratiques d’utilisation, les aliments ultra-transformés ont, en moyenne, une qualité nutritionnelle plus faible que les autres aliments. Ils sont en effet souvent non seulement plus denses en énergie, plus riches en sel, sucre et acides gras saturés, mais également plus pauvres en fibres et en vitamines, et ils pousseraient à manger davantage.

Qui plus est, ces aliments ultra-transformés contiennent pour la plupart des additifs alimentaires (colorants, émulsifiants, texturants, édulcorants, etc.).

Ils sont par ailleurs susceptibles de véhiculer des substances provenant des emballages au contact des aliments, ainsi que certains composés « néoformés », c’est-à-dire produits lors des processus de transformation (chauffage à haute température, hydrogénation, prétraitement par friture, hydrolyse, extrusion, etc.).

Dans le cadre de la cohorte NutriNet-Santé, une association significative avait déjà pu être observée entre la part d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire (en quantité) et une augmentation de divers risques : risque de cancers (au global et du sein), risque de mortalité, risque de symptômes dépressifs et de troubles fonctionnels digestifs.

Pour étudier les liens éventuels entre la consommation de ces aliments et le risque de maladies cardiovasculaires, nous avons recruté des participants qui n’avaient pas de maladie cardiovasculaire à leur entrée dans l’étude. Grâce à des enregistrements de 24 h répétés et validés, nous avons évalué la consommation alimentaire habituelle, et les milliers d’aliments et boissons consommés ont été classés en fonction de leur degré de transformation (selon la classification NOVA).

Les participants ont été suivis de 2009 à 2018 afin de détecter la survenue de maladies, et d’étudier les associations de ces maladies avec leurs consommations alimentaires. Les résultats sont clairs : la consommation d’aliments ultra-transformés s’est révélée être associée à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires, à la fois coronariennes et cérébro-vasculaires.

Une augmentation de 10 points de la part d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire (par exemple, en comparant deux individus consommant respectivement 15 % et 25 % du poids de leurs aliments sous forme ultra-transformée) était associée à une augmentation de 12 % de risque de maladies cardiovasculaires au global (13 % pour les maladies coronariennes et 11 % pour les maladies cérébro-vasculaires).

Au sein des produits recensés par NutriNet-Santé, 85 % des produits de mauvaise qualité nutritionnelle (classés E par le NutriScore) étaient des aliments ultra-transformés.

Cependant, les résultats de nos travaux montrent que cette moins bonne qualité nutritionnelle globale des aliments ultra-transformés n’explique probablement pas à elle seule l’augmentation du risque cardiovasculaire. D’autres hypothèses mécanistiques sont envisageables, faisant par exemple intervenir des composés tels que certains additifs alimentaires ou substances formées lors des processus de transformation. Certains effets adverses sur la santé de tels composés ont en effet déjà été suggérés dans des études expérimentales.

C’est par exemple le cas de l’acrylamide, qui se forme au moment de la cuisson à haute température de certains aliments riches en asparagine (un acide aminé) et en amidon (frites/chips de pomme de terre, céréales du petit déjeuner, produits de panification, biscuits…). Cette molécule est reconnue comme cancérogène probable pour l’être humain, et a été liée au risque de maladies cardiovasculaires.

On peut aussi citer la carboxyméthylcellulose (E466), additif utilisé comme émulsifiant, qui, selon une étude sur des modèles animaux (souris), pourrait provoquer des réactions intestinales inflammatoires et augmenter le risque de syndrome métabolique, ou les matériaux au contact des aliments (comme le bisphénol A, maintenant interdit des emballages alimentaires et qui a lui aussi été lié à des désordres cardiométaboliques).

Les résultats obtenus dans cette étude sont robustes. Pour limiter les biais, ils tiennent compte d’un grand nombre de facteurs sociodémographiques et liés au mode de vie : âge, sexe, tabagisme, consommation d’alcool, niveau d’étude, activité physique, poids, les comorbidités métaboliques (maladies qui en accompagnent une autre), antécédents familiaux…

Cette étude observationnelle ne permet pas à elle seule de conclure à un lien de cause à effet. Cependant, des essais d’intervention au long cours, qui consisteraient à faire consommer des aliments ultra-transformés à des participants pendant plusieurs années, puis à évaluer l’impact sur leur santé (cancers, mortalité, maladies cardiovasculaires) ne sont pas envisageables.

Pour confirmer ces résultats, de nouvelles études épidémiologiques d’observation devront donc être réalisées, sur des populations diverses et dans d’autres pays. Il faudra également aller plus loin dans la compréhension des procédés de transformation grâce à de nouvelles approches épidémiologiques, couplées à des approches expérimentales in vitro et in vivo. Des essais randomisés, mais à court terme et portant sur des facteurs de risque précoces (comme la prise de poids) pourraient aussi être envisagés.

Aux États-Unis, un tel essai a récemment montré qu’un régime ultra-transformé favorise la consommation d’une quantité plus importante d’aliments, et la prise de poids.

En attendant d’en savoir plus, les recommandations nutritionnelles publiées récemment par Santé publique France dans le cadre du Programme national nutrition santé 2019conseillent, au nom du principe de précaution, de limiter la consommation d’aliments ultra-transformés et de privilégier la consommation d’aliments bruts ou peu transformés.

Pour parvenir à faire le tri dans les rayons des supermarchés, les consommateurs peuvent utiliser des applications gratuites comme celle d’Open Food Facts. S’appuyant sur une base de données ouverte et collaborative, elle permet en scannant le code-barre d’un produit alimentaire, d’afficher à la fois son NutriScore (logo qui renseigne sur la qualité nutritionnelle des aliments), sa catégorie NOVA (qui renseigne sur le degré de transformation), et la liste d’ingrédients (et d’additifs) qu’il contient.

Ce type d’outil est précieux pour atteindre l’objectif que s’est fixé le Haut Conseil de la Santé publique : réduire de 20 % la consommation d’aliments ultra-transformés en France d’ici à 2022.

Pour aller plus loin : À l’occasion des 10 ans de cette étude publique coordonnée par l’équipe EREN, un appel au recrutement est lancé. Vous souhaitez vous aussi faire avancer la recherche sur les liens entre nutrition et santé ? Rejoignez les 165 000 « Nutrinautes » de l’étude NutriNet-Santé ! Toutes les informations sont disponibles sur etude-nutrinet-sante.fr/.

  • Par Bernard Srour, Epidémiologiste – Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle EREN (Inserm U1153 / Inra U1125 / Cnam / USPC) – Centre de Recherche en Epidémiologie et Statistiques Sorbonne Paris Cité (CRESS), Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ; Mathilde Touvier, Directrice de l’Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm,Inra,Cnam, Université Sorbonne Paris Cité (USPC) et Serge Hercberg, Professeur de Nutrition Université Paris 13 – Praticien Hospitalier Département de Santé Publique, Hôpital Avicenne (AP-HP), Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm,Inra,Cnam, Université Paris 13 – USPC

 

Réchauffement climatique : sécurité alimentaire en cause

Réchauffement climatique : sécurité alimentaire en cause

Il n’est sans doute pas besoin d’être un grand expert pour comprendre que le réchauffement climatique et notamment les épisodes de canicule constituent un véritable danger pour l’agriculture et que la sécurité alimentaire mondiale est en cause. Non seulement certaines plantes ne peuvent résister durablement à des épisodes de chaleur mais parallèlement le manque d’eau se fait cruellement sentir. Ce phénomène concerne  toutes les parties du monde, les zones déjà arides mais aussi des pays au climat tempéré comme la France ou la canicule cette année a brulé fleurs et  plantes Dans un rapport publié jeudi, le Giec souligne donc  la menace que représente sur la sécurité alimentaire la hausse des températures, aggravée par la déforestation et la surexploitation des ressources en eau. C’est un peu le «climat vu dans mon assiette», résume un spécialiste qui a participé à la rédaction du premier rapport spécial du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) consacré aux terres et à l’alimentation, publié ce 8 août, à Genève (Suisse). Son titre officiel est plus alambiqué: «Changement climatique, désertification, dégradation des terres, gestion durable des terres, sécurité alimentaire et flux de gaz à effet de serre des écosystèmes terrestres». «Les scientifiques devraient dresser un nouveau constat détaillé et alarmant, prévient le député frondeur de LREM Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot. L’exploitation par l’homme des sols et des ressources en eau est sans précédent dans l’histoire de l’humanité.» Les dangers qui pèsent sur le système alimentaire mondial se sont aggravés.

Industrie alimentaire : dangers sanitaires

Industrie alimentaire : dangers  sanitaires

 

Nombre d’experts *s’interrogent à propos de certains  risques sanitaires pour les aliments dits ultra transformé sans doute pour ne pas utiliser le terme plus clair mais plus accusateur d’industrie alimentaire,  sorte de chimie qui ajoute nombre d’additifs aux produits de base :

 

« Dans de nombreux pays, le degré de transformation des aliments a augmenté au cours des dernières décennies. Aujourd’hui, les aliments dits « ultra-transformés » représenteraient 25 à 60 % des apports énergétiques journaliers en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Nouvelle-Zélande, et au Brésil.

Or, depuis quelques années, les études suggérant qu’une consommation excessive de ce type d’aliments pourrait avoir des effets délétères pour la santé s’accumulent. Plusieurs recherches ont notamment mis en évidence un lien entre la consommation d’aliments ultra-transformés et un risque plus élevé de surpoids ou d’obésité ainsi que d’hypertension artérielle dans une cohorte d’étudiants espagnols, tout comme un risque accru de dyslipidémies (taux anormalement élevé ou diminué de certains lipides dans le sang : cholestérol, triglycérides…) dans une cohorte d’enfants au Brésil.

Jusqu’à présent, aucune étude épidémiologique n’avait étudié les relations entre la consommation de ces aliments et le risque de maladies cardiovasculaires. C’est désormais chose faite.

Les travaux de l’équipe EREN, qui associe des chercheurs en épidémiologie nutritionnelle de l’Inserm, de l’Inra, de l’Université Paris 13 et du CNAM révèlent, dans un article publié dans le British Medical Journal, que la consommation d’aliments ultra-transformés est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires.

Ces travaux robustes s’appuient sur des données issues de la cohorte NutriNet-Santé. Ils ont inclus plus de 100 000 participants, suivis entre 2009 et 2018, et porté sur >3 300 aliments et boissons différents, classés en fonction de leur degré de transformation.

La notion de transformation des aliments est complexe à appréhender, car les procédés possibles et les additifs autorisés pour modifier les aliments sont très nombreux.

Afin de clarifier les choses, des chercheurs de l’Université de São Paulo ont proposé de classer les aliments en quatre groupes reflétant les niveaux de transformation des aliments. Cette classification « Nova » catégorise les aliments en 4 groupes :

  • les aliments pas ou peu transformés ;
  • les ingrédients culinaires (sel, sucre, matières grasses animales et végétales, épices, poivre…) ;
  • les aliments transformés combinant les deux premiers groupes ;
  • les aliments ultra-transformés.

Ce dernier groupe inclut, entre autres, les sodas sucrés ou édulcorés, les légumes assaisonnés de sauces contenant des additifs alimentaires, les steaks végétaux reconstitués avec ajout d’additifs, les confiseries et barres chocolatées, et tous les produits transformés avec ajout de conservateurs autre que le sel (nitrites par exemple). On y trouve aussi les produits alimentaires principalement ou entièrement constitués de sucre, de matières grasses et d’autres substances non utilisées dans les préparations culinaires, telles que les huiles hydrogénées et les amidons modifiés.

Ainsi, les viandes rouges ou blanches salées sont considérées comme des « aliments transformés » alors que les viandes ou charcuteries contenant des nitrites et des conservateurs ajoutés, comme les saucisses et le jambon, sont classées comme « aliments ultra-transformés ».

Dans le même ordre d’idée, les soupes liquides en brique préparées uniquement avec des légumes, des herbes et des épices sont considérées comme des « aliments transformés » alors que les soupes déshydratées sont classées comme « aliments ultra-transformés ».

Formulés pour être microbiologiquement sains et pratiques d’utilisation, les aliments ultra-transformés ont, en moyenne, une qualité nutritionnelle plus faible que les autres aliments. Ils sont en effet souvent non seulement plus denses en énergie, plus riches en sel, sucre et acides gras saturés, mais également plus pauvres en fibres et en vitamines, et ils pousseraient à manger davantage.

Qui plus est, ces aliments ultra-transformés contiennent pour la plupart des additifs alimentaires (colorants, émulsifiants, texturants, édulcorants, etc.).

Ils sont par ailleurs susceptibles de véhiculer des substances provenant des emballages au contact des aliments, ainsi que certains composés « néoformés », c’est-à-dire produits lors des processus de transformation (chauffage à haute température, hydrogénation, prétraitement par friture, hydrolyse, extrusion, etc.).

Dans le cadre de la cohorte NutriNet-Santé, une association significative avait déjà pu être observée entre la part d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire (en quantité) et une augmentation de divers risques : risque de cancers (au global et du sein), risque de mortalité, risque de symptômes dépressifs et de troubles fonctionnels digestifs.

Pour étudier les liens éventuels entre la consommation de ces aliments et le risque de maladies cardiovasculaires, nous avons recruté des participants qui n’avaient pas de maladie cardiovasculaire à leur entrée dans l’étude. Grâce à des enregistrements de 24 h répétés et validés, nous avons évalué la consommation alimentaire habituelle, et les milliers d’aliments et boissons consommés ont été classés en fonction de leur degré de transformation (selon la classification NOVA).

Les participants ont été suivis de 2009 à 2018 afin de détecter la survenue de maladies, et d’étudier les associations de ces maladies avec leurs consommations alimentaires. Les résultats sont clairs : la consommation d’aliments ultra-transformés s’est révélée être associée à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires, à la fois coronariennes et cérébro-vasculaires.

Une augmentation de 10 points de la part d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire (par exemple, en comparant deux individus consommant respectivement 15 % et 25 % du poids de leurs aliments sous forme ultra-transformée) était associée à une augmentation de 12 % de risque de maladies cardiovasculaires au global (13 % pour les maladies coronariennes et 11 % pour les maladies cérébro-vasculaires).

Au sein des produits recensés par NutriNet-Santé, 85 % des produits de mauvaise qualité nutritionnelle (classés E par le NutriScore) étaient des aliments ultra-transformés.

Cependant, les résultats de nos travaux montrent que cette moins bonne qualité nutritionnelle globale des aliments ultra-transformés n’explique probablement pas à elle seule l’augmentation du risque cardiovasculaire. D’autres hypothèses mécanistiques sont envisageables, faisant par exemple intervenir des composés tels que certains additifs alimentaires ou substances formées lors des processus de transformation. Certains effets adverses sur la santé de tels composés ont en effet déjà été suggérés dans des études expérimentales.

C’est par exemple le cas de l’acrylamide, qui se forme au moment de la cuisson à haute température de certains aliments riches en asparagine (un acide aminé) et en amidon (frites/chips de pomme de terre, céréales du petit déjeuner, produits de panification, biscuits…). Cette molécule est reconnue comme cancérogène probable pour l’être humain, et a été liée au risque de maladies cardiovasculaires.

On peut aussi citer la carboxyméthylcellulose (E466), additif utilisé comme émulsifiant, qui, selon une étude sur des modèles animaux (souris), pourrait provoquer des réactions intestinales inflammatoires et augmenter le risque de syndrome métabolique, ou les matériaux au contact des aliments (comme le bisphénol A, maintenant interdit des emballages alimentaires et qui a lui aussi été lié à des désordres cardiométaboliques).

Les résultats obtenus dans cette étude sont robustes. Pour limiter les biais, ils tiennent compte d’un grand nombre de facteurs sociodémographiques et liés au mode de vie : âge, sexe, tabagisme, consommation d’alcool, niveau d’étude, activité physique, poids, les comorbidités métaboliques (maladies qui en accompagnent une autre), antécédents familiaux…

Cette étude observationnelle ne permet pas à elle seule de conclure à un lien de cause à effet. Cependant, des essais d’intervention au long cours, qui consisteraient à faire consommer des aliments ultra-transformés à des participants pendant plusieurs années, puis à évaluer l’impact sur leur santé (cancers, mortalité, maladies cardiovasculaires) ne sont pas envisageables.

Pour confirmer ces résultats, de nouvelles études épidémiologiques d’observation devront donc être réalisées, sur des populations diverses et dans d’autres pays. Il faudra également aller plus loin dans la compréhension des procédés de transformation grâce à de nouvelles approches épidémiologiques, couplées à des approches expérimentales in vitro et in vivo. Des essais randomisés, mais à court terme et portant sur des facteurs de risque précoces (comme la prise de poids) pourraient aussi être envisagés.

Aux États-Unis, un tel essai a récemment montré qu’un régime ultra-transformé favorise la consommation d’une quantité plus importante d’aliments, et la prise de poids.

En attendant d’en savoir plus, les recommandations nutritionnelles publiées récemment par Santé publique France dans le cadre du Programme national nutrition santé 2019conseillent, au nom du principe de précaution, de limiter la consommation d’aliments ultra-transformés et de privilégier la consommation d’aliments bruts ou peu transformés.

Pour parvenir à faire le tri dans les rayons des supermarchés, les consommateurs peuvent utiliser des applications gratuites comme celle d’Open Food Facts. S’appuyant sur une base de données ouverte et collaborative, elle permet en scannant le code-barre d’un produit alimentaire, d’afficher à la fois son NutriScore (logo qui renseigne sur la qualité nutritionnelle des aliments), sa catégorie NOVA (qui renseigne sur le degré de transformation), et la liste d’ingrédients (et d’additifs) qu’il contient.

Ce type d’outil est précieux pour atteindre l’objectif que s’est fixé le Haut Conseil de la Santé publique : réduire de 20 % la consommation d’aliments ultra-transformés en France d’ici à 2022.

Pour aller plus loin : À l’occasion des 10 ans de cette étude publique coordonnée par l’équipe EREN, un appel au recrutement est lancé. Vous souhaitez vous aussi faire avancer la recherche sur les liens entre nutrition et santé ? Rejoignez les 165 000 « Nutrinautes » de l’étude NutriNet-Santé ! Toutes les informations sont disponibles sur etude-nutrinet-sante.fr/.

 

 

 

  • * Par Bernard Srour, Epidémiologiste – Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle EREN (Inserm U1153 / Inra U1125 / Cnam / USPC) – Centre de Recherche en Epidémiologie et Statistiques Sorbonne Paris Cité (CRESS), Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ; Mathilde Touvier, Directrice de l’Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm,Inra,Cnam, Université Sorbonne Paris Cité (USPC) et Serge Hercberg, Professeur de Nutrition Université Paris 13 – Praticien Hospitalier Département de Santé Publique, Hôpital Avicenne (AP-HP), Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm,Inra,Cnam, Université Paris 13 – USPC

 

 

Industrie alimentaire : gros risques sanitaires

Industrie alimentaire : gros risques sanitaires

 

Bernard Srour, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm); Mathilde Touvier, Université Sorbonne Paris Cité (USPC); Serge Hercberg, Université Paris 13 – USPC, d’autres experts  s’interrogent à propos de certains  risques sanitaires pour les aliments dits ultra transformé sans doute pour ne pas utiliser le terme plus clair mais plus accusateur d’industrie alimentaire,  sorte de chimie qui ajoute nombre d’additifs aux produits de base :

 

« Dans de nombreux pays, le degré de transformation des aliments a augmenté au cours des dernières décennies. Aujourd’hui, les aliments dits « ultra-transformés » représenteraient 25 à 60 % des apports énergétiques journaliers en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Nouvelle-Zélande, et au Brésil.

Or, depuis quelques années, les études suggérant qu’une consommation excessive de ce type d’aliments pourrait avoir des effets délétères pour la santé s’accumulent. Plusieurs recherches ont notamment mis en évidence un lien entre la consommation d’aliments ultra-transformés et un risque plus élevé de surpoids ou d’obésité ainsi que d’hypertension artérielle dans une cohorte d’étudiants espagnols, tout comme un risque accru de dyslipidémies (taux anormalement élevé ou diminué de certains lipides dans le sang : cholestérol, triglycérides…) dans une cohorte d’enfants au Brésil.

Jusqu’à présent, aucune étude épidémiologique n’avait étudié les relations entre la consommation de ces aliments et le risque de maladies cardiovasculaires. C’est désormais chose faite.

Les travaux de l’équipe EREN, qui associe des chercheurs en épidémiologie nutritionnelle de l’Inserm, de l’Inra, de l’Université Paris 13 et du CNAM révèlent, dans un article publié dans le British Medical Journal, que la consommation d’aliments ultra-transformés est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires.

Ces travaux robustes s’appuient sur des données issues de la cohorte NutriNet-Santé. Ils ont inclus plus de 100 000 participants, suivis entre 2009 et 2018, et porté sur >3 300 aliments et boissons différents, classés en fonction de leur degré de transformation.

La notion de transformation des aliments est complexe à appréhender, car les procédés possibles et les additifs autorisés pour modifier les aliments sont très nombreux.

Afin de clarifier les choses, des chercheurs de l’Université de São Paulo ont proposé de classer les aliments en quatre groupes reflétant les niveaux de transformation des aliments. Cette classification « Nova » catégorise les aliments en 4 groupes :

  • les aliments pas ou peu transformés ;
  • les ingrédients culinaires (sel, sucre, matières grasses animales et végétales, épices, poivre…) ;
  • les aliments transformés combinant les deux premiers groupes ;
  • les aliments ultra-transformés.

Ce dernier groupe inclut, entre autres, les sodas sucrés ou édulcorés, les légumes assaisonnés de sauces contenant des additifs alimentaires, les steaks végétaux reconstitués avec ajout d’additifs, les confiseries et barres chocolatées, et tous les produits transformés avec ajout de conservateurs autre que le sel (nitrites par exemple). On y trouve aussi les produits alimentaires principalement ou entièrement constitués de sucre, de matières grasses et d’autres substances non utilisées dans les préparations culinaires, telles que les huiles hydrogénées et les amidons modifiés.

Ainsi, les viandes rouges ou blanches salées sont considérées comme des « aliments transformés » alors que les viandes ou charcuteries contenant des nitrites et des conservateurs ajoutés, comme les saucisses et le jambon, sont classées comme « aliments ultra-transformés ».

Dans le même ordre d’idée, les soupes liquides en brique préparées uniquement avec des légumes, des herbes et des épices sont considérées comme des « aliments transformés » alors que les soupes déshydratées sont classées comme « aliments ultra-transformés ».

Formulés pour être microbiologiquement sains et pratiques d’utilisation, les aliments ultra-transformés ont, en moyenne, une qualité nutritionnelle plus faible que les autres aliments. Ils sont en effet souvent non seulement plus denses en énergie, plus riches en sel, sucre et acides gras saturés, mais également plus pauvres en fibres et en vitamines, et ils pousseraient à manger davantage.

Qui plus est, ces aliments ultra-transformés contiennent pour la plupart des additifs alimentaires (colorants, émulsifiants, texturants, édulcorants, etc.).

Ils sont par ailleurs susceptibles de véhiculer des substances provenant des emballages au contact des aliments, ainsi que certains composés « néoformés », c’est-à-dire produits lors des processus de transformation (chauffage à haute température, hydrogénation, prétraitement par friture, hydrolyse, extrusion, etc.).

Dans le cadre de la cohorte NutriNet-Santé, une association significative avait déjà pu être observée entre la part d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire (en quantité) et une augmentation de divers risques : risque de cancers (au global et du sein), risque de mortalité, risque de symptômes dépressifs et de troubles fonctionnels digestifs.

Pour étudier les liens éventuels entre la consommation de ces aliments et le risque de maladies cardiovasculaires, nous avons recruté des participants qui n’avaient pas de maladie cardiovasculaire à leur entrée dans l’étude. Grâce à des enregistrements de 24 h répétés et validés, nous avons évalué la consommation alimentaire habituelle, et les milliers d’aliments et boissons consommés ont été classés en fonction de leur degré de transformation (selon la classification NOVA).

Les participants ont été suivis de 2009 à 2018 afin de détecter la survenue de maladies, et d’étudier les associations de ces maladies avec leurs consommations alimentaires. Les résultats sont clairs : la consommation d’aliments ultra-transformés s’est révélée être associée à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires, à la fois coronariennes et cérébro-vasculaires.

Une augmentation de 10 points de la part d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire (par exemple, en comparant deux individus consommant respectivement 15 % et 25 % du poids de leurs aliments sous forme ultra-transformée) était associée à une augmentation de 12 % de risque de maladies cardiovasculaires au global (13 % pour les maladies coronariennes et 11 % pour les maladies cérébro-vasculaires).

Au sein des produits recensés par NutriNet-Santé, 85 % des produits de mauvaise qualité nutritionnelle (classés E par le NutriScore) étaient des aliments ultra-transformés.

Cependant, les résultats de nos travaux montrent que cette moins bonne qualité nutritionnelle globale des aliments ultra-transformés n’explique probablement pas à elle seule l’augmentation du risque cardiovasculaire. D’autres hypothèses mécanistiques sont envisageables, faisant par exemple intervenir des composés tels que certains additifs alimentaires ou substances formées lors des processus de transformation. Certains effets adverses sur la santé de tels composés ont en effet déjà été suggérés dans des études expérimentales.

C’est par exemple le cas de l’acrylamide, qui se forme au moment de la cuisson à haute température de certains aliments riches en asparagine (un acide aminé) et en amidon (frites/chips de pomme de terre, céréales du petit déjeuner, produits de panification, biscuits…). Cette molécule est reconnue comme cancérogène probable pour l’être humain, et a été liée au risque de maladies cardiovasculaires.

On peut aussi citer la carboxyméthylcellulose (E466), additif utilisé comme émulsifiant, qui, selon une étude sur des modèles animaux (souris), pourrait provoquer des réactions intestinales inflammatoires et augmenter le risque de syndrome métabolique, ou les matériaux au contact des aliments (comme le bisphénol A, maintenant interdit des emballages alimentaires et qui a lui aussi été lié à des désordres cardiométaboliques).

Les résultats obtenus dans cette étude sont robustes. Pour limiter les biais, ils tiennent compte d’un grand nombre de facteurs sociodémographiques et liés au mode de vie : âge, sexe, tabagisme, consommation d’alcool, niveau d’étude, activité physique, poids, les comorbidités métaboliques (maladies qui en accompagnent une autre), antécédents familiaux…

Cette étude observationnelle ne permet pas à elle seule de conclure à un lien de cause à effet. Cependant, des essais d’intervention au long cours, qui consisteraient à faire consommer des aliments ultra-transformés à des participants pendant plusieurs années, puis à évaluer l’impact sur leur santé (cancers, mortalité, maladies cardiovasculaires) ne sont pas envisageables.

Pour confirmer ces résultats, de nouvelles études épidémiologiques d’observation devront donc être réalisées, sur des populations diverses et dans d’autres pays. Il faudra également aller plus loin dans la compréhension des procédés de transformation grâce à de nouvelles approches épidémiologiques, couplées à des approches expérimentales in vitro et in vivo. Des essais randomisés, mais à court terme et portant sur des facteurs de risque précoces (comme la prise de poids) pourraient aussi être envisagés.

Aux États-Unis, un tel essai a récemment montré qu’un régime ultra-transformé favorise la consommation d’une quantité plus importante d’aliments, et la prise de poids.

En attendant d’en savoir plus, les recommandations nutritionnelles publiées récemment par Santé publique France dans le cadre du Programme national nutrition santé 2019conseillent, au nom du principe de précaution, de limiter la consommation d’aliments ultra-transformés et de privilégier la consommation d’aliments bruts ou peu transformés.

Pour parvenir à faire le tri dans les rayons des supermarchés, les consommateurs peuvent utiliser des applications gratuites comme celle d’Open Food Facts. S’appuyant sur une base de données ouverte et collaborative, elle permet en scannant le code-barre d’un produit alimentaire, d’afficher à la fois son NutriScore (logo qui renseigne sur la qualité nutritionnelle des aliments), sa catégorie NOVA (qui renseigne sur le degré de transformation), et la liste d’ingrédients (et d’additifs) qu’il contient.

Ce type d’outil est précieux pour atteindre l’objectif que s’est fixé le Haut Conseil de la Santé publique : réduire de 20 % la consommation d’aliments ultra-transformés en France d’ici à 2022.

Pour aller plus loin : À l’occasion des 10 ans de cette étude publique coordonnée par l’équipe EREN, un appel au recrutement est lancé. Vous souhaitez vous aussi faire avancer la recherche sur les liens entre nutrition et santé ? Rejoignez les 165 000 « Nutrinautes » de l’étude NutriNet-Santé ! Toutes les informations sont disponibles sur etude-nutrinet-sante.fr/.

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Par Bernard Srour, Epidémiologiste – Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle EREN (Inserm U1153 / Inra U1125 / Cnam / USPC) – Centre de Recherche en Epidémiologie et Statistiques Sorbonne Paris Cité (CRESS), Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ; Mathilde Touvier, Directrice de l’Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm,Inra,Cnam, Université Sorbonne Paris Cité (USPC) et Serge Hercberg, Professeur de Nutrition Université Paris 13 – Praticien Hospitalier Département de Santé Publique, Hôpital Avicenne (AP-HP), Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm,Inra,Cnam, Université Paris 13 – USPC

 

 

Risques sanitaires de l’industrie alimentaire

Risques sanitaires de l’industrie alimentaire 

Bernard Srour, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm); Mathilde Touvier, Université Sorbonne Paris Cité (USPC); Serge Hercberg, Université Paris 13 – USPC, d’autres experts  s’interrogent à propos de certains  risques sanitaires pour les aliments dits ultra transformé sans doute pour ne pas utiliser le terme plus clair mais plus accusateur d’industrie alimentaire,  sorte de chimie qui ajoute nombre d’additifs aux produits de base :

 

« Dans de nombreux pays, le degré de transformation des aliments a augmenté au cours des dernières décennies. Aujourd’hui, les aliments dits « ultra-transformés » représenteraient 25 à 60 % des apports énergétiques journaliers en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Nouvelle-Zélande, et au Brésil.

Or, depuis quelques années, les études suggérant qu’une consommation excessive de ce type d’aliments pourrait avoir des effets délétères pour la santé s’accumulent. Plusieurs recherches ont notamment mis en évidence un lien entre la consommation d’aliments ultra-transformés et un risque plus élevé de surpoids ou d’obésité ainsi que d’hypertension artérielle dans une cohorte d’étudiants espagnols, tout comme un risque accru de dyslipidémies (taux anormalement élevé ou diminué de certains lipides dans le sang : cholestérol, triglycérides…) dans une cohorte d’enfants au Brésil.

Jusqu’à présent, aucune étude épidémiologique n’avait étudié les relations entre la consommation de ces aliments et le risque de maladies cardiovasculaires. C’est désormais chose faite.

Les travaux de l’équipe EREN, qui associe des chercheurs en épidémiologie nutritionnelle de l’Inserm, de l’Inra, de l’Université Paris 13 et du CNAM révèlent, dans un article publié dans le British Medical Journal, que la consommation d’aliments ultra-transformés est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires.

Ces travaux robustes s’appuient sur des données issues de la cohorte NutriNet-Santé. Ils ont inclus plus de 100 000 participants, suivis entre 2009 et 2018, et porté sur >3 300 aliments et boissons différents, classés en fonction de leur degré de transformation.

La notion de transformation des aliments est complexe à appréhender, car les procédés possibles et les additifs autorisés pour modifier les aliments sont très nombreux.

Afin de clarifier les choses, des chercheurs de l’Université de São Paulo ont proposé de classer les aliments en quatre groupes reflétant les niveaux de transformation des aliments. Cette classification « Nova » catégorise les aliments en 4 groupes :

  • les aliments pas ou peu transformés ;
  • les ingrédients culinaires (sel, sucre, matières grasses animales et végétales, épices, poivre…) ;
  • les aliments transformés combinant les deux premiers groupes ;
  • les aliments ultra-transformés.

Ce dernier groupe inclut, entre autres, les sodas sucrés ou édulcorés, les légumes assaisonnés de sauces contenant des additifs alimentaires, les steaks végétaux reconstitués avec ajout d’additifs, les confiseries et barres chocolatées, et tous les produits transformés avec ajout de conservateurs autre que le sel (nitrites par exemple). On y trouve aussi les produits alimentaires principalement ou entièrement constitués de sucre, de matières grasses et d’autres substances non utilisées dans les préparations culinaires, telles que les huiles hydrogénées et les amidons modifiés.

Ainsi, les viandes rouges ou blanches salées sont considérées comme des « aliments transformés » alors que les viandes ou charcuteries contenant des nitrites et des conservateurs ajoutés, comme les saucisses et le jambon, sont classées comme « aliments ultra-transformés ».

Dans le même ordre d’idée, les soupes liquides en brique préparées uniquement avec des légumes, des herbes et des épices sont considérées comme des « aliments transformés » alors que les soupes déshydratées sont classées comme « aliments ultra-transformés ».

Formulés pour être microbiologiquement sains et pratiques d’utilisation, les aliments ultra-transformés ont, en moyenne, une qualité nutritionnelle plus faible que les autres aliments. Ils sont en effet souvent non seulement plus denses en énergie, plus riches en sel, sucre et acides gras saturés, mais également plus pauvres en fibres et en vitamines, et ils pousseraient à manger davantage.

Qui plus est, ces aliments ultra-transformés contiennent pour la plupart des additifs alimentaires (colorants, émulsifiants, texturants, édulcorants, etc.).

Ils sont par ailleurs susceptibles de véhiculer des substances provenant des emballages au contact des aliments, ainsi que certains composés « néoformés », c’est-à-dire produits lors des processus de transformation (chauffage à haute température, hydrogénation, prétraitement par friture, hydrolyse, extrusion, etc.).

Dans le cadre de la cohorte NutriNet-Santé, une association significative avait déjà pu être observée entre la part d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire (en quantité) et une augmentation de divers risques : risque de cancers (au global et du sein), risque de mortalité, risque de symptômes dépressifs et de troubles fonctionnels digestifs.

Pour étudier les liens éventuels entre la consommation de ces aliments et le risque de maladies cardiovasculaires, nous avons recruté des participants qui n’avaient pas de maladie cardiovasculaire à leur entrée dans l’étude. Grâce à des enregistrements de 24 h répétés et validés, nous avons évalué la consommation alimentaire habituelle, et les milliers d’aliments et boissons consommés ont été classés en fonction de leur degré de transformation (selon la classification NOVA).

Les participants ont été suivis de 2009 à 2018 afin de détecter la survenue de maladies, et d’étudier les associations de ces maladies avec leurs consommations alimentaires. Les résultats sont clairs : la consommation d’aliments ultra-transformés s’est révélée être associée à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires, à la fois coronariennes et cérébro-vasculaires.

Une augmentation de 10 points de la part d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire (par exemple, en comparant deux individus consommant respectivement 15 % et 25 % du poids de leurs aliments sous forme ultra-transformée) était associée à une augmentation de 12 % de risque de maladies cardiovasculaires au global (13 % pour les maladies coronariennes et 11 % pour les maladies cérébro-vasculaires).

La mauvaise qualité nutritionnelle n’est pas seule en cause

Au sein des produits recensés par NutriNet-Santé, 85 % des produits de mauvaise qualité nutritionnelle (classés E par le NutriScore) étaient des aliments ultra-transformés.

Cependant, les résultats de nos travaux montrent que cette moins bonne qualité nutritionnelle globale des aliments ultra-transformés n’explique probablement pas à elle seule l’augmentation du risque cardiovasculaire. D’autres hypothèses mécanistiques sont envisageables, faisant par exemple intervenir des composés tels que certains additifs alimentaires ou substances formées lors des processus de transformation. Certains effets adverses sur la santé de tels composés ont en effet déjà été suggérés dans des études expérimentales.

C’est par exemple le cas de l’acrylamide, qui se forme au moment de la cuisson à haute température de certains aliments riches en asparagine (un acide aminé) et en amidon (frites/chips de pomme de terre, céréales du petit déjeuner, produits de panification, biscuits…). Cette molécule est reconnue comme cancérogène probable pour l’être humain, et a été liée au risque de maladies cardiovasculaires.

On peut aussi citer la carboxyméthylcellulose (E466), additif utilisé comme émulsifiant, qui, selon une étude sur des modèles animaux (souris), pourrait provoquer des réactions intestinales inflammatoires et augmenter le risque de syndrome métabolique, ou les matériaux au contact des aliments (comme le bisphénol A, maintenant interdit des emballages alimentaires et qui a lui aussi été lié à des désordres cardiométaboliques).

Les résultats obtenus dans cette étude sont robustes. Pour limiter les biais, ils tiennent compte d’un grand nombre de facteurs sociodémographiques et liés au mode de vie : âge, sexe, tabagisme, consommation d’alcool, niveau d’étude, activité physique, poids, les comorbidités métaboliques (maladies qui en accompagnent une autre), antécédents familiaux…

Cette étude observationnelle ne permet pas à elle seule de conclure à un lien de cause à effet. Cependant, des essais d’intervention au long cours, qui consisteraient à faire consommer des aliments ultra-transformés à des participants pendant plusieurs années, puis à évaluer l’impact sur leur santé (cancers, mortalité, maladies cardiovasculaires) ne sont pas envisageables.

Pour confirmer ces résultats, de nouvelles études épidémiologiques d’observation devront donc être réalisées, sur des populations diverses et dans d’autres pays. Il faudra également aller plus loin dans la compréhension des procédés de transformation grâce à de nouvelles approches épidémiologiques, couplées à des approches expérimentales in vitro et in vivo. Des essais randomisés, mais à court terme et portant sur des facteurs de risque précoces (comme la prise de poids) pourraient aussi être envisagés.

Aux États-Unis, un tel essai a récemment montré qu’un régime ultra-transformé favorise la consommation d’une quantité plus importante d’aliments, et la prise de poids.

En attendant d’en savoir plus, les recommandations nutritionnelles publiées récemment par Santé publique France dans le cadre du Programme national nutrition santé 2019conseillent, au nom du principe de précaution, de limiter la consommation d’aliments ultra-transformés et de privilégier la consommation d’aliments bruts ou peu transformés.

Pour parvenir à faire le tri dans les rayons des supermarchés, les consommateurs peuvent utiliser des applications gratuites comme celle d’Open Food Facts. S’appuyant sur une base de données ouverte et collaborative, elle permet en scannant le code-barre d’un produit alimentaire, d’afficher à la fois son NutriScore (logo qui renseigne sur la qualité nutritionnelle des aliments), sa catégorie NOVA (qui renseigne sur le degré de transformation), et la liste d’ingrédients (et d’additifs) qu’il contient.

Ce type d’outil est précieux pour atteindre l’objectif que s’est fixé le Haut Conseil de la Santé publique : réduire de 20 % la consommation d’aliments ultra-transformés en France d’ici à 2022.

Pour aller plus loin : À l’occasion des 10 ans de cette étude publique coordonnée par l’équipe EREN, un appel au recrutement est lancé. Vous souhaitez vous aussi faire avancer la recherche sur les liens entre nutrition et santé ? Rejoignez les 165 000 « Nutrinautes » de l’étude NutriNet-Santé ! Toutes les informations sont disponibles sur etude-nutrinet-sante.fr/.

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Par Bernard Srour, Epidémiologiste – Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle EREN (Inserm U1153 / Inra U1125 / Cnam / USPC) – Centre de Recherche en Epidémiologie et Statistiques Sorbonne Paris Cité (CRESS), Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ; Mathilde Touvier, Directrice de l’Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm,Inra,Cnam, Université Sorbonne Paris Cité (USPC) et Serge Hercberg, Professeur de Nutrition Université Paris 13 – Praticien Hospitalier Département de Santé Publique, Hôpital Avicenne (AP-HP), Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm,Inra,Cnam, Université Paris 13 – USPC

Oeufs de poules élevées en plein air obligatoire sauf pour l’industrie alimentaire

Oeufs de poules élevées en plein air obligatoire sauf pour l’industrie alimentaire

Le ministre reprend un des promesses de Macron, à savoir l’obligation de ne commercialiser des œufs de poules que si ces dernières sont élevées en plein air. Mais en plein air ne signifie pas fin de l’élevage intensif . Mais en même temps cette obligation ne s’appliquera pas le à l’industrie alimentaire  En 2015, 220 œufs ont été consommés en moyenne par chaque français, dont 40% sous forme d’ovoproduits. En 2013, 290 000 tonnes d’ovoproduits ont été fabriqués en France par une soixantaine d’industriels. Ils sont destinés à l’industrie alimentaire et à l’exportation (pâtisserie, biscuiterie, pâtes alinéaires, industrie laitière, etc.) ainsi qu’à la restauration hors domicile. « En 2022, les œufs coquilles seront issus d’élevage de plein air et plus d’élevage en cage. C’est un engagement de campagne, il sera tenu » a ainsi réaffirmé le ministre de l’Agriculture, au micro d’Europe 1. Les produits à base d’œufs, en revanche, ne seront pas concernés, comme le fait remarquer le Huffington Post. « La filière française se porte bien, petit à petit il y a moins d’élevage en batterie mais il n’est pas possible d’interdire tous les élevages en batterie », a indiqué le ministre. En décembre dernier, l’association L214, qui milite pour le bien-être animal, avait demandé au gouvernement d’interdire tout élevage de poules pondeuses en batterie d’ici 2025. Pour cela, il lui faudra donc attendre encore un peu.

 

Distribution alimentaire : interdiction de vente à perte

Distribution alimentaire : interdiction de vente à perte  

 

Théoriquement la mesure qui interdira la vente à perte dans la distribution alimentaire paraît de nature à assurer un minimum de rémunération aux producteurs. Ceci étant en l’état,  le texte est assez ambigu puisqu’il contraindra la distribution  revendre au minimum tout produit alimentaire au prix acheté majoré de 10%. Ce seuil sera accompagné d’un encadrement des promotions commerciales qui ne pourront plus être supérieures à 34% du prix normal et à 25% du volume annuel vendu et de mesures permettant de baser les contrats commerciaux sur les coûts de revient des agriculteurs. Le problème est de savoir cependant qu’elle sera le prix d’achat imposé au producteur. En effet ce prix d’achat est rarement fondé sur les coûts de production mais sur des prix que les distributeurs en situation oligopolistique imposent. De toute manière il paraît assez difficile sinon impossible de réglementer dans ce domaine à moins d’imposer une réglementation des prix qui serait refusée par Bruxelles (une sorte de tarification obligatoire). Les prix sont évidemment régulés par les rapports de force entre producteurs et distributeurs et cela à l’échelle internationale pour nombre de produits. De ce point de vue la balle est largement dans le camp des producteurs afin qu’ils structurent mieux leur réseau de commercialisation et qu’ils valorisent  davantage leurs productions auprès des consommateurs.

 

Lutte contre le gaspillage alimentaire

Lutte contre le gaspillage alimentaire

. Interfel l’interprofession des fruits et légumes  a dévoilé les résultats d’une enquête réalisée par le cabinet Ressard consultants en partenariat avec l’Inra. Elle laisse apparaître qu’entre le lieu de production et le point de vente final, la perte est de 12 %. «Sur 100 kilos de fruits et légumes prêts à être récoltés, 88 kilos iront bien entre les mains des utilisateurs finaux, indique Bruno Dupont. Nous faisons tout pour réduire les pertes alimentaires. A tous les stades de la filière, nous développons les dons alimentaires. Ce n’est qu’en dernier recours que les produits non consommables sont valorisés par d’autres procédés comme la méthanisation ou l’alimentation animale». Enfin les producteurs de fruits et légumes jouent le pari de la recherche et développement pour innover dans de nouveaux produits – comme la pomme Pink Lady, le dernier grand succès – ou de nouveaux traitements biologiques. «Nous engageons à investir 14 millions d’euros par an en R&D pour soutenir les innovations et la qualité de nos produits», détaille Louis Ourenga. Par ailleurs, les professionnels veulent favoriser l’export des fruits et légumes made in France. «Nous avons prévu d’investir collectivement au minimum 1 million d’euros par an pour soutenir la présence des produits tricolores sur les marchés extérieurs», poursuit-il.. L’Hexagone se place désormais au troisième rang des producteurs de fruits et légumes européens.

Consommation alimentaire : moins de temps pour préparer et pour manger

Consommation alimentaire : moins de temps pour préparer et pour manger

 

Les Français passent de moins en moins de temps pour préparer les repas, aussi de moins en en même temps que les produits de l’industrie alimentaire. Moins de temps pour manger, du coup c’est la consommation de plats préparés qui montent. Une évolution paradoxale car parallèlement le temps disponible n’a cessé d’augmenter du fait de la réduction du temps de travail. En cinquante ans, la consommation alimentaire des Français a subi de nombreux bouleversements. C’est ce qui ressort d’une étude établie par l’Insee, dont les résultats ont été publiés vendredi 9 octobre. L’institut statistique constate que la consommation a régulièrement augmenté en volume mais que sa part dans le budget a diminué. Elle observe également le changement de certaines pratiques et de la composition du panier alimentaire. Depuis 1960, les Français consomment plus mais cela ne les impacte plus autant dans leur pouvoir d’achat. En effet, l’ensemble des ménages a consommé pour 232 milliards d’euros de produits d’alimentation en 2014. Cela représente une moyenne de 3.600 euros par habitant ainsi que 20% de leur budget alloué à la consommation. À l’époque, cette part s’élevait à 35% du budget. Pourtant, la consommation alimentaire en volume n’est pas en baisse. Elle augmente même de 1,1% par an en moyenne, ce qui est toutefois deux fois moins rapide que l’ensemble des dépenses de consommation. Un paradoxe qui s’explique par le meilleur niveau de vie des Français. Les Français prennent de moins en moins le temps de manger, ou même de se faire à manger. En 1960, l’alimentation à domicile représentait 86% du budget alloué. Cinquante ans plus tard, ce ne sont désormais plus que les trois quarts des dépenses qui sont consacrées au chez-soi. Cela indique que les ménages mangent de plus dans des restaurants, des cantines ou utilisent de plus en plus des distributeurs de boissons. D’ailleurs, une autre statistique va dans le même sens : le temps de préparation des repas à domicile a chuté de 25% entre 1986 et 2010. Comme les consommateurs français prennent moins le temps pour se sustenter, cela se ressent dans le choix de leurs repas. Entre 1960 et 2014, le taux de plats préparés dans le panier de courses est ainsi passé de 0,9% à 3,9%. Par an et par volume, l’augmentation s’accroît de 4,4%. L’Insee remarque d’ailleurs une incidence sur la consommation de certains aliments. Les pommes de terre brutes sont moins en vogue (-0,8% par an en volume et par habitant) alors que les produits dérivés du féculent ne cessent de grimper (+3%). À noter par ailleurs que la viande est légèrement en baisse (20% en 2014 contre 24% en 1960), idem pour les fruits et légumes (15% contre 18%). En revanche, le poisson (5% contre 3%) ainsi que les œufs et laitages (12% contre 8%) progressent. La répartition de la consommation de boissons alcoolisées n’est pas en reste de ces évolutions. C’est même le type de produit qui a subi le plus de bouleversements. En 1960, les Français achetaient surtout des vins dits courants (47%) en opposition aux vins de qualité supérieure (8%). À côté, les alcools forts (16%), le champagne (15%) et la bière (14%) étaient relégués au second plan. En 2014, le classement a été totalement bouleversé. Autrefois incontestable, le vin courant est désormais la boisson alcoolisée la moins prisée (9%). Les ménages privilégient désormais la qualité des vins supérieurs (23%). Surtout, c’est le bond spectaculaire des alcools forts qui est à noter, désormais en tête de ce classement avec presque 35%.

Gaspillage alimentaire :  » un coup politique de Ségolène avant la COP21″

Gaspillage alimentaire :  » un coup politique  de Ségolène avant la COP21″

 

Arash Derambarsh, élu municipal à Courbevoie conteste dans une interview à la Tribune l’accord passé par Ségolène avec la distribution et considère que c’est un coup politique.
 L’accord donne trois mois aux distributeurs pour être en conformité. Faute de bonne volonté,  »il y aura une loi », a prévenu la ministre. Ce délai vous semble-t-il trop long?ARASH DERAMBARSH - C’est de la rigolade ! Sur le terrain, cela fait un an que l’on demande à des enseignes de nous donner leurs invendus. A Courbevoie, des Monoprix et des Franprix nous ont refusé des stocks. Ils préfèrent mettre de l’eau de javel.

D’après cet accord, toutes les surfaces de plus de 400 m2 devront donner leurs invendus. Mais vous doutez que les franchisés s’y plieront. Pourquoi?

Une franchise ne reçoit d’ordre de personne. Or, elles représentent les deux tiers des entreprises. Si une ou deux acceptent de jouer le jeu, et d’autres non, que ferons-nous? Cela va devenir une usine à gaz. Et puis, nous ne pouvons pas surveiller toutes les entreprises.

Les associations signalent les difficultés logistiques que représentera le nouvel afflux de stocks. Qui devrait financer les camions, entrepôts, etc., qu’il faudra mettre en place?

Cet argument n’est pas recevable. Aujourd’hui, la loi prévoit que seules les associations agréées, les Banques alimentaires, les Restos du cœur, le Secours populaire et la Croix Rouge récupèrent les invendus. Je dis qu’il faudrait permettre aussi à toutes celles qui le veulent de contribuer à la redistribution. Il s’agirait d’un droit opposable. Ce n’est pas au magasin de rechercher des associations mais à celles qui le veulent de pouvoir récupérer des invendus.

Si toutes les associations peuvent réclamer les invendus, des responsables de réseaux associatifs craignent que des personnes mal intentionnées en profitent pour détourner des stocks…

Mais on parle de produit à 2 ou 3 euros, des pâtes, des féculents, du sucre !

Vous excluez la viande?

Oui. Le « marché gris », c’est un faux argument. Je ne sais pas quel genre d’être humain irait mettre un sac de légumes sur eBay! La réalité, c’est que le 10 du mois, des gens se retrouvent en difficulté. Il y a une question de dignité. Les Restos du cœur demandent des fiches de paie aux bénéficiaires, mais ces problèmes concernent aussi des gens qui travaillent, des mères de famille, etc. La misère ne se constate pas sur une fiche de paie. Ce matin même, je me suis rendu dans des supermarchés à Courbevoie où l’on m’a dit que l’on ne pouvait rien me donner car, en cas d’intoxication alimentaire, qui serait responsable? De fait, cet accord ne précise rien sur la responsabilité. Il n’a aucune valeur.

Vous n’avez pas été convié, lors des discussions pour cet accord. Interrogée sur le sujet lors d’une conférence de presse, Ségolène Royal a répondu que « sont invités ceux qui agissent » et que « cela fait des années que beaucoup de gens travaillent sur ce sujet. Ce n’est pas ma propriété ni celle de Pierre, Jacques ou Paul ». Avez-vous eu des contacts avec la ministre ou son cabinet?

Nous avons rencontré des conseillers du président de la République à deux reprises, mais jamais la ministre, malgré nos demandes. Et je voudrais lui répondre: Madame Royal, vous étiez déjà ministre en 1992. Moi, j’avais 12 ans quand vous étiez à ce poste et cela fait un an que je travaille sur ce sujet. Mais depuis vingt-deux ans, qu’avez-vous fait? Entre 40 kg et 50 kg de produits sont jetés tous les jours, par magasin. Maintenant, il faut une loi pour mettre tout le monde sur un pied d’égalité.

Les dispositions en question ont été censurées pour des raisons de procédure. La censure vous paraissait-elle prévisible?

Après le camouflet que représentait la censure, Mme Royal a voulu faire un coup. C’était important avant la COP21.

La consommation alimentaire recule

La consommation alimentaire recule

Si l’on sen tient à la valeur la consommation a augmenté mais c’est uniquement sous l’effet des prix ; en volume il y a baisse de près de 1% et cela en dépit de la croissance démographique. Conclusion : une baisse de 1.3% en volume. «Les achats de produits de grande consommation sont restés tout juste stables l’an passé, constate Jacques Dupré, directeur Insight chez SymphonyIRI, qui analyse les sorties de caisses des grandes surfaces. Ce n’est pas si mal sachant que la consommation a été handicapée au premier semestre par l’inflation et que le pays est officiellement entré en crise.» Les dépenses reculent ainsi en volume de 0,8 %, mais progressent de 1,9 % en valeur dans les hypers, supermarchés et magasins hard discount. «Si on intègre le drive, en plein essor dans le pays, on arrive à une stabilité en volume et une augmentation de 2,5 % en valeur», précise Jacques Dupré. Reste que si l’on prend en compte la croissance démographique de l’Hexagone, les dépenses auraient dû augmenter d’au moins 0,5 %. «Par ménage, les Français ont donc moins consommé qu’en 2011», nuance le ­spécialiste. Il n’empêche, on est loin du passage à vide qui avait marqué la précédente crise de 2008. L’inflation élevée, conséquence de la flambée des cours des matières premières, avait fortement pénalisé les volumes d’achats (- 1,3 %). Les consommateurs s’étaient massivement reportés vers Lidl, Netto et autres enseignes de hard discount et vers les marques de distributeurs (MDD), qui stagnent depuis autour de 30 % de parts de marché. Ils avaient par ailleurs boudé les produits dits «plaisir» qui résistent à la crise cette année, à l’image de la confiserie (+ 1,3 %) ou des plats traiteur (+ 3 %).Le recours aux rabais illustre l’évolution des comportements. La part d’achats sous promotion est ainsi passée de 11,8 % à 12,3 % entre 2011 et 2012, faisant la part belle aux marques nationales. Les consommateurs n’hésitent plus à feuilleter les prospectus des enseignes à la recherche des bons plans avant même de se rendre en magasins. Ils privilégient les promotions à réduction immédiate aux remboursements différés des cartes de fidélité. Exit aussi les lots de douze pour le prix de dix. Ils rechignent à stocker ou à dépenser trop d’un coup. L’augmentation des prix au premier semestre (+ 3 %), conséquence des taxes alimentaires et de la pression sur les matières premières, avait suscité des craintes en début d’année. Le ralentissement de l’inflation au second semestre (+ 1 %) explique la résistance des volumes. Outre le retour à la normale sur le front des matières premières, il a été rendu possible par la guerre des prix que se sont livré les enseignes, notamment sur les produits vedettes des grandes marques. Au détriment des MDD, qui ont ainsi perdu en attractivité.

 

 

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Hausse de prix injustifiées sur l’alimentaire à la veille de Noël

Hausse de prix injustifiées sur l’alimentaire à la veille de Noël

 

« Nous refusons la hausse des prix. On ne veut pas d’inflation à plus de 1% dans les magasins Leclerc », a déclaré jeudi sur Europe Michel-Edouard Leclerc, le PDG du groupe de grande distribution du même nom, réagissant à l’enquête d’Europe1 sur la hausse des prix de l’alimentaire à l’approche de Noël. « Les fournisseurs nous proposent des hausses tarifaire très élevés, en moyenne de 8 à 10%, surtout sur l’alimentaire. Ils évoquent la hausse des matières premières non justifiées, comme pour le café et le sucre dont les prix tombent. »

 




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