Archive pour le Tag 'Algérie'

Algérie : 10 000 arrestations !

Algérie : 10 000 arrestations !

 

 

Le mathématicien Pierre Audin et l’architecte Samir Yahiaoui déplorent, dans une tribune au « Monde », que l’ONU n’ait pas pris acte de « l’état déplorable des droits humains » dans le pays.

 

Tribune.

Quelque 10 000 arrestations – dont plus de 6 300 ces quatre derniers mois –, 300 détenus d’opinion, 700 procès, une dizaine de plaintes pour viols et tortures pendant les gardes à vue… C’est le bilan, forcément provisoire, établi à ce jour par la Ligue algérienne pour la défense des droits humains (LADDH) et le Comité national pour la libération des détenus (CNLD). Ses critiques du régime auront même coûté son poste à un magistrat, radié par ses pairs fin mai. La répression est désormais la seule réponse du régime en place depuis 1962 au mouvement citoyen pacifique du Hirak, débuté le 22 février 2019 pour réclamer ni plus ni moins qu’un Etat de droit.

Ce bilan répressif ne suffit pas au pouvoir algérien. Il l’assortit d’un discours conspirationniste, considérant les millions de marcheurs tantôt comme des idiots utiles, tantôt comme les supplétifs d’un vaste plan de subversion du pays conduit par une triple alliance maroco-israélo-française ! Dans cet objectif, deux documentaires, produits par le service de communication et d’orientation de l’armée et diffusés par la télévision d’Etat, développent ad nauseam cette élucubration, à grand renfort d’images de raids israéliens sur Gaza et d’« analyses » d’experts maison.

Le pouvoir en place en Algérie a d’ailleurs élargi le concept de « terrorisme » pour y englober le simple fait d’appeler à un changement de régime. En vertu de cette extension, tout citoyen appelant à la fin du régime risque désormais de voir son nom inscrit sur une liste nationale de terroristes et d’être traité comme tel.

Face à de telles outrances, pas moins de 82 organisations algériennes et internationales, dont la LADDH, Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières (RSF) et MENA Rights Group, ont tenu, avec une rare unanimité, à interpeller le Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur les dérives d’un pays membre : l’Algérie, dont le pouvoir bafoue au grand jour les résolutions internationales de protection des droits humains et contre la torture qu’il a paraphées et ratifiées et dont la Constitution affirme que les traités internationaux ont la primauté sur le droit national.

Les détenus et leurs proches, qui représentent toutes les couches de la société algérienne, chômeurs et étudiants, journalistes et avocats, universitaires, médecins, blogueurs, caricaturistes ou syndicalistes, ont attendu avec grand espoir que la 47e session du Conseil de droits de l’homme prenne publiquement acte de l’état déplorable des droits humains dans leur pays. Cet espoir a été déçu : la résolution finale ne fait nulle mention du cas algérien, alors même que l’Algérie n’a rien à envier aux régimes condamnés et dénoncés par le conseil lors de sa 47e session. La démarche des 82 ONG aurait-elle fait l’objet d’une fin de non-recevoir ? Et si oui, pourquoi ?

Algérie : une crise politique mais aussi et surtout économique

Algérie : une crise politique mais aussi et surtout économique

La crise est évidemment démocratique et politique en Algérie depuis la mise sous tutelle du mouvement Hirak au début approuvé par le président lui-même et maintenant non seulement contesté mais réprimé par l’arrestation de certains leaders.

 

Une crise qui s’inscrit aussi dans un environnement économique complètement dépressif caractérisé notamment par un très taux de chômage. Officiellement,  le pouvoir indique un taux de chômage de 15 % mais qui pourrait être plus proche de 25 %.. En cause , un système malsain de distribution de revenus qui décourage travail et prise de risque et empêche la diversification économique . En 2019 les recettes des exhortations du pétrole ont rapporté

26,4 milliards de dollars contre 38 milliards. L’activité économique s’est contractée de 6 % en 2020 et, en après un rebond modeste, une croissance de 2,9 % est attendue cette année (la loi de finances table sur 4 %) et 2,7 % l’an prochain, selon le Fonds monétaire international. L’économie algérienne ne devrait retrouver son niveau pré-pandémie que fin 2022.

Les déficits budgétaires et de la balance des paiements s’accumule. Par exemple Les réserves de change, qui ne dépassent plus 46 milliards de dollars, la moitié du niveau de fin 2017.

En conséquence, « le pays va tout droit vers une crise des changes », avertit l’économiste Abdel Bessaha. Une chute du dinar algérien renchérirait les produits importés et ferait donc flamber l’inflation, qui se réveille déjà au niveau mondial. Alors que le prix de produits clés, carburant, semoule, huile, est sensible pour la paix sociale. Bref de quoi encore détériorée évidemment la situation économique mais aussi politique.

Algérie: prison ferme pour des manifestants du Hirak

Algérie: prison ferme pour des manifestants du Hirak

 

Si le mouvement Hirak a été ménagé au départ, le pouvoir semble bien vouloir maintenant l’enterrer définitivement. Et pas en douceur mais avec des arrestations et des emprisonnements. Curieusement il y a très peu de protestations en France contre cette répression tant de la part d’organisations politiques que des personnes originaires du Maghreb pourtant prend à manifester contre les atteintes démocratiques en France.

À l’approche des élections législatives anticipées du 12 juin, le régime paraît déterminé à briser le Hirak, ciblant des militants, des opposants et des journalistes indépendants. Né en février 2019 du rejet populaire d’un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, qui a démissionné peu après, le Hirak réclame un changement radical du «système» politique en place depuis l’indépendance en 1962. En réalité, la perspective d’une évolution significative du système politique s’éloigne de plus en plus et les mêmes forces soutenues par l’armée risquent d’être réélues. Bref, un Hirak pour rien et une accélération de l’émigration vers l’Europe en raison de la crise économique et politique.

Hirak Algérie: un leader en garde à vue

Hirak Algérie: un leader en garde à vue

 

L’opposant algérien Karim Tabbou, figure du mouvement pro-démocratie du Hirak, a été placé en garde à vue mercredi 28 avril au soir à Alger à la suite d’une plainte déposée par un officiel, a indiqué son avocat Me Ali Fellah Benali. Karim Tabbou, 47 ans, sera présenté jeudi devant un procureur, a précisé l’avocat, cité sur les réseaux sociaux.

 

Karim Tabbou, emprisonné de septembre 2019 à juillet 2020, est un visage très populaire de la contestation antirégime depuis le début du Hirak il y a plus de deux ans. Sa garde à vue s’inscrit dans un climat de répression accrue contre des militants, des opposants politiques et des journalistes à l’approche des élections législatives convoquées par un pouvoir impopulaire.

La France responsable de l’analphabétisme en Algérie !

La France responsable de l’analphabétisme en Algérie !

Il faut vraiment que la technostructure algérienne qui pille le pays depuis 60 ans soit aux abois politiques pour utiliser l’argument de la culpabilité française en matière d’alphabétisation. C’est pourtant ce qu’a osé un responsable algérien,  le conseiller pour les questions mémorielles du président algérien Abdelmadjid Tebboune, selon des propos rapportés dimanche par plusieurs quotidiens locaux.

Il  y a pourtant 60 ans que l’Algérie est indépendante et qu’elle n’a pas été capable du moindre progrès social, économique, culturel et sociétal. Les dirigeants ont maintenu la population dans un état de sous-culture dramatique qui fait que le pays ne dispose pratiquement que des ressources du pétrole et n’a pas été capable de mettre en œuvre une économie moderne et une société évoluée.

La vérité pourtant connue la technostructure héritière du FLN s’est appropriée toute la richesse de l’Algérie laissant la population dans une misère noire et la privant par ailleurs du droit à l’expression démocratique la plus élémentaire. La vérité c’est que la technostructure appuyée par l’armée se partage le magot depuis 60 ans et que leur seul argument de défense est d’en attribuer la responsabilité à la colonisation de la France ! Pourquoi pas aussi au pape puisque parallèlement on est aussi engagé dans une guerre de civilisation et de religion.

D’après les médias, il a souligné, en citant «les historiens», sans les nommer, qu’au début de la colonisation française, en 1830, «le taux d’analphabétisme (en Algérie, NDLR) n’approchait pas les 20% de la population». «Et tous les Algériens lisaient et écrivaient. Pendant les trente premières années de colonisation, la France avait éliminé les personnes qui lisaient et qui écrivaient. Il s’en est suivi l’ère du pillage», a accusé M. Chikhi qui s’est exprimé samedi lors d’une «Journée du savoir», organisée au centre des archives à Alger. Il a par ailleurs annoncé la tenue prochaine d’une «conférence nationale sur la mémoire».

 

On peut comprendre que dans ces conditions la France ait cru bon d’annuler le voyage du Premier ministre français à Alger. Le problème est que le pouvoir algérien actuel n’a plus de légitimité démocratique, qu’il est au bout de son parcours pour avoir pillé le pays et que son lamentable argumentaire se limite à tenter de réveiller le nationalisme pour faire oublier le mécontentement interne.

 

Algérie : report de la visite de Castex

Algérie : report de la visite de Castex

Officiellement le voyage de Castex a été reporté pour des raisons sanitaires. En fait demeurent de nombreuses oppositions y compris internes à chacun des deux pays sur l’ampleur et la nature de la coopération. Pourtant l’Algérie un grand besoin d’aide extérieure compte tenu de la dégradation économique mais aussi du peu de légitimité démocratique dont jouit le gouvernement.

De  sources concordantes françaises et algériennes, le format de la délégation française, réduit en raison de l’épidémie, a été jugé insuffisant par les autorités hôtes, mécontentes, ce qui a précipité cette annulation tardive. «Le format de la délégation n’est pas à la hauteur» selon Alger, a ainsi indiqué une source française ayant connaissance du dossier.

«La visite a été réduite à une seule journée et la délégation à quatre ministres. C’est un sous-format alors qu’il y avait beaucoup de dossiers bilatéraux à étudier», a confirmé une source algérienne. La visite du premier ministre français devait marquer une nouvelle étape dans le réchauffement bilatéral engagé par les présidents Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune. Après des tensions lors du soulèvement populaire du Hirak il y a deux ans, Emmanuel Macron a opté pour un soutien ouvert au président Tebboune, dont l’élection fin 2019 a été massivement rejetée par la population et qui reste contesté dans la rue, un appui qui suscite des critiques au sein du mouvement pro-démocratie. Les deux pays entretiennent des relations tumultueuses depuis des décennies, fruit de l’histoire coloniale et de la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962). En France comme en Algérie, cette histoire partagée est un sujet sensible pour une frange importante de la population.

Preuve : Le chef de l’État algérien a réaffirmé dimanche que la mémoire nationale «ne saurait faire l’objet de renonciation ni de marchandage» alors que les gouvernements algériens successifs ont utilisé la guerre d’indépendance contre la France comme ciment politique.

Tandis que certains médias algériens vantaient le réchauffement franco-algérien, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Hachemi Djaâboub, a lancé jeudi devant le Sénat une virulente attaque contre la France, qualifiée d’«ennemi traditionnel et éternel», selon le site en ligne TSA.

Algérie : action contre des activistes islamistes

Algérie : action contre des activistes islamistes

l’Algérie a lancé quatre mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de quatre activistes établis à l’étranger, des influenceurs et un dirigeant d’un mouvement islamiste interdit, accusés notamment d’appartenir à un groupe terroriste. Les personnes visées sont Mohamed Larbi Zeitout, un ancien diplomate résidant au Royaume-Uni, Amir Boukhors, blogueur connu sous le nom d’«Amir Dz», Hichem Aboud, un journaliste, et un certain Mohamed Abdellah.

En outre, le même procureur a requis dimanche le placement sous mandat de dépôt d’un certain Ahmed Mansouri, un ancien militant islamiste repenti, arrêté le 28 février et depuis en détention provisoire. Ahmed Mansouri, un ex-membre du FIS, «a rejoint les groupes terroristes et a été condamné en 1994 à la peine capitale avant de bénéficier des dispositions de la Concorde civile», indique le communiqué du procureur du tribunal de Bir Mourad Rais à Alger.

Selon le communiqué, «des investigations techniques» ont confirmé qu’Ahmed Mansouri avait établi des contacts notamment avec Amir Dz, Hichem Aboud et Mohamed Abdellah afin de «mettre sur pied des plans d’atteinte à l’ordre public, notamment l’exploitation du Hirak (…) dans le but de le faire sortir de son caractère pacifique». L’action de la justice algérienne survient au moment où le Hirak mobilise à nouveau des milliers d’Algériens chaque semaine dans les rues contre le régime, tandis que le président Abdelmadjid Tebboune a convoqué des élections législatives le 12 juin prochain.

Algérie: manifestation contre la condamnation à sept ans de prison d’un blogueur

Algérie: manifestation contre la condamnation à sept ans de prison d’un blogueur

 

 

Le pouvoir algérien est toujours partagé entre sa volonté de contrôler la colère de la rue contre l’immobilisme et la corruption et la nécessité de maintenir l’ordre. De nombreuses manifestations se développent un peu partout pour desserrer l’étau démocratique et économique. Cependant des oligarques du pouvoir ne sont pas prêts à lâcher leurs prérogatives. Ainsi un blogueur a été condamné à sept ans de prison ferme pour incitation au terrorisme.

 

D’où les manifestations à Ouargla, ville du nord du Sahara algérien, des manifestants ont bloqué plusieurs axes routiers et fait brûler des pneus après que le tribunal criminel local a condamné Ameur Guerrache,.

 

Arrêté chez lui le 1er juillet 2020, Ameur Guerrache, 31 ans, présenté comme un militant et poète, est «l’un des plus grands animateurs du mouvement (de protestation) à Mekhadma depuis plusieurs années», précise le CNLD (comité national pour la libération des détenus). Le mouvement Mekhadma tire son nom d’un quartier déshérité de la ville de Ouargla, où en juin dernier des centaines de personnes avaient protesté pacifiquement contre leurs conditions de vie ainsi que leur marginalisation et exclusion du développement local. Ouargla est la capitale d’une wilaya (préfecture) riche en hydrocarbures, où se trouvent nombre de gisements, dont celui de Hassi Messaoud. Mais c’est aussi une ville où le taux de chômage des jeunes est élevé.

Selon l’agence officielle APS, des preuves de la citation au terrorisme ont été trouvées chez l’intéressé notamment à une caméra et un téléphone mobile contenant la photo d’un terroriste!

D’un côté des autorités libère des manifestants arrêtés mais de l’autre en condamne d’autres. Il n’est pas certain que la promesse d’élections parlementaires soit de nature à affaiblir la contestation car ce que revendique nombre d’Algériens c’est une véritable révolution démocratique et économique.

Algérie : l’avenir politique du Hirak

Algérie : l’avenir politique du Hirak

 

Deux ans après son surgissement, le grand mouvement de protestation de la société civile doit repenser sa stratégie et devenir une force de proposition politique, analyse la sociologue Amel Boubekeur dans une tribune au « Monde ».

Tribune.

 

Deux ans après l’émergence du Hirak, l’Algérie serait-elle revenue à la case départ ? Comme elle l’avait fait avec Bouteflika pour sortir de la guerre civile, l’armée a choisi d’installer un président « civil », Abdelmadjid Tebboune, dont l’inefficience lui importe peu tant que cette façade la dispense de négocier une sortie de crise avec des civils.

Face à cet insaisissable « pouvoir », l’opposition, elle, semble toujours exclusivement n’envisager une sortie de crise que par les deux voies – peu probables – d’un soulèvement révolutionnaire total, ou d’une subite et miraculeuse démocratisation impulsée par une nouvelle génération éclairée de militaires.

Cet évitement du politique a certes jusqu’ici permis aux deux parties de continuer à coexister tout en évitant d’entrer à nouveau frontalement en conflit. Mais cela a simultanément affaibli la capacité des institutions de l’Etat à répondre aux attentes réelles des Algériens. Dans un contexte de crise économique et sanitaire sans précédent, cette disparition graduelle de l’Etat pourrait remettre en question la centralité de la figure présidentielle comme pilier du régime militaire, mais aussi la volonté d’une normalisation institutionnelle de la contestation par le Hirak.

En 1999, Bouteflika avait pu se substituer à un Etat de droit simplement par la promesse de mettre fin à des années de violence. Sa « réconciliation nationale » s’était faite sans justice transitionnelle, sa redistribution de la rente pétrolière sans justice sociale, ses décrets présidentiels avaient remplacé le Parlement et la participation politique était circonscrite à la cooptation de certains partis.

Après deux décennies de décrédibilisation de l’Etat comme outil de réforme, personne ne croit aux promesses d’une Algérie nouvelle par le président Tebboune. Son élection et son référendum constitutionnel n’ont pas réactivé une participation populaire pro-régime qui devait contrebalancer celle de la rue. Le médiateur de la République qu’il a nommé afin d’aider les citoyens dans leurs « différends » avec l’administration s’est déclaré impuissant face à la corruption de la petite bureaucratie. Si un quart du budget de l’Etat est toujours consacré aux transferts sociaux, cela est sans effet faute de plan de relance post-Covid et de mesures pour lutter contre l’inflation et l’économie informelle.

La dissolution de l’Assemblée nationale et la promesse de nouvelles élections se heurtent à l’absence de partis fonctionnels. Même la grâce présidentielle octroyée à une partie des prisonniers d’opinion afin de dissuader la reprise des marches est affaiblie par l’illogisme d’un pardon accordé à des individus qui n’ont parfois pas encore été jugés ou dont les chefs d’accusation étaient arbitraires.

Algérie : l’avenir politique du Hirak

Algérie : l’avenir politique du Hirak

 

Deux ans après son surgissement, le grand mouvement de protestation de la société civile doit repenser sa stratégie et devenir une force de proposition politique, analyse la sociologue Amel Boubekeur dans une tribune au « Monde ».

Tribune.

 

Deux ans après l’émergence du Hirak, l’Algérie serait-elle revenue à la case départ ? Comme elle l’avait fait avec Bouteflika pour sortir de la guerre civile, l’armée a choisi d’installer un président « civil », Abdelmadjid Tebboune, dont l’inefficience lui importe peu tant que cette façade la dispense de négocier une sortie de crise avec des civils.

Face à cet insaisissable « pouvoir », l’opposition, elle, semble toujours exclusivement n’envisager une sortie de crise que par les deux voies – peu probables – d’un soulèvement révolutionnaire total, ou d’une subite et miraculeuse démocratisation impulsée par une nouvelle génération éclairée de militaires.

Cet évitement du politique a certes jusqu’ici permis aux deux parties de continuer à coexister tout en évitant d’entrer à nouveau frontalement en conflit. Mais cela a simultanément affaibli la capacité des institutions de l’Etat à répondre aux attentes réelles des Algériens. Dans un contexte de crise économique et sanitaire sans précédent, cette disparition graduelle de l’Etat pourrait remettre en question la centralité de la figure présidentielle comme pilier du régime militaire, mais aussi la volonté d’une normalisation institutionnelle de la contestation par le Hirak.

En 1999, Bouteflika avait pu se substituer à un Etat de droit simplement par la promesse de mettre fin à des années de violence. Sa « réconciliation nationale » s’était faite sans justice transitionnelle, sa redistribution de la rente pétrolière sans justice sociale, ses décrets présidentiels avaient remplacé le Parlement et la participation politique était circonscrite à la cooptation de certains partis.

Après deux décennies de décrédibilisation de l’Etat comme outil de réforme, personne ne croit aux promesses d’une Algérie nouvelle par le président Tebboune. Son élection et son référendum constitutionnel n’ont pas réactivé une participation populaire pro-régime qui devait contrebalancer celle de la rue. Le médiateur de la République qu’il a nommé afin d’aider les citoyens dans leurs « différends » avec l’administration s’est déclaré impuissant face à la corruption de la petite bureaucratie. Si un quart du budget de l’Etat est toujours consacré aux transferts sociaux, cela est sans effet faute de plan de relance post-Covid et de mesures pour lutter contre l’inflation et l’économie informelle.

La dissolution de l’Assemblée nationale et la promesse de nouvelles élections se heurtent à l’absence de partis fonctionnels. Même la grâce présidentielle octroyée à une partie des prisonniers d’opinion afin de dissuader la reprise des marches est affaiblie par l’illogisme d’un pardon accordé à des individus qui n’ont parfois pas encore été jugés ou dont les chefs d’accusation étaient arbitraires.

Gouvernement Algérie: on change sans changer !

  • Gouvernement Algérie: on change sans changer !

 

  • Devant les risques de résurgence du Hirak en Algérie le président Tebboune  semblait avoir pris trois mesures radicales : le changement de gouvernement, la libération des prisonniers d’opinion et de nouvelles élections.
  • Pour ce qui concerne d’éventuelles conséquences des élections, il faudra bien évidemment attendre. Par contre comme souvent en Algérie, le président vient de changer un gouvernement qui ne change rien mais simplement redistribue les cartes entre à peu près les mêmes. Témoin le premier Ministre qui reste à son poste  ainsi que les détenteurs des ministères régaliens, selon la liste publiée par la présidence de la République.
  • Sont partants le ministre de l’Energie, Abdelamadjid Attar, chargé d’une rente pétrolière sur le déclin, et son collègue de l’Industrie, Ferhat Aït Ali, qui paie sa gestion du dossier de la relance de l’industrie automobile. Les ministres des Ressources en eau, du Tourisme, de l’Environnement et des Travaux publics quittent également le gouvernement. Comme d’habitude le président se retrouve coincé entre les vieilles forces du FLN et de l’armée.
  • À noter en France des manifestations de protestation contre l’immobilisme en Algérie.

Algérie : des élections pour éviter le retour du Hirak

Algérie : des élections pour éviter le retour du Hirak

 

La température ne cesse de monter dans la cocotte-minute algérienne avec la perspective d’un retour de l’Hirak. La vérité c’est que depuis la nomination du président algérien en dépit de quelques aménagements institutionnels et politiques rien n’a vraiment changé.

 

Pour soulever le couvercle de la contestation de plus en plus active le président algérien a décidé assez brusquement d’organiser des élections législatives anticipées. Parallèlement,  président a décidé de libérer des prisonniers condamnés précisément dans le cadre de l’Hirak. On notera à ce sujet la déclaration très ambiguë du président algérien qui a émergé à l’occasion de l’Irak mais finalement a continué en pratiques  les pratiques anciennes de corruption et d’inégalité sociale.

«Le  »Hirak béni » a sauvé l’Algérie. J’ai décidé d’accorder la grâce présidentielle à une trentaine de personnes pour lesquelles une décision de justice avait été rendue ainsi qu’à d’autres pour lesquelles aucun verdict n’a été prononcé. Entre 55 et 60 personnes rejoindront à partir de ce soir ou demain leur famille», a-t-il déclaré dans un discours à la Nation télévisé.

Quelque 70 personnes sont actuellement en prison en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles, selon le Comité national de libération des détenus (CNLD), une association de soutien. Cette annonce survient à la veille du 2e anniversaire du soulèvement populaire inédit qui a forcé l’ex-homme fort Abdelaziz Bouteflika à renoncer à un cinquième mandat présidentiel et à quitter le pouvoir.

. Le chef de l’Etat a par ailleurs annoncé un remaniement ministériel «dans les 48 heures au maximum». «Ce remaniement concernera des secteurs qui enregistrent des déficits dans leur gestion ressentis par les citoyens et nous mêmes», a-t-il dit.

Algérie: le retour du Hirak ?

Algérie: le retour du Hirak ?

 

Ce n’est pas encore le retour généralisé du Irak mouvement de protestation contre l’absence de démocratie et de progrès social en Algérie. Cependant des milliers de personnes ont manifesté mardi 16 février dans l’est de l’Algérie, à Kherrata, le berceau du mouvement anti-régime Hirak, pour le deuxième anniversaire du soulèvement populaire, au moment où le président Abdemadjid Tebboune est sous pression pour juguler la crise politique qui secoue le pays depuis février 2019.

 

Le mécontentement est toujours présent en Algérie en dépit des fausses promesses du pouvoir pour davantage de démocratie et de justice sociale. Sur le fond, les protestataires réclament surtout que soit mis fin à l’appropriation des richesses nationales par l’oligarchie de l’ancien FLN et de ses proches.

 

Reprenant ses activités après sa longue absence à l’étranger, le président a mené ce week-end des consultations avec plusieurs partis politiques, y compris de l’opposition, en vue de scrutins locaux et législatifs anticipés d’ici la fin de l’année. Tandis que la nouvelle loi électorale doit être présentée au Parlement, Abdemadjid Tebboune s’apprêterait à procéder à un remaniement du gouvernement. Bref du bidouillage politique quand on attend une révolution démocratique économique

Réconciliation Algérie : un concept douteux

Réconciliation Algérie : un concept douteux

L’historienne fait part de ses divergences, dans une tribune au « Monde », avec les analyses de Benjamin Stora dans le rapport sur « les questions mémorielles » liées à cette période qu’il a remis en janvier au président de la République, Emmanuel Macron.

La commande à Benjamin Stora du rapport sur « les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie » repose sur un présupposé : la « guerre d’Algérie » serait l’objet d’une « guerre des mémoires » qu’une « réconciliation » franco-algérienne devrait apaiser. Il y aurait donc une fracture dans l’approche de ce passé, opposant Français et Algériens.

Ce n’est pas ce que raconte l’histoire de la guerre. En Algérie comme en France, les sociétés ont connu des clivages profonds, parfois violents, qui ont transcendé les appartenances nationales. Cette guerre n’a pas mis en présence des Français et des Algériens unis face à face, ni incapables de converger.

Des « Européens », dans la taxonomie coloniale, ont lutté pour l’indépendance selon une conception de la nation algérienne ouverte à leur égard ; des Français ont dénoncé la torture en invoquant la République et ses valeurs quand d’autres défendaient l’œuvre coloniale ; des anticolonialistes français et des nationalistes algériens ont partagé un idéal révolutionnaire, internationaliste ; des indépendantistes se sont entre-tués. Aucune homogénéité, aucun unanimisme, donc ; cette guerre a mis les nations à l’épreuve. Rien n’est plus faux que de la penser en affrontement de deux blocs nationaux.

Ce n’est pas non plus ainsi que les mémoires individuelles se sont construites. En France, les recherches démontrent la multiplicité des appréhensions de ce passé par les générations postérieures, les témoins disparaissant au fil du temps. Tout est possible : de la réappropriation la plus vive à l’indifférence totale, en passant par une vaste gamme complexe. La remémoration n’est pas toujours douloureuse, ni publique. Elle exprime souvent une demande d’histoire, à des fins de compréhension et non de revanche. La pathologisation systématique des mémoires, dans la société française, est excessive.

Les affrontements ont le politique pour champ de bataille. Ils se cristallisent sur les noms de lieux, les plaques, stèles et autres symboles érigés dans la discorde, parfois vandalisés. En dépit d’une représentativité à questionner, des associations s’arrogeant la parole d’un groupe entretiennent la bataille, sans hésiter à servir des clientélismes électoraux. Il ne s’agit pas d’histoire ni de mémoire, mais d’usages du passé. Celui-ci est d’autant plus polémique qu’il nourrit des argumentaires allant de l’extrême gauche à l’extrême droite sur des thèmes d’actualité (migrations, islam, terrorisme, exception, citoyenneté, nation…).

Politique: Algérie, la névrose de l’identité

Politique: Algérie , la névrose de l’identité

Le chercheur Paul Max Morin souligne l’incapacité de la République française à penser le colonialisme et dénonce « l’instrumentalisation de ce passé par des entrepreneurs identitaires . Certes le principe de la colonisation est totalement condamnable mais il y a maintenant 60 ans que l’indépendance de l’Algérie a été déclarée. 60 ans pendant lesquels les ressources ont été pillées par le FLN et ses héritiers,  la démocratie écrasée et dont on ne peut imputer la responsabilité à la France.

Tribune. Tous ceux qui travaillent sur la guerre d’Algérie vous le diront : on ne compte plus les fois où, en soirée, le temps d’une cigarette à la fenêtre, les gens se sont livrés : « Ah mais mon grand-père a fait la guerre d’Algérie ! » ; « Ma grand-mère, elle vient de Constantinople ou Constantine, je sais plus, tu connais ? » Oui, la colonisation de l’Algérie par la France, la guerre d’indépendance et les exils qu’elles ont engendrés ont laissé des traces profondes sur la société française. La démographie parle d’elle-même : 39 % des Français de 18 à 25 ans déclarent aujourd’hui avoir au moins un membre de leur famille affecté par cette histoire.

Dans cette France marquée intimement par l’Algérie, le discours dominant continue d’affirmer que la guerre d’Algérie est oubliée et qu’une « guerre des mémoires » gangrène la société. Pourtant, depuis des décennies, la guerre d’Algérie est largement documentée. Trois générations d’historiens ont fait leur travail. Elle figure dans les programmes scolaires depuis 1983. Des Parapluies de Cherbourg jusqu’aux chansons de Médine, elle infuse notre culture. Mis bout à bout, vingt ans de gestes mémoriels, de Lionel Jospin à Emmanuel Macron, démontrent que l’Etat est depuis longtemps sorti du silence.

Pour beaucoup de jeunes Français, l’Algérie est un héritage intime : c’est ce qui explique la tristesse dans le regard suspendu d’un grand-père un soir d’été, ce sont les bricks à l’œuf ou le couscous partagés chaque vendredi, les insultes en langue arabe ou… sur les Arabes. Ces traces font souvent l’objet de questionnements sur leurs origines familiales, sur leurs identités et parfois sur l’état de la société française. Mais elles sont rarement source d’animosité.

Des masques et des euphémismes

Que masque alors cette obsession autour de la guerre d’Algérie ? Une incapacité de la République à penser le colonialisme et ses traces, mais aussi une instrumentalisation de ce passé par des entrepreneurs identitaires. Il y a d’abord une difficulté à nommer les choses. La République ne s’est jamais dotée de mots pour dire la complexité du système colonial qu’elle instaurait en Algérie tout en se construisant elle-même. Le colonialisme fonctionne avec des masques et des euphémismes. Il est indicible tant il remet en cause le principe d’égalité qui constitue le fondement de l’idéologie républicaine. Cette aporie du vocabulaire est un lourd héritage nous empêchant de comprendre le caractère nécessairement structurel du système colonial en Algérie et de ce qu’il a produit en termes de subjectivités et de démographie.

Algérie : la névrose de l’identité

Algérie : la névrose de l’identité

Le chercheur Paul Max Morin souligne l’incapacité de la République française à penser le colonialisme et dénonce « l’instrumentalisation de ce passé par des entrepreneurs identitaires . Certes le principe de la colonisation est totalement condamnable mais il y a maintenant 60 ans que l’indépendance de l’Algérie a été déclarée. 60 ans pendant lesquels les ressources ont été pillées par le FLN et ses héritiers,  la démocratie écrasée et dont on ne peut imputer la responsabilité à la France.

Tribune. Tous ceux qui travaillent sur la guerre d’Algérie vous le diront : on ne compte plus les fois où, en soirée, le temps d’une cigarette à la fenêtre, les gens se sont livrés : « Ah mais mon grand-père a fait la guerre d’Algérie ! » ; « Ma grand-mère, elle vient de Constantinople ou Constantine, je sais plus, tu connais ? » Oui, la colonisation de l’Algérie par la France, la guerre d’indépendance et les exils qu’elles ont engendrés ont laissé des traces profondes sur la société française. La démographie parle d’elle-même : 39 % des Français de 18 à 25 ans déclarent aujourd’hui avoir au moins un membre de leur famille affecté par cette histoire.

Dans cette France marquée intimement par l’Algérie, le discours dominant continue d’affirmer que la guerre d’Algérie est oubliée et qu’une « guerre des mémoires » gangrène la société. Pourtant, depuis des décennies, la guerre d’Algérie est largement documentée. Trois générations d’historiens ont fait leur travail. Elle figure dans les programmes scolaires depuis 1983. Des Parapluies de Cherbourg jusqu’aux chansons de Médine, elle infuse notre culture. Mis bout à bout, vingt ans de gestes mémoriels, de Lionel Jospin à Emmanuel Macron, démontrent que l’Etat est depuis longtemps sorti du silence.

Pour beaucoup de jeunes Français, l’Algérie est un héritage intime : c’est ce qui explique la tristesse dans le regard suspendu d’un grand-père un soir d’été, ce sont les bricks à l’œuf ou le couscous partagés chaque vendredi, les insultes en langue arabe ou… sur les Arabes. Ces traces font souvent l’objet de questionnements sur leurs origines familiales, sur leurs identités et parfois sur l’état de la société française. Mais elles sont rarement source d’animosité.

Des masques et des euphémismes

Que masque alors cette obsession autour de la guerre d’Algérie ? Une incapacité de la République à penser le colonialisme et ses traces, mais aussi une instrumentalisation de ce passé par des entrepreneurs identitaires. Il y a d’abord une difficulté à nommer les choses. La République ne s’est jamais dotée de mots pour dire la complexité du système colonial qu’elle instaurait en Algérie tout en se construisant elle-même. Le colonialisme fonctionne avec des masques et des euphémismes. Il est indicible tant il remet en cause le principe d’égalité qui constitue le fondement de l’idéologie républicaine. Cette aporie du vocabulaire est un lourd héritage nous empêchant de comprendre le caractère nécessairement structurel du système colonial en Algérie et de ce qu’il a produit en termes de subjectivités et de démographie.

Algérie: la justice passe l’éponge !

Algérie: la justice passe l’éponge !

 

Sur la pression populaire notamment du mouvement Hirak, l’ Algérie avait commencé à faire un nettoyage sur fond de manigances politiques et de corruption. Comme souvent en Algérie, les annonces sont fortes puis la situation revient pratiquement au point de départ tellement sont impliqués nombre de responsables. Par exemple, une cour d’appel militaire algérienne a acquitté samedi deux anciens responsables du renseignement et le frère de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, condamnés en 2019 à des peines de prison pour “complot” contre l’Etat, a-t-on appris dans leur entourage.

Les trois hommes avaient écopé en septembre 2019 de peines de 15 ans de réclusion criminelle.

Mohamed Mediène, considéré pendant des décennies comme tout-puissant dans l’appareil de sécurité algérien et connu de ses concitoyens sous le surnom de Toufik, a été libéré peu après l’annonce de son acquittement.“La justice militaire a rejeté la théorie du complot contre Toufik. C’est une bonne chose”, a déclaré l’un de ses proches.

Son successeur Bachir Tartag, considéré comme moins influent, et Saïd Bouteflika, frère cadet et conseiller considéré comme le “régent” de fait du pays après l’accident vasculaire cérébral qui avait considérablement affaibli le chef de l’Etat en 2013, restent quant à eux en prison en attendant leur procès civil pour corruption, ont précisé plusieurs sources.

Le président actuel, Abdelmadjid Tebboune, élu en décembre 2019 à l’issue d’un scrutin marqué par une abstention massive, avait salué dans un premier temps le mouvement Hirak, disant y voir un acte de renouveau national, et il ensuite a lancé des réformes constitutionnelles jugées largement insuffisantes par de nombreux opposants et partisans du mouvement.

Le problème n’est pas seulement constitutionnel, il s’agit d’une question de justice sociale et de lutte contre une corruption généralisée.

Réconciliation France-Algérie: une mission impossible

Réconciliation France-Algérie: une mission impossible

 

 

Le rapport de l’historien, Benjamin Stora,  sur le sujet devrait être remis au président français, Emmanuel Macron, d’ici au 15 décembre

 

Benjamin Stora.

Spécialiste reconnu de l’Algérie, le professeur Benjamin Stora a prévu de remettre son rapport à Emmanuel Macron au plus tard, le 15 décembre. Le chef de l’Etat français lui a confié, en juillet, une mission sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ». L’historien formulera des recommandations afin de favoriser « la réconciliation entre les peuples français et algérien ».

Benjamin Stora parviendra-t-il à réconcilier les mémoires blessées de la colonisation et de la guerre d’Algérie ? C’est le défi lancé en juillet par Emmanuel Macron à cet historien qui fait partie des spécialistes les plus réputés de l’histoire du Maghreb, en particulier de cette période qui déboucha sur l’indépendance algérienne.

Né en 1950 dans une famille juive à Constantine, Benjamin Stora a quitté le territoire algérien en 1962. Depuis plus de quarante, il travaille sur ces questions. D’un président français à l’autre, il est toujours aussi consulté. Il a rencontré pour la première fois François Mitterrand à ce sujet en 1990. Il le reverra à deux autres reprises les années suivantes. Puis sera sondé par Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, et encore François Hollande à maintes reprises.

Il a aidé ce dernier à préparer son premier déplacement en Algérie, en décembre 2012, et l’y a accompagné. Il était proche de l’ancien conseiller diplomatique du président socialiste, Paul Jean-Ortiz, avec lequel il a souvent discuté de l’Algérie. Pour Benjamin Stora, le travail de réconciliation consiste surtout à rétablir la vérité des faits dans un contexte où cette période sert à la fabrique du nationalisme. L’historien français regrettait d’ailleurs à l’époque le manque d’ouverture des archives algériennes depuis l’indépendance, dommageable pour le travail des historiens des deux rives.

Il a croisé une première fois Emmanuel Macron à l’Elysée lorsque ce dernier était secrétaire général adjoint de la présidence, sous Hollande. Pour le disciple du philosophe Paul Ricœur, le « fait algérien » est un impensé en France. Il contamine la jeunesse issue de l’immigration et les autres mémoires africaines, d’où le besoin d’accélérer le travail des historiens afin de favoriser aussi bien la réconciliation nationale que celle entre les peuples de deux rives.

Archives. Benjamin Stora n’effacera d’un coup d’éponge magique les traumatismes de la colonisation. Il est conscient des limites de son travail mais il loue la volonté politique des présidents Tebboune et Macron. « On ne peut jamais définitivement réconcilier des mémoires, confiait l’historien à RFI en juillet. Mais je crois qu’il faut avancer vers une relative paix des mémoires pour précisément affronter les défis de l’avenir, pour ne pas rester prisonniers tout le temps du passé, parce que l’Algérie et la France ont besoin l’une de l’autre ».

Du côté algérien, les attentes sont importantes. Alger demande l’accès à toutes les archives françaises durant la colonisation. Pour l’instant, la France a rendu les archives ottomanes et courantes (concernant notamment l’état civil), mais refuse de fournir celles dites de « souveraineté » qui comprennent des notes internes du gouvernement général au préfet d’Alger et des services secrets, ainsi que des télex diplomatiques. Certains microfilms ont déjà été transmis au partenaire algérien mais on est loin de la totalité des documents disponibles.

La partie algérienne a exprimé d’autres requêtes, comme la restitution des tous les restes mortuaires, et le retour d’objets comme le canon Baba Merzoug, pièce de 12 tonnes consacrée à la défense du port d’Alger, symbole de la résistance du pays aux attaques du colonisateur depuis le XVIIe siècle.

« Des crimes méritent d’être racontés, comme la prise de l’oasis de Zaatcha où les troupes françaises du général Emile Herbillon ont massacré les combattants du cheikh Bouziane, réclamait le président algérien dans une interview à l’Opinion, en juillet. Le maréchal de Saint-Arnaud a aussi perpétré de nombreux massacres, qui ont fait plus de victimes qu’à Oradour-sur-Glane. »

 

Homologue algérien de Stora, Abdelmadjid Chikhi a accusé Paris de livrer une lutte acharnée contre les composantes de l’identité nationale algérienne. Certaines de ses déclarations laissent pantois les historiens français

Le chef de l’Etat algérien a bien accueilli la nomination de Benjamin Stora, qualifié de « sincère » et « connaisseur » de la période d’occupation française. On ne peut pas dire que la nomination de son homologue algérien, Abdelmadjid Chikhi, a suscité le même enthousiasme en France. Cet ancien moudjahid, indétrônable directeur des archives nationales, est considéré comme un gardien de l’orthodoxie.

Abdelmadjid Tebboune l’a appelé à ses côtés à la présidence, en avril, comme conseiller en charge des archives nationales et de la mémoire nationale. Neuf jours plus tard, Abdelmadjid Chikhi a accusé la France de livrer une lutte acharnée contre les composantes de l’identité nationale algérienne. Fin octobre, il a fait une autre sortie remarquée : « Après les massacres perpétrés en Algérie, la France a transféré les ossements des Algériens à Marseille pour les utiliser dans la fabrication du savon et le raffinage du sucre ».

Cette déclaration laisse pantois plusieurs historiens français consultés par l’Opinion. « Cette affirmation n’a jamais été étayée, confie l’un d’eux. Je n’ai jamais rien vu qui s’y rapporte dans toutes les archives que j’ai consultées. » D’autres fins connaisseurs de l’Algérie ont des explications plus rationnelles. Ces propos ont été rendus publics juste avant la commémoration du 1er novembre 1954, date de l’appel à la révolte adressé par le Front de libération nationale (FLN).

Repentance. « Abdelmadjid Chikhi est très politique, comme d’habitude, s’amuse une source proche de la présidence algérienne. Cela fait partie du récit national. Il n’y a pas à avoir d’inquiétude. Si le président Tebboune lui demande d’avancer sur les questions mémorielles, il le fera ! »

En lançant ce travail avec son homologue, le président Macron souhaite réduire ce genre de saillies qui sonnent comme une instrumentalisation de la mémoire à des fins politiques. Pas toujours facile. En accédant à l’indépendance, l’Algérie a intensifié son nationalisme, en même temps qu’il faiblissait régulièrement du côté français.

Dans la pratique, Benjamin Stora et Abdelmadjid Chikhi vont surtout travailler chacun de son côté. Une fois leurs copies respectives remises, des rencontres d’historiens entre les deux rives devraient être organisées pour un travail de d’échanges et de restitution.

« Ces questions mémorielles vont devenir de plus en plus sensibles à l’approche de la présidentielle de 2022 en France, alors que la droite et l’extrême droite et même certains proches de Macron ne souhaitent pas être dans la repentance », confie un diplomate français. Et puis, ce dossier pourrait être pollué par d’autres liés à l’immigration et à la sécurité. « C’est comme lorsqu’on joue au mikado, conclut le diplomate. C’est difficile d’extirper une baguette sans toucher les autres ».

Référendum Algérie: échec de la participation

Algérie: échec de la participation

Une participation un peu supérieur à 20 % qui traduit le peu d’adhésion de la population à la réforme proposée par le président de la république ancien collaborateur de Bouteflika. Le mouvement social et démocratique ne semble pas convaincu par les perspectives de réforme d’une classe politique qui ressemble à l’ancienne. Même si ce référendum était destiné à réduire le champ des responsabilités du président et accroître celle du Parlement.

Sans doute la démonstration que ce gouvernement ne tient que grâce au soutien de l’armée mais qu’il n’a pas l’adhésion populaire. Le problème est à la fois économique et démocratique. La plupart des richesses immenses de l’Algérie ont été accaparées par la classe politique issue du FLN et la démocratie est formelle comme en témoigne encore ce résultat un référendum.

Ce scrutin est présenté comme un test tant pour le président Abdelmadjid Tebboune, soutenu par l’armée, que pour le mouvement populaire Hirak, qui est parvenu à mobiliser des centaines de milliers d’Algériens aspirant à de profondes réformes et qui, dans l’ensemble, rejettent la consultation de dimanche.

Selon les premiers chiffres officiels, seuls 13% des électeurs inscrits s’étaient rendus aux urnes à 14h00, soit cinq heures avant la clôture du scrutin.

A titre de comparaison, lors de la présidentielle de décembre dernier, la participation avait plafonné à 40%, le chiffre le plus faible enregistré depuis des décennies, et elle atteignait 20% à 15h00.Finalement , une participation de 23.7%.

Hospitalisé en Allemagne depuis la semaine dernière après que plusieurs cas de nouveaux coronavirus ont été signalés dans son entourage, Abdelmadjid Tebboune espérait une participation massive susceptible de renforcer sa légitimité, contestée par la rue.

Une chaîne de télévision progouvernementale a diffusé dimanche matin des images tournées dans un bureau de vote à Mila, une ville du nord-est du pays, montrant des centaines de jeunes gens attendant patiemment leur tour pour voter, offrant un contraste assez net avec l’absence d’enthousiasme observé à Alger.

En Kabylie, traditionnel foyer d’opposition au pouvoir central algérien, beaucoup boycottent le scrutin.

“Ici, c’est le vote ‘ulac’ (‘non’ en berbère)”, souligne Saïd Mezouane qui affirme en outre que plusieurs urnes ont été brûlées.

Dans un communiqué publié samedi à l’occasion des commémorations du déclenchement de la guerre d’indépendance, Abdelmadjid Tebboune a une nouvelle fois appelé ses compatriotes à se rendre aux urnes.

Selon le pouvoir, la réforme constitutionnelle est une réponse aux revendications du Hirak qui a contribué à chasser du pouvoir l’ancien président Abdelaziz Bouteflika.

Pour l’opposition, cette réforme n’atteint pas les objectifs du Hirak, qui réclame avant tout le remplacement d’une caste politique au pouvoir depuis l’indépendance, la fin des interférences de l’armée dans la vie publique et celle de la corruption.

La nouvelle constitution prévoit notamment de fixer une limite au nombre de mandats présidentiels et l’extension des prérogatives du Parlement et du judiciaire mais aussi d’autoriser l’armée algérienne à intervenir hors des frontières du pays, en Libye et au Mali par exemple.

Algérie : 70 milliards détournés

Algérie : 70 milliards détournés

Selon le quotidien arabophone Echorouk, le Trésor public aurait perdu, d’après les chiffres recensés dans les procès de décembre 2019 à septembre 2020, quelque 70 milliards de dollars. En fait depuis très longtemps une grande partie des ressources de l’Algérie est détournée par les oligarques installés depuis l’indépendance. Une situation largement à l’origine du mouvement de protestation populaire appelée  Hirak.

Né d’un immense ras-le-bol des Algériens, le Hirak réclame un changement du « système » en place depuis l’indépendance du pays en 1962. vain jusqu’à présent, même s’il a obtenu en avril 2019 le départ du président Abdelaziz Bouteflika après vingt ans de règne. Le mouvement a été suspendu en raison de la crise sanitaire -sans parler de la répression -mais évidemment le mécontentement demeure.-

En effet, la promesse de révision constitutionnelle ne semble pas correspondre aux souhaits des protestataires « La nouvelle Algérie » devait s’appuyer sur une remise à plat de sa Constitution, pierre angulaire d’un nouveau régime.

Le projet d’amendements constitutionnels a été remis, à partir du 7 mai, aux partis politiques et aux « acteurs de la société » agréés par l’Etat. En pleine épidémie du Covid-19, dans un pays où les réunions sont interdites et la vie politique est à l’arrêt, le processus avait peu à voir avec le débat « inclusif » annoncé et vanté par le président. L’avant-projet de réforme a beau mentionner le Hirak dans son préambule, il recueille surtout l’hostilité du mouvement de contestation.

Un an durant, les Algériens sont sortis dans la rue pour exiger un changement radical, celui du système, ce patriarcat politico-institutionnel incarné par la figure du chef incontestable et de sa cohorte de serviteurs. Cette marque de fabrique a caractérisé l’« hyperprésidentialisation » du règne d’Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir en avril 2019 par le Hirak.

On en est encore loin avec cette première mouture du projet de révision, même si la présidence jure qu’il n’est « qu’une ébauche de révision, une plateforme de débat et une méthodologie de travail ».

Cette ébauche a été conçue à huis clos, par un comité d’« experts » n’incluant aucun membre de l’opposition ni de la société civile. Son mandat ? réfléchir à une révision constitutionnelle autour d’« axes de propositions et recommandations fixés par le président de la République ».

Abdelmadjid Tebboune a cadré le périmètre de réflexion du comité, présidé par le juriste Ahmed Laraba : « Je vous invite à mener votre réflexion et à me faire vos propositions et recommandations autour des axes suivants… », lui a-t-il écrit. Soit le « renforcement des droits et libertés », « la moralisation de la vie publique », « l’équilibre des pouvoirs », ou encore l’« indépendance de la justice »…. Cette commission devra présenter, à une date encore non précisée, son avant-projet au Parlement – pourtant lui-même issu de la fraude électorale des années Bouteflika – avant approbation par référendum.

Sur le fond, la nature des institutions ne changera pas. La concentration des pouvoirs restera aux mains de l’exécutif, qui maintiendra son ascendant sur le Parlement et son pouvoir de nomination sur tous les organes de contrôle et autorités de régulation de l’Etat.

L’évaluation des détournements de fonds montre la complexité et l’ampleur de la crise algérienne: crise économique, crise sociale et crise politique

 

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