Archive pour le Tag 'Algérie'

Algérie : ne pas oublier la domination militaire ottomane

 

L’un des frères Barberousse, après avoir chassé les Espagnols d’Alger, prit la décision de se déclarer vassal du sultan ottoman en 1520, avec l’accord des oulémas et des notables algérois, précise l’historien Alain Blondy, qui répond à une précédente tribune au « Monde » de l’historien M’hamed Oualdi.

 

Tribune.

 

Il est à craindre que l’historien M’hamed Oualdi soit victime, sans doute sans s’en rendre compte, du discours pseudo-historique que l’Algérie officielle rabâche depuis 1962 à ses étudiants comme à son opinion publique (« Emmanuel Macron se trompe lorsqu’il assimile à une colonisation l’ancienne tutelle ottomane sur l’Algérie », Le Monde du 29 octobre).

Si l’on peut être d’accord avec lui qu’il ne convient pas d’assimiler la République laïque de Turquie, voulue et créée par Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938), à l’Empire ottoman, vaste ensemble multiethnique soumis à un grand seigneur issu de la tribu turque des Osmanlis, on ne peut que s’étonner qu’un historien puisse prétendre que les Ottomans sont accourus à l’appel des élites algéroises. C’est aller vite en besogne.

 

Après l’expansion éclair en Syrie puis en Egypte où le sultan du Caire se démit du califat au profit de celui de Constantinople (1517), des marins, principalement grecs convertis à l’islam, se lancèrent dans une seconde expansion, cette fois par mer. Quatre frères, d’une famille originaire de Mytilène, qui passèrent à la postérité sous le nom des frères Barberousse, s’installèrent d’abord à Jijel (1514), puis chassèrent les Espagnols d’Alger (1516).

L’aîné qui s’y était proclamé sultan ayant péri dans un combat avec les troupes de Charles Quint (1518), son frère Kheireddine fut proclamé généralissime (beylerbey) par ses troupes. Il trouva face à lui l’opposition d’une partie des tribus de l’intérieur. Il comprit alors que la menace de l’impérialisme mercantiliste espagnol serait toujours suspendue sur un Maghreb émietté politiquement en tribus, en sultanats expirants ou mort-nés, en confédérations d’oligarchies marchandes se soupçonnant mutuellement.

Il jugea donc que seule une autorité suffisamment constituée pouvait conjurer le péril castillan et la coalition plus ou moins centrifuge des villes et des groupes qui s’étaient soumis temporairement à son frère. Avec l’accord des oulémas et des notables algérois, il prit alors la décision de se déclarer vassal du sultan. Ce fut ainsi qu’Alger devint un eyalet (province) ottoman en 1520.

Pendant trois cent dix ans, le pouvoir appartint à une caste militaire ottomane, celle des janissaires, qui détint autant le pouvoir politique que l’essentiel du pouvoir économique, créant ainsi une tradition très enracinée à Alger. Cette domination aristocratique ne se voulut jamais acculturante, puisque à aucun moment l’élite ottomane n’envisagea de se mêler aux autochtones, Berbères arabisés des campagnes ou Maures des villes issus de multiples croisements ethniques depuis le tréfonds de l’Antiquité.

Algérie: La rente mémorielle pour cacher l’échec

Algérie: La rente mémorielle pour cacher l’échec

Le discours d’Emmanuel Macron sur la « rente mémorielle » algérienne intervient à un moment ou le pays, qui s’est décrédibilisé et « neutralisé géopolitiquement », veut faire oublier sa vulnérabilité en faisant diversion, explique le professeur de géopolitique Ali Bensaad dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

rien n’a été dit par Emmanuel Macron sur le pouvoir algérien qui n’ait déjà été dit et crié fort en Algérie même. Il en a seulement pris avantage pour semer le doute sur les fondements d’une nation algérienne. S’il s’est permis de le faire, ou a cru – pour des calculs électoralistes – devoir le faire, c’est parce que le discrédit du régime algérien est tel qu’il rejaillit sur l’image de tout le pays. Pour cette raison, il ne se trouve plus personne en France pour le défendre, alors même que sa guerre de libération, puis ses tentatives de développement et de lutte pour le rééquilibrage des rapports Nord-Sud, malgré leurs errements, lui avaient valu la sympathie de larges secteurs de l’opinion française et de nombre de ses intellectuels.

 

Les pratiques autoritaires et prédatrices du régime ont fini par dilapider le capital de sympathie dont bénéficiait le pays et lui aliéner ses soutiens. Pis, ils ont justifié, a posteriori, les thèses revanchardes de l’extrême droite et des tenants de « l’Algérie française » en leur offrant l’alibi d’une « république bananière ». Remuer le couteau dans la plaie des tares du régime pour jeter l’opprobre sur le parcours libérateur du pays procure dorénavant un avantage électoral. Le régime algérien porte une part de responsabilité dans ce glissement de l’opinion française.

La désespérance qu’il a introduite dans la société est telle que nombre de ses citoyens identifient les figures militaires et civiles de ce système à des « colons » et le crient dans les manifestations. Il ne sert à rien de s’offusquer d’un tel anachronisme, qui exprime plutôt la violence d’un ressenti. Le discrédit du système politico-militaire algérien est tel que, par ricochet, il a abouti à crédibiliser la monarchie marocaine et à faire occulter la dimension corrompue et autoritaire d’un makhzen [système de pouvoir monarchique] archaïque.

Mais l’Algérie s’est isolée même dans ses bastions stratégiques, comme en Afrique, où le retour en force du Maroc a entraîné dans son sillage celui d’Israël, illustré par son statut d’observateur à l’Union africaine, obtenu [en juillet] au moment même où ce pays dénie plus que jamais tout droit aux Palestiniens.

L’intérêt n’est pas dans ce qu’a dit M. Macron sur la nation algérienne [le 30 septembre, au cours d’un échange avec des jeunes, Français d’origine algérienne, binationaux et pour certains Algériens]. Il a repris des clichés aussi vieux que démentis par les historiens, et qui vont et viennent au gré des enjeux électoraux. Ce qu’il y a de nouveau, c’est le contexte dans lequel intervient cette énième polémique. Celui de l’extrême isolement dans lequel s’est placé le régime algérien, dans le pays d’abord, comme l’illustre le Hirak, et à l’international ensuite, et qui vulnérabilise à l’extrême l’Algérie. C’est cela qui en fait de l’Algérie la cible facile des révisionnistes de la décolonisation. C’est cela aussi qui élargit, en France, le cercle de l’inimitié, ou au moins de l’antipathie, en dehors des secteurs traditionnellement hostiles. Mais c’est surtout cela qui, faisant de l’Algérie « l’homme malade du Maghreb », a abouti à un effacement de sa présence sur la scène internationale et a aiguisé des appétits pour l’en bouter.

Algérie: Macron dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas

Algérie: Macron dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas

 

 

La réaction virulente du régime algérien aux propos tenus par le chef de l’Etat français le 30 septembre tient à ce qu’il n’assume pas que sa démocratie est « juste formelle » puisque sa souveraineté est dans les mains de la hiérarchie militaire, analyse le politiste, Lahouari Addi,Professeur émérite à Sciences Po Lyon,  dans une tribune au « Monde ».(extrait)

 

Tribune.

 Les propos d’Emmanuel Macron critiquant, le 30 septembre, le « système politico-militaire » de l’Algérie et l’accusant d’entretenir une « rente mémorielle » ont créé la surprise auprès des autorités à Alger, qui ont réagi avec un communiqué sévère de la présidence. Il est vrai que c’est la première fois qu’un président français dit publiquement ce que ses prédécesseurs, de droite comme de gauche, disaient en privé.

Les officiels français sont exaspérés de ne pas avoir des interlocuteurs algériens dotés de l’autorité que leurs fonctions supposent. C’est ce que veut dire Emmanuel Macron quand il parle du président Abdelmadjid Tebboune, qu’il décrit comme étant l’otage d’un « système politico-militaire dur ». Venant de la France, pays à travers lequel beaucoup de gouvernements étrangers perçoivent l’Algérie, cette déclaration est considérée comme un coup de poignard dans le dos par des généraux qui font tout pour apparaître sous les ordres du président.

Priorité à la lutte contre l’opposition

Il n’est pas à écarter que Macron ait été contrarié par le peu d’empressement que montre l’Algérie à accepter l’expulsion de ses ressortissants en situation irrégulière, en cette période préélectorale où Eric Zemmour presse gauche et droite sur la question sensible de l’immigration clandestine. Alger veut-il monnayer en contrepartie de cette expulsion l’extradition d’opposants sur le sol français ? Cela est probable, surtout que les services de sécurité algériens ont été encouragés à cette fin par l’extradition d’Espagne d’un ex-gendarme réfugié à Barcelone obtenue à la suite de négociations confidentielles. Mais l’Algérie a moins de moyens de pression sur la France que sur l’Espagne qui pourrait, du jour au lendemain, ne plus recevoir de gaz algérien [l’Algérie fournit à la péninsule Ibérique 50 % de son gaz ].

Si cela se confirme à l’avenir, cela signifierait que la diplomatie algérienne donne la priorité à la lutte contre l’opposition au détriment d’autres aspects de la coopération avec les pays d’Europe, portant notamment sur les échanges économiques et culturels. Les services de sécurité, qui décident de la politique étrangère, ont juste oublié que ce qu’ils obtenaient hier de [l’ancien ministre de l’intérieur de 1986 à 1988 et de 1993 à 1995] Charles Pasqua, ils ne peuvent l’obtenir aujourd’hui d’Emmanuel Macron.

Pour les officiels algériens, la déclaration du président français est inadmissible de la part d’un chef d’Etat étranger. La réaction sera d’autant plus brutale que le régime algérien n’assume pas sa caractéristique essentielle, à savoir que la souveraineté appartient à la hiérarchie militaire en lieu et place de l’électorat, sous un habillage institutionnel qui ne traduit pas la réalité des rapports d’autorité au sommet de l’Etat.

Politique-Algérie : Macron réactive la rente mémorielle

Politique-Algérie : Macron réactive la rente mémorielle 

Les propos d’Emmanuel Macron sur l’Algérie ne passent pas auprès du gouvernement algérien, ni auprès des Algériens eux-mêmes, estime Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève, ce lundi sur franceinfo.

D’une certaine manière, Macron réactive la rente mémoriaelle qu’  exploite à nouveau l’appareil politico- militaires algérien.  NDLR

 

(Interview sur France Info extrait)

 

 

Selon un article du journal Le Monde, le président français estime qu’après son indépendance en 1962, l’Algérie s’est construite sur « une rente mémorielle », entretenue par « le système politico-militaire ».

 Est-ce que l’Algérie instrumentalise l’histoire, comme le laisse entendre Emmanuel Macron ?

Hasni Abidi : Chaque pouvoir politique prend possession de son histoire à des fins de survie et parce qu’il s’agit d’un acquis important qui appartient à toute la nation. Donc, le pouvoir algérien n’a pas un usage exclusif de l’histoire et de la mémoire algérienne. C’est pourquoi, les propos du président Macron sont de nature à choquer, non seulement les autorités algériennes, mais une bonne partie de la population algérienne.

Est-ce que vous y voyez un changement de pied d’Emmanuel Macron, un échec de la réconciliation à laquelle il œuvre depuis qu’il est arrivé au pouvoir ?

La réconciliation n’a jamais avancé. La situation entre la France et l’Algérie est normale tant qu’il n’y a pas ce genre d’incident. Là, on entre dans une tempête, un nouvel épisode de cette crise entre les deux capitales. Le chantier mémoriel est déjà en panne depuis un certain temps puisque l’Algérie n’a pas répondu favorablement au rapport de Benjamin Stora. Le deuxième élément est que l’Algérie s’attendait à des gestes, à des actions plus fortes. Et pour Alger, c’était tout de même un rapport a minima qui ne satisfait pas les demandes algériennes.

 

Pourquoi ces propos aussi forts interviennent maintenant ?

Les propos de Macron sont surprenants, d’autant que le président Macron est bien perçu par le président Tebboune. Il a réussi à entretenir une belle relation avec le président algérien. Le président Macron n’est pas du tout prisonnier de l’histoire de la France parce qu’il est né après l’indépendance, il a fait des gestes forts lors de sa campagne électorale à Alger. Je pense que cette sortie de route est motivée probablement par des promesses non tenues de la part d’Alger. Mais on ne connaît pas quelles promesses. Probablement la question mémorielle, la question des visas, la question des rapports économiques. Cela démontre une mauvaise image de la part du président français. Il lui aurait fallu plutôt utiliser des propos beaucoup plus mesurés, sachant que les Algériens sont très susceptibles et très sensibles. Les mots étaient forts : la question de la « rente mémorielle », le « système politico-militaire », une histoire réécrite, ce sont des propos que jamais dans le passé, un président français n’avait tenu à l’égard des Algériens.

Quand Emmanuel Macron évoque un système politico-militaire, il sous-entend que le président algérien n’a qu’un pouvoir limité ?

Absolument. C’est le message qui a été reçu par Alger, c’est-à-dire que le président Macron fait le diagnostic d’un régime composé de deux pôles : un pôle présidentiel dirigé par le président Tebboune, avec lequel il entretient de bonnes relations, et un autre pôle, l’institution militaire ou l’armée, qui laisse très peu de marge au président Tebboune. Mais ce genre de propos passe très mal du côté d’Alger parce que les autorités algériennes pensent bien sûr qu’il y a un seul président, c’est le président Tebboune, et cela affaibli même le président Tebounne lui-même. Ces déclarations irritent les autorités algériennes qui pensent que la campagne électorale française est responsable de l’intrusion de l’Algérie comme un enjeu électoral.

Algérie : face aux difficultés internes le président ressort la rente mémorielle contre la France

Algérie : face aux difficultés internes le président ressort la rente mémorielle contre la France

Le président algérien n’a guère apprécié la réplique nette de Macron à propos de la situation économique et politique algérienne. Le président français a clairement accusé le système «politico-militaire» algérien d’entretenir une «rente mémorielle» en servant à son peuple une «histoire officielle» qui «ne s’appuie pas sur des vérités».

En réponse, Alger a rappelé son ambassadeur et hier le président algérien a déclaré que le retour de l’ambassadeur «est conditionné au respect de l’Algérie, le respect total de l’Etat algérien

«Les relations avec la France relèvent de la responsabilité du peuple et de l’histoire. L’histoire ne peut pas être falsifiée», a continué Abdelmadjid Tebboune, dans des propos jugés plutôt secs par les observateurs. «L’Etat est debout avec tous ses piliers, avec sa puissance, la puissance de son armée et son vaillant peuple.»

Il est clair que la vérité est différente car malheureusement l’Algérie n’a jamais su valoriser ses richesses notamment le pétrole. Des richesses appropriées par la technostructure politico-militaire. Le pays est dans une situation économique dramatique au regard de ses énormes potentiels. La situation démocratique est à peu près aussi grave.

Après avoir récupéré le mouvement de contestationHirak, le pouvoir a mis sous le boisseau les velléités de réforme en promettant de vagues évolutions institutionnelles. Pire des militants du Hirak sont emprisonnés.

Abdelmadjid Tebboune a rappelé qu’Alger ne réclame «pas de la repentance» mais une «reconnaissance» des crimes perpétrés en 130 ans de colonisation française. Il a dit avoir en 2017 «entendu le président Macron affirmer que ce qu’il s’est passé en Algérie est pire que la Shoah» et que des «crimes contre l’humanité» ont été commis. «Il avait raison. L’Algérie, c’est 5,630 millions» de victimes, a affirmé Abdelmadjid Tebboune, soulignant que «l’histoire ne fonctionne pas selon les caprices et selon les circonstances».

Un discours évidemment complètement outrancier qui témoigne sans doute de la conjoncture politique très fragile dans l’Algérie et de l’environnement électoral en France. Macron n’a même pas hésité à mettre en cause l’existence de l’État algérien avant la colonisation et a souligné la domination de la Turquie sur ce pays pendant près de trois siècles.

Algérie : Macron réactive la rente mémorielle

Algérie : Macron réactive la rente mémorielle 

Les propos d’Emmanuel Macron sur l’Algérie ne passent pas auprès du gouvernement algérien, ni auprès des Algériens eux-mêmes, estime Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève, ce lundi sur franceinfo.

D’une certaine manière, Macron réactive la rente mémoriaelle qu’  exploite à nouveau l’appareil politico- militaires algérien.  NDLR

(Interview sur France Info extrait)

 

Selon un article du journal Le Monde, le président français estime qu’après son indépendance en 1962, l’Algérie s’est construite sur « une rente mémorielle », entretenue par « le système politico-militaire ».

 Est-ce que l’Algérie instrumentalise l’histoire, comme le laisse entendre Emmanuel Macron ?

Hasni Abidi : Chaque pouvoir politique prend possession de son histoire à des fins de survie et parce qu’il s’agit d’un acquis important qui appartient à toute la nation. Donc, le pouvoir algérien n’a pas un usage exclusif de l’histoire et de la mémoire algérienne. C’est pourquoi, les propos du président Macron sont de nature à choquer, non seulement les autorités algériennes, mais une bonne partie de la population algérienne.

Est-ce que vous y voyez un changement de pied d’Emmanuel Macron, un échec de la réconciliation à laquelle il œuvre depuis qu’il est arrivé au pouvoir ?

La réconciliation n’a jamais avancé. La situation entre la France et l’Algérie est normale tant qu’il n’y a pas ce genre d’incident. Là, on entre dans une tempête, un nouvel épisode de cette crise entre les deux capitales. Le chantier mémoriel est déjà en panne depuis un certain temps puisque l’Algérie n’a pas répondu favorablement au rapport de Benjamin Stora. Le deuxième élément est que l’Algérie s’attendait à des gestes, à des actions plus fortes. Et pour Alger, c’était tout de même un rapport a minima qui ne satisfait pas les demandes algériennes.

Pourquoi ces propos aussi forts interviennent maintenant ?

Les propos de Macron sont surprenants, d’autant que le président Macron est bien perçu par le président Tebboune. Il a réussi à entretenir une belle relation avec le président algérien. Le président Macron n’est pas du tout prisonnier de l’histoire de la France parce qu’il est né après l’indépendance, il a fait des gestes forts lors de sa campagne électorale à Alger. Je pense que cette sortie de route est motivée probablement par des promesses non tenues de la part d’Alger. Mais on ne connaît pas quelles promesses. Probablement la question mémorielle, la question des visas, la question des rapports économiques. Cela démontre une mauvaise image de la part du président français. Il lui aurait fallu plutôt utiliser des propos beaucoup plus mesurés, sachant que les Algériens sont très susceptibles et très sensibles. Les mots étaient forts : la question de la « rente mémorielle », le « système politico-militaire », une histoire réécrite, ce sont des propos que jamais dans le passé, un président français n’avait tenu à l’égard des Algériens.

Quand Emmanuel Macron évoque un système politico-militaire, il sous-entend que le président algérien n’a qu’un pouvoir limité ?

Absolument. C’est le message qui a été reçu par Alger, c’est-à-dire que le président Macron fait le diagnostic d’un régime composé de deux pôles : un pôle présidentiel dirigé par le président Tebboune, avec lequel il entretient de bonnes relations, et un autre pôle, l’institution militaire ou l’armée, qui laisse très peu de marge au président Tebboune. Mais ce genre de propos passe très mal du côté d’Alger parce que les autorités algériennes pensent bien sûr qu’il y a un seul président, c’est le président Tebboune, et cela affaibli même le président Tebounne lui-même. Ces déclarations irritent les autorités algériennes qui pensent que la campagne électorale française est responsable de l’intrusion de l’Algérie comme un enjeu électoral.

Algérie : la rente mémorielle d’un pouvoir corrompu

Algérie : la rente mémorielle  d’un pouvoir corrompu

Il est clair que les dernières déclarations de Macron  relative à la nature même du régime algérien constituent une sorte de nouvelle aubaine pour le pouvoir algérien afin de conserver son emprise sur un pays maintenu dans un état de misère économique et démocratique depuis la décolonisation.

L’essentiel des ressources de l’Algérie a en effet été dilapidé et approprié par une technostructure issue du FLN et de l’armée qui se partage les richesses du pays. Régulièrement, d’Algérie connaît des éruptions démocratiques vite muselées et récupérées par le pouvoir en place qui sort alors la rente mémorielle pour retourner la responsabilité contre la France.

Pourtant il y a 60 ans que le pays est indépendant et toute cette période n’aura servi à peu près à rien moderniser et démocratiser le pays. Ce que vient de reconnaître d’une certaine façon macro qui constate que « le système politico-militaire [algérien] s’est construit sur une rente mémorielle » et sur « une histoire officielle (…) totalement réécrite » qui « repose sur une haine de la France ». Par Emmanuel Macron n’a fait qu’exprimer une évidence, d’ailleurs largement partagée au sein même de la société algérienne.

Pour masquer ses déficiences, l’Algérie a sauté sur l’affaire de la réduction des visas dont le nombre devrait  être divisé par deux selon les déclarations de Macron. Une réduction justifiée par le faite que 10 000 délinquants algériens doivent être reconduits dans leur pays chaque année et que seulement une centaine le sont réellement par opposition de l’Algérie à ce retour.

Pour entretenir la grogne  sur ce sujet, l’Algérie a décidé de rappeler son ambassadeur en France et a interdit le survol aux avions militaires français.

Les dirigeants de l’appareil politico-militaire algérien entendent en même temps mettre sous le boisseau le mouvement Hirak qu’à qui avait secoué la démocratie algérienne. Un mouvement au début appuyé par le président de la république algérien mais ensuite enterrée sous de pseudos réformes démocratiques à venir.

Le pouvoir algérien ressort alors la vieille ficelle usée jusqu’à la corde de la rente mémorielle et instrumentalise la haine de certains algériens contre la France.

Algérie : 10 000 arrestations !

Algérie : 10 000 arrestations !

 

 

Le mathématicien Pierre Audin et l’architecte Samir Yahiaoui déplorent, dans une tribune au « Monde », que l’ONU n’ait pas pris acte de « l’état déplorable des droits humains » dans le pays.

 

Tribune.

Quelque 10 000 arrestations – dont plus de 6 300 ces quatre derniers mois –, 300 détenus d’opinion, 700 procès, une dizaine de plaintes pour viols et tortures pendant les gardes à vue… C’est le bilan, forcément provisoire, établi à ce jour par la Ligue algérienne pour la défense des droits humains (LADDH) et le Comité national pour la libération des détenus (CNLD). Ses critiques du régime auront même coûté son poste à un magistrat, radié par ses pairs fin mai. La répression est désormais la seule réponse du régime en place depuis 1962 au mouvement citoyen pacifique du Hirak, débuté le 22 février 2019 pour réclamer ni plus ni moins qu’un Etat de droit.

Ce bilan répressif ne suffit pas au pouvoir algérien. Il l’assortit d’un discours conspirationniste, considérant les millions de marcheurs tantôt comme des idiots utiles, tantôt comme les supplétifs d’un vaste plan de subversion du pays conduit par une triple alliance maroco-israélo-française ! Dans cet objectif, deux documentaires, produits par le service de communication et d’orientation de l’armée et diffusés par la télévision d’Etat, développent ad nauseam cette élucubration, à grand renfort d’images de raids israéliens sur Gaza et d’« analyses » d’experts maison.

Le pouvoir en place en Algérie a d’ailleurs élargi le concept de « terrorisme » pour y englober le simple fait d’appeler à un changement de régime. En vertu de cette extension, tout citoyen appelant à la fin du régime risque désormais de voir son nom inscrit sur une liste nationale de terroristes et d’être traité comme tel.

Face à de telles outrances, pas moins de 82 organisations algériennes et internationales, dont la LADDH, Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières (RSF) et MENA Rights Group, ont tenu, avec une rare unanimité, à interpeller le Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur les dérives d’un pays membre : l’Algérie, dont le pouvoir bafoue au grand jour les résolutions internationales de protection des droits humains et contre la torture qu’il a paraphées et ratifiées et dont la Constitution affirme que les traités internationaux ont la primauté sur le droit national.

Les détenus et leurs proches, qui représentent toutes les couches de la société algérienne, chômeurs et étudiants, journalistes et avocats, universitaires, médecins, blogueurs, caricaturistes ou syndicalistes, ont attendu avec grand espoir que la 47e session du Conseil de droits de l’homme prenne publiquement acte de l’état déplorable des droits humains dans leur pays. Cet espoir a été déçu : la résolution finale ne fait nulle mention du cas algérien, alors même que l’Algérie n’a rien à envier aux régimes condamnés et dénoncés par le conseil lors de sa 47e session. La démarche des 82 ONG aurait-elle fait l’objet d’une fin de non-recevoir ? Et si oui, pourquoi ?

Algérie : une crise politique mais aussi et surtout économique

Algérie : une crise politique mais aussi et surtout économique

La crise est évidemment démocratique et politique en Algérie depuis la mise sous tutelle du mouvement Hirak au début approuvé par le président lui-même et maintenant non seulement contesté mais réprimé par l’arrestation de certains leaders.

 

Une crise qui s’inscrit aussi dans un environnement économique complètement dépressif caractérisé notamment par un très taux de chômage. Officiellement,  le pouvoir indique un taux de chômage de 15 % mais qui pourrait être plus proche de 25 %.. En cause , un système malsain de distribution de revenus qui décourage travail et prise de risque et empêche la diversification économique . En 2019 les recettes des exhortations du pétrole ont rapporté

26,4 milliards de dollars contre 38 milliards. L’activité économique s’est contractée de 6 % en 2020 et, en après un rebond modeste, une croissance de 2,9 % est attendue cette année (la loi de finances table sur 4 %) et 2,7 % l’an prochain, selon le Fonds monétaire international. L’économie algérienne ne devrait retrouver son niveau pré-pandémie que fin 2022.

Les déficits budgétaires et de la balance des paiements s’accumule. Par exemple Les réserves de change, qui ne dépassent plus 46 milliards de dollars, la moitié du niveau de fin 2017.

En conséquence, « le pays va tout droit vers une crise des changes », avertit l’économiste Abdel Bessaha. Une chute du dinar algérien renchérirait les produits importés et ferait donc flamber l’inflation, qui se réveille déjà au niveau mondial. Alors que le prix de produits clés, carburant, semoule, huile, est sensible pour la paix sociale. Bref de quoi encore détériorée évidemment la situation économique mais aussi politique.

Algérie: prison ferme pour des manifestants du Hirak

Algérie: prison ferme pour des manifestants du Hirak

 

Si le mouvement Hirak a été ménagé au départ, le pouvoir semble bien vouloir maintenant l’enterrer définitivement. Et pas en douceur mais avec des arrestations et des emprisonnements. Curieusement il y a très peu de protestations en France contre cette répression tant de la part d’organisations politiques que des personnes originaires du Maghreb pourtant prend à manifester contre les atteintes démocratiques en France.

À l’approche des élections législatives anticipées du 12 juin, le régime paraît déterminé à briser le Hirak, ciblant des militants, des opposants et des journalistes indépendants. Né en février 2019 du rejet populaire d’un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, qui a démissionné peu après, le Hirak réclame un changement radical du «système» politique en place depuis l’indépendance en 1962. En réalité, la perspective d’une évolution significative du système politique s’éloigne de plus en plus et les mêmes forces soutenues par l’armée risquent d’être réélues. Bref, un Hirak pour rien et une accélération de l’émigration vers l’Europe en raison de la crise économique et politique.

Hirak Algérie: un leader en garde à vue

Hirak Algérie: un leader en garde à vue

 

L’opposant algérien Karim Tabbou, figure du mouvement pro-démocratie du Hirak, a été placé en garde à vue mercredi 28 avril au soir à Alger à la suite d’une plainte déposée par un officiel, a indiqué son avocat Me Ali Fellah Benali. Karim Tabbou, 47 ans, sera présenté jeudi devant un procureur, a précisé l’avocat, cité sur les réseaux sociaux.

 

Karim Tabbou, emprisonné de septembre 2019 à juillet 2020, est un visage très populaire de la contestation antirégime depuis le début du Hirak il y a plus de deux ans. Sa garde à vue s’inscrit dans un climat de répression accrue contre des militants, des opposants politiques et des journalistes à l’approche des élections législatives convoquées par un pouvoir impopulaire.

La France responsable de l’analphabétisme en Algérie !

La France responsable de l’analphabétisme en Algérie !

Il faut vraiment que la technostructure algérienne qui pille le pays depuis 60 ans soit aux abois politiques pour utiliser l’argument de la culpabilité française en matière d’alphabétisation. C’est pourtant ce qu’a osé un responsable algérien,  le conseiller pour les questions mémorielles du président algérien Abdelmadjid Tebboune, selon des propos rapportés dimanche par plusieurs quotidiens locaux.

Il  y a pourtant 60 ans que l’Algérie est indépendante et qu’elle n’a pas été capable du moindre progrès social, économique, culturel et sociétal. Les dirigeants ont maintenu la population dans un état de sous-culture dramatique qui fait que le pays ne dispose pratiquement que des ressources du pétrole et n’a pas été capable de mettre en œuvre une économie moderne et une société évoluée.

La vérité pourtant connue la technostructure héritière du FLN s’est appropriée toute la richesse de l’Algérie laissant la population dans une misère noire et la privant par ailleurs du droit à l’expression démocratique la plus élémentaire. La vérité c’est que la technostructure appuyée par l’armée se partage le magot depuis 60 ans et que leur seul argument de défense est d’en attribuer la responsabilité à la colonisation de la France ! Pourquoi pas aussi au pape puisque parallèlement on est aussi engagé dans une guerre de civilisation et de religion.

D’après les médias, il a souligné, en citant «les historiens», sans les nommer, qu’au début de la colonisation française, en 1830, «le taux d’analphabétisme (en Algérie, NDLR) n’approchait pas les 20% de la population». «Et tous les Algériens lisaient et écrivaient. Pendant les trente premières années de colonisation, la France avait éliminé les personnes qui lisaient et qui écrivaient. Il s’en est suivi l’ère du pillage», a accusé M. Chikhi qui s’est exprimé samedi lors d’une «Journée du savoir», organisée au centre des archives à Alger. Il a par ailleurs annoncé la tenue prochaine d’une «conférence nationale sur la mémoire».

 

On peut comprendre que dans ces conditions la France ait cru bon d’annuler le voyage du Premier ministre français à Alger. Le problème est que le pouvoir algérien actuel n’a plus de légitimité démocratique, qu’il est au bout de son parcours pour avoir pillé le pays et que son lamentable argumentaire se limite à tenter de réveiller le nationalisme pour faire oublier le mécontentement interne.

 

Algérie : report de la visite de Castex

Algérie : report de la visite de Castex

Officiellement le voyage de Castex a été reporté pour des raisons sanitaires. En fait demeurent de nombreuses oppositions y compris internes à chacun des deux pays sur l’ampleur et la nature de la coopération. Pourtant l’Algérie un grand besoin d’aide extérieure compte tenu de la dégradation économique mais aussi du peu de légitimité démocratique dont jouit le gouvernement.

De  sources concordantes françaises et algériennes, le format de la délégation française, réduit en raison de l’épidémie, a été jugé insuffisant par les autorités hôtes, mécontentes, ce qui a précipité cette annulation tardive. «Le format de la délégation n’est pas à la hauteur» selon Alger, a ainsi indiqué une source française ayant connaissance du dossier.

«La visite a été réduite à une seule journée et la délégation à quatre ministres. C’est un sous-format alors qu’il y avait beaucoup de dossiers bilatéraux à étudier», a confirmé une source algérienne. La visite du premier ministre français devait marquer une nouvelle étape dans le réchauffement bilatéral engagé par les présidents Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune. Après des tensions lors du soulèvement populaire du Hirak il y a deux ans, Emmanuel Macron a opté pour un soutien ouvert au président Tebboune, dont l’élection fin 2019 a été massivement rejetée par la population et qui reste contesté dans la rue, un appui qui suscite des critiques au sein du mouvement pro-démocratie. Les deux pays entretiennent des relations tumultueuses depuis des décennies, fruit de l’histoire coloniale et de la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962). En France comme en Algérie, cette histoire partagée est un sujet sensible pour une frange importante de la population.

Preuve : Le chef de l’État algérien a réaffirmé dimanche que la mémoire nationale «ne saurait faire l’objet de renonciation ni de marchandage» alors que les gouvernements algériens successifs ont utilisé la guerre d’indépendance contre la France comme ciment politique.

Tandis que certains médias algériens vantaient le réchauffement franco-algérien, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Hachemi Djaâboub, a lancé jeudi devant le Sénat une virulente attaque contre la France, qualifiée d’«ennemi traditionnel et éternel», selon le site en ligne TSA.

Algérie : action contre des activistes islamistes

Algérie : action contre des activistes islamistes

l’Algérie a lancé quatre mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de quatre activistes établis à l’étranger, des influenceurs et un dirigeant d’un mouvement islamiste interdit, accusés notamment d’appartenir à un groupe terroriste. Les personnes visées sont Mohamed Larbi Zeitout, un ancien diplomate résidant au Royaume-Uni, Amir Boukhors, blogueur connu sous le nom d’«Amir Dz», Hichem Aboud, un journaliste, et un certain Mohamed Abdellah.

En outre, le même procureur a requis dimanche le placement sous mandat de dépôt d’un certain Ahmed Mansouri, un ancien militant islamiste repenti, arrêté le 28 février et depuis en détention provisoire. Ahmed Mansouri, un ex-membre du FIS, «a rejoint les groupes terroristes et a été condamné en 1994 à la peine capitale avant de bénéficier des dispositions de la Concorde civile», indique le communiqué du procureur du tribunal de Bir Mourad Rais à Alger.

Selon le communiqué, «des investigations techniques» ont confirmé qu’Ahmed Mansouri avait établi des contacts notamment avec Amir Dz, Hichem Aboud et Mohamed Abdellah afin de «mettre sur pied des plans d’atteinte à l’ordre public, notamment l’exploitation du Hirak (…) dans le but de le faire sortir de son caractère pacifique». L’action de la justice algérienne survient au moment où le Hirak mobilise à nouveau des milliers d’Algériens chaque semaine dans les rues contre le régime, tandis que le président Abdelmadjid Tebboune a convoqué des élections législatives le 12 juin prochain.

Algérie: manifestation contre la condamnation à sept ans de prison d’un blogueur

Algérie: manifestation contre la condamnation à sept ans de prison d’un blogueur

 

 

Le pouvoir algérien est toujours partagé entre sa volonté de contrôler la colère de la rue contre l’immobilisme et la corruption et la nécessité de maintenir l’ordre. De nombreuses manifestations se développent un peu partout pour desserrer l’étau démocratique et économique. Cependant des oligarques du pouvoir ne sont pas prêts à lâcher leurs prérogatives. Ainsi un blogueur a été condamné à sept ans de prison ferme pour incitation au terrorisme.

 

D’où les manifestations à Ouargla, ville du nord du Sahara algérien, des manifestants ont bloqué plusieurs axes routiers et fait brûler des pneus après que le tribunal criminel local a condamné Ameur Guerrache,.

 

Arrêté chez lui le 1er juillet 2020, Ameur Guerrache, 31 ans, présenté comme un militant et poète, est «l’un des plus grands animateurs du mouvement (de protestation) à Mekhadma depuis plusieurs années», précise le CNLD (comité national pour la libération des détenus). Le mouvement Mekhadma tire son nom d’un quartier déshérité de la ville de Ouargla, où en juin dernier des centaines de personnes avaient protesté pacifiquement contre leurs conditions de vie ainsi que leur marginalisation et exclusion du développement local. Ouargla est la capitale d’une wilaya (préfecture) riche en hydrocarbures, où se trouvent nombre de gisements, dont celui de Hassi Messaoud. Mais c’est aussi une ville où le taux de chômage des jeunes est élevé.

Selon l’agence officielle APS, des preuves de la citation au terrorisme ont été trouvées chez l’intéressé notamment à une caméra et un téléphone mobile contenant la photo d’un terroriste!

D’un côté des autorités libère des manifestants arrêtés mais de l’autre en condamne d’autres. Il n’est pas certain que la promesse d’élections parlementaires soit de nature à affaiblir la contestation car ce que revendique nombre d’Algériens c’est une véritable révolution démocratique et économique.

Algérie : l’avenir politique du Hirak

Algérie : l’avenir politique du Hirak

 

Deux ans après son surgissement, le grand mouvement de protestation de la société civile doit repenser sa stratégie et devenir une force de proposition politique, analyse la sociologue Amel Boubekeur dans une tribune au « Monde ».

Tribune.

 

Deux ans après l’émergence du Hirak, l’Algérie serait-elle revenue à la case départ ? Comme elle l’avait fait avec Bouteflika pour sortir de la guerre civile, l’armée a choisi d’installer un président « civil », Abdelmadjid Tebboune, dont l’inefficience lui importe peu tant que cette façade la dispense de négocier une sortie de crise avec des civils.

Face à cet insaisissable « pouvoir », l’opposition, elle, semble toujours exclusivement n’envisager une sortie de crise que par les deux voies – peu probables – d’un soulèvement révolutionnaire total, ou d’une subite et miraculeuse démocratisation impulsée par une nouvelle génération éclairée de militaires.

Cet évitement du politique a certes jusqu’ici permis aux deux parties de continuer à coexister tout en évitant d’entrer à nouveau frontalement en conflit. Mais cela a simultanément affaibli la capacité des institutions de l’Etat à répondre aux attentes réelles des Algériens. Dans un contexte de crise économique et sanitaire sans précédent, cette disparition graduelle de l’Etat pourrait remettre en question la centralité de la figure présidentielle comme pilier du régime militaire, mais aussi la volonté d’une normalisation institutionnelle de la contestation par le Hirak.

En 1999, Bouteflika avait pu se substituer à un Etat de droit simplement par la promesse de mettre fin à des années de violence. Sa « réconciliation nationale » s’était faite sans justice transitionnelle, sa redistribution de la rente pétrolière sans justice sociale, ses décrets présidentiels avaient remplacé le Parlement et la participation politique était circonscrite à la cooptation de certains partis.

Après deux décennies de décrédibilisation de l’Etat comme outil de réforme, personne ne croit aux promesses d’une Algérie nouvelle par le président Tebboune. Son élection et son référendum constitutionnel n’ont pas réactivé une participation populaire pro-régime qui devait contrebalancer celle de la rue. Le médiateur de la République qu’il a nommé afin d’aider les citoyens dans leurs « différends » avec l’administration s’est déclaré impuissant face à la corruption de la petite bureaucratie. Si un quart du budget de l’Etat est toujours consacré aux transferts sociaux, cela est sans effet faute de plan de relance post-Covid et de mesures pour lutter contre l’inflation et l’économie informelle.

La dissolution de l’Assemblée nationale et la promesse de nouvelles élections se heurtent à l’absence de partis fonctionnels. Même la grâce présidentielle octroyée à une partie des prisonniers d’opinion afin de dissuader la reprise des marches est affaiblie par l’illogisme d’un pardon accordé à des individus qui n’ont parfois pas encore été jugés ou dont les chefs d’accusation étaient arbitraires.

Algérie : l’avenir politique du Hirak

Algérie : l’avenir politique du Hirak

 

Deux ans après son surgissement, le grand mouvement de protestation de la société civile doit repenser sa stratégie et devenir une force de proposition politique, analyse la sociologue Amel Boubekeur dans une tribune au « Monde ».

Tribune.

 

Deux ans après l’émergence du Hirak, l’Algérie serait-elle revenue à la case départ ? Comme elle l’avait fait avec Bouteflika pour sortir de la guerre civile, l’armée a choisi d’installer un président « civil », Abdelmadjid Tebboune, dont l’inefficience lui importe peu tant que cette façade la dispense de négocier une sortie de crise avec des civils.

Face à cet insaisissable « pouvoir », l’opposition, elle, semble toujours exclusivement n’envisager une sortie de crise que par les deux voies – peu probables – d’un soulèvement révolutionnaire total, ou d’une subite et miraculeuse démocratisation impulsée par une nouvelle génération éclairée de militaires.

Cet évitement du politique a certes jusqu’ici permis aux deux parties de continuer à coexister tout en évitant d’entrer à nouveau frontalement en conflit. Mais cela a simultanément affaibli la capacité des institutions de l’Etat à répondre aux attentes réelles des Algériens. Dans un contexte de crise économique et sanitaire sans précédent, cette disparition graduelle de l’Etat pourrait remettre en question la centralité de la figure présidentielle comme pilier du régime militaire, mais aussi la volonté d’une normalisation institutionnelle de la contestation par le Hirak.

En 1999, Bouteflika avait pu se substituer à un Etat de droit simplement par la promesse de mettre fin à des années de violence. Sa « réconciliation nationale » s’était faite sans justice transitionnelle, sa redistribution de la rente pétrolière sans justice sociale, ses décrets présidentiels avaient remplacé le Parlement et la participation politique était circonscrite à la cooptation de certains partis.

Après deux décennies de décrédibilisation de l’Etat comme outil de réforme, personne ne croit aux promesses d’une Algérie nouvelle par le président Tebboune. Son élection et son référendum constitutionnel n’ont pas réactivé une participation populaire pro-régime qui devait contrebalancer celle de la rue. Le médiateur de la République qu’il a nommé afin d’aider les citoyens dans leurs « différends » avec l’administration s’est déclaré impuissant face à la corruption de la petite bureaucratie. Si un quart du budget de l’Etat est toujours consacré aux transferts sociaux, cela est sans effet faute de plan de relance post-Covid et de mesures pour lutter contre l’inflation et l’économie informelle.

La dissolution de l’Assemblée nationale et la promesse de nouvelles élections se heurtent à l’absence de partis fonctionnels. Même la grâce présidentielle octroyée à une partie des prisonniers d’opinion afin de dissuader la reprise des marches est affaiblie par l’illogisme d’un pardon accordé à des individus qui n’ont parfois pas encore été jugés ou dont les chefs d’accusation étaient arbitraires.

Gouvernement Algérie: on change sans changer !

  • Gouvernement Algérie: on change sans changer !

 

  • Devant les risques de résurgence du Hirak en Algérie le président Tebboune  semblait avoir pris trois mesures radicales : le changement de gouvernement, la libération des prisonniers d’opinion et de nouvelles élections.
  • Pour ce qui concerne d’éventuelles conséquences des élections, il faudra bien évidemment attendre. Par contre comme souvent en Algérie, le président vient de changer un gouvernement qui ne change rien mais simplement redistribue les cartes entre à peu près les mêmes. Témoin le premier Ministre qui reste à son poste  ainsi que les détenteurs des ministères régaliens, selon la liste publiée par la présidence de la République.
  • Sont partants le ministre de l’Energie, Abdelamadjid Attar, chargé d’une rente pétrolière sur le déclin, et son collègue de l’Industrie, Ferhat Aït Ali, qui paie sa gestion du dossier de la relance de l’industrie automobile. Les ministres des Ressources en eau, du Tourisme, de l’Environnement et des Travaux publics quittent également le gouvernement. Comme d’habitude le président se retrouve coincé entre les vieilles forces du FLN et de l’armée.
  • À noter en France des manifestations de protestation contre l’immobilisme en Algérie.

Algérie : des élections pour éviter le retour du Hirak

Algérie : des élections pour éviter le retour du Hirak

 

La température ne cesse de monter dans la cocotte-minute algérienne avec la perspective d’un retour de l’Hirak. La vérité c’est que depuis la nomination du président algérien en dépit de quelques aménagements institutionnels et politiques rien n’a vraiment changé.

 

Pour soulever le couvercle de la contestation de plus en plus active le président algérien a décidé assez brusquement d’organiser des élections législatives anticipées. Parallèlement,  président a décidé de libérer des prisonniers condamnés précisément dans le cadre de l’Hirak. On notera à ce sujet la déclaration très ambiguë du président algérien qui a émergé à l’occasion de l’Irak mais finalement a continué en pratiques  les pratiques anciennes de corruption et d’inégalité sociale.

«Le  »Hirak béni » a sauvé l’Algérie. J’ai décidé d’accorder la grâce présidentielle à une trentaine de personnes pour lesquelles une décision de justice avait été rendue ainsi qu’à d’autres pour lesquelles aucun verdict n’a été prononcé. Entre 55 et 60 personnes rejoindront à partir de ce soir ou demain leur famille», a-t-il déclaré dans un discours à la Nation télévisé.

Quelque 70 personnes sont actuellement en prison en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles, selon le Comité national de libération des détenus (CNLD), une association de soutien. Cette annonce survient à la veille du 2e anniversaire du soulèvement populaire inédit qui a forcé l’ex-homme fort Abdelaziz Bouteflika à renoncer à un cinquième mandat présidentiel et à quitter le pouvoir.

. Le chef de l’Etat a par ailleurs annoncé un remaniement ministériel «dans les 48 heures au maximum». «Ce remaniement concernera des secteurs qui enregistrent des déficits dans leur gestion ressentis par les citoyens et nous mêmes», a-t-il dit.

Algérie: le retour du Hirak ?

Algérie: le retour du Hirak ?

 

Ce n’est pas encore le retour généralisé du Irak mouvement de protestation contre l’absence de démocratie et de progrès social en Algérie. Cependant des milliers de personnes ont manifesté mardi 16 février dans l’est de l’Algérie, à Kherrata, le berceau du mouvement anti-régime Hirak, pour le deuxième anniversaire du soulèvement populaire, au moment où le président Abdemadjid Tebboune est sous pression pour juguler la crise politique qui secoue le pays depuis février 2019.

 

Le mécontentement est toujours présent en Algérie en dépit des fausses promesses du pouvoir pour davantage de démocratie et de justice sociale. Sur le fond, les protestataires réclament surtout que soit mis fin à l’appropriation des richesses nationales par l’oligarchie de l’ancien FLN et de ses proches.

 

Reprenant ses activités après sa longue absence à l’étranger, le président a mené ce week-end des consultations avec plusieurs partis politiques, y compris de l’opposition, en vue de scrutins locaux et législatifs anticipés d’ici la fin de l’année. Tandis que la nouvelle loi électorale doit être présentée au Parlement, Abdemadjid Tebboune s’apprêterait à procéder à un remaniement du gouvernement. Bref du bidouillage politique quand on attend une révolution démocratique économique

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