Archive pour le Tag 'Agriculture'

Produire plus mais mieux

Agriculture : Produire plus mais mieux 

 La guerre en Ukraine et ses conséquences sur les matières premières agricoles et l’alimentation mondiale ont mis en lumière, s’il en était besoin, le rôle majeur des céréales à l’échelle planétaire mais aussi la fragilité de nos équilibres face aux aléas géopolitiques. Par Eric Thirouin, président de l’Association générale de producteurs de blé (AGPB).( la Tribune)

 

Avec 30% des exportations mondiales de blé en jeu, le conflit russo-ukrainien risque de faire basculer 750 millions d’êtres humains dans un « ouragan de famine mondial », comme l’a souligné l’ONU. Les réactions de certains pays, à l’instar de l’Inde, deuxième producteur mondial de blé, décidant un embargo sur sa production pour protéger ses citoyens, amplifient encore le risque de famines dans plusieurs régions du monde.

Si la situation nous impose de trouver des solutions collectives pour « Produire plus » et pour tous sur la planète, la question du « Produire mieux » ne doit pas pour autant être occultée par l’actualité. Plus que jamais, c’est sur ces deux pieds que nous devons, sans faillir, avancer et démontrer notre sens des responsabilités.

Hier, les critiques de certains n’ont pas manqué quand le monde agricole défendait la nécessité de produire plus pour faire face aux enjeux planétaires d’alimentation et assurer notre souveraineté. Aujourd’hui, alors que ces besoins nous semblent évidents en temps de crise, nous avons le devoir de rappeler le sens de notre combat : Produire plus n’a jamais été un alibi pour produire mal. Produire plus ne signifie pas détruire notre terre et abandonner la transition écologique. L’agriculture doit être créatrice de valeur ; elle porte une histoire plurimillénaire entre des hommes, des femmes et leurs terres. Quand on fait le choix de travailler la terre, de semer, de cultiver et de récolter, on ne peut se permettre de la maltraiter.

Le défi climatique est désormais notre quotidien : une sécheresse de plus en plus précoce qui aura un impact sur le volume des prochaines récoltes, des températures atteignant des niveaux inédits, des phénomènes de gel tardif ou de grêle. Autant de signes que nous, agriculteurs, voyons de nos propres yeux, tout au long de l’année, dans nos champs. Le dernier rapport du GIEC souligne l’urgence à agir.

La société et notre jeunesse se questionnent et exigent de nouveaux modèles. Mais ceux qui prônent la rupture brutale ignorent ou feignent d’ignorer ces impératifs auxquels nous faisons face et ils oublient, de bonne ou de mauvaise foi, que l’agriculture est en transition permanente, pour tenir bon sur ces deux fronts du « Produire plus » et du « Produire mieux », qui ne s’opposent pas.

Les céréaliers sont en première ligne. Grâce au phénomène de photosynthèse, ils stockent du carbone dans le sol : plus de 20 tonnes de CO2 captées par hectare et par an. La COP21 a d’ailleurs reconnu le rôle de l’agriculture dans la lutte contre le changement climatique et les initiatives agricoles en la matière font leurs preuves.

La mise en œuvre d’une planification écologique par la Première ministre, Elisabeth Borne, s’inscrit dans cette dynamique, et l’agriculture devra y trouver sa juste place.

Pour être efficace et concrète, cette planification écologique doit avoir une réelle capacité de projection stratégique en matière de politique agricole. Il est indispensable de pouvoir conjuguer l’urgence climatique et humanitaire du temps court, avec le temps long du monde agricole : quel modèle voulons-nous à l’horizon 2050 ? Comment devons-nous, à plus court terme, orienter nos productions pour relever les défis humains, alimentaires, économiques et de filière liés à la guerre en Ukraine ? Comment mobiliser au mieux les leviers de la certification environnementale et de la captation de carbone dans les sols ?  Et plus globalement, quelle nouvelle dynamique l’Europe doit-elle appliquer à son Pacte Vert pour assurer sa propre souveraineté alimentaire ?

Pour répondre à ces questions et tracer un sillon droit et profond, les céréaliers feront preuve de responsabilité pour appuyer le pilotage interministériel de la planification écologique afin de garantir aux professionnels des lignes claires, cohérentes mais aussi des décisions franches et stables.

Les céréaliers seront au rendez-vous ! Avec conviction et réalisme, en étant fidèles à leur conviction qu’il faut Produire plus et Produire mieux !

Agriculture : » La guerre entre « tout bio » et « productivisme » n’est pas réaliste »

Agriculture : »  La guerre entre « tout bio » et « productivisme » n’est pas réaliste »

Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’agriculture bio qui, en France, est pour la première fois confrontée à une régression du marché, est aussi questionnée sur sa capacité à nourrir la planète. Yves Le Morvan, responsable « filières et marchés » au think tank Agridées, et auteur d’une étude parue en 2018 sur « La résilience des filières bio », en analyse les forces et les faiblesses.

 

Il faut soutenir l’agriculture bio, mais se donner un objectif chiffré n’a pas de sens, estime Yves Le Morvan. (Interview dans la Tribune)

 Dans le contexte du risque de pénuries alimentaires engendré par la guerre en Ukraine, le patron de l’agro-chimiste suisse Syngenta, lors d’une interview au quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung, a récemment pointé du doigt l’agriculture biologique et ses trop faibles rendements. Que pensez-vous de cette prise de position?

YVES LE MORVAN - Je n’ai pas lu cette interview en entier. Mais ses propos, tels que rapportés en France, semblent relever d’une volonté de clivage dans les discours sur l’agriculture et l’alimentation, que je déplore. On oppose un modèle de « tout bio » à une agriculture « productiviste ». Or, cela ne correspond ni à la réalité économique et sociale ni à ce qu’est l’agriculture en Occident. En France, notamment, l’agriculture est très plurielle : derrière ce qu’on appelle « agriculture productiviste » ou « conventionnelle », il y a une richesse de pratiques agricoles assez fantastique.

Les difficultés que traverse l’agriculture bio aujourd’hui viennent d’ailleurs aussi du fait qu’elle a elle-même surfé sur cette rivalité. C’est aussi pour cela que le consommateur aujourd’hui doute parfois des vertus qu’elle a jusqu’à présent mises en avant. Une telle approche peut fonctionner tant qu’on ne représente qu’une niche mais, dès qu’on occupe un vrai segment de marché, elle suscite inévitablement des interrogations. Puisque, à un tel stade, le prix devient essentiel, cela génère de la concurrence, notamment de la part d’autres formes d’agriculture qui répondent à des préoccupations de plus en plus précises des consommateurs (bien-être animal, véganisme, localisme, etc.) et réduisent le clivage par rapport à l’agriculture conventionnelle.

Il est néanmoins vrai que, comme l’affirme le patron de Syngenta, les rendements de l’agriculture bio sont inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle. Dans le cas du blé tendre, céréale clé en termes de sécurité alimentaire, cet écart peut atteindre 50%. Mais a-t-on demandé à l’agriculture bio de devenir dominante en surfaces et de répondre aux enjeux globaux de sécurité alimentaire? Il y a certes des représentants de la bio qui voudraient que demain l’agriculture soit bio à 100%. Mais cela constitue à mes yeux une profonde erreur économique car, au moment où l’on devient dominant, on perd de la valeur, avec le risque que les agriculteurs bio soient en conséquence mal rémunérés.

L’agriculture bio fait d’ailleurs courir des risques plus importants aux producteurs, puisqu’ils disposent de moyens de défense moins radicaux contre les aléas climatiques et les invasions d’insectes. Elle demande un véritable engagement technique, et non seulement financier. Certes, elle est moins dépendante d’intrants, qui aujourd’hui deviennent très chers, mais cette forme de résilience ne permet pas encore aux agriculteurs de compenser les écarts de rendements et de prix. De tels éléments ne peuvent pas être négligés par rapport aux perspectives de développement de cette agriculture. Donc, il faut soutenir le développement des filières bio.

 

Concrètement, l’objectif que se donne l’Union européenne de 25% d’agriculture biologique en 2030 représente-t-il un danger pour la sécurité alimentaire mondiale?

Je pense que s’imposer un objectif aussi élevé dans un timing aussi court n’est pas utile car on sait qu’il ne pourra pas être atteint. Le Parlement européen d’ailleurs, tout en ayant adopté une résolution favorable à l’agriculture bio, n’a pas repris ce chiffre. Il peut certes représenter une orientation politique, mais il ne correspond pas à la réalité de la production ni du marché. Il y a en outre d’autres formes d’agriculture, telles que celle de conservation des sols ou à haute valeur environnementale, qui méritent d’être développées, en raison de leur qualité environnementale mais aussi de leurs rendements proches de ceux de l’agriculture conventionnelle - c’est d’ailleurs ce que prévoit la future politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne. Comme en matière d’énergie, j’estime qu’il serait préférable de soutenir un bouquet de solutions.

Cependant, aujourd’hui, les céréales, qui constituent le produit essentiel pour la sécurité alimentaire mondiale, ne sont pas destinées seulement à l’alimentation humaine: elles sont aussi utilisées pour l’alimentation animale et pour la fabrication d’agro-carburants. Lorsque la situation sur les marchés devient tendue à cause de prix très élevés, ce ne peut donc pas être qu’à cause de l’agriculture bio. D’autres facteurs entrent d’ailleurs aussi en jeu: les conditions météorologiques, qui affectent certaines productions, et l’augmentation de la consommation liée à la croissance démographique.

Des réductions du gaspillage alimentaire et de la consommation de viande pourraient-elles compenser les rendements plus faibles de l’agriculture bio?

Le problème principal est que l’échelle de temps n’est pas la même. Les rendements de l’agriculture bio sont immédiatement plus faibles, alors que la lutte contre le gaspillage alimentaire relève de politiques publiques à moyen-long terme. L’écueil est le même pour une réduction de la consommation de viande qui, pourtant, représente un véritable gisement potentiel: même si la tendance est là, on ne peut pas l’imposer à la population, cela passe par la pédagogie.

Quant au changement des usages, certains types de céréales ne sont pas toujours substituables. Le maïs par exemple, qui aux Etats-Unis est la céréale reine en termes de surfaces cultivées, est dans la culture occidentale plutôt destinée à l’alimentation animale. Les éventuelles réaffectations dépendent aussi des sols et des conditions climatiques.

Face aux problèmes de sécurité alimentaire – notion mieux définie internationalement et à connotation moins politique voire protectionniste que celle de « souveraineté alimentaire » -, la première question de politique publique qui se pose est plutôt celle de l’absence de stocks de sécurité. Elle est suivie par la question politique de l’utilisation des céréales à des fins énergétiques, aggravée par la crise énergétique engendrée par la guerre en Ukraine. Quant au développement de productions locales dans d’autres régions du monde, il serait possible et devrait être soutenu par des formes de transfert de technologies et des financements dédiés. Mais les exportations vers des pays dont les conditions des sols et climatiques ne permettent pas la production suffisante de certaines denrées restent nécessaires.

Quels moyens existent-ils aujourd’hui pour améliorer les rendements de l’agriculture bio? Quel est leur potentiel?

Il faudrait sans doute développer davantage la recherche scientifique autour de la génétique conventionnelle et des variétés végétales. Une voie de recherche importante est aussi celle portant sur l’alliance entre différentes cultures. Cela permettrait probablement d’obtenir de meilleurs rendements. Mais c’est un travail sur le long terme.

Quel avenir imaginez-vous donc pour l’agriculture bio qui, aujourd’hui en France, traverse des difficultés ?

Je pense que le grand enjeu auquel elle doit faire face aujourd’hui, c’est la remise en cause de la réponse globale qu’elle fournissait jusqu’à présent à l’ensemble des préoccupations des consommateurs. Je crois donc que son avenir ne consiste pas tellement dans la massification, qui implique de s’adresser à des consommateurs volatils, mais plutôt dans l’approfondissement de ses valeurs et vertus originales pour garder la confiance des consommateurs plus engagés. Je crois notamment au potentiel de labels bio « régionalisés », prévus dans le nouveau règlement européen. En tout état de cause, il y a un avenir pour les produits bio, par exemple en restauration collective et hors foyer.

 

Agriculture: Une autre politique de conservation des sols

Agriculture: Une autre politique de conservation des sols

«Des bénéfices environnementaux, climatiques, économiques et, pourtant, aucune promotion de ces techniques en Europe», déplore l’ingénieur agronome,Gérard Rass.

 

L’agriculture de conservation des sols (ACS) n’est pas une nouveauté. Ce système de culture est issu du semis direct consistant à semer et conduire une culture sans aucun travail mécanique, né dans les années 1960 en Amérique du Nord et répandu sur tout le continent. Le but était alors de lutter contre l’érosion.

Très vite, des agriculteurs pionniers au Brésil et en Argentine ont vu que l’ennemi de la conservation de leur sol résidait dans sa mise à nu et sa dévitalisation par le travail mécanique, l’exposition à la pluie et au soleil, et donc l’érosion qui emporte la terre de surface, la plus riche en humus et la plus fertile. Ils ont introduit une couverture végétale avant la culture principale, et mis au point les « systèmes de semis direct » (les trois pionniers brésiliens, Herbert Bartz, Nono Pereira et Franke Djikstra, furent accompagnés par l’ingénieur allemand Rolf Derpsch, qui a consacré sa vie à l’ACS).

Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement a théorisé ces principes et mis en œuvre outre-mer le semis direct sur couverture végétale (Lucien Séguy, scientifique du Cirad, consacra sa vie à son développement, et fut très populaire auprès des agriculteurs pionniers français qu’il a accompagnés). Ainsi est née l’agriculture de conservation des sols, officialisée par un groupe d’experts de la FAO à Madrid en 2001 lors du 1er congrès mondial de l’agriculture de conservation.

Combinaison. Elle se définit par la combinaison simultanée des trois pratiques : la suppression totale du travail mécanique du sol (donc le semis direct), la couverture permanente du sol par des cultures commercialisables ou par une couverture végétale intermédiaire vivante ou morte (donc incompatible avec le travail du sol, même réduit), et enfin la rotation diversifiée des végétaux.

 

L’ACS, s’appuyant sur les meilleurs agriculteurs et experts de terrain, offre de nombreux bénéfices pour les agriculteurs et la collectivité. D’abord, la protection des sols agricoles. Ensuite, l’augmentation de la matière organique du sol : l’humus (gain de 1% en cinq ou dix ans), allié à la diversité des plantes produites, donne un gain de fertilité naturelle gratuit. Puis une vie des sols plus active et plus équilibrée, réduisant pathogènes, parasites, herbes indésirables, et donc recours aux engrais et produits antiparasitaires et herbicides.

Elle séquestre aussi le carbone dans le sol par les plantes, soustrait ainsi du CO2 de l’atmosphère, réduisant effet de serre et réchauffement de l’atmosphère. Ceci a inspiré l’initiative internationale 4 pour 1000 pour la sécurité alimentaire et le climat, lancée par la France à la COP21 de Paris en 2015, à laquelle les acteurs de l’ACS ont fortement contribué. On développe aussi une moindre dépendance à l’énergie fossile (fuel et engrais azotés), qui induit une réduction des coûts etun potentiel de production supplémentaire pour des usages énergétiques (biogaz, biocarburants), sous réserve que les besoins alimentaires et ceux du sol soient satisfaits.

«Ses bénéfices expliquent le développement de l’ACS dans les pays où les agriculteurs sont libres de leurs choix techniques, échappent aux discriminations réglementaires ou aux politiques de contraintes subventionnées dissuadant l’innovation»

On note aussi une meilleure adaptation des sols à la sécheresse et à la valorisation de l’eau, une biodiversité accrue dans les parcelles, mais également une production agricole rentable et durable, par l’accroissement des rendements offrant la possibilité de laisser place à la biodiversité (flore et faune sauvages) sur les surfaces les moins aptes.

Ces bénéfices expliquent le développement de l’ACS dans les pays où les agriculteurs sont libres de leurs choix techniques, échappent aux discriminations réglementaires ou aux politiques de contraintes subventionnées dissuadant l’innovation. Les surfaces cultivées de cette façon dans le monde sont en forte croissance, atteignant 200 millions d’hectares. L’Amérique latine est le leader le plus dynamique, avec en premier lieu l’Argentine qui, en moins de dix ans, a transformé une majorité de soja en monoculture et semis direct en ACS très performante, avec des rotations diversifiées incluant maïs, blé, orge, seigle, colza, tournesol, légumineuses et intégrant des productions animales.

L’Afrique, au-delà de l’Afrique australe, plus avancée, développe avec succès l’ACS à travers des partenariats entre agriculteurs africains et argentins, ou sous l’impulsion de leaders ouverts à l’innovation technique comme le président du Ghana.

En Europe, les surfaces en ACS ont stagné depuis les années 1980 aux alentours d’un à quelques pourcents, selon les pays, freinées par le mythe du travail du sol et par l’essor des techniques culturales simplifiées. Mais en France, depuis une dizaine d’années, sous l’impulsion de groupes d’agriculteurs novateurs, l’agriculture de conservation des sols se développe, malgré le désintérêt persistant des pouvoirs publics, de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et des instituts techniques. En cause, les politiques agricoles dictées par les lobbys écologistes, hostiles à la notion même de production et d’entrepreneuriat agricole et à l’utilisation de solutions modernes de protection et nutrition des plantes ou d’amélioration génétique.

L’interdiction politique du glyphosate ou des OGM, sans base scientifique, est un exemple criant du décrochage européen dans le concert des nations ouvertes à l’agriculture et à la liberté d’entreprendre. Dépendant de plus en plus des subventions pour compenser leur manque de profitabilité, les agriculteurs européens peuvent difficilement se risquer à innover dans leurs pratiques. La politique agricole européenne Farm to fork, réduisant les surfaces cultivées et limitant la production à l’hectare à travers l’agriculture biologique, est une menace majeure pour la sécurité alimentaire, dénoncée par de nombreux experts de la FAO à la Banque mondiale, et exacerbée par le conflit ukrainien. Farm to fork doit être rapidement stoppé.

A l’inverse, une politique volontariste favorisant la libération des entreprises agricoles dans la voie de l’amélioration des sols par l’ACS permettrait à notre agriculture de répondre aux enjeux majeurs de sécurité alimentaire, de dépendance aux énergies fossiles, d’évolution climatique, de gestion de l’eau, de biodiversité, le tout à un coût minimal pour les finances publiques. Cela suppose que les agriculteurs puissent utiliser le glyphosate, comme c’est le cas partout dans le monde pour détruire la végétation spontanée ou implantée avant semis.

Les technostructures étatiques subventionnées ayant failli à la développer, les associations pionnières d’agriculteurs en ACS, rodées au développement agricole, ont un rôle majeur de locomotive. Seul l’agriculteur qui a vécu les angoisses du risque existentiel du changement de système agricole pour son revenu, pour sa vie familiale, qui les a surmontés et a réussi techniquement et économiquement la transformation de son écosystème de production pour le rendre plus productif, plus durable et profitable, saura guider ses confrères avec bienveillance, leadership et la pédagogie nécessaires.

Le Global conservation agriculture network rassemble de tels leaders mais ils ne peuvent, seuls, impulser la dynamique nécessaire contre les forces qui la freinent. Devant la gravité des enjeux agronomique, alimentaire et climatique, les responsables politiques doivent apporter leur appui. Cela peut se faire sans argent public en développant les marchés volontaires de compensation carbone, rémunérant les agriculteurs pour stocker le carbone dans leurs sols.

Le temps n’est plus aux irréelles promesses électorales dogmatiques. L’agriculture de conservation des sols a été développée par des agriculteurs ouverts à ce qui se fait de mieux dans le monde, mais ils sont handicapés par la doxa de l’écologisme politique dominant. Y aura-t-il en Europe des responsables politiques porteurs de solutions concrètes aux problèmes, pour reconnaître l’ACS et ses acteurs, et libérer le monde agricole de ses entraves ?

Références : David Zaruk (Risk-Monger), André Heitz (Seppi Over-blog), Jean-Paul Oury (Genetic Literacy) , FAO global soil partnership

Gérard Rass est ingénieur agronome, secrétaire du Global conservation agriculture network, et membre du collectif Science technologies actions.

Agriculture : risque de famine mondiale

 

Agriculture : risque de famine mondiale

La réduction de la production suite au conflit entre la Russie et l’Ukraine conjuguée à l’envolée folle des cours va créer une situation de famine dramatique dans nombre de pays peu développés (Afrique notamment).Le prix du blé tendre en particulier à environ doublé en un an passant de 200 € à 400 € la tonne. D’où l’objectif d’augmenter de façon considérable la production en Europe.

 

 

Finalement les objectifs environnementaux de réductions programmées de l’agriculture sont bousculés par la guerre en Ukraine. Continuer de produire le plus possible en Ukraine, mais surtout produire davantage en Europe : tel est le vœu, face à l’impact potentiel de la guerre sur l’alimentation mondiale, des ministres européens de l’Agriculture, qui se sont réunis lundi à Bruxelles. L’objectif était notamment de formuler les demandes des Etats membres à propos des mesures d’urgence de soutien aux agriculteurs que la Commission européenne doit valider mercredi.

Ces mesures sont cruciales au regard du contexte de la guerre en Ukraine, qui perturbe les chaînes d’approvisionnement européenne et la sécurité alimentaire mondiale. Le conflit pèse en effet sur le transport des marchandises et les productions à venir de l’Ukraine comme celle de la Russie. Ces deux pays sont des exportateurs importants de plusieurs céréales et oléagineux comme d’intrants agricoles.

L’objectif est aussi  que l’Europe puisse jouer un rôle face aux famines redoutées dans les pays important leur nourriture qui, en particulier dans les régions les plus pauvres, risquent de ne plus être en mesure d’en payer le prix.

Les ministres européens soutiennent donc l’abandon, au moins provisoire, des règles européennes sur les terres en jachère, visant à y protéger la biodiversité.

La France a d’ailleurs déjà décidé, dans le cadre de son plan de résilience, « l’adaptation ou le report de mesures réglementaires » susceptibles de limiter la disponibilité d’engrais, telles qu’un règlement sur le stockage contre lequel les producteurs d’engrais ainsi que la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (Fnsea) se battent depuis des mois, tout en promettant de développer l’usage d’engrais organiques produits dans l’Hexagone.

Les 27 ont aussi donné le feu vert à l’apport par l’Ue d’une aide en urgence aux agriculteurs ukrainiens,.

Agriculture Européenne: Augmenter la production

Agriculture Européenne: Augmenter la production

 

 

Finalement les objectifs environnementaux de réductions programmées de l’agriculture sont bousculés par la guerre en Ukraine. Continuer de produire le plus possible en Ukraine, mais surtout produire davantage en Europe : tel est le vœu, face à l’impact potentiel de la guerre sur l’alimentation mondiale, des ministres européens de l’Agriculture, qui se sont réunis lundi à Bruxelles. L’objectif était notamment de formuler les demandes des Etats membres à propos des mesures d’urgence de soutien aux agriculteurs que la Commission européenne doit valider mercredi.

Ces mesures sont cruciales au regard du contexte de la guerre en Ukraine, qui perturbe les chaînes d’approvisionnement européenne et la sécurité alimentaire mondiale. Le conflit pèse en effet sur le transport des marchandises et les productions à venir de l’Ukraine comme celle de la Russie. Ces deux pays sont des exportateurs importants de plusieurs céréales et oléagineux comme d’intrants agricoles.

L’objectif est aussi  que l’Europe puisse jouer un rôle face aux famines redoutées dans les pays important leur nourriture qui, en particulier dans les régions les plus pauvres, risquent de ne plus être en mesure d’en payer le prix.

Les ministres européens soutiennent donc l’abandon, au moins provisoire, des règles européennes sur les terres en jachère, visant à y protéger la biodiversité.

La France a d’ailleurs déjà décidé, dans le cadre de son plan de résilience, « l’adaptation ou le report de mesures réglementaires » susceptibles de limiter la disponibilité d’engrais, telles qu’un règlement sur le stockage contre lequel les producteurs d’engrais ainsi que la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (Fnsea) se battent depuis des mois, tout en promettant de développer l’usage d’engrais organiques produits dans l’Hexagone.

Les 27 ont aussi donné le feu vert à l’apport par l’Ue d’une aide en urgence aux agriculteurs ukrainiens,.

Agriculture– Ferme digitale, ferme urbaine, ferme verticale ?

Agriculture– Ferme digitale, ferme urbaine, ferme verticale ?

 

Les prospectivistes écolos n’en finissent pas d’envisager le futur d’une politique agricole moins productive et plus respectueuse de l’environnement. D’où des idées assez saugrenues comme la ferme digitale, la ferme urbaine ou encore la ferme verticale.

 

Il est clair que l’agriculture enregistre les mutations comme l’ensemble de l’économie notamment du fait de la pénétration des nouvelles technologies. Le tracteur a supplanté le cheval et une machine pilotée à distance remplacera le tracteur dans les grandes exploitations. Reste que parallèlement , on milite aussi pour un recentrage des exploitations  sur des surfaces plus restreintes mais plus diversifiées en nature de production.

Reste que la ferme digitale entièrement pilotée depuis une tour de contrôle demeure relativement utopique. Il faudra toujours des interventions humaines y compris sur le terrain. Surtout si les productions sont diversifiées.

Certains imaginent des fermes urbaines c’est-à-dire des espaces entourant  partie de l’agglomération pour limiter le temps et la durée du transport. Bref on réinvente l’existant d’un côté la ville mais de plus en plus étendue avec les métropoles et autour des terres agricoles. D’où cette proposition particulièrement surprenante de création d’agriculture verticale , c’est-à-dire d’agriculture dans des tours avec des plantes qui monteraient le long des murs ! Évidemment on se passerait de terre comme c’est déjà le cas dans nombre de serres industrialisées. De l’eau et des produits chimiques pour faire pousser les tomates, une drôle de conception d’agriculture respectueuse de l’environnement et de la santé. On voit mal comment l’agriculture urbaine  pourrait intégrer la culture de blé ou de maïs ; sur les toits où on fait pousser trois cornichons, un bouquet de persil et quatre courgettes pour donner l’impression aux urbains qu’ils sont aussi agriculteurs ?

Dans le même temps évidemment on   a dédaigné tous les jardins familiaux aux productions significatives que possédaient  la plupart des villes.

Bref, hier on avait imaginé de façon humoristique ( Alphonse Allais) de transférer les villes à la campagne tandis que maintenant on imagine le contraire , le transfert de la campagne en ville. Écolos, urbanistes, aménageurs ont encore des progrès à faire pour retrouver un équilibre agricole mais aussi économique, social et sociétal du territoire.

 

Agriculture : Éloge de l’hybridation

Agriculture : Éloge de l’hybridation 

« Est hybride ce qui est mélangé, hétéroclite, contradictoire. Autrement dit, c’est le mariage improbable, c’est tout ce qui n’entre pas dans nos cases ! » Et si l’hybridation était la grande tendance à venir ? Pour T La Revue, Gabrielle Halpern* analyse les métamorphoses de notre société. Cette chronique est issue de T La Revue de La Tribune – n°8 « Du champ à l’assiette – Mieux produire pour bien manger ? » Actuellement en kiosque.

 

Tout d’abord, l’envie d’entreprendre est de plus en plus prégnante dans notre société, même en temps de crise ; et, du fait d’un nombre croissant de néo-agriculteurs, on voit apparaître de plus en plus d’entrepreneurs avec de nouvelles compétences dans le secteur agricole, dont les cases sont bouleversées et les métiers réinventés. Les obstacles et les contraintes sont paradoxalement des aiguillons pour imaginer des modèles économiques, des modèles organisationnels, des modèles agricoles nouveaux.

La diversification des canaux de distribution, la recherche de synergies, le recours aux nouvelles technologies, le besoin de désintermédiation et la prise de conscience de la nécessité des circuits courts conduisent les agriculteurs à aller directement vers la restauration collective ou vers les restaurants haut de gamme, à s’occuper eux-mêmes de la transformation ou encore à développer des dispositifs de « drive fermier ». On voit aussi une diversification croissante des activités, comme la vente directe et la production d’énergie.

La prise de conscience écologique ou encore le besoin de plus en plus important pour les nouvelles générations d’avoir un meilleur équilibre de vie opèrent des ruptures par rapport à des sillons passés. Concernant le numérique, s’il apporte de nombreux bénéfices, il ne devrait pas être considéré comme l’avenir, mais comme une partie de l’avenir du monde agricole. Réduire l’innovation agricole à de l’innovation technologique serait terriblement restrictif et mènerait progressivement à une agriculture déshumanisée, sans agriculteurs. Une agriculture hybride est une agriculture qui réussira à hybrider différents types d’innovation (technologique, organisationnelle, économique, servicielle, professionnelle, etc.).

Un nouveau « contrat naturel » entre l’homme, l’animal et la terre est justement en train de s’inventer. Les fermes s’ouvrent peu à peu à la manière de tiers lieux et jouent un rôle sociétal inédit au sein des territoires. Ce phénomène d’hybridation qui touche le monde agricole pourrait bien apporter des solutions concrètes aux nombreux défis auxquels il fait face.

 

*Docteure en philosophie, chercheuse associée à l’École normale supérieure, Gabrielle Halpern a travaillé au sein de différents cabinets ministériels, avant de participer au développement de start-ups et de conseiller des entreprises et des institutions publiques.  Elle est l’auteur de l’essai Tous centaures ! Éloge de l’hybridation (Le Pommier, 2020) et de la bande dessinée La fable du centaure (HumenSciences, 2022).

Agriculture : L’expertise et la démocratie

Agriculture : L’expertise et la démocratie

 

Un consensus fort existe désormais pour la sortie d’une agriculture dopée aux pesticides. Mais les agences continuent de permettre la mise sur le marché de nouveaux produits. ( Stéphane Foucart , le Monde)

 

 

Chronique.

 

Il n’existe aujourd’hui plus une autorité scientifique qui ne recommande une sortie rapide du système agricole dominant. Celui-ci non seulement pèse sur la santé publique, mais il précipite un effondrement sans précédent de la biodiversité. Il ne fait plus de doute que l’usage inconsidéré de la chimie de synthèse pour produire notre alimentation est trop risqué et n’est en tout cas pas durable.

Les autorités continuent pourtant de permettre, ne varietur, l’arrivée sur le marché de nouveaux produits phytosanitaires et offrent ainsi à un système unanimement considéré comme insoutenable, de perdurer. Il y a là un paradoxe en apparence inexplicable. Si le modèle agricole dominant est si dangereux, comment l’expertise réglementaire lui permet-elle de perpétuer ses pratiques ?

 

L’une des vertus de la controverse sur le glyphosate a été de focaliser l’attention des médias, des décideurs et même de la communauté scientifique sur les méthodes réglementaires d’évaluation des risques des pesticides. C’est le sens du récent avis de la Commission nationale de la déontologie et des alertes en santé publique et environnement (CNDASPE), qui demande la conduite d’une enquête sur l’expertise européenne sur le célèbre herbicide, non seulement sur les conflits d’intérêts des experts mais aussi sur la pertinence scientifique de leur démarche. Dans un monde dominé par la technique, l’expertise devrait toujours être l’objet d’une vigilance scientifique et démocratique.

Vers une réautorisation du glyphosate

Cela tombe bien : une nouvelle évaluation est en cours et devrait aboutir à la réautorisation du glyphosate, fin 2022. Le rapport préliminaire d’expertise a été concocté par les agences réglementaires de quatre Etats membres (France, Suède, Pays-Bas et Hongrie) et ne trouve rien à redire : le glyphosate n’est ni génotoxique, ni cancérogène, ni perturbateur endocrinien, et n’est pas toxique pour la reproduction. Rien ne s’oppose donc à sa réautorisation.

 

Dans la procédure communautaire, c’est l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui est chargée de recueillir et de rendre publics les commentaires critiques adressés par la société civile à ce rapport préliminaire. Hélas, l’EFSA les a publiés sous un format inconsultable. Les commentaires s’affichent par groupe de trois, dispersés sur 142 pages du site Web de l’agence. Et une fois chaque commentaire affiché, il faut à nouveau cliquer sur un onglet pour connaître l’identité de son auteur et parfois cliquer encore pour accéder aux documents associés.

 

UE : pour une agriculture innovante et réellement écologique

UE : pour une agriculture  innovante et réellement écologique

 Par Catherine Regnault-Roger, professeur des universités émérite à l’Université de Pau et des pays de l’Adour (chronique dans la Tribune)

Chronique

Dans un pays repu comme la France, nombre de Français oublient qu’ils vivent dans une situation d’abondance. Les jeunes générations ont oublié ce qu’avoir faim signifie. Or la pandémie de la Covid-19 a souligné combien l’agriculture était un secteur essentiel. Des signaux indiquent que la crise alimentaire n’est pas impossible. Récemment, des rapports du Sénat ou de la Cour des Comptes ont souligné que l’agriculture française était en difficulté, avec des pertes de marché significatives pendant que nos voisins européens, eux, progressent. Il serait bien que le gouvernement de notre pays se demande pourquoi les autres s’en sortent mieux. Peut-être se rendrait-il compte que ce déclin est dû aux choix hasardeux qui ont été faits par pure idéologie dans le domaine agricole au cours des dernières années, ainsi qu’à la promotion de la décroissance. Comment faire pour relancer la machine ?

Réviser la législation pour favoriser l’innovation sur les OGM

Malgré le dynamisme des programmes Horizon 2020, devenu Horizon Europe, le nombre de brevets européens en matière de biotechnologies végétales s’avère largement insuffisant comparé à la concurrence mondiale : la Chine en a déposé 10.624, les Etats-Unis 8.800, le Japon 2.143, pendant que l’Allemagne en a déposé 1.530 et la France 1.007, selon l’Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle.  Notre pays souffre de lourdeurs administratives qui découragent la finalisation des inventions faites en France mais qui se développent à l’étranger. Les péripéties du vaccin anti-Covid19 de la société Valneva en donne un bel exemple. Le fait qu’Emmanuelle Charpentier, l’une des co-inventrices de CRISPR, système permettant de couper l’ADN à un endroit précis du génome, bien que née en France et ayant étudié à l’Institut Pasteur, ait créé avec Jennifer Doudna cette technologie révolutionnaire à l’étranger devrait ouvrir les yeux à nos politiques. Il faudrait simplifier les formalités administratives et un raccourcissement des délais mis à instruire les dossiers, répondre positivement à la créativité avec pragmatisme, donner de la souplesse pour mettre en place de nouvelles solutions, mais aussi supprimer les dispositifs quand ils n’ont plus raison d’être.

Principe d’inaction

Il faut être ouvert à l’innovation et ne pas ériger le principe de précaution en principe d’inaction. Le CRISP par exemple est une rupture technologique majeure  qui réunit toutes les qualités – plus précise, plus facile à mettre en œuvre et peu chère par rapport aux autres techniques existantes : plutôt que d’en faciliter le développement et l’utilisation, la Cour européenne de justice saisi par le Conseil d’Etat français a jugé en juillet 2018 qu’il fallait appliquer aux organismes obtenus par CRISPR la réglementation européenne sur les OGM, qui est une réglementation vieille d’il y a 20 ans et qui est aujourd’hui déphasée par rapport aux progrès scientifiques réalisés. Voici donc un sujet sur lequel la France pourrait revenir lors de sa présidence : moderniser la directive 2001/18 qui est obsolète et appuyer les initiatives européennes pour autoriser les produits d’édition du génome après des études au cas par cas. C’est un enjeu majeur pour faciliter notre innovation agricole.

Faire confiance aux agriculteurs pour choisir les bonnes solutions

A la suite de campagnes d’agri-bashing, le public en est venu à ne plus faire confiance aux agriculteurs : on les imagine répandant toutes sortes de substances sur leurs champs. Or, bien au contraire, ils agissent avec pragmatisme en fonction de la situation de leur parcelle, de leur historique pour protéger la culture qu’ils ont plantée avec soin et en fonction de la pertinence économique. Car les pesticides cela coûte cher et ce n’est pas de gaité de cœur qu’un agriculteur en répand.

Et pour ceux qui pensent naïvement qu’on peut s’en passer, il faut se souvenir que l’agriculture n’a pu se développer qu’en luttant contre les bioagresseurs des cultures : insectes ravageurs, agents provoquant des maladies, rongeurs et oiseaux, etc. Et pour cela, il existe des moyens mécaniques et physiques, des moyens génétiques (sélection variétale classique ou plus rapide via les biotechnologies dont les nouvelles techniques génomiques avec notamment CRISPR), la lutte biologique avec des organismes antagonistes (un insecte qui mange un autre insecte ou pond des œufs qui empêchent son ennemi de se développer), des techniques agronomiques (rotations, décalage des semis, etc.) avec tout un ensemble d’itinéraires techniques que l’on appelle l’agro-écologie, qui doit être pratiquée de manière pragmatique en fonction des situations de terrain sans être « idéologisée », et, enfin, les méthodes chimiques via le recours aux pesticides, qu’ils soient d’origine naturelle (extraits de plantes comme le pyrèthre, extraits de micro-organisme comme le spinosad) ou de nature chimique : minérale comme la  bouillie bordelaise ou de synthèse comme les pyréthrinoides qui ont été modifiées chimiquement à partir du pyrèthre.

 En termes d’écotoxicologie, les solutions ayant recours aux pesticides de synthèse ne sont pas forcément les pires contrairement à une idée reçue. La toxicité de la bouillie bordelaise, très utilisée en agriculture biologique, a été mentionnée à de nombreuses reprises. On se souvient aussi du cas de la coccinelle asiatique, utilisée en biocontrôle contre des pucerons mais qui a décimé des populations européennes de coccinelles endémiques et est devenue une espèce envahissante en Europe et en Amérique du Nord.

Avec les connaissances du moment, l’agriculture doit mettre en œuvre des stratégies combinant ces différentes approches. Et les politiques européens qui ont voté le programme F2F, un plan de développement agricole destiné à réduire les usages de terre de 10 %, d’engrais de 20 %, d’antibiotiques vétérinaires de 50 % et de pesticides de 50 % au sein de l’Union européenne (ce qui va mettre la production agricole européenne en difficulté, engendrant d’après les estimations les moins pessimistes une baisse de plus de 10 à 20% des productions européennes) feraient bien de revenir aux réalités du terrain, car là aussi nous risquons de subir la décroissance.

Or, il ne faudrait pas que pour des raisons idéologiques nous nous dirigions vers des impasses. Le cas du glyphosate en est un triste exemple. Le président Macron voulait qu’on en sorte en 2021 alors qu’il n’y a pas de solution de rechange satisfaisante. Quand on constate que la SNCF va utiliser à la place de l’acide pélargonique, un produit qu’on qualifie de « matière active naturelle » bien qu’il soit pour des raisons pratiques synthétisé par voie chimique, un produit qui est moins efficace comme herbicide, plus cher et toxique pour la faune du sol, où est le progrès ?

 Espérons donc que la France saura tirer des leçons de toutes ses erreurs passées pour conduire cette présidence du Conseil de l’Union européenne. Il en va de l’avenir de l’agriculture européenne.

Economie-Agriculture française : 100 000 exploitations disparues en 10 ans

Agriculture française : 100 000 exploitations disparues en 10 ans

100.000 exploitations françaises disparues au cours de ces dix dernières années. Au total, l’Hexagone recense aujourd’hui 389.000 exploitations agricoles, contre 490.000 en 2010. Soit une chute de 21 %.

 

Dans le même temps la surface agricole totale exploitée n’a pratiquement pas bougé. Cette surface représente près de 50 % du territoire métropolitain. Donc  la taille des exploitations française augmente. En 2020, elles mesurent en moyenne 69 hectares. C’est 14 hectares de plus que qu’en 2010 et 27 de plus qu’en 2000. A titre de comparaison, les exploitations américaines s’étendent en moyenne sur 178 hectares, tandis que les exploitations britanniques occupent 81 hectares.

Depuis 2017, la surface en agriculture biologique en France a doublé en cinq ans, se hissant à 2,5 millions d’hectares. La taille moyenne de ces exploitations est de 61 hectares.

En 2020, 759.000 personnes occupent un emploi permanent dans les exploitations agricoles, soit l’équivalent de 583.000 emplois permanents à temps plein.

Agriculture: L’envolée du prix du blé

Agriculture: L’envolée du prix du blé

Le blé a enregistré une hausse de l’ordre de 50 à 60 % sur une année pour atteindre environ 300 € la tonne. En cause une moindre production dans certains pays et des achats de masse effectuée par la Chine.

« Les prix sont fous, confie Rémi Depoix, président de Cerealis, fournisseur de blé meunier français en Afrique. La tonne de blé dur, celui des pâtes, évolue entre 500 et 600 dollars. » Il a gagné 60 % en un an.

La hausse est aussi alimentée par une spéculation sur les matières premières alimentaires comme sur les autres. A l’esprit de tous les observateurs, le souvenir de 2008. Après la crise financière, les cours du blé s’étaient emballés. Ils avaient, déjà, approché les 300 euros la tonne.

Le risque c’est évidemment une augmentation des denrées alimentaires à base de blé avec des hausses de leur de 10 % de certains produits mais surtout des risques de famine dans des pays en développement. Le blé est en effet essentiellement cultivé dans moins de 10 pays dans le monde mais importé par tous les autres ; la crise affecte les deux catégories de blé, qu’il soit tendre – celui qu’on utilise pour le pain et la pâtisserie – ou dur, celui qui sert à fabriquer pâtes et semoules. Au Canada, la sécheresse a grillé les épis. La récolte de blé tendre, attendue à 30 millions de tonnes, en atteindra à peine 24 millions. « Les huit principaux acteurs mondiaux ont enregistré de nettes baisses de production, constate Arthur Portier, expert chez Agritel, une société spécialisée dans l’analyse des marchés agricoles. La Russie, touchée elle aussi par la sécheresse, n’a récolté que 75 millions de tonnes sur les 80 attendues. En France, ce sont les inondations qui ont réduit la récolte des 38,5 millions de tonnes à moins de 35 millions ».

Agriculture française: les orientations de Bayrou

Agriculture française: les orientations de Bayrou

 

 

François Bayrou fait une analyse sans concession des atouts mais aussi les faiblesses de l’agriculture française. Il note par exemple que l’excédent commercial souvent avancé de cette cette branche était à  relativiser compte tenu des imports nécessaires à la production.

.Selon ce rapport, résumé notamment sur le site réussir , cinq crises sont à dominer : la baisse de la population active agricole, le recul des exportations agroalimentaires, les évolutions des régimes alimentaires, l’adaptation au dérèglement climatique et le malaise sociologique des agriculteurs.

Le rapport de François Bayrou souligne l’importance des céréales et des vins et spiritueux dans l’excédent commercial. ‘ « À côté de ces étendards bien identifiés se trouvent une myriade de déficits plus ou moins importants, révélant la faiblesse sectorielle ou le déficit de compétitivité de pans entiers de l’agriculture française ». Sans la filière viticole, le déficit se serait établi à – 4,6 milliards d’euros en 2019. Parmi les secteurs en tension figurent, par exemple, les fruits et légumes avec un déficit de 5,9 milliards d’euros en 2019. La note s’inquiète aussi de la dépendance protéinique du pays. Reste à connaître l’effet du plan protéines 2021/2022.

Parallèlement, les importations représentent 20 % de l’alimentation nationale. Elles ont doublé entre 2000 et 2019, passant de 28 à 56 milliards

Pour expliquer cette perte de compétitivité, la note du haut-commissaire évoque notamment la fiscalité française. Cette dernière atteint « 3,2 % du PIB en France contre 1,6 % en moyenne dans les autres pays de l’UE en 2017, 1 % en Espagne et aux Pays Bas et 0,4 % en Allemagne ». Le coût du travail est également évoqué. Dans l’industrie agroalimentaire, il aurait « augmenté plus vite (+ 58 % sur la période 2000-2017) qu’en Allemagne par exemple (+ 34 % sur la même période) ». Un chiffre à relativiser, puisque l’Allemagne affiche un solde commercial agricole et agroalimentaire « plus dégradé qu’en France ». Soit – 17,7 milliards d’euros en 2018, avec une chute de 6 milliards en 10 ans.

Le haut-commissariat au plan constate que la France ne compte plus que 436 000 exploitations en 2016. Dans le même temps, la « concentration des exploitations agricoles bien est réelle mais moins marquée en France qu’en Espagne, en Allemagne ou aux Pays Bas ». La taille favorisant les gains de productivité, selon la note de François Bayrou.

Les normes environnementales sont citées comme plus contraignantes en France. Et si François Bayrou estime que « l’exigence environnementale ne va pas rester longtemps circonscrite à l’Europe occidentale ». L’agriculture française ne devra cependant pas être « morte quand viendra le rééquilibrage ». Le haut commissaire haut plan ne veut plus des aliments dont les modes de productions sont interdites en Europe. Les exploitants agricoles sauront néanmoins rappeler que les distorsions de concurrence environnementales sont également

Agriculture : « La filière bio française victime de la nouvelle PAC

Agriculture : « La filière bio française victime de la nouvelle PAC

Loïc Madeline, secrétaire national chargé de la PAC à la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), annonce au JDD que « la filière bio en sera la grande perdante » de la nouvelle PAC. « Le ministre annoncera que les aides nous concernant vont passer de 80 à 70 euros par hectare et par an pour 2023-2027″, déplore-t-il.

Qu’attendez-vous des arbitrages rendus vendredi par le ministre de l’Agriculture?
Julien Denormandie va faire la promotion de la HVE [la certification "Haute valeur environnementale" qui garantit une agriculture protégeant la biodiversité sans pour autant être biologique, NDLR] en la mettant au même niveau que le bio, avec une aide, qui sera confirmée vendredi, de 70 euros par hectare et par an. Non seulement tout le monde va y perdre – les exploitants bio touchaient 80 euros par hectare et par an – mais l’incitation de passer au bio, et non pas seulement à la HVE, sera plus faible.

 

Dans le cadre de la nouvelle PAC, le « paiement vert », qui devait inciter à la conversion au bio, va être supprimé pour un « éco-régime ». Concrètement, qu’est-ce que cela change?
Cela ne va rien changer et c’est là le gros risque. Le « paiement vert », créé pour la PAC de 2016 à 2022, est un situation d’échec : ce dispositif n’est pas très sélectif et n’encourage pas beaucoup d’exploitations à passer au bio. « L’éco-régime » s’inscrit dans le « green deal » promu par la commission européenne qui milite pour une stratégie en faveur de la biodiversité avec des engagements forts. Mais, passé les grands mots, les arbitrages autour de cet « éco-régime » vont faire de la filière bio la grande perdante.

 

Pourquoi?
Il y a d’abord l’abaissement de 80 à 70 euros par hectare et par an. Mais il y a aussi l’abandon progressif de l’aide au maintien au sein du bio. Aujourd’hui, il y a deux leviers pour effectuer sa transformation : l’aide à la conversion à l’agriculture biologique pour cinq ans et, ensuite, l’aide au maintien. Car un exploitant, une fois qu’il a réalisé la conversion, doit pouvoir amortir les lourds investissements qu’il a effectués. Et cela se fait souvent sur dix ans. Pour remplacer l’aide au maintien abandonnée, la Fnab avait imaginé un « paiement pour service environnemental » qui rentrerait dans le cadre du futur « éco-régime » de la PAC. Mais cette idée a été complètement écartée par le gouvernement.

 

Julien Denormandie a assuré que la future PAC permettrait à la filière bio d’obtenir non plus 250 millions d’euros mais 340 millions d’euros entre 2023 et 2027…
Il faut décrypter ce chiffre. Il s’agit d’une somme maximale atteinte en 2027 si 18% des surfaces agricoles en France sont converties en biologique. Aujourd’hui, nous sommes autour des 10% et le ministère de l’Agriculture estimait un objectif à 12 ou 13% en 2022, quand Emmanuel Macron, en 2017, promettait d’atteindre les 15%. Les 18%, nous en sommes donc bien loin!

 

Y a-t-il un risque qu’une proportion non négligeable d’agriculteurs arrêtent de faire du bio?
Je ne me risquerai à aucun pronostic. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, la plupart des agriculteurs qui passent du conventionnel au bio établissent un plan de conversion sur dix ans. Mais, avec une aide à la conversion qui s’arrête au bout de cinq ans, beaucoup vont au devant de difficultés financières sans l’existence d’un mécanisme de soutien tel que celui-ci que nous proposions.

 

L’avenir de la filière est-il menacé?
Absolument pas. Le secteur restera toujours dynamique, avec, aujourd’hui, 47.000 exploitations. Mais nous nous dirigeons vers une possible stagnation. D’abord, environ 17.000 fermes émargent au crédit d’impôt du gouvernement mais sont trop petites, dans leurs dimensions, pour obtenir les aides de la PAC. Ces petites exploitations sont très souples et bénéficient des circuits courts, avec de la vente directe par exemple. Ce modèle va continuer de proliférer. Le problème vient plutôt des grosses exploitations – des fermes de plus de 80-100 hectares – , qu’il faut convaincre pour parvenir à l’objectif de 18% en 2027. C’est celles-ci qui hésitent à passer au bio sans aide au maintien.

Pour une réforme de la gestion des risques en agriculture

Pour une réforme de la gestion des risques en agriculture

Pour une réforme de la gestion des risques en agriculture par Jean-Yves Dagès est président de Groupama Assurances Mutuelles.

Tribune

A situation exceptionnelle, décision exceptionnelle ! Le 17 avril dernier, à la suite d’épisodes de gel catastrophiques, le Premier ministre a décidé d’ouvrir le régime des calamités agricoles à la viticulture qui en était jusqu’alors exclue, car assurable.

Cette décision est très importante. D’un côté, elle permet la mise en œuvre de la solidarité nationale au profit des viticulteurs non assurés, de l’autre, elle tourne définitivement la page d’une doctrine définie en 2005 lors de l’introduction de l’assurance récoltes en France. Elle fragilise, si rien n’est fait, l’assurance qui peine à se développer au-delà de 30 % de surfaces pour la vigne et les grandes cultures.

La réforme de la gestion des risques en agriculture, tant promise et toujours ajournée, doit donc être réalisée ! Le rapport publié récemment par le député Frédéric Descrozaille propose à ce titre des pistes prometteuses. Groupama soutient plus particulièrement trois propositions reprises par le député.

Pool de coréassurance. Tout d’abord, la possibilité de subventionner l’assurance récolte avec une franchise à 20 %, contre 30 % aujourd’hui. Cette baisse répond en effet à une attente des agriculteurs pour une meilleure couverture de leurs pertes. Cela est d’ailleurs conforme à ce que nous observons, puisque deux tiers de nos assurés contre le gel sur vigne ont souscrit des franchises inférieures ou égales à 15 %.

Puis, la réduction de la volatilité des risques en créant un pool de coréassurance qui associera tous les assureurs diffusant l’assurance récoltes subventionnée, ainsi que la Caisse centrale de réassurance en tant que tiers de confiance. S’inspirant du modèle espagnol en place depuis 40 ans, cette mutualisation améliorera la connaissance des risques et permettra une tarification plus adéquate, tout en favorisant les mesures de prévention.

Enfin, comme le souligne le député, la gestion des risques ne sera possible que dans le cadre d’une gouvernance renouvelée entre le monde agricole, celui de l’assurance et l’Etat, dont le soutien est essentiel. Un soutien qualifié aujourd’hui de « solidarité nationale », mais qui est en fait un investissement stratégique au profit de notre souveraineté alimentaire ! Dans de nombreux pays, l’assurance récoltes est un outil de politique agricole. Il n’y a aucune raison qu’elle ne le soit pas aussi en France. Sachons, enfin, créer le partenariat public-privé dont les agriculteurs de notre pays ont tant besoin !

Jean-Yves Dagès est président de Groupama Assurances Mutuelles.

Environnement -agriculture: Pour une PAC durable mais aussi créatrice de valeur

  • Environnement -agriculture: Pour une PAC durable mais aussi créatrice de valeur
  • La tribune de 164 parlementaires
    • Alors que notre pays traverse une crise inédite, l’agriculture française — et singulièrement sa production de grandes cultures — doit disposer de moyens adaptés pour répondre pleinement aux objectifs qui sont les siens : produire de manière durable une alimentation de qualité ; contribuer à la lutte contre le changement climatique ; participer pleinement à la relance économique grâce à des filières ancrées dans les territoires.
    • Toutefois, les producteurs de grandes cultures connaissent depuis plus de huit ans une chute très forte de leurs revenus, dont le niveau est l’un des plus faibles de notre pays. Leur rémunération moyenne s’établit sur cette période à moins d’un smic par an dans des conditions inédites de distorsion de concurrence et d’érosion de leur compétitivité par rapport aux autres producteurs européens et, a fortiori, de pays tiers. Ceci s’explique notamment par une baisse drastique des aides qu’ils percevaient au titre du premier pilier de la Politique agricole commune (PAC) au fur et à mesure des différentes réformes de la PAC. Force est de constater qu’à chaque fois, il leur est toujours demandé plus d’efforts et d’engagements, sans pour autant leur accorder de véritable contrepartie économique.
    • «Vision équilibrée ». Nous, élus, sommes résolument à leurs côtés pour que le gouvernement tienne pleinement compte, dans les orientations qui seront arrêtées dans la future PAC, de ces réalités ainsi que des équilibres entre les filières de production et entre les territoires. La durabilité ne peut pas se limiter aux seules dimensions environnementales : elle suppose une réelle prise en compte de la dimension économique de l’activité agricole. Les transitions ne pourront être conduites qu’à travers une vision équilibrée entre l’environnement, l’économie et le social, notamment pour assurer l’indispensable renouvellement de générations en agriculture.
    • Il est, dès lors, impératif que la future PAC soit à la hauteur des défis à relever par les producteurs de grandes cultures. Elle doit résolument s’inscrire dans une logique de croissance et de création de valeur, ainsi que de reconnaissance des efforts (carbone, biodiversité…) déjà réalisés et à réaliser, impliquant une rémunération adéquate. Parallèlement et face à la multiplication des aléas économiques et climatiques, nos producteurs doivent être accompagnés par un système assurantiel plus incitatif pour améliorer la résilience des exploitations.
    • Assurer le maintien de ces exploitations sur nos territoires, c’est assurer la durabilité d’un secteur structuré qui génère plus de 460 000 emplois, c’est assurer une activité économique en milieu rural, c’est assurer l’équilibre de notre balance commerciale, c’est assurer la souveraineté alimentaire de notre pays.
    • Guillaume Kasbarian, député de l’Eure-et-Loir, Julien Dive, député de l’Aisne, Philippe Vigier, député de l’Eure-et-Loir, Luc Lamirault, député de l’Eure-et-Loir, Pierre Cuypers, sénateur de la Seine-et-Marne, Stéphane Demilly, sénateur de la Somme, Marie Évrard, Sénatrice de l’Yonne.
    • Cosignataires : Damien Adam, député de la Seine-Maritime, Pascal Allizard, sénateur du Calvados, Serge Babary, sénateur d’Indre-et-Loire, Philippe Bas, sénateur de la Manche, Jérôme Bascher, sénateur de l’Oise, Stéphane Baudu, député du Loir-et-Cher, Thibault Bazin, député de Meurthe-et-Moselle, Valérie Bazin-Malgras, députée de l’Aube, Valérie Beauvais, députée de la Marne, Bruno Belin, Sénateur de la Vienne, Nadine Bellurot, Sénatrice de l’Indre, Aurore Bergé, députée des Yvelines, Philippe Berta, député du Gard, Grégory Besson-Moreau, député de l’Aube, Annick Billon, sénatrice de la Vendée, Christophe Blanchet, député du Calvados, Pascal Bois, député de l’Oise, François Bonneau, sénateur de la Charente, Jean-Yves Bony, député du Cantal, Gilbert Bouchet, sénateur de la Drôme, Jean-Claude Bouchet, député du Vaucluse, Sylvie Bouchet-Bellecourt, députée de Seine-et-Marne, Bernard Bouley, député de l’Essonne, Yves Bouloux, sénateur de la Vienne, Jean-Luc Bourgeaux, député d’Ille-et-Vilaine, Toine Bourrat, sénatrice des Yvelines, Jean-Marc Boyer, sénateur du Puy-de-Dôme, Valérie Boyer, sénatrice des Bouches-du-Rhône, Jean-Louis Bricout, député de l’Aisne, Danielle Brulebois, députée du Jura, Carole Bureau-Bonnard, députée de l’Oise, Vincent Capo-Canellas, sénateur de la Seine-Saint-Denis, Danièle Cazarian, députée du Rhône, Anne Chain-Larché, sénatrice de la Seine-et-Marne, Philippe Chalumeau, député d’Indre-et-Loire, Alain Chatillon, sénateur de la Haute-Garonne, Guillaume Chevrollier, sénateur de la Mayenne, Paul Christophe, député du Nord, Dino Cinieri, député de la Loiret, Fabienne Colboc, députée de l’Indre-et-Loire, François Cormier-Bouligeon, député du Cher, Jean-Pierre Cubertafon, député de Dordogne, Olivier Damaisin, député du Lot-et-Garonne, Sonia De La Provoté, sénatrice du Calvados, Dominique de Legge, sénateur d’Ille-et-Vilaine, Albéric De Montgolfier, sénateur de l’Eure-et-Loir, Louis-Jean de Nicolay, sénateur de la Sarthe, Marguerite Deprez-Audebert, députée du Pas-de-Calais, Chantal Deseyne, sénatrice d’Eure-et-Loir, Yves Détraigne, sénateur de la Marne, Nassimah Dindar, sénatrice de la Réunion, Elisabeth Doineau, sénatrice de la Mayenne, Jean-Pierre Door, député du Loiret, Pierre-Henri Dumont, député du Pas-de-Calais, Nicole Duranton, sénatrice de l’Eure, Nadia Essayan, députée du Cher, Gilbert Favreau, sénateur des Deux-Sèvres, Françoise Férat, sénateur de la Marne, Agnès Firmin Le Bodo, députée de Seine-Maritime, Pascale Fontenel-Personne, députée de la Sarthe, Nicolas Forissier, député de l’Indre, Françoise Gatel, sénatrice d’Ille-et-Vilaine, Laurence Gayte, députée des Pyrénées-Orientales, Annie Genevard, députée du Doubs, Séverine Gipson, députée de l’Eure, Carole Grandjean, députée de Meurthe-et-Moselle, Jean-Charles Grelier, député de la Sarthe, Pascale Gruny, sénatrice de l’Aisne, Charles Guéné, sénateur de la Haute-Marne, Daniel Guéret, sénateur d’Eure-et-Loir, Jocelyne Guidez, sénatrice de l’Essonne, Yves Hemedinger, député du Haut-Rhin, Olivier Henno, sénateur du Nord, Michel Herbillon, député du Val-de-Marne, Antoine Herth, député du Bas-Rhin, Loïc Hervé, sénateur de la Haute-Savoie, Patrick Hetzel, député du Bas-Rhin, Jean-Raymond Hugonet, sénateur de l’Essonne, Jean-François Husson, sénateur de la Meurthe-et-Moselle, Christian Jacob, député de Seine-et-Marne, Annick Jacquemet, sénatrice du Doubs, Caroline Janvier, députée du Loiret, Bruno Joncour, député des Côtes d’Armor, Sandrine Josso, députée de Loire-Atlantique, Claude Kern, sénateur du Bas-Rhin, Loïc Kervran, député du Cher, Christian Klinger, sénateur du Haut-Rhin, Jacques Krabal, député de l’Aisne, Daniel Labaronne, député d’Indre-et-Loire, Jean-Luc Lagleize, député de Haute-Garonne, Marc Laménie, sénateur des Ardennes, Michel Laugier, sénateur des Yvelines, Daniel Laurent, sénateur de la Charente-Maritime, Jacques Le Nay, sénateur du Morbihan, Jean-Claude Leclabart, député de la Somme, Antoine Lefèvre, sénateur de l’Aisne, Valérie Létard, sénatrice du Nord, Pierre-Antoine Lévi, sénateur du Tarn-et-Garonne, Richard Lioger, député de la Moselle, Patrick Loiseau, député de Vendée, Anne-Catherine Loisier, sénatrice de Côte d’Or, Jean-François Longeot, sénateur du Doubs, Gérard Longuet, sénateur de la Meuse, Véronique Louwagie, députée de l’Orne, Lise Magnier, députée de la Marne, Sylvain Maillard, député de Paris, Emmanuel Maquet, député de la Somme, Olivier Marleix, député de l’Eure-et-Loir, Hervé Maurey, sénateur de l’Eure, Franck Menonville, sénateur de la Meuse, Gérard Menuel, député de l’Aube, Sébastien Meurant, sénateur du Val-d’Oise, Maxime Minot, député de l’Oise, Jean-Pierre Moga, sénateur du Lot-et-Garonne, Adrien Morenas, député du Vaucluse, Catherine Morin-Desailly, sénatrice de la Seine-Maritime, Philippe Mouiller, sénateur des Deux-Sèvres, Claire O’petit, députée de l’Eure, Olivier Paccaud, sénateur de l’Oise, Vanina Paoli-Gagin, sénatrice de l’Aube, Guillaume Peltier, député du Loir-et-Cher, Philippe Pemezec, sénateur des Hauts-de-Seine, Patrice Perrot, député de la Nièvre, Bernard Perrut, député du Rhône, Stéphane Piednoir, sénateur du Maine-et-Loire, Kristina Pluchet, sénatrice de l’Eure, Rémy Pointereau, sénateur du Cher, Bérengère Poletti, députée des Ardennes, Sophie Primas, sénatrice des Yvelines, Didier Quentin, député de Charente-Maritime, Richard Ramos, député du Loiret, Jean-François Rapin, sénateur du Pas-de-Calais, Julien Ravier, député des Bouches-du-Rhône, Robin Reda, député de l’Essonne, Jean-Luc Reitzer, député du Haut-Rhin, Olivier Rietmann, sénateur de la Haute-Saône, Stéphanie Rist, députée du Loiret, Laurianne Rossi, députée des Hauts-de-Seine, Martial Saddier, député de Haute-Savoie, Denise Saint-Pé, sénatrice des Pyrénées-Atlantiques, Hugues Saury, sénateur du Loiret, René-Paul Savary, sénateur de la Marne, Antoine Savignat, député du Val-d’Oise, Raphaël Schellenberger, député du Haut-Rhin, Patricia Schillinger, sénatrice du Haut-Rhin, Vincent Ségouin, sénateur de l’Orne, Nathalie Serre, députée du Rhône, Bruno Sido, sénateur de la Haute-Marne, Laurent Somon, sénateur de la Somme, Vincent Thiébaut, député du Bas-Rhin, Jean-Louis Thiériot, député de Seine-et-Marne, Sabine Thillaye, députée de l’Indre-et-Loire, Claudine Thomas, sénatrice de la Seine-et-Marne, Frédérique Tuffnell, députée de Charente-Maritime, Jean-Pierre Vigier, député de Haute-Loire, Stéphane Viry, député des Vosges, Sylvain Waserman, député du Bas-Rhin

Abeille et agriculture : une conciliation possible

Abeille et agriculture : une conciliation possible

Le plan pollinisateur annoncé par le gouvernement doit avant tout consolider la collaboration entre agriculteurs et apiculteurs, plutôt que de nous focaliser sur l’interdiction de certains produits de traitement que nos voisins européens continueront à utiliser, estiment Christiane Lambert, présidente de la FNSEA et Eric Lelong président de l’interprofession apicole Interapi, dans une tribune au « Monde ».

Tribune.

 

A force de les opposer, on en vient à oublier que les activités agricoles et apicoles sont non seulement complémentaires, mais interdépendantes. Les cultures et les aménagements mellifères (jachères, haies) des champs agricoles permettent à l’apiculteur de garantir à ses abeilles une alimentation variée toute l’année.

On l’ignore trop souvent, mais les périodes de disette des abeilles sont fréquentes entre les floraisons de grandes cultures (colza, tournesol…), notamment en fin de printemps et d’été. Elles se sont d’ailleurs accentuées avec le changement climatique, qui a des conséquences à la fois sur la ressource alimentaire, la santé des colonies et leur synchronisation avec les floraisons. C’est pourquoi les agriculteurs sont source de solutions pour les pollinisateurs.

L’agriculteur est lui dépendant de la bonne pollinisation de ses cultures pour assurer sa production, tant en quantité qu’en qualité, de colza, d’arbres fruitiers, de melon, de semences…

 

En France, c’est 70 % des six mille espèces de plantes recensées, sauvages et cultivées, qui sont pollinisées par les insectes. Sans ces pollinisateurs, c’est notre souveraineté agricole et donc alimentaire qui est remise en cause. Protéger et développer cette diversité d’espèces constitue donc un enjeu fort pour tous. 

Pour qu’elle soit fructueuse, cette complémentarité repose sur une cohabitation en bonne intelligence.

Dans nos territoires, les apiculteurs et les agriculteurs s’y emploient au travers d’une multitude d’initiatives, loin des idées reçues. Ils veillent, ensemble, à favoriser une meilleure coopération, car c’est avant tout une question de volonté, de formation, d’information et d’adaptation : renforcement des échanges entre parties prenantes sur les pratiques et contraintes de chacun, de manière à engager des actions préventives de protection des ruches, adaptation des pratiques agricoles pour favoriser la présence de pollinisateurs.

 

Des solutions constructives et partagées naissent ainsi, par exemple en privilégiant des traitements de protection des plantes adaptés aux spécificités mellifères, en adaptant les calendriers de traitement et les dates de semis, en pratiquant la fauche tardive, afin de renforcer et de diversifier les ressources mellifères entre deux cultures… 

Miser uniquement sur un renforcement du volet réglementaire reviendrait à entraver une dynamique pourtant déjà engagée dans nombre de territoires

Ces démarches concertées ont prouvé leur efficacité. C’est pourquoi nous insistons pour que le futur plan pollinisateurs proposé par le gouvernement consolide ce dialogue et permette aux agriculteurs et aux apiculteurs d’accroître ce travail en bonne intelligence. Miser uniquement sur un renforcement du volet réglementaire reviendrait à entraver une dynamique pourtant déjà engagée dans nombre de territoires.

Agriculture : l’addiction à l’azote de synthèse

Agriculture : l’addiction à l’azote de synthèse

 

 

L’addiction des agriculteurs aux engrais azotés a un coût exorbitant pour le climat et la biodiversité, estime un collectif d’agronomes et d’agriculteurs. Ils appellent, dans une tribune au « Monde », à réduire fortement la consommation de fertilisants chimiques et à retrouver des sources d’approvisionnement biologiques.

 

Tribune.

 

Les engrais chimiques sont une potion magique issue de la guerre. L’invention du chimiste Fritz Haber (1868-1934), qui a reçu le prix Nobel pour ses travaux sur la synthèse de l’ammoniac, avait deux objectifs : nourrir davantage d’êtres humains et fabriquer des explosifs. Cette découverte a permis d’augmenter rapidement les rendements agricoles au sortir de la seconde guerre mondiale, tout en offrant de nouveaux débouchés aux industries créées en temps de guerre. Depuis 1960, notre consommation mondiale d’engrais azotés de synthèse a été multipliée par neuf – pourtant les plantes n’absorbent que la moitié de l’azote produit. Alors, où va le reste ?

Notre surconsommation d’engrais azotés de synthèse est un désastre écologique, social et économique. La fabrication de ces engrais, que nous importons à 60 %, est une bombe climatique : il faut l’équivalent en gaz d’un kilogramme de pétrole pour produire un kilogramme d’azote. Une fois arrivés dans nos champs, ils émettent massivement du protoxyde d’azote, un gaz 265 fois plus puissant que le CO2. L’azote qui n’est pas absorbé par les plantes pollue les cours d’eau et l’eau du robinet, et tue la biodiversité aquatique – le phénomène des algues vertes est désormais bien connu. De l’ammoniac s’évapore également dans l’air et contribue à produire des particules fines, qui génèrent des pics de pollution jusque dans les villes lors des épandages au printemps. L’adoption massive des engrais chimiques a provoqué une chute de la teneur en matière organique des sols et une augmentation des traitements pesticides car trop d’azote rend les plantes vulnérables aux pathogènes.

 

Pour certaines filières agricoles, il est économiquement difficile, aujourd’hui, de réduire les consommations d’engrais chimiques. Pourtant, l’achat de ces intrants peut représenter plus de 15 % des coûts de production d’une ferme française. Des coûts dont la volatilité génère de l’insécurité, puisqu’ils sont indexés sur le prix des énergies fossiles…

Les alternatives aux engrais azotés de synthèse existent mais elles supposent de nouvelles politiques publiques structurantes qui nous aident à réintégrer de l’azote organique dans les systèmes de culture. Les politiques menées jusqu’ici ont toutes échoué : la réglementation nitrates n’est pas respectée, tout comme la stratégie nationale bas carbone. La TVA réduite sur les engrais bio n’a pas infléchi la demande en engrais de synthèse et la portion des financements du plan de relance qui va dans la bonne direction est bien trop faible.

Agriculture et gel : régime de calamité agricole activé

Agriculture et gel : régime de calamité agricole activé

Le  gel de ces derniers jours a provoqué de très graves dégâts dans l’agriculture en particulier dans l’activité viticole mais aussi arboricole. Le gouvernement va déclencher le régime de calamité.

 

Julien Denormandie a promis la pleine mobilisation des assureurs et des banquiers pour accompagner les exploitants touchés. «On est aujourd’hui face à une situation qui est tout à fait exceptionnelle, qui est particulièrement difficile, qui touche un grand nombre de cultures, la viticulture bien sûr, l’arboriculture, mais aussi les grandes cultures comme celles de la betterave, du colza», a énuméré le ministre, évoquant une «violence assez inédite».

 

«On est en train de faire l’évaluation chiffrée, ce qu’on constate c’est qu’énormément de régions sont aujourd’hui impactées, que ce soit au nord de l’île de France jusqu’au sud-est et une partie du centre du pays», a-t-il dit.

 

«Les dernières nuits marquées par une chute historique des températures et des gelées destructrices viennent de mettre un coup d’arrêt à la floraison et menacent fortement plusieurs filières de production agricole», a souligné jeudi le syndicat agricole majoritaire FNSEA, dans un communiqué.

 

Vignes, arbres fruitiers mais aussi colza ou légumes de plein champ… un grand nombre de cultures sont potentiellement atteintes sur un large secteur allant du nord de la France à la vallée du Rhône, en passant par le Bordelais. «Dans de nombreuses régions, du nord au sud et de l’est à l’ouest, les dégâts sont impressionnants chez les viticulteurs et chez les arboriculteurs. La détresse est grande aussi dans le monde des grandes cultures! Les impacts sur le colza, en pleine floraison, sont dramatiques, comme sur les semis de betteraves: de très nombreux planteurs vont devoir ressemer plus de la moitié de leur surface», insiste la FNSEA.

 

Vendredi, selon Météo France, il fera encore froid au petit matin dans les terres au nord de la Loire, sur un grand quart nord-est, dans le Massif central et à l’intérieur de la Provence, avec des gelées fréquentes atteignant localement -4 à -2 degrés sur le Grand Est. Les agriculteurs redoutent la survenue d’un nouvel épisode de gel, possiblement en début de semaine prochaine.

Agriculture: la question du foncier

Agriculture: la question du foncier

 

Jean Viard, sociologue, évoque bouleversement démographique en cours dans le monde agricole  mais  évoque aussi la question centrale du foncier

La moitié de près de 450 000 agriculteurs français partira en retraite d’ici à dix ans. Il va falloir renouveler profondément ceux qui font l’alimentation française. C’est un bouleversement profond !

Oui, mais il faut le relativiser. Tous les agriculteurs ne sont pas des descendants de paysans sur plusieurs siècles. La France agricole a déjà connu, dans son histoire contemporaine, deux grandes vagues de renouvellement. Après la Première guerre mondiale, il y avait en France 300 000 jeunes veuves, sans compter toutes les jeunes filles qui avaient perdu leur promis. Les bras d’hommes manquaient aux champs. Certaines jeunes femmes sont devenues ouvrières agricoles, mais des hommes sont aussi venus d’ailleurs en Europe, de Belgique notamment, ou des ruraux non agricoles. Après la Seconde guerre mondiale, le nombre de fermes a fondu, passant de 3 millions en 1945 à 440 000 aujourd’hui. Il y a donc eu peu d’arrivants sur la période, la tendance étant plutôt que les fermes « se mangent » les unes les autres. Mais tout de même : beaucoup de main-d’œuvre saisonnière venait d’Espagne, d’Italie, notamment dans les régions de vignes. Et comme les mères des familles paysannes poussaient les filles à partir vers la ville pour accéder au « propre », au « moderne », c’est par les filles des travailleurs saisonniers – qui épousaient les héritiers locaux – que s’est fait le renouvellement. L’idée du groupe ancestral, homogène, est donc à nuancer, même s’il reste fondateur.

La ruralité, la France paysanne, restent-elles néanmoins la base de l’identité nationale ?

Le modèle politique de la France, dès 1870 après la commune de Paris, s’est appuyé sur un nombre important de paysans qui, alliés aux bourgeois des villes – la France des propriétaires –, devait soutenir la « République paysanne » face aux mouvements ouvriers des villes. Et depuis, les paysans français ont fait, chaque fois, ce que la République leur a demandé de faire. Sous la IIIe République, être propriétaire, chef de famille, conseiller municipal et soldat. Garantir donc la République, tenir les 36 000 communes, et mourir à la guerre, puisque des bataillons entiers de jeunes paysans ont peuplé les tranchées quand l’Allemagne envoyait ses ouvriers. La France a fait alors le choix d’un peuple agricole nombreux pour des raisons politiques, peu productif car sur des fermes trop petites. Et c’est ce qui explique la colonisation « par la terre », en particulier en Algérie : il fallait importer une alimentation produite en quantité insuffisante sur notre sol.

«Le modèle agricole qui aujourd’hui pose problème fut une victoire paysanne, au nom de l’indépendance alimentaire d’une nation marquée par les pénuries de la guerre et par la décolonisation»

En quoi cela explique-t-il aussi la suite de l’histoire agricole française ?

Il a fallu conquérir « l’indépendance alimentaire » après 1962, pendant gaulliste de « l’indépendance par le nucléaire ». D’où le développement de l’agriculture « chimique» et technique, remembrement, arasement des haies, concentration des fermes… Le modèle agricole qui aujourd’hui pose problème fut une victoire paysanne, au nom de l’indépendance alimentaire d’une nation marquée par les pénuries de la guerre et par la décolonisation. On ne doit pas oublier pourquoi les paysans se sont lancés dans ce modèle, ce qui explique qu’il soit difficile, pour un certain nombre d’agriculteurs âgés, de remettre en cause cet héritage, car c’est ce qu’ils ont appris de leurs pères qui, eux, étaient très fiers du travail accompli. A juste titre. Dans cette optique, les agriculteurs ont recherché depuis un demi-siècle à faire toujours plus moderne – avec les machines, le confort, la propreté, l’investissement technologique – pour ne plus être considérés comme des « ploucs ». Mais la grande « méditation collective » créée par la pandémie change les choses. Des centaines de milliers de gens vont changer de vie, de métier, déménager. Une sorte de Plouc Pride (Valerie Jousseaume, éditions de l’Aube) émerge. Nos attentes vont être de ne pas avoir souffert pour rien et que cela ne se renouvelle pas. La pression pour une lutte radicale contre le changement climatique s’accélère. Les sondages sont déjà très nets. On va se détacher de la modernité pour s’intéresser à l’esprit des lieux, à l’unicité des terroirs, à l’art de vivre mais dans un environnement numérique et hyper connecté. Le futur est coopération et limites, local et connexions.

Cela avait déjà commencé avec l’arrivée de nouvelles générations qui font un retour à la terre. Qui sont les « nouveaux agriculteurs» ?

Un quart des nouveaux arrivants ne sont pas des successeurs directs. Mais il y a parmi eux beaucoup d’héritiers au deuxième degré, des petits-fils d’agriculteurs… Ils ont fait des études commerciales ou numériques. Ils développent des exploitations en prenant la question dans le sens inverse de ce qui a été fait jusqu’ici : ils pensent « qu’est-ce que les consommateurs ont envie de manger ? » Penser à l’utilisateur en premier, c’est un changement radical de paradigme pour l’agriculture ! Et cela se matérialise dans la petite transformation, le circuit court, la vente directe, le marché paysan, l’Amap, le bio… Cela permet au client de remettre un visage sur l’aliment et bouscule tout le monde agricole. Les coopératives, démonétisées, ont dû recommencer à parler de qualité, à se réapproprier l’esprit des lieux qui relie le terroir à la nourriture. Cette démarche, du consommateur au champ et non du champ au consommateur, a beaucoup d’avenir.

C’est une agriculture qu’on met en avant, qui fait rêver, mais ce n’est pas toute l’agriculture !

Non ! Elle ne peut pas répondre à toutes les attentes. Il y a une agriculture de « matière première » (soja, blé, maïs, lait, patates…) qui doit être fournie en grande quantité et peu chère. C’est d’ailleurs l’histoire de la Politique agricole commune. La nourriture est la première garantie que le politique doit donner à la population. Et comme la France n’a pas fait le choix, comme le Japon ou la Grande-Bretagne, d’externaliser son agriculture, elle aura toujours besoin de grandes productions. Ce qui va changer c’est la place de l’élevage, de la viande. Les préoccupations environnementales poussent à sa réduction. On mangera sans doute plus de carottes-boeuf que de boeuf-carottes, comme dit Thierry Marx.

L’agriculture reste-t-elle un métier d’avenir ?

Elle est d’autant plus un métier d’avenir qu’une bataille considérable s’est engagée, avec un changement nécessaire de modèle. L’agriculture doit s’ouvrir au captage du carbone, au bois, à la biomasse, à l’énergie éolienne ou solaire, à la protection des paysages et des écosystèmes. La ville a beau être prise dans sa révolution « écolo-bobo-bicyclette», penser qu’elle peut subvenir seule à ses besoins avec l’agriculture urbaine, cela reste une illusion : Paris consomme, par exemple, 3 millions d’œufs par jour… On verra, en revanche, de nouvelles formes agricoles émerger. Je plaide pour la naissance de 40 000 fermes communales qui serviront les besoins locaux des écoles, comme à Mouans-Sartoux par exemple. Nous aurons sans doute, bientôt, 100 000 fermes bio. De nombreux agriculteurs cultivent déjà sans labours, dans le respect des sols. Ce sont ces projets nombreux qui doivent nous rassembler autour du soin au corps charnel de la patrie, composée de 53 % de terres arables et de 20 % de forêts. Le métier va de plus en plus devenir ultra-technique, qualitatif. Il va falloir investir beaucoup dans la recherche de nouveaux outils, dans la surveillance des champs depuis l’espace, la formation continue… Les savoirs ont changé. Avec l’arrivée de nouvelles générations, on apprend désormais dans les livres autant que dans les champs. Une libération des carcans de la transmission familiale. La chance de l’agriculture est dans le renouvellement des générations !

Vous récusez une certaine spécificité de l’agriculture…

Il faut arrêter de dire que c’est un métier de fils de paysan et plutôt le considérer comme un métier comme un autre. On peut l’apprendre, exactement comme les autres ; il faut développer des pépinières agricoles comme on développe des pépinières d’entreprises, avec des accompagnements de projets, comme pour les start-up. Cela reste, toutefois, un métier contraignant, où on travaille quand la nature a besoin, quel que soit le temps, ce qui est une différence fondamentale avec la société urbaine, société de l’intérieur qui ne sort que quand il faut beau.

Comment régler la question cruciale du foncier ?

La nouvelle agriculture se heurte à cette question. Les jeunes agriculteurs ne peuvent plus passer leur vie à racheter le sol, cela ne peut pas être un objectif. Ceux qui entrent ne doivent pas porter cette charge, bien trop lourde. C’est un énorme capital immobilisé et s’en libérer permettrait un travail plus qualitatif sur l’innovation et les marges. Il faut réfléchir à des coopératives foncières régionales qui reprendraient les terres en viager pour les louer. Peut-être avec des actionnaires ruraux ou résidents secondaires, le bail pouvant être très long et même transmissible. Il y a de nombreux pays en Europe, comme l’Allemagne, où les paysans ne sont pas propriétaires de la terre. La terre est aussi un enjeu symbolique : séparer le foncier du paysan, c’est aussi faciliter les arrivées, et rompre avec la logique selon laquelle si on n’est pas de la famille ou du milieu, on n’a pas sa place.

«Une agriculture idéale et durable». (Denis Beauchamp)

«Une agriculture idéale et durable». (Denis Beauchamp)

 

Denis Beauchamp responsable du commerce des céréales dans une coopérative agricole et président de l’Association France Agri Twittos,  tente de réconcilier la dimension environnementale et économique de l’agriculture dans une tribune à l’opinion.

 

 

Connaissez-vous l’équation qui conditionne la réussite de toute politique agricole ? C’est une équation qui s’articule invariablement autour de trois facteurs (l’ordre n’a pas d’importance) :

- Elle doit être durable pour le producteur : si l’agriculteur ne vit pas de son métier, ce n’est pas un modèle d’avenir.

- Elle doit être capable de fournir de la nourriture de qualité, en abondance et abordable : si on souffre de pénurie tous les ans, ou si la nourriture est hors de prix, ça n’est pas viable à long terme.

- Elle doit être durable au point de vue environnemental : une agriculture qui détruit le milieu dans lequel elle s’exerce n’a pas d’avenir.

Ces trois points sont totalement imbriqués les uns dans les autres : à progrès agronomique égal, quand on touche le curseur de l’un, on fait mécaniquement et obligatoirement bouger les deux autres. J’insiste, et il faut en être conscient, on n’a rien sans rien et l’équilibre est très fragile.

Pour résumer, on pourrait avoir une agriculture qui aurait zéro impact, mais elle ne nourrirait personne. On pourrait également avoir une agriculture hyperproductive mais qui détruirait tout, évidemment ça n’irait pas. On pourrait enfin avoir une agriculture haut de gamme, mais qui ne ferait vivre que 20 % de ses producteurs, ça ne serait pas souhaitable. Une politique agricole qui oublie un ou plusieurs de ces paramètres n’a donc aucune chance d’être durable.

Sachant cela, quel est le constat à ce jour de la PAC pour la société Française ?

Sur le premier point, la rentabilité, si l’objectif a été atteint, ça l’est de moins en moins, et même plus du tout pour de larges secteurs agricoles. Sur le second point, la production, pas de doute, l’objectif est atteint : jamais le prix de la nourriture n’aura aussi peu pesé dans le panier des Français. Sur le troisième point, l’environnement, il faut être honnête. Même s’il y a encore des efforts à faire, les progrès sont incontestables et vont vraiment dans le bon sens.

Alors qu’est-ce qui cloche dans tout cela ? Deux choses principalement. Tout d’abord la perception pour le consommateur, qui est loin de savoir quelles ont été les évolutions de l’agriculture ces vingt dernières années. Il faut l’expliquer, chiffres à l’appui : oui, la pollution des rivières recule. Oui, les algues vertes aussi reculent. Oui, on sait mesurer avec une précision inconnue il y a dix ans, la moindre trace de tout ce que l’on veut (ou surtout de ce que l’on ne veut pas) dans notre nourriture. Et c’est suivi de très près. Oui, on utilise de moins en moins de produits phytosanitaires problématiques. Tout cela prend du temps, mais on est sur le bon chemin.

Ensuite, la rentabilité pour le producteur. Pour améliorer ce dernier point, il n’y a pas de formule magique. Soit le producteur parvient à fabriquer un produit à bas prix, et pour cela il faut des installations mécanisées et automatisées (pour l’élevage, ce sera des fermes usines, pour faire simple). Soit le producteur parvient à tirer un revenu autre que la production pure (méthanisation, paiement pour services environnementaux rendus, diversification), mais à ce compte-là on valide le fait que produire de la nourriture en France n’est plus rentable, ce qui n’est pas forcément un bon calcul à long terme en cas de pénurie ou de confinement. Soit la PAC sert à compenser l’écart entre ce qu’est prêt à payer le consommateur, et le coût de production de ce qu’il demande : ce serait la solution de facilité.

La société ne peut pas nous reprocher de produire ce qu’elle-même exige d’acheter

Je ne crois pas à l’argent magique. Chaque activité doit impérativement être rentable par elle-même, et les attentes sociétales doivent être cohérentes avec les dépenses alimentaires et donc, le mode de production qu’il implique. En clair, la société ne peut pas exiger la fin des pesticides et de l’élevage industriel, et en même temps chercher à acheter toujours le moins cher, à courir les promotions et les fast-foods, et à acheter à l’étranger ce qu’il est impossible de produire en France à coût réduit, comme c’est déjà le cas pour la volaille par exemple.

Si le pouvoir d’achat ne permet pas de financer la réalisation de ses attentes, alors la société ne peut pas demander à l’agriculture, plus que ce qu’elle peut payer. C’est cruel, mais c’est ainsi. On rêverait tous de vivre dans un pays rempli de gens très riches qui auraient un gros niveau de vie pour s’acheter uniquement des produits de luxe, mais la réalité est différente.

Il est là le cœur du malaise : d’un côté, des attentes sociétales de haut niveau que nous écoutons, et de l’autre côté, des dépenses de la même société au ras des pâquerettes, que nous constatons. Et ça, ce n’est pas, et ce ne sera jamais compatible. La société ne peut pas nous reprocher de produire ce qu’elle-même exige d’acheter.

Ça crée en revanche beaucoup de rancœur côté agricole, ainsi qu’un sentiment d’injustice et d’hypocrisie qui est très violent à vivre au quotidien. Alors, au moment de débattre de ce que nous voulons pour le futur de l’alimentation, avançons ensemble, avec lucidité et sans a priori. Et n’oubliez pas : les agriculteurs produiront toujours ce que vous consommez, ce ne sera jamais l’inverse.

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