Archive pour le Tag 'Agriculture'

Agriculture française: les orientations de Bayrou

Agriculture française: les orientations de Bayrou

 

 

François Bayrou fait une analyse sans concession des atouts mais aussi les faiblesses de l’agriculture française. Il note par exemple que l’excédent commercial souvent avancé de cette cette branche était à  relativiser compte tenu des imports nécessaires à la production.

.Selon ce rapport, résumé notamment sur le site réussir , cinq crises sont à dominer : la baisse de la population active agricole, le recul des exportations agroalimentaires, les évolutions des régimes alimentaires, l’adaptation au dérèglement climatique et le malaise sociologique des agriculteurs.

Le rapport de François Bayrou souligne l’importance des céréales et des vins et spiritueux dans l’excédent commercial. ‘ « À côté de ces étendards bien identifiés se trouvent une myriade de déficits plus ou moins importants, révélant la faiblesse sectorielle ou le déficit de compétitivité de pans entiers de l’agriculture française ». Sans la filière viticole, le déficit se serait établi à – 4,6 milliards d’euros en 2019. Parmi les secteurs en tension figurent, par exemple, les fruits et légumes avec un déficit de 5,9 milliards d’euros en 2019. La note s’inquiète aussi de la dépendance protéinique du pays. Reste à connaître l’effet du plan protéines 2021/2022.

Parallèlement, les importations représentent 20 % de l’alimentation nationale. Elles ont doublé entre 2000 et 2019, passant de 28 à 56 milliards

Pour expliquer cette perte de compétitivité, la note du haut-commissaire évoque notamment la fiscalité française. Cette dernière atteint « 3,2 % du PIB en France contre 1,6 % en moyenne dans les autres pays de l’UE en 2017, 1 % en Espagne et aux Pays Bas et 0,4 % en Allemagne ». Le coût du travail est également évoqué. Dans l’industrie agroalimentaire, il aurait « augmenté plus vite (+ 58 % sur la période 2000-2017) qu’en Allemagne par exemple (+ 34 % sur la même période) ». Un chiffre à relativiser, puisque l’Allemagne affiche un solde commercial agricole et agroalimentaire « plus dégradé qu’en France ». Soit – 17,7 milliards d’euros en 2018, avec une chute de 6 milliards en 10 ans.

Le haut-commissariat au plan constate que la France ne compte plus que 436 000 exploitations en 2016. Dans le même temps, la « concentration des exploitations agricoles bien est réelle mais moins marquée en France qu’en Espagne, en Allemagne ou aux Pays Bas ». La taille favorisant les gains de productivité, selon la note de François Bayrou.

Les normes environnementales sont citées comme plus contraignantes en France. Et si François Bayrou estime que « l’exigence environnementale ne va pas rester longtemps circonscrite à l’Europe occidentale ». L’agriculture française ne devra cependant pas être « morte quand viendra le rééquilibrage ». Le haut commissaire haut plan ne veut plus des aliments dont les modes de productions sont interdites en Europe. Les exploitants agricoles sauront néanmoins rappeler que les distorsions de concurrence environnementales sont également

Agriculture : « La filière bio française victime de la nouvelle PAC

Agriculture : « La filière bio française victime de la nouvelle PAC

Loïc Madeline, secrétaire national chargé de la PAC à la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), annonce au JDD que « la filière bio en sera la grande perdante » de la nouvelle PAC. « Le ministre annoncera que les aides nous concernant vont passer de 80 à 70 euros par hectare et par an pour 2023-2027″, déplore-t-il.

Qu’attendez-vous des arbitrages rendus vendredi par le ministre de l’Agriculture?
Julien Denormandie va faire la promotion de la HVE [la certification "Haute valeur environnementale" qui garantit une agriculture protégeant la biodiversité sans pour autant être biologique, NDLR] en la mettant au même niveau que le bio, avec une aide, qui sera confirmée vendredi, de 70 euros par hectare et par an. Non seulement tout le monde va y perdre – les exploitants bio touchaient 80 euros par hectare et par an – mais l’incitation de passer au bio, et non pas seulement à la HVE, sera plus faible.

 

Dans le cadre de la nouvelle PAC, le « paiement vert », qui devait inciter à la conversion au bio, va être supprimé pour un « éco-régime ». Concrètement, qu’est-ce que cela change?
Cela ne va rien changer et c’est là le gros risque. Le « paiement vert », créé pour la PAC de 2016 à 2022, est un situation d’échec : ce dispositif n’est pas très sélectif et n’encourage pas beaucoup d’exploitations à passer au bio. « L’éco-régime » s’inscrit dans le « green deal » promu par la commission européenne qui milite pour une stratégie en faveur de la biodiversité avec des engagements forts. Mais, passé les grands mots, les arbitrages autour de cet « éco-régime » vont faire de la filière bio la grande perdante.

 

Pourquoi?
Il y a d’abord l’abaissement de 80 à 70 euros par hectare et par an. Mais il y a aussi l’abandon progressif de l’aide au maintien au sein du bio. Aujourd’hui, il y a deux leviers pour effectuer sa transformation : l’aide à la conversion à l’agriculture biologique pour cinq ans et, ensuite, l’aide au maintien. Car un exploitant, une fois qu’il a réalisé la conversion, doit pouvoir amortir les lourds investissements qu’il a effectués. Et cela se fait souvent sur dix ans. Pour remplacer l’aide au maintien abandonnée, la Fnab avait imaginé un « paiement pour service environnemental » qui rentrerait dans le cadre du futur « éco-régime » de la PAC. Mais cette idée a été complètement écartée par le gouvernement.

 

Julien Denormandie a assuré que la future PAC permettrait à la filière bio d’obtenir non plus 250 millions d’euros mais 340 millions d’euros entre 2023 et 2027…
Il faut décrypter ce chiffre. Il s’agit d’une somme maximale atteinte en 2027 si 18% des surfaces agricoles en France sont converties en biologique. Aujourd’hui, nous sommes autour des 10% et le ministère de l’Agriculture estimait un objectif à 12 ou 13% en 2022, quand Emmanuel Macron, en 2017, promettait d’atteindre les 15%. Les 18%, nous en sommes donc bien loin!

 

Y a-t-il un risque qu’une proportion non négligeable d’agriculteurs arrêtent de faire du bio?
Je ne me risquerai à aucun pronostic. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, la plupart des agriculteurs qui passent du conventionnel au bio établissent un plan de conversion sur dix ans. Mais, avec une aide à la conversion qui s’arrête au bout de cinq ans, beaucoup vont au devant de difficultés financières sans l’existence d’un mécanisme de soutien tel que celui-ci que nous proposions.

 

L’avenir de la filière est-il menacé?
Absolument pas. Le secteur restera toujours dynamique, avec, aujourd’hui, 47.000 exploitations. Mais nous nous dirigeons vers une possible stagnation. D’abord, environ 17.000 fermes émargent au crédit d’impôt du gouvernement mais sont trop petites, dans leurs dimensions, pour obtenir les aides de la PAC. Ces petites exploitations sont très souples et bénéficient des circuits courts, avec de la vente directe par exemple. Ce modèle va continuer de proliférer. Le problème vient plutôt des grosses exploitations – des fermes de plus de 80-100 hectares – , qu’il faut convaincre pour parvenir à l’objectif de 18% en 2027. C’est celles-ci qui hésitent à passer au bio sans aide au maintien.

Pour une réforme de la gestion des risques en agriculture

Pour une réforme de la gestion des risques en agriculture

Pour une réforme de la gestion des risques en agriculture par Jean-Yves Dagès est président de Groupama Assurances Mutuelles.

Tribune

A situation exceptionnelle, décision exceptionnelle ! Le 17 avril dernier, à la suite d’épisodes de gel catastrophiques, le Premier ministre a décidé d’ouvrir le régime des calamités agricoles à la viticulture qui en était jusqu’alors exclue, car assurable.

Cette décision est très importante. D’un côté, elle permet la mise en œuvre de la solidarité nationale au profit des viticulteurs non assurés, de l’autre, elle tourne définitivement la page d’une doctrine définie en 2005 lors de l’introduction de l’assurance récoltes en France. Elle fragilise, si rien n’est fait, l’assurance qui peine à se développer au-delà de 30 % de surfaces pour la vigne et les grandes cultures.

La réforme de la gestion des risques en agriculture, tant promise et toujours ajournée, doit donc être réalisée ! Le rapport publié récemment par le député Frédéric Descrozaille propose à ce titre des pistes prometteuses. Groupama soutient plus particulièrement trois propositions reprises par le député.

Pool de coréassurance. Tout d’abord, la possibilité de subventionner l’assurance récolte avec une franchise à 20 %, contre 30 % aujourd’hui. Cette baisse répond en effet à une attente des agriculteurs pour une meilleure couverture de leurs pertes. Cela est d’ailleurs conforme à ce que nous observons, puisque deux tiers de nos assurés contre le gel sur vigne ont souscrit des franchises inférieures ou égales à 15 %.

Puis, la réduction de la volatilité des risques en créant un pool de coréassurance qui associera tous les assureurs diffusant l’assurance récoltes subventionnée, ainsi que la Caisse centrale de réassurance en tant que tiers de confiance. S’inspirant du modèle espagnol en place depuis 40 ans, cette mutualisation améliorera la connaissance des risques et permettra une tarification plus adéquate, tout en favorisant les mesures de prévention.

Enfin, comme le souligne le député, la gestion des risques ne sera possible que dans le cadre d’une gouvernance renouvelée entre le monde agricole, celui de l’assurance et l’Etat, dont le soutien est essentiel. Un soutien qualifié aujourd’hui de « solidarité nationale », mais qui est en fait un investissement stratégique au profit de notre souveraineté alimentaire ! Dans de nombreux pays, l’assurance récoltes est un outil de politique agricole. Il n’y a aucune raison qu’elle ne le soit pas aussi en France. Sachons, enfin, créer le partenariat public-privé dont les agriculteurs de notre pays ont tant besoin !

Jean-Yves Dagès est président de Groupama Assurances Mutuelles.

Environnement -agriculture: Pour une PAC durable mais aussi créatrice de valeur

  • Environnement -agriculture: Pour une PAC durable mais aussi créatrice de valeur
  • La tribune de 164 parlementaires
    • Alors que notre pays traverse une crise inédite, l’agriculture française — et singulièrement sa production de grandes cultures — doit disposer de moyens adaptés pour répondre pleinement aux objectifs qui sont les siens : produire de manière durable une alimentation de qualité ; contribuer à la lutte contre le changement climatique ; participer pleinement à la relance économique grâce à des filières ancrées dans les territoires.
    • Toutefois, les producteurs de grandes cultures connaissent depuis plus de huit ans une chute très forte de leurs revenus, dont le niveau est l’un des plus faibles de notre pays. Leur rémunération moyenne s’établit sur cette période à moins d’un smic par an dans des conditions inédites de distorsion de concurrence et d’érosion de leur compétitivité par rapport aux autres producteurs européens et, a fortiori, de pays tiers. Ceci s’explique notamment par une baisse drastique des aides qu’ils percevaient au titre du premier pilier de la Politique agricole commune (PAC) au fur et à mesure des différentes réformes de la PAC. Force est de constater qu’à chaque fois, il leur est toujours demandé plus d’efforts et d’engagements, sans pour autant leur accorder de véritable contrepartie économique.
    • «Vision équilibrée ». Nous, élus, sommes résolument à leurs côtés pour que le gouvernement tienne pleinement compte, dans les orientations qui seront arrêtées dans la future PAC, de ces réalités ainsi que des équilibres entre les filières de production et entre les territoires. La durabilité ne peut pas se limiter aux seules dimensions environnementales : elle suppose une réelle prise en compte de la dimension économique de l’activité agricole. Les transitions ne pourront être conduites qu’à travers une vision équilibrée entre l’environnement, l’économie et le social, notamment pour assurer l’indispensable renouvellement de générations en agriculture.
    • Il est, dès lors, impératif que la future PAC soit à la hauteur des défis à relever par les producteurs de grandes cultures. Elle doit résolument s’inscrire dans une logique de croissance et de création de valeur, ainsi que de reconnaissance des efforts (carbone, biodiversité…) déjà réalisés et à réaliser, impliquant une rémunération adéquate. Parallèlement et face à la multiplication des aléas économiques et climatiques, nos producteurs doivent être accompagnés par un système assurantiel plus incitatif pour améliorer la résilience des exploitations.
    • Assurer le maintien de ces exploitations sur nos territoires, c’est assurer la durabilité d’un secteur structuré qui génère plus de 460 000 emplois, c’est assurer une activité économique en milieu rural, c’est assurer l’équilibre de notre balance commerciale, c’est assurer la souveraineté alimentaire de notre pays.
    • Guillaume Kasbarian, député de l’Eure-et-Loir, Julien Dive, député de l’Aisne, Philippe Vigier, député de l’Eure-et-Loir, Luc Lamirault, député de l’Eure-et-Loir, Pierre Cuypers, sénateur de la Seine-et-Marne, Stéphane Demilly, sénateur de la Somme, Marie Évrard, Sénatrice de l’Yonne.
    • Cosignataires : Damien Adam, député de la Seine-Maritime, Pascal Allizard, sénateur du Calvados, Serge Babary, sénateur d’Indre-et-Loire, Philippe Bas, sénateur de la Manche, Jérôme Bascher, sénateur de l’Oise, Stéphane Baudu, député du Loir-et-Cher, Thibault Bazin, député de Meurthe-et-Moselle, Valérie Bazin-Malgras, députée de l’Aube, Valérie Beauvais, députée de la Marne, Bruno Belin, Sénateur de la Vienne, Nadine Bellurot, Sénatrice de l’Indre, Aurore Bergé, députée des Yvelines, Philippe Berta, député du Gard, Grégory Besson-Moreau, député de l’Aube, Annick Billon, sénatrice de la Vendée, Christophe Blanchet, député du Calvados, Pascal Bois, député de l’Oise, François Bonneau, sénateur de la Charente, Jean-Yves Bony, député du Cantal, Gilbert Bouchet, sénateur de la Drôme, Jean-Claude Bouchet, député du Vaucluse, Sylvie Bouchet-Bellecourt, députée de Seine-et-Marne, Bernard Bouley, député de l’Essonne, Yves Bouloux, sénateur de la Vienne, Jean-Luc Bourgeaux, député d’Ille-et-Vilaine, Toine Bourrat, sénatrice des Yvelines, Jean-Marc Boyer, sénateur du Puy-de-Dôme, Valérie Boyer, sénatrice des Bouches-du-Rhône, Jean-Louis Bricout, député de l’Aisne, Danielle Brulebois, députée du Jura, Carole Bureau-Bonnard, députée de l’Oise, Vincent Capo-Canellas, sénateur de la Seine-Saint-Denis, Danièle Cazarian, députée du Rhône, Anne Chain-Larché, sénatrice de la Seine-et-Marne, Philippe Chalumeau, député d’Indre-et-Loire, Alain Chatillon, sénateur de la Haute-Garonne, Guillaume Chevrollier, sénateur de la Mayenne, Paul Christophe, député du Nord, Dino Cinieri, député de la Loiret, Fabienne Colboc, députée de l’Indre-et-Loire, François Cormier-Bouligeon, député du Cher, Jean-Pierre Cubertafon, député de Dordogne, Olivier Damaisin, député du Lot-et-Garonne, Sonia De La Provoté, sénatrice du Calvados, Dominique de Legge, sénateur d’Ille-et-Vilaine, Albéric De Montgolfier, sénateur de l’Eure-et-Loir, Louis-Jean de Nicolay, sénateur de la Sarthe, Marguerite Deprez-Audebert, députée du Pas-de-Calais, Chantal Deseyne, sénatrice d’Eure-et-Loir, Yves Détraigne, sénateur de la Marne, Nassimah Dindar, sénatrice de la Réunion, Elisabeth Doineau, sénatrice de la Mayenne, Jean-Pierre Door, député du Loiret, Pierre-Henri Dumont, député du Pas-de-Calais, Nicole Duranton, sénatrice de l’Eure, Nadia Essayan, députée du Cher, Gilbert Favreau, sénateur des Deux-Sèvres, Françoise Férat, sénateur de la Marne, Agnès Firmin Le Bodo, députée de Seine-Maritime, Pascale Fontenel-Personne, députée de la Sarthe, Nicolas Forissier, député de l’Indre, Françoise Gatel, sénatrice d’Ille-et-Vilaine, Laurence Gayte, députée des Pyrénées-Orientales, Annie Genevard, députée du Doubs, Séverine Gipson, députée de l’Eure, Carole Grandjean, députée de Meurthe-et-Moselle, Jean-Charles Grelier, député de la Sarthe, Pascale Gruny, sénatrice de l’Aisne, Charles Guéné, sénateur de la Haute-Marne, Daniel Guéret, sénateur d’Eure-et-Loir, Jocelyne Guidez, sénatrice de l’Essonne, Yves Hemedinger, député du Haut-Rhin, Olivier Henno, sénateur du Nord, Michel Herbillon, député du Val-de-Marne, Antoine Herth, député du Bas-Rhin, Loïc Hervé, sénateur de la Haute-Savoie, Patrick Hetzel, député du Bas-Rhin, Jean-Raymond Hugonet, sénateur de l’Essonne, Jean-François Husson, sénateur de la Meurthe-et-Moselle, Christian Jacob, député de Seine-et-Marne, Annick Jacquemet, sénatrice du Doubs, Caroline Janvier, députée du Loiret, Bruno Joncour, député des Côtes d’Armor, Sandrine Josso, députée de Loire-Atlantique, Claude Kern, sénateur du Bas-Rhin, Loïc Kervran, député du Cher, Christian Klinger, sénateur du Haut-Rhin, Jacques Krabal, député de l’Aisne, Daniel Labaronne, député d’Indre-et-Loire, Jean-Luc Lagleize, député de Haute-Garonne, Marc Laménie, sénateur des Ardennes, Michel Laugier, sénateur des Yvelines, Daniel Laurent, sénateur de la Charente-Maritime, Jacques Le Nay, sénateur du Morbihan, Jean-Claude Leclabart, député de la Somme, Antoine Lefèvre, sénateur de l’Aisne, Valérie Létard, sénatrice du Nord, Pierre-Antoine Lévi, sénateur du Tarn-et-Garonne, Richard Lioger, député de la Moselle, Patrick Loiseau, député de Vendée, Anne-Catherine Loisier, sénatrice de Côte d’Or, Jean-François Longeot, sénateur du Doubs, Gérard Longuet, sénateur de la Meuse, Véronique Louwagie, députée de l’Orne, Lise Magnier, députée de la Marne, Sylvain Maillard, député de Paris, Emmanuel Maquet, député de la Somme, Olivier Marleix, député de l’Eure-et-Loir, Hervé Maurey, sénateur de l’Eure, Franck Menonville, sénateur de la Meuse, Gérard Menuel, député de l’Aube, Sébastien Meurant, sénateur du Val-d’Oise, Maxime Minot, député de l’Oise, Jean-Pierre Moga, sénateur du Lot-et-Garonne, Adrien Morenas, député du Vaucluse, Catherine Morin-Desailly, sénatrice de la Seine-Maritime, Philippe Mouiller, sénateur des Deux-Sèvres, Claire O’petit, députée de l’Eure, Olivier Paccaud, sénateur de l’Oise, Vanina Paoli-Gagin, sénatrice de l’Aube, Guillaume Peltier, député du Loir-et-Cher, Philippe Pemezec, sénateur des Hauts-de-Seine, Patrice Perrot, député de la Nièvre, Bernard Perrut, député du Rhône, Stéphane Piednoir, sénateur du Maine-et-Loire, Kristina Pluchet, sénatrice de l’Eure, Rémy Pointereau, sénateur du Cher, Bérengère Poletti, députée des Ardennes, Sophie Primas, sénatrice des Yvelines, Didier Quentin, député de Charente-Maritime, Richard Ramos, député du Loiret, Jean-François Rapin, sénateur du Pas-de-Calais, Julien Ravier, député des Bouches-du-Rhône, Robin Reda, député de l’Essonne, Jean-Luc Reitzer, député du Haut-Rhin, Olivier Rietmann, sénateur de la Haute-Saône, Stéphanie Rist, députée du Loiret, Laurianne Rossi, députée des Hauts-de-Seine, Martial Saddier, député de Haute-Savoie, Denise Saint-Pé, sénatrice des Pyrénées-Atlantiques, Hugues Saury, sénateur du Loiret, René-Paul Savary, sénateur de la Marne, Antoine Savignat, député du Val-d’Oise, Raphaël Schellenberger, député du Haut-Rhin, Patricia Schillinger, sénatrice du Haut-Rhin, Vincent Ségouin, sénateur de l’Orne, Nathalie Serre, députée du Rhône, Bruno Sido, sénateur de la Haute-Marne, Laurent Somon, sénateur de la Somme, Vincent Thiébaut, député du Bas-Rhin, Jean-Louis Thiériot, député de Seine-et-Marne, Sabine Thillaye, députée de l’Indre-et-Loire, Claudine Thomas, sénatrice de la Seine-et-Marne, Frédérique Tuffnell, députée de Charente-Maritime, Jean-Pierre Vigier, député de Haute-Loire, Stéphane Viry, député des Vosges, Sylvain Waserman, député du Bas-Rhin

Abeille et agriculture : une conciliation possible

Abeille et agriculture : une conciliation possible

Le plan pollinisateur annoncé par le gouvernement doit avant tout consolider la collaboration entre agriculteurs et apiculteurs, plutôt que de nous focaliser sur l’interdiction de certains produits de traitement que nos voisins européens continueront à utiliser, estiment Christiane Lambert, présidente de la FNSEA et Eric Lelong président de l’interprofession apicole Interapi, dans une tribune au « Monde ».

Tribune.

 

A force de les opposer, on en vient à oublier que les activités agricoles et apicoles sont non seulement complémentaires, mais interdépendantes. Les cultures et les aménagements mellifères (jachères, haies) des champs agricoles permettent à l’apiculteur de garantir à ses abeilles une alimentation variée toute l’année.

On l’ignore trop souvent, mais les périodes de disette des abeilles sont fréquentes entre les floraisons de grandes cultures (colza, tournesol…), notamment en fin de printemps et d’été. Elles se sont d’ailleurs accentuées avec le changement climatique, qui a des conséquences à la fois sur la ressource alimentaire, la santé des colonies et leur synchronisation avec les floraisons. C’est pourquoi les agriculteurs sont source de solutions pour les pollinisateurs.

L’agriculteur est lui dépendant de la bonne pollinisation de ses cultures pour assurer sa production, tant en quantité qu’en qualité, de colza, d’arbres fruitiers, de melon, de semences…

 

En France, c’est 70 % des six mille espèces de plantes recensées, sauvages et cultivées, qui sont pollinisées par les insectes. Sans ces pollinisateurs, c’est notre souveraineté agricole et donc alimentaire qui est remise en cause. Protéger et développer cette diversité d’espèces constitue donc un enjeu fort pour tous. 

Pour qu’elle soit fructueuse, cette complémentarité repose sur une cohabitation en bonne intelligence.

Dans nos territoires, les apiculteurs et les agriculteurs s’y emploient au travers d’une multitude d’initiatives, loin des idées reçues. Ils veillent, ensemble, à favoriser une meilleure coopération, car c’est avant tout une question de volonté, de formation, d’information et d’adaptation : renforcement des échanges entre parties prenantes sur les pratiques et contraintes de chacun, de manière à engager des actions préventives de protection des ruches, adaptation des pratiques agricoles pour favoriser la présence de pollinisateurs.

 

Des solutions constructives et partagées naissent ainsi, par exemple en privilégiant des traitements de protection des plantes adaptés aux spécificités mellifères, en adaptant les calendriers de traitement et les dates de semis, en pratiquant la fauche tardive, afin de renforcer et de diversifier les ressources mellifères entre deux cultures… 

Miser uniquement sur un renforcement du volet réglementaire reviendrait à entraver une dynamique pourtant déjà engagée dans nombre de territoires

Ces démarches concertées ont prouvé leur efficacité. C’est pourquoi nous insistons pour que le futur plan pollinisateurs proposé par le gouvernement consolide ce dialogue et permette aux agriculteurs et aux apiculteurs d’accroître ce travail en bonne intelligence. Miser uniquement sur un renforcement du volet réglementaire reviendrait à entraver une dynamique pourtant déjà engagée dans nombre de territoires.

Agriculture : l’addiction à l’azote de synthèse

Agriculture : l’addiction à l’azote de synthèse

 

 

L’addiction des agriculteurs aux engrais azotés a un coût exorbitant pour le climat et la biodiversité, estime un collectif d’agronomes et d’agriculteurs. Ils appellent, dans une tribune au « Monde », à réduire fortement la consommation de fertilisants chimiques et à retrouver des sources d’approvisionnement biologiques.

 

Tribune.

 

Les engrais chimiques sont une potion magique issue de la guerre. L’invention du chimiste Fritz Haber (1868-1934), qui a reçu le prix Nobel pour ses travaux sur la synthèse de l’ammoniac, avait deux objectifs : nourrir davantage d’êtres humains et fabriquer des explosifs. Cette découverte a permis d’augmenter rapidement les rendements agricoles au sortir de la seconde guerre mondiale, tout en offrant de nouveaux débouchés aux industries créées en temps de guerre. Depuis 1960, notre consommation mondiale d’engrais azotés de synthèse a été multipliée par neuf – pourtant les plantes n’absorbent que la moitié de l’azote produit. Alors, où va le reste ?

Notre surconsommation d’engrais azotés de synthèse est un désastre écologique, social et économique. La fabrication de ces engrais, que nous importons à 60 %, est une bombe climatique : il faut l’équivalent en gaz d’un kilogramme de pétrole pour produire un kilogramme d’azote. Une fois arrivés dans nos champs, ils émettent massivement du protoxyde d’azote, un gaz 265 fois plus puissant que le CO2. L’azote qui n’est pas absorbé par les plantes pollue les cours d’eau et l’eau du robinet, et tue la biodiversité aquatique – le phénomène des algues vertes est désormais bien connu. De l’ammoniac s’évapore également dans l’air et contribue à produire des particules fines, qui génèrent des pics de pollution jusque dans les villes lors des épandages au printemps. L’adoption massive des engrais chimiques a provoqué une chute de la teneur en matière organique des sols et une augmentation des traitements pesticides car trop d’azote rend les plantes vulnérables aux pathogènes.

 

Pour certaines filières agricoles, il est économiquement difficile, aujourd’hui, de réduire les consommations d’engrais chimiques. Pourtant, l’achat de ces intrants peut représenter plus de 15 % des coûts de production d’une ferme française. Des coûts dont la volatilité génère de l’insécurité, puisqu’ils sont indexés sur le prix des énergies fossiles…

Les alternatives aux engrais azotés de synthèse existent mais elles supposent de nouvelles politiques publiques structurantes qui nous aident à réintégrer de l’azote organique dans les systèmes de culture. Les politiques menées jusqu’ici ont toutes échoué : la réglementation nitrates n’est pas respectée, tout comme la stratégie nationale bas carbone. La TVA réduite sur les engrais bio n’a pas infléchi la demande en engrais de synthèse et la portion des financements du plan de relance qui va dans la bonne direction est bien trop faible.

Agriculture et gel : régime de calamité agricole activé

Agriculture et gel : régime de calamité agricole activé

Le  gel de ces derniers jours a provoqué de très graves dégâts dans l’agriculture en particulier dans l’activité viticole mais aussi arboricole. Le gouvernement va déclencher le régime de calamité.

 

Julien Denormandie a promis la pleine mobilisation des assureurs et des banquiers pour accompagner les exploitants touchés. «On est aujourd’hui face à une situation qui est tout à fait exceptionnelle, qui est particulièrement difficile, qui touche un grand nombre de cultures, la viticulture bien sûr, l’arboriculture, mais aussi les grandes cultures comme celles de la betterave, du colza», a énuméré le ministre, évoquant une «violence assez inédite».

 

«On est en train de faire l’évaluation chiffrée, ce qu’on constate c’est qu’énormément de régions sont aujourd’hui impactées, que ce soit au nord de l’île de France jusqu’au sud-est et une partie du centre du pays», a-t-il dit.

 

«Les dernières nuits marquées par une chute historique des températures et des gelées destructrices viennent de mettre un coup d’arrêt à la floraison et menacent fortement plusieurs filières de production agricole», a souligné jeudi le syndicat agricole majoritaire FNSEA, dans un communiqué.

 

Vignes, arbres fruitiers mais aussi colza ou légumes de plein champ… un grand nombre de cultures sont potentiellement atteintes sur un large secteur allant du nord de la France à la vallée du Rhône, en passant par le Bordelais. «Dans de nombreuses régions, du nord au sud et de l’est à l’ouest, les dégâts sont impressionnants chez les viticulteurs et chez les arboriculteurs. La détresse est grande aussi dans le monde des grandes cultures! Les impacts sur le colza, en pleine floraison, sont dramatiques, comme sur les semis de betteraves: de très nombreux planteurs vont devoir ressemer plus de la moitié de leur surface», insiste la FNSEA.

 

Vendredi, selon Météo France, il fera encore froid au petit matin dans les terres au nord de la Loire, sur un grand quart nord-est, dans le Massif central et à l’intérieur de la Provence, avec des gelées fréquentes atteignant localement -4 à -2 degrés sur le Grand Est. Les agriculteurs redoutent la survenue d’un nouvel épisode de gel, possiblement en début de semaine prochaine.

Agriculture: la question du foncier

Agriculture: la question du foncier

 

Jean Viard, sociologue, évoque bouleversement démographique en cours dans le monde agricole  mais  évoque aussi la question centrale du foncier

La moitié de près de 450 000 agriculteurs français partira en retraite d’ici à dix ans. Il va falloir renouveler profondément ceux qui font l’alimentation française. C’est un bouleversement profond !

Oui, mais il faut le relativiser. Tous les agriculteurs ne sont pas des descendants de paysans sur plusieurs siècles. La France agricole a déjà connu, dans son histoire contemporaine, deux grandes vagues de renouvellement. Après la Première guerre mondiale, il y avait en France 300 000 jeunes veuves, sans compter toutes les jeunes filles qui avaient perdu leur promis. Les bras d’hommes manquaient aux champs. Certaines jeunes femmes sont devenues ouvrières agricoles, mais des hommes sont aussi venus d’ailleurs en Europe, de Belgique notamment, ou des ruraux non agricoles. Après la Seconde guerre mondiale, le nombre de fermes a fondu, passant de 3 millions en 1945 à 440 000 aujourd’hui. Il y a donc eu peu d’arrivants sur la période, la tendance étant plutôt que les fermes « se mangent » les unes les autres. Mais tout de même : beaucoup de main-d’œuvre saisonnière venait d’Espagne, d’Italie, notamment dans les régions de vignes. Et comme les mères des familles paysannes poussaient les filles à partir vers la ville pour accéder au « propre », au « moderne », c’est par les filles des travailleurs saisonniers – qui épousaient les héritiers locaux – que s’est fait le renouvellement. L’idée du groupe ancestral, homogène, est donc à nuancer, même s’il reste fondateur.

La ruralité, la France paysanne, restent-elles néanmoins la base de l’identité nationale ?

Le modèle politique de la France, dès 1870 après la commune de Paris, s’est appuyé sur un nombre important de paysans qui, alliés aux bourgeois des villes – la France des propriétaires –, devait soutenir la « République paysanne » face aux mouvements ouvriers des villes. Et depuis, les paysans français ont fait, chaque fois, ce que la République leur a demandé de faire. Sous la IIIe République, être propriétaire, chef de famille, conseiller municipal et soldat. Garantir donc la République, tenir les 36 000 communes, et mourir à la guerre, puisque des bataillons entiers de jeunes paysans ont peuplé les tranchées quand l’Allemagne envoyait ses ouvriers. La France a fait alors le choix d’un peuple agricole nombreux pour des raisons politiques, peu productif car sur des fermes trop petites. Et c’est ce qui explique la colonisation « par la terre », en particulier en Algérie : il fallait importer une alimentation produite en quantité insuffisante sur notre sol.

«Le modèle agricole qui aujourd’hui pose problème fut une victoire paysanne, au nom de l’indépendance alimentaire d’une nation marquée par les pénuries de la guerre et par la décolonisation»

En quoi cela explique-t-il aussi la suite de l’histoire agricole française ?

Il a fallu conquérir « l’indépendance alimentaire » après 1962, pendant gaulliste de « l’indépendance par le nucléaire ». D’où le développement de l’agriculture « chimique» et technique, remembrement, arasement des haies, concentration des fermes… Le modèle agricole qui aujourd’hui pose problème fut une victoire paysanne, au nom de l’indépendance alimentaire d’une nation marquée par les pénuries de la guerre et par la décolonisation. On ne doit pas oublier pourquoi les paysans se sont lancés dans ce modèle, ce qui explique qu’il soit difficile, pour un certain nombre d’agriculteurs âgés, de remettre en cause cet héritage, car c’est ce qu’ils ont appris de leurs pères qui, eux, étaient très fiers du travail accompli. A juste titre. Dans cette optique, les agriculteurs ont recherché depuis un demi-siècle à faire toujours plus moderne – avec les machines, le confort, la propreté, l’investissement technologique – pour ne plus être considérés comme des « ploucs ». Mais la grande « méditation collective » créée par la pandémie change les choses. Des centaines de milliers de gens vont changer de vie, de métier, déménager. Une sorte de Plouc Pride (Valerie Jousseaume, éditions de l’Aube) émerge. Nos attentes vont être de ne pas avoir souffert pour rien et que cela ne se renouvelle pas. La pression pour une lutte radicale contre le changement climatique s’accélère. Les sondages sont déjà très nets. On va se détacher de la modernité pour s’intéresser à l’esprit des lieux, à l’unicité des terroirs, à l’art de vivre mais dans un environnement numérique et hyper connecté. Le futur est coopération et limites, local et connexions.

Cela avait déjà commencé avec l’arrivée de nouvelles générations qui font un retour à la terre. Qui sont les « nouveaux agriculteurs» ?

Un quart des nouveaux arrivants ne sont pas des successeurs directs. Mais il y a parmi eux beaucoup d’héritiers au deuxième degré, des petits-fils d’agriculteurs… Ils ont fait des études commerciales ou numériques. Ils développent des exploitations en prenant la question dans le sens inverse de ce qui a été fait jusqu’ici : ils pensent « qu’est-ce que les consommateurs ont envie de manger ? » Penser à l’utilisateur en premier, c’est un changement radical de paradigme pour l’agriculture ! Et cela se matérialise dans la petite transformation, le circuit court, la vente directe, le marché paysan, l’Amap, le bio… Cela permet au client de remettre un visage sur l’aliment et bouscule tout le monde agricole. Les coopératives, démonétisées, ont dû recommencer à parler de qualité, à se réapproprier l’esprit des lieux qui relie le terroir à la nourriture. Cette démarche, du consommateur au champ et non du champ au consommateur, a beaucoup d’avenir.

C’est une agriculture qu’on met en avant, qui fait rêver, mais ce n’est pas toute l’agriculture !

Non ! Elle ne peut pas répondre à toutes les attentes. Il y a une agriculture de « matière première » (soja, blé, maïs, lait, patates…) qui doit être fournie en grande quantité et peu chère. C’est d’ailleurs l’histoire de la Politique agricole commune. La nourriture est la première garantie que le politique doit donner à la population. Et comme la France n’a pas fait le choix, comme le Japon ou la Grande-Bretagne, d’externaliser son agriculture, elle aura toujours besoin de grandes productions. Ce qui va changer c’est la place de l’élevage, de la viande. Les préoccupations environnementales poussent à sa réduction. On mangera sans doute plus de carottes-boeuf que de boeuf-carottes, comme dit Thierry Marx.

L’agriculture reste-t-elle un métier d’avenir ?

Elle est d’autant plus un métier d’avenir qu’une bataille considérable s’est engagée, avec un changement nécessaire de modèle. L’agriculture doit s’ouvrir au captage du carbone, au bois, à la biomasse, à l’énergie éolienne ou solaire, à la protection des paysages et des écosystèmes. La ville a beau être prise dans sa révolution « écolo-bobo-bicyclette», penser qu’elle peut subvenir seule à ses besoins avec l’agriculture urbaine, cela reste une illusion : Paris consomme, par exemple, 3 millions d’œufs par jour… On verra, en revanche, de nouvelles formes agricoles émerger. Je plaide pour la naissance de 40 000 fermes communales qui serviront les besoins locaux des écoles, comme à Mouans-Sartoux par exemple. Nous aurons sans doute, bientôt, 100 000 fermes bio. De nombreux agriculteurs cultivent déjà sans labours, dans le respect des sols. Ce sont ces projets nombreux qui doivent nous rassembler autour du soin au corps charnel de la patrie, composée de 53 % de terres arables et de 20 % de forêts. Le métier va de plus en plus devenir ultra-technique, qualitatif. Il va falloir investir beaucoup dans la recherche de nouveaux outils, dans la surveillance des champs depuis l’espace, la formation continue… Les savoirs ont changé. Avec l’arrivée de nouvelles générations, on apprend désormais dans les livres autant que dans les champs. Une libération des carcans de la transmission familiale. La chance de l’agriculture est dans le renouvellement des générations !

Vous récusez une certaine spécificité de l’agriculture…

Il faut arrêter de dire que c’est un métier de fils de paysan et plutôt le considérer comme un métier comme un autre. On peut l’apprendre, exactement comme les autres ; il faut développer des pépinières agricoles comme on développe des pépinières d’entreprises, avec des accompagnements de projets, comme pour les start-up. Cela reste, toutefois, un métier contraignant, où on travaille quand la nature a besoin, quel que soit le temps, ce qui est une différence fondamentale avec la société urbaine, société de l’intérieur qui ne sort que quand il faut beau.

Comment régler la question cruciale du foncier ?

La nouvelle agriculture se heurte à cette question. Les jeunes agriculteurs ne peuvent plus passer leur vie à racheter le sol, cela ne peut pas être un objectif. Ceux qui entrent ne doivent pas porter cette charge, bien trop lourde. C’est un énorme capital immobilisé et s’en libérer permettrait un travail plus qualitatif sur l’innovation et les marges. Il faut réfléchir à des coopératives foncières régionales qui reprendraient les terres en viager pour les louer. Peut-être avec des actionnaires ruraux ou résidents secondaires, le bail pouvant être très long et même transmissible. Il y a de nombreux pays en Europe, comme l’Allemagne, où les paysans ne sont pas propriétaires de la terre. La terre est aussi un enjeu symbolique : séparer le foncier du paysan, c’est aussi faciliter les arrivées, et rompre avec la logique selon laquelle si on n’est pas de la famille ou du milieu, on n’a pas sa place.

«Une agriculture idéale et durable». (Denis Beauchamp)

«Une agriculture idéale et durable». (Denis Beauchamp)

 

Denis Beauchamp responsable du commerce des céréales dans une coopérative agricole et président de l’Association France Agri Twittos,  tente de réconcilier la dimension environnementale et économique de l’agriculture dans une tribune à l’opinion.

 

 

Connaissez-vous l’équation qui conditionne la réussite de toute politique agricole ? C’est une équation qui s’articule invariablement autour de trois facteurs (l’ordre n’a pas d’importance) :

- Elle doit être durable pour le producteur : si l’agriculteur ne vit pas de son métier, ce n’est pas un modèle d’avenir.

- Elle doit être capable de fournir de la nourriture de qualité, en abondance et abordable : si on souffre de pénurie tous les ans, ou si la nourriture est hors de prix, ça n’est pas viable à long terme.

- Elle doit être durable au point de vue environnemental : une agriculture qui détruit le milieu dans lequel elle s’exerce n’a pas d’avenir.

Ces trois points sont totalement imbriqués les uns dans les autres : à progrès agronomique égal, quand on touche le curseur de l’un, on fait mécaniquement et obligatoirement bouger les deux autres. J’insiste, et il faut en être conscient, on n’a rien sans rien et l’équilibre est très fragile.

Pour résumer, on pourrait avoir une agriculture qui aurait zéro impact, mais elle ne nourrirait personne. On pourrait également avoir une agriculture hyperproductive mais qui détruirait tout, évidemment ça n’irait pas. On pourrait enfin avoir une agriculture haut de gamme, mais qui ne ferait vivre que 20 % de ses producteurs, ça ne serait pas souhaitable. Une politique agricole qui oublie un ou plusieurs de ces paramètres n’a donc aucune chance d’être durable.

Sachant cela, quel est le constat à ce jour de la PAC pour la société Française ?

Sur le premier point, la rentabilité, si l’objectif a été atteint, ça l’est de moins en moins, et même plus du tout pour de larges secteurs agricoles. Sur le second point, la production, pas de doute, l’objectif est atteint : jamais le prix de la nourriture n’aura aussi peu pesé dans le panier des Français. Sur le troisième point, l’environnement, il faut être honnête. Même s’il y a encore des efforts à faire, les progrès sont incontestables et vont vraiment dans le bon sens.

Alors qu’est-ce qui cloche dans tout cela ? Deux choses principalement. Tout d’abord la perception pour le consommateur, qui est loin de savoir quelles ont été les évolutions de l’agriculture ces vingt dernières années. Il faut l’expliquer, chiffres à l’appui : oui, la pollution des rivières recule. Oui, les algues vertes aussi reculent. Oui, on sait mesurer avec une précision inconnue il y a dix ans, la moindre trace de tout ce que l’on veut (ou surtout de ce que l’on ne veut pas) dans notre nourriture. Et c’est suivi de très près. Oui, on utilise de moins en moins de produits phytosanitaires problématiques. Tout cela prend du temps, mais on est sur le bon chemin.

Ensuite, la rentabilité pour le producteur. Pour améliorer ce dernier point, il n’y a pas de formule magique. Soit le producteur parvient à fabriquer un produit à bas prix, et pour cela il faut des installations mécanisées et automatisées (pour l’élevage, ce sera des fermes usines, pour faire simple). Soit le producteur parvient à tirer un revenu autre que la production pure (méthanisation, paiement pour services environnementaux rendus, diversification), mais à ce compte-là on valide le fait que produire de la nourriture en France n’est plus rentable, ce qui n’est pas forcément un bon calcul à long terme en cas de pénurie ou de confinement. Soit la PAC sert à compenser l’écart entre ce qu’est prêt à payer le consommateur, et le coût de production de ce qu’il demande : ce serait la solution de facilité.

La société ne peut pas nous reprocher de produire ce qu’elle-même exige d’acheter

Je ne crois pas à l’argent magique. Chaque activité doit impérativement être rentable par elle-même, et les attentes sociétales doivent être cohérentes avec les dépenses alimentaires et donc, le mode de production qu’il implique. En clair, la société ne peut pas exiger la fin des pesticides et de l’élevage industriel, et en même temps chercher à acheter toujours le moins cher, à courir les promotions et les fast-foods, et à acheter à l’étranger ce qu’il est impossible de produire en France à coût réduit, comme c’est déjà le cas pour la volaille par exemple.

Si le pouvoir d’achat ne permet pas de financer la réalisation de ses attentes, alors la société ne peut pas demander à l’agriculture, plus que ce qu’elle peut payer. C’est cruel, mais c’est ainsi. On rêverait tous de vivre dans un pays rempli de gens très riches qui auraient un gros niveau de vie pour s’acheter uniquement des produits de luxe, mais la réalité est différente.

Il est là le cœur du malaise : d’un côté, des attentes sociétales de haut niveau que nous écoutons, et de l’autre côté, des dépenses de la même société au ras des pâquerettes, que nous constatons. Et ça, ce n’est pas, et ce ne sera jamais compatible. La société ne peut pas nous reprocher de produire ce qu’elle-même exige d’acheter.

Ça crée en revanche beaucoup de rancœur côté agricole, ainsi qu’un sentiment d’injustice et d’hypocrisie qui est très violent à vivre au quotidien. Alors, au moment de débattre de ce que nous voulons pour le futur de l’alimentation, avançons ensemble, avec lucidité et sans a priori. Et n’oubliez pas : les agriculteurs produiront toujours ce que vous consommez, ce ne sera jamais l’inverse.

«L’innovation » ou le plaidoyer pour une agriculture industrielle ( ministre américain de l’Agriculture)

«L’innovation » ou le plaidoyer pour une agriculture industrielle  ( ministre américain de l’Agriculture)

Hier ce sont les lobbys agricoles français qui dans une tribune dans l’Opinion ont vanté la promotion de l’innovation-incluant les OGM – confirmant ainsi le caractère toujours plus industriel de l’agriculture. Aujourd’hui ,c’est le ministre américain de l’agriculture qui dans une autre tribune très habile récupère la problématique environnementale, sociale et sociétale pour justifier de cette agriculture intensive qui veut nourrir le monde entier ignorant au passage sans doute volontairement que le localisme peut permettre de suppléer au moins partiellement aux carences graves de notre modèle agricole;  ce qui permettrait aussi  de redonner de l’intérêt et de la compétitivité aux cultures locales y  compris dans les pays en voie de développement.

 

« Il est temps pour l’Amérique et l’Europe de travailler ensemble pour résoudre le prochain grand défi auquel nous sommes confrontés – produire suffisamment de nourriture, avec moins d’intrants, pour nourrir une population mondiale croissante – ce qui signifie mettre l’innovation et les nouvelles technologies au service d’une agriculture sûre et durable. Les Etats-Unis et leurs amis européens partagent une longue histoire de coopération, qui a été riche en partenariats bénéfiques pour tous. Lorsque nous travaillons ensemble pour résoudre les défis économiques et sécuritaires mondiaux, tout le monde en profite.

Ce fut le cas après la Seconde Guerre mondiale, où l’ouverture des échanges entre les États-Unis et l’Europe a déclenché un boom économique multigénérationnel sans précédent qui a sorti des milliards de personnes de la pauvreté dans le monde entier. Aujourd’hui, il s’agit de poursuivre dans la voie ouverte par notre histoire commune et de travailler ensemble pour réussir ce défi.

D’ici à 2050, la population mondiale devrait atteindre 9,8 milliards d’habitants. Fournir une alimentation saine à cette population croissante représente littéralement un enjeu de vie ou de mort. Face à cela, les États-Unis ont choisi l’innovation et la technologie. Nous voulons que l’Europe montre l’exemple en adoptant une approche innovante de l’agriculture afin de produire des aliments sûrs, de haute qualité et abordables. Ce n’est qu’en adoptant des technologies transformatrices que nous serons en mesure de produire suffisamment de nourriture, de fibres et de carburant pour l’avenir – et de le faire de manière sûre et durable.

« Faites ce qui est juste et nourrissez tout le monde. » C’est notre devise au département américain de l’Agriculture (USDA), et c’est un thème que j’ai souligné à plusieurs reprises lors de ma visite en Europe le mois dernier. Je suis rentré chez moi plus convaincu que jamais que les agriculteurs et les décideurs des deux côtés de l’Atlantique peuvent – et doivent – s’unir pour atteindre ce noble objectif.

L’agriculture moderne fait partie de la solution, pas du problème. Comme je l’ai dit à mes collègues ministres de l’Agriculture, nous représentons ensemble les agriculteurs les plus productifs de la planète et nous partageons la responsabilité commune de nourrir une population mondiale en croissance. Mais cela ne se produira que si nous augmentons durablement notre productivité et créons un modèle viable pour le reste du monde.

En tant que chefs de file de l’agriculture, nous avons l’obligation morale d’aider les agriculteurs et les producteurs alimentaires de nos pays en reconnaissant et en adoptant les trois dimensions de la durabilité agricole : environnementale, sociale et économique.

La préservation de l’environnement est essentielle si nous voulons maintenir la santé de nos sols, la qualité de notre eau et de notre air, tout en répondant à la demande de nourriture et de fibres. La seule façon de nourrir le monde tout en minimisant l’impact de l’agriculture sur l’environnement est de produire plus avec moins d’intrants totaux.

Les agriculteurs font partie de nos meilleurs écologistes. Plus que quiconque, ils veulent que la terre soit en bonne santé parce qu’ils en ont besoin. C’est pourquoi ils ont été des chefs de file dans le domaine de la technologie et de l’innovation – ils comprennent que l’utilisation de la technologie leur permettra de faire plus avec moins, de mieux protéger l’environnement et de réduire l’impact de l’agriculture.

Nous avons fait des progrès. Au cours des quatre-vingt-dix dernières années, la production de matières premières aux Etats-Unis a augmenté de 400 %, tandis que la superficie en production a baissé de 9 %. Dans le même ordre d’idées, l’amélioration des plantes et des pratiques de culture aux Etats-Unis a permis d’augmenter l’efficacité d’utilisation de l’eau et des nutriments, ce qui a contribué à limiter les coûts de production et l’impact environnemental de l’agriculture. Et dans le secteur de l’élevage, les gains d’efficacité ont considérablement réduit les émissions de gaz à effet de serre : le troupeau laitier américain produit presque deux fois plus de lait qu’il y a 90 ans alors que le nombre de vaches a été réduit de 60 %.

La durabilité sociale est également essentielle. Lorsque nous augmentons la productivité et l’efficacité, nous contribuons à la sécurité alimentaire en rendant les aliments plus abordables. Nous savons que les nations qui ont atteint la sécurité alimentaire connaissent moins de conflits et de migrations. Améliorer la durabilité environnementale et économique est une bonne chose, mais seulement si les consommateurs ont les moyens de se procurer des aliments sûrs et de qualité. La bonne nouvelle est que l’augmentation de la productivité a contribué à rendre les aliments plus abordables. Depuis 1960, les prix des principaux produits de base ont chuté de moitié, contribuant à rendre le pain, les œufs, la viande et le lait plus abordables pour les consommateurs américains et du monde entier, y compris ceux qui connaissent l’insécurité alimentaire.

Enfin, la durabilité environnementale et sociale ne sera pas atteinte s’il n’y a pas de durabilité économique pour les producteurs. L’agriculture doit être rentable. Si les agriculteurs ne peuvent pas gagner suffisamment pour investir, nous perdrons les fondements de notre économie alimentaire et régresserons vers l’agriculture de subsistance.

Nous devons également attirer la prochaine génération de jeunes agriculteurs dans ce qui n’est pas seulement une profession, mais un mode de vie. L’agriculture est un mode de vie merveilleux, mais elle doit aussi créer des moyens de subsistance. L’augmentation de la productivité est essentielle pour garantir des conditions d’existence décentes aux agriculteurs et aux travailleurs agricoles.

Nous ne pourrons jamais atteindre la durabilité environnementale ou sociale sans durabilité économique. Et nous ne pourrons pas atteindre la durabilité économique si nous privons les agriculteurs et les éleveurs des outils modernes dont ils ont besoin pour être rentables. En fait, l’innovation technologique est fondamentale pour progresser sur les trois piliers de la durabilité. Il était clair pour moi lors de mes réunions et conversations avec mes homologues européens que nous sommes tous unis dans notre désir d’améliorer la durabilité de l’agriculture et de la production alimentaire.

Et il est clair que l’innovation est la clé de tous les aspects de la durabilité agricole. Nous devons redoubler d’efforts pour dédier la meilleure expertise scientifique à cette tâche et pour fournir à nos producteurs les outils dont ils ont besoin pour réussir.

Sonny Perdue est le secrétaire américain à l’Agriculture.

Agriculture malade: Macron , en docteur Diafoirus

Agriculture malade:  Macron , en  docteur Diafoirus

 Macron en médecin de Molière qui se penche sur la maladie de l’agriculture avec des propos d’une banalité stupéfiante et autant de contradictions. Pendant plus de 10 heures, Macron a fait son show au salon de l’agriculture en multipliant les banalités autant que les contradictions. Un véritable docteur Diafoirus au chevet d’une agriculture malade. Macron qui ne comprend déjà pas les réalités concrètes de l’économie productive et dont l’horizon économique se limite aux start-ups et aux opérations financières n’a guère apporté l’éclairage sur les perspectives du secteur et de ceux qui travail. Pas étonnant qu’il se contente de propos d’une grande banalité assez démagogique : “Nous sommes derrière nos agriculteurs et nos paysans. Ce sont nos paysans qui nous nourrissent chaque jour. On doit être fier de notre agriculture française”, a dit le président dans les allées du centre des expositions de la porte de Versailles.

“On lui demande (à l’agriculture) des changements très profonds pour l’environnement, la qualité, la sécurité alimentaire et elle est au rendez-vous de ces changements”, a-t-il poursuivi.

“Je sais pouvoir compter sur l’ensemble du monde paysan pour réussir cette transformation (…) tout en gardant une agriculture forte, pour réussir à réduire nos pesticides, le faire de manière apaisée réconciliée et en permettant à nos paysans d’avoir leurs revenus”, a insisté Emmanuel Macron, soulignant que “rien ne doit justifier des actions contre nos paysans” et promettant d’être “intraitable” sur le sujet. Immédiatement après,  il a indiqué qu’il était hors de question d’envisager une revalorisation des retraites. Notons aussi que , il ne cesse de développer des accords commerciaux avec les différentes zones graphiques qui sacrifient en fête l’agriculture sur l’autel de grands secteurs industriels. ( l’accord avec le Canada par exemple).

“Je ne peux pas gérer l’avenir et le passé en même temps. Je ne vais pas vous mentir”, leur a-t-il répondu à propos des retraites. Autant dire que ces propos sont particulièrement ambigus concernant le revenu des futurs retraités à agricole

“Tous ceux qui rentreront dans le nouveau système, contrairement à l’ancien, ils auront une garantie de retraite minimum. Est-ce que je peux aujourd’hui vous dire l’ensemble du stock, c’est-à-dire tous nos (agriculteurs) retraités d’aujourd’hui peuvent y rentrer ? C’est impossible. C’est impossible, parce que c’est 1,1 milliard”, a-t-il insisté . En même temps Macon a fait le grand écart entre l’agriculture industrielle et les exigences de qualité et de santé de la part des consommateurs. Un petit clin d’œil en passant aux écolos producteurs consommateurs. Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, a rappelé mardi que les pensions de retraite des agriculteurs sont actuellement en moyenne à 740 euros par mois (760 euros pour les hommes et 580 euros pour les femmes). « Or la retraite moyenne des Français est de 1.390 euros par mois », a-t-il fait valoir.

 “Nous avons dit que nous comprenons qu’il faut protéger la santé des consommateurs et des riverains, mais ça ne peut pas se faire sans accompagnement financier, sinon c’est de la perte sèche pour les agriculteurs”, a dit la présidente de la FNSEA.

Après une rencontre avec les représentants de la filière céréalière, Emmanuel Macron s’est entretenu avec la filière viticole, qui souffre des droits de douane établis par les Etats-Unis dans le litige qui oppose Boeing et Airbus devant l’OMC.

Le président français, a-t-il ajouté, s’est engagé à porter la demande de création d’un fonds de compensation auprès de l’Union européenne avec l’objectif qu’il soit mis en place au printemps.

Autre motif d’inquiétude, le sort de la Politique agricole commune (Pac) européenne au-delà de la fin de l’année.

Réunis jeudi et vendredi en sommet extraordinaire à Bruxelles, les dirigeants européens n’ont pas réussi à s’entendre sur le cadre financier pluriannuel 2021-2027 de l’Union européenne.

Les Vingt-Sept s’opposent sur le montant de l’enveloppe budgétaire au moment où le départ du Royaume-Uni va amputer de l’ordre de 75 milliards d’euros le budget communautaire sur la période de sept ans à venir, mais aussi sur la répartition des dépenses publiques.

Prospective -«Une agriculture compétitive pour nourrir la France et la planète.» ou le triomphe de la confusion !

Prospective -«Une agriculture compétitive pour nourrir la France et la planète.» ou  le triomphe de la confusion !

 

 

 

Une tribune dans l’opinion de Sylvie Brunel, géographe, professeur à Sorbonne Université, mérite la lecture car elle caractérise les contradictions voilées de l’approche de certaines  élites politiques , institutionnelles voir intellectuelles  vis-à-vis d’une agriculture française à bout de souffle. Pour éviter d’avoir à dégager les principaux enjeux, on brosse l’agriculture dans le sens du poil en mélangeant habilement les problématiques, les banalités  et les contradictions. Pour donner un   caractère de vraisemblance à ce qui incohérent, on multiplie les évidences voire les propos de bistrot . Une approche très confuse d’inspiration macronnienne sans doute   ( Tribune dans l’Opinion)

« Nos agriculteurs tiennent notre avenir entre leurs mains. Ils maîtrisent les techniques les plus avancées pour adapter les territoires au changement climatique, capter le carbone, entretenir la biodiversité, protéger les sols. Et surtout nous nourrir ! La France fait partie du top ten des grands exportateurs agricoles, alors que plus de 150 pays dans le monde sont incapables de se nourrir. Nous devrions être reconnaissants à nos paysans de tout mettre en œuvre pour nous protéger malgré nous de maux que nous avons oubliés : la pénurie, les contaminations.

La pression parasitaire croissante, les virus et les maladies émergentes, les invasions de criquets en Afrique de l’Est nous rappellent que sans leur vigilance, les pires pestes nous menacent. Que santé humaine, santé végétale et santé animale ne font qu’un. Nos agriculteurs appliquent des protocoles d’une grande rigueur pour nous fournir les aliments les plus beaux, sains, variés. Et à un prix abordable, quand 9 millions de personnes en France, et près d’un milliard dans le monde, souffrent toujours de la pauvreté. Pour les classes moyennes mondiales, qui s’accroissent chaque année de près de 200 millions de personnes, France rime avec excellence. Pas seulement la gastronomie et les vins, mais les céréales, les semences, laitages, pommes… Tout un savoir-faire et des garanties de sécurité sanitaire.

 

Pourtant, combien d’entre nous, y compris parmi les plus éduqués, conspuent sans les connaître ceux qui nous nourrissent, en qualifiant d’agriculture « industrielle » ou « productiviste » ce qui n’est qu’une agriculture compétitive ! Il faut être compétitif pour faire face aux grands enjeux écologiques, grâce à des outils d’aide à la décision, de la cartographie satellitaire des parcelles, des analyses permettant de ne traiter qu’en dernier recours – la bonne dose au bon moment, pile sur le plant. Le paysan est le premier des écologistes : la nature est son cadre de vie et son outil de travail. La préserver est devenu sa priorité.

Il ne faut pas pour autant le confondre avec un jardinier. Vouloir renvoyer nos paysans à la pénibilité, à des modèles où l’on travaille beaucoup sans compter ses heures, où l’on produit cher et peu, à grand renfort de financements publics ou avec le soutien enthousiaste de restaurateurs étoilés, ne peut pas être une option : il faut nourrir les villes. Le bio, les circuits courts ont toute leur place, mais les généraliser serait un drame pour notre économie, pour notre indépendance alimentaire et pour les producteurs bios, déjà exposés aujourd’hui à la guerre des prix et aux importations déloyales.

Alors associons les agricultures au lieu de les opposer. Et souvenons-nous que c’est d’abord le « conventionnel » (mot insupportable, comme « pesticides ») qui nous nourrit et exporte. La troisième révolution agricole est engagée : l’agriculteur d’aujourd’hui doit tout concilier, l’agronomie et l’écologie, la productivité et la propreté, les paysages… Et la performance : à nos portes se trouvent des pays structurellement déficitaires, où le prix de la nourriture conditionne la paix sociale. La faim engendre les révolutions, la guerre, les migrations. La France doit conserver sa mission nourricière !

Soyons fiers de notre agriculture de précision, qui a toutes les solutions. Marcher pour le climat ? Marchons pour l’agriculture ! Et respectons ceux qui nous nourrissent. »

 

Agriculture : « un discours d’une incohérence totale »

Agriculture  : « un discours d’une incohérence totale »

 

Dans le Monde, une agricultrice Agricultrice, Anne-Cécile Suzanne pousse un cri de colère sur les incohérences du discours officiel sur l’agriculture. Certes cette  opinion ne permet pas de dégager des orientations mais elle a au moins le mérite d’émaner d’un véritable acteur du secteur et de donner un sentiment assez partagé par nombre d’ exploitants déstabilisés par des discours contradictoires.

,

Tribune.

 

« L’usage des pesticides en France et le bien-être animal en élevage sont les deux grands sujets pour lesquels on parle d’agriculture aujourd’hui, et souvent par l’intermédiaire d’un discours à charge. Mais le débat est caricatural, alors que le politique se contente d’évidences et le citoyen de vœux pieux, alors que les importations vont bon train et que l’Union européenne se fixe des normes qu’elle est incapable de faire respecter à ses partenaires commerciaux. On marche sur la tête, et le discours moralisateur adressé aux agriculteurs en devient indigne et d’une incohérence la plus totale.

 

Car oui, on utilise des pesticides en France. Mais les règles encadrant leur utilisation sont une première distorsion de concurrence, à mesure que de nombreuses molécules autorisées chez nos voisins, européens et non européens, ne le sont plus en France. Pour pallier la baisse de la chimie, investir dans l’agroécologie devient la doctrine à la mode. Croyez-nous, nous serions tous très heureux de nous lancer, mais à l’heure où les prix sont internationalisés et où le marché valorise le rendement, s’imposer une durabilité maximale est un acte suicidaire : produire moins et plus cher, en agriculture conventionnelle comme bio, c’est se fermer les marchés à tout jamais. Sur l’élevage, la question est la même. A mesure que l’on se refuse l’industrialisation, c’est la viande étrangère dopée aux farines animales et aux antibiotiques qui s’étale dans les rayons.

Et c’est là que tout bascule. Poussé par des citoyens de plus en plus exigeants pour l’environnement et les animaux, mais honteux de son inaction, notre gouvernement appelle à la montée en gamme de notre agriculture, par toujours plus de réglementations et d’injonctions. «  

 

 

«Une agriculture compétitive pour nourrir la France et la planète» ou le triomphe de la confusion

«Une agriculture compétitive pour nourrir la France et la planète.» ou  le triomphe de la confusion

 

 

 

Une tribune dans l’opinion de Sylvie Brunel, géographe, professeur à Sorbonne Université, mérite la lecture car elle caractérise les contradictions voilées de l’approche des élites politiques , institutionnelles voir intellectuelles  vis-à-vis d’une agriculture française à bout de souffle. Pour éviter d’avoir à dégager les principaux enjeux, on brosse l’agriculture dans le sens du poil en mélangeant habilement les problématiques et les contradictions. Pour donner un   caractère de vraisemblance à ce qui incohérent, on multiplie les évidences voire les propos de bistrot.  ( Tribune dans l’Opinion)

« Nos agriculteurs tiennent notre avenir entre leurs mains. Ils maîtrisent les techniques les plus avancées pour adapter les territoires au changement climatique, capter le carbone, entretenir la biodiversité, protéger les sols. Et surtout nous nourrir ! La France fait partie du top ten des grands exportateurs agricoles, alors que plus de 150 pays dans le monde sont incapables de se nourrir. Nous devrions être reconnaissants à nos paysans de tout mettre en œuvre pour nous protéger malgré nous de maux que nous avons oubliés : la pénurie, les contaminations.

La pression parasitaire croissante, les virus et les maladies émergentes, les invasions de criquets en Afrique de l’Est nous rappellent que sans leur vigilance, les pires pestes nous menacent. Que santé humaine, santé végétale et santé animale ne font qu’un. Nos agriculteurs appliquent des protocoles d’une grande rigueur pour nous fournir les aliments les plus beaux, sains, variés. Et à un prix abordable, quand 9 millions de personnes en France, et près d’un milliard dans le monde, souffrent toujours de la pauvreté. Pour les classes moyennes mondiales, qui s’accroissent chaque année de près de 200 millions de personnes, France rime avec excellence. Pas seulement la gastronomie et les vins, mais les céréales, les semences, laitages, pommes… Tout un savoir-faire et des garanties de sécurité sanitaire.

 

Pourtant, combien d’entre nous, y compris parmi les plus éduqués, conspuent sans les connaître ceux qui nous nourrissent, en qualifiant d’agriculture « industrielle » ou « productiviste » ce qui n’est qu’une agriculture compétitive ! Il faut être compétitif pour faire face aux grands enjeux écologiques, grâce à des outils d’aide à la décision, de la cartographie satellitaire des parcelles, des analyses permettant de ne traiter qu’en dernier recours – la bonne dose au bon moment, pile sur le plant. Le paysan est le premier des écologistes : la nature est son cadre de vie et son outil de travail. La préserver est devenu sa priorité.

Il ne faut pas pour autant le confondre avec un jardinier. Vouloir renvoyer nos paysans à la pénibilité, à des modèles où l’on travaille beaucoup sans compter ses heures, où l’on produit cher et peu, à grand renfort de financements publics ou avec le soutien enthousiaste de restaurateurs étoilés, ne peut pas être une option : il faut nourrir les villes. Le bio, les circuits courts ont toute leur place, mais les généraliser serait un drame pour notre économie, pour notre indépendance alimentaire et pour les producteurs bios, déjà exposés aujourd’hui à la guerre des prix et aux importations déloyales.

Alors associons les agricultures au lieu de les opposer. Et souvenons-nous que c’est d’abord le « conventionnel » (mot insupportable, comme « pesticides ») qui nous nourrit et exporte. La troisième révolution agricole est engagée : l’agriculteur d’aujourd’hui doit tout concilier, l’agronomie et l’écologie, la productivité et la propreté, les paysages… Et la performance : à nos portes se trouvent des pays structurellement déficitaires, où le prix de la nourriture conditionne la paix sociale. La faim engendre les révolutions, la guerre, les migrations. La France doit conserver sa mission nourricière !

Soyons fiers de notre agriculture de précision, qui a toutes les solutions. Marcher pour le climat ? Marchons pour l’agriculture ! Et respectons ceux qui nous nourrissent. »

Agriculture : fronde anti-CETA sur fond de crise sans précédent

Agriculture : fronde anti-CETA sur fond de crise sans précédent

 

 

Nombre de médias et d’observateurs s’étonnent qu’autant de permanences de députés LREM  soit pries s pour cible par les agriculteurs qui protestent contre le traité de libre-échange entre l’Union européenne avec le Canada (CETA). En fait il s’agit d’une double contestation. La première concerne les conséquences du nouvel accord commercial entériné par la France qui va favoriser les échanges agricoles entre l’union européenne d’une part le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay d’autre part. Un nouvel accord critiqué du fait  des énormes différentiels de concurrence sur le plan de l’environnement, de la santé et des conditions de production. Les agriculteurs en colère considèrent que l’agriculture dans ce traité a été traitée  comme une variable d’ajustement pour favoriser  les autres exportations de l’union européenne notamment de produits industriels, manufacturés et autres services. Mais la protestation s’inscrit sur un fond de crise sans précédent. En effet à la crise structurelle de l’agriculture s’ajoute une conjoncture complètement plombée par les effets du climat. Nombre d’exploitations prévoit une baisse du site d’affaires de l’ordre de 30 % alors que déjà les résultats financiers étaient aléatoires. Les agriculteurs expriment donc leur colère et ce n’est sans doute pas terminé. Pour l’instant ce sont les permanences de députés de la république en marche

Pour les dernières , Il s’agit des permanences de Jacques Savatier et de Sacha Houlié, tous deux de La République en marche (LaRem) à Poitiers, ainsi que de Nicolas Turquois, du MoDem, à Châtellerault, dans la Vienne. Au moins l’une d’entre elles a été murée et une autre bâchée. De la paille a été déposée devant celle de Sacha Houlié.

Les Jeunes agriculteurs de la Vienne ainsi que la FNSEA 86 (syndicat local des exploitants agricoles) ont revendiqué l’action jeudi dans un communiqué. Ils estiment que “ce traité met un pied dans la tombe de la filière bovin viande Française”.

Ils disent vouloir “maintenir la pression” auprès des députés pour qu’ils retrouvent “le bon sens paysan” et des sénateurs, amenés à voter sur le traité à l’automne.

Une vingtaine de permanences ont subi le même sort depuis le vote du traité le 23 juillet à l’Assemblée nationale, actions pour beaucoup revendiquées par des agriculteurs, ce qui a suscité une vague de colère chez les députés.

“Consterné par le murage et les tags inscrits cette nuit devant ma permanence”, a écrit sur Twitter Sacha Houlié, qui précise avoir discuté des enjeux du traité avec la FNSEA 86. “La violence ne masque pas l’hypocrisie et l’incohérence.”

“Ce type d’action laisse supposer, lorsqu’on n’est pas d’accord avec un vote, que l’on peut mener une manifestation violente en représailles”, a déclaré pour sa part la députée LaRem Monique Iberra dans une interview à la Dépêche du midi publiée samedi dernier.

“Or, ce n’est pas ainsi que s’exerce la démocratie”, a-t-elle ajouté. Les agriculteurs de la FDSEA 31 ont déversé des tonnes de fumier devant sa permanence à Tournefeuille (Haute-Garonne) jeudi 1er août.

Pour la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, les actions commises par les agriculteurs ne s’apparentent pas à du “vandalisme” car ces derniers utilisent “les attributs classiques de la profession” pour manifester leur colère comme “la paille, la terre, le fumier ou encore des banderoles avec des inscriptions”.

Elle explique dans une interview au Parisien publiée samedi qu’ils se sont sentis “trahis” lorsque leurs députés ont voté en faveur du CETA.

L’accord fait craindre une augmentation des importations de viande bovine, quand celles-ci “sont déjà au plus bas”, dit-elle. Il n’offrirait pas non plus la garantie que les animaux importés n’ont pas mangé de farines animales.

Le gouvernement avait déjà répondu en assurant que l’accord préservait “pleinement le principe de précaution” et présentait de

L’accord a été approuvé à une majorité plutôt serrée au regard des forces dont disposent La République en marche et le MoDem : 266 députés ont voté en faveur du projet de loi de ratification, 213 contre. Soixante-quatorze députés au total se sont abstenus, dont 52 membres de LaRem.

Le CETA va finir de tuer agriculture et environnement

Le CETA va finir de tuer agriculture et environnement

 

 

 

Le Ceta constitue d’abord une bizarrerie juridique. Il a d’abord été négocié dans le plus grand secret par l’UE avec le Canada. Ensuite, il a immédiatement été appliqué et cela avant la ratification. Cet accord commercial présente un double danger : un danger pour l’agriculture et un danger pour l’environnement. D’une certaine manière l’agriculture constitue la variable d’ajustement de ce traité destiné à accélérer les échanges de produits manufacturés surtout sur le dos de l’agriculture française qui ne peut être compétitive vis-à-vis du Canada en raison des normes aussi en raison du caractère encore artisanal de nombre des cotations françaises. (Même si l’industrialisation est largement en cours dans les grandes exploitations). Il n’y aura pour la France aucune disposition et forcément aucun moyen pour s’opposer notamment aux OGM, aux hormones, aux farines animales, aux pesticides et autres produits chimiques autorisés là-bas au Canada. Sans parler du fait que le Canada pourra aussi servir de porte discrète pour des productions des États-Unis. (Où on trouve par exemple des les élevages de 100 000 têtes). ’ Pour le ministère de l’Agriculture, cette crainte «n’est pas fondée»: «Quand on parle de farines animales, on fait référence aux farines de ruminants, qui ont été à l’origine de la maladie de la vache folle», estime le ministère, faisant valoir que ces produits sont interdits au Canada. Les éleveurs français s’inquiètent aussi de l’utilisation, outre-Atlantique, d’antibiotiques comme activateurs de croissance. Une pratique qui concerne, selon le ministère «l’ensemble des pays tiers qui fournissent l’UE en viande». A moyen terme (pourquoi attendre !  NDLR), l’Europe pourrait légiférer sur le sujet: un règlement décidé par le Parlement européen et le Conseil, publié début 2019, «demande à la Commission de prendre des dispositions visant à interdire l’importation à partir de pays tiers qui continuent à autoriser les antibiotiques comme promoteurs de croissance», selon le ministère, qui table sur une entrée en vigueur en janvier 2022. Enfin les éleveurs bovins n’ont de cesse de dénoncer des conséquences économiques désastreuses pour leur filière, compte tenu des contingents de bœuf que pourront exporter les Canadiens, des contingents en provenance du Canada voire des États-Unis. Le second risque et pas le moindre c’est celui du développement de flux parasite. Une contradiction totale avec les préoccupations environnementales. En effet l’accélération des échanges va permettre à des produits d’effectuer des milliers de kilomètres inutiles et dont le bilan carbone viendra poser sur la qualité du climat et les émissions polluantes. Dans une problématique écologique,  c’est au contraire l’économie circulaire qu’il convient de favoriser.

CETA risques pour l’agriculture

CETA risques pour l’agriculture

 

Le Ceta,  accord commercial entre l’union européenne et le Canada qui doit être ratifié par l’assemblée alimente les craintes de agriculture et des éleveurs français (le Mercosur accord commercial entre l’union européenne et certains pays d’Amérique latine encore davantage). Les craintes portent notammenet sur les  importations de viande qui ignorent  les contraintes de santé vis-à-vis par exemple des OGM, des antibiotiques, des farines contaminées et autres utilisations de produits chimiques dans l’alimentation du bétail. ’ Pour le ministère de l’Agriculture, cette crainte «n’est pas fondée»: «Quand on parle de farines animales, on fait référence aux farines de ruminants, qui ont été à l’origine de la maladie de la vache folle», estime le ministère, faisant valoir que ces produits sont interdits au Canada. Les éleveurs français s’inquiètent aussi de l’utilisation, outre-Atlantique, d’antibiotiques comme activateurs de croissance. Une pratique qui concerne, selon le ministère «l’ensemble des pays tiers qui fournissent l’UE en viande». A moyen terme (pourquoi attendre !  NDLR), l’Europe pourrait légiférer sur le sujet: un règlement décidé par le Parlement européen et le Conseil, publié début 2019, «demande à la Commission de prendre des dispositions visant à interdire l’importation à partir de pays tiers qui continuent à autoriser les antibiotiques comme promoteurs de croissance», selon le ministère, qui table sur une entrée en vigueur en janvier 2022. Enfin les éleveurs bovins n’ont de cesse de dénoncer des conséquences économiques désastreuses pour leur filière, compte tenu des contingents de bœuf que pourront exporter les Canadiens, des contingents en provenance du Canada voire des États-Unis.

Un accord commercial entre l’UE et les États-Unis sauf sur l’agriculture ?

Un accord commercial entre l’UE et les États-Unis sauf sur l’agriculture

 

Emmanuel Macron  veut sans doute éviter d’ouvrir un nouveau front social dans le champ de l’agriculture avant les européennes. Du coup il a déclaré lors du sommet européen que le projet d’ancien accord TTIP était obsolète et qu’il convenait de repartir sur de nouvelles bases mais en excluant l’agriculture. Un message à usage interne pour des agriculteurs déjà en crise et qui ne voient pas encore les résultats de la loi alimentation sauf peut-être sur le lait. Un message aussi à vocation européenne pour peser sur les positions allemandes qui elle s’accommoderait bien d’un accord déséquilibré sur l’agriculture afin de ne pas pénaliser ses exportations  d’automobiles aux États-Unis. Des exportations menacées de taxation par le président américain. « Si nous ne trouvons pas un accord (commercial avec l’UE), nous imposerons des tarifs douaniers » sur les voitures, avait-il dit fin février. Or Berlin veut à tout prix échapper à des taxes sur les automobiles, un secteur vital pour son économie. Mais Paris freine l’ouverture de négociations de crainte de réveiller les opposants au libre-échange en pleine crise des « gilets jaunes » et à quelques semaines des élections européennes.

« Si nous devions avancer (…) nous ne pourrions le faire qu’en ayant des garanties: la première en terme d’environnement », a insisté Emmanuel Macron. « Je ne suis pas favorable à ce qu’on ait des nouveaux accords commerciaux, quelle qu’en soit la forme, avec qui que ce soit si on le fait avec des partenaires qui n’ont pas les mêmes exigences climatiques que nous », a-t-il poursuivi, les États-Unis ayant quitté l’Accord de Paris sur le climat.   »La deuxième chose, c’est la réciprocité en terme d’ouverture des marchés publics », a-t-il également souligné.

Agriculture : la loi alimentation est une fumisterie

Agriculture : la loi alimentation est une fumisterie

C’est ce  qu’on peut conclure des propos de Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture qui  estime que les négociations sur les prix avec la grande distribution n’ont pas permis de couvrir les coûts de production des agriculteurs. Les prix de des 100 références majeures de marques fabricants de produits de grande consommation auraient augmenté de 4.2% dans les hypermarchés entre le 26 janvier et le 9 février, et de 3.1% dans les supermarchés selon une étude réalisée par le cabinet Nielsen Malheureusement les producteurs n’ont ont guère vue la couleur à part dans quelques filières comme le lait et encore. La loi alimentation dite Egalim aura surtout réussi l’exploit de faire des mécontents un peu partout. Une loi qui prévoit un encouragement au bio et à l’économie circulaire mais qui demeure très théorique sur la formation des prix où là aussi les agriculteurs seront seulement encouragés à pratiquer la réalité des coûts. La loi prévoit une alimentation plus saine, avec notamment une obligation de 20% « de bio » dans la restauration collective Le texte devait permettre  notamment d’inverser la construction du prix des produits pour permettre une meilleure rémunération des agriculteurs. Il devait rendre  ainsi aux exploitants la possibilité de proposer leurs tarifs aux acheteurs et de ne plus se laisser imposer des prix trop bas par rapport aux coûts de production. Le texte renforce le rôle du médiateur des relations commerciales agricoles en mettant en place la pratique du “name and shame”, le fait de nommer les mauvais élèves. Sur la partie dédiée à l’alimentation saine, le projet de loi “renforce la qualité et le suivi des produits”, notamment dans la restauration collective, comme les cantines, où il impose “un quota de 50 % de produits locaux ou labellisés, dont 20 % de bio d’ici janvier 2022”, explique la commission des affaires économiques dans un communiqué. Le texte encadre également davantage la vente des pesticides et interdit certaines pratiques commerciales trompeuses. Finalement on a renoncé à la nouvelle logique de construction des prix et la fixation d’« indicateurs de coût de production neutres et objectifs » a finalement été confiée aux organisations interprofessionnelles. Ce que regrette la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), qui craint que le « déséquilibre structurel (…) entre les producteurs d’une part et industriels et distributeurs d’autre part » permette à ces derniers de faire la pluie et le beau temps. « Le désengagement de l’État est dramatique sur ce dossier où les paysans ont besoin d’être protégés des griffes d’un modèle économique qui les broie jour après jour. La responsabilisation attendue des différents acteurs est un mirage auquel nous ne croyons plus, tant la discussion interprofessionnelle est tronquée par le déséquilibre des forces en présence », abonde la Confédération paysanne. « Le projet de loi Egalim s’annonce en définitive comme une simple charte n’imposant aucune contrainte aux transformateurs et distributeurs et ne reposant ainsi que sur leur bonne volonté plus qu’improbable pour augmenter le prix payé aux agriculteurs », résume Coordination rurale. Quelques sujets essentiels dans la perspective d’un redressement des relations commerciales entre producteurs, industriels et distributeurs sont par ailleurs laissés aux ordonnances qui mettront en œuvre la loi. Les questions sont donc renvoyées à plus tard.  La loi alimentation aurait pu s’inspirer de ce qui se pratique dans le transport avec des dispositifs de tarifs de référence et des sanctions pour les prix trop bas dans la sous-traitance.

Agriculture : « sauver le ver de terre »


Agriculture : « sauver le ver de terre »

C’est le cri de  Christophe Gatineau, cultivateur et agronome, dans une tribune au « Monde » à l’adresse du président de la République. Pesticides et engrais utilisés l’excès ont rendu les terres mortes. Du coup, il faut augmenter encore les doses d’engrais et de pesticides. Or ce sont surtout les vers qui transforment les petit végétaux en véritable or pour l’agriculture du fait de leur capacité à en décomposer la matière organique. Des vers de terre qui représente entre 1 à 5 tonnes par hectares et parfois seulement 50 kgs dans les terres mortes.

«  Monsieur le président, le temps presse, les vers de terre disparaissent et, avec eux, les sols nourriciers. Pour résumer la situation : les vers de terre nourrissent les sols, et les sols nourrissent les plantes qui nous nourrissent ; ou nourrissent les animaux que nous mangeons. A l’image du cycle de l’eau, c’est un cercle vertueux, un échange de bons procédés où chacun nourrit l’autre. Raison pour laquelle le ver de terre a toujours été le partenaire ancestral de l’agriculteur, son abondance signant la fertilité et la bonne santé des sols. Et plus une terre est fertile, plus elle est productive, plus notre nourriture est saine et riche. Sans l’ombre d’un doute, le fond de ma lettre concerne donc l’alimentation de demain. Et si les rayons des supermarchés ne dépendaient pas de la bonne santé des sols, ma requête n’aurait aucun sens puisque, pour l’instant, leurs étals regorgent de nourriture comme jamais. Or, le célèbre astrophysicien Hubert Reeves, pas connu pour être un catastrophiste, et encore moins un fantaisiste, déclarait en mai sur le plateau d’« Envoyé spécial » : « La disparition des vers de terre est un phénomène aussi inquiétant que la fonte des glaces. » Pourquoi a-t-il mis en perspective le ver de terre avec le bouleversement climatique ? Question de bon sens puisque les sols et les glaces fondent comme neige au soleil : un quart des sols européens étant aujourd’hui usés. En langage scientifique, on dit victime d’érosion. Autrement dit, quand les sols sont lessivés de toute vie, usés, ils migrent vers les mers et les océans, via les sources et les rivières, laissant place à des champs de cailloux. Pourquoi ? Quand, il y a cinquante ans, nous avons décidé de ne plus nourrir les vers de terre et toute la diversité biologique, nous avons brisé le cycle. En effet, dans un système de cause à effet, où chacun nourrit ou se nourrit de l’autre, en cessant de nourrir les vers de terre, les sols ont cessé de nourrir les plantes… Alors pourquoi les vers de terre sont-ils si importants en agriculture ? Parce qu’ils peuvent représenter jusqu’à 80 % de la masse des êtres vivants qui fabriquent la nourriture des plantes. Et en cessant de les nourrir, c’est bien l’ensemble d’un agrosystème qui s’est effondré, mort de faim ou empoisonné. Et pour revenir à l’érosion, parce qu’il ne faut jamais se tromper de sens, c’est bien l’extinction du ver de terre qui cause l’érosion des sols, comme le réchauffement climatique cause l’érosion des pôles. »

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