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Crise agricole : l’agroécologie comme perspective (François Houllier, PDG de l’Inra)

Crise agricole : l’agroécologie comme perspective  (François Houllier, PDG de l’Inra , Institut national de la recherche agronomique).

 

L’agroécologie vise à “produire autrement”, d’une manière qui soit à la fois performante économiquement, environnementalement et socialement, en s’appuyant autant que possible sur les mécanismes naturels, concernant notamment la vie des sols. Le défi est de rompre avec certains excès des modes d’agriculture antérieurs tout en répondant aux besoins qui sont considérables, tant en quantité qu’en qualité. L’agriculture doit être en effet capable de produire plus de nourritures et de biomasses, parce qu’il y a à la fois plus de monde à nourrir et plus de débouchés à fournir (chimie, substituts au carbone). L’agroécologie ambitionne de produire mieux en utilisant moins d’intrants chimiques, moins d’antibiotiques pour l’élevage, moins d’engrais et de pesticides et plus de systèmes verts. L’agroécologie a aussi une dimension sociale, tant il est vrai que l’agriculture est un métier difficile où on ne compte pas son temps. Elle a pour objectif d’atteindre simultanément toutes ces formes de performance. La dimension écologique est primordiale en préconisant une agriculture plus proche de fonctionnement naturel.

Au sortir de la Seconde guerre mondiale, l’enjeu était d’assurer la sécurité alimentaire nationale avec comme mot d’ordre l’autosuffisance, et comme impératif d’accroître les rendements. Cette agriculture reposait sur un modèle familial organisé autour d’un chef d’exploitation, avec éventuellement deux frères formant un GAEC [Groupement agricole d’exploitation en commun], sur des surfaces autour d’une cinquantaine d’hectares, une taille n’ayant rien à voir avec le modèle d’élevage à l’échelle industrielle pratiqué en Australie ou en Amérique du Nord. Parallèlement, l’agriculture s’est intensifiée avec l’utilisation croissante d’intrants chimiques, de produits phytosanitaires, d’engrais et le recours à la génétique des plantes. C’est ainsi que le rendement du blé en France a été multiplié par cinq entre les années 50 et aujourd’hui. Une fois l’autosuffisance atteinte, l’objectif a été dans les années 70 et 80 une “agro-alimentation” visant la transformation des produits agricoles grâce à des industries agroalimentaires visant une valeur ajoutée. Un objectif couplé avec celui de l’exportation.

Puis petit à petit, dans le courant des années 90, les questions liées à l’environnement ont commencé à émerger, la politique agricole commune (PAC) commençant même à se verdir. C’est l’époque où des surfaces ont même été mises en jachère pour réguler les stocks et les excédents. Au début des années 2000, le thème du développement durable a surgi – un peu moins en France qu’ailleurs –, annonciateur du thème de l’agroécologie autour duquel s’opère aujourd’hui une sorte de cristallisation. Parallèlement, la crise alimentaire en 2008-2009, qui a été l’une des raisons des révolutions dans le monde arabe, a fait revenir brutalement sur le devant le thème de la sécurité alimentaire à l’échelle du monde à l’horizon 2025. Face à la demande étrangère – les pays d’Afrique du Nord vont être dépendants à 50 % des importations pour leur nourriture –, imaginer que l’agriculture française ne produirait que pour la France est tout simplement inconcevable. Cela relève aussi d’une forme de solidarité.

On doit comprendre la question de l’intensité de notre agriculture par rapport à nos besoins propres, mais aussi par rapport aux besoins du monde. Et si l’on peut imaginer préférable de relocaliser les activités agricoles au plus près des consommateurs, il y a néanmoins dans le monde des zones structurellement et durablement déficitaires, et d’autres structurellement et durablement excédentaires. Et il faut les faire se rencontrer. Tous les produits n’ont certes pas une vocation exportatrice, et il y a des produits dont on peut avoir besoin, y compris pour assurer une forme de souveraineté, par exemple sur les protéines. Le “produire autrement”, “plus et mieux” donne précisément les moyens de concilier tous les tenants de la problématique

La problématique des sols, support essentiel de l’agriculture, est cruciale. L’usage de produits de synthèse et la simplification des systèmes de culture ont amené à une perte de biodiversité des sols. La biodiversité n’a pas une vertu en soi, mais il se trouve qu’elle a aussi un intérêt pour la production dans le moyen et long terme. Or en matière de connaissance des sols, nous sommes en pleine révolution scientifique, à l’instar des progrès que l’on fait dans la connaissance des micro-organismes de notre tube digestif. L’utilisation intensive des sols fait perdre à ces derniers de la matière organique, se traduisant d’une part par une perte de fertilité, et d’autre part par des émissions croissantes de gaz à effet de serre, notamment de CO2. Or la question est désormais posée : les sols ne peuvent-ils pas être un lieu de stockage du carbone plutôt que d’émission ? Un enjeu décisif à l’heure de la COP 21 et de la lutte contre le réchauffement climatique.

Le deuxième enjeu est de continuer l’amélioration génétique pour pouvoir maintenir des rendements dans un contexte climatique qui évolue, voire pour les accroître dans les régions du monde où ils sont trop faibles. Il s’agit aussi d’obtenir des variétés plus efficaces ayant de bonnes propriétés, notamment des teneurs élevées en protéines pour le blé par exemple. Une révolution scientifique est en cours, notamment en génomie des plantes, permettant d’accélérer la création de nouvelles variétés sans faire appel nécessairement à des biotechnologies de rupture – qui ne sont pas acceptées par la société – mais en jouant de l’effet de levier biotechnologique. Troisième enjeu d’ordre sanitaire, la prophylaxie des maladies et des parasites émergents ou ré-émergents, avec un effort mis en particulier sur leur détection précoce grâce aux outils moléculaires. Réduire le recours aux produits phytopharmaceutiques et aux pesticides passe par le recours à plus de molécules naturelles et ce que l’on appelle la “lutte” biologique.

Ce que l’on observe sur le blé est instructif. Après des hausses de rendement spectaculaires, jusqu’a +20 % en rythme annuel, on observe depuis le milieu des années 90 une stagnation de ces rendements. Les progrès génétiques continuent, mais ces progrès sont pour moitié effacés par des événements liés au changement climatique et pour l’autre moitié par un changement de pratiques agricoles, comme par exemple la simplification des rotations des cultures. À force de faire du blé sans mettre par exemple des légumineuses capables de fixer l’azote de l’air, les sols se sont appauvris… Or le blé est un produit emblématique du “produire plus et mieux”. Comment fabriquer en quantité un blé ayant une teneur en protéines plus élevée tout en utilisant moins d’engrais ? La réponse tient en partie dans la rotation des cultures qui est une composante du “produire autrement”.

Cette idée de rotation est essentielle en agroécologie. En diversifiant les cultures, par exemple en alternant le blé avec des protéagineux, les besoins en engrais chimiques ou de synthèse diminuent, et les émissions de gaz à effet de serre reculent, ce qui est du point de vue environnemental bénéfique. Et du point de vue économique aussi. Mais encore faut-il trouver un débouché pour les protéagineux, que ce soit en alimentation animale ou humaine. Or les protéagineux ont eu tendance à diminuer dans les assolements parce que leur production n’a pas été assez soutenue, notamment par la PAC. Un contresens, alors qu’il faut au contraire les valoriser.

Les productions animales connaissent une situation particulière. La consommation est stable ou en décroissance en Europe, mais elle croît dans le monde. D’où inévitablement la question posée des débouchés, qui sont à l’exportation. Le secteur de l’élevage vit une crise conjoncturelle sur un fond de problèmes structurels de compétitivité. Dans ce contexte, quid des objectifs de type agroécologie ? 18 % des émissions de gaz à effet de serre viennent de l’agriculture, et principalement du monde animal. La prise de conscience de cette réalité est en train de s’opérer chez les éleveurs qui sont prêts à emboîter le pas, pour peu que l’on propose des solutions pour être plus économes en production de gaz.

Deuxième problématique : remettre plus d’herbes dans les élevages, sachant que les élevages adossés à des prairies ont de meilleurs bilans environnementaux, mais aussi économiques, car moins dépendants des variations de coût de l’alimentation animale. La bonne réponse en termes agroécologiques est de recoupler la culture ou la prairie avec l’élevage. La spécialisation dans le temps n’est pas une bonne pratique en termes de durabilité environnementale. Cette problématique du recouplage, que l’on appelle parfois le bouclage du cycle, relève de l’agroécologie.

 

(Interview dans le Nouvel Economiste)

Sondage crise agricole : près de 70 à 80 % des Français condamnent le gouvernement

Sondage crise agricole : près de 70 à 80 % des Français condamnent le gouvernement

 

Sur trois points fondamentaux les Français sont en désaccord avec le gouvernement selon les résultats de la 14ème vague de l’Ecoscope, baromètre économique mensuel réalisé par OpinionWay dont rendent  compte Le Figaro et BFM Business il y a d’abord la condamnation du ministre de l’agriculture Stéphane le Foll, une personnalité pourtant compétente mais qui paraît de plus en plus à la fois usée et désabusé. La seconde critique concerne la nature des mesures prises par le gouvernement, des mesures d’aide alors que les agriculteurs veulent surtout des prix couvrant les coûts de production. Enfin les Français (75%) ouvrent des perspectives en se disant prêt à payer un peu plus cher la viande et de lait sous réserve sans doute d’une régulation et d’un étiquetage qui rendent  compte de la qualité et de l’origine des produits. Conclusion les Français rejoignent le point de vue des acteurs qui consistent à vouloir une meilleure rémunération des productions et non pas des aides. 73 % des Français ont un jugement négatif vis-à-vis du ministre de. Même les électeurs socialistes ont, certes à une courte majorité (51%), une mauvaise opinion du ministre de l’Agriculture. Par ailleurs  les Français ne sont pas d’accord avec les mesures annoncées par le ministre de l’Agriculture pour tenter de résoudre la crise agricole (baisse de sept points des cotisations patronales, année blanche sociale pour les agriculteurs à faible revenu, réunion d’urgence à Bruxelles…). Près de huit sur dix (78% t) jugent ainsi qu’elles ne vont pas dans le bon sens, ou à l’opposé seuls deux sur cinq approuvent la politique du gouvernement en la matière.  83% des Français jugent que le ministre de l’Agriculture n’agit pas assez. Même les proches du PS sont insatisfaits puisque 34% seulement d’entre eux jugent le gouvernement en fait assez pour venir en aide aux agriculteurs… Résultat, 87% des Français comprennent la colère actuelle des agriculteurs et 69% le soutiennent.

 

Crédit agricole (casa) : recentrage sur les activités d’investissement

Crédit agricole (casa) : recentrage sur les activités d’investissement

Crédit agricole a lancé jeudi une lourde opération de simplification de sa structure capitalistique afin de rassurer les investisseurs sur la solidité et la rentabilité de sa structure cotée, particulièrement malmenée en Bourse. Annoncée à l’occasion de la publication des résultats 2015, cette transaction intra-groupe à 18 milliards d’euros prévoit le rachat par les 39 caisses régionales de la participation de 25% détenue par Crédit agricole S.A. (Casa) dans ces dernières.  « Au fond notre objectif est assez simple, nous voulons mettre fin à ce paradoxe assez insupportable qui consiste à être un grand groupe bancaire très capitalisé avec régulièrement sur sa structure cotée une espèce de doute sur la fragilité de son capital », a déclaré à la presse Philippe Brassac, le directeur général de Casa.  Outre le fait qu’elle clarifie la structure du mutualiste en mettant un terme à l’actionnariat croisé, l’opération « Eurêka » permettra à CASA d’augmenter et de sanctuariser son ratio de solvabilité Core Equity Tier 1 à 11%, sur la période 2016-2019, soit 150 points de base au-dessus des exigences règlementaires. Au-delà, la « qualité » du capital de Casa s’améliore également en cela qu’il ne repose plus sur les mécanismes de transferts (switch) intragroupe, annulés de facto par l’opération.  Très fortement capitalisées, les caisses régionales ont donc accepté d’utiliser leur « puissance financière », selon le mot du directeur général, pour diminuer, au bénéfice de Casa, leur propre ratio de solvabilité à 17,3%.  Pour le groupe, dont le ratio se situe à 13,7%, l’opération est neutre, tant au niveau fiscal qu’à celui des résultats. Pour Casa en revanche, la cession de sa participation dans les caisses régionales la privera de sa part des bénéfices de ces dernières et renforcera son exposition à la banque de financement et d’investissement, au détriment de la banque de détail.  Son profil se rapprochera de celui de Natixis, la banque d’affaires cotée de son cousin mutualiste BPCE, une perspective qui ne doit pas, selon la direction de Casa, inquiéter les actionnaires échaudés par la tempête boursière qui secoue actuellement les valeurs bancaires.  (Reuters)

Agriculture : ça va fort pour le Crédit agricole moins pour les producteurs

Agriculture : ça va fort pour le Crédit agricole moins  pour les producteurs

Si l’on s’en tient aux résultats financiers de la banque Crédit Agricole, ça va fort pour le secteur de l’agriculture. Il n’en n’est pas de même pour les éleveurs mais c’est le paradoxe depuis que les agriculteurs ont pratiquement été dépossédés par les financiers de leur banque coopérative (même si juridiquement les caisses régionales disposent d’un pouvoir). Forte d’un bénéfice 2015 en hausse de 50% à 3,51 milliards d’euros, a annoncé mercredi la refonte de son capital, son entité cotée devant céder cet été ses parts dans les 39 caisses régionales du groupe pour un montant de 18 milliards d’euros. Crédit Agricole SA (CASA) renoue avec des « résultats à des niveaux historiques », s’est félicité son directeur général Philippe Brassac au cours d’une conférence de presse. Le bénéfice net du groupe Crédit Agricole, qui intègre la totalité du résultat des caisses régionales, a lui aussi bondi de 22,7% à 6 milliards d’euros l’an dernier. CASA en a profité pour confirmer le lancement de son projet, déjà évoqué en janvier, de céder ses parts dans les caisses régionales à une entité dédiée et contrôlée par ces dernières pour un montant de 18 milliards.

Crise agricole : des marges de manœuvre limitées (Jean-Christophe Bureau, spécialiste en économie agricole)

Crise agricole : des marges de manœuvre limitées (Jean-Christophe Bureau, spécialiste en économie agricole)

Jean-Christophe bureau, spécialiste en économie agricole souligne les limites d’intervention sur les prix agricoles tant de la part de la France que de l’Europe. Une analyse pertinente mais qui fait cependant l’impasse sur la question du modèle industrialisé de l’élevage et sur  la qualité des produits (interview Le Figaro)

Jean-Christophe BUREAU. - La France a les poings liés en ce qui concerne le soutien au prix et les aides liées à la production depuis le Traité de Rome en 1957. Elle peut aider socialement les éleveurs mais pas aider les cours. Elle a plus de liberté sur les aides qui ne sont pas liées directement aux quantités produites, comme celles qui concernent des actions sociales ou environnementales. Cette discipline européenne empêche par exemple de soutenir les prix du porc. De toute façon, même sans contrainte européenne, la France ne pourrait pas vraiment garantir un prix plus élevé, car cela supposerait des achats publics très couteux. Elle n’en a absolument pas les moyens.

Quels sont les points de blocage?

Ce qui bloque, c’est le dialogue avec la distribution, et plus encore avec les transformateurs. Dans la charcuterie salaison par exemple, les entreprises cherchent la matière première la moins chère, même si elle est importée. Il n’y a pas vraiment de dynamique de filière bien organisée comme on peut en trouver dans les productions végétales (NDLR: le sucre par exemple). Les coopératives ne peuvent pas rémunérer beaucoup plus les producteurs car elles auront du mal à vendre leurs produits aux transformateurs. Elles ont insuffisamment investi dans la transformation à haute valeur ajoutée. Il y a un problème de valeur ajoutée et d’innovation, notamment dans la filière de la viande bovine et au niveau des abattoirs, les faibles marges permettent peu d’investir. On se retrouve dans un cercle vicieux, duquel il est difficile de sortir.

L’Europe possède-t-elle agir sur les prix?

La nouvelle politique agricole commune (PAC) prévoit un système de filets de sécurité pour intervenir quand les cours sont bas. Mais seules des actions assez ponctuelles sont possibles qui ne permettent pas de soutenir structurellement les cours. Cela peut prendre la forme d’aide au stockage d’une partie de la production par exemple. Mais nous sommes au niveau européen, en production porcine et laitière, sur un excédent de production relativement chronique depuis deux ans, qui a empiré suite à des aléas extérieurs comme l’embargo russe, la chute du marché grec, la baisse de la demande chinoise de produits laitiers. Dans le cas de l’embargo russe, il s’agit de négociations politiques. Sur ce type de problèmes, la Commission ne peut intervenir que pour faciliter les relations extérieures entre l’Europe et la Russie. L’Europe n’est pas très bien armée pour agir sur les prix. Il faut voir que certains producteurs peuvent offrir du lait ou du porc à des prix très bas comme les Irlandais qui peuvent produire du lait à 26 centimes le litre. L’Europe pourrait décider de soutenir les prix à 30 ou 32 centimes, avec des achats publics. Mais il y aurait un afflux de production et la création de surplus deviendrait rapidement ingérable.

Peut-elle limiter le dumping social?

Là où il y a effectivement distorsion de concurrence, c’est sur le coût du travail. En Allemagne, il y a beaucoup de travailleurs détachés dans la filière du porc par exemple, ce qui permet de produire moins cher. Mais la Commission ne peut pas jouer sur l’aspect social. Cela nécessite des négociations politiques entre États-membres, pour qu’ils se mettent d’accord sur une législation sociale commune. L’Allemagne, le Danemark, réussissent à être concurrentiel; que la France soit dans la panade ne les touche pas forcément.

Crédit agricole : 700 millions d’amende

Crédit agricole : 700 millions d’amende

 

Il est loin le temps où le Crédit agricole appartenait vraiment aux agriculteurs pour financer les activités de proximité. Désormais le Crédit agricole est devenue une banque internationale qui fait tout et parfois n’importe quoi. Le Crédit agricole est en effet sur le point d’annoncer un accord avec les autorités américaines pour tourner la page sur ses violations passées de boycott de l’Iran, du Soudan, de Myanmar et de Cuba entre 2003 à 2008. La banque française s’apprêterait, selon des sources proches du dossier, à payer 787 millions de dollars (soit l’équivalent de 694 millions d’euros) au Trésor américain et au régulateur bancaire newyorkais. En échange, la banque éviterait de plaider coupable de délit pénal. Ce dernier point est important, notamment pour l’image de la banque verte: lorsque BNP Paribas en 2014 a été contrainte de verser la somme colossale de 9 milliards de dollars pour des violations plus systématiques des lois américaines interdisant le commerce avec l’Iran et le Soudan, le géant européen avait en outre dû plaider coupable de délits passibles de sanctions pénales. Le Département de la justice avait alors jugé que BNP Paribas avait tardé à coopérer avec ses procureurs et avait même ignoré les mises en garde des autorités américaines. Ce n’est pas le cas avec le Crédit agricole dans cette affaire. En revanche l’établissement français accepterait un régime renforcé de surveillance de ses activités pendant plusieurs mois. La somme elle-même de 787 millions de dollars est légèrement inférieure aux estimations initiales qui évoquaient plutôt 900 millions de dollars. La banque a déjà provisionné au delà de ce montant (1,6 milliard), ce qui devrait minimiser l’impact de l’amende sur ses résultats.

Crédit agricole : amende d’un milliard

Crédit agricole : amende d’un milliard

On peut légitimement être surpris que le Crédit agricole soit sous le coup d’une amende d’une telle somme par les autorités américaines. Mais c’est  la conséquence d’une transformation progressive du Crédit agricole en groupe bancaire généraliste international. Le Crédit agricole est aujourd’hui la première banque française avait très avec près de 30 % de parts de marché. À l’origine vers la fin du XIXe siècle de crédit agricole a été créé dans un but mutualiste pour aider les entreprises agricoles françaises à caractère familial. De proche en proche la structure juridique s’est transformée pour s’éloigner de plus en plus de son objet social initial et devenir une banque internationale dont certaines activités sont très éloignées de la problématique agricole française. Théoriquement le crédit agricole est encore sous le contrôle des caisses régionales  et des agriculteurs mais il y a longtemps que la superstructure a pris le pouvoir. Notons que le développement assez extraordinaire de cette banque a surtout été permis par le soutien financier public notamment pendant longtemps grâce au soutien de la Banque de France et aux  prêt à taux bonifiés ( financés en fait par l’Etat). La diversification des activités leur extension au plan international a amené le crédit agricole à s’engager dans des opérations parfois douteuses qui justifient aujourd’hui c’est amende de 1 milliard par les autorités américaines. Crédit agricole est donc sur le point de conclure avec les autorités américaines un accord amiable dans le cadre duquel il verserait environ 900 millions de dollars (804 millions d’euros) pour mettre fin aux enquêtes ouvertes sur des soupçons de transferts de fonds illégaux via les Etats-Unis au profit d’individus ou de pays, comme le Soudan ou l’Iran, visés par des sanctions, a-t-on appris de source proche du dossier.  Les discussions se poursuivent et le montant des pénalités en cours de négociation avec différentes autorités américaines peut encore évoluer. Une deuxième source a évoqué un montant « dans le haut de la fourchette des centaines de millions » et laissé entendre qu’il pourrait atteindre un milliard.  Le mois dernier, lors de la présentation de ses résultats, la banque française a déclaré que ses discussions avec les autorités américaines étaient « très avancées » et qu’une « résolution globale » devrait intervenir avant la fin de l’année. Au total, le groupe a provisionné 1,6 milliard d’euros pour faire face à de possibles contentieux, notamment aux Etats-Unis, mais sans préciser le montant alloué au dossier des sanctions. Les discussions en cours portent principalement sur des faits remontant à la période 2003-2008, a expliqué une source.

 

Banco Espirito Santo : encore de mauvais placements de Crédit Agricole

Banco Espirito Santo : encore de  mauvais placements de Crédit Agricole

 

Encore un mauvais placement de Credit Agricole avec l’affaire de Banco Espirito Santo qui a fait trébucher Crédit Agricole. L’ancienne banque paysanne dont en fait les agriculteurs ont été dépossédés (comme du reste, par exemple encore les coopératives agricoles) s’est transformée en banque classique internationale et veut jouer dans la cours des grands. Malheureusement sa gestion des risques semble approximative.Par ailleurs on comprend mal quel peut être l’intérêt de ces investissements risqués pour l’agriculture française !  Les déboires de la banque portugaise, sauvée de la faillite ce week-end, ont entamé d’une charge de 708 millions d’euros les comptes trimestriels de son actionnaire français, qui détient 14,6% du capital. Résultats, l’établissement français a vu, ce mardi 5 août, son bénéfice net fondre à 17 millions d’euros au deuxième trimestre, contre 696 millions d’euros un an plus tôt. Cette charge sur ses comptes trimestriels n’aura toutefois pas d’impact sur le ratio de solvabilité de Crédit Agricole SA et sera limité à 7 points de base sur celui de l’ensemble du groupe Crédit Agricole, a précisé le directeur général, Jean-Paul Chifflet, en conférence téléphonique. Néanmoins, le groupe se dit « trompé par une famille avec laquelle (il) avait essayé de créer un vrai partenariat », et envisage d’engager des poursuites à l’encontre de l’ancienne équipe dirigeante de BES.  Autre coup dur pour Crédit Agricole, les autorités portugaises et européennes se sont entendues pour venir au secours de Banco Espririto Santo, notamment en la coupant en deux. Les actifs sains d’un côté avec la création de Banco Novo. Et les actifs toxiques de l’autre. Or les actuels actionnaires et détenteurs de dette de BES vont devoir mettre la main à la poche, pas les contribuables. C’est l’esprit de l’un des 3 piliers de l’Union bancaire qui doit entrer en vigueur en 2016, mais qui dans les faits commence déjà à s’appliquer. Et Crédit Agricole devrait donc en plus de ses dépréciations d’actifs, devoir mettre la main au portefeuille à hauteur de sa participation.  Comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, Crédit Agricole est dorénavant dans le viseur des Etats-Unis. Les autorités américaines se sont saisies du dossier du Crédit Agricole sur d’éventuelles infractions à la loi sur les paiements en dollars vers des pays soumis à embargo, une affaire similaire à celle qui a valu des sanctions record à BNP Paribas. Après un audit interne achevé il y a quelques semaines, la banque a remis l’ensemble de son dossier aux régulateurs de la banque centrale et de l’Ofac (organisme chargé de ce type de transactions) ainsi qu’au ministère de la Justice (DoJ) et au procureur général de New-York, a indiqué le directeur général de Crédit Agricole SA, Jean-Paul Chifflet.

 

Banque Crédit agricole : fragilité financière

Credit agricole : fragilité financière

 

La fragilité de certaines banques européennes se confirme comme lavait prédit le FMI. Les banques européennes ont une insuffisance de fonds propres d’environ 84 milliards d’euros au total, selon une information à paraître lundi dans l’hebdomadaire allemand WirtschaftsWoche, qui cite une nouvelle étude de l’Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE). Crédit agricole a le déficit de capitaux le plus important, de 31,5 milliards d’euros, tandis que Deutsche Bank et Commerzbank ont des déficits respectifs de 19 milliards et 7,7 milliards d’euros, précise le magazine. Les autorités de régulation font pression sur les banques afin qu’elles renforcent leurs fonds propres pour être mieux en mesure de résister à d’éventuels chocs financiers. Le magazine n’a pas précisé si l’OCDE faisait référence à l’entité cotée en Bourse Crédit agricole S.A. où à sa maison mère. Les ratios de fonds propres de Crédit agricole SA sont moins élevés que ceux de sa maison mère, qui n’est pas cotée. Bien qu’ayant utilisé une méthode différente de calcul des déficits, l’OCDE estime que la Banque centrale européenne (BCE) arrivera aux mêmes conclusions à l’issue de son audit et de ses tests de résistance des banques européennes, selon les commentaires de l’étude de l’OCDE rapportés par le magazine. L’OCDE et le Crédit agricole n’étaient pas immédiatement disponibles pour commenter cette information. Commerzbank et Deutsche Bank ont pour leur part refusé de commenter. Deutsche Bank a annoncé ce mois-ci que son ratio de la valeur corporelle de ses capitaux propres attribuables aux actionnaires ordinaires (« common equity tier 1 ratio ») était à 9,7% et son ratio de levier à 3,1% à fin décembre. Crédit agricole, qui doit publier ses résultats du quatrième trimestre le 19 février, a annoncé un ratio de capital « core tier 1″ de 9,4% au 31 septembre, tandis que Commerzbank a annoncé un ratio « core tier 1″ de 12,7% à la même date.

Ecotaxe: la FNSEA pour une exonération « pour toute la filière agricole »

Ecotaxe: la FNSEA pour  une exonération « pour toute la filière agricole »

« Je demande au Premier ministre, quel que soit l’avenir de cette écotaxe, d’annoncer une exonération pour toute la filière agricole : agroalimentaire, production, agrofourniture. Ça me paraît indispensable de faire cette annonce », a déclaré jeudi le président du syndicat agricole majoritaire, Xavier Beulin, sur Europe 1.  Lorsque Jean-Marc Ayrault a suspendu sine die l’écotaxe, la semaine dernière, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) s’était déclarée « satisfaite », rappelant qu’elle demandait « un ajournement et pas une suppression ». La suspension de cette mesure qui devait entrer en vigueur le 1er janvier, n’a cependant pas calmé tous les esprits puisqu’une borne écotaxe a été partiellement détruite dans la nuit de mercredi à jeudi dans le Lot-et-Garonne et qu’une autre a été l’objet d’une tentative d’incendie près de Rouen. Avec ces nouvelles déclarations, M. Beulin durcit donc le ton tout en réalisant un grand écart : condamner les actions des Bonnets rouges tout en s’alignant sur leur demande d’une suppression de l’écotaxe, en tous cas au moins pour le monde agricole.   »Ça fait trois ans, quatre ans, que la FNSEA demande à tous les ministres successifs de reprendre ce dossier de l’écotaxe (…). J’en demande l’exonération clairement ce matin », a répété le patron du syndicat agricole.  Face à la mobilisation qui se poursuit en Bretagne, le gouvernement a souhaité mercredi la signature d’un « Pacte d’avenir » pour la région avant la fin novembre. Xavier Beulin a mis en garde l’exécutif contre la tentation de prendre « des mesures particulières ».   »Le président de la FNSEA se fait engueuler tous les jours parce qu’on a le sentiment qu’on ne parle que de la Bretagne, alors que le malaise est beaucoup plus profond. Il touche beaucoup de régions », a-t-il assuré, citant pêle-mêle Provence-Alpes Côte d’Azur, le Languedoc-Roussillon, la Lorraine, le Nord et le Centre.  Tous ne partagent pas l’analyse de la FNSEA  La colère bretonne occupe le devant de la scène car l’industrie agro-alimentaire représente « 150.000 emplois directs » là-bas, a souligné M. Beulin. Mais « il y a des sujets transversaux, généraux, qui concernent l’ensemble de l’agriculture et de l’agroalimentaire français », a poursuivi le syndicaliste.  Le président de la FNSEA a appelé le mouvement des Bonnets rouges, à la pointe des revendications bretonnes, à cesser les violences, alors que le gouvernement promet plus de sévérité à l’égard des fauteurs de troubles.   »Si nous ouvrons des discussions, il faut savoir mettre un terme à ce genre de manifestions », a estimé Xavier Beulin.  Une posture qui contraste avec celle d’autres syndicalistes, à l’instar de Laurent Berger, le patron de la CFDT, pour qui dire que « l’agroalimentaire va mal et que c’est la faute de l’écotaxe, c’est de la mystification ».  Pour Laurent Berger, c’est « l’approche productiviste développée par certains » producteurs, qui n’ont « pas regardé la nécessité de la montée en qualité de la production agroalimentaire », qui a « créé des drames sociaux ».  Analyse que semblent partager d’autres agriculteurs, ceux de la Confédération paysanne. « La situation actuelle de l’agroalimentaire est la conséquence de mauvais choix économiques de dirigeants d’entreprises, y compris coopératives, pariant incessamment sur la croissance des volumes, plus que sur la valeur ajoutée des productions bretonnes. »  Et pour le syndicat minoritaire, « il y a un véritable travail à faire (…) pour que paysans et salariés de l’agroalimentaire ne soient plus tributaires d’un marché dans lequel ils ne sont que des pions. Et cette réflexion doit aussi prendre en compte les questions climatiques », l’écotaxe étant initialement destinée à inciter les entreprises à utiliser des modes de transports des marchandises moins polluants.  Sur Europe 1, Xavier Beulin n’a pas éludé ces questions mais a préféré évoquer une « co-responsabilité » des professionnels et du gouvernement.   »Peut-on accepter que dans ce pays aujourd’hui, pour construire un bâtiment d’élevage, (…) il faille trois ans d’instruction quand on met six mois de l’autre côté du Rhin? » a demandé Xavier Beulin, à titre d’exemple.

 

Crise agricole : blé, volailles, œufs, lait, porcs

Crise agricole : blé, volailles, œufs, lait, porcs

Dernier mauvais coup en date, la décision ex-abrupto de la Commission européenne jeudi de supprimer les subventions aux exportations de volailles, insoutenable pour une filière déjà mal en point même si la France était le dernier bénéficiaire de ce système pour lui permettre de contrer la concurrence du Brésil.   »C’est une catastrophe: on a 5.000 emplois au tapis dans les trois mois », a affirmé à l’AFP Christian Marinov, président de la Confédération française avicole (CFA) qui convient que l’affaire était dans les tuyaux mais pour plus tard, à l’automne.  Sur les principaux marchés du poulet congelé à l’export, en particulier le Moyen-Orient (Arabie Saoudite, Jordanie, Émirats), les volatiles français subissent la concurrence très forte du Brésil, « 30 à 50% moins cher », a expliqué M. Marinov. « Cela nous fait très mal ». Il parle même d’un « coup de poignard dans le dos ».  Les groupes Doux et Tilly-Sabco, principaux exportateurs de volaille en Europe, comptent plus de 2.000 salariés travaillant à l’export, selon une source proche de la filière.  En vérité, sans ces « restitutions » européennes, qui ont représenté plus de 55 millions d’euros (pour 264.754 tonnes) sur les 12 derniers mois (à 93% pour la France), le poulet français n’a aucune chance. Or, a souligné Xavier Beulin, le président de la puissante FNSEA, « au-delà de ces deux entreprises, c’est toute la filière avicole qui risque de ressentir l’onde de choc ».   »On a 2,5 millions de mètres carrés qui produisent du poulet pour l’export: qu’en fait-on? » a-t-il demandé.  M. Beulin, qui a décidé d’en appeler au chef de l?État, explique comme les équilibres du marché sont fragiles: imaginons, dit-il, que 10 à 20% des éleveurs qui travaillaient pour l’export se redéploient sur le secteur « premium » des poulets à label: « On déstabilisera tout », a-t-il conclu.  Simultanément, le secteur de la volaille est aussi confronté à une surproduction d??ufs et à l’effondrement des cours. Les producteurs qui ont investi l’an passé pour mettre leurs installations aux normes européennes du bien-être animal -provoquant pendant les travaux un déficit- élèvent aujourd’hui trop de poules - »un bon 5% », selon M. Marinov.  Résultat: un ?uf qui coûte 6,50 centimes d’euros à produire est payé 4,50 aux quelque 3.000 producteurs français. Et pendant ce temps les importations continuent à bas coût, en provenance d’Espagne notamment. Or la consommation reste stable.   »C’est vrai qu’entre la volaille, le porc, les oeufs et le lait, on a quatre filières en crise profonde », a confirmé M. Beulin.  Les producteurs de lait qui ont obtenu en avril une revalorisation des prix de 25 euros pour 1.000 litres, loin de rattraper la hausse d’environ 30% des couts de l’alimentation animale, restent sur leur faim.   »Tout le monde est dans la confrontation », indiquait vendredi à l’AFP le médiateur du ministère sur les prix agricoles, qui a dû convoquer les différents acteurs ce mois-ci pour calmer les esprits. La Fédération de l’industrie laitière a même dénoncé « un climat perpétuel de lutte de classe » pour illustrer les tensions en cours.  Au total, ce sont toutes les filières animales qui souffrent. En rendant les conclusions de leur mission d’information sur la viande, jeudi, les sénateurs alignaient les « chiffres inquiétants » des filières concernées: 2 millions de porcs produits en moins sur la décennie; 44% des poulets consommés sont aujourd’hui importés (contre 8% en 1990); quant aux effectifs de bovins ils ont baissé de 20% et ceux d’ovins de 31% en 20 ans.  Mais, quand l’élevage décline, toute la filière industrielle est à la peine: « Le secteur de l’abattage-découpe est en surcapacité » constatent les sénateurs. Or, rappellent-ils, l’industrie de la viande en France représente près de 5.000 entreprises et 230.000 employés. Dont bon nombre risquent de passer un été avec un moral à marée basse.

 

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