Archive pour le Tag 'Afrique'

Vaccin Johnson&Johnson : livraison en avril en Europe et en Afrique

Vaccin Johnson&Johnson : livraison en avril en Europe et en Afrique

400 millions de doses du vaccin promises pour L’Union européenne et  pour l’Union africaine. Un vaccin unidose, peu couteux et facile d’utilisation. .

Ce vaccin a été, mi-mars, le quatrième à obtenir le feu vert de l’Agence européenne du médicament, après ceux de Pfizer-BioNTech, de Moderna et d’AstraZeneca. Il n’est actuellement administré qu’aux États-Unis et en Afrique du Sud, mais il a aussi été approuvé au Canada.

Les pays de l’Union africaine recevront de leur côté jusqu’à 400 millions de doses du vaccin, a annoncé lundi le géant pharmaceutique américain. Selon les termes de l’accord, 220 millions de doses du sérum, qui ne nécessite qu’une seule injection, seront distribuées aux 55 pays membres de l’Union africaine, les livraisons débutant au troisième trimestre 2021. Les pays concernés pourront s’ils le jugent nécessaire commander 180 millions de doses complémentaires, pour un total de 400 millions de vaccins Johnson & Johnson acheminés d’ici 2022.

Pour permettre d’augmenter sa production et de répondre à la demande, Johnson & Johnson a passé ces derniers mois plusieurs accords avec des laboratoires et des sous-traitants en Europe, qui seront chargés de sa formulation ou de sa mise sous flacon: il s’agit de Sanofi en France, de Catalent en Italie, et d’IDT Biologika en Allemagne. La substance active, qui donne son efficacité au vaccin, proviendra du site de Johnson & Johnson à Leyde aux Pays-Bas.

55 millions de doses pour l’Europe

L’UE, qui a passé une commande de 200 millions de doses au laboratoire américain (avec une option pour 200 millions de doses supplémentaires), devrait recevoir au deuxième trimestre quelque 55 millions de doses, avait expliqué mi-mars Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Le laboratoire n’a pas rendu public le calendrier exact de ses livraisons.

Le vaccin repose sur un vecteur viral, selon une technologie déjà utilisée par la société, notamment contre le virus Ebola. Il utilise comme support un autre virus peu virulent, transformé pour y ajouter des instructions génétiques d’une partie du virus responsable du Covid-19. Une fois dans les cellules, une protéine typique du SARS-CoV-2 est produite, éduquant le système immunitaire à la reconnaître.

Ce vaccin est le premier, parmi ceux bénéficiant d’un feu vert de l’OMS, à ne nécessiter qu’une seule injection au lieu de deux, en plus de pouvoir être stocké à des températures de réfrigérateur. Le groupe pharmaceutique s’est par ailleurs engagé à le vendre à prix coûtant.

Politique- Afrique : la colonisation par la Chine ?

Politique- Afrique : la colonisation par la Chine ?

Au cours des vingt dernières années, les relations sino-africaines n’ont cessé de se renforcer. Mais, dernièrement, on constate une méfiance accrue des deux côtés. Par Thierry Vircoulon, Université de Paris (*) (La Tribune)

 

 

 

Popularisé par l’expression Chinafrique, le développement météorique de la présence chinoise en Afrique depuis vingt ans fait partie des nouvelles réalités géopolitiques.

La Chine est le premier partenaire commercial et le premier bâtisseur du continent, ainsi que le premier bailleur bilatéral de nombreux pays africains. Elle n’est en revanche qu’un modeste investisseur en Afrique et seulement son cinquième fournisseur d’armes… mais demain, peut-être, son premier fournisseur de vaccin anti-Covid.

Alors que quelques pays (Angola, Soudan, Zimbabwe, etc.) et quelques secteurs (hydrocarbures, minerais, etc.) lui ont servi de portes d’entrée économique au début du siècle, en 2021 les entreprises de la RPC sont présentes dans tous les domaines, de l’exploitation forestière à la banque en passant par l’énergie. Répandus du Sénégal au Lesotho, les intérêts chinois sont maintenant extrêmement diversifiés.

Cependant, au bout de vingt ans, la « success story » remarquable et remarquée de la Chine en Afrique a des conséquences qui posent problèmes.

Le risque de dépendance économique à l’égard de la Chine est mis en évidence par la question de la dette, qui est sur l’agenda international depuis l’Initiative pour la suspension du service de la dette publique bilatérale.

Déclenchée par la pandémie de Covid-19, la récession mondiale accentue les difficultés financières de certains pays africains, rendus déjà vulnérables par un endettement élevé. En 2021, à l’exception de la Grenade, tous les pays en situation de surendettement sont africains. Or la résolution de ce problème passe désormais obligatoirement par Pékin. En effet, entre 2000 et 2018, 50 pays africains sur 54 ont emprunté à la Chine sous des formes diverses. En 2018, la RPC détenait près de 21 % des encours de la dette publique externe du continent, une grande partie de ces prêts concernant des infrastructures dont la pertinence et le coût interrogent parfois (chemin de fer, ports, routes, centrales énergétiques, etc.).

Néanmoins, l’endettement des pays africains envers la Chine est variable. Celle-ci est le premier bailleur bilatéral de certains d’entre eux tels que la Zambie (elle détient 29 % de sa dette extérieure), l’Éthiopie (32 %), l’Angola (39 %), le Congo-Brazzaville (43 %) et Djibouti (70 %). Pour ces pays, le salut dépend de Pékin. Dès 2020, ils se sont tournés vers le gouvernement chinois pour demander un moratoire, voire une annulation d’une part de leur dette. Ainsi l’Angola, dont la dette chinoise atteint environ 20 milliards, et le Kenya ont obtenu un moratoire – de trois ans pour le premier et de six mois pour le second.

Toutefois, ces moratoires ne sont qu’une solution temporaire et ces pays ont besoin de restructurer leur dette pour faire face à une crise économique durable.

Là encore, leur dépendance à l’égard de la politique chinoise est totale. Si la Chine a approuvé l’Initiative pour la suspension du service de la dette publique bilatérale, elle reste réticente à l’idée de rejoindre autrement qu’en observateur le Club de Paris, qui est le forum des créanciers souverains définissant les règles générales de gestion et de restructuration de la dette. Or y adhérer implique pour la Chine, d’une part, de soumettre la gestion de sa dette bilatérale à des règles multilatérales et, d’autre part, d’instiller de la transparence dans ses prêts, dont les conditions sont généralement opaques.

La querelle sur la définition du périmètre des banques chinoises publiques et privées est largement une diversion par rapport à cette question beaucoup plus stratégique. En effet, beaucoup suspectent des dettes cachées et des conditions financières défavorables. Si l’opacité des prêteurs chinois a généralement bénéficié aux gouvernements emprunteurs, elle risque maintenant de se retourner contre eux.

La double migration

L’un des paradoxes de la Chinafrique est la double migration. Pendant les vingt dernières années, non seulement des millions de Chinois ont découvert la route de l’Afrique, mais les Africains ont aussi découvert la route de la Chine. Mais comme les autres relations sino-africaines, cette double migration est asymétrique : plusieurs millions de Chinois résideraient actuellement en Afrique (entre 300 et 500 000 rien qu’en Afrique du Sud) tandis que seulement entre 300 et 400 000 Africains vivraient en Chine. Si des immigrés chinois sont présents dans tous les pays africains, en revanche les Africains sont très majoritairement concentrés en Chine dans la ville de Guanghzou (Canton) et, plus particulièrement, dans le quartier de Xiaobei.

Migrants chinois et africains ont la même motivation : tirer profit de l’intense commerce qui s’est développé entre leurs deux mondes. S’il y a de plus en plus d’étudiants africains en Chine, la majorité de cette communauté est constituée de commerçants-migrants. Depuis vingt ans, se forment progressivement des communautés d’immigrés dans les deux sens qui font partie de ces nouvelles guildes de marchands créées par la mondialisation. Des « Chinatowns » se créent dans les capitales africaines tandis que Guanghzou a son « Little Africa ».

Ces communautés marchandes transcontinentales se structurent et s’organisent pour défendre leurs intérêts. Elles créent leurs associations, leurs chambres de commerce et nouent des relations avec les pouvoirs locaux. Elles s’efforcent, par exemple, de se policer elles-mêmes afin d’éviter l’intervention des autorités locales.

Cependant, le développement de ces nouvelles guildes qui sont les passerelles du capitalisme globalisé n’est pas exempt de problèmes : concurrence économique, immigration irrégulière, insécurité et racisme réciproque. L’équilibre entre concurrence et complémentarité économiques est délicat à trouver. Les commerçants africains qui s’approvisionnaient en Chine sont maintenant concurrencés sur leur marché par leurs homologues chinois installés en Afrique, qui ont un accès direct aux usines chinoises. Par ailleurs, cette concurrence ne se limite pas à l’économie formelle. En effet, à l’inverse d’autres diasporas d’affaires sur le continent (Libanais, Indiens, etc.), les migrants chinois investissent aussi la partie la plus pauvre et la plus pourvoyeuse d’emplois de l’économie africaine : le secteur informel. Par exemple, l’artisanat minier africain, qui est massivement informel, est de plus en plus concurrencé par de modestes entreprises minières chinoises qui pratiquent l’exploitation semi-mécanisée.

 

De ce fait, la concurrence commerciale donne parfois lieu à des violences, voire des émeutes localisées, et un sentiment antichinois se développe dans les milieux populaires. Des gouvernements ont même dû adopter des réglementations interdisant certains secteurs d’activités aux étrangers. Les réussites individuelles de Chinois en Afrique sont scrutées avec suspicion et il est mal venu de franchir certaines limites. Si le dynamisme des Chinois d’Afrique est toléré dans l’économie, il ne l’est pas en politique, comme l’a montré le tollé public causé par l’entrée d’une Sud-Africaine d’origine chinoise au Parlement en janvier dernier.

En écho, les Africains en Chine sont aussi parfois perçus avec suspicion. Après une période de politique d’immigration « business friendly », en 2013 le gouvernement chinois a durci sa législation sur les résidents étrangers. Par ailleurs, en avril 2020, la lutte contre la pandémie de Covid-19 et la forte anxiété sociale consécutive ont conduit à une vague brutale de discrimination contre les Africains à Guangzhou et révélé le racisme anti-africain latent, mais constamment nié par les autorités chinoises. En effet, les incidents de Guangzhou, qui ont eu un large écho dans les opinions publiques africaines, s’inscrivent dans un climat de racisme ancien qui a trouvé son porte-voix avec les réseaux sociaux. En définitive, sur fond de stéréotypes racistes dans les perceptions sino-africaines, la question de la sécurité de ces communautés-passerelles entre les deux continents se pose de manière de plus en plus pressante.

Le développement d’une économie prédatrice transcontinentale

Le développement d’échanges illicites est la face cachée de l’essor du commerce sino-africain.

Les produits illicites (drogues, espèces protégées, contrefaçons, etc.) et les produits licites commercialisés de manière illicite (bois, minerais, etc.) circulent dans le sillage des échanges légaux entre la Chine et l’Afrique. Dans la première catégorie, ces dernières années les espèces protégées ont fait la une : la demande du marché chinois a conduit à une hausse des prix et donc du braconnage qui met en danger certaines espèces (le cours de l’ivoire brut en Chine avait atteint 1 900 euros le kilo à la mi-2014). La question du commerce de l’ivoire étant devenue une controverse internationale, les autorités chinoises ont fini par l’interdire en 2018. Mais au-delà des éléphants et des rhinocéros, il y a bien d’autres espèces moins emblématiques chassées en Afrique pour le marché chinois, comme les ânes ou les pangolins.

Si les espèces protégées sont exportées d’Afrique vers la Chine, les contrefaçons prennent la route inverse : l’Afrique constitue actuellement l’un des principaux marchés d’écoulement des contrefaçons chinoises, notamment de médicaments.

Les produits licites commercialisés de manière illicite proviennent des secteurs extractifs comme la pêche, l’exploitation pétrolière et minière et la foresterie. En effet, certains de ces secteurs font l’objet de standards internationaux tandis que d’autres peuvent avoir des impacts dangereux sur les populations et l’environnement. En l’absence de contrôles sérieux par les États africains, certaines entreprises chinoises développent des pratiques prédatrices. Ce faisant, elles incarnent le capitalisme sauvage globalisé.

Vers un rééquilibrage des relations sino-africaines ?

La prise de conscience du risque de dépendance économique à travers le problème de la dette, des défis de la double migration (le racisme, le rejet de l’autre) et du développement d’une économie prédatrice dans l’ombre des échanges légaux suscite des interrogations tant du côté chinois que du côté africain.

Après la lune de miel, les relations de la Chine avec des gouvernements africains tiédissent. Certains d’entre eux n’ont pas hésité à annuler de grands contrats (Tanzanie, Sierra Leone, Gabon, etc.) tandis que l’image de la Chine dans l’opinion publique africaine pâlit doucement. Selon l’Afrobarometer, en 2020 59 % des sondés estimaient que l’influence de la Chine dans leur pays était positive, contre 63 % en 2015.

Les problèmes spécifiques de la Chinafrique qui émergent traduisent un besoin de régulation des relations multiformes entre ces deux partenaires. Jusqu’à présent, la gestion de ces problèmes a le plus souvent été unilatérale. À l’avenir, la Chine et les pays africains vont devoir mettre en place des mécanismes de coopération pour gérer ces problèmes, faute de quoi leur relation risque de se dégrader lentement mais sûrement.

_______

(*) Par Thierry Vircoulon, Coordinateur de l’Observatoire pour l’Afrique centrale et australe de l’Institut Français des Relations Internationales, membre du Groupe de Recherche sur l’Eugénisme et le Racisme, Université de Paris.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Afrique : la colonisation par la Chine ?

Afrique : la colonisation par la Chine ?

Au cours des vingt dernières années, les relations sino-africaines n’ont cessé de se renforcer. Mais, dernièrement, on constate une méfiance accrue des deux côtés. Par Thierry Vircoulon, Université de Paris (*) (La Tribune)

 

 

 

Popularisé par l’expression Chinafrique, le développement météorique de la présence chinoise en Afrique depuis vingt ans fait partie des nouvelles réalités géopolitiques.

La Chine est le premier partenaire commercial et le premier bâtisseur du continent, ainsi que le premier bailleur bilatéral de nombreux pays africains. Elle n’est en revanche qu’un modeste investisseur en Afrique et seulement son cinquième fournisseur d’armes… mais demain, peut-être, son premier fournisseur de vaccin anti-Covid.

Alors que quelques pays (Angola, Soudan, Zimbabwe, etc.) et quelques secteurs (hydrocarbures, minerais, etc.) lui ont servi de portes d’entrée économique au début du siècle, en 2021 les entreprises de la RPC sont présentes dans tous les domaines, de l’exploitation forestière à la banque en passant par l’énergie. Répandus du Sénégal au Lesotho, les intérêts chinois sont maintenant extrêmement diversifiés.

Cependant, au bout de vingt ans, la « success story » remarquable et remarquée de la Chine en Afrique a des conséquences qui posent problèmes.

Le risque de dépendance économique à l’égard de la Chine est mis en évidence par la question de la dette, qui est sur l’agenda international depuis l’Initiative pour la suspension du service de la dette publique bilatérale.

Déclenchée par la pandémie de Covid-19, la récession mondiale accentue les difficultés financières de certains pays africains, rendus déjà vulnérables par un endettement élevé. En 2021, à l’exception de la Grenade, tous les pays en situation de surendettement sont africains. Or la résolution de ce problème passe désormais obligatoirement par Pékin. En effet, entre 2000 et 2018, 50 pays africains sur 54 ont emprunté à la Chine sous des formes diverses. En 2018, la RPC détenait près de 21 % des encours de la dette publique externe du continent, une grande partie de ces prêts concernant des infrastructures dont la pertinence et le coût interrogent parfois (chemin de fer, ports, routes, centrales énergétiques, etc.).

Néanmoins, l’endettement des pays africains envers la Chine est variable. Celle-ci est le premier bailleur bilatéral de certains d’entre eux tels que la Zambie (elle détient 29 % de sa dette extérieure), l’Éthiopie (32 %), l’Angola (39 %), le Congo-Brazzaville (43 %) et Djibouti (70 %). Pour ces pays, le salut dépend de Pékin. Dès 2020, ils se sont tournés vers le gouvernement chinois pour demander un moratoire, voire une annulation d’une part de leur dette. Ainsi l’Angola, dont la dette chinoise atteint environ 20 milliards, et le Kenya ont obtenu un moratoire – de trois ans pour le premier et de six mois pour le second.

Toutefois, ces moratoires ne sont qu’une solution temporaire et ces pays ont besoin de restructurer leur dette pour faire face à une crise économique durable.

Là encore, leur dépendance à l’égard de la politique chinoise est totale. Si la Chine a approuvé l’Initiative pour la suspension du service de la dette publique bilatérale, elle reste réticente à l’idée de rejoindre autrement qu’en observateur le Club de Paris, qui est le forum des créanciers souverains définissant les règles générales de gestion et de restructuration de la dette. Or y adhérer implique pour la Chine, d’une part, de soumettre la gestion de sa dette bilatérale à des règles multilatérales et, d’autre part, d’instiller de la transparence dans ses prêts, dont les conditions sont généralement opaques.

La querelle sur la définition du périmètre des banques chinoises publiques et privées est largement une diversion par rapport à cette question beaucoup plus stratégique. En effet, beaucoup suspectent des dettes cachées et des conditions financières défavorables. Si l’opacité des prêteurs chinois a généralement bénéficié aux gouvernements emprunteurs, elle risque maintenant de se retourner contre eux.

La double migration

L’un des paradoxes de la Chinafrique est la double migration. Pendant les vingt dernières années, non seulement des millions de Chinois ont découvert la route de l’Afrique, mais les Africains ont aussi découvert la route de la Chine. Mais comme les autres relations sino-africaines, cette double migration est asymétrique : plusieurs millions de Chinois résideraient actuellement en Afrique (entre 300 et 500 000 rien qu’en Afrique du Sud) tandis que seulement entre 300 et 400 000 Africains vivraient en Chine. Si des immigrés chinois sont présents dans tous les pays africains, en revanche les Africains sont très majoritairement concentrés en Chine dans la ville de Guanghzou (Canton) et, plus particulièrement, dans le quartier de Xiaobei.

Migrants chinois et africains ont la même motivation : tirer profit de l’intense commerce qui s’est développé entre leurs deux mondes. S’il y a de plus en plus d’étudiants africains en Chine, la majorité de cette communauté est constituée de commerçants-migrants. Depuis vingt ans, se forment progressivement des communautés d’immigrés dans les deux sens qui font partie de ces nouvelles guildes de marchands créées par la mondialisation. Des « Chinatowns » se créent dans les capitales africaines tandis que Guanghzou a son « Little Africa ».

Ces communautés marchandes transcontinentales se structurent et s’organisent pour défendre leurs intérêts. Elles créent leurs associations, leurs chambres de commerce et nouent des relations avec les pouvoirs locaux. Elles s’efforcent, par exemple, de se policer elles-mêmes afin d’éviter l’intervention des autorités locales.

Cependant, le développement de ces nouvelles guildes qui sont les passerelles du capitalisme globalisé n’est pas exempt de problèmes : concurrence économique, immigration irrégulière, insécurité et racisme réciproque. L’équilibre entre concurrence et complémentarité économiques est délicat à trouver. Les commerçants africains qui s’approvisionnaient en Chine sont maintenant concurrencés sur leur marché par leurs homologues chinois installés en Afrique, qui ont un accès direct aux usines chinoises. Par ailleurs, cette concurrence ne se limite pas à l’économie formelle. En effet, à l’inverse d’autres diasporas d’affaires sur le continent (Libanais, Indiens, etc.), les migrants chinois investissent aussi la partie la plus pauvre et la plus pourvoyeuse d’emplois de l’économie africaine : le secteur informel. Par exemple, l’artisanat minier africain, qui est massivement informel, est de plus en plus concurrencé par de modestes entreprises minières chinoises qui pratiquent l’exploitation semi-mécanisée.

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De ce fait, la concurrence commerciale donne parfois lieu à des violences, voire des émeutes localisées, et un sentiment antichinois se développe dans les milieux populaires. Des gouvernements ont même dû adopter des réglementations interdisant certains secteurs d’activités aux étrangers. Les réussites individuelles de Chinois en Afrique sont scrutées avec suspicion et il est mal venu de franchir certaines limites. Si le dynamisme des Chinois d’Afrique est toléré dans l’économie, il ne l’est pas en politique, comme l’a montré le tollé public causé par l’entrée d’une Sud-Africaine d’origine chinoise au Parlement en janvier dernier.

En écho, les Africains en Chine sont aussi parfois perçus avec suspicion. Après une période de politique d’immigration « business friendly », en 2013 le gouvernement chinois a durci sa législation sur les résidents étrangers. Par ailleurs, en avril 2020, la lutte contre la pandémie de Covid-19 et la forte anxiété sociale consécutive ont conduit à une vague brutale de discrimination contre les Africains à Guangzhou et révélé le racisme anti-africain latent, mais constamment nié par les autorités chinoises. En effet, les incidents de Guangzhou, qui ont eu un large écho dans les opinions publiques africaines, s’inscrivent dans un climat de racisme ancien qui a trouvé son porte-voix avec les réseaux sociaux. En définitive, sur fond de stéréotypes racistes dans les perceptions sino-africaines, la question de la sécurité de ces communautés-passerelles entre les deux continents se pose de manière de plus en plus pressante.

Le développement d’une économie prédatrice transcontinentale

Le développement d’échanges illicites est la face cachée de l’essor du commerce sino-africain.

Les produits illicites (drogues, espèces protégées, contrefaçons, etc.) et les produits licites commercialisés de manière illicite (bois, minerais, etc.) circulent dans le sillage des échanges légaux entre la Chine et l’Afrique. Dans la première catégorie, ces dernières années les espèces protégées ont fait la une : la demande du marché chinois a conduit à une hausse des prix et donc du braconnage qui met en danger certaines espèces (le cours de l’ivoire brut en Chine avait atteint 1 900 euros le kilo à la mi-2014). La question du commerce de l’ivoire étant devenue une controverse internationale, les autorités chinoises ont fini par l’interdire en 2018. Mais au-delà des éléphants et des rhinocéros, il y a bien d’autres espèces moins emblématiques chassées en Afrique pour le marché chinois, comme les ânes ou les pangolins.

Si les espèces protégées sont exportées d’Afrique vers la Chine, les contrefaçons prennent la route inverse : l’Afrique constitue actuellement l’un des principaux marchés d’écoulement des contrefaçons chinoises, notamment de médicaments.

Les produits licites commercialisés de manière illicite proviennent des secteurs extractifs comme la pêche, l’exploitation pétrolière et minière et la foresterie. En effet, certains de ces secteurs font l’objet de standards internationaux tandis que d’autres peuvent avoir des impacts dangereux sur les populations et l’environnement. En l’absence de contrôles sérieux par les États africains, certaines entreprises chinoises développent des pratiques prédatrices. Ce faisant, elles incarnent le capitalisme sauvage globalisé.

Vers un rééquilibrage des relations sino-africaines ?

La prise de conscience du risque de dépendance économique à travers le problème de la dette, des défis de la double migration (le racisme, le rejet de l’autre) et du développement d’une économie prédatrice dans l’ombre des échanges légaux suscite des interrogations tant du côté chinois que du côté africain.

Après la lune de miel, les relations de la Chine avec des gouvernements africains tiédissent. Certains d’entre eux n’ont pas hésité à annuler de grands contrats (Tanzanie, Sierra Leone, Gabon, etc.) tandis que l’image de la Chine dans l’opinion publique africaine pâlit doucement. Selon l’Afrobarometer, en 2020 59 % des sondés estimaient que l’influence de la Chine dans leur pays était positive, contre 63 % en 2015.

Les problèmes spécifiques de la Chinafrique qui émergent traduisent un besoin de régulation des relations multiformes entre ces deux partenaires. Jusqu’à présent, la gestion de ces problèmes a le plus souvent été unilatérale. À l’avenir, la Chine et les pays africains vont devoir mettre en place des mécanismes de coopération pour gérer ces problèmes, faute de quoi leur relation risque de se dégrader lentement mais sûrement.

_______

(*) Par Thierry Vircoulon, Coordinateur de l’Observatoire pour l’Afrique centrale et australe de l’Institut Français des Relations Internationales, membre du Groupe de Recherche sur l’Eugénisme et le Racisme, Université de Paris.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Afrique : faire face à l’exode et au manque de capitaux

Afrique : faire face à l’exode et au manque de capitaux

Hippolyte Fofack ,économiste en chef de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) évoque le difficile problème du manque de capitaux en Afrique.

 

Le sommet a donné au président Biden l’occasion de renouer avec l’Afrique — alors que les perspectives de croissance et d’investissement de la région s’améliorent — et l’occasion de réaffirmer l’engagement de Washington en faveur d’un ordre international régi par des règles. L’Afrique deviendra le principal moteur de la croissance mondiale au cours des prochaines décennies, stimulée par la main-d’œuvre la plus jeune du monde, ainsi que par la hausse de la compétitivité et de la productivité résultant des vastes économies d’échelle rendues possibles par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Si Joe Biden souhaite que les Etats-Unis conservent leur statut de leader mondial, il aura besoin de l’Afrique à ses côtés. Compte tenu de sa grande expérience dans la région et du fait qu’il a plaidé en faveur de la fin de l’apartheid il y a plusieurs décennies, il est bien placé pour y parvenir.

Joe Biden a souligné que la lutte contre la Covid-19 était l’un des plus grands défis auxquels le continent était confronté. Bien que les ravages causés en Afrique par le virus aient été moins graves que dans d’autres parties du monde – l’Afrique du Sud, durement touchée, étant la principale exception –, les fragiles systèmes de santé de la région sont au point de rupture. La crise menace d’anéantir les progrès réalisés au cours des dernières décennies.

« La Banque mondiale prévoit une diminution de 20 % des envois de fonds vers les pays à faible et moyen revenu, et une baisse encore plus marquée pour l’Afrique, atteignant plus de 100 milliards de dollars »

Exode de capitaux. En l’absence de mesures de protection sociale, les confinements et fermetures de frontières ont fait chuter les flux de revenus et accru les taux de pauvreté dans une région qui dépend fortement de l’économie informelle. Selon les Nations unies, la pauvreté mondiale devrait augmenter pour la première fois depuis des décennies. L’Afrique, qui compte la plus grande part de pauvres dans le monde, devrait être la plus touchée.

Plusieurs facteurs ont contribué à accroître la pression sur la balance des paiements et les contraintes de liquidité en Afrique, notamment le double choc mondial tant du côté de l’offre que de la demande, la chute brutale des prix des produits de base, l’effondrement des recettes du tourisme et des transferts de fonds, ainsi que l’exode de capitaux. La Banque mondiale prévoit une diminution de 20 % des envois de fonds vers les pays à faible et moyen revenu, et une baisse encore plus marquée pour l’Afrique, atteignant plus de 100 milliards de dollars. Selon les prévisions de l’Institut de la finance internationale, les flux de capitaux — qui se sont taris au plus fort de la pandémie — ne retrouveront pas leur niveau antérieur à la crise avant 2022.

De nombreux pays continuent de souffrir de graves pénuries de liquidité, en particulier les économies dépendantes du tourisme et les Etats à faible revenu qui n’ont pas accès aux marchés des capitaux. L’absence de soutien efficace et rapide pourrait intensifier l’ampleur des problèmes de financement des pays, les crises de liquidité pouvant se transformer en crises de solvabilité et déclencher une cascade de faillites menaçant la stabilité financière mondiale.

Après le début de la pandémie de Covid-19, les experts ont préconisé l’émission de droits de tirage spéciaux (DTS) supplémentaires, l’unité monétaire composite du Fonds monétaire international (FMI) basée sur un panier de devises. Ce mécanisme constituerait la réponse la plus rentable, anticyclique, à faible risque et sans conditions au ralentissement économique. Il permettrait d’injecter des liquidités sans discrimination dans l’économie mondiale et d’alléger la pression sur la balance des paiements. Près d’un an après le début de la crise, l’émission de nouveaux DTS reste essentielle pour la reprise de l’économie mondiale, qui pourrait être retardée soit par le « nationalisme vaccinal », soit par les contraintes de liquidité qui empêchent les pays à faible revenu de se procurer des vaccins.

« Des éléments montrent que les effets marginaux d’une telle mesure seraient particulièrement importants pour les économies en développement, non seulement en matière d’atténuation des risques, mais aussi du point de vue de la gestion macroéconomique et de la croissance »

Droit de veto. L’émission de nouveaux DTS a été approuvée par la plupart des pays, mais bloquée par les Etats-Unis, qui disposent d’un droit de veto au FMI. L’appui de l’administration Biden ouvrirait certainement la voie à une augmentation instantanée du niveau des réserves de change de tous les pays membres du FMI. En outre, il déclencherait le regain de confiance nécessaire pour une reprise mondiale synchronisée qui profiterait aux économies développées comme aux économies en développement. Les premiers pourraient utiliser leurs DTS pour alléger les pressions budgétaires nationales et leur laisser davantage de ressources pour l’aide internationale. Les seconds pourraient tirer parti d’une plus grande marge de manœuvre budgétaire et du pouvoir d’achat associé à l’augmentation des réserves de change pour favoriser la reprise.

Des éléments montrent que les effets marginaux d’une telle mesure seraient particulièrement importants pour les économies en développement, non seulement en matière d’atténuation des risques, mais aussi du point de vue de la gestion macroéconomique et de la croissance. Avec l’émission de 653 milliards de dollars de nouveaux DTS — le seuil maximum qui ne nécessite pas l’approbation officielle du Congrès —, les pays africains recevraient collectivement environ 46 milliards de dollars.

Cette allocation représenterait une hausse de 13 % de leurs réserves internationales totales. Pour les pays africains à faible revenu, l’augmentation serait d’environ 21 %, en partie parce que les quotas du FMI sont orientés vers les pays à revenu faible et intermédiaire par rapport à leur part du PIB mondial. Cela permettrait d’élargir la marge de manœuvre budgétaire des pays et de renforcer leur capacité à faire face aux besoins immédiats et à long terme résultant de l’épidémie de Covid-19. Ils pourraient notamment acheter des doses de vaccin, stimuler la relance par des mesures d’aide budgétaire anticycliques ou honorer leurs engagements extérieurs afin de renforcer la stabilité financière mondiale.

En outre, les DTS apporteraient un complément important à l’Initiative de suspension du service de la dette (DSSI) du G20. Cette initiative offre un allègement du service de la dette bilatérale officielle à 73 pays à faible revenu, dont 37 pays africains, bien que tous les pays éligibles n’y participent pas. Elle a été qualifiée d’insuffisante compte tenu de l’ampleur du déficit des transactions courantes créé par la récession due à la pandémie. Cela est doublement vrai pour l’Afrique, étant donné que les moyens de subsistance économiques dans la région dépendent fortement du commerce, tant formel qu’informel. Pour sa part, l’émission de nouveaux DTS agirait comme un multiplicateur financier, en augmentant la marge de manœuvre budgétaire à court terme et en renforçant les perspectives de solidité financière et de stabilité mondiale à moyen et à long terme.

L’émission de DTS réduirait l’exposition des pays à la volatilité des taux de change et aux contraintes de liquidité associées à la forte pression sur la balance des paiements. En plus d’empêcher les crises de liquidité de se transformer en crises de solvabilité, le déploiement de DTS supplémentaires permettrait de restaurer la confiance des investisseurs et de stimuler la reprise économique en Afrique.

« Ils permettraient d’accroître les investissements dans les infrastructures, notamment les infrastructures énergétiques résistantes au changement climatique et dans le haut débit »

Risques majeurs. D’autre part, l’impact sur le développement d’une telle mesure serait large et durable. Il bénéficierait aux pays africains à faible revenu éligibles à l’initiative DSSI ainsi qu’aux grands pays, comme le Nigeria et le Kenya. Ces derniers ont choisi de ne pas participer à l’initiative du G20 pour préserver l’accès aux marchés internationaux des capitaux ; ils joueront un rôle clé dans la reprise de la région en tant que principaux moteurs du commerce intra-africain.

Ces pays, ainsi que d’autres grandes économies africaines, notamment l’Egypte et l’Afrique du Sud, n’ont pas accès à l’ensemble des instruments déployés pour accroître les liquidités mondiales et renforcer la stabilité financière pendant les périodes de forte tension sur les marchés mondiaux du financement en dollars. Il s’agit notamment des accords de swap étendus par la Réserve fédérale à certains pays et de la facilité de pension livrée (ou « repo ») temporaire pour les autorités monétaires étrangères et internationales.

Les risques majeurs auxquels l’Afrique et le reste du monde sont confrontés rendent l’émission de DTS supplémentaires encore plus urgente. En plus de donner un coup de pouce à la reprise naissante de l’économie mondiale, les nouveaux DTS contribueraient également à faire avancer la mise en œuvre de la ZLECAf. Ils permettraient d’accroître les investissements dans les infrastructures, notamment les infrastructures énergétiques résistantes au changement climatique et dans le haut débit, afin d’aider l’Afrique à tirer parti des technologies numériques pour augmenter la productivité et participer, de manière proactive, à la réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales après la Covid-19.

L’émission de nouveaux DTS est un élément crucial du puzzle de la reprise mondiale. Elle marquerait également, parallèlement à l’élection de Ngozi Okonjo-Iweala au poste de directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce, un retour au multilatéralisme coopératif.

La reprise robuste et synchronisée nécessaire pour que le monde retrouve les niveaux de PIB antérieurs à la pandémie ne pourra se concrétiser en l’absence d’une action internationale forte et bien coordonnée. L’Afrique et le monde entier attendent à présent du président Biden qu’il autorise l’émission de DTS et renforce les bases de la coopération transfrontalière.

Hippolyte Fofack est économiste en chef de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank).

Comment lutter contre la corruption en Afrique

Comment lutter contre la corruption en Afrique

 

Ibrahim Mayaki, ancien premier ministre du Niger, coprésident du Groupe de haut niveau sur la responsabilité, la transparence et l’intégrité financières internationales

Ibrahim Mayaki, coprésident du Groupe de haut niveau sur la responsabilité, la transparence et l’intégrité financières internationales (FACTI) de l’ONU, demande, dans une tribune au « Monde », une mobilisation des Etats contre les abus fiscaux, la corruption et le blanchiment d’argent, pour récupérer les milliards de dollars nécessaires à la lutte contre la pandémie.

Tribune

 

Depuis plus d’un an maintenant, le monde est confronté à une crise sanitaire d’une ampleur sans précèdent qui a d’ores et déjà conduit à un recul historique du développement humain avec un accroissement aigu des inégalités et une augmentation inquiétante (de l’ordre de 7 %) des indicateurs d’extrême pauvreté.

Dans le même temps, nous sommes confrontés à une potentielle catastrophe environnementale dont les conséquences sont chaque jour un peu plus visibles, et à une pénurie des investissements qui seraient pourtant nécessaires à la gestion de l’ensemble de ces défis.

Si tous les pays sont confrontés à la même tempête, ils ne sont cependant pas dans le même bateau. Aussi, en raison de la lourdeur de la dette et de la diminution de l’aide publique au développement, il y a fort à parier que les pays les plus pauvres paieront le prix le plus élevé des conséquences du Covid-19.

Plus que jamais, le manque à gagner que représentent pour les revenus des Etats les abus fiscaux, la corruption et le blanchiment d’argent, doit être sévèrement combattu.

 

Il y a près de cinq ans déjà, le groupe de travail de haut niveau de l’Union africaine sur les flux financiers illicites en provenance d’Afrique, présidé par Thabo Mbeki, concluait que plus de 50 milliards de dollars américains (environ 42 milliards d’euros) étaient perdus chaque année en Afrique à cause de ces flux illicites. 

Bien avant le Covid-19, on recensait en effet déjà de nombreux cas de corruption globale ainsi que des comportements scandaleux d’évasion fiscale. Les nombreuses révélations d’abus fiscaux dans les « Panama Papers », « Paradise Papers » et OpenLux ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres.

Le monde a besoin d’un engagement renouvelé en faveur de l’intégrité financière afin de soutenir les objectifs du développement durable, partout et pour tous. C’est précisément l’appel lancé aux Etats par le Groupe de haut niveau sur la responsabilité, la transparence et l’intégrité financières internationales (FACTI) qui vient de publier le rapport « L’intégrité financière pour un développement durable ».

Notre idée est simple : en recouvrant juste une fraction des milliards actuellement dilapidés, les gouvernements pourraient investir dans l’éducation, renforcer leur système de santé, développer l’économie verte, promouvoir les droits de l’homme et des sociétés inclusives.

 

Cela nécessitera évidemment des systèmes de gouvernance nationaux également transparents. 

Les conséquences juridiques de l’affaire Bolloré en Afrique

Les conséquences juridiques de l’affaire Bolloré en Afrique

 

Le  coup de théâtre dans l’affaire Bolloré pour des faits de corruption au Togo est pourtant porteur de grands bouleversements pour la défense pénale », analyse l’avocat Arthur Dethomas avocat aux barreaux de Paris et de New York.

 

En refusant, le 26 février dernier, d’homologuer l’accord conclu entre les dirigeants du Groupe Bolloré et le parquet national financier (PNF), les magistrats du tribunal correctionnel de Paris ont très largement anéanti les efforts du législateur de développer la justice pénale négociée en France. Encouragé depuis deux décennies, le développement de la justice négociée repose sur les aveux de la personne mise en cause et sa coopération. Le principe est simple : le parquet propose une peine au prévenu en l’échange de sa reconnaissance de culpabilité. Si les deux parties s’accordent sur la peine, l’accord n’a – en théorie – plus qu’à être homologué par le tribunal pour éviter la tenue d’un procès.

Dans cette affaire, deux types d’accords avaient été conclus par le PNF : un premier, une Convention judiciaire d’intérêt public (CJIP), avec la société Bolloré SE et des accords individuels, des Comparutions sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), avec les dirigeants du Groupe Bolloré (dont Vincent Bolloré). Le tribunal correctionnel de Paris n’avait plus qu’à homologuer ces accords ; il a préféré désavouer le parquet national financier.

Case départ. Alors même que les magistrats du PNF s’étaient déplacés à cette audience pour souligner le succès du consensualisme dans la procédure, la présidente du tribunal a surpris tout le monde en refusant de valider les accords conclus avec les dirigeants personnes physiques du Groupe Bolloré, estimant que les peines convenues étaient inadaptées. Et, par conséquent, qu’il était nécessaire qu’un procès se tienne. Pour les dirigeants du groupe Bolloré, c’est donc un retour à la case départ. La décision de refus d’homologation n’étant pas susceptible de recours, ils seront vraisemblablement renvoyés devant le tribunal pour y être jugés.

Que reste-il des droits de la défense de Vincent Bolloré après qu’il a, lors d’une audience publique amplement relayée dans les médias, répondu par l’affirmative au tribunal qui lui demandait s’il reconnaissait sa culpabilité ?

Au-delà de toute considération propre aux faits du dossier et du cas personnel de Vincent Bolloré, cette décision est un échec de plus pour un PNF déjà passablement éprouvé. Pire, il préjudicie grandement au respect des droits de la défense dont les dirigeants doivent pouvoir bénéficier pour la suite de la procédure. Que reste-il des droits de la défense de Vincent Bolloré après qu’il a, lors d’une audience publique amplement relayée dans les médias, répondu par l’affirmative au tribunal qui lui demandait s’il reconnaissait sa culpabilité ? Quelle valeur faut-il accorder à des aveux donnés publiquement en réponse à une offre de sanction finalement révoquée ?

Présomption d’innocence. Les options dans la stratégie de défense des dirigeants du Groupe Bolloré pour le procès à venir se sont, de fait, fortement réduites et un choix qui consisterait pour le dirigeant à nier sa responsabilité pénale est plus difficile à envisager. La présomption d’innocence, dont chacun doit pourtant pouvoir bénéficier jusqu’à l’issue de la procédure, apparaît n’être plus qu’un concept juridique auquel on est prié de croire. En attendant de connaître l’issue de ce dossier, en raison de l’atteinte aux droits de la défense qui en résulte, cette décision va nécessairement mettre un coup d’arrêt au développement du consensualisme dans la procédure pénale. Dans ces conditions, quel dirigeant pourrait raisonnablement envisager d’engager une discussion avec le PNF ?

Il est évident que le tribunal doit rester souverain pour décider d’homologuer ou non un accord conclu entre un prévenu et le parquet, mais pour que la justice pénale négociée puisse réellement prospérer, en confiance, le parquet devra impérativement s’assurer de proposer des accords dont l’homologation semble acquise. A défaut, il n’y aura jamais de place pour une vraie justice pénale négociée.

Arthur Dethomas est avocat aux barreaux de Paris et de New York. Il n’intervient pas dans le dossier Bolloré

AstraZeneca : efficacité douteuse en Afrique du Sud ?

AstraZeneca : efficacité douteuse en Afrique du Sud ?

 

Une  étude, réalisée par l’université du Witwatersrand à Johannesburg et pas encore été examinée par des pairs, affirme que le vaccin britannique AstraZeneca  offre une «protection limitée contre les formes modérées de la maladie dues au variant sud-africain, chez les jeunes adultes».

«

Selon les premiers résultats, ce vaccin est efficace à seulement 22% contre les formes modérées du virus. Aucun résultat n’est encore disponible sur son efficacité contre les formes graves.

A la traîne dans la course mondiale aux vaccins, l’Afrique du Sud, officiellement le pays du continent le plus touché par le virus avec plus d’1,5 millions de cas et plus de 46.000 décès, a reçu sa première livraison d’un million de vaccins lundi. Une livraison de 500.000 doses supplémentaires est attendue en février.

Il s’agit, pour la totalité, de vaccins AstraZeneca/Oxford produits par le Serum Institue of India. Ces premières doses étaient destinées en priorité aux 1,2 millions personnels de santé.

«La deuxième génération de vaccin pour lutter contre toutes les variantes sera plus longue à produire», a d’ores et déjà mis en garde le Pr. Salim Abdool Karim, épidémiologiste et coprésident du comité scientifique au ministère de la Santé sud-africain.

Le vaccin AstraZeneca/Oxford a été approuvé par plusieurs pays mais certains ont préféré le recommander uniquement pour les moins de 65 ans, faute de données suffisantes sur les personnes plus âgées.

 

Afrique, des élections qui n’ont plus de sens

Afrique, des élections qui n’ont plus de sens

 

Il est clair d’une façon générale les élections dans nombre de pays ne sont plus de nature à satisfaire les attentes démocratiques des peuples. Ceci vaut pour le monde entier  mais particulièrement en Afrique.

 

Nathalie Delapalme est directrice exécutive de la Fondation Mo Ibrahim — du nom de son créateur, un milliardaire anglo-soudanais et entrepreneur dans le domaine des télécommunications —, qui a pour mission d’aider l’Afrique à se débarrasser de ses dictateurs corrompus et publie l’indice Ibrahim de la gouvernance, qui établit un classement des performances réalisées par les 54 pays du continent. (Interview dans l’opinion)

Quels enseignements tirez-vous du dernier indice Ibrahim ?

Six Africains sur dix vivent dans un pays dont la gouvernance est meilleure qu’en 2010. Mais, pour la première fois depuis 2010, le niveau de gouvernance globale en Afrique baisse (- 0,2 point) en 2019. C’est un signal à prendre en compte. En fait, la progression ralentissait depuis plusieurs années au point d’aboutir à ce résultat qui traduit une évolution divergente des dimensions de la gouvernance. Des progrès ont été réalisés en matière de développement économique et humain. Toutefois, ils s’essoufflent et ne sont plus en mesure de compenser la dégradation du système démocratique, de l’état de droit, de la participation de tous à la vie politique et économique, des libertés et droits fondamentaux. Tout miser sur le développement économique et humain n’est pas soutenable à long terme et représente un pari fragile dans notre monde globalisé. Aucun gouvernement ne peut se prémunir contre l’impact, inattendu et dévastateur, d’un choc exogène comme la Covid.

Quels sont les bons et les mauvais élèves ?

Pour une vision complète, il faut considérer à la fois le point d’arrivée et les tendances. En 2019, sont en tête de peloton Maurice, le Cap Vert, les Seychelles, la Tunisie, le Botswana et l’Afrique du Sud. Mais la trajectoire de Maurice et de l’Afrique du Sud se dégrade depuis quelques années. Sur la décennie, les pays qui progressent le plus sont la Gambie, la Côte d’Ivoire, la Tunisie, les Seychelles, le Zimbabwe, l’Ethiopie, la Somalie, l’Angola, le Tchad et la Namibie. Les détériorations les plus fortes sont relevées en République démocratique du Congo, aux Comores, au Mali, au Nigeria, au Malawi, en Afrique du Sud, en Erythrée, en Zambie, au Cameroun et au Lesotho.

La tendance va-t-elle s’inverser en Ethiopie (en guerre civile) et en Côte d’Ivoire (en crise post-électorale)

La Côte d’Ivoire et l’Ethiopie figurent tous deux parmi les dix pays qui ont le plus progressé sur la décennie écoulée (respectivement 18e et 31e). Mais les progrès marquent le pas depuis quelques années, avec des points d’alerte. En Côte d’Ivoire, les indicateurs relatifs aux procédures de passation des marchés publics, à l’égalité en matière de représentation politique, à l’espace accordé à la société civile, ou à l’accès au logement, se dégradent. En Ethiopie, la tendance est préoccupante pour dix des 79 indicateurs, notamment ceux relatifs aux déplacements forcés de population, aux droits de propriété, au réseau de transport, aux relations du travail, a l’impartialité du système judiciaire.

Le Ghana est souvent érigé en modèle de démocratie. La situation ne s’est-elle pas détériorée sous la présidence de Nana Akufo-Addo ?

En 2019, le Ghana se classe encore dans le top ten (8e). Mais la tendance générale n’est pas bonne. On constate depuis 2010 une détérioration de deux des quatre dimensions principales de la gouvernance : Sécurité et règle de droit ; Participation, droits et inclusion. Des progrès incontestables ont certes été obtenus en termes de développement économique et humain, notamment pour l’accès au digital et aux services financiers, le contrôle des maladies transmissibles, l’état civil et le système statistique, l’égalité d’accès aux services publics, le cadre des échanges commerciaux. Mais d’autres indicateurs régressent : impartialité du système judiciaire, procédures de passation des marchés publics, droits de propriété, corruption dans le secteur privé, liberté des médias, droits digitaux, capacité fiscale.

« Pour la première fois en 25 ans, l’Afrique va rentrer en récession. La chute drastique de la demande extérieure, la mise à l’arrêt du tourisme, les mesures de confinement souvent sévères ont réduit presque à néant les perspectives d’activité, d’emploi, voire de survie pour les plus fragiles »

Comment se porte l’Afrique du Sud ?

L’Afrique du sud, deuxième PNB du continent, se situe encore au 6e rang en termes de gouvernance globale et les composantes relatives à la participation et à l’état de droit se sont améliorées. Mais, sur dix ans, sa performance a perdu presque un point, donc elle est très en deçà de l’évolution moyenne du continent. Sont en recul des composantes essentielles du développement humain (protection sociale, accès au logement, réduction de la pauvreté, libertés individuelles) tandis que la criminalité et la corruption progressent. Les opportunités économiques sont toujours importantes mais leur croissance enregistre un déclin régulier.

Et l’Algérie post-Bouteflika ?

Le niveau de gouvernance est meilleur qu’en 2010. Il est tiré par un progrès notable en termes de développement humain et économique, particulièrement en matière d’environnement réglementaire des affaires et de la concurrence (en partant d’un niveau assez bas), de réseau de transport, de téléphonie mobile, d’accès au logement, d’inscription à l’école, d’application de la loi, de procédures judiciaires, de pluralisme politique, et de corruption. Restent des points noirs : respect de la loi, droits de propriété, procédures de passation des marchés publics, espace de la société civile, liberté des médias, liberté d’expression et de croyance, accès à l’information, élections démocratiques, accès aux soins de santé.

L’irruption du coronavirus ne va-t-il pas amplifier le mouvement de détérioration ?

Il risque de peser sur l’ensemble des progrès économiques et sociaux d’autant que la pandémie continue à s’étendre (au 15 décembre, on dénombrait 2 401 953 cas répertoriés, plus 22 % en un mois) malgré la forte réactivité de gouvernements instruits par l’expérience Ebola. L’Afrique du Sud, le Maroc, l’Egypte, la Tunisie et l’Algérie sont les pays les plus atteints. Cette crise pèse sur des structures sanitaires déjà fragiles, et réduit l’attention accordée à d’autres pathologies, au moins aussi graves. Elle a provoqué la déscolarisation de nombreux élèves, une limitation excessive de libertésla hausse des violences à l’encontre des femmes, des restrictions démocratiques injustifiées. Son impact est dévastateur sur les plans économiques et sociaux. Pour la première fois en 25 ans, l’Afrique va rentrer en récession. La chute drastique de la demande extérieure, notamment de matières premières, la mise à l’arrêt du tourisme, les mesures de confinement souvent sévères ont réduit presque à néant les perspectives d’activité, d’emploi, voire de survie pour les plus fragiles. Si l’on y ajoute aux effets du changement climatique, cette crise sanitaire doit être l’occasion de définir un modèle de croissance plus vert, plus créateur d’emplois locaux, plus autonome, plus équitable, plus inclusif.

« La perte de confiance, voire la défiance, envers leurs Etats s’accroît fortement. C’est en réalité un mouvement mondial. Les Etats apparaissent impuissants à régler les défis du monde contemporain et à répondre aux attentes élémentaires  »

De plus en plus d’élections sont contestées. La démocratisation en cours est-elle en danger ?

Le modèle démocratique apparaît fragile et franchement contesté, notamment par la jeunesse africaine. Dans un monde ou l’information et l’expression des sentiments sont devenues permanentes et réactives, il apparaît difficile de continuer à fonder le système démocratique sur la seule tenue, tous les cinq ans au mieux, d’élections présidentielles estampillées « libres et transparentes » par des observateurs extérieurs. Cette qualification même a été fortement dévalorisée, voire dévoyée, notamment en RD Congo. Les Africains ont perçu le choix d’une communauté internationale qui a fermé les yeux sur la vérité des urnes pour permettre l’avènement d’une alternance de façade. Dans trop de cas, l’élection n’inspire plus ni confiance, ni même respect. Il faut « remettre l’église au milieu du village » et revenir à la signification même du principe démocratique.

Les populations semblent aussi de plus en défiantes envers leurs Etats…

La perte de confiance, voire la défiance, envers leurs Etats s’accroît fortement. C’est en réalité un mouvement mondial. Les Etats apparaissent impuissants à régler les défis du monde contemporain (pandémies, terrorisme, changement climatique, insécurité digitale) et à répondre à leurs attentes élémentaires (accès à l’emploi, qualité des transports, sécurité du voisinage, gestion des déchets). Les deux plus grandes villes africaines, Le Caire et Lagos, gèrent des populations équivalentes à celles de la Côte d’Ivoire ou de l’Angola, les 14e et 15e pays les plus peuplées du continent… Sans aller jusqu’à considérer qu’on a atteint les limites du système westphalien, la gouvernance locale est appelée à jouer un rôle croissant, y compris dans la gestion des risques globaux.

Coronavirus Afrique du Sud: plus d’un million de contaminations

Coronavirus Afrique du Sud: plus d’un million de contaminations

 

En pleine deuxième vague de pandémie et alors qu’une variante plus transmissible du coronavirus est responsable d’une grande majorité des nouveaux cas, le pays le plus touché du continent africain a officiellement comptabilisé 1.004.413 cas positifs et 26.735 morts.

Coronavirus Afrique du Sud : une nouvelle variante très contaminante

Coronavirus  Afrique du Sud : une nouvelle variante très contaminante

La nouvelle variante du Corona virus qui circule au Royaume-Uni provient d’Afrique du Sud et provoque dans ce dernier pays une très forte accélération des contaminations. Tulio de Oliveira, directeur de l’institut de recherche KRISP, adossé à l’Université du Kwazulu-Natal a  déclaré:

«Nous n’avions jamais vu une seule lignée dominer ainsi», ni «se répandre aussi vite», note-t-il. Jusque-là, «normalement», entre 20 et 30 variantes circulaient en même temps, selon plusieurs séquences. «Ce que nous savons, sur cette nouvelle variante baptisée 501.V2, c’est qu’elle a probablement émergé dans la région de Nelson Mandela Bay», autour de Port Elizabeth (sud-sud-est). Puis «elle s’est étendue vers Le Cap, région la plus touristique du pays», vers l’ouest, mais aussi vers le nord en direction de Durban, détaille le chercheur.

. Dans la soirée, le ministre de la Santé sud-africain a annoncé plus de 14.000 nouveaux cas recensés en 24 heures, alors que ces chiffres oscillaient ente 8000 et 10.000 nouvelles infections quotidiennes ces derniers jours.

Coronavirus Royaume-Uni: un nouveau variant en provenance d’Afrique du Sud

Coronavirus Royaume-Uni: un nouveau variant en provenance d’Afrique du Sud

Un nouveau variant du coronavirus SARS-CoV-2 plus contagieux que celui précédemment a été découvert selon le ministre de la santé . Ce variant à origine l’Afrique du Sud. Deux  cas ont été en contact avec des personnes qui ont séjourné en Afrique du Sud au cours des dernières semaines. Le ministère sud-africain de la Santé a annoncé la semaine dernière la découverte d’une nouvelle mutation du coronavirus, qu’il a jugée responsable d’une récente flambée des cas dans le pays.

“Ce nouveau variant est très préoccupant parce qu’il est encore plus transmissible et qu’il semble avoir muté encore davantage que le premier nouveau variant qui a été découvert au Royaume-Uni”, a ajouté le ministre de la Santé. Matt Hancock a déclaré que les cas contacts des personnes infectées par ce nouveau variant ont été placés à l’isolement, ajoutant que toutes les personnes ayant séjourné ces quinze derniers jours en Afrique du Sud devaient également s’isoler.

Education : « numérique : option d’avenir en Afrique » ?

Education : « numérique : option d’avenir en Afrique » ?

Pour Fabien Pagès, de l’association Res Publica, ces nouveaux moyens d’apprentissage représentent « le seul moyen de transmission de masse de contenus pédagogiques ».

 Pour les pays très pauvres et les populations éloignées, ce peut-être un outil intéressant. Par contre pour d’autres pays le numérique n’est pas plus souhaitable en Afrique qu’en France. À cet égard  le niveau scolaire de nombre de pays d’Afrique en primaire tout au moins est largement égal à celui de la France. Pour information, personnellement j’avais en tutelle une petite africaine pas spécialement douée qui une fois arrivée en France aurait dû à mon avis perdre une classe. Au lieu de cela, après évaluation, elle a gagné un niveau. Faut-il préciser que dans ces classes africaines il y a souvent au moins 60 élèves et que les programmes et la pédagogie des années 50 de la France y sont pour quelque chose. (Gaston Bessay)

 

Tribune.

 

 L’éducation et le numérique : un mariage gagnant. La crise du Covid-19 et le principe du confinement qui l’a accompagnée ont fortement perturbé les systèmes éducatifs dans tous les pays du monde. Le Burkina Faso n’a pas échappé à cette règle. Dès le mois de mars, en application du principe de précaution, tous les établissements scolaires ont été fermés, à l’exception des classes à examens (CM2, 3e et terminale). La déscolarisation des élèves durant quatre mois a entraîné une déperdition importante dans l’acquisition de connaissances.

Face à cette situation inédite, les plateformes numériques ont constitué un support utile, si ce n’est un secours bienvenu. Ce fut le cas tant pour les parents, devenus « enseignants à la maison », que pour le corps enseignant, soucieux de maintenir et de poursuivre les apprentissages dans une « école à distance » en construction… Au Burkina Faso, la plateforme pédagogique de l’éducation nationale, www.fasoeducation.net, a mis à disposition de nombreux contenus et supports pour les enseignants, élèves et parents, de la petite section de maternelle à la terminale. Une éducation de qualité pour un public toujours plus nombreux.

Si les outils numériques ont apporté une réponse immédiate – et parfois imparfaite – à une situation inédite, la réflexion sur leur utilisation doit désormais s’inscrire dans une approche plus large et structurée, notamment en Afrique. En effet, ces nouveaux moyens d’apprentissage peuvent apporter des réponses aux difficultés structurelles que connaissent de nombreux pays qui doivent combiner qualité de l’enseignement et évolution démographique. Aujourd’hui au Burkina Faso, il est fréquent de visiter des classes du secteur primaire et secondaire comptant jusqu’à 170 élèves. Au regard des projections démographiques, cette situation va perdurer. Le taux de fécondité est certes en baisse chaque année, mais reste d’un peu moins de 5 enfants par femme, alors qu’aujourd’hui déjà 44 % de la population a moins de 15 ans.

En somme, les besoins en infrastructures scolaires, enseignants et établissements sont et resteront considérables et, pour certains pays, impossibles à satisfaire dans le schéma éducatif actuel. Il est donc nécessaire de développer des solutions nouvelles pour sauvegarder l’éducation, ce pilier du développement, ce ciment de la construction d’un pays. Réduire le nombre d’élèves par classe, comme le fait l’association Res Publica dans sa zone d’intervention, où les classes comptent en moyenne 70 élèves, est une première approche. Elle doit s’accompagner d’un effort substantiel pour le déploiement de plateformes numériques. Partie intégrante de la « boîte à outils » éducative, celles-ci représentent à ce jour le seul moyen de transmission de masse et en tout lieu de contenus pédagogiques.

Au-delà de l’apport des plateformes numériques dans l’offre de formation des enseignants et des élèves, la question de la couverture géographique constitue à bien des égards un point déterminant à prendre en considération. C’est le cas dans le nord du pays, où le climat sécuritaire a entraîné depuis 2016 la fermeture de 2 500 établissements scolaires, privant 350 000 élèves d’accès à la scolarité. Mais c’est aussi le cas ailleurs, dans l’ensemble du Burkina Faso. Dans ce pays où l’activité économique est portée à plus de 80 % par l’agriculture, la grande majorité de la population vit en milieu rural, où les foyers sont rarement équipés de matériel informatique, de connexion de qualité, voire de réseau. Selon les chiffres de Burkina NTIC, seuls 21 % des habitants ont accès à Internet, quasi exclusivement dans les zones urbaines.

Dans ce contexte, difficile de parler d’égalité des chances. Opérateurs téléphoniques, fournisseurs d’accès à Internet, services de l’Etat et ONG ont tous la possibilité et la responsabilité de participer à l’évolution du système éducatif pour le rendre plus égalitaire et donc plus juste, avec l’ambition de former le mieux possible les citoyens de demain. Déploiement des réseaux numériques, baisse du coût des forfaits téléphoniques pour la consultation d’Internet via smartphone (97 % de l’accès actuel), création de médiathèques connectées en zones rurales sont autant d’options que tous les acteurs peuvent mettre en œuvre pour promouvoir et améliorer l’accès aux apprentissages.

Le numérique est une option d’avenir, à condition toutefois d’être partagé par tous et partout. Il peut répondre à la problématique des personnes déplacées et être un instrument pour offrir un enseignement de qualité à une population en croissance rapide.

Vaste intox numérique russe et française en Afrique

Vaste intox numérique russe et française en Afrique

Une vaste opération d’intoxication par voie numérique a été observée par Facebook qui a supprimé de nombreux faux comptes français et russes qui s’impliquent dans les élections d’une douzaine de pays africains.

Un de ces réseaux d’influence était lié à des “individus associés à l’armée française”, indique Facebook; les deux autres étaient en lien avec des individus associés par le passé à des opérations de l’Agence russe de recherche sur internet (IRA) ainsi qu’à son chef, l’homme d’affaire russe Evguéni Prigojine.

Pour la justice américaine de même que les agences de renseignement, Evguéni Prigojine et l’IRA, une “usine à trolls” basée à Saint-Pétersbourg, ont joué un rôle central dans les ingérences russes lors de la campagne présidentielle de 2016 aux Etats-Unis.

Ben Nimmo, chargé d’enquête chez Graphika, une firme spécialisée dans l’analyse des réseaux sociaux, a précisé que les auteurs de ces campagnes de désinformation utilisaient de “faux vrais comptes”, se faisant passer pour des habitants des pays visés et diffusant des photographies falsifiées.

Outre la Centrafrique, qui vote le 27 décembre, 13 autres pays africains sont visés, notamment l’Algérie, le Cameroun, la Libye et le Soudan.

Afrique : Qu’avons-nous fait de nos 60 premières années d’indépendance

Afrique : Qu’avons-nous fait de nos 60 premières années d’indépendance 

(Sylvain Félix Semilinko)

Soixante ans après les indépendances, le journaliste Sylvain Félix Semilinko constate dans une tribune du Monde que l’Etat de droit reste un vœu pieux dans de nombreux pays du continent.

 

Tribune. 

Qu’avons-nous fait de nos 60 premières années d’indépendance ? Alors qu’en Afrique de l’Ouest se profilent une série d’élections présidentielles, ces périodes porteuses de violences, d’arrestations, de musellement des médias, voire de meurtres et de massacres, sont propices à nous poser cette question.

Une grande partie du continent avait poussé des cris d’orfraie pour dénoncer le défunt président français, Jacques Chirac, grand connaisseur de la politique en Afrique, qui laissait entendre que celle-ci n’était pas encore prête pour la démocratie à l’occidentale. Paternalisme et condescendance, hurlait-on alors. Et pourtant, trente ans de pratiques démocratiques sur le continent tendent à prouver qu’il n’était pas loin de la vérité.

Les tares congénitales des démocraties africaines sont multiples. Partout où elle s’est ancrée, la démocratie a pour socle l’Etat de droit, fondé sur une Constitution qui, pour être pérenne, doit être intemporelle, impersonnelle et non taillée sur mesure. Difficile en Afrique de compter sur des textes consacrant ces principes – sauf de rares cas en Afrique australe –, d’où les perpétuels changements constitutionnels contextualisés selon les intérêts du moment.

Ensuite, la plupart des Constitutions d’Afrique sont des copiés-collés de celles des pays développés, avec parfois – quand la fainéantise intellectuelle ne l’emporte pas – une toute petite couche de vernis local. Or il est évident que les paramètres socio-culturels, anthropologiques et politico-économiques ne sont ni semblables ni comparables. Comment faire comprendre une Constitution ou des lois électorales à une population en majorité analphabète ? Sans compter qu’organiser des élections à cycles réguliers, deux ou trois années consécutives, sur un budget de l’Etat plutôt dérisoire est une gageure.

Démocratie ethnique

Les Constitutions africaines sont issues pour la plupart des mouvements politiques des années 1990, sur les ruines et les échecs des partis uniques. Ces derniers, héritiers de la décolonisation, n’ont pu construire des Etats modernes, mais des Etats semi-féodaux et patrimoniaux. L’Etat, c’était le chef, agissant tel un suzerain disposant à sa guise des ressources publiques et ayant droit de vie et de mort sur ses sujets. C’était aussi l’ère des coups d’Etat, commandités ou internes, pour qui veut prendre sa part du maigre gâteau national. Le chef, une fois le coup réussi, pouvait s’octroyer tous les pouvoirs, se faire nommer maréchal (Mobutu dans l’ex-Zaïre) ou changer la forme de l’Etat, qui devenait son empire (Bokassa en Centrafrique).

Les démocraties naissantes des années 1990 n’ont pas tiré les leçons de ces pratiques. Pis encore, elles ont alimenté et aggravé les divisions ethno-régionalistes dans des Etats qui n’étaient déjà pas des nations consolidées, leurs frontières étant un héritage de la conférence de Berlin de 1885. Et la démocratie ethnique s’est substituée à de véritables démocraties nationales. Le chanteur ivoirien Alpha Blondy n’a-t-il pas consacré un titre à la pratique démocratique ? « Démocratie ce n’est pas tribalisme », chantait-il au début des années 1990. Ces pays se sont retrouvés avec des dizaines, voire des centaines de partis politiques du jour au lendemain, et cela a été la naissance du business démocratique, car créer et enregistrer un parti vous ouvre des droits au titre des chartes de partis, même si le nombre d’adhérents déclarés relève de la fiction.

Dès lors, des dissensions et palabres à n’en plus finir sont apparus. Alors pour élargir l’assiette du gâteau, l’inventivité politique a donné naissance aux fameuses commissions électorales dites « indépendantes » ou « autonomes ». Ces mastodontes chargés d’organiser des élections justes et transparentes sont à l’origine de bien des crises pré- et post-électorales : République démocratique du Congo (RDC), Côte d’Ivoire, Bénin… Les budgets alloués à ces structures pour l’organisation des élections dépassent de 10, 20 ou 30 fois les budgets de développement d’une commune moyenne : plusieurs dizaines de milliards de francs CFA (des dizaines de millions d’euros) en Côte d’Ivoire en 2010, une dizaine de milliards pour des législatives en 2015 dans un pays aux ressources modestes comme le Bénin. Toute la classe politique, opposition ou pouvoir, cherche à prendre le contrôle de ces structures, surtout pour en toucher les indemnités de commission et autres oboles.

« Devoir d’ingratitude »

Puis viennent les cours et les conseils constitutionnels. Parfois, ces institutions judiciaires font doublon avec les commissions électorales. Nous n’avons jamais compris pourquoi les élections dans ces pays ne sont pas confiées à des institutions judiciaires crédibles et spécialisées, composées de magistrats expérimentés et d’auxiliaires de justice assermentés. Pourquoi recourt-on aux cours et tribunaux pour les contentieux électoraux, alors qu’ils ne sont pas impliqués en amont dans les opérations électorales ? En Côte d’Ivoire, c’est bien le ministère de la justice qui a piloté les audiences foraines dont est issue la liste électorale en 2010. C’est d’ailleurs l’un des acteurs clés de cette opération qui dirige aujourd’hui la commission électorale. Les élections devraient être l’affaire de la justice et des structures chargées de la décentralisation, alors que les commissions électorales ont fait leur temps et ont montré leurs limites. Quelle crédibilité peut-on accorder à un procès-verbal de vote signé par des commissaires locaux ne sachant ni lire ni écrire ?

Quant aux structures judiciaires spécialisées, sans être un praticien du droit mais au regard des expériences et pratiques courantes, il n’apparaît plus sain que les dirigeants des cours et tribunaux chargés des processus électoraux soient nommés par les pouvoirs en place. En Afrique plus qu’ailleurs, il paraît si difficile d’exercer son « devoir d’ingratitude » vis-à-vis du prince, comme le disait l’ancien président du Conseil constitutionnel français Robert Badinter. Des magistrats ou praticiens du droit expérimentés devraient être majoritaires dans ces juridictions et élire en leur sein les présidents desdites institutions sans voix prépondérante, pour leur garantir un minimum de professionnalisme, d’indépendance et de crédibilité. Les cas de la Côte d’Ivoire, de la RDC ou plus récemment du Mali peuvent aider à repenser les mécanismes de désignation pour ne pas confiner l’Afrique dans des crises électorales à répétition.

Certes, il revient au premier chef aux Africains de s’approprier les réformes du corpus institutionnel de leurs systèmes démocratiques, afin de les revisiter dans le sens d’une plus grande stabilité politique. Cependant, les partenaires et la communauté internationale peuvent les y encourager et y contribuer pour prévenir d’éventuelles crises, plutôt que d’intervenir en pompiers pendant les périodes électorales en Afrique. Aider à mieux articuler le binôme démocratie/développement, comme le plaidait François Mitterrand au sommet de La Baule en juin 1990. Cette articulation participerait à optimiser les ressources au service du plus grand nombre, des jeunes, des femmes et des populations vulnérables, dans cette Afrique qui a chanté et dansé Indépendance Cha Cha depuis soixante ans, sans que cette indépendance soit porteuse de beaucoup de progrès ni d’espérance pour sa jeunesse.

Sylvain Félix Semilinko est journaliste et consultant, ancien directeur d’Onuci-FM, la radio de l’opération des Nations unies en Côte d’Ivoire.

Afrique : Qu’avons-nous fait de nos 60 premières années d’indépendance

Afrique : Qu’avons-nous fait de nos 60 premières années d’indépendance 

(Sylvain Félix Semilinko)

Soixante ans après les indépendances, le journaliste Sylvain Félix Semilinko constate dans une tribune du Monde que l’Etat de droit reste un vœu pieux dans de nombreux pays du continent.

 

Tribune. 

Qu’avons-nous fait de nos 60 premières années d’indépendance ? Alors qu’en Afrique de l’Ouest se profilent une série d’élections présidentielles, ces périodes porteuses de violences, d’arrestations, de musellement des médias, voire de meurtres et de massacres, sont propices à nous poser cette question.

Une grande partie du continent avait poussé des cris d’orfraie pour dénoncer le défunt président français, Jacques Chirac, grand connaisseur de la politique en Afrique, qui laissait entendre que celle-ci n’était pas encore prête pour la démocratie à l’occidentale. Paternalisme et condescendance, hurlait-on alors. Et pourtant, trente ans de pratiques démocratiques sur le continent tendent à prouver qu’il n’était pas loin de la vérité.

Les tares congénitales des démocraties africaines sont multiples. Partout où elle s’est ancrée, la démocratie a pour socle l’Etat de droit, fondé sur une Constitution qui, pour être pérenne, doit être intemporelle, impersonnelle et non taillée sur mesure. Difficile en Afrique de compter sur des textes consacrant ces principes – sauf de rares cas en Afrique australe –, d’où les perpétuels changements constitutionnels contextualisés selon les intérêts du moment.

Ensuite, la plupart des Constitutions d’Afrique sont des copiés-collés de celles des pays développés, avec parfois – quand la fainéantise intellectuelle ne l’emporte pas – une toute petite couche de vernis local. Or il est évident que les paramètres socio-culturels, anthropologiques et politico-économiques ne sont ni semblables ni comparables. Comment faire comprendre une Constitution ou des lois électorales à une population en majorité analphabète ? Sans compter qu’organiser des élections à cycles réguliers, deux ou trois années consécutives, sur un budget de l’Etat plutôt dérisoire est une gageure.

Démocratie ethnique

Les Constitutions africaines sont issues pour la plupart des mouvements politiques des années 1990, sur les ruines et les échecs des partis uniques. Ces derniers, héritiers de la décolonisation, n’ont pu construire des Etats modernes, mais des Etats semi-féodaux et patrimoniaux. L’Etat, c’était le chef, agissant tel un suzerain disposant à sa guise des ressources publiques et ayant droit de vie et de mort sur ses sujets. C’était aussi l’ère des coups d’Etat, commandités ou internes, pour qui veut prendre sa part du maigre gâteau national. Le chef, une fois le coup réussi, pouvait s’octroyer tous les pouvoirs, se faire nommer maréchal (Mobutu dans l’ex-Zaïre) ou changer la forme de l’Etat, qui devenait son empire (Bokassa en Centrafrique).

Les démocraties naissantes des années 1990 n’ont pas tiré les leçons de ces pratiques. Pis encore, elles ont alimenté et aggravé les divisions ethno-régionalistes dans des Etats qui n’étaient déjà pas des nations consolidées, leurs frontières étant un héritage de la conférence de Berlin de 1885. Et la démocratie ethnique s’est substituée à de véritables démocraties nationales. Le chanteur ivoirien Alpha Blondy n’a-t-il pas consacré un titre à la pratique démocratique ? « Démocratie ce n’est pas tribalisme », chantait-il au début des années 1990. Ces pays se sont retrouvés avec des dizaines, voire des centaines de partis politiques du jour au lendemain, et cela a été la naissance du business démocratique, car créer et enregistrer un parti vous ouvre des droits au titre des chartes de partis, même si le nombre d’adhérents déclarés relève de la fiction.

Dès lors, des dissensions et palabres à n’en plus finir sont apparus. Alors pour élargir l’assiette du gâteau, l’inventivité politique a donné naissance aux fameuses commissions électorales dites « indépendantes » ou « autonomes ». Ces mastodontes chargés d’organiser des élections justes et transparentes sont à l’origine de bien des crises pré- et post-électorales : République démocratique du Congo (RDC), Côte d’Ivoire, Bénin… Les budgets alloués à ces structures pour l’organisation des élections dépassent de 10, 20 ou 30 fois les budgets de développement d’une commune moyenne : plusieurs dizaines de milliards de francs CFA (des dizaines de millions d’euros) en Côte d’Ivoire en 2010, une dizaine de milliards pour des législatives en 2015 dans un pays aux ressources modestes comme le Bénin. Toute la classe politique, opposition ou pouvoir, cherche à prendre le contrôle de ces structures, surtout pour en toucher les indemnités de commission et autres oboles.

« Devoir d’ingratitude »

Puis viennent les cours et les conseils constitutionnels. Parfois, ces institutions judiciaires font doublon avec les commissions électorales. Nous n’avons jamais compris pourquoi les élections dans ces pays ne sont pas confiées à des institutions judiciaires crédibles et spécialisées, composées de magistrats expérimentés et d’auxiliaires de justice assermentés. Pourquoi recourt-on aux cours et tribunaux pour les contentieux électoraux, alors qu’ils ne sont pas impliqués en amont dans les opérations électorales ? En Côte d’Ivoire, c’est bien le ministère de la justice qui a piloté les audiences foraines dont est issue la liste électorale en 2010. C’est d’ailleurs l’un des acteurs clés de cette opération qui dirige aujourd’hui la commission électorale. Les élections devraient être l’affaire de la justice et des structures chargées de la décentralisation, alors que les commissions électorales ont fait leur temps et ont montré leurs limites. Quelle crédibilité peut-on accorder à un procès-verbal de vote signé par des commissaires locaux ne sachant ni lire ni écrire ?

Quant aux structures judiciaires spécialisées, sans être un praticien du droit mais au regard des expériences et pratiques courantes, il n’apparaît plus sain que les dirigeants des cours et tribunaux chargés des processus électoraux soient nommés par les pouvoirs en place. En Afrique plus qu’ailleurs, il paraît si difficile d’exercer son « devoir d’ingratitude » vis-à-vis du prince, comme le disait l’ancien président du Conseil constitutionnel français Robert Badinter. Des magistrats ou praticiens du droit expérimentés devraient être majoritaires dans ces juridictions et élire en leur sein les présidents desdites institutions sans voix prépondérante, pour leur garantir un minimum de professionnalisme, d’indépendance et de crédibilité. Les cas de la Côte d’Ivoire, de la RDC ou plus récemment du Mali peuvent aider à repenser les mécanismes de désignation pour ne pas confiner l’Afrique dans des crises électorales à répétition.

Certes, il revient au premier chef aux Africains de s’approprier les réformes du corpus institutionnel de leurs systèmes démocratiques, afin de les revisiter dans le sens d’une plus grande stabilité politique. Cependant, les partenaires et la communauté internationale peuvent les y encourager et y contribuer pour prévenir d’éventuelles crises, plutôt que d’intervenir en pompiers pendant les périodes électorales en Afrique. Aider à mieux articuler le binôme démocratie/développement, comme le plaidait François Mitterrand au sommet de La Baule en juin 1990. Cette articulation participerait à optimiser les ressources au service du plus grand nombre, des jeunes, des femmes et des populations vulnérables, dans cette Afrique qui a chanté et dansé Indépendance Cha Cha depuis soixante ans, sans que cette indépendance soit porteuse de beaucoup de progrès ni d’espérance pour sa jeunesse.

Sylvain Félix Semilinko est journaliste et consultant, ancien directeur d’Onuci-FM, la radio de l’opération des Nations unies en Côte d’Ivoire.

 

L ‘ONU veut empêcher l’exportations de voitures d’occasion en Afrique

L ‘ONU veut empêcher l’exportations de voitures d’occasion en Afrique

D’une certaine manière, l’ONU à travers le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) découvre la lune avec le fait des exportations massives de véhicules d’occasion des pays développés vers les pays plus pauvres.

 

L’ONU constate que ces véhicules sont  « vieux, polluants, énergivores et dangereux » . Le constat n’est pas complètement faux mais il manque tragiquement de facteurs explicatifs. En effet ce n’est pas par plaisir de qu’on consomme  davantage de carburant dans ces  les véhicules exportés surtout en Afrique, des voitures  qui sont utilisés simplement pour des raisons économiques.

 

En moyenne, ces véhicules coûtent moitié moins cher qu’un véhicule neuf et sont plus adaptés aux capacités de financement des utilisateurs locaux. Ce n’est pas tellement d’ailleurs l’exportation de véhicules anciens qui participent à la pollution dans certaines villes notamment africaines mais davantage la prolongation de leur vie et le manque d’entretien. En effet, la plupart des véhicules exportés sont encore en bon état. Bien entretenus, ils peuvent être effectuer encore le double de kilométrage alors que dans les pays développés ont met au rebut ces véhicules pour des effets de mode parfois habillés par des préoccupations environnementales. Sauf  avec  la percée des SUV neufs très consommateurs de carburant et donc très polluants !

 

L’ONU ferait mieux de se préoccuper des conditions du développement économique de l’Afrique dans les richesses  sont souvent exploités par des pays développés et les ressources financières détournées. Ou alors il faut interdire en tout cas réglementer la mobilité des Africains qui en plus ne peuvent bénéficier de transports collectifs à la hauteur des besoins . Au lieu de punir l’Afrique en les privant d’automobiles d’occasion, on ferait mieux de prévoir un vaste plan de développement de transports collectifs.

Encore la preuve que l’ONU ne sert pas à grand-chose sinon à nourrir des fonctionnaires incompétents et surpayés

Aider les PME françaises à s’implanter en Afrique

Aider les PME françaises à s’implanter en Afrique

Olivier de Maison Rouge*, avocat d’affaires, spécialiste du droit de l’intelligence économique, docteur en droit, explique qu’il faut aider les PME françaises à s’implanter en Afrique ou se préparer à être marginal sur ce continent. (Chronique dans la tribune)

 

 

Dans l’imaginaire collectif, l’Afrique a longtemps été le pré carré des entreprises françaises. La « Françafrique » a malheureusement véhiculé cette image ternie à tort. Mais comme toutes les idées stéréotypées, celle-ci a pu un temps contenir une part de vérité ; il convient désormais de la nuancer. Si les entreprises françaises n’ont, en valeur absolue, jamais été aussi présentes sur le continent africain, elles sont en net recul relatif sur un marché en pleine croissance : depuis vingt ans, les exportations françaises vers le continent africain ont certes doublé (de 13 à 28 milliards de dollars entre 2000 et 2017), mais dans un marché dont la taille a quadruplé… D’où une division par deux des parts de marché tricolores en Afrique. Sur le plan géographique, le recul est particulièrement important en Afrique francophone. Certes, 50 % du commerce total de la France avec le continent africain s’effectue avec le trio Algérie-Maroc-Tunisie, mais ce trio est suivi de l’Afrique du Sud, du Nigeria et de l’Égypte, tous trois anglophones. La situation des entreprises françaises est également une question de taille : les grands groupes profitent largement des restes de la « Françafrique », les PME sont quant à elle à la peine.

L’importante présence des grandes entreprises francophones a (trop) souvent été le résultat d’activités réalisées « dans l’ombre » et aux marges de la légalité. Les exemples, encore de nos jours, ne sont malheureusement pas rares. La filiale nigérienne de la multinationale des télécoms Orange - qui compte 2,5 millions de clients et a réalisé 86 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018 - quittera bientôt le pays à la suite d’un contentieux l’opposant aux autorités fiscales, qui ont mis ses locaux sous scellés pendant un mois et lui réclament 33 millions d’euros.

 Un environnement économique sulfureux

Le groupe Bolloré, qui gère 16 terminaux à conteneurs sur le continent africain, a vu son PDG et plusieurs autres de ses cadres être mis en garde à vue dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour « corruption d’agents publics étrangers » et portant sur les conditions d’obtention en 2010 des terminaux de Lomé, au Togo, et de Conakry, en Guinée. Le groupe est soupçonné d’avoir utilisé leur filiale de communication Havas pour faciliter l’arrivée au pouvoir de dirigeants africains en assurant des missions de conseil et de communication sous-facturées, dans le but d’obtenir de lucratives concessions portuaires. Le géant du nucléaire Areva (devenu Orano) a quant à lui été accusé de n’avoir pas respecté ses obligations en matière de santé et de sécurité (manipulations à mains nues et sans protections, absence de dosimètres individuels…) dans le gisement d’uranium – aujourd’hui totalement abandonné – de Bakouma en Centrafrique. Un site minier qui appartenait à la société canadienne Uramin, dont le rachat en 2007 par Areva lui avait valu une enquête judiciaire pour escroquerie.

Cet environnement économique sulfureux dont ont su profiter les grandes entreprises françaises s’est développé par l’entremise de « Messieurs Afrique », le premier et le plus célèbre étant Jacques Foccart. À la tête du Secrétariat général pour les Affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974, cet ancien résistant a mis en place un circuit diplomatique parallèle, permettant aux relations avec les États africains fraîchement décolonisés d’être gérées directement au niveau de la présidence française. Parallèlement à ses collaborateurs officiels, Jacques Foccart s’appuyait sur un réseau plus secret, en marge de la légalité républicaine, qu’il appelait lui-même ses « circuits courts ». Depuis son départ, l’Afrique continue à occuper une place à part et les grands principes de la politique foccartienne sont maintenus, tels que la « paix française ».

Un marché aux nombreuses spécificités

Si les grands groupes français ont su tirer profit de cette « zone grise » entretenue depuis soixante ans, la situation des PME est, elle, bien différente. Alors qu’elles sont au cœur du tissu économique de l’Afrique subsaharienne (elles représentent 90 % du tissu entrepreneurial et 60 % des emplois à l’échelle du continent), les très petites, petites et moyennes entreprises font souvent face à d’importants obstacles. Selon un rapport de l’Agence française de développement (AFD) de 2019, les TPE/PME d’Afrique rencontrent, au-delà des problèmes « classiques » partagés par bon nombre d’entreprises partout dans le monde (problèmes liés aux fournisseurs ou sous-traitants, modification des caractéristiques du marché en cours de projet…), des obstacles spécifiques tels que l’état des infrastructures locales, un environnement politique et social instable ou un environnement financier handicapant. Ces problématiques s’incarnent concrètement dans des retards de paiements par les clients (État inclus), ou dans un déficit d’offres de lignes de crédit adaptées aux besoins des PME par les banques africaines.

 

Cette situation concerne bien entendu toutes les entreprises en activité en Afrique, PME françaises comprises. Mais contrairement aux grands groupes qui peuvent se prévaloir d’une présence ancienne sur le continent, d’une importante force de frappe financière et d’un soutien de l’État français, les PME doivent faire face seules aux spécificités d’un marché africain qui est en réalité la somme de dizaines de marchés ayant chacun leurs spécificités (nécessité ou non d’installer des expatriés, gestion du risque de change, protection contre l’instabilité politique…). Une situation difficile pour les PME tricolores, la situation du leader historique de fournitures militaires MagForce International en est un exemple regrettable. Le président de cette entreprise s’est notamment fait connaître pour son efficacité et sa discrétion dans les affaires militaires. Après avoir pris la tête de l’entreprise, créée en 1998, Robert Franchiti a bâti sa réputation sur sa longue tradition de travail avec les pays africains. Une collaboration de plus de vingt ans qui n’aura pourtant pas protégé la PME, cette dernière ayant été victime de concussion.

C’est sur ces PME que l’État français devrait porter son attention en leur assurant un soutien maximal, dans une logique gagnant-gagnant avec les États et les populations d’Afrique. En effet, alors que la croissance économique fulgurante que connaissent de nombreux pays d’Afrique subsaharienne depuis une décennie ne s’est globalement pas accompagnée d’une création d’emplois ni d’une répartition plus équitable des richesses, les entreprises françaises ont créé au bas mot 620.000 emplois formels et non subalternes sur le continent, offrant d’importantes opportunités de mobilité sociale aux jeunes Africains, nos entreprises n’hésitant pas à confier la direction de leurs filiales africaines à des salariés ayant grandi sur le sol africain.

Couvertures santé et formations à la clé

Ces emplois s’effectuent par ailleurs dans de meilleures conditions que dans les entreprises concurrentes, en particulier en matière d’accès à des dispositifs de couverture santé pour les salariés et leur famille. Cet impact qualitatif s’incarne également dans les actions de formation et d’inclusion menées par les entreprises françaises, contribuant ainsi à structurer les écosystèmes locaux. Il est également important de rappeler que les contributions des entreprises françaises aux budgets locaux en impôts dépassent le montant de l’aide publique française au développement : au Tchad par exemple, la vingtaine d’entreprises françaises implantées représentent 9% des recettes fiscales du pays.

La France jouit encore indéniablement d’une relation privilégiée avec de nombreux pays d’Afrique francophone, mais pour combien de temps ? Avant que l’érosion de ce lien historique et culturel au profit des pays émergents - Chine en tête - ne relègue irrémédiablement l’Hexagone au statut de partenaire de second rang, les autorités françaises doivent redéfinir leur politique africaine en misant beaucoup plus sur les PME, plus réactives, et plus à même de s’adapter aux réalités d’un continent africain en pleine mutation.

* Auteur de Droit de l’intelligence économique. Patrimoine informationnel et secrets d’affaires (Lamy, 2012) et de Droit du renseignement. Renseignement d’État, renseignement économique (LexisNexis, 2016).

Afrique et dette chinoise: le piège réciproque

Afrique et dette chinoise: le piège réciproque

 

 

En toute discrétion, la Chine investit depuis des années en Afrique non seulement pour étendre son influence politique mais aussi pour piller les ressources. Le deal consiste pour la Chine à financer  des équipements. Les capitaux investis sont ensuite remboursés soit de manière classique mais à des conditions financières lourdes, soit en fourniture de matières premières. Le prix à payer pour l’Afrique se révèle très onéreux dans cette opération. Pour la Chine depuis la crise sanitaire,  cela pourrait devenir aussi une opération à risque. En effet déjà enfoncée dans une dette insondable, l’Afrique pour s’en sortir n’a comme solution que de faire défaut. Les prêteurs doivent renoncer à une partie de leur dette y compris la Chine qui en détient à peu près 30 %.

Pékin a fait savoir qu’il participe à l’accord du G20 annoncé en avril, qui prévoit une suspension de paiement des remboursements pour les pays les plus pauvres jusqu’à la fin de l’année. Une extension sur 2021 est en discussion. Mais ce report – jugé insuffisant par les pays africains – ne représente qu’une petite partie de l’endettement total du continent, estimé à 365 milliards de dollars, dont un tiers est détenu par la seule Chine.

Selon l’université Johns Hopkins, entre 2000 et 2017, 143 milliards de dollars sont partis de la Chine vers le continent pour construire routes, ponts, stades et hôpitaux sous la bannière des «nouvelles routes de la soie», en prêtant massivement selon des conditions très critiquables. Des conditions cependant acceptées par les pratiques trop habituelles de corruption de la part des dirigeants des pays.

Coronavirus Afrique du Sud : 500.000 cas

Coronavirus Afrique du Sud : 500.000 cas

«Aujourd’hui, l’Afrique du Sud a dépassé la barre du demi-million de personnes contaminées, avec un total de 503.290 cas confirmés de Covid-19», a déclaré le ministre de la Santé, Zweli Mkhize, dans son communiqué quotidien.

Plus d’un tiers des cas ont été recensés dans la province du Gauteng, où se trouvent Johannesburg et Pretoria, les capitales économique et administrative du pays. L’Afrique du Sud est le cinquième pays au monde le plus touché par la pandémie en termes de cas confirmés. A elle seule, elle a enregistré plus de la moitié des cas de nouveau coronavirus sur le continent noir.

Le nombre officiel de décès a dépassé les 8.150, mais il est largement sous-estimé, ont prévenu des experts. Entre 40.000 et 50.000 personnes pourraient mourir du Covid-19 d’ici la fin de l’année dans le pays, selon des projections officielles.

Coronavirus: risque de diffusion en Afrique (Éric Delaporte, médecin épidémiologiste)

Coronavirus: risque de diffusion en Afrique (Éric Delaporte, médecin épidémiologiste)

Le coronavirus en Afrique  »est en train de se diffuser de façon massive », a affirmé vendredi 3 avril dans une interview à franceinfo le professeur Éric Delaporte, médecin épidémiologiste et spécialiste des maladies infectieuses au CHU de Montpellier.
Est-ce qu’on a une idée très précise de l’épidémie sur le continent africain ?

Éric Delaporte : Précise, non. On a simplement le nombre de cas déclarés qui atteint près de 10 000 cas. C’est bien sûr une sous-estimation puisque c’est basé sur des cas symptomatiques. Ces cas ont été déclarés seulement depuis la fin février. C’est une déclaration relativement récente lorsqu’il y a eu vraiment une sensibilisation internationale. Et puis, ça correspondait également à l’arrivée de beaucoup de personnes vivant en Europe qui sont retournées en Afrique au moment des périodes de confinement, où il y a eu beaucoup de mises en place de tests de dépistage. On sait que, malheureusement, c’est en train de diffuser de façon massive.

On a entendu que le virus résisterait mal à la chaleur et que donc l’Afrique pourrait être épargnée. Est-ce que c’est avéré ?

On ne peut pas encore le constater. C’est vraiment une hypothèse. Et il n’y a rien pour soutenir cette hypothèse. On peut simplement dire qu’un certain nombre d’infections dues au coronavirus sont saisonnières et que lorsque arrivent les beaux jours, elles sont moins fréquentes… Est-ce qu’on va le voir pour le Covid ? On n’en sait strictement rien. En revanche, il peut y avoir d’autres facteurs environnementaux, des facteurs démographiques, qui pourraient faire, mais ça reste vraiment du conditionnel, que l’impact de la diffusion ne soit pas exactement la même chose sur le continent africain qu’ailleurs. Par exemple, la pyramide des âges n’a rien à voir avec notre pyramide en Europe, avec beaucoup de populations jeunes et les plus de 70 ans relativement faiblement représentées. Cela veut dire que les populations jeunes vont être potentiellement rapidement contaminées avec rapidement une séroconversion.

Le fait que ces populations jeunes puissent être rapidement contaminées sans faire de pathologies graves pourrait créer une sorte de frein immunitaire par rapport au reste de la population. Mais encore une fois, c’est une hypothèse.Éric Delaporte, médecin épidémiologiste à franceinfo

Et l’autre impact est très intéressant et très important pour l’Afrique, c’est que dans la mesure où, proportionnellement, il y a beaucoup moins de personnes âgées, et comme on sait que chez nous, c’est malheureusement les personnes les plus âgées, les plus de 70 ans qui ont les formes les plus graves, il pourrait y avoir un impact un peu différent en termes de prise en charge.

Est-ce qu’il faut s’inquiéter des systèmes de santé de certains pays africains qui pourraient être mises en difficulté ?

Alors la réponse est clairement oui. Il y a deux aspects. D’abord d’un point de vue diagnostic, les compétences sont là. Malheureusement, on n’est pas sûr que l’on va pouvoir les livrer en réactifs. Et c’est un vrai cri d’alarme, c’est-à-dire qu’il y a pas mal de tests qui sont mis sur le marché. Et quand on essaye de commander pour l’Afrique, la priorité, ce sont les États-Unis ou c’est l’Europe.

Ça va être très dur, potentiellement pour l’Afrique, de pouvoir s’approvisionner en tests réactifs. Eric Delaporte, médecin épidémiologiste à franceinfo

Ce sont les fournisseurs ou les pays qui leur donnent l’ordre de ne pas exporter et qui prennent la priorité, entre guillemets, nationale. Et donc, là, il y a un vrai souci pour que les pays africains puissent avoir accès eux aussi aux tests commerciaux. Deuxième aspect par rapport au système de santé, c’est la prise en charge. On sait qu’il y a 15% de personnes qui font des formes qui nécessitent une hospitalisation. Cette hospitalisation, on arrive à faire passer le cap de nos patients grâce à des respirateurs, de l’oxygénothérapie. Par exemple à Kinshasa [capitale de la RDC], pour une ville de plus de 10 millions d’habitants, il y a simplement 50 respirateurs. Cela veut dire que pour les formes graves, il va y avoir un vrai problème de prise en charge et c’est là qu’il risque d’y avoir une mortalité importante. Et puis, à côté de ça, il y a toutes les autres maladies. Il ne faut pas oublier que le Sida tue encore 700 000 personnes par an en Afrique. Donc, il y a beaucoup de populations dites vulnérables. Les personnes qui sont infectées par le virus du sida, par exemple, si elles ne sont pas sous traitement, ont un fort risque de faire des formes graves.

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