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Politique-Afrique du Sud : recul de l’ANC

Politique-Afrique du Sud :  recul de l’ANC

Si la montée en puissance du parti de Jacob Zuma ( ancien de l’ANC) explique partiellement le revers du Congrès national africain aux élections générales du 29 mai, la politiste Marianne Séverin invite, dans une tribune au « Monde », à prendre en compte l’échec du parti de Nelson Mandela à faire advenir une Afrique du Sud socialement juste.

 

par Marianne Séverin, politiste, dans Le Monde


Les élections générales du 29 mai en Afrique du Sud ont été déclarées « free and fair » (« libres et justes »), par la Commission électorale indépendante, malgré la contestation des résultats par des partis d’opposition. Nous n’en attendions pas moins. Au lendemain du scrutin législatif (tenu lors des élections générales et provinciales), cette annonce nous montre que, quelles que soient les crises que peut traverser le pays, le peuple sud-africain dans son ensemble tient à la bonne tenue des processus électoraux. La démocratie sud-africaine, que l’on pouvait décrire encore récemment comme « adolescente », est donc désormais entrée dans une phase adulte, à la suite de la normalisation du contexte politique.

Conformément aux « prédictions » des instituts de sondage, des centres de recherche universitaires et de la presse sud-africaine libre, les élections ont vu le Congrès national africain [ANC, parti de centre gauche présidé par Nelson Mandela dans les années 1990] perdre sa majorité absolue. Alors qu’il totalisait 57 % des voix en 2019 (soit 230 sièges), il a, cette fois, rassemblé 40,2 % des voix (soit 159 sièges). Tenant pour certaine sa toute-puissance politique, l’ANC a ainsi été sommé de rendre des comptes sur ses défaillances. Privé de 71 sièges à l’Assemblée nationale, le parti n’a aujourd’hui pas d’autre choix que de négocier, s’il veut parvenir à créer une coalition cohérente pour une Afrique du Sud démocratique et stable. Les 58,64 % des électeurs qui se sont déplacés pour ce scrutin ont ainsi bouleversé le paysage politique sud-africain.

Politique- » La France en Afrique est devenue marginale

 

Politique- » La France en Afrique est devenue marginale »

  ».Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, l’armée française s’est retirée du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Journaliste d’investigation, Leslie Varenne publie un livre dans lequel elle retrace l’itinéraire et les décisions prises par le chef de l’État qui ont affaibli la voix de la France.

 

 

À noter que si les grandes décisions géopolitiques( opération militaire, soutien à des chefs d’Etat, dettes etc. ) ont contribué à la perte d’influence de la France le principal facteur explicatif est sans doute l’incapacité à aider au développement économique en comparaison par exemple aux Chinois qui discrètement mais aussi à leur profit interviennent surtout dans le domaine économique. NDLR

 

Le JDD. Vous signez « Emmanuel au Sahel, itinéraire d’une défaite » avec les éditions Max Milo. Quel bilan de l’action d’Emmanuel Macron au Sahel ?

 Leslie Varenne. C’est un bilan catastrophique. Dans le livre, je retrace toutes les étapes qui nous ont conduits à cet échec. La faute remonte à Nicolas Sarkozy avec la Libye et la Côte d’Ivoire. Elle remonte aussi à François Hollande. Si l’opération Serval lancée au Mali a été un succès, sa transformation en Barkhane est un échec complet. Emmanuel Macron hérite de trente ans de bêtises de la France sur le continent africain. Il ne connaît pas l’Afrique et n’en prend pas la mesure quand il arrive à l’Élysée. Aujourd’hui, l’influence de la France en Afrique est devenue marginale.

 » La France en Afrique est devenue marginale « 

 » La France en Afrique est devenue marginale « 

. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, l’armée française s’est retirée du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Journaliste d’investigation, Leslie Varenne publie un livre dans lequel elle retrace l’itinéraire et les décisions prises par le chef de l’État qui ont affaibli la voix de la France.

 

Le JDD. Vous signez « Emmanuel au Sahel, itinéraire d’une défaite » avec les éditions Max Milo. Quel bilan de l’action d’Emmanuel Macron au Sahel ?

 Leslie Varenne. C’est un bilan catastrophique. Dans le livre, je retrace toutes les étapes qui nous ont conduits à cet échec. La faute remonte à Nicolas Sarkozy avec la Libye et la Côte d’Ivoire. Elle remonte aussi à François Hollande. Si l’opération Serval lancée au Mali a été un succès, sa transformation en Barkhane est un échec complet. Emmanuel Macron hérite de trente ans de bêtises de la France sur le continent africain. Il ne connaît pas l’Afrique et n’en prend pas la mesure quand il arrive à l’Élysée. Aujourd’hui, l’influence de la France en Afrique est devenue marginale.
 

Afrique-Sénégal, Côte d’Ivoire: deux situations contrastées

Afrique-Sénégal, Côte d’Ivoire: deux situations contrastées 

 L’élection du nouveau président sénégalais Bassirou Diomaye Faye met un point final à la grande tension politique intérieure, et à l’imbroglio pré-électoral. Mais le projet de sortie du franc CFA et la très probable renégociation des accords militaires risquent de générer un climat politique et économique difficile avec la France. En comparaison, la situation en Côte d’Ivoire, sans être exclue de difficultés, est plus apaisée. Elle a permis à ce pays d’obtenir de très bons résultats économiques, ces 10 dernières années. Par Gérard Vespierre (*) président de Strategic Conseils dans « La Tribune ».

Le véritable leader de l’opposition sénégalaise, depuis des années, Osmane Sonko, avait été placé dans l’impossibilité de se présenter par la justice sénégalaise. Il a donc mené campagne en faveur de Bassirou Diomaye Faye. Le slogan électoral « Faye c’est Sonko » résumait avec force cette stratégie, gardant intact le leadership de l’opposant historique. La nomination de Sonko comme Premier ministre confirme l’importance du pouvoir qui sera le sien. On est ainsi proche d’une « inversion institutionnelle » entre président et Premier ministre. Comment dans le temps, les institutions et le pays vivront cette situation ? Inconnue non négligeable….

La présence à la cérémonie d’investiture du nouveau président des représentants des régimes putschistes guinéen, burkinabé et malien illustrent la volonté de rupture des futurs choix politiques du Sénégal.

Le nouveau président a fait du projet de sortie du franc CFA un argument de campagne, s’inscrivant ainsi dans le courant anti-français de la région sahélienne.

Un tel choix politique et économique, pour tous les pays utilisant le Franc CFA, est en réflexion depuis 2019, autour d’une monnaie dénommée Eco. Ce projet regroupe 15 pays, et 350 millions d’habitants de l’Afrique de l’Ouest. La présence du Nigéria, et ses 225 millions de citoyens constituerait un atout, mais aussi un problème de négociation pour les 14 autres membres.

Le nouveau président a déjà signifié son intention de « revisiter » le partenariat avec la France, et donc sa présence militaire. Cette « revisite » s’appliquera aux accords déjà conclus avec d’autres pays, concernant les accords de pêche, et dans les très prometteurs secteurs pétroliers et gaziers. La crédibilité contractuelle du Sénégal en sera donc affectée. Les incertitudes politiques ont impacté les résultats économiques du pays.

En 2022, la croissance économique s’est ralentie à 4,2% en raison des pressions inflationnistes, et des conditions pluviométriques défavorables à son agriculture. Elle a diminué de 2% par rapport à 2021 par la baisse de l’investissement privé, des exportations, et de la production industrielle.

Cette situation défavorable a poussé la dette publique à 76,6% du PIB. Les recettes attendues des hydrocarbures devraient permettre de réduire le déficit budgétaire à 3% du PIB. Mais, la volonté de modifier les accords déjà signés pourraient retarder l’arrivée des recettes gazières.

La Côte d’Ivoire montre un profil différent. Elle affiche, depuis plus de 10 ans, un des taux de croissance les plus élevés et soutenus des pays de l’Afrique subsaharienne. Sa croissance a atteint 6,7% en 2022, grâce aux investissements publics et une forte consommation intérieure. Sa population proche de 30 millions d’habitants, et 50% supérieure à celle du Sénégal, contribue à cette tendance.

Au cours des 12 dernières années, la Côte d’Ivoire a réduit sa dette de 69% à 58% du PIB, tendance suffisamment rare pour être notée et mise en avant. Cette diminution s’appuie sur un fort taux d’investissements, atteignant 24% du budget 2024. L’organisation réussie, en janvier dernier, de la Coupe d’Afrique des Nations, avec stades et infrastructures dédiées (transport, hôtellerie, sécurité) en est une très visible illustration.

Les analyses de viabilité de la dette (AVD) menées sur toute cette période, ainsi que les dernières conclusions du FMI de décembre 2023, permettent de « classer comme modéré » le risque de surendettement de la Côte d’Ivoire.

 Outre ce niveau de risque, appréciable, il existe une véritable stratégie de gestion de la dette à moyen terme (SDMT), les emprunts 2023-2026 étant prévus à 55% locaux. En corollaire, le risque de change est réellement maîtrisé, puisque 88,5% du montant de la dette n’est pas sujette aux fluctuations de change.
La Côte d’Ivoire a organisé, il y a 6 mois, des élections municipales et régionales. Elles ont été remportées confortablement par le parti au pouvoir (RHDP) en place depuis 2011. Autre contraste avec le proche voisin sénégalais.

Cette double élection avait valeur de test en vue du scrutin présidentiel de l’an prochain. Elle fut saluée comme inclusive et paisible par l’ensemble des observateurs. Depuis la résolution des tensions liées au scrutin présidentiel de 2020, et la réélection du président Ouattara, la Côte d’Ivoire connaît stabilité politique et sociale. Le pays doit cependant faire face à un défi humanitaire dans sa région nord, frontalière avec le Burkina Fasso, en raison du flux de réfugiés fuyant les violences djihadistes.

La situation est donc contrastée entre ces deux pays, tous deux en relation étroite avec la France, dans une région fortement agitée d’un point de vue politique, sécuritaire et économique, et où le rôle de notre pays est fortement contesté.

L’apaisement politique, et une saine gestion économique, orientée sur l’investissement dans la transformation des ressources, et la création des nécessaires infrastructures constituent les bases du modèle de développement attendu par les populations.

La Côte d’Ivoire semble correspondre, au plus près, à cette attente.

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(*) diplômé de l’ISC Paris, DEA Finances Dauphine PSL, Fondateur du média web : www.le-monde-decrypte.com  Chroniqueur géopolitique sur IdFM 98.0

Renforcer la présence économique en Afrique

Renforcer la présence économique en Afrique

«Nous devons renforcer notre présence économique en Afrique en adoptant une attitude d’égal à égal, sans arrogance, mais sans craindre de promouvoir nos valeurs et nos intérêts», défend le président du Cian, Etienne Giro. 

Depuis quelque temps, l’Afrique n’a pas bonne presse. Il faut dire que l’actualité de ces dernières semaines n’a pas été avare en mauvaises nouvelles pour la France. Fermeture du lycée français de Niamey après 60 ans d’activité, annonce de la réduction des bases militaires françaises, sortie de trois pays du Sahel de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), rencontre à Moscou des présidents Poutine et Déby — ce dernier qualifiant la Russie de pays frère —, sommet Italie-Afrique au cours duquel le gouvernement italien cherche à profiter des difficultés françaises sur le continent, défaut de paiement du Niger sur sa dette, et enfin report de l’élection présidentielle au Sénégal. Arrêtons là !

Alors que plane un sentiment anti-français, ou plutôt anti-politique française, cela fait beaucoup et il ne faut pas s’étonner qu’une certaine morosité, voire une frilosité, s’installe au sein des entreprises françaises vis-à-vis de l’Afrique. Tout cela est d’abord la manifestation d’une évolution profonde du continent depuis trente ans. Avec la fin de l’hégémonie occidentale, elle se traduit par l’émergence d’une nouvelle Afrique, mondialisée, digitalisée et souveraine, pilotée par de nouvelles générations d’Africains plus jeunes. Si l’on ajoute à ces transformations profondes les menaces terroristes, les manipulations sur les réseaux sociaux, certaines maladresses relationnelles franco-africaines, l’excès des normes et les risques réputationnels, il n’est pas surprenant que des entreprises s’interrogent sur leur futur développement sur le continent.

Et pourtant… la réalité est bien différente. Au-delà de ces signaux négatifs, si l’on veut bien regarder le long terme, il est clair que le potentiel de l’Afrique est toujours là. Ses fondamentaux et la réalité des faits font toujours de ce continent une future grande puissance économique, une région d’avenir et prometteuse.

Rentabilité. Il faut d’abord savoir qu’il existe des réponses techniques à tous les risques supposés ou réels qui inquiètent les entreprises, qu’il s’agisse des impayés, de la sécurité, de la santé ou même des désordres politiques. La présence économique française sur le continent est forte et répartie dans tous les pays : plus de 5 000 entreprises répertoriées, près de 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 500 000 emplois, le second stock d’investissement direct à l’étranger (IDE) et une bonne rentabilité. En outre le comportement de nos entreprises en Afrique est remarquable, elles ne craignent pas la comparaison avec leurs concurrentes : action sociale et RSE, attitude citoyenne, africanisation des cadres et des dirigeants, contenu local et partenariats. Elles se comportent bien.
 Et nous bénéficions de liens étroits et de relations profondes et anciennes avec l’Afrique : historiques, culturels, linguistiques, techniques (Ohada ou franc CFA), et enfin des institutions expérimentées et dynamiques au service des entreprises (Agence française de développement, Business France, Expertise France, BPI).
 Voilà pourquoi nous devons renforcer notre présence économique en Afrique en adoptant une attitude d’égal à égal, sans arrogance, mais sans craindre de promouvoir nos valeurs et nos intérêts. A l’instar de celles qui sont déjà installées, les entreprises françaises qui auront cette dynamique ne le regretteront pas. Le secteur privé français peut écrire une nouvelle page des relations entre la France et l’Afrique.

Etienne Giros est président du Conseil français des investisseurs en Afrique.

Afrique : des stades de foot chinois contre le pillage des ressources

Afrique : des stades de foot chinois contre le pillage des ressources

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN), le plus grand tournoi de football par équipes nationales d’Afrique, débutera le 13 janvier par un match entre la Guinée-Bissau et la Côte d’Ivoire, pays hôte de l’édition 2024, au stade Alassane-Ouattara d’Abidjan. Ce stade ultramoderne, également connu sous le nom de Stade olympique d’Ebimpé, a été inauguré en 2020 et figure parmi les six enceintes retenues pour le tournoi. Sa construction a débuté en 2016 dès que le premier ministre de l’époque, Daniel Kablan Duncan, a donné le premier coup de pioche, entouré de plusieurs représentants de l’ambassade de Chine en Côte d’Ivoire. Le stade a été conçu par l’Institut de conception architecturale de Pékin et construit par le Beijing Construction Engineering Group, deux entités publiques chinoises. Le stade d’Abidjan n’est pas le seul site de la compétition à avoir fait l’objet d’une implication considérable de la part de la Chine. À San Pedro (sud-ouest du pays), le stade Laurent-Pokou a été construit par la China Civil Engineering Construction Corporation (là encore, propriété de l’État), tandis que la China National Building Material (dont les principaux directeurs ont des liens étroits avec le Parti communiste chinois) a été l’entrepreneur général du stade Amadou-Gon-Coulibaly à Korhogo (nord).

par Simon Chadwick
Professor of Sport and Geopolitical Economy, SKEMA Business School

Chris Toronyi
PhD Candidate and Lecturer, Loughborough University dans The Conversation

L’implication de la Chine dans la CAN n’est pas nouvelle, elle s’inscrit dans une politique à long terme de « diplomatie des stades » qu’elle déploie à travers l’Afrique. Dans le cadre des « nouvelles routes de la soie » qui vise à promouvoir le commerce est-ouest, des stades ont souvent été offerts à des nations africaines ou construits à l’aide de prêts bonifiés (prêts accordés à des taux d’intérêt inférieurs à ceux du marché).

Lorsque le Gabon a co-organisé (avec la Guinée équatoriale) la Coupe des Nations en 2012 par exemple, la Chine a participé à la construction de ses deux stades. Cinq ans plus tard, en 2017, le Gabon a de nouveau organisé le tournoi (seul cette fois), pour lequel la Chine a construit deux autres stades. Entretemps, les présidents gabonais Ali Bongo et chinois Xi Jinping se sont rencontrés pour convenir que le pays du premier deviendrait un partenaire de coopération global du second. Aujourd’hui, le Gabon exporte aujourd’hui environ 15 % de toutes ses exportations vers la Chine, dont le pétrole brut et le minerai de manganèse constituent la plus grande part.

Peu après le moment où la construction du stade Alassane-Ouattara démarrait, le président ivoirien du même nom rendait visite à Xi Jinping à Pékin pour finaliser les détails d’un partenariat stratégique de coopération. La Chine aura finalement investi 1,5 milliard de dollars américains en Côte d’Ivoire entre 2018 et 2020. Aujourd’hui, la nation africaine exporte pour 700 millions de dollars de ressources naturelles et de biens vers son partenaire d’Asie de l’Est, soit sept fois plus qu’en 2016.

La diplomatie chinoise des stades, que l’on observe également dans des pays allant du Costa Rica en Amérique latine au Cameroun, est officiellement présentée comme bilatérale et consensuelle. Certains critiques assimilent néanmoins cette politique à du néocolonialisme. Certes, les nations africaines obtiennent de nouvelles infrastructures sportives pour impressionner le monde, des garanties d’investissements étrangers et des destinations pour leurs exportations. Cependant, des questions subsistent quant aux coûts économiques et politiques de ces échanges et à l’utilité des stades une fois les événements terminés.

Pour la Chine, les avantages sont évidents : cette « diplomatie des stades » lui permet d’étendre sa sphère d’influence en Afrique, créant souvent des interdépendances asymétriques qui placent les nations africaines sous l’autorité du gouvernement de Pékin. Dans le même temps, l’Afrique est devenue une source de matières premières qui contribuent à soutenir la croissance économique de la Chine et à lui donner un avantage stratégique dans des secteurs tels que la fabrication de batteries.

Les nations africaines y sont désormais habituées ; après tout, le Royaume-Uni et la France, anciennes puissances coloniales, ont déjà utilisé des tactiques similaires. D’une certaine manière, ces pays restent présents ; par exemple, l’entreprise française TotalEnergies sponsorise la Coupe d’Afrique des Nations et reste impliquée dans d’importantes activités de prospection pétrolière sur le continent. Mais la Chine doit désormais compter avec un nouveau rival plus conséquent : l’Arabie saoudite, qui s’engage également dans la diplomatie du football.

La puissance du Golfe est en pleine transformation et en plein développement économique. Et l’un de ses aspects consiste à investir des centaines de millions de dollars dans le sport. Au cœur des plans du gouvernement saoudien se trouve son intention de positionner le pays comme un centre afro-eurasien, ce qui a déjà commencé à avoir un impact sur le football. À un moment donné, en 2023, il semblait que le royaume se porterait candidat à l’organisation de la Coupe du Monde de football 2030, aux côtés de l’Égypte et de la Grèce. Dans le cadre de l’accord proposé, l’Arabie saoudite aurait offert de construire de nouveaux stades dans chacun des pays partenaires.

Finalement, l’Arabie saoudite a décidé de se porter seule candidate à l’organisation de l’édition 2034, bien que l’implication potentielle des nations africaines ne soit pas à négliger. En effet, pour Neom, un mégaprojet de ville nouvelle futuriste dans le nord-ouest du pays, l’Arabie saoudite prévoit une collaboration avec l’Égypte. En outre, Visit Saudi, l’office du tourisme du royaume, s’est engagé comme sponsor de la Ligue africaine de football, tandis que la Fédération saoudienne de football a conclu un accord avec la Fédération mauritanienne de football.

Au moment où ce dernier accord a été conclu, le prince saoudien Mohammed ben Salmane a reçu un message écrit du président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz concernant le renforcement des relations et de la coordination bilatérales.

Cependant, les critiques affirment que le gouvernement de Riyad tente de rendre l’Afrique « accro » au pétrole pour compenser la baisse de la demande ailleurs dans le monde. D’autres assurent que, comme la Chine, le royaume a besoin d’accéder aux ressources naturelles de l’Afrique (telles que le lithium, le cobalt et le cuivre) pour mener à bien ses réformes économiques.

Un autre pays du Golfe, le Qatar, a mis en place un modèle d’engagement avec l’Afrique. Après avoir gagné le droit d’organiser la Coupe du Monde de football 2022, le Qatar a fait du Rwanda un partenaire privilégié : plusieurs projets de développement du football ont été financés par le gouvernement de Doha. Parallèlement, l’entreprise publique Qatar Airways a fait une offre pour acquérir des participations importantes dans Air Rwanda et dans le nouvel aéroport international de Kigali.

Quand le premier match de la CAN débutera à Abidjan le 13 janvier, la concurrence diplomatique en dehors du terrain risque donc d’être tout aussi intense que la bataille sur le terrain.

Afrique sub-saharienne et défis du réchauffement climatique

L’Afrique sub-saharienne et défis du réchauffement climatique

Lors de la COP 28, la discussion sur les efforts en faveur du climat attendus des pays africains a mis en évidence les arbitrages qui requièrent des choix politiques et éthiques allant au-delà des problèmes de soutien financier que les pays riches promettent à l’Afrique sub-saharienne (AS) (1) pour lui permettre de transformer son modèle énergétique.

Par Claude Crampes (TSE) et Antonio Estache (ULB), économistes. dans la Tribune

L’enthousiasme politique qui suit chacune des « Conférence des parties à la convention sur les changements climatiques » (alias COP) n’a d’égal que la déception des scientifiques qui observent l’augmentation régulière du stock de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère et l’inquiétude des habitants des pays les plus pauvres, largement démunis face aux dérèglements qu’ils subissent. C’est notamment le cas des pays d’Afrique sub-saharienne.

Près de 400 millions d’Africains (environ un tiers de la population du continent) vivent dans une pauvreté extrême. Approximativement 600 millions n’ont pas encore accès à l’électricité. L’AS ne représente que 6% de la consommation mondiale d’énergie et 3% de la demande mondiale d’électricité alors qu’on y trouve 14% de la population du globe. Le manque d’électricité explique aussi pourquoi 990 millions de ses habitants dépendent du bois et de combustibles fossiles pour cuisiner, notamment dans les zones rurales.

Dans ce contexte, toute décision prise à la COP 28 doit être évaluée non seulement en fonction de son impact climatique mais aussi en tenant compte de son impact sur la rapidité avec laquelle les retards du continent seront comblés. Il faut pour cela éliminer les obstacles à l’investissement et au financement des énergies propres, ce qui exige une prise de conscience de la nécessité de plus d’équité dans les efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

La déclaration de Dubaï du 13 décembre 2023 est présentée comme une victoire de la raison car, pour la première fois, est évoquée une « transition pour sortir des énergies fossiles afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050 conformément aux préconisations scientifiques » (paragraphe 28d). La déclaration est prometteuse dans sa forme puisqu’elle établit que cette transition doit être juste, ordonnée et équitable, et déterminée nationalement. Malheureusement, le flou sémantique qui entoure les trois premiers adjectifs, combiné à la restriction du quatrième fait craindre que les engagements soient insuffisamment concrets. De nombreux pays, soumis à la myopie de leur opinion publique, continueront de jouer les passagers clandestins sur un bateau qui avance trop lentement puisque la plupart, notamment les plus riches, ne rament pas suffisamment. L’Afrique va donc devoir continuer à se battre pour ses droits.

Tous les acteurs s’accordent sur la nécessité de mieux gérer les émissions de CO2 dans tous les pays. La transformation du modèle énergétique africain, essentiellement basé sur la combustion d’énergies fossiles et de biomasse, est inévitable. Heureusement, la marge de manœuvre est grande. Par exemple, le solaire, l’éolien et la géothermie ne représentent encore que 1 % de la consommation d’énergie du continent.

Cet énorme potentiel de transformation explique sans doute que l’effort de décarbonation demandé aux pays africains soit bien supérieur à leur part dans les émissions mondiales de GES qui est de l’ordre de 4%. Mais ces exigences explicitées dans les accords sous-estiment la « réalité physico-chimique », le « réalisme politico-économique » et l’hétérogénéité des options techniques et financières des pays de la région. Au niveau des principes, il est facile d’argumenter que réduire les émissions est dans l’intérêt de l’AS puisque tout nouvel apport au stock de CO2 est néfaste pour la planète et, de plus, la combustion de produits carbonés conduit à des maladies respiratoires, particulièrement chez les enfants. En pratique, cependant, la combinaison d’une transformation massive et rapide des sources énergétiques et l’augmentation de la consommation d’énergie nécessaire à l’amélioration des conditions de vie en AS sera difficilement réalisable à court ou même à moyen terme sans une contribution externe massive.

Les perspectives d’amélioration sont aussi menacées par les politiques adoptées par de nombreux pays riches pour réduire les émissions associées au commerce international. Par exemple, à partir de 2026, le « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières » adopté par l’Union européenne (UE) imposera une taxe sur les produits provenant de pays qui ne se sont pas dotés d’un système pénalisant les émetteurs de GES. L’idée est de ne pas désavantager dans le commerce mondial les entreprises européennes assujetties au marché des quotas d’émissions. Une adoption de ce mécanisme sans aménagement pour protéger les pays les plus pauvres, notamment les pays africains qui n’ont pas réussi la transition énergétique suffisamment rapidement, ne respecte pas les ambitions morales de la COP28. En effet, elle pourrait impliquer un rééquilibrage des exportations vers les matières premières, annihilant les efforts d’industrialisation avec des conséquences non-négligeables sur les options de croissance du continent et le bien-être de ses populations. Les efforts globaux de décarbonation sont donc loin d’être neutres pour les perspectives de développement de l’AS et impliquent des arbitrages éthiques. Mais il y a aussi des arbitrages économiques.

Les risques associés à l’ajustement carbone aux frontières européennes sont renforcés par les efforts de l’UE pour développer les puits de carbone, notamment pour empêcher la déforestation. Mais, à nouveau, cette politique n’est pas neutre pour l’AS. L’un des outils du Pacte vert pour l’Europe consiste en effet à bloquer les importations de produits issus d’une déforestation, tels que les bovins, le cacao, le café, l’huile de palme, le caoutchouc, le soja, le bois, et un certain nombre de produits dérivés tels que chocolat, meubles et papier imprimé. Cela pourrait réduire significativement les revenus d’exportation du continent.

Pour compenser ces pertes de revenus, les pays concernés ne peuvent compter que sur la vente de crédits carbone (CC) dans le cadre de l’article 6 de l’Accord de Paris. Ces crédits sont achetés par des entreprises assujetties à des contraintes de décarbonation, par exemple en Californie et en Europe. Mais des désaccords persistent quant à la mise en œuvre de l’article 6 car elle risque de ne pas se réaliser au bénéfice des émetteurs de crédits. En effet, il y a des doutes sérieux sur la qualité de ces crédits (reflètent-ils réellement une capacité d’absorption des GES?). Ces doutes font chuter le prix du carbone et donc les bénéfices de l’instrument pour les pays africains.

A ces faiblesses s’ajoute le fait que certains pays abritant des espaces forestiers cèdent les droits de négoce des crédits à des entreprises spécialisées telles que Blue Carbon, basée à Dubaï. Ceci reproduit le modèle de confiscation de la valeur ajoutée des ressources naturelles qui fit la fortune des entreprises européennes au temps des colonies. Une correction potentielle est offerte par l’initiative des Marchés du Carbone en Afrique (ACMI) lancée lors de la COP27. L’ACMI voudrait faire des CC l’un des principaux produits d’exportation de l’AS. L’effort est important mais illustre à nouveau les difficultés pour trouver des instruments qui n’impliquent pas d’arbitrages ou des mesures correctives.

Pour que les décisions aboutissant à des arbitrages soient opérationnelles, les pays développés devront faire leur part. Ce message est clair dans la «déclaration de Nairobi» signée en septembre 2023. Elle rappelle que si les pays développés souhaitent bénéficier des efforts de l’AS dans la lutte contre le réchauffement climatique, il leur faut a minima « honorer l’engagement de fournir 100 milliards de dollars de financement annuel pour le climat, comme promis il y a 14 ans lors de la conférence de Copenhague ». Ne pas déforester a un coût qu’il faut répartir équitablement entre les bénéficiaires, donc prioritairement les pays riches. Financer le changement local est une affaire globale qui requiert une gouvernance complexe capable de décisions rapides. Malheureusement, la lenteur de la prise de conscience de cette nécessité n’est pas compatible avec l’urgence des multiples besoins à satisfaire.

(1) Voir les données de la Banque mondiale.

La reconnaissance des « gouvernements de transition » en Afrique de l’Ouest

La reconnaissance des « gouvernements de transition » en Afrique de l’Ouest

Cinq pays d’Afrique de l’Ouest – Mali, Guinée, Burkina Faso, Niger, Gabon – ont récemment été le théâtre de coups d’État qui ont amené au pouvoir de nouvelles forces politiques, souvent issues des rangs de l’armée. Cette situation soulève des questions relatives à la reconnaissance de ces nouveaux gouvernements par la communauté internationale. La Déclaration de Montevideo de 1933 sur les droits et devoirs des États a énoncé les critères définissant l’État : une population permanente, un territoire défini, un gouvernement en mesure d’exercer le contrôle et la « capacité d’entrer en relations avec les autres États » – en d’autres termes, la reconnaissance de cet État par les autres. Ici, le concept de reconnaissance englobe plusieurs situations telles que la reconnaissance d’un traité, d’une dette, d’une frontière voire d’un groupe insurrectionnel ou d’un gouvernement nouveau.

par Issiaka Guindo
Doctorant en droit international à Paris 1 Université Panthéon-Sorbonne dans The Conversation

La reconnaissance d’un gouvernement spécifique comme autorité légitime d’un État peut être le résultat d’une élection démocratique, d’un accord de paix ou de processus illégaux comme un putsch.

Cependant, la reconnaissance d’un État, acte unilatéral discrétionnaire confirmé par la pratique, peut être déclarée indépendamment du gouvernement en place, bien que, le plus souvent, les deux concepts soient liés. Par exemple, quand bien même la France ne reconnaît toujours pas le gouvernement du Niger issu du putsch du 26 juillet 2023, elle maintient sa reconnaissance de l’État du Niger.

Ces distinctions sont essentielles dans le contexte sahélien car elles déterminent les relations diplomatiques et consulaires. Parfois, la non-reconnaissance du gouvernement peut entraîner une rupture diplomatique, comme l’illustre le cas du Niger : l’ambassadeur de France dans ce pays a été rappelé à Paris.

Selon la résolution du 23 avril 1936 de l’association « Institut du Droit International » (créée en 1873 et composée d’éminents professeurs en droit international, cette institution vise à promouvoir le progrès du droit international et a émis de nombreuses résolutions sur des questions cruciales depuis sa fondation), qui porte sur la reconnaissance des nouveaux États et des nouveaux gouvernements, la reconnaissance du gouvernement nouveau d’un État déjà reconnu est :« […] l’acte libre par lequel un ou plusieurs États constatent qu’une personne ou un groupe de personnes sont en mesure d’engager l’État qu’elles prétendent représenter, et témoignent de leur volonté d’entretenir avec elles des relations. »

Le Dictionnaire de droit international public, publié sous la direction du juriste international Jean Salmon, explique que dans la pratique contemporaine, un nombre de plus en plus élevé d’États estiment cependant qu’ils n’ont pas à reconnaître ou à ne pas reconnaître les gouvernements étrangers. Les États se contentent, en conséquence, de se prononcer, à l’occasion de l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement nouveau, sur l’établissement, le maintien ou la rupture des relations diplomatiques.

Citons à cet égard ces propos du ministre français des Affaires étrangères Jean François-Poncet datant du 16 mars 1979 :

« La pratique de la France est d’entretenir des relations diplomatiques non pas avec des gouvernements mais avec des États. C’est ainsi qu’elle n’accomplit pas d’acte formel de reconnaissance lorsqu’un nouveau gouvernement est instauré à la suite d’un changement de régime. Il s’agit là d’une position constante. »

Cette position est réitérée en 1982 à propos du Tchad. Le ministre français de la Coopération d’alors, Jean-Pierre Cot, affirme que « dans nos relations avec le Tchad, nous suivons les règles du droit international […]. Nous reconnaissons les États et non les gouvernements. »

La position française laisse clairement entendre qu’il n’y a pas de reconnaissance formelle du nouveau gouvernement, du moins officiellement. En pratique, de nombreux États partagent cette position, considérant qu’il n’est pas nécessaire de remplir des formalités spécifiques pour reconnaître un gouvernement nouveau.

Néanmoins, à la lumière du comportement des États, il est manifeste qu’il existe tout de même une forme de reconnaissance implicite du nouveau gouvernement, même si cela ne trouve pas de fondement juridique dans le cadre du droit international.

La pratique de la reconnaissance implicite des nouveaux gouvernements au Sahel
Par opposition à la reconnaissance explicite, la reconnaissance implicite est celle qui se déduit du comportement d’un État, des actes qu’il a adoptés ou des relations établies par lui. Au Sahel, les actions de la communauté internationale ont été telles que l’on pourrait affirmer que la reconnaissance implicite des nouveaux gouvernements est devenue la norme.

À chaque renversement gouvernemental par des coups d’État, la communauté internationale commence par exiger le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Cependant, au fil de l’évolution des événements, les États finissent par reconnaître la situation comme un fait accompli.

Si la France a longtemps maintenu une position de reconnaissance implicite dans le cas au Mali (même avec le second coup d’État en mai 2021) ainsi qu’en Guinée et lors de deux coups d’État successifs au Burkina Faso, il semblerait qu’elle ait modifié sa politique dans le cas du Niger.

Dès le lendemain du coup d’État, la France a affirmé qu’elle ne reconnaissait pas le gouvernement issu du putsch, indiquant ainsi une pratique de non-reconnaissance explicite. Cependant, quelques semaines plus tard, dans le cas du Gabon, la France est revenue sur sa position initiale, adoptant à nouveau une reconnaissance implicite.

Par ailleurs, une décision très récente de la Cour de justice de la Cédéao, datée du 7 décembre 2023, a établi un précédent significatif. En déclarant irrecevables des requêtes du nouveau gouvernement du Niger, la Cour soutient que le nouveau gouvernement nigérien issu d’un putsch ne peut pas représenter le peuple nigérien, car il n’est pas reconnu par les organes de la Cédéao.

Cette jurisprudence souligne l’importance de la reconnaissance par les instances régionales, telles que la Cédéao et ses États membres, pour déterminer la légalité d’un gouvernement et sa capacité à représenter le peuple. La position de la Cour est justifiable à la lumière des précédents, tels que ceux du Mali, du Burkina Faso et de la Guinée, dont les nouveaux gouvernements ont tous été explicitement reconnus par les organes décisionnels de la Cédéao, reconnaissance étayée par la signature d’accords fixant un calendrier de transition.

En matière de reconnaissance des nouveaux gouvernements en Afrique de l’Ouest, la position des puissants États occidentaux a fréquemment été ambiguë. Ainsi, dans le cas du Niger, la France refuse toujours de reconnaître explicitement le nouveau pouvoir alors que les États-Unis, eux, l’ont fait progressivement et nommé une nouvelle ambassadrice. Cette ambiguïté ne peut être expliquée du point de vue du droit international, mais elle peut être illustrée par plusieurs enjeux : les intérêts géopolitiques, la stabilité régionale, les principes démocratiques et les réponses aux crises humanitaires.

L’un des effets les plus patents de la reconnaissance d’un nouveau gouvernement par la communauté internationale, notamment par des organisations régionales comme la Cédéao, est de lui conférer une légitimité internationale. Cela peut influencer les relations diplomatiques, l’accès aux aides internationales et peut renforcer la confiance des investisseurs étrangers. Par ailleurs, que le nouveau gouvernement soit reconnu de manière tacite ou explicite, il est néanmoins tenu de respecter les normes et les obligations du droit international.

Que le nouveau gouvernement soit arrivé au pouvoir de façon légale ou non, le droit international prend acte du fait accompli et exige que ce gouvernement respecte et se conforme aux normes du droit international. Cela inclut l’obligation de respecter les engagements déjà pris auparavant et de se conformer aux normes relatives aux droits de l’homme, au droit humanitaire, ainsi qu’au droit diplomatique et consulaire.

Ainsi, le droit international se contente de constater l’avènement d’un gouvernement, y compris à la suite d’un coup d’État. Le gouvernement nouvellement établi est alors responsable de tout ce qui pourrait engendrer des effets juridiques internationaux. La situation devient particulièrement complexe lorsque deux gouvernements coexistent au sein d’un État.

Le cas de la Libye illustre parfaitement ce cas de figure. Après la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, deux gouvernements distincts ont été reconnus par différentes puissances internationales. Le Gouvernement d’Union nationale (GNA), formé en 2015 avec un large soutien international, est largement reconnu comme le gouvernement légitime, tandis que l’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par la maréchal Haftar, est soutenue par certains États comme le voisin égyptien et représente une force politique et militaire rivale. En pareille situation, il est difficile de déterminer lequel de ces deux gouvernements peut être considéré comme responsable au regard du droit international.

Une autre question liée à la reconnaissance d’un nouveau gouvernement concerne sa représentation au niveau international, notamment au sein des instances telles que le système des Nations unies. Un incident s’est produit en septembre dernier, quand les représentants tant du nouveau gouvernement que de l’ancien ont cherché à représenter le peuple nigérien. Cependant, le 6 décembre 2023, l’ONU a explicitement reconnu le gouvernement militaire actuel au Niger. Cette reconnaissance s’est matérialisée par l’accréditation accordée à son représentant à New York par le Comité d’accréditation de l’Assemblée générale de l’ONU.

On l’aura compris : quand bien même les grands États et les organisations multilatérales aiment à se présenter comme des défenseurs sourcilleux du droit international, ils donnent souvent la priorité, dans les faits, à leurs intérêts bien compris, et s’adaptent volontiers à la nouvelle donne, y compris quand celle-ci est issue de putschs militaires…

Afrique: Le flou de la politique française

Afrique: Le flou de la politique française

Pour le député Bruno Fuchs, auteur avec Michèle Talbot d’un rapport parlementaire sur l’état des relations franco-africaines, Paris doit sortir d’une vision missionnaire et moralisatrice dépassée. ( dans « Le Monde »)

Comment ne pas être emporté par ce qui ressemble à une lame de fond contestatrice ? C’est l’objet du rapport des députés Bruno Fuchs (MoDem) et Michèle Tabarot (Les Républicains, LR) sur l’état des relations franco-africaines.

Alors que Paris a dû encaisser le départ forcé de ses soldats du Mali, du Burkina Faso et enfin du Niger, que le discours hostile à sa politique africaine bénéficie d’un écho toujours plus large dans les opinions et que de nouveaux concurrents viennent contester des positions que les décideurs français pensaient établies, les deux élus préconisent plus de clarté et de cohérence dans les actes et les discours vis-à-vis du continent.

Vous plaidez pour une « juste distance » dans les relations entre la France et les pays africains. Qu’entendez-vous par là ?

Bruno Fuchs Il faut sortir d’une vision missionnaire et moralisatrice qui nous met à dos les Africains. Cette approche, ancrée dans la culture française, n’a jamais fonctionné. Nous défendons un modèle de société fondé sur la démocratie, le respect de l’Etat de droit et l’attachement aux libertés publiques, mais nous ne sommes pas moralisateurs vis-à-vis du Qatar, de l’Arabie saoudite et de la Chine. Pourquoi le serions-nous avec la RDC, la Guinée équatoriale ou la Côte d’Ivoire ? Nous devons être cohérents dans notre approche du monde et tenir nos positions.

Quand on va à l’encontre de nos valeurs comme on l’a fait au Tchad [où après la mort d’Idriss Déby, Emmanuel Macron a soutenu la solution d’une transition dirigée par le fis du défunt], il faut être transparent et expliquer que le principe de sécurité dans la région prime sur le reste. La question se pose aussi avec l’Egypte : préfère-t-on avoir au pouvoir un maréchal Sissi, qui n’est pas un démocrate reconnu, ou les Frères musulmans ?

Il faut également régler ce paradoxe qui consiste à défendre une vision multipolaire du monde tout en privilégiant, en Afrique, un mode d’action unilatérale.

Afrique : le rejet démocratique ?

Afrique : le rejet démocratique ?


La série de coups d’État militaires intervenus dans la bande sahélienne au cours de ces dernières années a souvent été analysée, en France, du point de vue du rejet par les populations locales (ou, en tout cas, par une partie d’entre elles) de la présence militaire, diplomatique et économique française. Toutefois, ces putschs s’inscrivent également dans un processus que l’on observe plus largement dans les pays d’Afrique anciennement colonisés : le rejet de plus en plus assumé de la démocratie « à l’européenne », perçue comme une idéologie contraire aux traditions et aux volontés des peuples africains, et comme un instrument employé par les puissances occidentales sans cohérence et selon leur bon vouloir.

La question est évidemment sociétale notamment à travers le rapport aux libertés mais elle aussi malheureusement économique car les dictatures n’offrent pas un cadre juridique satisfaisant pour le développement. Le système des dictatures accroît par ailleurs considérablement les phénomènes de migration notamment vers l’Europe NDLR

Dans The Conversation

Les paysans africains (largement majoritaires dans les populations du continent à l’époque) n’ont donc pas vraiment été dépaysés par la violence coloniale et tout ce qui l’accompagnait : perception d’impôts, recrutements forcés, cultures obligatoires (culture forcée du coton à l’Office du Niger, de l’arachide au Sénégal et au Mali), etc. Dans la conscience paysanne, l’anthropologue peut observer la permanence de la notion de « force », qui a toujours été au cœur des relations entre États, et entre les États et leurs sujets.

Il n’en reste pas moins qu’au niveau villageois, un autre principe prévalait : celui selon lequel le chef de village devait prendre sa décision sur la base d’un consensus après avoir consulté l’ensemble des villageois.

Cette ambiguïté ou dualité du pouvoir, qui reposait à la fois sur une force d’émanation guerrière et sur le principe apparemment égalitaire de la « palabre », se retrouve aujourd’hui après qu’elle a été oblitérée par la mise en œuvre, dans la dernière période de la colonisation française, des élections. Il faut en effet attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que la France mette en place des processus électoraux et que surgisse ainsi un principe démocratique.

Ce processus s’est poursuivi après les indépendances, sauf dans les pays qui se sont engagés dans la voie du socialisme comme la Guinée et le Mali. Interrompu dans certains pays par des coups d’État militaires, le processus démocratique a repris de plus belle après la fameuse déclaration de François Mitterrand à La Baule, en 1990, sur la nécessité de la démocratisation du continent.

L’Afrique francophone s’est ainsi retrouvée à partir des années 1990 avec des pays modèles en matière de démocratie comme le Sénégal et le Mali. Puis est venu le temps du désenchantement avec la guerre civile en Côte d’Ivoire (2002-2007) et la volonté de certains chefs d’État d’effectuer des mandats supplémentaires en modifiant les Constitutions de leurs pays respectifs (Côte d’Ivoire, Sénégal), sans compter les pays où des despotes se sont maintenus au pouvoir pendant des décennies (Guinée équatoriale, Cameroun, Congo-Brazzaville…).

La démocratie, une notion étrangère au continent ?
Mais c’est l’essor du djihadisme dans les pays du Sahel qui a véritablement sonné le glas du mirage démocratique. La démocratie, avec ses élections, a été vue par bon nombre d’acteurs locaux, notamment militaires, comme un instrument d’affaiblissement des armées nationales, alors même qu’elles se trouvaient aux prises avec des éléments qualifiés de terroristes.

Au Mali notamment, et bien qu’Ibrahim Boubacar Keita ait été élu démocratiquement en 2013, a été pointée la déliquescence du régime avec son cortège de corruption, de népotisme et de prévarication. En deçà, la gestion du président Alpha Omar Konaré (1992-2002) qui jusque là avait été considérée comme sans tache, a récemment été mise en cause par le premier ministre actuel Choguel Maiga (arrivé au pouvoir à la suite du putsch de 2021) en raison de son supposé abandon de l’armée au cours de ses mandats successifs, laissant ainsi libre cours à la poussée djihadiste. À l’inverse, est réhabilitée la figure du général Moussa Traoré, auteur en 1968 d’un coup d’État militaire qui avait mis fin au régime socialiste de Modibo Keita.

Bref, le principe démocratique d’inspiration occidentale est censé, d’après certains responsables africains eux-mêmes, ne pas convenir à l’Afrique ; on retrouve là l’idée de Jacques Chirac qui estimait que le continent africain n’était pas mûr pour l’application de ce système politique.

La démocratie, avec son système électoral donnant des gagnants et des perdants, est en effet considérée comme étant l’objet de toutes les manipulations et de toutes les compromissions. Il existe une véritable nostalgie, au sein de larges secteurs des populations africaines, pour un pouvoir fort, un pouvoir guerrier qu’incarnent bien les militaires qui se sont emparés du pouvoir au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et au Niger. Mais au-delà, il existe un goût prononcé pour des institutions proprement africaines, que celles-ci soient d’ordre coercitif ou consensuel.

La remise en valeur de modèles précoloniaux
Cette nostalgie prend plusieurs formes, celle de formations politiques et de certaines associations anciennes – que celles-ci aient disparu, qu’elles existent encore ou qu’elles se soient profondément transformées.

L’empire médiéval du Mali, ainsi que la Charte de Kurugan Fuga, édictée par son fondateur Sunjata, continuent ainsi de servir de référence à certaines fractions de l’élite politique et intellectuelle malienne. Les pactes politiques entre clans qui ont été instaurés à cette période sont censés pouvoir servir de modèle alternatif aux Constitutions importées d’Occident.

De même, les sociétés de chasseurs mandingues et dogons, avec leur organisation égalitaire, fournissent un modèle de comportement concurrençant de façon convaincante les Constitutions occidentales, qui reposent sur le principe de l’égalité des citoyens. Enfin, la palabre villageoise, ou plutôt une version idéalisée de cette institution, paraît être à même de ramener la concorde et d’échapper aux procédures électorales sources de divisions.

Dans une perspective afro-futuriste, certaines formations politiques existant depuis une époque reculée mais toujours présentes actuellement comme le royaume bamoun du Cameroun sont présentées par des intellectuels africains comme pouvant fournir un contrepoint alternatif à un État camerounais défaillant (voir le passage « Foumban is Wakanda », pp. 47-49 dans le récent ouvrage de l’auteur de ces lignes).

Bref, l’Afrique disposerait de ressources politiques autochtones lui permettant de se passer de l’importation de modèles prétendument universels mais ne s’appliquant en réalité qu’à l’Occident.

Le principe universaliste de la démocratie occidentale, outre qu’il serait défendu de façon hypocrite par l’Europe et les États-Unis, qui s’accommodent parfaitement de nombreux régimes formellement démocratiques mais en réalité répressifs, est également vu par certains secteurs des opinions africaines comme le moyen d’imposer des valeurs contraires à leurs propres valeurs culturelles. Il en va ainsi des droits de l’homme qui sont brandis par les Occidentaux pour fustiger l’excision, les mariages forcés ou encore la condamnation de l’homosexualité.

En cela, certains pays africains trouvent un répondant dans la Russie de Poutine, qui lui aussi dénonce des valeurs occidentales « ne correspondant pas à la culture russe ».

Partout en Afrique, au Maghreb (Tunisie), dans certains pays européens (Hongrie, Slovaquie) et même aux États-Unis (Trump), la démocratie est battue en brèche au profit du culte du chef. Dans le cadre de ce modèle, plus aucun corps intermédiaire n’est censé subsister entre le leader et ses citoyens devenus des sujets. La démocratie devient une curiosité ou un vestige occidental, d’autant plus que certains de ses thuriféraires peuvent apparaître comme étant eux-mêmes nostalgiques d’un Ancien Régime où s’épanouissait la royauté (c’est ainsi qu’est parfois présenté Emmanuel Macron).

Dans de larges parties du monde, la démocratie n’a plus le vent en poupe et l’Occident a bien du mal à imposer au nom de ce principe des changements de régime dans des pays qui, il n’y a pas si longtemps, se trouvaient encore sous sa dépendance. Le renversement des dictateurs Saddam Hussein en Irak et Mouammar Kadhafi en Libye, et c’est un euphémisme, ne s’est pas avéré convaincant, de sorte que la politique de George W. Bush contre les États « voyous » est désormais abandonnée et que les États-Unis par exemple, à la différence de la France, se sont parfaitement accommodés, dans un premier temps, de l’arrivée au pouvoir au Niger d’une junte militaire, même s’ils ont fait machine arrière par la suite, tout en maintenant leurs troupes dans le pays.

Bref, contrairement à ce que prévoyait Francis Fukuyama, l’Histoire ne s’est pas arrêtée après la chute du mur de Berlin et de l’Union soviétique. On assiste au contraire, dans l’esprit de la conférence de Bandung (1955), à une reprise d’initiative des pays du Sud, avec par exemple l’émergence des BRICS auxquels sont venus s’adjoindre plusieurs pays, notamment africains (Égypte et Éthiopie), sans que la question de leur nature démocratique soit posée (pas plus d’ailleurs qu’elle n’est posée pour les membres fondateurs de ce groupe que sont la Chine et la Russie). Le débat international ne porte donc plus sur le régime politique de chaque pays membre mais sur la volonté contre-hégémonique de défier la suprématie de l’Occident, incarnée essentiellement par les États-Unis et l’Europe.

Il va sans dire que le projet des BRICS d’instaurer une nouvelle monnaie aura sans doute des répercussions dans les anciennes colonies françaises d’Afrique qui continuent de voir leur souveraineté limitée par l’existence du franc CFA. C’est sans doute dans ce domaine que sera mené le prochain combat politique et économique entre les pays africains francophones et la France, laissant ainsi de côté la question de savoir si ces pays sont de nature démocratique ou dictatoriale.

La vision d’une humanité se dirigeant dans son ensemble vers un avenir démocratique radieux n’a donc plus cours. Le combat démocratique universel a cédé la place à des rapports de force entre pays et entre nations, ce qui redonne une certaine actualité aux analyses des années 1960-1970 qui mettaient en avant les rapports centre-périphérie au sein du système économique mondial.

Relations économiques Afrique -France: satisfaisantes ?

Relations économiques Afrique -France satisfaisantes ?

L’ancien député de la majorité et nouveau directeur général de Business France qui n’a jamais fait dans la modestie se félicite du dynamisme des entreprises françaises en Afrique. Pourtant sur longue période la présence de la France n’a cessé de se réduire en pourcentage au au profit notamment de la Chine mais pas seulement. La France est encore présente politiquement et culturellement mais recule sur le plan économique. Distancée à la cinquième place pour l’image, la France descend au septième rang des pays les plus bénéfiques pour l’Afrique derrière la Chine, le Japon, l’Allemagne, la Turquie, les États-Unis et l’Inde.
Économiquement, la France continue à perdre des parts de marché au profit de l’Inde et de la Chine

La majeure partie des intérêts économiques de la France en Afrique sont avant tout situés au Maghreb, puis en Afrique subsaharienne, mais hors de la zone franc : celle-ci ne représente qu’un peu moins de la moitié de ses échanges au sud du Sahara et 12,5 % de l’ensemble des échanges pratiqués par la France en Afrique. En 2018, parmi les cinq premiers partenaires commerciaux de la France en Afrique aucun n’était issu de la zone franc. On y comptait le Maroc en première position (qui concentrait à cette date 18,9 % des échanges commerciaux franco-africains), puis l’Algérie (18,4 %), la Tunisie (15,2 %), le Nigéria (8,5 %) et l’Afrique du Sud (5,8 %). Si l’on avait poursuivi ce classement, le premier pays de la zone franc qui y aurait figuré aurait été la Côte d’Ivoire en tant que neuvième partenaire commercial de la France en Afrique (3,8 %), loin derrière le Nigéria, cette ancienne colonie britannique aujourd’hui dollarisée, qui est à la fois le quatrième partenaire de la France sur le continent et son premier partenaire en Afrique subsaharienne. En revanche, si l’on ne tient compte que des exportations, le Nigéria représente le troisième client de la France en Afrique subsaharienne, derrière l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire.

Du point de vue des importations en pétrole et en gaz, l’importance de la zone franc pour l’économie française est bien plus réduite encore.

interview dans la Tribune
Quelles sont les priorités sectorielles et géographiques que vous souhaitez porter avec Business France ?

LAURENT SAINT-MARTIN – Ma feuille de route repose sur l’augmentation du nombre d’exportateurs et du nombre d’exportations. Nous voulons accompagner les entreprises et les PME à l’export, dans un contexte géopolitique qui peut apparaître contracyclique. Il faut absolument se saisir des opportunités créées par les grandes modifications géopolitiques liées au commerce international pour pouvoir pénétrer de nouveaux marchés. Notre mission de prospection auprès des chefs d’entreprises commence en France. Nous devons renforcer notre palette d’outils d’accompagnement. Pour cela, nous nous appuierons sur le plan « Osez l’Export » présenté par le ministre délégué auprès de la ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur, de l’Attractivité et des Français de l’étranger, Olivier Becht le 31 août dernier.

Ce plan ambitionne de passer de 150.000 à 200.000 entreprises exportatrices d’ici 2030. Parmi ces outils, nous développerons le volontariat territorial à l’export, nous proposons aussi un accompagnement financier plus important aux entreprises qui veulent participer à des salons internationaux. Elles bénéficieront de 30% de prise de participation.

La 5e édition d’Ambition Africa s’est déroulée les 17 et 18 octobre au ministère de l’Économie et des Finances à Paris. Quels en ont été les temps forts ?

Ce rendez-vous illustre parfaitement ce qu’il faut faire pour accompagner les entreprises françaises sur le continent africain. L’Afrique est difficile d’accès, car très diverse et complexe et en même temps, c’est un continent qui a démontré une croissance supérieure au reste du monde ces dernières décennies. Le continent africain est très symbolique de ce qu’il faut faire à l’international.

Primo, des relations anciennes existent depuis de longues années avec un certain nombre de pays. Nous développons avec ces pays une stratégie de co-développement. Le commerce international est le meilleur outil pour démontrer notre volonté de co-construire avec l’Afrique. Nous soutenons cette volonté de co-partenariat, de co-développement, de co-innovation, de co-investissement, d’attractivité des talents africains, pour créer sur place de la valeur et de l’emploi. L’export est une bonne manière de développer des courants d’affaires et Ambition Africa participe à ce mouvement.

Comment se comportent les entreprises françaises en Afrique depuis début 2023 ?

Globalement, il existe aujourd’hui près de 33.000 entreprises françaises qui exportent en Afrique et en 2022, nous avons accompagné 2.671 entreprises à l’export sur le continent africain. C’est dire le dynamisme qui existe dans un contexte post-Covid troublé par des tensions inflationnistes. C’est un signe très positif. Le nombre de volontariats internationaux en entreprises (VIE) s’établit à 571. Les exportations et le commerce bilatéral ainsi que le nombre d’entreprises accompagnées par Business France sont bien au-dessus de 2019. (+ 42% d’entreprises accompagnées sur le continent par Business France depuis 2019, et les exportations françaises vers l’Afrique, étaient en forte hausse en 2022 (+20 %, NDLR).

Vous avez récemment lancé un accélérateur Afrique. Que recouvre cet instrument ?

Parmi notre palette d’outils, nous avons des « boosters » qui sont des programmes d’accompagnement de haut niveau afin de nous assurer qu’il existe bel et bien un continuum d’accompagnement par Business France et ses partenaires.

Actuellement, nous travaillons de concert avec la Région Sud à travers le « booster Méditerranée » qui s’intéresse aux pays du Maghreb. Nous voulons faire en sorte que les entreprises à fort potentiel de cette région puissent accéder à des opportunités d’affaires de la façon la plus optimale possible. Ce programme s’intéresse aux entreprises qui performent déjà à l’export et auxquelles nous faisons franchir un nouveau palier. Nous ne sommes donc pas sur des cas de PME primo-exportatrices, mais sur des entreprises qui cherchent à renforcer leur présence à l’international.


Quels sont aujourd’hui les secteurs d’activités dans lesquels les entreprises françaises en Afrique sont les plus présentes ?

Nous sommes présents sur tous les secteurs d’activité. Bien sûr, nous sommes très présents dans les infrastructures, le portuaire ou l’énergie par exemple, mais nous ne voulons pas nous satisfaire de l’existant. Notre mandat est d’accompagner les classes moyennes et l’évolution de leurs modes de consommation en Afrique. Il nous faut donc nous intéresser à tous les secteurs d’activités.

Il existe beaucoup d’opportunités sur fond de développement de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Il faut se méfier de la classification des secteurs d’activité, car nous pouvons aussi bien nous positionner sur les infrastructures agricoles que sur les cosmétiques. Par ailleurs, notre mission repose également sur l’attractivité de la France pour les investisseurs africains, sud-africains notamment.

Quels sont les résultats de la « Team France Export » (TFE) lancée en 2018, qui se structure autour de toutes les solutions publiques, pour accompagner les entreprises françaises à l’international ?

La « Team France Export » est la mise sous bannière commune de l’offre d’accompagnement export par les acteurs publics. Sous le chef de filât des régions, il y a bien sûr Business France, mais aussi Bpifrance qui s’intéresse notamment aux sujets de financements, et les Chambres de commerce et d’industrie avec lesquelles nous conseillons les entreprises sur le terrain. Cette volonté a été portée par Édouard Philippe en 2018 qui était alors Premier ministre et cela a marché !

Nous accompagnons beaucoup plus d’entreprises grâce à ce dispositif. Chacun s’appuie sur le réseau de l’autre. Le nombre d’entreprises françaises à l’export a fortement augmenté. Nous stagnions à 125.000 entreprises exportatrices en 2018 et nous avons atteint 150.000 entreprises aujourd’hui. Nous visons 200.000 exportateurs à l’horizon 2030. La TFE est non seulement une mise en commun des expertises, mais aussi une dynamique de terrain qui manquait peut-être jusqu’à présent.

Dans quelle mesure les entrepreneurs français sont-ils impactés par une forme de sentiment « anti-français », en particulier dans les pays du Sahel ?

Depuis deux ans, la géopolitique a une influence croissante sur le commerce international. Nous avons été relativement préservés jusqu’à la guerre en Ukraine, mais les récents épisodes dans le Sahel n’ont fait que rajouter de la difficulté pour nos entreprises dans ces pays. Il est clair que dans cette région, nous avons observé un ralentissement de la capacité de réussite à l’export, de façon assez évidente.

Il est encore un peu tôt pour en mesurer l’impact réel. Cela étant, ce ne sont pas les pays dans lesquels les entreprises françaises exportent le plus. Nous subissons cette situation dont les impacts négatifs sur les échanges commerciaux sont extrêmement dommageables pour les deux parties. Il faut néanmoins relativiser, car l’Afrique représente 54 pays et nous sommes présents dans 31 d’entre eux (…).

Nous n’avons aucune appréhension sur l’avenir de la relation entre la France et l’Afrique en termes de commerce international. Les chiffres s’alignent plutôt sur une dynamique de croissance. La France gagne encore, avec les pays africains, en matière d’activité réciproque. Par ailleurs, de plus en plus de projets africains viennent s’implanter en France. Si nous nous attendons à un ralentissement dans les pays du Sahel, ce n’est pas représentatif de la relation entre la France et les pays africains dans leur ensemble, en termes de commerce extérieur.

Dès son arrivée à l’Élysée, le président Macron a cherché à renforcer la relation de la France avec les pays anglophones du continent africain. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Nous avons aujourd’hui des bureaux en Éthiopie, au Kenya, en Afrique du Sud, en Angola (lusophone, NDLR). Nous avons une vraie réflexion sur la triangulation Afrique occidentale-Afrique de l’Est et Afrique australe. De nombreuses opportunités existent dans les pays anglophones et pas seulement sur le segment de la Tech. Nous avons d’ailleurs accompagné une entreprise française qui construit une usine d’huile d’avocats au Kenya.

Personnellement, je me refuse de privilégier une zone géographique à une autre. Être un « booster de business », c’est aussi pousser les entreprises dans les zones où nous avons des possibilités d’être davantage présents, sans nous reposer sur nos acquis, et c’est là que les discours du président de la République sont utiles et ouvrent de nouvelles opportunités.

En octobre, l’État lançait, en partenariat avec Business France, un programme dédié à l’accompagnement des métiers d’Art dans leurs exportations. En substance, que recouvre ce programme ?

Nous avons signé le 6 octobre dernier, avec Olivia Grégoire, ministre déléguée chargée des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, et Rima Abdul-Malak, ministre de la Culture, une convention d’accompagnement des EPV (entreprises du patrimoine vivant, NDLR). Nous voulons développer un programme spécial d’accompagnement avec des moyens gouvernementaux, pour que les entreprises du secteur EPV, accélèrent leurs initiatives à l’international.

Nous structurons la stratégie internationale des EPV, avec des partenaires comme l’Institut national des métiers d’Art (INMA), car aujourd’hui, les EPV font de l’export par opportunisme, par rencontres ou par bouche-à-oreille. Il nous faut donc structurer cet écosystème. Notre stratégie s’appuiera sur plusieurs étapes importantes comme l’Exposition universelle d’Osaka en 2025.

La décision de suspendre les visas pour les artistes sahéliens représente néanmoins un mauvais signal adressé à l’Afrique sur le segment des Arts et des industries créatives et culturelles (ICC)…

Les industries créatives et culturelles sont différentes des métiers d’Art et représentent un ensemble beaucoup plus large, mais globalement, si nous voulons attirer plus d’entreprises étrangères sur notre territoire, il faut une politique d’attractivité de visas, notamment des talents. Nous espérons que la prochaine loi sur l’immigration comportera un volet consacré à l’attractivité des talents, en plus de l’attractivité des capitaux.

Afrique : le désenchantement démocratique

Politique-Afrique : le désenchantement démocratique


La série de coups d’État militaires intervenus dans la bande sahélienne au cours de ces dernières années a souvent été analysée, en France, du point de vue du rejet par les populations locales (ou, en tout cas, par une partie d’entre elles) de la présence militaire, diplomatique et économique française. Toutefois, ces putschs s’inscrivent également dans un processus que l’on observe plus largement dans les pays d’Afrique anciennement colonisés : le rejet de plus en plus assumé de la démocratie « à l’européenne », perçue comme une idéologie contraire aux traditions et aux volontés des peuples africains, et comme un instrument employé par les puissances occidentales sans cohérence et selon leur bon vouloir.

Dans The Conversation

Les paysans africains (largement majoritaires dans les populations du continent à l’époque) n’ont donc pas vraiment été dépaysés par la violence coloniale et tout ce qui l’accompagnait : perception d’impôts, recrutements forcés, cultures obligatoires (culture forcée du coton à l’Office du Niger, de l’arachide au Sénégal et au Mali), etc. Dans la conscience paysanne, l’anthropologue peut observer la permanence de la notion de « force », qui a toujours été au cœur des relations entre États, et entre les États et leurs sujets.

Il n’en reste pas moins qu’au niveau villageois, un autre principe prévalait : celui selon lequel le chef de village devait prendre sa décision sur la base d’un consensus après avoir consulté l’ensemble des villageois.

Cette ambiguïté ou dualité du pouvoir, qui reposait à la fois sur une force d’émanation guerrière et sur le principe apparemment égalitaire de la « palabre », se retrouve aujourd’hui après qu’elle a été oblitérée par la mise en œuvre, dans la dernière période de la colonisation française, des élections. Il faut en effet attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que la France mette en place des processus électoraux et que surgisse ainsi un principe démocratique.

Ce processus s’est poursuivi après les indépendances, sauf dans les pays qui se sont engagés dans la voie du socialisme comme la Guinée et le Mali. Interrompu dans certains pays par des coups d’État militaires, le processus démocratique a repris de plus belle après la fameuse déclaration de François Mitterrand à La Baule, en 1990, sur la nécessité de la démocratisation du continent.

L’Afrique francophone s’est ainsi retrouvée à partir des années 1990 avec des pays modèles en matière de démocratie comme le Sénégal et le Mali. Puis est venu le temps du désenchantement avec la guerre civile en Côte d’Ivoire (2002-2007) et la volonté de certains chefs d’État d’effectuer des mandats supplémentaires en modifiant les Constitutions de leurs pays respectifs (Côte d’Ivoire, Sénégal), sans compter les pays où des despotes se sont maintenus au pouvoir pendant des décennies (Guinée équatoriale, Cameroun, Congo-Brazzaville…).

La démocratie, une notion étrangère au continent ?
Mais c’est l’essor du djihadisme dans les pays du Sahel qui a véritablement sonné le glas du mirage démocratique. La démocratie, avec ses élections, a été vue par bon nombre d’acteurs locaux, notamment militaires, comme un instrument d’affaiblissement des armées nationales, alors même qu’elles se trouvaient aux prises avec des éléments qualifiés de terroristes.

Au Mali notamment, et bien qu’Ibrahim Boubacar Keita ait été élu démocratiquement en 2013, a été pointée la déliquescence du régime avec son cortège de corruption, de népotisme et de prévarication. En deçà, la gestion du président Alpha Omar Konaré (1992-2002) qui jusque là avait été considérée comme sans tache, a récemment été mise en cause par le premier ministre actuel Choguel Maiga (arrivé au pouvoir à la suite du putsch de 2021) en raison de son supposé abandon de l’armée au cours de ses mandats successifs, laissant ainsi libre cours à la poussée djihadiste. À l’inverse, est réhabilitée la figure du général Moussa Traoré, auteur en 1968 d’un coup d’État militaire qui avait mis fin au régime socialiste de Modibo Keita.

Bref, le principe démocratique d’inspiration occidentale est censé, d’après certains responsables africains eux-mêmes, ne pas convenir à l’Afrique ; on retrouve là l’idée de Jacques Chirac qui estimait que le continent africain n’était pas mûr pour l’application de ce système politique.

La démocratie, avec son système électoral donnant des gagnants et des perdants, est en effet considérée comme étant l’objet de toutes les manipulations et de toutes les compromissions. Il existe une véritable nostalgie, au sein de larges secteurs des populations africaines, pour un pouvoir fort, un pouvoir guerrier qu’incarnent bien les militaires qui se sont emparés du pouvoir au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et au Niger. Mais au-delà, il existe un goût prononcé pour des institutions proprement africaines, que celles-ci soient d’ordre coercitif ou consensuel.

La remise en valeur de modèles précoloniaux
Cette nostalgie prend plusieurs formes, celle de formations politiques et de certaines associations anciennes – que celles-ci aient disparu, qu’elles existent encore ou qu’elles se soient profondément transformées.

L’empire médiéval du Mali, ainsi que la Charte de Kurugan Fuga, édictée par son fondateur Sunjata, continuent ainsi de servir de référence à certaines fractions de l’élite politique et intellectuelle malienne. Les pactes politiques entre clans qui ont été instaurés à cette période sont censés pouvoir servir de modèle alternatif aux Constitutions importées d’Occident.

De même, les sociétés de chasseurs mandingues et dogons, avec leur organisation égalitaire, fournissent un modèle de comportement concurrençant de façon convaincante les Constitutions occidentales, qui reposent sur le principe de l’égalité des citoyens. Enfin, la palabre villageoise, ou plutôt une version idéalisée de cette institution, paraît être à même de ramener la concorde et d’échapper aux procédures électorales sources de divisions.

Dans une perspective afro-futuriste, certaines formations politiques existant depuis une époque reculée mais toujours présentes actuellement comme le royaume bamoun du Cameroun sont présentées par des intellectuels africains comme pouvant fournir un contrepoint alternatif à un État camerounais défaillant (voir le passage « Foumban is Wakanda », pp. 47-49 dans le récent ouvrage de l’auteur de ces lignes).

Bref, l’Afrique disposerait de ressources politiques autochtones lui permettant de se passer de l’importation de modèles prétendument universels mais ne s’appliquant en réalité qu’à l’Occident.

Le principe universaliste de la démocratie occidentale, outre qu’il serait défendu de façon hypocrite par l’Europe et les États-Unis, qui s’accommodent parfaitement de nombreux régimes formellement démocratiques mais en réalité répressifs, est également vu par certains secteurs des opinions africaines comme le moyen d’imposer des valeurs contraires à leurs propres valeurs culturelles. Il en va ainsi des droits de l’homme qui sont brandis par les Occidentaux pour fustiger l’excision, les mariages forcés ou encore la condamnation de l’homosexualité.

En cela, certains pays africains trouvent un répondant dans la Russie de Poutine, qui lui aussi dénonce des valeurs occidentales « ne correspondant pas à la culture russe ».

Partout en Afrique, au Maghreb (Tunisie), dans certains pays européens (Hongrie, Slovaquie) et même aux États-Unis (Trump), la démocratie est battue en brèche au profit du culte du chef. Dans le cadre de ce modèle, plus aucun corps intermédiaire n’est censé subsister entre le leader et ses citoyens devenus des sujets. La démocratie devient une curiosité ou un vestige occidental, d’autant plus que certains de ses thuriféraires peuvent apparaître comme étant eux-mêmes nostalgiques d’un Ancien Régime où s’épanouissait la royauté (c’est ainsi qu’est parfois présenté Emmanuel Macron).

Dans de larges parties du monde, la démocratie n’a plus le vent en poupe et l’Occident a bien du mal à imposer au nom de ce principe des changements de régime dans des pays qui, il n’y a pas si longtemps, se trouvaient encore sous sa dépendance. Le renversement des dictateurs Saddam Hussein en Irak et Mouammar Kadhafi en Libye, et c’est un euphémisme, ne s’est pas avéré convaincant, de sorte que la politique de George W. Bush contre les États « voyous » est désormais abandonnée et que les États-Unis par exemple, à la différence de la France, se sont parfaitement accommodés, dans un premier temps, de l’arrivée au pouvoir au Niger d’une junte militaire, même s’ils ont fait machine arrière par la suite, tout en maintenant leurs troupes dans le pays.

Bref, contrairement à ce que prévoyait Francis Fukuyama, l’Histoire ne s’est pas arrêtée après la chute du mur de Berlin et de l’Union soviétique. On assiste au contraire, dans l’esprit de la conférence de Bandung (1955), à une reprise d’initiative des pays du Sud, avec par exemple l’émergence des BRICS auxquels sont venus s’adjoindre plusieurs pays, notamment africains (Égypte et Éthiopie), sans que la question de leur nature démocratique soit posée (pas plus d’ailleurs qu’elle n’est posée pour les membres fondateurs de ce groupe que sont la Chine et la Russie). Le débat international ne porte donc plus sur le régime politique de chaque pays membre mais sur la volonté contre-hégémonique de défier la suprématie de l’Occident, incarnée essentiellement par les États-Unis et l’Europe.

Il va sans dire que le projet des BRICS d’instaurer une nouvelle monnaie aura sans doute des répercussions dans les anciennes colonies françaises d’Afrique qui continuent de voir leur souveraineté limitée par l’existence du franc CFA. C’est sans doute dans ce domaine que sera mené le prochain combat politique et économique entre les pays africains francophones et la France, laissant ainsi de côté la question de savoir si ces pays sont de nature démocratique ou dictatoriale.

La vision d’une humanité se dirigeant dans son ensemble vers un avenir démocratique radieux n’a donc plus cours. Le combat démocratique universel a cédé la place à des rapports de force entre pays et entre nations, ce qui redonne une certaine actualité aux analyses des années 1960-1970 qui mettaient en avant les rapports centre-périphérie au sein du système économique mondial.

Afrique : des pays qui se portent mieux

Afrique : des pays qui se portent mieux

Dans une longue interview dans la Tribune Jihad Azour, directeur de la région Afrique du Nord, Moyen-Orient et Asie centrale et Luc Eyraud, chef de division en charge des études économiques sur la zone Afrique subsaharienne, Signale que des pays en Afrique ce porte mieux en dépit du ralentissement international (extrait)


Pour la première fois, le FMI a publié un rapport spécial sur l’ensemble du continent – en plus des traditionnelles perspectives économiques sous-régionales – soulignant notamment les perturbations liées au séisme survenu au Maroc, aux inondations en Lybie et au cyclone au Malawi. Pour quelles raisons ? Est-ce la première édition d’autres publications à venir ?

JIHAD AZOUR – La tenue sur le continent africain – plus précisément au Maroc – des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale, 50 ans après leur organisation au Kenya, était pour nous une occasion exceptionnelle de marquer cet anniversaire en donnant une image globale de l’Afrique. D’autant que nous croyons fermement que ce continent, avec son potentiel, mérite d’avoir à la fois une vue d’ensemble. Il s’agit également à travers ce rapport, de renforcer les échanges et l’information entre l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Nord. Récemment d’ailleurs, nous avons fait plusieurs publications panafricaines : sur le commerce et l’importance du libre-échange, la question climatique, etc. Nous en ferons de plus en plus, afin de montrer le potentiel du continent dans sa globalité et soulever les questions qui sont pertinentes pour les deux rives de l’Afrique.

Malgré le recul de la croissance du continent que vous prévoyez globalement à 3,15% (3% en Afrique du Nord et 3,3% au Sud du Sahara) en 2023 contre 3,9% l’an dernier, l’Afrique reste au-dessus de la moyenne mondiale (3%), loin devant l’Europe (0,7%) et l’Amérique (2,2%). Quels sont les pays qui portent cette dynamique ?

JIHAD AZOUR : L’année 2023 est une année de transition. Il y a eu une forte reprise après la crise Covid, surtout en 2022 où les taux de croissance étaient élevés. Cependant, la lutte contre l’inflation aux niveaux mondial et national, mais aussi le ralentissement économique qu’ont connu certaines zones du monde, ont pesé sur l’Afrique du Nord. En dépit de cela, le niveau de croissance était meilleur que dans certains autres pays du monde grâce à plusieurs éléments : le premier est en lien avec le dynamisme observé dans quelques pays ou dans certains secteurs. Le secteur du tourisme, à titre d’exemple, a bénéficié d’une reprise assez forte en 2023. Le secteur agricole a partiellement permis à la Tunisie et au Maroc d’avoir une croissance meilleure. Un pays comme l’Égypte – qui dispose d’une grande économie et d’un fort potentiel – a connu un ralentissement cette année, mais les perspectives pour l’année prochaine présagent une reprise de la croissance. La dynamique est donc portée par quelques secteurs et par quelques pays. En outre, la hausse du prix du pétrole et du gaz a permis à un pays comme l’Algérie de voir son secteur énergétique reprendre des couleurs en 2023.

LUC EYRAUD – En Afrique subsaharienne de manière générale, les pays qui s’en tirent le mieux ont une structure de production diversifiée et maintiennent un rythme de croissance d’à peu près 6%, si on prend la moyenne 2022, 2023, 2024. En revanche, les pays producteurs de matières premières – dont le rythme de croissance sur la période affiche une moyenne proche de 3% – sont plutôt ceux qui s’en tirent le moins bien. On a donc quasiment une croissance deux fois plus forte dans les pays diversifiés par rapport aux pays dont l’économie est fondée sur l’exploitation des matières premières. Il est toutefois intéressant de noter que cette divergence de performance entre ces deux groupes existe depuis au moins le début des années 2010. Celle-ci s’est maintenue et ne devrait pas changer de sitôt selon nos projections. En 2023 à titre d’exemple, des pays diversifiés comme la Côte d’Ivoire, le Mozambique ou le Rwanda sont au top de la distribution de la croissance. Au bas du tableau, figurent soit des pays fragiles, soit des pays producteurs de matières premières, mais aussi l’Afrique du Sud qui a une croissance très faible cette année suite à ses problèmes électriques.

Luc Eyraud

La diversification est donc la clé de la croissance en Afrique…

LUC EYRAUD : Tout à fait. Je dirais deux choses : premièrement, la diversification est très importante, mais c’est un objectif de moyen terme. Un pays ne peut pas se diversifier du jour au lendemain. Ainsi, les pays riches en matières premières devront commencer par améliorer la gestion de leurs ressources, le Botswana montre l’exemple. Cela implique plus de transparence, une meilleure gouvernance, une lutte plus évidente contre la corruption, des politiques d’amélioration de la compétitivité et de la gestion des charges du secteur public, en favorisant l’émergence du secteur privé, ainsi que la mise en œuvre de stratégies claires de diversification. Tout cela, afin d’éviter ce qu’on appelle dans le jargon « la malédiction des ressources naturelles ».

Afrique : le désenchantement démocratique

Afrique : le désenchantement démocratique

La série de coups d’État militaires intervenus dans la bande sahélienne au cours de ces dernières années a souvent été analysée, en France, du point de vue du rejet par les populations locales (ou, en tout cas, par une partie d’entre elles) de la présence militaire, diplomatique et économique française. Toutefois, ces putschs s’inscrivent également dans un processus que l’on observe plus largement dans les pays d’Afrique anciennement colonisés : le rejet de plus en plus assumé de la démocratie « à l’européenne », perçue comme une idéologie contraire aux traditions et aux volontés des peuples africains, et comme un instrument employé par les puissances occidentales sans cohérence et selon leur bon vouloir.

Les paysans africains (largement majoritaires dans les populations du continent à l’époque) n’ont donc pas vraiment été dépaysés par la violence coloniale et tout ce qui l’accompagnait : perception d’impôts, recrutements forcés, cultures obligatoires (culture forcée du coton à l’Office du Niger, de l’arachide au Sénégal et au Mali), etc. Dans la conscience paysanne, l’anthropologue peut observer la permanence de la notion de « force », qui a toujours été au cœur des relations entre États, et entre les États et leurs sujets.

Il n’en reste pas moins qu’au niveau villageois, un autre principe prévalait : celui selon lequel le chef de village devait prendre sa décision sur la base d’un consensus après avoir consulté l’ensemble des villageois.

Cette ambiguïté ou dualité du pouvoir, qui reposait à la fois sur une force d’émanation guerrière et sur le principe apparemment égalitaire de la « palabre », se retrouve aujourd’hui après qu’elle a été oblitérée par la mise en œuvre, dans la dernière période de la colonisation française, des élections. Il faut en effet attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que la France mette en place des processus électoraux et que surgisse ainsi un principe démocratique.

Ce processus s’est poursuivi après les indépendances, sauf dans les pays qui se sont engagés dans la voie du socialisme comme la Guinée et le Mali. Interrompu dans certains pays par des coups d’État militaires, le processus démocratique a repris de plus belle après la fameuse déclaration de François Mitterrand à La Baule, en 1990, sur la nécessité de la démocratisation du continent.

L’Afrique francophone s’est ainsi retrouvée à partir des années 1990 avec des pays modèles en matière de démocratie comme le Sénégal et le Mali. Puis est venu le temps du désenchantement avec la guerre civile en Côte d’Ivoire (2002-2007) et la volonté de certains chefs d’État d’effectuer des mandats supplémentaires en modifiant les Constitutions de leurs pays respectifs (Côte d’Ivoire, Sénégal), sans compter les pays où des despotes se sont maintenus au pouvoir pendant des décennies (Guinée équatoriale, Cameroun, Congo-Brazzaville…).

La démocratie, une notion étrangère au continent ?
Mais c’est l’essor du djihadisme dans les pays du Sahel qui a véritablement sonné le glas du mirage démocratique. La démocratie, avec ses élections, a été vue par bon nombre d’acteurs locaux, notamment militaires, comme un instrument d’affaiblissement des armées nationales, alors même qu’elles se trouvaient aux prises avec des éléments qualifiés de terroristes.

Au Mali notamment, et bien qu’Ibrahim Boubacar Keita ait été élu démocratiquement en 2013, a été pointée la déliquescence du régime avec son cortège de corruption, de népotisme et de prévarication. En deçà, la gestion du président Alpha Omar Konaré (1992-2002) qui jusque là avait été considérée comme sans tache, a récemment été mise en cause par le premier ministre actuel Choguel Maiga (arrivé au pouvoir à la suite du putsch de 2021) en raison de son supposé abandon de l’armée au cours de ses mandats successifs, laissant ainsi libre cours à la poussée djihadiste. À l’inverse, est réhabilitée la figure du général Moussa Traoré, auteur en 1968 d’un coup d’État militaire qui avait mis fin au régime socialiste de Modibo Keita.

Bref, le principe démocratique d’inspiration occidentale est censé, d’après certains responsables africains eux-mêmes, ne pas convenir à l’Afrique ; on retrouve là l’idée de Jacques Chirac qui estimait que le continent africain n’était pas mûr pour l’application de ce système politique.

La démocratie, avec son système électoral donnant des gagnants et des perdants, est en effet considérée comme étant l’objet de toutes les manipulations et de toutes les compromissions. Il existe une véritable nostalgie, au sein de larges secteurs des populations africaines, pour un pouvoir fort, un pouvoir guerrier qu’incarnent bien les militaires qui se sont emparés du pouvoir au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et au Niger. Mais au-delà, il existe un goût prononcé pour des institutions proprement africaines, que celles-ci soient d’ordre coercitif ou consensuel.

La remise en valeur de modèles précoloniaux
Cette nostalgie prend plusieurs formes, celle de formations politiques et de certaines associations anciennes – que celles-ci aient disparu, qu’elles existent encore ou qu’elles se soient profondément transformées.

L’empire médiéval du Mali, ainsi que la Charte de Kurugan Fuga, édictée par son fondateur Sunjata, continuent ainsi de servir de référence à certaines fractions de l’élite politique et intellectuelle malienne. Les pactes politiques entre clans qui ont été instaurés à cette période sont censés pouvoir servir de modèle alternatif aux Constitutions importées d’Occident.

De même, les sociétés de chasseurs mandingues et dogons, avec leur organisation égalitaire, fournissent un modèle de comportement concurrençant de façon convaincante les Constitutions occidentales, qui reposent sur le principe de l’égalité des citoyens. Enfin, la palabre villageoise, ou plutôt une version idéalisée de cette institution, paraît être à même de ramener la concorde et d’échapper aux procédures électorales sources de divisions.

Dans une perspective afro-futuriste, certaines formations politiques existant depuis une époque reculée mais toujours présentes actuellement comme le royaume bamoun du Cameroun sont présentées par des intellectuels africains comme pouvant fournir un contrepoint alternatif à un État camerounais défaillant (voir le passage « Foumban is Wakanda », pp. 47-49 dans le récent ouvrage de l’auteur de ces lignes).

Bref, l’Afrique disposerait de ressources politiques autochtones lui permettant de se passer de l’importation de modèles prétendument universels mais ne s’appliquant en réalité qu’à l’Occident.

Le principe universaliste de la démocratie occidentale, outre qu’il serait défendu de façon hypocrite par l’Europe et les États-Unis, qui s’accommodent parfaitement de nombreux régimes formellement démocratiques mais en réalité répressifs, est également vu par certains secteurs des opinions africaines comme le moyen d’imposer des valeurs contraires à leurs propres valeurs culturelles. Il en va ainsi des droits de l’homme qui sont brandis par les Occidentaux pour fustiger l’excision, les mariages forcés ou encore la condamnation de l’homosexualité.

En cela, certains pays africains trouvent un répondant dans la Russie de Poutine, qui lui aussi dénonce des valeurs occidentales « ne correspondant pas à la culture russe ».

Partout en Afrique, au Maghreb (Tunisie), dans certains pays européens (Hongrie, Slovaquie) et même aux États-Unis (Trump), la démocratie est battue en brèche au profit du culte du chef. Dans le cadre de ce modèle, plus aucun corps intermédiaire n’est censé subsister entre le leader et ses citoyens devenus des sujets. La démocratie devient une curiosité ou un vestige occidental, d’autant plus que certains de ses thuriféraires peuvent apparaître comme étant eux-mêmes nostalgiques d’un Ancien Régime où s’épanouissait la royauté (c’est ainsi qu’est parfois présenté Emmanuel Macron).

Dans de larges parties du monde, la démocratie n’a plus le vent en poupe et l’Occident a bien du mal à imposer au nom de ce principe des changements de régime dans des pays qui, il n’y a pas si longtemps, se trouvaient encore sous sa dépendance. Le renversement des dictateurs Saddam Hussein en Irak et Mouammar Kadhafi en Libye, et c’est un euphémisme, ne s’est pas avéré convaincant, de sorte que la politique de George W. Bush contre les États « voyous » est désormais abandonnée et que les États-Unis par exemple, à la différence de la France, se sont parfaitement accommodés, dans un premier temps, de l’arrivée au pouvoir au Niger d’une junte militaire, même s’ils ont fait machine arrière par la suite, tout en maintenant leurs troupes dans le pays.

Bref, contrairement à ce que prévoyait Francis Fukuyama, l’Histoire ne s’est pas arrêtée après la chute du mur de Berlin et de l’Union soviétique. On assiste au contraire, dans l’esprit de la conférence de Bandung (1955), à une reprise d’initiative des pays du Sud, avec par exemple l’émergence des BRICS auxquels sont venus s’adjoindre plusieurs pays, notamment africains (Égypte et Éthiopie), sans que la question de leur nature démocratique soit posée (pas plus d’ailleurs qu’elle n’est posée pour les membres fondateurs de ce groupe que sont la Chine et la Russie). Le débat international ne porte donc plus sur le régime politique de chaque pays membre mais sur la volonté contre-hégémonique de défier la suprématie de l’Occident, incarnée essentiellement par les États-Unis et l’Europe.

Il va sans dire que le projet des BRICS d’instaurer une nouvelle monnaie aura sans doute des répercussions dans les anciennes colonies françaises d’Afrique qui continuent de voir leur souveraineté limitée par l’existence du franc CFA. C’est sans doute dans ce domaine que sera mené le prochain combat politique et économique entre les pays africains francophones et la France, laissant ainsi de côté la question de savoir si ces pays sont de nature démocratique ou dictatoriale.

La vision d’une humanité se dirigeant dans son ensemble vers un avenir démocratique radieux n’a donc plus cours. Le combat démocratique universel a cédé la place à des rapports de force entre pays et entre nations, ce qui redonne une certaine actualité aux analyses des années 1960-1970 qui mettaient en avant les rapports centre-périphérie au sein du système économique mondial.

Rugby France-Afrique du Sud : un match truqué ?

Rugby France-Afrique du Sud : un match truqué ?


L’étroitesse du score en quart de finale de la coupe du monde de rugby ovale (28–29) montre d’abord que les deux équipes étaient ce soir-là à peu près du même niveau. Reste qu’on peut s’interroger à juste titre sur l’influence d’un arbitrage très partial de la part de l’arbitre néo-zélandais et de ses collègues qui l’ assistaient à la télévision au board. Ce n’est pas nouveau il y a déjà des dizaines et des dizaines d’années que les anglo-saxons acceptent difficilement la montée en puissance de la France dans le rugby.

Progressivement le rugby français a fait son trou en dépit d’un arbitrage assez souvent défavorable. La fédération française découvre aujourd’hui un peu naïvement que lors de ce match décisif entre la France et l’Afrique du Sud les instances dirigeantes avaient choisi un arbitre néo-zélandais et des néo-zélandais également au board. Alors que normalement la diversité s’impose dans le choix des arbitres d’après les règles internationales.

De fait, les anglo-saxons noyautent les instances de la fédération internationale. Il est grand temps dans l’intérêt même du rugby s’il veut s’internationaliser comme d’autres sports que d’autres pays que les anglo-saxons soient représentés dans les instances de direction au plan international.

La France a perdu mais elle aurait pu gagner avec un arbitrage plus impartial. Notons aussi que les médias une nouvelle fois se sont enflammées bien imprudemment considérant que la France était grande favorite et dans ce cas, on sait parfaitement que les Français sont psychologiquement plus fragiles que lorsqu’ils sont en situation d’outsiders.

Les joueurs du XV de France ont fustigé l’arbitrage du quart de finale perdu face aux Springboks dimanche soir à Saint-Denis (28-29). Interpellé sur les décisions très litigieuses de l’arbitre Néo-Zélandais Ben O’Keeffe durant la rencontre, le président de la Fédération française de rugby Florian Grill constate sur son compte X (ex-Twitter) que la France n’est pas encore assez bien représentée dans les instances de World Rugby.

«Nous avons un énorme travail à faire pour que la France soit représentée dans les instances de World Rugby. Un seul arbitre de champ, personne au board, presque personne dans les commissions… Du pain sur la planche !», a estimé le patron de la FFR.

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