Archive pour le Tag 'Afghanistan'

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Afghanistan : victoire des talibans

Afghanistan : victoire des talibans

«Les talibans ont gagné», a reconnu dimanche 15 août au soir le président afghan Ashraf Ghani, en fuite à l’étranger, tandis que les insurgés criaient victoire dans le palais présidentiel à Kaboul. Presque 20 ans après avoir été chassés du pouvoir, la victoire militaire des talibans est totale, les forces gouvernementales s’étant effondrées sans le soutien américain.

Afghanistan : un appel à la paix par Etats-Unis, Chine et Russie

Afghanistan : un appel à la paix par Etats-Unis, Chine et Russie

 

La communauté internationale se réveille enfin à propos de la catastrophe annoncée en Afghanistan qui provoquera notamment une vague sans précédent de migrants. Dans un communiqué commun publié à l’issue de discussions à Doha, au Qatar, où les représentants des États-Unis, de la Chine et de la Russie appelle à la paix. Reste à savoir si ce n’est déjà pas trop tard car les talibans viennent de conquérir la troisième ville la plus importante du pays et contrôlent  les deux tiers du territoire. Les représentants des États-Unis, de la Chine et de la Russie ont donc rencontré les négociateurs du gouvernement afghan et des insurgés taliban, ils ont aussi réaffirmé que les puissances étrangères ne reconnaîtraient pas la légitimité d’un quelconque gouvernement « imposé (en Afghanistan) via le recours à la force militaire ».

Les pourparlers de Doha, destinés à sortir de l’impasse dans les négociations de paix entre les taliban et le gouvernement afghan, sont intervenus dans un contexte d’offensives accrues des insurgés islamistes à travers l’Afghanistan.

Afghanistan : le lâche abandon des occidentaux

Le spécialiste de l’Afghanistan Jean-Charles Jauffret, lundi 9 août sur franceinfo prédit « une date symbolique catastrophique pour la prise de Kaboul«  : le 11 septembre 2021. ‘xetrait)

franceinfo : Comment les talibans ont-ils pu reprendre aussi vite autant de territoires?

Jean-Charles Jauffret : C’est assez facile à comprendre. Dès lors que le pilier central, l’Amérique, puis l’OTAN, plient bagages, il y a une débandade générale d’une armée afghane qui ne se sent plus du tout soutenue. Je crois qu’il y a chute du moral qui est extrêmement importante. Les talibans pratiquent la tactique du boa constrictor en étouffant petit à petit la proie. Ils sécurisent d’abord leurs frontières, puis resserrent l’étau autour des grandes villes. Ensuite, ce sera Kaboul. On va se retrouver peut être avec une date symbolique catastrophique pour la prise de Kaboul, le 11 septembre 2021. D’autant qu’ils abritent en leur sein depuis deux ans une renaissance d’Al-Qaïda.

« La guérilla afghane des talibans est la plus riche du monde. »

Pourquoi les talibans cherchent-ils à prendre le contrôle des zones de production d’opium dans le sud du pays ?

Quand vous avez un pays qui est le premier narco-État du monde, avec 900 tonnes d’héroïne pure par an, 7 000 à 8000 tonnes d’opium produit par an, soit 90% de la production mondiale. Vous pouvez vous acheter les derniers modèles d’armes, vous pouvez acheter n’importe quelle complicité. Ce ne sont plus les talibans de 2001 aux revenus qu’on pouvait estimer assez modestes. Ils contrôlent les champs de pavot de la principale région productrice depuis des années.

« Nous vivons un drame en direct après 20 ans de présence inutile de l’OTAN et des Etats-Unis. »

La solution, ce serait que les Etats-Unis stoppent leur retrait ?

Non, le processus est enclenché. C’est une prise de conscience à l’échelle mondiale qu’il faudrait, mais on en est vraiment très loin. Une seule capitale se réjouit de ce qui se passe, c’est Islamabad et donc le Pakistan. En dehors de ce pays, tous les pays frontaliers et l’ensemble de la communauté internationale sont inquiets. Sauf qu’on l’a vu il y a quatre jours encore à New York, l’ONU a décidé de ne rien décider. Nous assistons au naufrage d’un pays en nous croisant les bras. On assiste aussi à cette déferlante de milliers de réfugiés qui prennent la route de la Turquie.

Afghanistan : les occidentaux abandonnent totalement le pays aux talibans

Afghanistan : les occidentaux abandonnent totalement le pays aux talibans

Le retrait des forces internationales qui sera terminé d’ici la fin du mois constitue en quelque sorte un abandon total du pays aux mains des talibans. Ces derniers ne cessent de progresser dans les différentes régions et risquent  de prendre y compris le contrôle de la capitale avant la fin de l’année.

L’incapacité des autorités à Kaboul à tenir le nord du pays pourrait s’avérer cruciale pour les chances de survie du gouvernement. Le nord de l’Afghanistan a toujours été considéré comme une place forte face aux talibans. C’est là qu’ils avaient rencontré la résistance la plus forte au moment de leur accession au pouvoir dans les années 1990.

Le nouveau contrôle des talibans pourrait générer une vague sans précédent de migration complètement sous-estimée par les pays occidentaux.

Afghanistan, opération porte ouvertes pour les talibans

Afghanistan, opération porte ouvertes pour les talibans

 

 

Les occidentaux et en particulier les États-Unis retirent leurs troupes dans le pire désordre  en Afghanistan. Une sorte d’opération porte ouverte pour les talibans qui maîtrisent maintenant les trois quarts du pays et sont aux portes de la capitale. Pour achever leur mainmise sur le pays, les talibans en outre font régner la terreur en multipliant les exécutions sommaires de civils soupçonnés de collusion avec le pouvoir encore en place et les puissances étrangères. Dans le pays nombre de ressortissants fuient leur région d’origine. Une des conséquences directes de cette lamentable situation sera sans doute un exode massif d’Afghans vers les pays développés. C’est sans doute à leur que la communauté internationale commencera à mesurer l’ampleur de la catastrophe.

Opérations extérieures: «Afghanistan, Mali: fin d’un paradigme ?»

Opérations extérieures: «Afghanistan, Mali: fin d’un paradigme ?»

Pour  Frédéric Charillon , ’heure est venue pour les puissances occidentales de repenser leur action extérieure  ( papier de l’OPINION, extrait)

 

 

La double annonce d’un retrait américain d’Afghanistan et d’une suspension par la France de sa coopération militaire avec le Mali, témoigne d’une page qui se tourne. Pendant la Guerre froide, l’intervention militaire était pratiquée par les superpuissances au sein de leurs sphères d’influence respectives. Les tentatives pour en sortir étaient difficiles (Afghanistan, Vietnam). La France avait ses interventions africaines dans son ancien « pré carré », avec la bénédiction américaine. La Grande-Bretagne restait active (à Aden, dans la région du Dhofar ou en Malaisie dans les années 1960).

Puis la disparition de l’Union soviétique laissa les Etats-Unis seuls en piste pour gérer les affaires du monde, et fut suivie d’une globalisation géographique des interventions occidentales  : Koweït, Balkans, Irak, Libye, Syrie… L’ambition d’une paix hégémonique assurée par Washington au nom de la stabilité internationale autorisait l’action militaire, supposait la reconstruction d’Etats, imposait le maintien d’une présence militaire sur place. C’est ce schéma qui arrive à son terme désormais.

Il impliquait de rebâtir des sociétés, mais les adversaires de cette reconstruction sont en passe de gagner la partie : en Afghanistan comme au Mali, ceux dont la réduction justifiait l’intervention militaire sont aux portes du pouvoir. Plus profondément, la logique expéditionnaire a montré ses limites dans un XXIe siècle où les paramètres sont trop nombreux, et les moyens, insuffisants. L’heure est venue pour les puissances occidentales de repenser leur action extérieure et de substituer de nouveaux instruments d’influence à la vieille logique de puissance.

La guerre du Koweït (1991) avait pour but de restaurer la souveraineté d’un Etat et le droit international. Mais les interventions balkaniques des années 1990 visaient un changement de régime à Belgrade, la mise en place de nouvelles cartes (avec en 1993 le plan Vance-Owen de répartition des populations en Bosnie en dix régions), la création de nouveaux Etats (au Kosovo en 1999). L’intervention afghane de 2001, lancée pour chasser les talibans du pouvoir, promit ensuite un Afghanistan démocratique, où les droits humains se rapprocheraient des normes occidentales. En 2011, la volonté de sauver les habitants de la ville de Benghazi se transforma en destitution et mort de Kadhafi : au plus fort des printemps arabes, le rêve de transformer d’anciennes dictatures en sociétés ouvertes n’avait pas quitté les esprits. Ce même esprit qui conduisit la France à souhaiter des frappes sur le régime syrien en 2013. L’échec néoconservateur, en 2003, à transformer l’Irak puis le Moyen-Orient en un nouvel eldorado libéral, prospère et pro-occidental, avait pourtant été patent.

On ne remodèle pas une société contre son gré, par la seule grâce de la force. De Gaulle en avait averti Washington à propos du Vietnam, depuis Phnom Penh en 1966 : « S’il est invraisemblable que l’appareil guerrier américain puisse jamais être anéanti sur place, d’autre part, il n’y a aucune chance pour que les peuples de l’Asie se soumettent à la loi d’un étranger venu de l’autre rive du Pacifique, quelles que puissent être ses intentions, et quelle que soit la puissance de ses armes. » Tout était dit.

« Les puissances opposées à ces déploiements occidentaux (Chine, Russie, Turquie) ont fait leur grand retour, galvanisées par l’échec libyen »

Cette hypothèse s’impose d’autant plus aujourd’hui que les moyens alignés s’amenuisent, et que le terrain est de plus en plus complexe. Les Etats-Unis ont déployé jusqu’à 536 000 hommes au Vietnam (en 1968), autant dans le Golfe en 1991 (dans une coalition de 940 000 soldats), un maximum de 100 000 en Afghanistan (il en restait 2 500 en 2021), et de 166 000 en Irak (en 2007), ramenés à 128 000 en 2009 et 2 500 en 2021. La France projettera rarement plus de 5 000 hommes dans les années 2000 (5 000 en Côte d’Ivoire en 2005 ; 4 500 dans l’opération Serval au Mali après 2013 ; 5 100 pour Barkhane aujourd’hui). Si l’on en croit (ce qui n’est pas obligatoire…) l’adage stratégique qui veut qu’une opération de contre-insurrection ou de contrôle du terrain exige un déploiement de soldats équivalent à 4 % de la population locale, nous sommes loin du compte. Le double danger, pour les troupes ainsi projetées, est résumé par les titres de deux ouvrages de François Cailleteau : celui de Guerres inutiles (2011), et celui de Décider et perdre la guerre (2021).

Les obstacles s’accumulent. Arrivée en sauveur, la puissance extérieure prend vite les traits d’un occupant dont on réclame le départ, exigence martelée et orchestrée sur les réseaux sociaux. Les puissances opposées à ces déploiements occidentaux (Chine, Russie, Turquie) ont fait leur grand retour, galvanisées par l’échec libyen, contrecarrant les initiatives lointaines, et interdisant qu’on en imagine d’autres dans leur sphère d’influence à nouveau revendiquée (Europe orientale, Asie…). Fin de la politique de la canonnière.

«Afghanistan, Mali: fin d’un paradigme ?»

«Afghanistan, Mali: fin d’un paradigme ?» 

Pour  Frédéric Charillon , ’heure est venue pour les puissances occidentales de repenser leur action extérieure  ( papier de l’OPINION, extrait)

 

 

La double annonce d’un retrait américain d’Afghanistan et d’une suspension par la France de sa coopération militaire avec le Mali, témoigne d’une page qui se tourne. Pendant la Guerre froide, l’intervention militaire était pratiquée par les superpuissances au sein de leurs sphères d’influence respectives. Les tentatives pour en sortir étaient difficiles (Afghanistan, Vietnam). La France avait ses interventions africaines dans son ancien « pré carré », avec la bénédiction américaine. La Grande-Bretagne restait active (à Aden, dans la région du Dhofar ou en Malaisie dans les années 1960).

Puis la disparition de l’Union soviétique laissa les Etats-Unis seuls en piste pour gérer les affaires du monde, et fut suivie d’une globalisation géographique des interventions occidentales  : Koweït, Balkans, Irak, Libye, Syrie… L’ambition d’une paix hégémonique assurée par Washington au nom de la stabilité internationale autorisait l’action militaire, supposait la reconstruction d’Etats, imposait le maintien d’une présence militaire sur place. C’est ce schéma qui arrive à son terme désormais.

Il impliquait de rebâtir des sociétés, mais les adversaires de cette reconstruction sont en passe de gagner la partie : en Afghanistan comme au Mali, ceux dont la réduction justifiait l’intervention militaire sont aux portes du pouvoir. Plus profondément, la logique expéditionnaire a montré ses limites dans un XXIe siècle où les paramètres sont trop nombreux, et les moyens, insuffisants. L’heure est venue pour les puissances occidentales de repenser leur action extérieure et de substituer de nouveaux instruments d’influence à la vieille logique de puissance.

La guerre du Koweït (1991) avait pour but de restaurer la souveraineté d’un Etat et le droit international. Mais les interventions balkaniques des années 1990 visaient un changement de régime à Belgrade, la mise en place de nouvelles cartes (avec en 1993 le plan Vance-Owen de répartition des populations en Bosnie en dix régions), la création de nouveaux Etats (au Kosovo en 1999). L’intervention afghane de 2001, lancée pour chasser les talibans du pouvoir, promit ensuite un Afghanistan démocratique, où les droits humains se rapprocheraient des normes occidentales. En 2011, la volonté de sauver les habitants de la ville de Benghazi se transforma en destitution et mort de Kadhafi : au plus fort des printemps arabes, le rêve de transformer d’anciennes dictatures en sociétés ouvertes n’avait pas quitté les esprits. Ce même esprit qui conduisit la France à souhaiter des frappes sur le régime syrien en 2013. L’échec néoconservateur, en 2003, à transformer l’Irak puis le Moyen-Orient en un nouvel eldorado libéral, prospère et pro-occidental, avait pourtant été patent.

On ne remodèle pas une société contre son gré, par la seule grâce de la force. De Gaulle en avait averti Washington à propos du Vietnam, depuis Phnom Penh en 1966 : « S’il est invraisemblable que l’appareil guerrier américain puisse jamais être anéanti sur place, d’autre part, il n’y a aucune chance pour que les peuples de l’Asie se soumettent à la loi d’un étranger venu de l’autre rive du Pacifique, quelles que puissent être ses intentions, et quelle que soit la puissance de ses armes. » Tout était dit.

« Les puissances opposées à ces déploiements occidentaux (Chine, Russie, Turquie) ont fait leur grand retour, galvanisées par l’échec libyen »

Cette hypothèse s’impose d’autant plus aujourd’hui que les moyens alignés s’amenuisent, et que le terrain est de plus en plus complexe. Les Etats-Unis ont déployé jusqu’à 536 000 hommes au Vietnam (en 1968), autant dans le Golfe en 1991 (dans une coalition de 940 000 soldats), un maximum de 100 000 en Afghanistan (il en restait 2 500 en 2021), et de 166 000 en Irak (en 2007), ramenés à 128 000 en 2009 et 2 500 en 2021. La France projettera rarement plus de 5 000 hommes dans les années 2000 (5 000 en Côte d’Ivoire en 2005 ; 4 500 dans l’opération Serval au Mali après 2013 ; 5 100 pour Barkhane aujourd’hui). Si l’on en croit (ce qui n’est pas obligatoire…) l’adage stratégique qui veut qu’une opération de contre-insurrection ou de contrôle du terrain exige un déploiement de soldats équivalent à 4 % de la population locale, nous sommes loin du compte. Le double danger, pour les troupes ainsi projetées, est résumé par les titres de deux ouvrages de François Cailleteau : celui de Guerres inutiles (2011), et celui de Décider et perdre la guerre (2021).

Les obstacles s’accumulent. Arrivée en sauveur, la puissance extérieure prend vite les traits d’un occupant dont on réclame le départ, exigence martelée et orchestrée sur les réseaux sociaux. Les puissances opposées à ces déploiements occidentaux (Chine, Russie, Turquie) ont fait leur grand retour, galvanisées par l’échec libyen, contrecarrant les initiatives lointaines, et interdisant qu’on en imagine d’autres dans leur sphère d’influence à nouveau revendiquée (Europe orientale, Asie…). Fin de la politique de la canonnière.

Afghanistan : Est-il trop tard pour agir ?

Afghanistan : Est-il trop tard pour agir ?

Un collectif de personnalités politiques et d’intellectuels appelle dans le Monde  la France et l’Europe à ne pas se cantonner dans une attitude de retrait et d’agir pour la paix en  Afghanistan . La question est de savoir s’il n’est pas trop tard.

Tribune

 

 

 La situation s’est récemment aggravée en Afghanistan. Alors que le retrait des forces américaines et de l’OTAN approche de son terme, les talibans, délaissant la table des négociations, ont lancé des offensives dans de nombreuses régions d’Afghanistan et pris le contrôle d’un certain nombre de districts ruraux. La capacité de l’armée afghane à garder le contrôle de la majeure partie du territoire rural, voire de plusieurs grandes villes, est incertaine.

La population afghane vit dans l’angoisse. Les attentats contre des cibles civiles se sont multipliés, visant des écoliers, des journalistes, des fonctionnaires, des femmes, des artistes. Des Afghans demandent l’asile à l’étranger, d’autres doivent abandonner leur domicile, d’autres enfin prennent les armes. Beaucoup en effet refusent l’avènement d’un régime qui, sous couvert d’une application rigoriste de règles religieuses, serait un régime dictatorial, refusant des élections libres, réalisant la suprématie d’un groupe sur les autres, ne permettant pas aux femmes de vivre librement et dignement.


Toute la population afghane aspire à la paix. Beaucoup ont espéré que les négociations entamées à Doha aboutiraient à une solution acceptable par la majorité. Hélas, la rigidité des talibans, leur jusqu’au-boutisme, les maladresses américaines, l’absence de concertation avec les autres acteurs de la région et la mise à l’écart du gouvernement afghan n’ont pas permis aux négociations d’avancer.

Le centenaire des relations entre l’Afghanistan et la France

L’Afghanistan est à présent doté d’un réseau médiatique performant. Les zones rurales les plus reculées reçoivent la télévision. Les Afghans savent ce qui se passe dans le monde et beaucoup ne sont pas prêts à accepter les conditions de vie que leur imposeront les talibans s’ils venaient à prendre le pouvoir.

La communauté internationale se trouve donc à présent devant une alternative. Ou bien elle contraint les talibans à une véritable négociation (pendant laquelle toute action militaire devrait cesser) ou bien l’Afghanistan sombre de nouveau, comme dans les années 1990, dans une guerre civile dévastatrice.

Nous ne pouvons pas accepter cette seconde hypothèse, lourde de conséquences pour les Afghans mais aussi pour la stabilité de la région et la sécurité mondiale.


Alors que se profile le centenaire des relations diplomatiques, économiques et culturelles entre l’Afghanistan et la France, alors que les deux pays sont liés par un traité d’amitié et de coopération signé en 2012 par un président et ratifié par son successeur, alors que l’Union européenne et ses Etats membres ont conclu en 2019 avec l’Afghanistan un accord de coopération en matière de partenariat et de développement et au moment où la France prend la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU, nous demandons instamment au gouvernement français et aux instances européennes de ne pas se cantonner dans une attitude de retrait et d’agir pour la paix.

Afghanistan : les raisons de la débâcle

« La défaite de l’OTAN en Afghanistan est le résultat d’une stratégie erronée et d’une vision du monde biaisée »

TRIBUNE

Adam Baczko

 

Les chercheurs Adam Baczko et Gilles Dorronsoro détaillent, dans une tribune au « Monde », les raisons qui ont conduit au retrait des troupes occidentales et qui expliquent l’échec des Etats-Unis et de leurs alliés dans la région.

Tribune

 

 

Si la victoire des talibans dans les prochains mois n’est que probable, notre défaite a été actée par la déclaration de Joe Biden annonçant le retrait total des troupes américaines pour le 11 septembre. Malgré un discours convenu sur la « victoire » américaine, aucun des objectifs fixés il y a vingt ans n’a été rempli : des centaines de militants d’Al-Qaida sont présents sur le sol afghan, l’organisation Etat islamique s’est implantée en 2014, les élections ont été depuis longtemps discréditées par des fraudes massives, les élites afghanes sont corrompues au-delà de toute description, la principale ressource de l’économie est la drogue, etc.

Les rares avancées − droit des femmes, liberté des médias − sont menacées depuis plusieurs années et disparaîtront rapidement avec le retrait définitif des forces occidentales. Comment la première alliance militaire du monde, l’OTAN, a-t-elle pu perdre cette guerre malgré un investissement de plus de 2 000 milliards de dollars, plus de 3 000 soldats tués et des dizaines de milliers blessés ? Le débat public est maigre, car cette défaite, dont nous subirons les conséquences dans les mois et les années à venir, ne passionne guère les opinions publiques.

Demande d’Etat

Il est alors facile de renvoyer notre échec à une exceptionnalité afghane. Après tout, l’Afghanistan n’est-il pas le « cimetière des empires » ? A l’inverse de ces poncifs, nous pensons que cette défaite, comme la débâcle en Syrie, en Irak et en Libye, est le résultat d’une stratégie erronée, d’une vision du monde biaisée et de mécanismes d’intervention inefficaces. Cinq éléments paraissent ici essentiels.

D’abord, le prêt-à-penser de la coalition a fait de l’Afghanistan un pays tribal, localiste dans ses intérêts, fondamentalement apolitique et allergique à l’Etat. D’un pays traversé par des courants révolutionnaires, soumis à une transformation sociale très rapide – multiplication des déplacés internes et des réfugiés, urbanisation rapide, naissance d’une classe moyenne urbaine –, les Occidentaux n’ont retenu que l’image d’un Afghanistan « traditionnel » et rétif à toute autorité étatique. Or ce qui nous a frappés est, au contraire, la demande d’Etat qui s’exprime en Afghanistan, en particulier la justice et la police, que la coalition n’a malheureusement jamais considérées comme une priorité.

 

Ensuite, la coalition n’a jamais fait l’effort de comprendre l’insurrection. Les qualificatifs qui lui étaient appliqués − « tribale », « ethnique », « archaïque », « moyenâgeuse » − par la plupart des experts et des militaires signalaient une méconnaissance tragique de la réalité de ce mouvement. En particulier, l’organisation d’un système judiciaire alternatif, la rotation des cadres entre les régions, l’efficacité de la propagande à destination de la population afghane auraient dû alerter les responsables militaires et politiques du potentiel de l’insurrection dès 2003.

Afghanistan : un retrait pitoyable des États-Unis

Afghanistan : un retrait pitoyable des États-Unis

 

Un conflit catastrophique pour les États-Unis et le monde libre. Le bilan est en effet cruel les Américains ont dépensé de l’art de 1000 milliards depuis le début des hostilités en 2000. Ils ont enregistré 2200 tués et 20 000 blessés.

 

Après leur départ les talibans vont reprendre le pouvoir justement contre lequel se battaient les États-Unis. Une défaite donc des Américains mais aussi du monde libre avec des explications assez pitoyables de la part des États-Unis : « Je pense que notre présence en Afghanistan doit être centrée sur la raison pour laquelle nous y sommes allés en premier lieu: s’assurer que le pays ne serve pas de base pour attaquer à nouveau notre pays. Nous avons rempli cet objectif , a expliqué Biden. Nous ne pouvons pas continuer le cycle qui consiste à prolonger ou à étendre notre présence militaire en Afghanistan en espérant créer les conditions idéales pour notre retrait… Je suis maintenant le quatrième président à commander des troupes américaines en Afghanistan, deux républicains, deux démocrates. Je ne passerai pas cette responsabilité à un cinquième. »

L’annonce du retrait s’est s’accompagné de l’engagement des États-Unis à soutenir les pourparlers de paix entre le gouvernement afghan et les talibans, et de continuer à participer aux efforts de formation de l’armée afghane. Mais en fixant unilatéralement la date de son retrait, Washington laisse dans les faits les talibans maîtres du jeu, d’un point de vue diplomatique et militaire. Les capacités de l’armée afghane à résister à une offensive des insurgés après le départ des forces américaines n’apparaissent pas comme très grandes.

Les forces afghanes ne contrôlent guère que les grandes villes, alors que les talibans et leurs alliés tiennent de larges pans de provinces. Le mois dernier, l’inspecteur général américain chargé de la reconstruction avait déclaré que sans le soutien américain, le gouvernement afghan « s’effondrerait probablement ».

Afghanistan : les trois grandes puissances pour un cessez-le-feu

Afghanistan : les trois grandes puissances pour un cessez-le-feu

Fait rarissime les trois grandes puissances mondiales que sont les États-Unis, la Chine et la Russie ont appelé un cessez-le-feu immédiat à l’Afghanistan. Un effort louable de toute la communauté internationale qu’il faut souligner mais qui vise un pays dans un état de misère absolue et sans réelle perspective politique durable.

Les Etats-Unis ont été rejoints jeudi par la Russie, la Chine et le Pakistan dans leur appel à un cessez-le-feu immédiat en Afghanistan, alors qu’une conférence organisée à Moscou a montré la détermination de Washington à convaincre les puissances régionales à propos de son plan de paix.

A six semaines de la date butoir pour le retrait des troupes américaines d’Afghanistan, où elles ont présentes depuis près de vingt ans, Les Etats-Unis ont envoyé pour la première fois un haut représentant prendre part à des discussions de paix régionales organisées par la Russie.

La conférence moscovite avait pour but de donner du souffle aux négociations menées au Qatar par le gouvernement afghan et les taliban, alors que le pouvoir à Kaboul reproche aux insurgés de n’avoir pas fait suffisamment pour endiguer les violences.

« A ce tournant, nos quatre pays appellent les deux camps à mener des discussions et conclure un accord de paix qui mettra fin à plus de quatre décennies de guerre en Afghanistan », est-il écrit dans un communiqué commun publié à l’issue des discussions.

Afghanistan : violation de la loi par Trump

Afghanistan : violation de la loi par Trump

Sans doute pour faire parler de lui, Trump décide de passer outre une loi qui interdit actuellement de diminuer les effectifs américains en Afghanistan. Une manière pour Trump d’exister dans un champ politique de plus en plus réduit et qui pourrait même aboutir à une destitution avant la fin de son mandat ou après.  L’action du Pentagone mettra probablement en colère les législateurs républicains et démocrates opposés à de nouvelles réductions de troupes et renouvellera les inquiétudes concernant le mépris de l’administration Trump sortante pour le Congrès, même dans ses derniers jours.

«S’ils poursuivent le retrait, ce serait une violation de la loi», a déclaré un assistant du Congrès, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

L’arrêt du retrait pourrait mettre en péril le processus de paix en Afghanistan soutenu par les États-Unis, car un accord de février 2019 avec les talibans appelle à un retrait complet des troupes américaines d’ici mai en échange des garanties de sécurité des insurgés.

La législation a donné à Trump le pouvoir de dérogation d’urgence pour poursuivre le retrait. Mais il a dit qu’il devait dire au Congrès pourquoi une renonciation est «importante» pour l’intérêt national et expliquer en détail pourquoi.

L’assistant du Congrès a déclaré que la Maison Blanche n’avait fourni aucune communication de renonciation.

Certains responsables militaires américains ont exhorté Trump à ne pas couper la force au milieu d’une vague de violence en Afghanistan et ce qu’ils ont dit était l’incapacité des talibans à mettre fin à la coopération avec Al-Qaïda comme l’exige l’accord de février 2020 avec les insurgés.

Un autre responsable américain a déclaré que le retrait était déjà en cours lorsque la loi est entrée en vigueur, et que ce n’était pas quelque chose qui pouvait être changé «en un clin d’œil».

Le responsable n’a pas exclu la loi ralentissant le retrait avant que Trump ne quitte ses fonctions le 20 janvier, lorsqu’il est remplacé par le démocrate Joe Biden, le vainqueur de l’élection présidentielle du 3 novembre.

Afghanistan: une nouvelle tragédie

Afghanistan: une nouvelle tragédie  

 Ce que pense Sune Engel Rasmussen dans le Wall Street Journal

Même si le retrait des troupes américaines annoncé par Donald Trump n’est pas encore effectif, des signes prouvent que le gouvernement afghan est débordé.

A la nuit tombée, les rues des abords de la capitale se vident et les forces de sécurité se préparent à affronter une vague de meurtres. Les insurgés talibans ont placardé des avertissements sur les vitrines des magasins, affirmant que l’Emirat islamique (nom qu’ils ont donné à leur organisation) va venir arrêter et exécuter les kidnappeurs, les vandales et les voleurs.

« Quand les forces américaines auront quitté l’Afghanistan, les talibans appliqueront notre loi, par le dialogue ou la force », affirme Azizi, un jeune combattant taliban qui a quitté sa maison à l’extérieur de la ville pour cet entretien. Du troisième étage d’un immeuble, il regarde le quartier environnant, qui abrite des classes moyennes, des étudiants et des cafés. « A Kaboul, nous instaurerons les règles de charia comme nous le faisons dans les autres provinces », affirme-t-il.

Les Afghans se demandent depuis des années à quoi ressemblera leur pays après le départ de la coalition militaire dirigée par les Etats-Unis. Pour le meilleur ou pour le pire, ils seront bientôt fixés.

Cette semaine, le Pentagone a fait part de son intention de réduire le nombre de soldats américains stationnés en Afghanistan à environ 2 500 d’ici à la prise de fonction de Joe Biden en janvier. En février dernier, ils étaient environ 12 000, contre 100 000 il y a dix ans. Le président Trump a émis l’ordre quelques jours après avoir limogé Mark Esper, le secrétaire à la Défense.

Joe Biden, élu début novembre, a déclaré qu’il voulait retirer la totalité des troupes américaines d’Afghanistan avant la fin de son premier mandat. L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) s’est engagée à financer l’armée afghane jusqu’en 2024 (quelque 7 500 soldats non américains sont actuellement dans le pays), mais il est peu probable que les partenaires de la coalition conservent leurs effectifs après le départ des Américains.

Sur place, l’angoisse monte depuis que les talibans ont conclu, en février dernier, un accord avec l’administration Trump. En échange du retrait progressif des soldats américains, les militants se sont engagés à empêcher Al-Qaïda et d’autres groupes terroristes internationaux d’opérer en Afghanistan et à mener des pourparlers pacifiques avec le gouvernement afghan. Entamés en septembre, ils sont actuellement au point mort.

Dans une déclaration publiée après la présidentielle américaine, les talibans ont indiqué qu’ils espéraient que Joe Biden respecterait l’accord conclu en février et l’ont menacé de déclencher une « tornade guerrière » dans le cas contraire.

L’accord de février ne comprend pas de cessez-le-feu, mais les responsables américains expliquent s’être entendus avec les talibans pour que la violence baisse de façon significative.

Les insurgés semblent pourtant profiter de ce qu’ils considèrent comme leur avantage sur le terrain. Ils se sont ainsi servis d’une suspension des frappes aériennes américaines pour lancer une offensive de grande ampleur dans la province de Helmand, prenant le contrôle des autoroutes et encerclant des bâtiments publics. Depuis février, ils ont mené plus de 13 000 attaques dans le pays, faisant de ces derniers mois les plus violents de toute la guerre, selon une analyse du gouvernement afghan que The Wall Street Journal a pu consulter. Ses conclusions ont été corroborées par des experts occidentaux en sécurité.

Désormais, les talibans ne sont plus seulement présents dans les villages et les banlieues. Les militants et les sympathisants se sont infiltrés dans les villes afghanes et les jeunes combattants fréquentent les universités de la capitale. Les classes moyennes ont, elles, fui les bombardements et les assassinats pour se réfugier dans des immeubles nouvellement construits en bordure des villes. La capitale est devenue si dangereuse que, pour parcourir les trois kilomètres qui séparent l’aéroport de l’ambassade, les diplomates américains se déplacent en hélicoptère.

L’essentiel des alliés des Américains en Afghanistan, qui avaient parié sur le fait qu’une présence américaine durable favoriserait le progrès social et la prospérité, redoutent un départ précipité.

« S’ils sont venus pour combattre les talibans, ils ne doivent pas rendre [le pays] aux talibans, résume Fahim Hashimy, entrepreneur à la tête d’un conglomérat qui gère la logistique des bases américaines et une chaîne de télévision. Les jeunes qui ont découvert un nouveau mode de vie, les femmes qui ont pris de nouvelles habitudes, on ne peut pas simplement les donner à quelqu’un d’autre. »

Les combattants islamistes avaient déjà pris le contrôle de l’Afghanistan par le passé, avec des conséquences tragiques pour les Etats-Unis.

Au tout début des années 2000, le gouvernement taliban avait laissé Oussama Ben Laden fomenter les attentats du 11 septembre sur son sol. Les attaques contre les tours du World Trade Center et le Pentagone avaient fait près de 3 000 morts. En réaction, une coalition militaire menée par les Etats-Unis avait envahi l’Afghanistan, chassé les talibans du pouvoir et repoussé Ben Laden et ses acolytes dans les massifs montagneux qui marquent la frontière avec le Pakistan.

Pourtant, Américains et Afghans estiment que, malgré leurs promesses, les talibans continuent de protéger des membres d’Al-Qaïda. En juin, un rapport des Nations unies indiquait qu’à la faveur d’une amitié réciproque, de combats communs, de proximité idéologique et de mariages, les deux groupes restaient proches. Les talibans ont ainsi consulté Al-Qaïda au moment des négociations avec les Etats-Unis, affirme le rapport.

En octobre, les forces spéciales afghanes ont tué un dignitaire d’Al-Qaïda dans la province de Ghazni, où il vivait sous la protection des talibans, selon les services de renseignements afghans.

Selon l’Onu, des centaines de combattants d’Al-Qaïda vivent en Afghanistan. L’Etat islamique, qui a revendiqué les attaques récemment perpétrées à Kaboul (dont une à l’université, où un kamikaze s’est fait exploser et des tireurs ont abattu des étudiants début novembre), compterait plusieurs centaines d’hommes armés dans l’est du pays.

Pour les talibans, le départ des troupes américaines est une victoire.

Celui qui se fait appeler Muslim Afghan a été jeté en prison en 2014 en raison de son activité au sein du réseau Haqqani, qui fait partie de la frange dure des talibans. Il était toujours derrière les barreaux en février quand, avec ses codétenus, ils ont regardé à la télévision qatarie la cérémonie de signature de l’accord de retrait des troupes américaines. Ils ont exulté et salué l’événement par des salves de « Dieu est grand ! », raconte-t-il.

Quelques semaines plus tard, il a découvert qu’il faisait partie des 5 000 prisonniers dont la libération avait été exigée par les talibans dans le cadre de l’accord. En mai, c’est en homme libre qu’il a retrouvé les rangs talibans.

« C’était un jour historique, a-t-il déclaré en octobre d’un entretien avec un membre du réseau Haqqani. Nous avons battu l’occupant, qui a accepté de quitter le pays. »

Mais alors que les talibans accentuent la pression sur le gouvernement afghan, le départ des Américains risque de rappeler d’autres sorties ratées, des derniers hélicoptères quittant Saïgon pendant la guerre du Vietnam aux blindés s’éloignant de Syrie l’an passé en abandonnant les alliés kurdes qui avaient contribué à la victoire sur l’Etat islamique.

Quelque 7 500 soldats américains ont quitté le pays depuis février. Des sociétés privées américaines ont été mandatées pour démanteler la gigantesque base militaire de Kandahar et retirer les biens et les équipements de l’aérodrome de Bagram. Des travailleurs afghans ont récupéré certains éléments et de la ferraille, qu’ils revendent sur les marchés locaux, racontent les marchands des bazars.

Dans une économie qui repose sur les centaines de millions de dollars que rapporte chaque année le trafic de stupéfiants issus des champs de pavot, selon l’ONU et des responsables américains, les talibans ont jeté les bases d’un Etat parallèle. Dans les zones qu’ils contrôlent, ils ont instauré leur propre système judiciaire, qui fonctionne en partie grâce aux revenus de l’extraction de minéraux et de pierres précieuses et une fiscalité ciblée.

Les troupes américaines ne sont désormais plus en première ligne, mais continuent d’apporter un soutien aérien aux forces afghanes. En octobre, par exemple, elles ont participé à la lutte contre l’offensive des talibans dans la capitale de la province de Helmand. Avec ses alliés de l’Otan, Washington assure également la formation et le conseil de l’armée afghane.

Beaucoup d’Afghans redoutent que les talibans ne profitent du retrait américain pour obtenir une influence politique démesurée ou qu’ils lancent une offensive armée s’ils n’y parviennent pas.

Les forces de sécurité afghane comptent des centaines de milliers de soldats et de policiers, les missions les plus ardues étant assurées par des commandos armés, qui comptent quelque 20 000 membres parfaitement entraînés. Il est peu probable qu’un soulèvement taliban les anéantisse totalement, mais elles se sont révélées, par le passé, incapables de défendre les centres urbains sans l’aide aérienne des Américains. Moins d’un tiers des quelque 400 districts que compte l’Afghanistan sont entièrement sous le contrôle du gouvernement, selon des experts occidentaux en sécurité.

Sans le soutien militaire des Américains, la situation pourrait se dégrader au point de provoquer une guerre civile qui opposerait hommes forts du pays et militants islamistes, préviennent des dirigeants afghans.

« Les gens ont peur du retour des talibans et cherchent des moyens de s’armer pour se protéger », confie Hamdullah Mohib, responsable de la sécurité et conseiller national à la sécurité, lors d’un entretien. Les talibans « sont persuadés que, une fois les Américains partis, ils réussiront à renverser le gouvernement et conquérir les provinces en un mois », ajoute-t-il.

Dans la province de Wardak, dans les montagnes du centre de l’Afghanistan, Abdul Ghani Alipoor, vétéran de 52 ans, consolide sa milice. Il dirige un groupe d’hommes armés jusqu’aux dents. Des Hazaras, une minorité chiite persécutée pendant le règne des talibans, d’obédience sunnite. Les talibans, qui considèrent les Hazaras comme des hérétiques, ont pris leurs terres, emprisonné leurs leaders et les ont pourchassés lors de campagnes sanglantes. Ils ont aussi détruit deux colossales statues de Bouddha taillées dans la roche de la ville de Bamiyan.

Abdul Ghani Alipoor et sa milice hétéroclite contrôlent les routes et les villages de la zone. Le gouvernement accuse ses hommes de meurtres, d’intimidation et d’extorsion à l’encontre des Pachtounes, l’ethnie dont sont issus la plupart des talibans. Abdul Ghani Alipoor dément.

Selon des experts occidentaux, les effectifs de la milice ont doublé ces derniers mois. Elle comprend actuellement environ 500 hommes armés, mais le commandant peut mobiliser 5 000 réservistes « d’un coup de téléphone ».

Un matin, il y a peu, des centaines de combattants et d’habitants de la zone se sont rassemblés pour les obsèques d’une dizaine d’hommes tués lors d’affrontements avec les talibans. Les prêches ont appelé à la résistance contre les talibans et un imprimeur local a distribué des avis de recrutement dans les villages.

« Si les Américains partent, les Hazaras n’auront pas d’autres choix que prendre les armes, affirme Abdul Daneshiyar, un chef civil local, depuis l’estrade. Nous devons soutenir le commandant Alipoor. »

Les collines qui entourent le plateau étaient constellées de pick-up et de combattants faisant le guet, le visage dissimulé par un foulard et les doigts crevassés par le maniement des armes dans un froid polaire. Certains étaient équipés de fusils d’assaut à vision nocturne, d’autres de lance-roquettes.

Dans son entretien, Abdul Ghani Alipoor a accusé les forces étrangères d’avoir apporté en Afghanistan un faux espoir de paix. « Quand les Américains sont venus en Afghanistan, ils auraient dû apporter la sécurité, soupire-t-il. S’ils partent, c’est une tragédie qui nous attend. »

Même si les Etats-Unis n’ont pas réussi à vaincre les talibans sur le plan militaire, les faire sortir du gouvernement a provoqué une transformation radicale de la société.

Les minorités religieuses sont désormais protégées par la constitution. Les femmes ont le droit d’étudier et de travailler. Les divertissements ne sont plus interdits et les palais des sports, centres commerciaux et autres salles de bowling de Kaboul ne désemplissent pas.

La levée des sanctions prises contre le pays lorsqu’il était dirigé par les talibans a dopé l’économie.

Fahim Hashimy, l’entrepreneur qui avait commencé sa carrière comme interprète pour les forces américaines, a profité de ce nouvel ordre politique pour faire fortune. En 2010, il a créé 1TV, une chaîne de télévision très regardée, avant de se diversifier dans les mines, les routes et même le transport aérien.

« Pendant un moment, tout le monde travaillait très dur et faisait des sacrifices, du côté afghan comme du côté américain, pour parvenir à la démocratie et à la liberté, se souvient cet homme de 40 ans au visage marqué par une cicatrice près de l’œil gauche, souvenir d’un accident de Humvee. La paix est bonne pour l’investissement. Nous laisser seuls, avec l’ennemi contre lequel [les Américains] ont lutté, ça n’est pas juste pour les Afghans. »

S’engouffrant dans un café de Kaboul, Farahnaz Forotan plaisante avec ses amis, éclate d’un rire franc et leur assène de solides tapes dans le dos. A 28 ans, elle fait partie des journalistes et des activistes les plus en vue du pays. Pour elle, le gouvernement américain abandonne le pays et les femmes qui, comme elle, ont conquis une liberté nouvelle.

« L’impression que ça me fait, c’est qu’ils ont emballé tout le pays dans un carton et qu’ils l’ont expédié aux talibans, s’agace-t-elle. Ça ne fait pas l’ombre d’un doute : si les talibans reviennent, ils s’en prendront aux droits des femmes, ils n’ont pas changé. »

Azizi, le combattant, est né un an avant les attentats du 11 septembre et a rejoint les talibans quand il avait 13 ans. Pour lui, les Afghans doivent s’attendre à un durcissement du ton si le groupe reprend le pouvoir : les voleurs doivent avoir la main coupée pour l’exemple, les femmes peuvent étudier et travailler, mais séparées des hommes, et doivent porter des vêtements amples, qui couvrent tout le corps sauf le visage. Hors de question de revêtir un jean ou ces foulards à la mode qui découvrent une partie de la tête.

« Les talibans ne l’accepteront jamais, affirme-t-il. Ça fait vingt ans que l’on se bat contre ça. »

Traduit à partir de la version originale en anglais;  dans l’Opinion.

Un ion européenne : «Une  vision stratégique commune». (Dacian Ciolos)

 

Dacian Ciolos est député européen, président du groupe centriste et libéral Renew Europe va évidemment à l’encontre du souverainisme ambiant en souhaitant une vision stratégique commune dans l’union européenne. ( Tribune dans l’Opinion )

Les Etats-Unis abandonnent l’Irak et Afghanistan

Les Etats-Unis abandonnent l’Irak et Afghanistan

 

Par caprice sans doute , Trump  accélère la tendance générale au repliement sur eux-mêmes des États-Unis. Ainsi les Américains qui ont semé la pagaille au Moyen-Orient ( aidé par la France en Libye) et en particulier en Irak se retirent lamentablement. Ils vont aussi retirer des troupes en Afghanistan après un piteux accord avec les rebelles ; il est également possible qu’il délaisse aussi la Somalie.

 

L’Europe doit ainsi bien prendre conscience qu’elle ne peut compter que sur elle-même pour retrouver sa souveraineté dans tous les domaines y compris sur le plan militaire. Progressivement les Américains se retirent de nombre de théâtres de guerre qu’ils ont parfois eux-mêmes provoqués. La tendance du retrait des Américains s’inscrit dans une certaine continuité mais Trump l’accélère pour créer le maximum des difficultés à s’en successeur.

S’exprimant quasiment au même moment de l’annonce, Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat, a mis en garde contre les risques associés à tout changement majeur de la politique étrangère et de défense des Etats-Unis dans les prochains mois. « Il est extrêmement important qu’ici, dans les mois à venir, il n’y ait pas de bouleversements en ce qui concerne la défense ou la politique étrangère », a-t-il indiqué, ajoutant qu’« une diminution précipitée [du nombre de soldats américains] en Afghanistan ou en Irak serait une erreur. »

À la Chambre des représentants, Mac Thornberry, principal membre républicain de la commission des Services armés, a jugé pareillement que cette réduction des effectifs militaires était une « erreur » qui allait, dans le cas de l’Afghanistan, nuire aux négociations en cours entre Kaboul et les talibans.

Les Etats-Unis et les talibans ont signé, en février dernier, à Doha, au Qatar, un accord prévoyant le retrait des troupes américaines d’Afghanistan d’ici mai 2021, en échange de garanties sécuritaires de la part des insurgés. Mais le niveau de violences s’est accru en Afghanistan, où des attaques menées par des talibans contre des capitales provinciales ont conduit dans certains cas à des frappes de l’aviation américaine.

Afghanistan : cessez le feu ?

Afghanistan : cessez le feu ?

D’après l’AFP, le négociateur du gouvernement afghan Abdullah Abdullah   a indiqué qu’il était «possible» que les talibans acceptent un cessez-le-feu en échange d’une nouvelle opération de libération de prisonniers. «Ce sera à l’équipe de négociateurs de trouver les éléments qui peuvent nous aider à saisir l’occasion», a-t-il relevé.

Quelque 5000 insurgés ont déjà été relâchés par Kaboul contre un millier de membres des forces afghanes dans le cadre d’un échange prévu dans un accord américano-taliban signé en février à Doha.

L’Iran qui Joue a un rôle non négligeable s’est déclaré favorable à cette perspective de cessez-le-feu de même que les Américains

Ces négociations, retardées de six mois en raison de désaccords profonds sur l’échange des 5000 prisonniers, s’ouvrent au lendemain du 19e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, qui ont entraîné l’intervention internationale menée par les États-Unis ayant chassé les talibans du pouvoir (1996-2001).

Les deux camps doivent trouver un moyen «de faire aller le pays de l’avant (…) et d’accéder aux demandes des Afghans: un pays réconcilié avec un gouvernement qui reflète une nation qui n’est pas en guerre», a déclaré M. Pompeo, qui a quitté Doha dans l’après-midi.

Afghanistan : 900 millions détournés par le pouvoir

Afghanistan : 900 millions détournés par le pouvoir

Mi-novembre, Sher Khan Farnoud, fondateur et ex-président de  la Kabul bank,, nomme les quatre responsables du désastre devant un tribunal spécial dédié à l’affaire. Ces hommes sont selon lui son adjoint à la tête de la banque, l’avocat général, le frère du vice-président afghan et le chef de l’Etat lui-même.  Tolo news, la principale chaîne d’information d’Afghanistan, rapporte ces propos, alors que les autorités afghanes n’ont pas communiqué sur la tenue d’un procès.  La gestion du dossier Kabul bank est un test pour le gouvernement, que les donneurs internationaux observent avec attention, eux qui ont conditionné 16 milliards de dollars d’aide d’ici 2016 à la mise en place de réformes, notamment en terme de gouvernance et de corruption.  Mais l’identité de deux des bénéficiaires, Mahmood Karzaï, le frère du président Hamid Karzaï, et un frère du vice-président Mohammad Qasim Fahim, rendent le dossier excessivement politique. Et malaisé à traiter par une justice afghane reconnue pour son opacité et sa corruption.  Le chef de l’Etat, selon une source très proche du dossier, n’est pas inquiété à titre personnel. Son nom n’apparaît sur aucune opération financière de la Kabul bank, de même source. Même si l’établissement aurait fourni 20 millions de dollars pour sa campagne présidentielle de 2009, ce que son entourage nie.  Sher Khan Farnoud, le fondateur de la Kabul bank et son ex-directeur général, Khalilullah Ferozi, se trouvent par contre à la base de la fraude, affirme cette source.   »Les épargnants ont financé des prêts accordés à d’autres sans les garanties bancaires habituelles et sans l’intention de ne jamais les rembourser », décrypte Eva Joly, l’un de six experts du Comité indépendant d’évaluation et de contrôle anti-corruption (MEC en anglais), qui a publié un rapport sur la Kabul bank.  Ensuite, « ils ont fabriqué vraiment beaucoup de faux documents pour justifier les virements » et duper les auditeurs de la banque, relève-t-elle.  Dès ses débuts, et alors que les frères Karzaï et Fahim n’en sont pas encore actionnaires, la Kabul bank dispose d’une double-comptabilité, afin de dissimuler les fraudes commises, observe un connaisseur du dossier.  Grâce à ce stratagème, M. Farnoud « emprunte » 270,3 millions de dollars à son établissement, tandis que 94,3 millions de dollars sont « affectés » à M. Ferozi, d’après le rapport du MEC.  Dix autres individus se partagent 210 millions, tandis que sept entreprises – appartenant aux 12 protagonistes – raflent le reste, pour un total de 861 millions de dollars, toujours selon le MEC.  Les frères Karzaï et Fahim empochent à eux deux 74,1 millions de dollars, plus peut-être une partie de l’argent versé aux sept entreprises, affirme la source proche du dossier.  Ces deux hommes ne font pourtant pas partie des 22 inculpés. « Clairement, il y a protection des plus importants (bénéficiaires). Le choix des mis en examen a été fait au plus haut niveau. Les procureurs n’ont pas décidé par eux-mêmes. Ils ont reçu des instructions. Le tribunal spécial a été très passif », déplore Eva Joly.  La volonté de récupérer l’argent volé semble également faible, note un autre expert du dossier.   »400 millions ont été transférés sur 50 comptes bancaires situés dans douze pays, aux noms des actionnaires » de la Kabul bank, remarque ce dernier. « Pourtant, quelqu’un a pris la décision de ne demander des mandats internationaux que pour quatre pays et deux noms », ceux des deux ex-dirigeants de l’entreprise, peste-t-il.  Une manière de s’assurer que les personnalités ‘sensibles’ ne seront pas inquiétées, sous-entend-t-il.  Au 31 août dernier, l’administration judiciaire avait récupéré 128.3 millions de dollars en espèce ainsi que des biens d’une valeur d’achat de 190,6 millions.  Au moment des faits, les pertes de la Kabul bank correspondaient à 5% du PIB afghan.  Samedi, pour la journée internationale anti corruption, le président Karzaï a rendu la communauté internationale responsable de la prévarication dans son pays. « La corruption dans notre administration est petite. La grosse partie, celle qui concerne des centaines de millions de dollars, n’est pas de notre fait. Elle est du leur et nous a été imposée », a affirmé le chef de l’état afghan.

 

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