Archive pour le Tag 'Afghanistan'

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Afghanistan: 18 avions réquisitionnés par les États-Unis

Afghanistan: 18 avions réquisitionnés par les États-Unis

Au total, 18 avions sont mobilisés, appartenant aux compagnies privées ont été mobilisés notamment pour acheminer des candidats afghans à l’immigration réfugiée  au Qatar et en Arabie Saoudite.

Dans une interview à la chaîne ABC, le président américain Joe Biden a indiqué que les États-Unis prévoyaient d’évacuer tous les Américains (entre 10.000 et 15.000 personnes selon certaines estimations), et espéraient pouvoir faire de même pour les alliés afghans et leurs familles (entre 50.000 et 65.000 personnes). Le problème c’est que nombre de personnes se retrouve coincées en ne pouvant accéder à l’aéroport.

Politique-Afghanistan : les raisons de la victoire foudroyante des talibans

Politique-Afghanistan : les raisons de la victoire foudroyante des talibans

Spécialiste de l’Afghanistan, Bernard Dupaigne, directeur émérite au Musée de l’Homme et professeur au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), analyse les causes du retour fulgurant des talibans au pouvoir. (Dans le JDD, extrait)

 

  • Tribune

Alors que le monde entier a les yeux braqués sur l’Afghanistan et s’interroge sur les raisons de la rapide victoire des talibans, un retour sur l’histoire récente et plus ancienne du pays s’impose. On ne saurait, en effet, bien comprendre les récents développements sans avoir une vue d’ensemble de l’évolution qu’a connue ce territoire au cours des dernières décennies. Une évolution qui l’a vu successivement se rapprocher de l’URSS, être envahi par celle-ci, sombrer dans la guerre civile, être dominé une première fois par les talibans, puis subir, vingt ans durant, l’intervention américaine qui vient de s’achever…

L’Afghanistan, pays enclavé, a bénéficié au XIXe siècle des subsides britanniques. Puis sont venues les attentions soviétiques et, ensuite, américaines. Durant la guerre froide, les massives aides étrangères ont abouti à l’apparition à Kaboul d’une caste de privilégiés coupés des réalités des provinces.

Dans les années 1960, Soviétiques et Américains ont rivalisé de financements pour attirer l’Afghanistan dans leur zone d’influence. À ce jeu, les Soviétiques ont gagné. Des milliers de bourses d’études en URSS ont été offertes aux jeunes Afghans. Ingénieurs et officiers prirent goût à la vodka et aux blondes russes, ce qui était pour eux le comble de la modernité. Beaucoup se sont mariés sur place, et sont restés après 1980. Surtout, les Soviétiques ont fourni en armes l’armée afghane et ont gagné les officiers à leur cause. Ce sont ces officiers convaincus qui ont organisé le coup d’État de 1978.

Face à l’URSS, les Etats-Unis ont financé les plus extrémistes

Répressions contre les religieux et propriétaires terriens s’ensuivirent, conduisant à des révoltes populaires, vite contrôlées par des partis hostiles aux communistes dont les responsables s’étaient installés au Pakistan voisin.

Dans l’idée d’affaiblir l’URSS, les Américains ont fourni une assistance considérable à ces partis. Leurs commandants locaux, qui se déplaçaient à moto, ont vite pris l’habitude des 4×4 japonais offerts par Washington. Toute l’aide américaine transitait par les généraux pakistanais et leurs services secrets. Malgré les mises en garde des Occidentaux connaisseurs du terrain, ce sont les partis extrémistes et les plus anti-américains (à commencer par le Hezb-e-islami, « parti de Dieu ») qui ont été les mieux financés. Après le départ des Soviétiques en 1989, dépités de s’être fait surprendre par Ahmed Chah Massoud pour la conquête de Kaboul en 1992, ils ont longuement bombardé la capitale et lui ont fait subir un blocus rigoureux.

En 2001, après les attentats du 11 septembre, organisés par Oussama Ben Laden depuis l’Afghanistan, où il avait été accueilli en 1979 en échange d’importants subsides, les États-Unis ne pouvaient pas ne pas réagir. La décision fut, dans un premier temps, de ne pas envoyer d’hommes sur le terrain. Ils se sont donc appuyés sur les commandants de la supposée « Alliance du Nord », aux intérêts déjà divergents. Des valises de dollars ont été distribuées pour inciter les chefs de guerre au combat.

Dans ce pays ultra-conservateur, les Occidentaux ont voulu imposer leur propre vision du monde

Les talibans une fois tués ou repliés dans leurs bases du Pakistan, les États-Unis – et la communauté internationale, sous l’égide des Nations unies – se sont mis en tête de reconstruire l’État afghan, faisant du « Nation building » tout en s’en défendant. Une Constitution à l’américaine, avec un président (et non pas à l’européenne avec un président et un premier ministre) fut adoptée en 2004, et violée en 2014 par les Américains eux-mêmes, avec la création, non prévue et imposée par eux, d’un poste de « chef de l’exécutif », pour contenter le candidat malheureux aux élections tenues cette année-là, Abdollah Abdollah ; ce chef tadjik, se présentant comme héritier du commandant Massoud, contrebalançait ainsi le président pachtoune Ashraf Ghani. Dans un pays ultra-conservateur, les Occidentaux ont voulu imposer leur propre vision du monde ; des ONG féministes scandinaves proposaient la parité hommes/femmes à tous les niveaux de conseils et de représentation, jusqu’aux villageois.

Les députés n’avaient aucun pouvoir… sauf celui d’accumuler de l’argent le plus vite possible. Une disposition de la Constitution demandait leur accord à la nomination des ministres. Ceux-ci devaient acheter le vote des députés, puis se dépêcher, par une intense corruption, de rentrer dans leurs frais. Des ministères importants restaient des mois sans titulaire, faute de compromis. Aucun des services de l’État ne fonctionnait. Les États-Unis payaient les fonctionnaires et les corrompus. De fausses embuscades étaient lancées sur les routes pour que soient payées des sociétés de sécurité possédées par des ministres ou chefs de guerre. Quelque 80 % du budget de l’État afghan venait de l’étranger.

Dans ce cadre de désillusion et de corruption généralisée, les talibans ont vite repris des forces dans les campagnes, instaurant une administration qui, quoique dure, était vue comme préférable au chaos.

L’Amérique payait des troupes afghanes inexistantes

Une fois le retrait américain annoncé, l’avancée des talibans a été fulgurante. Souvent, la paie des soldats du gouvernement de Kaboul était saisie par leurs officiers, l’équipement était déplorable, les soutiens logistiques inexistants. L’armée paraissait nombreuse, mais beaucoup de régiments n’existaient que sur le papier : les États-Unis payaient des troupes inexistantes.

Des notables du régime afghan ont acquis des résidences sur la nouvelle île artificielle créée à Dubaï, à partir d’un million de dollars, réglés cash, en liquide. Tout cela aux frais des contribuables américains. Pourquoi les soldats afghans, mal payés et abandonnés, se seraient-ils fait tuer pour permettre à leurs supérieurs de continuer à mener grande vie?

En 1996, les talibans d’alors avaient également vite conquis les provinces, sans rencontrer de résistance. La population s’était alors largement ralliée à eux, pour retrouver l’ordre et la sécurité. Ce qui a le plus surpris cette année, c’est leur progression très rapide, dès juin 2021, dans les provinces du nord du pays, peuplées surtout d’Ouzbeks. Les Ouzbeks, a priori opposés aux Pachtounes talibans d’aujourd’hui, ont également pensé retrouver la sécurité en s’alliant aux plus forts.

Les talibans et Daech sont incompatibles

On s’étonne également du nombre des combattants talibans, qui se sont révélés capables de prendre simultanément les postes de douanes, synonymes de rentrées financières, et les principales capitales provinciales. Leurs armements semblent inépuisables ; ils sont de modèle soviétique, et non américain. Certes, il y a eu des prises de guerre dans les postes gouvernementaux abandonnés, mais aussi, forcément, des apports extérieurs : du Pakistan, de l’Iran?

À présent, avec la fin probable des financements américains, toute une partie de la société de Kaboul, qui en profitait directement ou indirectement, se retrouvera sans emploi. Les femmes, qui avaient gagné des libertés dans cette atmosphère occidentale, se retrouveront contraintes, comme il y a cent ans. Beaucoup de femmes de Kaboul regrettent le temps du roi Zaher Châh (1963-1973) quand les citadines s’émancipaient, puis la brève période communiste (1978-1979), quand la libération des femmes était prônée et que les miliciennes se promenaient cheveux au vent à fouiller les paysannes voilées. Mais, finalement, « les femmes à la maison », ce n’est pas pour tant déplaire aux bons phallocrates villageois.

Les talibans se disent nationalistes ; ils veulent reprendre le pouvoir dans leur propre pays, le diriger à leur guise. En cela, ils se différencient des extrémistes de Daech, qui se veulent internationalistes. Pour les talibans, il s’agit de diriger la nation afghane ; pour Daech, c’est d’exporter partout un régime qu’ils appellent « islamiste ». Les deux mouvements sont incompatibles ; d’ailleurs, ils se sont affrontés pour la conquête de territoires, et les talibans ont gardé la supériorité. Les talibans sont là pour longtemps. Aucune opposition n’est prête à les affronter, aucun pays étranger non plus.

 

Afghanistan : les 400 collaborateurs européens abandonnés par les pays occidentaux

Afghanistan : les 400 collaborateurs européens abandonnés par les pays occidentaux

 

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a jugé « impossible » d’évacuer tous les collaborateurs afghans pour la fin du mois d’août, dans un entretien accordé à l’AFP, samedi 21 août. »Les mesures de contrôle et de sécurité des Américains sont très fortes. Nous nous sommes plaints. Nous leur avons demandé de montrer plus de flexibilité. Nous n’arrivons pas à faire passer nos collaborateurs », a-t-il confié lors de cet entretien par téléphone.

La seule délégation de l’UE a Kaboul compte environ 400 collaborateurs afghans et leurs familles.

Afghanistan et Macron : insouciance ou naïveté ? (Xavier Bertrand)

Afghanistan et Macron : insouciance ou naïveté ? (Xavier Bertrand)

 

Xavier Bertrand estime qu’Emmanuel Macron fait preuve d’une « forme d’insouciance » sur les sujets liés au terrorisme, au Mali comme en Afghanistan.  (Dans le JDD ; extrait)

Emmanuel Macron  »n’a absolument pas pris la mesure de la menace que fait peser l’islamisme radical sur notre sécurité et nos valeurs », affirme Xavier Bertrand. Dans un entretien au JDD, le président (ex-Les Républicains) de la Région Hauts-de-France et candidat à la présidentielle accuse le chef de l’Etat d’avoir commis « une faute » en annonçant le retrait de nos troupes terrestres du Mali et d’avoir « fait preuve d’une naïveté confondante » face à l’islamisme depuis 2017. Avant la primaire de la droite, à laquelle il refuse de participer, il appelle à l’union. « Je ne serai pas candidat à une primaire, mais je le dis clairement : je tendrai la main, promet-il. A Valérie Pécresse, comme à ­Laurent Wauquiez, comme à tous les autres. »

 

Le 14 août, vous avez interpellé Emmanuel Macron sur la situation en Afghanistan, en appelant la France à prendre l’initiative. Avez-vous le sentiment d’avoir été entendu?
Compte tenu des conditions dramatiques du retrait américain, la France a manqué de leadership. La prise du pouvoir des talibans à Kaboul est un tournant pour l’ordre mondial et un drame pour les Afghans. Je pense particulièrement à la situation des femmes. N’oublions jamais le sacrifice de 90 soldats français morts au ­combat en Afghanistan qui a permis de protéger notre pays contre de potentielles attaques terroristes. Maintenant que les premières mesures d’urgence pour rapatrier nos compatriotes et ceux qui nous ont aidés sur place ont été prises, il nous faut être très clairs avec les nouveaux dirigeants afghans : si l’Afghanistan redevient la base arrière du terrorisme antioccidental, si la barbarie s’y développe à nouveau, des sanctions massives et rapides devront être déclenchées. Ce sujet doit être mis à l’ordre du jour prioritaire d’un G7 mais surtout d’un G20, car rien ne peut se régler sans les Russes et les Chinois. Le rôle de la France, c’est de réunir le maximum de pays sur cette ligne. Ensuite, il faut nous préparer sérieusement au choc migratoire qui arrive. Nous devons prendre notre part à ce drame, mais pas dans n’importe quelles conditions, et pas tout seuls. C’est pourquoi j’ai demandé, dès le 14 août, que la France prenne l’initiative de réunir un Conseil européen en urgence.

L’armée française déployée au Mali risque-t-elle de vivre demain ce qu’ont vécu les Américains en Afghanistan?
Nous devons rester au Mali jusqu’à l’anéantissement des groupes armés terroristes. C’est un impératif de sécurité pour notre pays, car le terrorisme au Mali aujourd’hui, c’est le terrorisme au coin de nos rues demain. Nous le devons aussi aux 55 militaires morts pour la France au Sahel. Les annonces du président Macron sur le retrait de nos troupes terrestres étaient une faute, car elles ont donné le signal de notre désengagement. Il faut qu’Emmanuel Macron rompe avec une forme d’insouciance sur ces sujets. Nous n’y resterons pas éternellement, mais on ne peut pas se désengager du Mali comme les Américains l’ont fait en Afghanistan. La débâcle américaine nous rappelle qu’en plus de gagner la guerre, il faut surtout gagner la paix. Nos partenaires européens, dont nous défendons la sécurité par notre engagement au Sahel, doivent prendre leur part à nos efforts. C’est un sujet qui devra être porté par la présidence française de l’Union européenne.

Vous trouvez Emmanuel Macron « insouciant » face à l’islamisme?
Depuis cinq ans, Emmanuel ­Macron a fait preuve d’une naïveté confondante sur cette question. Il n’a absolument pas pris la mesure de la menace que fait peser l’islamisme radical sur notre sécurité et nos valeurs. L’islamisme radical n’est pas une religion, c’est une idéologie qui, à l’échelle mondiale, veut détruire notre vision du monde et de l’Homme, notre identité, ce qu’est la France : les libertés, les droits des femmes, le droit de croire dans le Dieu de son choix ou de ne pas croire, le droit de choisir sa vie et qui l’on aime.

Concrètement, que proposez-vous?
Je propose d’interdire le salafisme en France, et de dissoudre immédiatement toutes les organisations islamistes qui propagent une idéologie politique incompatible avec les valeurs que nous portons : l’égalité entre les femmes et les hommes, ou la primauté de la loi de la ­République. Les financements provenant directement ou indirectement d’Etats étrangers seront également interdits : il faut organiser la séparation des Eglises et des Etats. La reconquête républicaine passe aussi par la reprise en main de notre politique migratoire, le retour des forces de l’ordre et des services publics dans les quartiers, et à nouveau la possibilité de promotion sociale pour les jeunes de toutes origines. Je veux redonner de l’espoir à celles et ceux qui ont perdu la foi républicaine. Cette offensive républicaine, nos compatriotes de confession musulmane nous la demandent dans leur immense majorité : ils aspirent eux aussi à vivre paisiblement leur religion.

Vous avez entamé un tour de France estival au contact des Français. Qu’y avez-vous appris?
On croit bien connaître les ­Français et l’on apprend toujours, quand on prend le temps d’aller vers eux, de leur dignité, de leur combativité, de leur sens politique, et de l’amour pour leur pays. Ils n’accordent plus aucun crédit aux grandes déclarations, mais attendent un retour du politique. Ils veulent des résultats. Et vite. Concrètement, la question du niveau de vie de ceux qui travaillent et ont des salaires modestes revient en permanence. Depuis la crise des Gilets jaunes, les réponses n’ont pas été apportées : quand on travaille, on doit avoir un salaire suffisant pour assurer le quotidien, mais aussi pour faire plaisir à ses enfants. C’est une question centrale de la prochaine présidentielle et je suis déterminé à y répondre. J’ai aussi été conforté dans mon projet de repenser totalement notre organisation autour d’une idée : la République des territoires.

 

« 

La République des territoires, c’est une nouvelle étape de la décentralisation?
La République des territoires, c’est une révolution institutionnelle. L’objectif est de passer d’un pays centré sur sa capitale à un « pays capitale ». C’est-à-dire où l’on peut réussir partout, où la performance, les responsabilités, la créativité sont partout. Nous allons inverser le principe de répartition des pouvoirs. Les compétences de la vie quotidienne – l’économie, le social, la santé, le logement, l’énergie, les transports, la formation professionnelle –, doivent relever désormais de la proximité, des communes et du couple ­Région-Département, celui-ci étant organisé sur la base d’un élu unique : le conseiller territorial. Le niveau national sera recentré sur les missions régaliennes – les affaires étrangères, la défense, la police, la justice, l’immigration –, l’égalité des droits sur tout le territoire notamment en matière d’éducation, et la préparation de l’avenir. Pour mener cette révolution, nous devrons lancer un programme massif d’investissement en infrastructures. Un territoire 100% fibre. C’est possible partout : regardez l’exemple de la Corrèze. Il faudra aussi lancer un programme de développement des transports, notamment ferroviaires. C’est ça la mission de l’Etat central, pas de s’occuper, et souvent mal, de tout.

Avez-vous croisé des antipasses pendant votre tour de France?
Bien sûr. Ma position est claire depuis le début : je suis provaccin et favorable au passe sanitaire. ­Cessons d’avoir systématiquement un temps de retard durant cette crise : nous devons engager dès à présent la troisième dose de vaccin, comme de nombreux pays dans le monde. Avec les gestes barrière, c’est la seule solution connue à ce jour pour réduire le risque de formes graves du coronavirus.

 

Valérie Pécresse s’est, comme vous, déclarée candidate à la présidentielle. La droite aura-t-elle deux candidats au premier tour de la présidentielle?
Je suis convaincu que ce ne sera pas le cas. Je ne serai pas candidat à une primaire, mais je le dis clairement : je tendrai la main. A Valérie Pécresse, comme à ­Laurent Wauquiez, comme à tous les autres. J’ouvrirai mon équipe à tous les talents, pour mener campagne comme pour diriger le pays. L’union, plus tôt on saura la faire, mieux ce sera.

Afghanistan : retour des femmes en esclavage

Afghanistan : retour des femmes en esclavage

Quand ils sont au pouvoir, les talibans privent les femmes de nombreux droits élémentaires. Parmi leurs exactions, l’une des pires est la pratique des mariages forcés, une forme d’esclavage sexuel. Par Vrinda Narain, McGill University

Après le retrait des forces américaines et otaniennes d’Afghanistan en juillet, les talibans ont rapidement pris le contrôle du pays. Le président a fui et le gouvernement est tombé.

Enhardis par leur succès, par le manque de résistance des forces afghanes et par la faible réaction internationale, les talibans se montrent de plus en plus violents. Pour les femmes afghanes, leur retour au pouvoir constitue une réalité terrifiante.

Début juillet, les dirigeants talibans qui venaient de prendre le contrôle des provinces de Badakhshan et de Takhar ont ordonné aux chefs religieux locaux de leur fournir une liste de filles de plus de 15 ans et de veuves de moins de 45 ans à « marier » avec des combattants talibans. On ne sait pas encore si les chefs religieux ont obtempéré.

Si ces mariages forcés ont lieu, les femmes et les jeunes filles seront emmenées au Waziristan (Pakistan) pour être rééduquées et converties à un « islam authentique ».

Cet ordre a effrayé les femmes et leurs familles vivant dans ces régions et les a forcées à fuir et à rejoindre les rangs des personnes déplacées à l’intérieur du pays. L’Afghanistan est en proie à un véritable désastre humanitaire : rien qu’au cours des trois derniers mois, 900 000 personnes ont été déplacées.

Cette directive des talibans, de mauvais augure pour la suite des événements, rappelle ce qu’a été leur régime quand ils ont exercé le pouvoir en Afghanistan entre 1996 et 2001. Les femmes ont alors été privées de bon nombre des droits humains les plus élémentaires. Il leur a été interdit d’exercer un emploi et d’avoir accès à l’éducation. Elles ont été systématiquement contraintes de porter la burqa et il leur était impossible de sortir de chez elles sans être accompagnées d’un « tuteur » masculin, ou mahram.

Les talibans prétendent avoir évolué sur la question des droits des femmes ; mais leurs récentes actions, qui semblent attester de leur détermination à livrer des milliers de femmes à l’esclavage sexuel, montrent que ce n’est absolument pas le cas.

En outre, les talibans ont déjà annoncé leur intention de mettre fin à l’éducation des filles après l’âge de 12 ans, d’interdire aux femmes de travailler et de rétablir la loi exigeant que les femmes soient accompagnées d’un tuteur pour la moindre sortie hors de leur domicile.

Les progrès obtenus par les femmes afghanes au cours des vingt dernières années, notamment en matière d’éducation, d’emploi et de participation politique, sont gravement menacés.

La pratique consistant à offrir des « épouses » relève d’une stratégie visant à inciter les hommes à rejoindre les rangs des talibans. Il s’agit d’esclavage sexuel, et non de mariage. Or contraindre les femmes à l’esclavage sexuel sous le couvert du mariage constitue à la fois un crime de guerre et un crime contre l’humanité. L’article 27 de la Convention de Genève stipule :

« Les femmes seront spécialement protégées contre toute atteinte à leur honneur, et notamment contre le viol, la contrainte à la prostitution et tout attentat à leur pudeur. »

En 2008, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la [résolution 1820](https://undocs.org/fr/S/RES/1820(2008) qui fait observer que « le viol et d’autres formes de violence sexuelle peuvent constituer un crime de guerre, un crime contre l’humanité ou un élément constitutif du crime de génocide ». Elle reconnaît la violence sexuelle comme une tactique de guerre visant à humilier, dominer et instiller la peur chez les civils.

L’ONU doit agir avec détermination pour empêcher de nouvelles atrocités contre les femmes en Afghanistan.

Je propose à la communauté internationale quatre actions politiques visant à instaurer une paix durable. Elles sont guidées par la résolution 1820 qui souligne l’importance de l’implication des femmes en tant que participantes égales au processus de paix et qui condamne toutes les formes de violence sexiste contre les civils dans les conflits armés :

Appeler à un cessez-le-feu immédiat pour garantir que le processus de paix puisse se poursuivre de bonne foi.

  • Veiller à ce que les droits des femmes – inscrits dans la Constitution afghane, la législation nationale et le droit international – soient respectés.
  • Insister pour que les négociations futures se déroulent avec une participation significative des femmes afghanes. Lors des négociations entre le gouvernement Ghani et les talibans, il n’y avait que quatre femmes dans l’équipe du gouvernement afghan et aucune dans celle des talibans.
  • La levée des sanctions contre les talibans doit être conditionnée à leur engagement à respecter les droits des femmes. L’Union européenne et les États-Unis, qui sont actuellement les principaux bailleurs de fonds de l’Afghanistan, doivent conditionner leur aide au respect des droits des femmes et à leur accès à l’éducation et à l’emploi.

Les femmes d’Afghanistan et de toute la région se féliciteraient des efforts que déploieraient les Nations unies et la communauté internationale pour faire en sorte que les personnes ayant survécu à des violences sexuelles bénéficient d’une protection égale au regard de la loi et d’un accès égal à la justice.

La lutte contre l’impunité des auteurs de violences sexuelles s’inscrit pleinement dans une approche globale visant à rechercher une paix durable, la justice et la réconciliation nationale en Afghanistan.

______

(*) Par Vrinda Narain, Associate Professor, Faculty of Law, Centre for Human Rights and Legal Pluralism; Max Bell School of Public Policy, McGill University.

La version originale de cet article a été publiée en anglais.

Afghanistan: fin d’une grande illusion

Afghanistan: fin d’une grande illusion

Le sentimentalisme humanitaire ne saurait faire une politique, argumente l’essayiste Mathieu Bock-Côté.

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Pour Mathieu Bock-Côté, la grande illusion est de croire que l’Afghanistan était une nation à l’image de l’Occident. ( Le figaro, extrait)

 

Le militantisme démocratique occidental constitue une erreur stratégique. (Dans le Figaro extrait) L’échec de l’Amérique et de ses alliés, en Afghanistan, était probablement inévitable: il n’en demeure pas moins humiliant, et vient clore, vingt ans après le 11 Septembre, un cycle politique voué à l’expansion militante de la démocratie jusqu’aux derniers recoins de la planète.

Il ne reste plus rien de la théorie des dominos démocratiques, formulée en son temps par les promoteurs du «wilsonisme botté», qui s’imaginaient possible d’implanter partout un régime semblable à celui prévalant dans le monde occidental. L’humanité est fondamentalement plurielle, et même les aspirations les plus généreuses ne sauraient transcender, et encore moins abolir, la diversité des États, des nations, des civilisations, des cultures et des religions qui la composent.

On ne comprendra rien à cet échec si on ne médite pas sur les limites de ce qu’il faut bien appeler l’anthropologie américaine.

Afghanistan : les raisons de la victoire foudroyante des talibans

Afghanistan : les raisons de la victoire foudroyante des talibans

Spécialiste de l’Afghanistan, Bernard Dupaigne, directeur émérite au Musée de l’Homme et professeur au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), analyse les causes du retour fulgurant des talibans au pouvoir. (Dans le JDD, extrait)

 

  • Tribune

Alors que le monde entier a les yeux braqués sur l’Afghanistan et s’interroge sur les raisons de la rapide victoire des talibans, un retour sur l’histoire récente et plus ancienne du pays s’impose. On ne saurait, en effet, bien comprendre les récents développements sans avoir une vue d’ensemble de l’évolution qu’a connue ce territoire au cours des dernières décennies. Une évolution qui l’a vu successivement se rapprocher de l’URSS, être envahi par celle-ci, sombrer dans la guerre civile, être dominé une première fois par les talibans, puis subir, vingt ans durant, l’intervention américaine qui vient de s’achever…

L’Afghanistan, pays enclavé, a bénéficié au XIXe siècle des subsides britanniques. Puis sont venues les attentions soviétiques et, ensuite, américaines. Durant la guerre froide, les massives aides étrangères ont abouti à l’apparition à Kaboul d’une caste de privilégiés coupés des réalités des provinces.

Dans les années 1960, Soviétiques et Américains ont rivalisé de financements pour attirer l’Afghanistan dans leur zone d’influence. À ce jeu, les Soviétiques ont gagné. Des milliers de bourses d’études en URSS ont été offertes aux jeunes Afghans. Ingénieurs et officiers prirent goût à la vodka et aux blondes russes, ce qui était pour eux le comble de la modernité. Beaucoup se sont mariés sur place, et sont restés après 1980. Surtout, les Soviétiques ont fourni en armes l’armée afghane et ont gagné les officiers à leur cause. Ce sont ces officiers convaincus qui ont organisé le coup d’État de 1978.

Face à l’URSS, les Etats-Unis ont financé les plus extrémistes

Répressions contre les religieux et propriétaires terriens s’ensuivirent, conduisant à des révoltes populaires, vite contrôlées par des partis hostiles aux communistes dont les responsables s’étaient installés au Pakistan voisin.

Dans l’idée d’affaiblir l’URSS, les Américains ont fourni une assistance considérable à ces partis. Leurs commandants locaux, qui se déplaçaient à moto, ont vite pris l’habitude des 4×4 japonais offerts par Washington. Toute l’aide américaine transitait par les généraux pakistanais et leurs services secrets. Malgré les mises en garde des Occidentaux connaisseurs du terrain, ce sont les partis extrémistes et les plus anti-américains (à commencer par le Hezb-e-islami, « parti de Dieu ») qui ont été les mieux financés. Après le départ des Soviétiques en 1989, dépités de s’être fait surprendre par Ahmed Chah Massoud pour la conquête de Kaboul en 1992, ils ont longuement bombardé la capitale et lui ont fait subir un blocus rigoureux.

En 2001, après les attentats du 11 septembre, organisés par Oussama Ben Laden depuis l’Afghanistan, où il avait été accueilli en 1979 en échange d’importants subsides, les États-Unis ne pouvaient pas ne pas réagir. La décision fut, dans un premier temps, de ne pas envoyer d’hommes sur le terrain. Ils se sont donc appuyés sur les commandants de la supposée « Alliance du Nord », aux intérêts déjà divergents. Des valises de dollars ont été distribuées pour inciter les chefs de guerre au combat.

Dans ce pays ultra-conservateur, les Occidentaux ont voulu imposer leur propre vision du monde

Les talibans une fois tués ou repliés dans leurs bases du Pakistan, les États-Unis – et la communauté internationale, sous l’égide des Nations unies – se sont mis en tête de reconstruire l’État afghan, faisant du « Nation building » tout en s’en défendant. Une Constitution à l’américaine, avec un président (et non pas à l’européenne avec un président et un premier ministre) fut adoptée en 2004, et violée en 2014 par les Américains eux-mêmes, avec la création, non prévue et imposée par eux, d’un poste de « chef de l’exécutif », pour contenter le candidat malheureux aux élections tenues cette année-là, Abdollah Abdollah ; ce chef tadjik, se présentant comme héritier du commandant Massoud, contrebalançait ainsi le président pachtoune Ashraf Ghani. Dans un pays ultra-conservateur, les Occidentaux ont voulu imposer leur propre vision du monde ; des ONG féministes scandinaves proposaient la parité hommes/femmes à tous les niveaux de conseils et de représentation, jusqu’aux villageois.

Les députés n’avaient aucun pouvoir… sauf celui d’accumuler de l’argent le plus vite possible. Une disposition de la Constitution demandait leur accord à la nomination des ministres. Ceux-ci devaient acheter le vote des députés, puis se dépêcher, par une intense corruption, de rentrer dans leurs frais. Des ministères importants restaient des mois sans titulaire, faute de compromis. Aucun des services de l’État ne fonctionnait. Les États-Unis payaient les fonctionnaires et les corrompus. De fausses embuscades étaient lancées sur les routes pour que soient payées des sociétés de sécurité possédées par des ministres ou chefs de guerre. Quelque 80 % du budget de l’État afghan venait de l’étranger.

Dans ce cadre de désillusion et de corruption généralisée, les talibans ont vite repris des forces dans les campagnes, instaurant une administration qui, quoique dure, était vue comme préférable au chaos.

L’Amérique payait des troupes afghanes inexistantes

Une fois le retrait américain annoncé, l’avancée des talibans a été fulgurante. Souvent, la paie des soldats du gouvernement de Kaboul était saisie par leurs officiers, l’équipement était déplorable, les soutiens logistiques inexistants. L’armée paraissait nombreuse, mais beaucoup de régiments n’existaient que sur le papier : les États-Unis payaient des troupes inexistantes.

Des notables du régime afghan ont acquis des résidences sur la nouvelle île artificielle créée à Dubaï, à partir d’un million de dollars, réglés cash, en liquide. Tout cela aux frais des contribuables américains. Pourquoi les soldats afghans, mal payés et abandonnés, se seraient-ils fait tuer pour permettre à leurs supérieurs de continuer à mener grande vie?

En 1996, les talibans d’alors avaient également vite conquis les provinces, sans rencontrer de résistance. La population s’était alors largement ralliée à eux, pour retrouver l’ordre et la sécurité. Ce qui a le plus surpris cette année, c’est leur progression très rapide, dès juin 2021, dans les provinces du nord du pays, peuplées surtout d’Ouzbeks. Les Ouzbeks, a priori opposés aux Pachtounes talibans d’aujourd’hui, ont également pensé retrouver la sécurité en s’alliant aux plus forts.

Les talibans et Daech sont incompatibles

On s’étonne également du nombre des combattants talibans, qui se sont révélés capables de prendre simultanément les postes de douanes, synonymes de rentrées financières, et les principales capitales provinciales. Leurs armements semblent inépuisables ; ils sont de modèle soviétique, et non américain. Certes, il y a eu des prises de guerre dans les postes gouvernementaux abandonnés, mais aussi, forcément, des apports extérieurs : du Pakistan, de l’Iran?

À présent, avec la fin probable des financements américains, toute une partie de la société de Kaboul, qui en profitait directement ou indirectement, se retrouvera sans emploi. Les femmes, qui avaient gagné des libertés dans cette atmosphère occidentale, se retrouveront contraintes, comme il y a cent ans. Beaucoup de femmes de Kaboul regrettent le temps du roi Zaher Châh (1963-1973) quand les citadines s’émancipaient, puis la brève période communiste (1978-1979), quand la libération des femmes était prônée et que les miliciennes se promenaient cheveux au vent à fouiller les paysannes voilées. Mais, finalement, « les femmes à la maison », ce n’est pas pour tant déplaire aux bons phallocrates villageois.

Les talibans se disent nationalistes ; ils veulent reprendre le pouvoir dans leur propre pays, le diriger à leur guise. En cela, ils se différencient des extrémistes de Daech, qui se veulent internationalistes. Pour les talibans, il s’agit de diriger la nation afghane ; pour Daech, c’est d’exporter partout un régime qu’ils appellent « islamiste ». Les deux mouvements sont incompatibles ; d’ailleurs, ils se sont affrontés pour la conquête de territoires, et les talibans ont gardé la supériorité. Les talibans sont là pour longtemps. Aucune opposition n’est prête à les affronter, aucun pays étranger non plus.

 

Afghanistan : un fiasco pour le monde, France comprise

Afghanistan : un fiasco pour le monde, France comprise

Frédéric Charillon, Université Clermont Auvergne revient sur le fiasco et les responsabilités occidentales,  France comprise.

Tribune

 

 

Le président Emmanuel Macron a souhaité réagir aux événements de Kaboul par une brève allocution télévisée le 16 août à 20h, comme il l’avait déjà fait sur quelques sujets internationaux (par exemple après l’attaque du Capitole à Washington par les partisans de Donald Trump le 6 janvier 2021).

Après l’explosion de Beyrouth l’année dernière (4 août 2020), c’est la deuxième intervention estivale forte pour le locataire de l’Élysée. L’accent a été mis sur les préoccupations les plus immédiates, et sur les mesures à prendre rapidement : au matin du 17 août 2021, un Airbus A400M français et des forces spéciales arrivaient à Kaboul pour assurer des évacuations.

Mais au-delà de l’urgence, comme l’a laissé entendre – pour l’instant à demi-mot – l’allocution présidentielle, une réflexion plus profonde s’impose. D’abord, sur les leçons atlantiques à tirer de la défaite afghane. Ensuite, dans une perspective stratégique plus globale encore, sur notre rapport à la guerre, à l’intervention militaire, à notre action extérieure.

La priorité immédiate va bien entendu à la protection des ressortissants français, étendue par Emmanuel Macron à celle des Afghans qui ont travaillé pour la France. Les scènes de chaos retransmises ces dernières heures mettent la logistique à rude épreuve, font craindre pour la sécurité de tous, et placent l’ambassade de France (transférée à l’aéroport) dans l’état de tension que l’on imagine.

Autre impératif : ne pas laisser l’Afghanistan redevenir (comme avant septembre 2001) un sanctuaire à partir duquel des opérations terroristes pourraient se préparer, ou des groupes violents, s’entraîner. Sur ce point, naturellement, rien ne permet d’obtenir la moindre garantie. Les talibans n’ont pas nécessairement intérêt à prendre de front la puissance américaine, qui depuis vingt ans n’a pas faibli, et s’est même étoffée de techniques de frappe à distance plus sophistiquées, notamment du fait de l’usage de drones. Ils chercheront pour l’heure à rassurer, évidemment à durer, et peut-être à développer une expérience de pouvoir religieux moins autarcique qu’il y a deux décennies. Mais avec le temps, et compte tenu des divergences possibles entre différents clans, tout peut arriver, sans que la France, seule, y puisse grand-chose.

Enfin, l’anticipation d’une possible poussée migratoire a été mentionnée. Les scènes de panique montrent qu’un exil afghan ira bien au-delà des fuites des cerveaux. Des flux sont attendus, avec les multiples manipulations interétatiques qui accompagnent généralement ces phénomènes. Après l’épisode syrien de 2015, et les difficultés rencontrées par Angela Merkel dans son approche à la fois humaniste et rationnelle de cette crise migratoire, nous savons que, en la matière, la marge de manœuvre des dirigeants occidentaux est étroite.

Le dossier afghan pose une fois de plus la question de la vocation de l’Alliance atlantique.

Quelques minutes après l’allocution d’Emmanuel Macron, Joe Biden s’est exprimé. Un discours dur, attribuant la responsabilité de la situation à un gouvernement et à une armée d’Afghanistan incapables de faire face aux talibans malgré deux décennies de copieuses aides américaines. Un discours déterminé à sortir l’Amérique de guerres jugées désormais inutiles. Un discours à la fois franc et cynique, renonçant à faire le bonheur des autres malgré eux, ou contre le cours des événements. Un discours explicable du point de vue de l’opinion américaine, et logique au regard du recentrage diplomatico-militaire de Washington sur l’Asie-Pacifique et sur sa compétition avec Pékin. Mais un discours inquiétant aux yeux des opinions alliées, submergées d’images, de nouvelles ou de rumeurs dramatiques venues d’Afghanistan.

Au vu de leur départ précipité d’Afghanistan et de l’abandon de leurs anciens alliés locaux qui leur est reproché, les États-Unis peuvent-ils encore prétendre que les garanties de sécurité qu’ils fournissent sont solides et que leur parole est fiable ?

Cette question s’était déjà posée avec acuité sous Obama, lorsque celui-ci refusa de s’engager en Syrie comme le souhaitait la France, puis regretta publiquement d’avoir suivi Paris en Libye. Sous Donald Trump, l’abandon des forces kurdes qui avaient aidé à combattre l’État islamique, et le feu vert donné par Washington à la Turquie pour les pourchasser, avaient également posé la question de la confiance à investir dans la parole d’une Amérique qui se réserve le droit de changer de priorités.

Or Biden a été clair : plus question de se disperser en Afghanistan à l’heure où la Chine menace. Quid, alors, de l’Ukraine, du Sahel ou du Proche-Orient ? En Asie, Pékin surfe sur cette aubaine, et avertit Taipei : que ferez-vous le jour où l’Amérique vous lâchera, vous aussi ? Argument fallacieux dans la mesure où il n’existait pas de traité d’alliance entre les États-Unis et la population afghane, ni d’ailleurs, à l’époque, syrienne. Il existe en revanche des traités ou des garanties actées ailleurs, que Washington aura à cœur d’honorer, pour sa crédibilité stratégique. Mais psychologiquement, l’argument a de quoi ébranler.

Ailleurs au sein de l’OTAN, on scrutera les nuances exprimées entre alliés, et surtout la posture turque. Au-delà, il sera intéressant de suivre l’attitude saoudienne ou émiratie, sans parler bien sûr du Pakistan. Et que fera l’Inde ? La chute de Kaboul peut générer une redistribution des loyautés dans les jeux d’alliances que l’Amérique tente de mettre en œuvre contre son nouveau peer competitor.

Mais la dureté du discours du 46e président des États-Unis pose une autre question encore : celle de l’engagement extérieur des démocraties pour la stabilité d’une région ou la reconstruction d’un État.

Le fiasco afghan (retour au pouvoir quasi immédiat de ceux-là mêmes que l’on a voulu chasser vingt ans et quelques trillions de dollars plus tôt) signe la fin d’une époque : celle, ouverte par la fin de la guerre froide puis poussée à l’absurde par l’administration néoconservatrice de George W. Bush dans les années 2000, où l’Occident espérait remodeler des sociétés, refaire les cartes du monde, superviser l’instauration des bons régimes politiques chez les autres.

Les multiples partenariats – aux tonalités souvent paternalistes, et soumis à des conditions vexantes – avec la nouvelle Russie ont favorisé un sentiment d’humiliation exploité ensuite par Vladimir Poutine. Après des années d’engagement de la Chine dans le circuit commercial international, Xi Jinping renforce le dogme marxiste-léniniste et exploite l’ouverture commerciale tout en refermant le jeu politique. Les contrôles sourcilleux et parfois arrogants de l’Union européenne pour vérifier que la Turquie avançait correctement sur la voie tracée pour elle afin d’être digne de voir sa candidature examinée avec bienveillance (ce qu’elle ne fut jamais réellement), ont préparé le terrain à la rhétorique de rupture de Recep Tayyip Erdoğan. Passons sur le bilan du « regime change » : Irak, Libye, soutien aux printemps arabes… autant d’échecs patents. Il ne s’agit pas de faire le procès de processus politiques parfois bien intentionnés, parfois intéressés, parfois naïfs, parfois plus sérieusement pensés. Mais de constater leur échec.

L’espoir de l’émergence d’une nouvelle donne politique après une intervention extérieure coûteuse et nécessitant un maintien durable sur le terrain s’est évanoui. Le fire power (puissance de feu) reste de mise, le staying power (capacité à rester sur place) est hors de portée. Tout comme, en son temps, le retrait impérial britannique a rapidement condamné la présence coloniale française, l’aggiornamento américain pourrait condamner la logique d’expédition longue. La France ne peut esquiver cette donne dans sa politique sahélienne. Mais d’autres feraient bien d’y réfléchir aussi, comme la Russie en Syrie. Comme il y eut une doctrine Clinton après la Somalie (définition très restrictive des conditions d’intervention américaine à l’étranger), une doctrine Biden pourrait faire date après l’Afghanistan.

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(*) Par Frédéric Charillon, professeur de science politique, Université Clermont Auvergne (UCA).

Afghanistan : défaite du monde occidental

Afghanistan :  défaite du monde occidental

 

Josep Borrell, Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a reconnu mercredi sur RNE que l’Occident a échoué en Afghanistan. « Ce qui s’est passé en Afghanistan est une défaite pour le monde occidental et nous devons la regarder en face et avoir le courage de la reconnaître », a-t-il déclaré.

« Nous devons examiner les causes et les conséquences, ce qui, d’un point de vue géopolitique, sera très important, car c’est l’événement politique le plus important depuis l’annexion de la Crimée par la Russie et il aura des répercussions dans le monde », a-t-il ajouté.

Selon M. Borrell, « nous devons accepter et assumer qu’après 20 ans de guerre, les choses ne se sont pas bien passées. Pour ceux d’entre nous qui défendent les valeurs démocratiques et les droits de l’homme dans le monde, ces images doivent nous obliger à réfléchir à la manière dont nous pouvons faire mieux ».

Le représentant de l’UE a assuré qu’à l’heure actuelle, tous leurs efforts sont concentrés sur le retrait d’Afghanistan de ceux qui ont collaboré avec les Européens et qui sont en danger. Cela n’exclut pas, dit-il, qu’ils réfléchissent aussi à la manière d’aider les milliers de personnes qui veulent quitter le pays.

M. Borrell a répété qu’il est inévitable de parler aux talibans, puisqu’ils contrôlent le pays, comme il l’a déclaré mardi. « Certains ont été choqués, mais bien sûr nous devons leur parler (…) Par exemple, nous ne pouvons pas ouvrir une route de sécurité pour aller à l’aéroport si nous ne parlons pas à celui qui a pris le contrôle de Kaboul. »

M. Borrell a expliqué qu’il s’est entretenu mardi avec le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, de la situation à l’aéroport Hamid Karzai de la capitale afghane, seule voie de sortie du pays et d’où les rapatriements ont lieu malgré le chaos des premières heures. « Nous avons le chef de la délégation qui est à l’aéroport, avec le chef de la sécurité. Il y a des troupes françaises, beaucoup de soldats américains. (…) Il y a des vols qui commencent à fonctionner, des vols militaires en provenance des pays de l’UE ».

M. Borrell a prévenu que l’Europe devait se préparer à une éventuelle vague d’Afghans fuyant leur pays, qu’il a tenu à appeler « exilés ». Toutefois, il estime que c’est la préoccupation « d’après-demain, la préoccupation actuelle est que l’aéroport de Kaboul soit opérationnel ».

« Ces derniers mois, on a constaté une présence croissante d’Afghans parmi les personnes exilées d’Iran et d’Irak vers l’Europe via la Méditerranée orientale. Il est à craindre que beaucoup d’autres ne veuillent partir, ce qui signifie que nous devons travailler avec les pays de transit. Nous devons éviter la crise humanitaire que cela pourrait représenter, nous devons travailler avec les pays voisins, dont certains ne sont pas ceux avec lesquels nous avons des relations fluides et positives », a-t-il expliqué.

 

Afghanistan : une déclaration très ambiguë Jean-Yves Le Drian dit le saumon rose

Afghanistan : une déclaration très ambiguë Jean-Yves Le Drian dit le saumon rose

 

Jean-Yves le Drian, dit le saumon rose , qui se caractérise par sa capacité à naviguer entre les divers courants y compris troubles a encore été l’auteur d’une déclaration très ambiguë cette fois sur l’Afghanistan. Il en effet suggéré que les talibans étaient capables de mener une politique inclusive respectant les droits fondamentaux et notamment le droit des femmes.  Bien entendu, il a aussitôt rééquilibré son discours en indiquant que la France n’était pas encore pour l’instant en situation de reconnaître le gouvernement des talibans. Poussé dans ses retranchements lors d’une interview télévisée Le  j’arrive le Drian a fait la preuve de sa capacité à répéter dix  10 fois la même réponse sans jamais répondre à la question concernant notamment le respect du droit des femmes.

 

C’est une «folie». Dans la foulée des propos du membre du gouvernement, le député Les Républicains (LR) Aurélien Pradié a fait part de son indignation. Sur les réseaux sociaux, l’élu du Lot a même reproché au ministre sa «main tendue aux talibans».

Une consternation partagée par une grande partie de la gauche, et notamment du Parti socialiste, ancienne famille politique de Jean-Yves Le Drian. «Comment le chef de la diplomatie française peut-il tenir ces propos !?», s’est interrogée Valérie Rabault, présidente du groupe à l’Assemblée nationale. «Il faut évidemment ne pas reconnaître le gouvernement taliban», a-t-elle mis en garde.

Selon Laurence Rossignol, vice-présidente socialiste du Sénat, les propos du ministre sont aussi «très inquiétants». «Ils nous préparent à une reconnaissance diplomatique du pouvoir Taliban au prétexte de vagues engagements», a estimé l’élue.

 

AFGHANISTAN: Le Royaume-Uni veut accueillir 20.000 réfugiés quand il en viendra plusieurs centaines de milliers !

AFGHANISTAN: Le Royaume-Uni eut accueillir 20.000 réfugiés quand il en viendra plusieurs centaines de milliers !

 

 

Boris Johnson comme d’autres dirigeants occidentaux se réveillent et se dit prêt à accueillir à long terme jusqu’à 20 000 réfugiés avec dans un premier temps 5000 la première année. Une proposition un peu surréaliste car il est vraisemblable qu’il y aura  plusieurs centaines de milliers de candidats afghans qui voudront se réfugier au Royaume-Uni (Et beaucoup se retrouveront coincés en France).

« Nous avons une dette envers tous ceux qui ont travaillé avec nous pour faire de l’Afghanistan un endroit meilleur ces vingt dernières années. Beaucoup d’entre eux, en particulier les femmes, ont maintenant un besoin urgent de notre aide », a déclaré le Premier ministre Boris Johnson dans un communiqué du ministère de l’Intérieur.

Mais l’immobilisme de Boris Johnson a été même critiqué dans les rangs des conservateurs. Comme pour se rattraper, Boris Johnson s’est entretenu avec le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, plaidant pour une « approche unifiée ». Il souhaite organiser une rencontre virtuelle des dirigeants du G7 dans les prochains jours.

Afghanistan : Des milliards pour rien !

Afghanistan : Des milliards pour rien !

Natasha Lindstaedt, University of Essex  Cconstate que les milliers de dollars dépensés par les États-Unis en Afghanistan n’ont servi à rien.

 

En moins d’une semaine, les talibans se sont emparés d’une douzaine de villes majeures de l’Afghanistan. Ils encerclent désormais Kaboul et négocient avec le gouvernement du président Ashraf Ghani une transition pacifique du pouvoir. Leur emprise sur le pays est désormais quasi totale. Leur victoire éclair intervient à peine un mois après le retrait des troupes américaines.

Au cours des vingt dernières années, les États-Unis ont déversé des milliers de milliards de dollars sur l’Afghanistan pour chasser les talibans. Cet effort financier colossal se sera soldé par un fiasco total. Il est vrai que si l’on considère la situation géographique stratégique du pays et la politique de soutien aux talibans conduite par certains acteurs régionaux, cette issue apparaissait inévitable.

L’Afghanistan occupe une position stratégique entre l’Asie centrale et l’Asie du Sud, au sein d’une région riche en pétrole et en gaz naturel. L’État afghan est historiquement confronté aux aspirations indépendantistes de différents groupes ethniques résidant sur son territoire, tout spécialement les Pachtounes et, dans une moindre mesure, les Baloutches.

C’est – entre autres – pour ces raisons que l’Afghanistan a de tout temps été le théâtre d’ingérences extérieures, que celles-ci proviennent du Royaume-Uni, l’Union soviétique puis de la Russie, des États-Unis, de l’Iran, de l’Arabie saoudite, de l’Inde et, bien sûr, du Pakistan.

Le rôle du Pakistan

Les relations entre l’Afghanistan et le Pakistan ont toujours été tendues depuis que le premier a été reconnu comme un État souverain en 1919.

Lorsque le Pakistan a obtenu son indépendance en 1947, l’Afghanistan a été le seul pays de l’ONU à voter contre sa reconnaissance, en bonne partie du fait du refus de Kaboul de reconnaître la ligne Durand – la frontière afghano-pakistanaise, longue de 2 400 kilomètres, tracée à la hâte en 1893, des millions de Pachtounes se retrouvant alors de part et d’autre.

Craignant les appels lancés par les Pachtounes des deux pays en faveur de la création d’un État national pachtoune qui comprendrait une large partie du nord du Pakistan, Islamabad cherche depuis longtemps à faire de l’Afghanistan un État client, ce qui lui permettrait de gagner en profondeur stratégique face à l’Inde. Pour cela, les responsables pakistanais cherchent avec constance à faire émerger en Afghanistan une identité islamique (plutôt que pachtoune).

Le Pakistan a largement contribué à l’arrivée des talibans au pouvoir à Kaboul en 1996 et s’est montré plus impliqué en Afghanistan que n’importe quel autre voisin du pays. Par l’intermédiaire de son principal service de renseignement, l’ISI, il a financé les opérations des talibans, recruté des hommes pour servir dans leurs forces armées, leur a fourni des armes et les a aidés à planifier leurs offensives. Occasionnellement, le Pakistan a même directement pris part aux combats aux côtés des talibans. Le soutien de l’ISI aux talibans s’explique par l’objectif d’éradiquer le nationalisme pachtoune. Mais cette stratégie a peut-être créé un problème plus important encore pour le Pakistan, car le régime taliban a entraîné un exode de citoyens afghans vers le Pakistan.

Pourtant, selon le gouvernement afghan, certains éléments au sein du gouvernement pakistanais, notamment l’ISI, soutiennent toujours les talibans et entretiennent l’instabilité permanente en Afghanistan. En outre, le Pakistan n’a pas noué de bonnes relations avec les autres groupes actifs en Afghanistan et n’a donc guère d’autre choix que de se ranger derrière les talibans.

Pour le gouvernement pakistanais, le pire scénario serait un conflit prolongé, qui pourrait conduire à un nouvel afflux massif de réfugiés au Pakistan.

Les calculs de l’Iran

Les relations de l’Iran avec l’Afghanistan, dont il est limitrophe à l’est, sont rendues compliquées par la dynamique régionale et par les relations des deux États avec Washington. En tant que pays chiite, l’Iran a longtemps eu des divergences idéologiques avec les talibans. Dans les années 1990, il a cherché à conclure des alliances, notamment avec les États-Unis, pour contrer la menace posée par ceux-ci.

Deux décennies plus tard, les relations entre les États-Unis et l’Iran sont au plus bas, ce qui a un impact direct sur l’attitude de Téhéran vis-à-vis des talibans. L’Iran a cherché à jouer sur tous les tableaux, soutenant à la fois le gouvernement afghan et les talibans pour maintenir leur division. L’amélioration de ses relations avec le Qatar, où se trouve le bureau politique des talibans, a également favorisé les relations entre l’Iran et les talibans.

Les objectifs de la Russie et de la Chine

La Russie cherche avant tout à prévenir l’instabilité à sa frontière avec l’Afghanistan et à préserver ce pays de l’influence américaine. Depuis les années 1990, Moscou développe des relations avec différents groupes en Afghanistan, y compris les talibans, malgré ses soupçons quant à un éventuel soutien des talibans à des groupes terroristes.

Ces relations se sont intensifiées après l’émergence de l’État islamique en 2015. Dans sa lutte pour vaincre Daech en Afghanistan, la Russie a vu les intérêts des talibans coïncider avec les siens.

Des informations ont fait surface selon lesquelles la Russie armait les talibans afghans et sapait directement les efforts des États-Unis dans ce pays, allant jusqu’à leur verser des primes pour tuer des soldats américains et alliés. Toutefois, les services de renseignement américains ont, depuis, dit fortement douter de la réalité de ces primes qui auraient été promises par Moscou.

La Chine, quant à elle, a toujours entretenu des relations cordiales avec les talibans. La principale préoccupation de Pékin est d’étendre son influence vers l’ouest pour gagner en profondeur stratégique face à l’Inde et aux États-Unis.

De nouvelles alliances

Pour l’instant, l’ascension des talibans ne s’est pas traduite par une augmentation de l’activité terroriste de groupes comme Al-Qaïda contre les voisins de l’Afghanistan – une crainte que le retrait américain de la région a largement amplifiée. La victoire des talibans apparaissant inexorable, presque tous les voisins de l’Afghanistan ont passé des alliances opportunistes avec eux, à l’exception de l’Inde.

Cette dernière, longtemps réticente à se rapprocher des talibans, a toutefois récemment pris contact avec eux, avec le soutien du Qatar. Cependant, New Delhi a également indiqué clairement qu’elle ne soutiendrait pas une prise par la force de Kaboul.

Ces dernières semaines, le gouvernement afghan, assiégé, n’a cessé d’affirmer que ses voisins faisaient preuve d’une grande naïveté vis-à-vis des talibans en croyant à leur capacité à se réformer et à leur capacité à aider l’Afghanistan à atteindre la stabilité. De hauts responsables afghans ont prévenu qu’une victoire des talibans entraînerait un renforcement de divers groupes terroristes, si les talibans leur permettaient d’établir une base en Afghanistan depuis laquelle ils fomenteraient des attaques.

Il y a plus inquiétante encore que l’hospitalité des talibans : c’est leur volonté de permettre aux groupes terroristes de s’engager librement dans la criminalité organisée – l’Afghanistan étant également un lieu attrayant pour cela.

La résurgence des talibans a provoqué une grave crise humanitaire en Afghanistan, et s’accompagne de terribles violations des droits de l’homme. Le Premier ministre pakistanais, Imran Khan, a accusé les États-Unis de laisser derrière eux un « chaos ».

Et pourtant, si beaucoup critiquent le président américain Joe Biden pour avoir retiré ses troupes, il est peu probable, compte tenu de toutes ces forces régionales en jeu, que les États-Unis auraient pu un jour parvenir à la stabilité en Afghanistan, quelle qu’ait pu être la durée de leur présence sur place.

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(*) Par Natasha Lindstaedt, Professor, Department of Government, University of Essex

La version originale de cet article a été publiée en anglais.

AFGHANISTAN : EDWARD SNOWDEN ATTAQUE MACRON

AFGHANISTAN : EDWARD SNOWDEN ATTAQUE  MACRON 

 Edward Snowden le  lanceur d’alerte  a attaqué durement le chef d’Etat.

En cause notamment, les déclarations du président sur l’immigration. Celui-ci a en effet promis une initiative pour lutter contre les «flux irréguliers» de migrants qui pourraient venir d’Afghanistan. «Ça ne peut pas être vrai, si ? C’est une erreur de traduction ? On dirait beaucoup que la priorité de Macron, quand les talibans sont en pleines représailles au porte-à-porte, est de se protéger pour une élection, et non pas de sauver des vies», écrit notamment Edward Snowden.

Quelques minutes plus tard, alors que des internautes français lui ont confirmé que la traduction des propos était la bonne, celui qui avait dénoncé les dérives de la surveillance de masse a alors comparé Emmanuel Macron à la présidente du Rassemblement national. «Emmanuel Le Pen!», peut-on lire sur son compte Twitter.

Plus loin, l’ancien agent de la NSA reproche au chef d’Etat le timing de cette annonce. «Cela ressemble à une provocation intentionnelle», poursuit-il.

Il semblerait qu’Edward Snowden ait bel et bien changé sa vision quant au président français. Pour rappel, en septembre 2019, il avait déclaré qu’il apprécierait recevoir l’asile en France alors qu’il réside toujours en Russie.

Afghanistan : la honte

Afghanistan : la honte

Si nous savons ce que veulent les talibans, les demandeurs d’asile ou les réfugiés le savent encore mieux, qui tremblent pour leurs proches, se désespère Sophie Durieux-Paillard, médecin hospitalier en Suisse et travaillant auprès de migrants. (Le Monde, extrait)

 

 

 

Tribune.
 « Impuissants, démunis… » Les termes utilisés par nos internes pour qualifier ce qu’ils ressentent face à leurs patients afghans, lors de notre dernière réunion d’équipe, sont inhabituels pour des médecins pratiquant dans un grand centre hospitalier suisse. Ils travaillent dans une unité ambulatoire un peu particulière de cet hôpital genevois : notre patientèle est composée de demandeurs d’asile et de réfugiés. Nous sommes pourtant habitués à entendre les histoires de vie chaotiques, et surtout traumatiques, des patients que nous suivons. Exposés à des violences, voire à la torture dans leurs pays d’origine, ils ont été rackettés par des passeurs, maltraités par des gardes-frontières durant leur parcours migratoire. La procédure d’asile est longue, complexe et son aboutissement leur paraît parfois injuste. Malgré cela, leur force morale, leur capacité à se relever après les épreuves, en un mot leur résilience, sont impressionnantes. Nous nous efforçons de la soutenir durant nos consultations. 

Mais, en ce mois d’août, que dire aux Afghans ? Qu’avec un taux de protection accordée de 84 % (secrétariat d’Etat aux migrations, SEM), la Suisse est plus généreuse envers eux que la patrie des droits de l’homme, qui selon le dernier rapport (2020) de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) accorde le statut de réfugié à 64,6 % des demandeurs afghans.

Mais, qu’ils soient réfugiés ou qu’ils bénéficient d’une protection subsidiaire, nos patients ont des proches restés « au pays », notamment des femmes, des mères et des sœurs puisque ce sont surtout les hommes qui entreprennent le périlleux parcours migratoire. Et pendant que mes collègues et moi-même suivons l’avancée des talibans sur les cartes (celle du Monde du 13 août se passe de commentaires), nos patients, eux, la vivent quasiment en direct, sur les réseaux sociaux.

 

L’un d’eux m’a expliqué avoir entendu l’explosion du 3 août à Kaboul, alors qu’il appelait sa sœur sur WhatsApp, et avoir cru qu’elle en était l’une des victimes. Le père d’un autre, seul protecteur de son épouse et de ses enfants, a été assassiné début juillet par les talibans qui ont pris la ville d’Islam Qala, à la frontière iranienne. Ainsi, sa femme, sa fille et son fils (10 et 7 ans) se retrouvent seuls dans cette ville, alors que la propagande talibane diffuse des messages glaçants. 

Celui-ci, qui circule sur une chaîne YouTube, annonce, selon la traduction d’une de nos interprètes, que « par conséquent, afin d’éliminer les racines de l’ignorance et de l’irréligion ainsi que les problèmes sociaux de la jeunesse de ces provinces (…), les responsables de l’Emirat islamique ordonnent à tous les habitants de ces provinces, en particulier les seigneurs des tribus (…) et les mollahs des mosquées, de soumettre la liste des jeunes filles de plus de 15 ans et des veuves de moins de 45 ans à la Commission culturelle des moudjahidines de l’Emirat islamique. Si Dieu le veut, ces sœurs seront mariées à des moudjahidines et seront transférées dans des écoles islamiques dans le but de suivre des cours islamiques purs et d’accepter le cher islam… ».

Afghanistan : lâcheté collective

Afghanistan :  lâcheté collective 

. Pour Aurélien Pradié, député LR du Lot et président du groupe d’amitié France-Afghanistan à l’Assemblée nationale, cette offensive est « un échec collectif » pour les pays occidentaux, ( sur Europe 1.)
Des scènes de chaos qui font frémir la planète. Lundi, l’Afghanistan était aux mains des talibans après la prise de Kaboul, la capitale du pays, et la fuite à l’étranger du président, Ashraf Ghani. Vingt ans après avoir été chassés du pouvoir par une coalition menée par les États-Unis, les talibans contrôlent de nouveau le pays. Pour le député Les Républicains de la première circonscription du Lot, Aurélien Pradié, cette prise de pouvoir traduit « un échec cuisant pour les forces occidentales », explique-t-il sur Europe 1.

Une impuissance étrangère 

« Il y a une forme de lâcheté collective et d’impuissance », poursuit le parlementaire, déplorant l’inaction des forces occidentales ces dernières semaines. « Ce qui se passe en Afghanistan aujourd’hui dit beaucoup de ce que la puissance occidentale est devenue depuis quelques décennies : une grande faiblesse. Nous ne savons plus aujourd’hui accompagner vers la liberté des pays. » Les talibans ont lancé une offensive en mai, à la faveur du début du retrait des troupes étrangères. En dix jours, le mouvement islamiste radical a repris le contrôle de presque tout le pays, faisant tomber les capitales provinciales les unes après les autres avant de conquérir Kaboul.

 Cette défaite signe aussi la débâcle des autorités afghanes et des forces de sécurité, pourtant financées par les États-Unis durant des années, qui n’ont pas pu faire face à l’offensive. « Je ne suis pas sûr que les autorités afghanes, depuis plusieurs mois, étaient parfaitement à la hauteur de la situation, mais de la même manière, les autorités américaines ne l’ont pas été », constate le député du Lot. « Et les grandes nations du monde, la France également ne l’a pas été non plus. »

Une menace sécuritaire 

Sur place, les Afghans craignent le retour du régime en place de 1996 à 2001, où les talibans imposaient une version ultra-rigoriste de la loi islamique. Au cours de cette offensive, les talibans ont pourtant promis que personne n’aurait rien à craindre d’eux ou encore que les jeunes filles pourraient retourner à l’école. Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, le mollah Abdul Ghani Baradar, co-fondateur des talibans, a appelé ses troupes à la discipline. « A présent, c’est le moment d’évaluer et de prouver, à présent nous devons montrer que nous pouvons servir notre nation et assurer la sécurité et le confort dans la vie », a-t-il affirmé.

Pour Aurélien Pradié, ces déclarations ne sont que des faux-semblants. « Les talibans n’ont pas changé », lance-t-il avec force. « Ce sont les mêmes terroristes qu’il y a quelques années. » Et derrière « l’exigence morale » de soutenir la liberté dans le monde, Aurélien Pradié voit dans cette invasion dramatique une nouvelle menace sécuritaire. « Mesurez bien que lorsque les talibans maîtriseront toutes les clés d’un État, y compris les moyens financiers, alors ils pourront encore mieux organiser directement ou indirectement la formation des actions terroristes », assure le député. 

Un accueil pour les défenseurs de liberté

La France s’apprête d’ici lundi soir à évacuer ses derniers ressortissants d’Afghanistan, tandis qu’Emmanuel Macron doit s’exprimer à 20 heures pour détailler sa stratégie face à cette crise internationale. D’autres puissance occidentales ont également lancé des opérations d’évacuation. Sur place, les locaux s’inquiètent de ne pouvoir trouver refuge dans d’autres pays. Plusieurs appels se multiplient pour accueillir la population en fuite. « Je fais partie de ceux qui considèrent que notre devoir est d’accueillir toutes celles et ceux qui ont contribué à faire vivre la liberté en Afghanistan et qui sont en danger face aux talibans », assure Aurélien Pradié. « Ce n’est pas le moment pour la France de jouer les petits comptables. »

Afghanistan : un « désastre » pour l’OTAN

Afghanistan :  un « désastre » pour l’OTAN

 

Les chancelleries occidentales disent leur effarement devant l’arrivée au pouvoir des talibans. Le ministre britannique de la Défense reconnaît un « échec de la communauté internationale », tandis que le patron du parti CDU, au pouvoir en Allemagne, évoque « le pire désastre de l’Otan » depuis sa naissance. Emmanuel Macron a lui aussi exprimé son inquiétude.( Les Échos, extrait)

Les images de la débâcle et ces grappes humaines accrochées aux avions s’apprêtant à quitter Kaboul évoquent la fuite des Américains de Saïgon en avril 1975. Celles des talibans entrant dans la capitale afghane rappellent l’arrivée des Khmers rouges dans Phnom Penh il y a aussi quarante-six ans. Pour les dirigeants occidentaux, c’est un sentiment de fiasco, voire d’humiliation qui dominait ce lundi.

Le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a estimé que le retour des talibans constituait un « échec de la communauté internationale ». Il y a quatre jours, il avait déjà qualifié d’erreur la décision américaine, celle-ci pouvant profiter à Al Qaida qui représente « une menace sécuritaire pour nous ». Le Premier ministre, Boris Johnson, devait présider lundi un cabinet de crise, le troisième en quatre jours. Le Royaume-Uni était le pays le plus impliqué militairement en Afghanistan, où il a perdu 457 soldats depuis 2001.

Le pire désastre depuis la naissance de l’OTAN

Pour sa part, Armin Laschet, patron du parti CDU au pouvoir en Allemagne et peut-être futur chancelier, a jugé que l’arrivée au pouvoir des talibans constituait « le pire désastre de l’Otan depuis sa création » en 1949.

Le président français, Emmanuel Macron, est intervenu à la télévision lundi soir. « L’Afghanistan ne doit pas redevenir le sanctuaire du terrorisme qu’il a été », a-t-il déclaré, appelant à une action commune de l’ONU. Il a également confirmé l’opération militaire d’évacuation baptisée « Apagan », qui mobilise deux avions de transport de l’Armée de l’air, un C130 et un A400M. Des forces spéciales françaises seront elles aussi du voyage.

Le chef de l’Etat a en outre fait part de son inquiétude vis-à-vis des « flux migratoires importants » à venir, et réclamé une coordination des Européens à ce sujet. Néanmoins, « l’Europe n’a pas à assumer seule les conséquences migratoires », a-t-il prévenu.

Si les chancelleries occidentales reconnaissent une déroute géopolitique, leurs rivaux traditionnels s’en réjouissent. Un émissaire de la Russie, dont l’ambassade à Kaboul reste ouverte, doit rencontrer ce mardi un dirigeant des talibans. Le Kremlin a estimé que la situation en Afghanistan se stabilisait, les talibans y assurant « l’ordre public » et ayant « confirmé des garanties de sécurité pour les civils locaux et les missions diplomatiques ». La Chine, qui partage 76 km de frontière avec l’Afghanistan, a indiqué lundi qu’elle souhaitait des « relations amicales » avec les talibans. Pékin avait jugé ces dernières semaines « irresponsable » le retrait américain d’Afghanistan.

Afghanistan : retour 20 ans en arrière

 

En mai 2010, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton avait promis à une délégation de femmes afghanes en visite aux États-Unis :

« Nous ne vous abandonnerons pas. Nous vous soutiendrons toujours. »

Pourtant, c’est exactement ce que viennent de faire les États-Unis : abandonner les Afghans qui comptaient sur ces engagements. Pressé de s’expliquer sur son choix la semaine dernière, le président américain a coupé court aux interrogations d’un journaliste, en répliquant, exaspéré, qu’il « [préférait] parler de choses positives ».

À ce stade, les Afghans, eux, ont beaucoup de mal à trouver des sujets de conversation positifs.

Pourquoi l’état d’esprit de la population est essentiel

L’état d’esprit général de la population afghane sera crucial dans l’évolution des événements. Ce n’est pourtant pas un aspect qui semble beaucoup préoccuper les responsables politiques américains.

Chaque fois que l’Afghanistan a connu un bouleversement politique, comme lors de la chute du régime communiste en avril 1992 ou celle des talibans en novembre 2001, c’est essentiellement parce que des acteurs clés ont jugé prudent de s’écarter des détenteurs du pouvoir, ceux-ci semblant perdre en autorité.

Même si le gouvernement afghan a fait beaucoup de déçus et d’insatisfaits, car trop centralisé, affaibli par les réseaux de clientélisme et souvent axé sur l’extraction de richesses de la population, les talibans restent très impopulaires auprès des Afghans. Selon une vaste étude réalisée en 2019 par l’Asia Foundation, 85 % des personnes interrogées n’avaient aucune sympathie pour eux.

Mais, en Afghanistan, il ne fait pas bon être dans le camp des perdants. Et il existe un risque sérieux qu’avec la diffusion du sentiment que les talibans sont bien placés pour reprendre le contrôle, on assiste à un vague de défections au sein du gouvernement et de l’armée.

Et cela pourrait arriver bientôt : des dizaines de districts sont passés aux mains des talibans fin juin-début juillet. L’estimation des renseignements américains, qui annonce une prise du pouvoir possible par les talibans dans le pays d’ici deux ou trois ans, semble dangereusement optimiste.

La population afghane à l’abandon

Les États-Unis sont directement responsables de cette situation tragique. Fin 2014, la majorité des forces étrangères avait quitté l’Afghanistan, laissant les Américains jouer un rôle beaucoup plus réduit mais essentiel en assurant un soutien au gouvernement afghan.

Le soutien américain se traduisait de trois manières : par le renfort des forces aériennes pour des opérations au sol de l’armée afghane, par un travail de renseignement, et surtout en rassurant des Afghans vulnérables et à bout de nerfs. Ceux-ci avaient fini par accepter de considérer les États-Unis comme un véritable partenaire dans la lutte contre les auteurs de terribles exactions, comme les talibans et l’État islamique.

La stratégie des Américains était durable et relativement peu coûteuse. Même si elle ne laissait pas entrevoir de victoire flamboyante, elle permettait d’éviter les conséquences d’une défaite désastreuse.

Tout cela s’est effondré sous la présidence de Donald Trump, qui est passé outre le gouvernement afghan pour signer avec les talibans le 29 février 2020 ce que les États-Unis ont appelé un « accord visant à apporter la paix en Afghanistan ».

En réalité, pour les États-Unis, ce n’était qu’un accord de retrait anéantissant toute perspective de négociations sérieuses entre le gouvernement afghan et les talibans – alors que ces négociations constituaient soi-disant la raison d’être d’une telle démarche – en offrant aux talibans tout ce qu’ils attendaient, dès le début de ce qui était censé être un « processus de paix ».

N’en croyant pas leur chance, ceux-ci ont intensifié leurs attaques contre les défenseurs de la démocratie, les acteurs de la société civile et les médias.

En décidant de poursuivre dans cette voie, Joe Biden a anéanti les espoirs des Afghans qui pensaient voir le nouveau gouvernement américain faire preuve de davantage de jugement que le précédent.

L’intervention désormais essentielle du Pakistan

Si les premiers responsables de la débâcle actuelle sont les gouvernements Trump et Biden, le Pakistan a encore davantage de choses à se reprocher. En effet, ce pays a pris, dès le début, les talibans sous son aile et leur a réitéré son soutien lorsque l’attention des Américains s’est tournée vers l’Irak en 2003.

Les effets néfastes d’une telle attitude étaient évidents. Dans un télégramme rendu public en novembre 2009, l’ambassadeur des États-Unis en Afghanistan, l’ex-lieutenant-général Karl Eikenberry, a écrit :

« Envoyer plus de troupes ne mettra pas fin à l’insurrection tant que subsisteront des sanctuaires au Pakistan. Le Pakistan restera la principale source d’instabilité en Afghanistan aussi longtemps qu’il y aura des sanctuaires le long de la frontière afghane et que le Pakistan estimera qu’un voisin affaibli sert ses intérêts stratégiques. [...] Tant que ce problème de sanctuaires ne sera pas réglé, l’intérêt d’envoyer des troupes supplémentaires me semble limité. »

Malgré les conseils avisés, même de la part de l’ex-ambassadeur du Pakistan aux États-Unis, concernant la menace des sanctuaires pour les objectifs américains en Afghanistan, les présidents successifs ont évité de s’y attaquer de front. Ils l’ont même laissée croître.

Pour sauver la situation en Afghanistan, il faudra plus que de simples promesses de soutien ou des aides financières.

Le seul moyen, ou presque, qui reste pour sortir les Afghans de leur détresse psychologique est de faire pression sur le Pakistan, résolument et efficacement, afin de l’obliger à s’attaquer aux sanctuaires, réserves de munitions et système logistique des talibans sur le territoire pakistanais.

En tant qu’État souverain, celui-ci a des droits mais aussi des devoirs, et l’un de ces devoirs est d’empêcher que son territoire ne soit utilisé pour fomenter des attaques contre d’autres pays.

D’après certaines informations, le général Qamar Javed Bajwa, chef de l’armée pakistanaise, et le lieutenant général Faiz Hameechef, chef des services de renseignement, auraient récemment informé les législateurs du pays que des « talibans afghans bien entraînés étaient présents sur le territoire pakistanais » et que l’armée « pourrait immédiatement lancer une attaque contre ce groupe ».

Si l’armée du Pakistan peut « immédiatement lancer une attaque » contre les talibans, les États-Unis et leurs alliés devraient, tout aussi immédiatement, insister pour que cela soit fait.

On est en droit de se demander si l’administration Biden aura le courage de le réclamer…

_______

(*) Par William Maley, Emeritus Professor, Australian National University

Traduit de l’anglais par Valeriya Macogon pour Fast ForWord.

Afghanistan : une vaine initiative franco-britannique à l’ONU

Afghanistan : une vaine initiative franco-britannique à l’ONU

 

Les occidentaux se réveillent brutalement à propos de l’Afghanistan. Même l’ONU était complètement endormie. La victoire surprise des talibans sort donc de la profond sommeil les responsables politiques y compris Macron, lui aussi en vacances. C’est maintenant qu’on constate que cette débâcle occidentale en va se traduire par des hordes de migrants difficilement contrôlables et qui vont surtout atteindre le Royaume-Uni en passant par la France. En même temps vont se glisser dans ces flux quelques déséquilibrés et/ou  radicalisés qui vont venir grossir le lot des terroristes potentiels. « Des groupes terroristes sont présents en Afghanistan et chercheront à tirer profit de la déstabilisation », a reconnu Emmanuel Macron.

« Le Conseil de sécurité des Nations unies devra donc apporter une réponse responsable et unie. J’ai échangé sur ce point avec le Premier ministre (britannique Boris) Johnson et nous prendrons des initiatives communes dans les prochaines heures », a-t-il ajouté, alors que la France et la Grande-Bretagne sont deux des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

« L’Afghanistan ne doit pas redevenir le sanctuaire du terrorisme qu’il a été », a-t-il poursuivi. « C’est un enjeu pour la paix et la stabilité internationale, contre un ennemi commun, le terrorisme et ceux qui le soutiennent ; à cet égard, nous ferons tout pour que la Russie, les Etats-Unis et l’Europe puissent efficacement coopérer, car nos intérêts sont les mêmes. »

On peut se demander à quoi sert vraiment la politique et pas seulement France si les responsables sont aussi incompétents sur les enjeux géostratégiques.

 

Afghanistan: le fiasco américain

Afghanistan: le  fiasco américain

Dans le Figaro le colonel Michel Goya attribue la défaite lamentable de l’Occident en Afghanistan aux responsables politiquex qui engagent de tels conflits de manière irresponsable. L’échec spectaculaire des États-Unis en Afghanistan découle de leurs choix initiaux voilà près de vingt ans, raconte avec clarté, précision et franchise le colonel (ER) des troupes de marine, ancien titulaire de la chaire d’histoire militaire à l’École de guerre.


Docteur en histoire, Michel Goya est l’auteur d’un blog, «La voie de l’épée», consacré à l’histoire militaire, à l’armée dans les grandes démocraties contemporaines et à la stratégie. Auteur d’ouvrages remarqués, il a notamment publié «S’adapter pour vaincre. Comment les armées évoluent» (Perrin, 2019).


La campagne afghane de la «guerre globale contre le terrorisme», déclarée tout de suite après les attentats du 11 septembre 2001, se termine à Kaboul comme en 1975 à Saïgon avec le vol des mêmes hélicoptères depuis les toits de l’ambassade américaine. C’est un fiasco identique qui, comme beaucoup d’autres engagements militaires - y compris français -, s’est joué dès l’enfance dans les décisions initiales prises au plus haut sommet de l’État.

La guerre contre al-Qaida était juste et l’est toujours. C’est sa conduite en Afghanistan qui a été catastrophique dès le début.

Afghanistan : la honte

Afghanistan : la honte

Si nous savons ce que veulent les talibans, les demandeurs d’asile ou les réfugiés le savent encore mieux, qui tremblent pour leurs proches, se désespère Sophie Durieux-Paillard, médecin hospitalier en Suisse et travaillant auprès de migrants. (Le Monde, extrait)

 

 

 

Tribune.
 « Impuissants, démunis… » Les termes utilisés par nos internes pour qualifier ce qu’ils ressentent face à leurs patients afghans, lors de notre dernière réunion d’équipe, sont inhabituels pour des médecins pratiquant dans un grand centre hospitalier suisse. Ils travaillent dans une unité ambulatoire un peu particulière de cet hôpital genevois : notre patientèle est composée de demandeurs d’asile et de réfugiés. Nous sommes pourtant habitués à entendre les histoires de vie chaotiques, et surtout traumatiques, des patients que nous suivons. Exposés à des violences, voire à la torture dans leurs pays d’origine, ils ont été rackettés par des passeurs, maltraités par des gardes-frontières durant leur parcours migratoire. La procédure d’asile est longue, complexe et son aboutissement leur paraît parfois injuste. Malgré cela, leur force morale, leur capacité à se relever après les épreuves, en un mot leur résilience, sont impressionnantes. Nous nous efforçons de la soutenir durant nos consultations.

Mais, en ce mois d’août, que dire aux Afghans ? Qu’avec un taux de protection accordée de 84 % (secrétariat d’Etat aux migrations, SEM), la Suisse est plus généreuse envers eux que la patrie des droits de l’homme, qui selon le dernier rapport (2020) de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) accorde le statut de réfugié à 64,6 % des demandeurs afghans.

Mais, qu’ils soient réfugiés ou qu’ils bénéficient d’une protection subsidiaire, nos patients ont des proches restés « au pays », notamment des femmes, des mères et des sœurs puisque ce sont surtout les hommes qui entreprennent le périlleux parcours migratoire. Et pendant que mes collègues et moi-même suivons l’avancée des talibans sur les cartes (celle du Monde du 13 août se passe de commentaires), nos patients, eux, la vivent quasiment en direct, sur les réseaux sociaux.

 

L’un d’eux m’a expliqué avoir entendu l’explosion du 3 août à Kaboul, alors qu’il appelait sa sœur sur WhatsApp, et avoir cru qu’elle en était l’une des victimes. Le père d’un autre, seul protecteur de son épouse et de ses enfants, a été assassiné début juillet par les talibans qui ont pris la ville d’Islam Qala, à la frontière iranienne. Ainsi, sa femme, sa fille et son fils (10 et 7 ans) se retrouvent seuls dans cette ville, alors que la propagande talibane diffuse des messages glaçants.

Celui-ci, qui circule sur une chaîne YouTube, annonce, selon la traduction d’une de nos interprètes, que « par conséquent, afin d’éliminer les racines de l’ignorance et de l’irréligion ainsi que les problèmes sociaux de la jeunesse de ces provinces (…), les responsables de l’Emirat islamique ordonnent à tous les habitants de ces provinces, en particulier les seigneurs des tribus (…) et les mollahs des mosquées, de soumettre la liste des jeunes filles de plus de 15 ans et des veuves de moins de 45 ans à la Commission culturelle des moudjahidines de l’Emirat islamique. Si Dieu le veut, ces sœurs seront mariées à des moudjahidines et seront transférées dans des écoles islamiques dans le but de suivre des cours islamiques purs et d’accepter le cher islam… ».

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