Archive pour le Tag 'Afghanistan'

Afghanistan : quatre ravisseurs pendus publiquement au bout d’une grue

Afghanistan : quatre ravisseurs pendus publiquement au bout d’une grue

Dans la ville de Herat, dans l’ouest de l’Afghanistan, pour donner l’exemple, les corps des hommes avaient été exposés samedi sur plusieurs places de la ville le jour même de leur mort afin de donner une «leçon», faisant savoir que les enlèvements ne seraient pas tolérés.

Le gouverneur Muhajir a déclaré qu’il s’agit de « donner une leçon aux autres ravisseurs pour qu’ils ne kidnappent ou ne harcèlent personne». Il a ajouté que les talibans voulaient «faire comprendre à tout le monde que quiconque vole, kidnappe ou commet n’importe quelle action contre notre peuple sera puni».

 

Afghanistan : Les talibans installent un climat de terreur

Afghanistan : Les talibans installent un climat de terreur

D’après des O.N.G. les talibans installent un climat de terreur. Leur  rapport documente une « litanie » de violations des droits humains : intimidation et répression des femmes, des défenseurs des droits de l’homme, représailles contre les fonctionnaires de l’ancien gouvernement, atteintes à la liberté d’expression. Basé notamment sur une dizaine de témoignages directs, le rapport couvre une période allant du 15 août, date de la chute de Kaboul aux mains des talibans, au 12 septembre.

« Conséquence du climat de peur engendré par la prise de pouvoir des talibans, de nombreuses Afghanes portent aujourd’hui la burka, s’abstiennent de sortir de chez elles sans un tuteur masculin et cessent certaines activités pour éviter violences et représailles », selon le rapport.

Afghanistan : les talibans demandent l’aide internationale

Afghanistan : les talibans demandent  l’aide internationale

Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, réclame  plus d’aides à la communauté internationale.

 

 

Si la victoire politique est indéniable pour les talibans par contre  sur le plan économique et les plus que douteuse. Cela en raison de 40 ans de guerre, aussi d’une certaine incapacité de gestion des talibansLes talibans réclament davantage d’argent au titre de la solidarité internationale. Les talibans ont salué, mardi 14 septembre, l’aide de 1,2 milliard de dollars (1 milliard d’euros) promise par la communauté internationale à l’Afghanistan et exhorté les Etats-Unis à faire preuve de davantage de générosité. « Nous remercions et saluons l’engagement du monde d’environ un milliard de dollars d’aide et leur demandons de poursuivre leur aide à l’Afghanistan », a déclaré Amir Khan Muttaqi, ministre en exercice des Affaires étrangères au sein du nouvel exécutif afghan.

 

Afghanistan : l’exclusion sociologique des femmes

 

Afghanistan : l’exclusion sociologique des femmes

 

Le nouveau pouvoir de Kaboul vise « l’exclusion sociologique » des femmes mais aussi « l’effacement de l’identité de genre » dans l’imaginaire collectif officiel, alerte l’anthropologue, Véronique Nahoum-Grappe,  dans une tribune au « Monde » ( extrait).

 

 

 

 

 

Zarifa Ghafari, première femme afghane élue maire, expliquait le 4 septembre, dans les colonnes du Figaro Madame, que les talibans « tentent de faire disparaître l’identité des femmes, de les faire disparaître de la société. Ils les effacent même des murs en recouvrant leurs visages sur les affiches. Ils refusent qu’elles travaillent, qu’elles étudient et même qu’elles sortent ». Elle définit ce que le pouvoir taliban tente de faire aux Afghanes : les exclure de tout enseignement et de tout travail rémunéré, éliminer leur image physique distinctive partout dans l’espace public. Chassées des institutions sociales, elles doivent l’être aussi du monde du dehors et ne plus être reconnues en tant que femmes dans les rues, ni même figurées sur un mur.

Ce pouvoir vise donc une double disparition des femmes dans la société extérieure : à une exclusion sociologique effective s’ajoute une tentative d’effacement de l’identité de genre féminin dans l’imaginaire collectif officiel. Les moyens de cette double exclusion sociale sont : une drastique perte d’autonomie avec l’empêchement de la solitude « choisie », non seulement dans les rues mais aussi dans la vie, avec l’interdiction du célibat ; la disparition dans l’espace public de toute visibilité des corps et visages féminins grâce au voile intégral opaque et déshumanisant, et le confinement forcé dans la sphère privée familiale.

Pouvoir circuler librement dans l’espace public et faire face aux autres, visage découvert, deviendra impossible pour les femmes car il ne faudra plus qu’elles soient vues dans le monde commun extérieur, où pourtant on naît, on fait sa vie et où l’on meurt, où l’on travaille et où, parfois, l’on vote.

La solitude choisie est interdite aussi : il faut un gardien, un homme à côté, ce qui constitue un déni insensé de l’existence adulte des femmes. Bien sûr, comme toujours, elles vont ruser de façon géniale, elles vont retourner toutes ces entraves dans l’autre sens, mais le piège des croyances religieuses traditionnelles va aussi entraîner le consentement de bien des femmes à cette situation, notamment la nécessité du mariage pour leurs filles, afin qu’elles soient protégées.

N’oublions pas aussi la terreur de la loi islamique pour soi et les siens. Petit à petit, les Afghanes vont disparaître des secteurs-clés de production et seront écartées de tout le savoir technique et théorique que ces secteurs mettent en œuvre. Elles seront alors chassées non seulement du dehors physique mais du fonctionnement même de leur propre monde social.

Terrorisme–Sahel : une évolution comme en Afghanistan d’après l’ONU

TerrorismeSahel : une évolution comme en Afghanistan d’après l’ONU

Dans une interview publiée jeudi 9 septembre, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, redoute la désintégration des armées étatiques de la région face à la menace djihadiste. Il plaide pour une force africaine pouvant avoir recours à la force. Une initiative bloquée par les Etats-Unis.

 

Antonio Guterres redoute le pire au Sahel. « Il y a un vrai danger. Ces groupes terroristes [au Sahel] peuvent se sentir enthousiasmés par [la prise de pouvoir des talibans] et avoir des ambitions au-delà de ce qu’ils pensaient il y a quelques mois », a précisé le secrétaire général de l’ONU dans une interview, jeudi 9 septembre, rapporte Le Monde.

La menace est notamment un blitzkrieg dans un Etat failli, où les institutions sont frêles. « On voit des armées qui se désintègrent face à eux », indique Antonio Guterres, en précisant : « On a vu cela à Mossoul en Irak, au Mali lors de la première poussée vers Bamako, on a vu cela au Mozambique ». Au Sahel, pour contrer le risque, il est, selon lui, « essentiel de renforcer les mécanismes de sécurité ». « Le Sahel est le point faible le plus important, qu’il faut soigner. Ce n’est pas seulement le Mali, le Burkina ou le Niger, maintenant il y a des infiltrations en Côte d’Ivoire, au Ghana », précise le secrétaire général de l’ONU.

Antonio Guterres propose donc la mise en place d’« une force africaine de lutte antiterroriste, avec un mandat sous chapitre sept (prévoyant le recours à la force) du Conseil de sécurité et avec des fonds affectés, qui puissent garantir une réponse au niveau de la menace », rapporte Le Monde. Mais, pour l’heure, Washington refuse cette mise en œuvre, pourtant défendue par Paris.

Ce qui crée une situation de blocage, alors que les Etats-Unis restent le premier contributeur financier de l’ONU. « Il faut que ce blocage se termine. C’est absolument essentiel », estime le secrétaire général de l’ONU, qui tient un ton alarmiste : « Je crains aujourd’hui que la capacité de réponse de la communauté internationale et des pays de la région ne soit pas suffisante face à la menace. »

Pour autant, dans une interview à l’Opinion, Serge Michaïlof, chercheur à l’Iris, assurait que « la sécurité des pays fragiles ne peut être durablement confiée à des forces étrangères. » « Les priorités sont de reconstruire l’armée, la gendarmerie et la police dans les pays sahéliens », ajoutait-il. Un combat de longue haleine.

Politique–Sahel : une évolution comme en Afghanistan d’après l’ONU

PolitiqueSahel : une évolution comme en Afghanistan d’après l’ONU

 

Dans une interview publiée jeudi 9 septembre, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, redoute la désintégration des armées étatiques de la région face à la menace djihadiste. Il plaide pour une force africaine pouvant avoir recours à la force. Une initiative bloquée par les Etats-Unis.

 

 

Antonio Guterres redoute le pire au Sahel. « Il y a un vrai danger. Ces groupes terroristes [au Sahel] peuvent se sentir enthousiasmés par [la prise de pouvoir des talibans] et avoir des ambitions au-delà de ce qu’ils pensaient il y a quelques mois », a précisé le secrétaire général de l’ONU dans une interview, jeudi 9 septembre, rapporte Le Monde.

La menace est notamment un blitzkrieg dans un Etat failli, où les institutions sont frêles. « On voit des armées qui se désintègrent face à eux », indique Antonio Guterres, en précisant : « On a vu cela à Mossoul en Irak, au Mali lors de la première poussée vers Bamako, on a vu cela au Mozambique ». Au Sahel, pour contrer le risque, il est, selon lui, « essentiel de renforcer les mécanismes de sécurité ». « Le Sahel est le point faible le plus important, qu’il faut soigner. Ce n’est pas seulement le Mali, le Burkina ou le Niger, maintenant il y a des infiltrations en Côte d’Ivoire, au Ghana », précise le secrétaire général de l’ONU.

Antonio Guterres propose donc la mise en place d’« une force africaine de lutte antiterroriste, avec un mandat sous chapitre sept (prévoyant le recours à la force) du Conseil de sécurité et avec des fonds affectés, qui puissent garantir une réponse au niveau de la menace », rapporte Le Monde. Mais, pour l’heure, Washington refuse cette mise en œuvre, pourtant défendue par Paris.

Ce qui crée une situation de blocage, alors que les Etats-Unis restent le premier contributeur financier de l’ONU. « Il faut que ce blocage se termine. C’est absolument essentiel », estime le secrétaire général de l’ONU, qui tient un ton alarmiste : « Je crains aujourd’hui que la capacité de réponse de la communauté internationale et des pays de la région ne soit pas suffisante face à la menace. »

Pour autant, dans une interview à l’Opinion, Serge Michaïlof, chercheur à l’Iris, assurait que « la sécurité des pays fragiles ne peut être durablement confiée à des forces étrangères. » « Les priorités sont de reconstruire l’armée, la gendarmerie et la police dans les pays sahéliens », ajoutait-il. Un combat de longue haleine.

Sahel : une évolution comme en Afghanistan d’après l’ONU

Sahel : une évolution comme en Afghanistan d’après l’ONU

 

Dans une interview publiée jeudi 9 septembre, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, redoute la désintégration des armées étatiques de la région face à la menace djihadiste. Il plaide pour une force africaine pouvant avoir recours à la force. Une initiative bloquée par les Etats-Unis.

 

 

Antonio Guterres redoute le pire au Sahel. « Il y a un vrai danger. Ces groupes terroristes [au Sahel] peuvent se sentir enthousiasmés par [la prise de pouvoir des talibans] et avoir des ambitions au-delà de ce qu’ils pensaient il y a quelques mois », a précisé le secrétaire général de l’ONU dans une interview, jeudi 9 septembre, rapporte Le Monde.

La menace est notamment un blitzkrieg dans un Etat failli, où les institutions sont frêles. « On voit des armées qui se désintègrent face à eux », indique Antonio Guterres, en précisant : « On a vu cela à Mossoul en Irak, au Mali lors de la première poussée vers Bamako, on a vu cela au Mozambique ». Au Sahel, pour contrer le risque, il est, selon lui, « essentiel de renforcer les mécanismes de sécurité ». « Le Sahel est le point faible le plus important, qu’il faut soigner. Ce n’est pas seulement le Mali, le Burkina ou le Niger, maintenant il y a des infiltrations en Côte d’Ivoire, au Ghana », précise le secrétaire général de l’ONU.

Antonio Guterres propose donc la mise en place d’« une force africaine de lutte antiterroriste, avec un mandat sous chapitre sept (prévoyant le recours à la force) du Conseil de sécurité et avec des fonds affectés, qui puissent garantir une réponse au niveau de la menace », rapporte Le Monde. Mais, pour l’heure, Washington refuse cette mise en œuvre, pourtant défendue par Paris.

Ce qui crée une situation de blocage, alors que les Etats-Unis restent le premier contributeur financier de l’ONU. « Il faut que ce blocage se termine. C’est absolument essentiel », estime le secrétaire général de l’ONU, qui tient un ton alarmiste : « Je crains aujourd’hui que la capacité de réponse de la communauté internationale et des pays de la région ne soit pas suffisante face à la menace. »

Pour autant, dans une interview à l’Opinion, Serge Michaïlof, chercheur à l’Iris, assurait que « la sécurité des pays fragiles ne peut être durablement confiée à des forces étrangères. » « Les priorités sont de reconstruire l’armée, la gendarmerie et la police dans les pays sahéliens », ajoutait-il. Un combat de longue haleine.

Afghanistan : la guerre continue pour les États-Unis

Afghanistan : la guerre continue pour les États-Unis

Alexandra de Hoop Scheffer est politologue, directrice à Paris du think tank transatlantique German Marshall Fund of the United States,  estime que les États-Unis ne sont pas sortis de la guerre en Afghanistan..(Dans l’Opinion, extrait)

 

Vingt ans après le 11 septembre 2001, l’Amérique ne s’est toujours pas remise du traumatisme causé par les attentats. Les échecs des interventions en Irak et en Afghanistan et le sentiment de déclin de l’influence des Etats-Unis face à la réémergence de la Chine suscitent chez les Américains une crise de confiance dans l’exceptionnalisme de leur pays et dans l’establishment politique perçu comme incompétent. L’ancienne secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice rappelait en 2008 que les deux priorités de la politique américaine post 11-Septembre étaient de « gagner la guerre contre le terrorisme » et de « promouvoir la liberté comme alternative à la tyrannie ».

La reprise du pouvoir par les talibans en Afghanistan et la résurgence de l’Etat islamique en Irak et en Syrie, signent un double échec pour les Etats-Unis et leurs alliés : la menace terroriste s’est adaptée et renforcée depuis 2001 et la promotion de la démocratie est durablement entachée et ne suscite plus l’adhésion des citoyens américains, ni d’une bonne partie de la classe politique, avant tout préoccupée par l’état de la démocratie américaine. Washington contemple dorénavant tout engagement militaire comme un risque d’engrenage sans fin dans des guerres civiles et recentre sa politique étrangère sur la compétition avec la Chine. Cela ne veut pas dire que la « guerre contre le terrorisme » est terminée. Le retour d’expérience de ces deux dernières décennies nous impose un exercice de réflexion sur les modalités d’interventions militaires et de clarification de leurs objectifs stratégiques.

« Dès janvier 2005, les services de renseignement américains estimaient que l’Irak était devenu un “aimant” pour une nouvelle génération de terroristes jihadistes, et anticipaient l’émergence de l’Etat islamique »

« Intérêts vitaux ». L’union sacrée qui prédomine aux Etats-Unis juste après le 11 septembre 2001, fait rapidement place à des divisions au sein de la société et de la classe politique américaines. La classe ouvrière américaine notamment, qui a porté le plus lourd fardeau humain de la « guerre contre le terrorisme », reproche aux administrations successives une politique interventionniste excessive, décorrélée des « intérêts vitaux » du pays (en premier lieu protéger les emplois américains) et du bien-être des citoyens. Il n’est pas surprenant dès lors que « l’Amérique d’abord » ait résonné avec autant de force pendant la campagne présidentielle de 2016. Il n’est pas surprenant non plus que le président Joe Biden conçoive sa politique étrangère « pour la classe moyenne américaine » et que son prédécesseur démocrate Barack Obama appelait au « nation-building at home ». Le retrait militaire d’Afghanistan et la fin des missions de combat en Irak d’ici décembre, sont soutenus par une majorité d’Américains, préoccupés avant tout par l’emploi et les inégalités socio-économiques qui se sont encore plus accentuées depuis la crise de la Covid-19.

Les revers politiques et stratégiques de ces vingt années d’opérations de contre-terrorisme et contre-insurrection sont colossaux, bien que l’administration Biden soit aujourd’hui dans le déni. Dès janvier 2005, les services de renseignement américains estimaient que l’Irak était devenu un « aimant » pour une nouvelle génération de terroristes jihadistes, et anticipaient l’émergence de l’Etat islamique. En Afghanistan, les talibans n’ont pas rompu leurs liens avec Al-Qaïda et le réseau Haqqani, dont deux représentants sont aujourd’hui intégrés au gouvernement intérimaire taliban. Le secrétaire à la Défense américain, le général Austin, estime qu’Al-Qaïda pourra se reconstituer en Afghanistan en deux ans — une perspective temporelle qui paraît bien optimiste.

L’ingérence américaine dans la transition politique post-talibans et post-Saddam Hussein a abouti à des résultats contraires à ceux souhaités par les Etats-Unis : les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan et le pouvoir irakien est sous l’emprise des milices chiites pro-iraniennes. En juillet 2010, Joe Biden, alors vice-président, disait que les Etats-Unis n’étaient pas en Afghanistan pour « transformer le pays en démocratie jeffersonienne ». Le discours autour de la démocratie, les élections « free and fair », les droits des femmes, ont servi avant tout à justifier la présence militaire et à créer l’adhésion des opinions publiques occidentales à une mission mal définie dès le départ. L’intervention en Irak a signé l’acte de décès de la « democracy promotion » et, avec l’échec afghan, a profondément changé le rapport des administrations post George W. Bush à l’usage de la force militaire, dorénavant employée de manière plus sélective et prudente, avec une revue à la baisse des objectifs stratégiques et des moyens déployés : le « leading from behind » d’Obama en Libye découle des leçons tirées de l’Irak et de l’Afghanistan, et la non-intervention en Syrie découle des leçons tirées de la Libye.

«  Ce n’est pas la première fois que le shérif américain revoit ses priorités stratégiques après une période d’interventionnisme : du président George W. Bush au président Biden, ils se sont tous accordés à dire que les Etats-Unis ne devaient plus être le “gendarme du monde” »

Ce n’est pas la première fois que le shérif américain revoit ses priorités stratégiques après une période d’interventionnisme : du président George W. Bush au président Biden, ils se sont tous accordés à dire que les Etats-Unis ne devaient plus être le « gendarme du monde » pour se concentrer sur la compétition avec la Chine. Mais chaque président a, dans les faits, étendu la « guerre contre le terrorisme » (par l’usage de drones armés en Somalie, au Yémen, en Irak, en Syrie, la présence des forces spéciales dans plus de soixante-quinze pays, des opérations cyberoffensives), confortant les Etats-Unis dans leur rôle de gendarme du monde, malgré la volonté affichée par les différentes administrations de s’en défaire.

En France, l’objectif fixé par le président Hollande après les attentats de novembre 2015 était alors non pas de « contenir » mais de « détruire » l’Etat islamique. Mais la « guerre contre le terrorisme » nous place en réalité dans une logique d’endiguement sans fin de la menace terroriste, et donc d’une guerre perpétuelle. Le retrait d’Afghanistan ne veut pas dire que la guerre est terminée : il s’accompagne d’une révision de la politique américaine de contre-terrorisme, avec un recentrage sur la guerre à distance. Les frappes américaines en Irak, en Syrie, en Somalie en juillet et en Afghanistan fin août contre l’Etat islamique, confirment cette tendance.

Alexandra de Hoop Scheffer est politologue, directrice à Paris du think tank transatlantique German Marshall Fund of the United States.

Afghanistan : un désastre mondial pour les équilibres géopolitiques

Afghanistan : un désastre mondial pour les équilibres géopolitiques

Le retrait américain d’Afghanistan va réveiller les appétits géopolitiques de la Chine et de la Russie qui, « enhardies par le spectacle de la déroute », pourraient se montrer téméraires et commettre des fautes stratégiques, analyse le spécialiste de géopolitique Jean-Sylvestre Mongrenier, dans une tribune au « Monde ».(extrait)

 

Tribune.

Vingt ans après les attentats du 11 septembre 2001, le lâchage de l’Afghanistan aura de redoutables conséquences. Déjà, comme après la guerre du Vietnam, le spectre de la décadence hante l’Amérique. Au vrai, l’Europe ne saurait se poser en observateur extérieur. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis dirigent un empire informel qui réunit les nations occidentales. Leurs destinées sont liées.

De prime abord, le redéploiement géostratégique voulu par Washington n’est pourtant pas dépourvu de rationalité. La montée en puissance de la Chine populaire, les visées révisionnistes de la « Russie-Eurasie » ainsi que les ambitions iraniennes au Moyen-Orient préfigurent un regroupement d’« Etats perturbateurs » capables de tournebouler les équilibres géopolitiques. Aussi, la « longue guerre » contre le terrorisme peut-elle faire figure de coûteuse diversion stratégique.

S’étirant depuis les « Méditerranée asiatiques » (mers de Chine du Sud et de l’Est) jusqu’aux rivages du golfe Arabo-Persique et de l’Afrique orientale, un nouvel ensemble spatial s’impose à l’analyse : la région indo-pacifique. Là se détermineraient les rapports de force du XXIe siècle. Menacées de redevenir un petit cap de l’Asie, l’Europe et ses nations ne sauraient s’abstraire de cette grande épreuve. Moins encore la France, avec ses territoires dans les océans Indien et Pacifique. Sans l’alliance américaine, il lui sera difficile de contenir la pression chinoise sur son domaine maritime.

« De l’Afghanistan au Sahel, du golfe de Guinée à la Corne de l’Afrique, jusqu’en Asie du Sud-Est même, la “longue guerre” perdurera

Dans une telle perspective, le désintérêt pour l’Afghanistan, au cœur de la masse terrestre eurasiatique, est compréhensible. N’était-il pas temps de trancher ce « nœud gordien » et de reporter l’effort vers l’Indo-Pacifique ? C’est ce que Joe Biden voulait signifier dans son allocution du 16 août. Pourtant, le maintien d’une force américaine limitée et de contingents de l’OTAN était possible, voire nécessaire. Le discours qui pose les talibans en alliés objectifs de l’Occident contre Al-Qaida et l’Etat islamique laisse dubitatif. Et de l’Afghanistan au Sahel, du golfe de Guinée à la Corne de l’Afrique, jusqu’en Asie du Sud-Est même, la « longue guerre » perdurera.

De surcroît, le départ d’Afghanistan aura des répercussions sur d’autres points du globe. Entendons-nous : cette décision n’entraînera pas mécaniquement le lâchage de Taïwan ou de l’Ukraine. Et si le prestige américain est atteint, la « réputation » d’un Etat n’est pas l’alpha et l’oméga du rapport des forces. Avec l’exaspération des rivalités internationales, les facteurs bruts de la puissance s’avèrent plus importants que le soft power, concept incertain trop souvent convoqué. Sous cet angle, il serait hâtif de penser que la puissance américaine se liquéfie.

Afghanistan : 20 ans d’intervention occidentale ratée

Afghanistan : 20 ans d’intervention occidentale ratée

Reprenant l’interrogation de l’orientaliste britannique Bernard Lewis, « qu’est-ce qui a mal tourné ? », l’historien Gabriel Martinez-Gros livre, dans une tribune au « Monde », un constat très sévère sur vingt ans d’interventions occidentales ratées en Afghanistan.(extrait)

 

Tribune.

 

Il y a vingt ans, au lendemain du 11 septembre 2001, l’orientaliste britannique Bernard Lewis (1916-2018) publiait un livre intitulé What Went Wrong ? (Que s’est-il passé ?, Gallimard, 2002), dont la question visait l’islam. Car la certitude qu’avait alors l’Occident d’être le centre et le modèle de l’histoire restait intacte. L’islam djihadiste était une « dissidence », comme nous l’écrivions avec Lucette Valensi deux ans après, en 2003. Aujourd’hui, la question s’inverse. C’est nous qui tournons mal. Pourquoi ? Parmi les enseignements qu’il faut tirer de la chute de Kaboul, je n’en distingue ici que quelques-uns des plus évidents.

 

La rapide défaite de l’armée afghane rappelle celle de l’armée irakienne à Mossoul, en 2014. Des soldats plus nombreux et infiniment mieux armés que les insurgés, appuyés de plus par l’aviation américaine, ne leur ont pas résisté plus de quelques semaines. Or, la défaite est celle de l’Occident. Par peur de la « guerre tribale » en Afghanistan comme en Irak, nous avons voulu une armée « neutre » qui ne soit d’aucun clan, d’aucune couleur ethnique ou religieuse, ni pachtoune, ni tadjike, ni ouzbeke, ni hazara.

Cette neutralité même l’a privée de ces solidarités au combat, de ces valeurs « bédouines », disait au XIVe siècle l’historien Ibn Khaldûn, qui sont l’âme de la guerre. Au contraire, les talibans, solidement enracinés dans le sunnisme et l’ethnie pachtoune du sud du pays, ont su les mobiliser, puis les dépasser en ralliant des partisans dans le Nord quand leur succès est devenu probable. Cette vérité est désagréable, mais il conviendrait de la regarder en face : en Syrie comme en Irak ou au Tchad, les régimes qui ont résisté à la poussée djihadiste s’appuient sur des minorités fortement solidaires (Alaouites, Kurdes, Zaghawa).

Au contraire, l’Occident a prétendu gagner la guerre par les moyens de la paix, ce qu’Ibn Khaldûn nomme la « sédentarité » : l’excellence technique, l’apprentissage et l’école, l’indifférence aux origines, le choix de l’individu et la restriction de la violence jusque dans la pratique du combat. Mais ces vertus que nous pratiquons avec talent dans nos sociétés pacifiées n’ont pas le pouvoir de solliciter les sentiments extrêmes qui donnent la victoire.

Beaucoup, qui font ce constat, en rejettent la faute sur l’archaïsme de sociétés « tribales » incapables de recevoir les bienfaits de notre civilisation moderne. C’est une erreur. Les sociétés occidentales ne sont aujourd’hui ni plus solidaires, ni mieux armées pour résister à une poussée guerrière hostile que les Afghans « sédentarisés », pacifiés, de Kaboul ou d’Herat, qui sont nos frères. Nous aussi, nous fuirions vers les aéroports. Notre hostilité déclarée au tribalisme et à l’ethnie cache en effet une réticence plus sourde, mais à peine moins sensible, à la nation. Le mot a pratiquement perdu, parmi nous, l’aura révolutionnaire, presque mystique, qui en émanait il y a encore quelques décennies.

Après la débâcle en Afghanistan, quel bouclier américain ?

Après la débâcle en Afghanistan, quel bouclier américain ?

 

Après la débâcle en Afghanistan, la présence américaine amène des pays notamment  d’Asie à s’interroger sur leur dépendance vis-à-vis des Etats-Unis.

(Article du monde, extrait)

 


L’onde de choc de la débâcle américaine amène pourtant des pays notamment d’Asie à s’interroger sur leur dépendance envers les Etats-Unis, qui s’avère une garantie de sécurité insuffisante s’ils ne disposent pas eux-mêmes de capacités pour se défendre et, surtout, s’ils ne se ménagent pas d’autres options que le suivisme. C’est moins la fiabilité de l’engagement américain que les décisions unilatérales de Washington qui inquiètent Séoul et Tokyo.

Des raisons durables à la présence américaine en Corée du Sud et au Japon écartent l’hypothèse d’un retrait : la guerre de Corée, suspendue à un simple armistice en 1953 – ce qui en fait le plus long conflit où sont impliqués les Etats-Unis –, et la menace nucléaire du Nord, qui dispose désormais de capacités intercontinentales. Le Japon, lui, reste la « clé du Pacifique » pour contenir la Chine, comme au moment de la guerre froide.

Vu de Séoul et de Tokyo, le retour des talibans à Kaboul ne suscite pas les mêmes inquiétudes qu’aux Etats-Unis et en Europe sur la résurgence d’un foyer terroriste : « Contrairement aux puissances occidentales, la Corée du Sud n’a pas d’intérêt stratégique en Afghanistan », estime Ku Mi-seon, de l’université de l’Ohio (Etats-Unis). Pour Masayuki Tadokoro, de l’université Keio, à Tokyo, « le Japon n’ayant jamais été une cible du terrorisme islamiste, le retour au pouvoir des talibans n’a pas d’implications géopolitiques pour Tokyo, sinon par son effet sur les relations entre la Chine et les Etats-Unis ».

Au lendemain d’une autre défaite des Etats-Unis – la chute de Saigon, en 1975, au terme de la guerre du Vietnam –, la Corée du Sud et le Japon, qui avaient été les bases arrière de l’offensive américaine, avaient cherché à rebattre les cartes. Le président sud-coréen, Park Chung-hee, avait lancé un programme clandestin d’armement nucléaire – auquel Washington mit le holà – et le Japon avait ouvert le spectre de sa diplomatie en signant, en 1978, un traité de paix et d’amitié avec la Chine, après avoir normalisé les relations entre les deux pays en 1972.

Afghanistan : les étudiantes et les étudiants désormais séparés

Afghanistan : les étudiantes et les étudiants désormais séparés

Les talibans édictent leurs premières règles à l’égard des femmes. Les étudiantes afghanes devront porter une abaya noire, assortie d’un niqab couvrant le visage, et suivront les enseignements dans des classes non mixtes, selon un décret publié par le nouveau régime à la veille de la réouverture des universités privées du pays.

Les femmes inscrites dans ces établissements devront également quitter la classe cinq minutes avant les étudiants et patienter dans des salles d’attente le temps que ces derniers aient quitté les lieux, précise ce décret daté du samedi 4 septembre et publié par le ministère de l’Enseignement supérieur.

Afghanistan : l’abandon américain qui change les équilibres

Afghanistan : l’abandon américain qui change les équilibres

Un article du Wall Street Journal souligne que l’abandon de la pianiste par les Américains bouleverse nombre d’équilibres mondiaux.

 

Quand le gouvernement afghan s’est effondré le 15 août dernier, la Chine a eu du mal à dissimuler sa satisfaction : même si les Etats-Unis ont expliqué que leur départ s’expliquait en grande partie par une volonté d’allouer plus de ressources à la question chinoise, Pékin a jugé que la victoire des talibans était une humiliation pour son principal rival.

Lors d’un point presse, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a évoqué la mort de Zaki Anwari, ce footballeur de 17 ans tombé du train d’atterrissage d’un C-17 américain qui quittait Kaboul. « Le mythe américain est mort, a-t-elle affirmé. Les gens sont de plus en plus nombreux à s’en rendre compte. »

Même son de cloche en Russie, où les médias d’Etat se sont largement réjouis de la situation, tout en redoutant que la débâcle afghane n’ait des conséquences sur les fragiles alliés de Moscou en Asie centrale. « Morale de l’histoire : n’aidez pas les Américains, a tweeté Margarita Simonian, rédactrice en chef de la chaîne de télévision RT. Profiter et se casser, c’est tout ce qu’ils savent faire. »

Mais maintenant que deux décennies de guerre ont pris fin en Afghanistan, la joie malsaine fait place à une interrogation plus objective : quelles seront les conséquences de la guerre et du retrait américain sur l’équilibre des pouvoirs ?

« Le retrait soudain et chaotique des forces américaines d’Afghanistan n’est pas une bonne nouvelle pour la Chine, estime Ma Xiaolin, spécialiste des relations internationales à l’université Zhejiang de Hangzhou, soulignant que l’Amérique continue de l’emporter sur le plan technologique, industriel et militaire. La Chine n’est pas prête à remplacer les Etats-Unis dans la région »

L’incroyable effondrement du gouvernement soutenu par les Etats-Unis a révélé les limites de la puissance militaire de l’Oncle Sam. Les insoutenables scènes de désespoir dans Kaboul ont déçu et attristé un certain nombre d’alliés des Américains, à commencer par les Européens, et considérablement entaché l’image de l’Amérique.

Et même si, officiellement, elles se rengorgent de la faiblesse américaine, la Chine et la Russie semblent tout à fait conscientes que les Etats-Unis ne seront pas les seuls à y laisser des plumes.

Sur le plan de la force militaire pure et de l’activité économique, les Etats-Unis restent la première puissance mondiale. Avec le départ d’Afghanistan, Washington dispose de davantage de ressources à consacrer à sa concurrence stratégique avec la Chine et la Russie, qui veulent redessiner un ordre mondial qui favorise depuis des décennies les intérêts américains et ceux de leurs alliés.

Et contrairement à ces deux pays tout proches de l’Afghanistan, de l’afflux de réfugiés en passant par le terrorisme et le trafic de drogue, les Etats-Unis sont à des milliers de kilomètres des conséquences directes du retour au pouvoir des talibans. La gestion de la question afghane est un problème qui échoit désormais de plus en plus à Moscou, Pékin et leurs alliés régionaux.

« Le retrait soudain et chaotique des forces américaines d’Afghanistan n’est pas une bonne nouvelle pour la Chine, estime Ma Xiaolin, spécialiste des relations internationales à l’université Zhejiang de Hangzhou, soulignant que l’Amérique continue de l’emporter sur le plan technologique, industriel et militaire. La Chine n’est pas prête à remplacer les Etats-Unis dans la région. »

Dimanche, lors d’une conférence téléphonique avec Antony Blinken, le secrétaire d’Etat américain, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a déclaré que les Etats-Unis devaient rester impliqués dans le dossier afghan, notamment en aidant le pays à conserver une certaine stabilité et à combattre le terrorisme et la violence, indique un communiqué publié sur le site de la diplomatie chinoise.

Moscou a également exhorté Washington et ses alliés à ne pas s’en aller pour de bon. Zamir Kabulov, envoyé spécial du président Vladimir Poutine pour l’Afghanistan, a ainsi demandé aux pays occidentaux de rouvrir leurs ambassades à Kaboul et de négocier avec les talibans pour reconstruire l’économie. « Cela vaut avant tout pour les pays dont les armées ont été stationnées dans le pays pendant vingt ans et qui ont provoqué le chaos de ces derniers jours », a-t-il affirmé à la télévision russe.

Les universitaires chinois qui conseillent les autorités estiment que les Etats-Unis vont utiliser leurs ressources militaires pour contrer Pékin, notamment dans le Pacifique occidental, et faire preuve de davantage de détermination sur un sujet dont l’importance stratégique est aujourd’hui l’un des rares qui fassent consensus entre les partis.

Lors du discours prononcé en avril dans lequel il annonçait le retrait d’Afghanistan après une guerre qui a coûté des centaines de milliards de dollars et 2 465 vies américaines, le président Biden a justifié sa décision de la façon suivante : « plutôt que nous battre à nouveau contre les talibans, nous devons nous concentrer sur les défis qui nous attendent ». « Il faut consolider la compétitivité américaine face à la concurrence acharnée que livre une Chine de plus en plus volontariste », a-t-il ajouté.

Une décision stratégique

En conservant une toute petite présence militaire (dans le soutien aérien, le renseignement et la logistique, mais sans troupes au sol), les Etats-Unis auraient pu aider la république afghane à repousser les talibans pendant des années, voire des décennies. Mais au lieu d’essuyer une défaite comme celle qu’elle a subie dans les années 1970 au Vietnam, l’Amérique a choisi de s’en aller, quitte à provoquer des remous.

« A Moscou, dans les hautes sphères, on comprend que la machine militaire américaine et les composantes de la supériorité mondiale de l’Amérique ne menaient nulle part, et l’idée de ne pas mener de guerre perpétuelle est une bonne idée, souligne Alexander Gabuev, membre du Carnegie Moscow Center. Oui, la concrétisation a été désastreuse, mais la volonté de concentrer les ressources sur les axes prioritaires, notamment en Asie orientale et en Chine, provoque ici un certain malaise, une certaine inquiétude… et met au jour la démarche stratégique. »

Selon lui, du côté russe, on espère que les conséquences du retrait américain entraîneront un accroissement de la polarisation de la vie politique américaine et porteront préjudice à la relation qu’entretiennent les Etats-Unis et leurs alliés.

Les tensions sont d’ailleurs déjà bien réelles, surtout depuis que Joe Biden a refusé la demande des Européens, qui souhaitaient que les Etats-Unis retardent leur départ pour pouvoir évacuer leurs ressortissants et les réfugiés afghans. Des dizaines de milliers de personnes attendent encore de quitter le pays.

Le Royaume-Uni, le plus fidèle allié des Américains, a lui aussi publiquement critiqué le retrait. Tom Tugendhat, président du comité des affaires étrangères de la Chambre des communes et vétéran de la guerre en Afghanistan, a comparé la débâcle de Kaboul à la crise du canal de Suez en 1956, qui avait révélé les limites de la puissance britannique et précipité le désengagement stratégique du royaume.

« En 1956, tout le monde savait que l’Empire britannique était mort, mais la crise de Suez l’a montré de façon patente. Depuis la présidence de Barack Obama, le mouvement général est au retrait, mais cet épisode a rendu les choses bigrement claires », a-t-il déclaré lors d’un entretien.

Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la Russie et la Chine, selon lui.

« Dans les faits, le mauvais comportement de la Chine et de la Russie n’est possible que parce que le monde est organisé par les Américains, a-t-il estimé. On ne peut être un adolescent turbulent que quand on a un père qui mettra de l’essence dans la voiture quoi qu’il arrive. »

Le retrait américain a aussi fait naître des inquiétudes à Taïwan, le petit Etat insulaire démocratique que Pékin veut remettre dans son giron, par la force s’il le faut. Une loi oblige les États-Unis à aider Taïwan à se défendre. Mais après que des politiciens pro-Pékin ont prévenu qu’il ne faudrait pas compter sur l’aide américaine en cas d’invasion chinoise, la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, a publié un communiqué affirmant que le pays devait renforcer ses propres capacités.

La majorité des alliés et partenaires des Etats-Unis en Asie pensent désormais que le pays va enfin pouvoir mettre en place le « focus sur l’Asie » promis par l’administration Obama ; destiné à contrer la Chine, il n’a jusqu’à présent pas donné de résultats, l’Afghanistan et le Moyen-Orient occupant les esprits.

« Tout le monde a compris qu’il y avait des leçons à tirer, résume Paul Choi, ancien responsable militaire sud-coréen et conseiller des forces américaines désormais consultant en sécurité à Séoul. Sur une note plus positive, ce que les alliés asiatiques voudraient, c’est plus d’attention, plus de ressources humaines, plus de formation des personnels axées sur cette région plutôt que sur, au hasard, la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient. »

Jen Psaki, porte-parole de la Maison Blanche, a estimé début août que les événements à Kaboul n’ouvraient aucune brèche dans laquelle Moscou ou Pékin pourraient s’engouffrer. « Notre message est très clair : comme le prévoit le Taiwan Relations Agreement, nous serons aux côtés des citoyens de Taïwan, a-t-elle affirmé. Nous sommes aux côtés de nos partenaires qui font l’objet de ce type de propagande de la part de la Russie ou de la Chine, nous tiendrons nos engagements par des actions. »

Si le chaos afghan a, au moins temporairement, miné la crédibilité des Etats-Unis auprès de leurs partenaires et alliés, de Taïwan à Israël en passant par l’Ukraine, ces relations sont fondées sur des engagements bien particuliers qui, contrairement à l’expédition afghane, n’ont pas de date péremption. En outre, Washington martèle depuis l’arrivée de Barack Obama au pouvoir (il y a donc plus de dix ans) sa volonté de quitter l’Afghanistan, même si bon nombre de dirigeants locaux n’y ont pas cru.

Slawomir Debski, directeur de l’institut polonais des affaires internationales, un think tank influent basé à Varsovie, souligne que la situation à Kaboul n’aura que très peu d’influence sur ce qui intéresse son pays : la capacité de l’Amérique et de l’Otan à modérer les ambitions russes.

« Personne, parmi les alliés, n’a critiqué l’administration Biden pour sa décision de quitter le pays, c’est la mise en œuvre catastrophique qui a été critiquée, explique-t-il. Mais cela ne change rien au fondement des relations : notre alliance avec les Américains est suffisamment ancienne pour que l’on sache qu’ils font des erreurs facilement évitables. »

En 2001, les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan parce que les talibans, qui dirigeaient le pays à l’époque, avaient accueilli Oussama ben Laden et d’autres responsables d’Al-Qaïda qui avaient fomenté les attentats du 11 Septembre. Depuis, d’autres groupes islamistes, dont le très radical Etat islamique (Daech), se sont établis ailleurs dans le monde, du Mozambique aux Philippines en passant par l’Afrique de l’Ouest.

L’Afghanistan, où Daech a perpétré jeudi dernier un attentat qui a coûté la vie à 200 Afghans et 13 soldats américains, partage un petit morceau de zone montagneuse avec la Chine et une frontière aussi longue que poreuse avec le Tadjikistan et d’autres pays d’Asie centrale par lesquels passent des millions de travailleurs migrants qui se rendent en Russie.

Lors de récentes visites en Russie et en Chine, les responsables talibans ont assuré à leurs hôtes qu’ils empêcheraient les terroristes internationaux de s’installer dans leur pays.

« Pour le moment, les talibans ont le bon discours : ils ne laisseront pas leur territoire servir de base à des activités terroristes ciblant le Xinjiang à l’est ou l’Asie centrale au Nord, indique Andrey Kortunov, directeur général du Russian International Affairs Council, un think tank moscovite qui conseille le gouvernement. Mais ce ne sont que des mots… pour le moment, il y a beaucoup plus de questions que de réponses. »

Pour la Chine, le principal enjeu est la présence de militants ouïghours du mouvement islamique du Turkestan oriental et de son successeur, le Parti islamique du Turkestan. Les Nations unies estiment que quelque 500 militants ouïghours se trouvent en Afghanistan, essentiellement dans la région du Badakhshan, au nord-est du pays.

Hanif Atmar, ministre des Affaires étrangères du gouvernement déchu, a déclaré dans un entretien début août que le déploiement de ces militants, dont certains sont revenus en Afghanistan après avoir combattu en Syrie, faisait partie des raisons qui expliquent l’offensive éclair des talibans dans le nord du pays. Le porte-parole des talibans, Suhail Shaheen, ainsi que d’autres hauts responsables, ont expliqué que les nouveaux patrons du pays ne se mêleraient pas des affaires internes de la Chine.

Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, a évoqué la question avec le mollah Abdul Ghani Baradar, chef du bureau politique des talibans, quand les deux hommes se sont rencontrés en Chine fin juillet. A l’issue de la réunion, Pékin a indiqué avoir clairement exposé ses exigences, et demandé aux talibans de rompre les liens avec toutes les organisations terroristes et de prendre des mesures fortes contre le mouvement islamique du Turkestan oriental.

Même si elle veut absolument réussir là où les Etats-Unis ont échoué, la Chine ne souhaite pas s’ingérer dans la vie politique afghane ni prendre le risque de financer ad vitam aeternam un Etat afghan en faillite. De fait, la force militaire chinoise n’a pas beaucoup d’expérience en dehors du territoire national.

La Russie, qui a beaucoup souffert en Afghanistan, marche elle aussi sur des œufs. « L’Afghanistan est un pays à part, souligne Fiodor Loukianov, directeur du conseil russe de politique étrangère et de défense. Il a montré à de nombreuses reprises qu’y mener de grandes manœuvres ne profite à personne. »

Wang Huiyao, président du Center for China and Globalization, un think tank pékinois, et conseiller du Conseil des affaires de l’État, évoque l’exemple du Vietnam, théâtre d’une défaite cuisante pour les Etats-Unis et désormais partenaire important du pays en Asie.

« Il s’est passé la même chose quand les Américains sont partis du Vietnam en 1975 : les gens ont dit que le pays allait tomber dans le giron des Chinois ou des Russes, rappelle Wang Huiyao. Regardez ce qu’il est devenu. »

Vivian Salama a contribué à cet article

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Marion Issard)

Afghanistan : un discours « América first » de Biden

Afghanistan : un discours « América first » de Biden

 

Benjamin Haddad, chercheur en relations internationales, directeur « Europe » au think tank Atlantic council de Washington analyse le discours de Biden après le retrait des troupes américaines en Afghanistan, il estime que c’est un discours « que n’aurait pas répudié Donald Trump » car « ici, on était beaucoup plus dans un discours America first ».(

 C’est un discours assez long, près de trente minutes, comment l’analysez-vous ?

Benjamin Haddad : C’est vrai mais c’est un discours assez énergique et offensif. Au-delà de la question de l’Afghanistan, c’était un discours de vision et de doctrine de politique étrangère.

Joe Biden a essayé de remettre sa décision dans le contexte plus large des priorités des Etats-Unis : la compétition stratégique avec la Chine, la Russie, ce qu’il a appelé la défense des intérêts vitaux des Etats-Unis. Il a expliqué que ce type d’opération [en Afghanistan] n’en faisait plus partie.

Puis, il a parlé aussi du Nation building, le fait de construire des États à l’étranger, de transformer des régimes, des sociétés. Cela a été un peu l’une des axes de la politique étrangère américaine, en tout cas depuis les années Bush… Tout ça, c’est fini.

A cet égard, ce qui était frappant, c’est que Donald Trump n’aurait pas répudié ce discours. On est très loin ici des accents America is back : l’Alliance des démocraties, la défense de la démocratie libérale dans le leadership américain qu’on avait entendu lors de la campagne de Joe Biden ou au début de sa présidence. Ici, on était beaucoup plus dans un discours America First : défense des intérêts vitaux des Etats-Unis. C’est un message aussi que les alliés européens, les Allemands ou les Britanniques,feraient bien d’entendre. En particulier ceux qui étaient très impliqués dans l’opération afghane et qui ont été traumatisés par ce retrait précipité.

Est-ce que ça signifie réellement que c’est la fin de toute intervention militaire dans un pays étranger ?

Il faut être effectivement un peu prudent. Ce qui est certain, c’est que c’est son intention. Il l’a dit, il n’est pas le premier à le dire. Au fond, il est dans la continuité de ses deux prédécesseurs. Il avait été le vice-président de Barack Obama et l’un des voix les plus non-interventionnistes dans l’administration de Barack Obama. Mais bien sûr, on voit des continuités avec Donald Trump. Il l’a dit d’ailleurs lui-même il ne fait qu’appliquer l’accord qui avait été trouvé par Donald Trump avec les talibans à Doha en mai 2020.

Mais les guerres éternelles, comme on dit aux Etats-Unis, ont parfois une tendance à se rappeler aux bons souvenirs des Américains. Barack Obama en avait été la victime, évidemment, avec l’émergence de Daech en Irak et en Syrie. L’agression russe contre l’Ukraine aussi. Les combats en Afghanistan sont peut être terminés pour les Américains, mais on voit aujourd’hui les représailles menées par les talibans contre un certain nombre d’Afghans.

Joe Biden a fait allusion aux autres menaces, la cybercriminalité, mais aussi la Chine et la Russie. Qu’est-ce qu’il faut comprendre par là. Qu’est-ce que vous comprenez dans la nouvelle façon de faire de la politique internationale pour les Etats-Unis ?

Ce qui est certain, c’est que Joe Biden, voyait dans cet engagement en Afghanistan coûtent des troupes, de l’énergie, du capital politique et évidemment de l’argent, alors que l’attention devrait être focalisée sur la rivalité stratégique avec la Chine.  C’est l’une des priorités.

La question aujourd’hui est de savoir quelle lecture font les Russes ou les Chinois de ce retrait précipité qui n’a évidemment pas été « un succès extraordinaire », comme l’a dit le président Biden, au contraire. La couverture médiatique mondiale qui en est faite est plutôt celle d’une débâcle. Pour la crédibilité des Américains vis-à-vis de leurs adversaires stratégiques, effectivement, la question se pose.

Afghanistan : l ‘échec stratégique de la diplomatie du Royaume-Uni

Afghanistan : l ‘échec stratégique de la diplomatie du Royaume-Uni

 

Dans une tribune au « Monde », Christopher Hill, spécialiste des relations internationales, voit dans la gestion de la crise afghane par Londres un nouvel exemple d’une politique étrangère hasardeuse, qui affaiblit le Royaume-Uni.

 

Tribune.

 

 Le triomphe des talibans en Afghanistan suscite, à juste titre, d’âpres réflexions sur les échecs de la politique étrangère britannique. Pendant ce temps, le gouvernement de Boris Johnson se contente de proposer des emplâtres aux Afghans désespérés, laissés en rade par le retrait des Occidentaux. Ces réactions immédiates sont les symptômes de l’incohérence sous-jacente de l’approche britannique des relations internationales. Et, à moins d’y remédier, cette incohérence causera d’autres problèmes.

Elle tient notamment au faible intérêt que le monde politique britannique porte aux liens entre politique intérieure et extérieure. Ces deux politiques sont conceptuellement séparables parce qu’elles sont mises en place dans deux domaines fort différents sur le plan des structures légales, des responsabilités et du pouvoir. Certes. Néanmoins, une action sur une de ces deux scènes a presque toujours des retentissements sur l’autre, ce qui doit être anticipé dans un plan détaillé. On ne peut se contenter de généralisations floues. En l’absence de plan, les responsables politiques passent de façon erratique d’un point de vue à l’autre, créant des contradictions qui nuisent à la crédibilité à la fois des acteurs et de leurs actions.

 

Prenons l’exemple de la politique britannique d’aide au développement international. Autrefois centrée sur la lutte contre la pauvreté, elle avait fait sien l’objectif de l’ONU d’y consacrer 0,7 % de son PIB. Depuis quelques années, cette aide au développement est davantage tributaire de contraintes financières et soumise à des conditions politiques. Or, face à la gravité des événements en Afghanistan, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Dominic Raab, se lance dans une politique au pied levé : il promet une hausse de 10 % de l’aide accordée au pays.

Si, à Kaboul, la chute soudaine du gouvernement Ghani est surprenante, l’incohérence de la position britannique ne l’est pas. L’immigration est un domaine-clé où facteurs internes et externes se mêlent – au sens propre, même, avec les bateaux qui arrivent dans la Manche et les passagers à l’aéroport d’Heathrow. Or, dans ce domaine, le Royaume-Uni brille par son incapacité à mener une réflexion collective cohérente depuis 2004, quand le gouvernement de Tony Blair a décidé de ne pas se joindre à la France et à l’Allemagne, qui voulaient imposer un délai de sept ans avant d’accorder la libre circulation aux citoyens des nouveaux Etats membres de l’est de l’Union européenne (UE).

Afghanistan : mission impossible

Afghanistan : mission impossible

L’historien de la gauche américaine Michael Kazin estime, dans un entretien au « Monde », que le retrait américain d’Afghanistan devrait être l’occasion de mettre fin à l’illusion impériale aux Etats-Unis.

 

Michael Kazin est professeur d’histoire à l’université Georgetown, à Washington. Il est également rédacteur en chef émérite de Dissent, revue de la gauche critique. Il est généralement reconnu comme l’un des plus grands historiens de la gauche américaine. En mars 2022, il publiera aux Etats-Unis What It Took to Win : A History of the Democratic Party (« ce qu’il a fallu pour l’emporter : une histoire du parti démocrate », Farrar, Straus and Giroux), dans lequel il revient sur près de deux cents ans d’histoire du parti aujourd’hui dirigé par Joe Biden. Auteur de nombreux ouvrages, Michael Kazin a notamment dirigé The Princeton Encyclopedia of American Political History (Princeton University Press, 2010). Il collabore régulièrement avec The New York Times, The Washington Post et Foreign Affairs.

Que pensez-vous de la façon dont se déroule le retrait des troupes américaines d’Afghanistan ?

Le chaos s’est emparé de cette opération. L’attentat-suicide du 26 août, commis par l’organisation Etat islamique à l’aéroport de Kaboul, coûtant la vie à près de 100 personnes dont 13 soldats américains, a été un soudain et douloureux rappel pour nombre de mes concitoyens qui croyaient que ce genre d’attaque était chose du passé.

Mais, au-delà de cet événement sanglant, Joe Biden devrait s’excuser d’avoir aussi mal préparé le retrait de nos troupes et l’évacuation plutôt que de rester sur la défensive. Au cours de la conférence de presse qu’il a accordée jeudi, après l’attaque, le président américain a exprimé autant sa peine que sa colère. Mais il s’est abstenu d’en dire davantage, ce qui était peut-être prévisible étant donné le contexte. Il était sans doute trop tôt après un événement qui a choqué l’opinion. Ce type d’action terroriste était néanmoins prévisible. Le public n’y avait pas été préparé. Là aussi, il s’agit d’une erreur.

 

C’est pourquoi je crois que M. Biden ferait bien de reconnaître que la conduite générale du retrait de nos troupes n’était pas à la hauteur. Les Américains seront sensibles à ce geste. Bill Clinton s’est excusé en 1998 lorsqu’il a admis qu’il avait eu une relation avec Monica Lewinsky. En 1961, John F. Kennedy a également cherché à faire amende honorable après le débarquement raté dans la baie des Cochons à Cuba [des exilés cubains soutenus par les Américains avaient alors tenté d’envahir l’île, mais l’opération a tourné au fiasco]. JFK regarda les choses en face et concéda ouvertement qu’il s’agissait d’un échec. Je crois que s’excuser est une bonne chose, tant sur le plan moral que politique.

Afghanistan : l’ONU rejette la proposition de Macron concernant une zone protégée

Afghanistan : l’ONU rejette la proposition de Macron concernant une zone protégée

 

Comme souvent l’ONU s’est prononcée sur un texte très ambigu concernant l’Afghanistan.. La proposition de Macon de créer une zone protégée a été rejetée. Par contre, l’ONU s’est montrée favorable à des négociations pour que les départs d’Afghanistan soient « sûrs » pour les Afghans et les ressortissants étrangers.

 

Selon Richard Gowan, spécialiste de l’ONU à l’organisation de prévention des conflits International Crisis Group, la résolution « adresse au moins un message politique aux talibans au sujet de la nécessité de garder l’aéroport ouvert et d’aider les Nations unies à acheminer l’aide ». Mais globalement,  »le texte est assez léger » et  »Macron a eu le tort de survendre l’idée d’une zone protégée à l’aéroport de Kaboul »,  »ou en tout cas de ne pas communiquer de manière très claire », a-t-il affirmé à l’AFP.

Afghanistan : des talibans armés à la télévision !

Afghanistan : des talibans armés à la télévision !

 

D’après une info du Figaro, un présentateur est apparu ce week-end à la télévision afghane entouré d’hommes armés, encourageant les téléspectateurs à «coopérer» avec les talibans. Quelques jours plus tôt, une femme journaliste déclarait être interdite d’accès à la chaîne publique.

Ces deux actes contrastent étrangement avec les annonces officielles des talibans, qui promettaient, dès leur prise de pouvoir, de respecter les droits des femmes, y compris l’accès à toutes les professions.

 

Afghanistan: après la débâcle qu’elle approche européenne commune ? (Manfred Weber)

Afghanistan: après la débâcle qu’elle approche européenne commune ? (Manfred Weber)

 Pour  Manfred Weber député allemand au Parlement européen, président du groupe Parti populaire européen (PPE),  face au flux migratoire prévisible, « il est fondamental que les Etats membres s’accordent sur une approche commune », plaide notamment le président du groupe PPE au Parlement européen(Tribune dans l’Opinion)

Débâcle. Chaos. Désastre absolu. Tragédie. Les mots manquent pour décrire les événements qui se trament en Afghanistan depuis que, au cœur de l’été, nous avons appris, ébahis, la prise de Kaboul, en à peine dix jours, par les Talibans.

Alors que le délai accordé pour les évacuations touche à sa fin, et que grâce au courage de nos forces présentes sur le terrain, les personnes devant être évacuées ont, pour la plupart, pu être mises à l’abri, des questions importantes devront être posées très prochainement, à nos amis américains notamment : comment est-il possible qu’après les milliards d’euros investis, l’envoi de tant de nos soldats et de personnel civil, l’Afghanistan se soit effondré si rapidement ? Comment une armée de 300 000 hommes, financée par la première puissance mondiale, a-t-elle pu se rendre sans combattre ? Comment se fait-il que nous ayons été, à ce point, pris de court ?

Par ailleurs, nous devons, de toute urgence, mener une réflexion approfondie sur les conséquences, pour l’Europe, de la situation en Afghanistan, et sur les actions à prendre. Celle-ci devra s’articuler autour de trois axes.

Tout d’abord, la débâcle occidentale en Afghanistan a mis en lumière de manière crue la très grande dépendance des Européens vis-à-vis des Etats-Unis. La situation créée par le retrait des troupes américaines et la mise au pied du mur des Européens par leurs alliés montrent bien que l’Europe ne peut plus compter sur les Etats-Unis pour jouer le rôle de gendarme du monde. Il est temps pour l’Europe de prendre son destin en main et d’assurer sa sécurité par elle-même. C’est pourquoi nous devons de toute urgence renforcer notre défense européenne commune.

Age noir. Deuxièmement, on peut désormais craindre un afflux massif de migrants (500 000 en 2021, selon l’ONU). Si nous, Occidentaux, avons le devoir moral de protéger et accorder l’asile aux ressortissants afghans qui ont travaillé pour nous, une chose est également très claire : l’Europe n’a pas vocation à accueillir toutes les personnes qui cherchent à fuir le régime des Talibans. Nous devons tout faire pour éviter une nouvelle vague migratoire similaire à celle que nous avons connue en 2015. Il nous faudra pour cela travailler en partenariat étroit avec les pays du voisinage de l’Afghanistan, afin que des solutions puissent être trouvées pour les réfugiés. Il est fondamental que les Etats membres s’accordent sur une approche commune.

Enfin, alors que l’ère de deux décennies d’expérience démocratique en Afghanistan touche hélas à sa fin, la responsabilité de la communauté internationale est de tenter de préserver les progrès majeurs qu’ont représenté les vingt dernières années en matière de droits des femmes et d’accès des filles à l’éducation dans le pays. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir et faire pression sur le nouveau régime pour éviter aux femmes afghanes un retour à l’âge noir du premier règne des talibans.

Manfred Weber est député allemand au Parlement européen, président du groupe Parti populaire européen (PPE). Retrouvez sa chronique chaque semaine sur lopinion.fr en alternance avec celle de Dacian Ciolos, président du groupe Renew Europe.

 

 

Afghanistan : les talibans autoriseraient la poursuite des départs

Afghanistan : les talibans autoriseraient la poursuite des départs

Les talibans auraient donné l’assurance à une centaine de pays que les évacuations pourraient encore minuit après la date butoir du 31 août.

 

«Nous avons reçu des garanties de la part des talibans que tous les ressortissants étrangers ainsi que tout citoyen afghan disposant d’une autorisation de voyager émise par nos pays sera autorisé à se rendre de façon sûre et ordonnée vers les points de départ, et à quitter le pays», ont écrit ces pays, dont les États-Unis, l’Allemagne, la France ou le Royaume-Uni.

 

«Nous nous engageons tous à nous assurer que nos citoyens, ressortissants ou résidents, employés, Afghans, qui ont travaillé avec nous, et ceux qui sont en danger, pourront continuer à voyager librement vers des destinations hors d’Afghanistan», poursuivent-ils dans un communiqué.

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