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Enfin l’arrêt de la folle inflation des lois ?

Enfin l’arrêt de la folle inflation des lois ?

 

L’inflation des lois qui se sont succédé « frénétiquement » depuis vingt-cinq ans est source de dispositions contradictoires et nuit au travail quotidien de la justice, constatent les magistrats Jean-Rémi Costa et Alexandre Stobinsky, dans une tribune au « Monde ».

 

Et si ce quinquennat était enfin celui de la sobriété législative ? Contraints par une absence de majorité absolue, le gouvernement et les députés de la majorité vont devoir faire moins, au grand bonheur du droit. La paralysie de l’Assemblée nationale est une aubaine pour le droit pénal, car, depuis vingt-cinq ans, les lois en matière pénale – mais le droit civil n’est pas en reste – se sont succédé frénétiquement.

La liste, non exhaustive, est vertigineuse : loi du 17 juin 1998 sur la prévention et la répression des infractions sexuelles ; loi du 15 juin 2000 renforçant la protection de la présomption d’innocence et les droits des victimes (loi Guigou) ; loi du 9 septembre 2002 d’orientation et de programmation pour la justice (loi Perben 1) ; loi du 9 mars 2004 sur l’adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité (loi Perben 2) ; loi du 12 décembre 2005 relative au traitement de la récidive des infractions pénales ; loi du 10 août 2007 renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs (instauration des peines planchers) ; loi du 24 novembre 2009 pénitentiaire (loi Dati) ; loi du 6 décembre 2013 relative à la lutte contre la fraude fiscale et la grande délinquance économique et financière ; loi du 15 août 2014 relative à l’individualisation des peines et renforçant l’efficacité des sanctions pénales (loi Taubira) ; loi du 27 février 2017 portant réforme de la prescription en matière pénale ; loi du 3 août 2018 sur la lutte contre les violences sexuelles et sexistes ; loi du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice ; loi du 30 juillet 2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales ; loi du 24 décembre 2020 relative au Parquet européen, à la justice environnementale et à la justice pénale spécialisée ; loi du 21 avril 2021 visant à protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste ; loi du 24 janvier 2022 relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure…

Certains intitulés prennent même acte de cette litanie, comme la loi du 17 mai 2011 sur la simplification et l’amélioration de la qualité du droit. D’autres évoquent, comme un constat d’échec, les conséquences de cette crise législative, telle la loi du 22 décembre 2021 pour la confiance dans l’institution judiciaire.

Le code pénal a encaissé soixante et onze versions entre 2017 et 2021, soit presque autant (soixante-dix) qu’entre 1994, année de son entrée en vigueur, et 2004. Si le chiffre peut paraître fou, mieux vaut ne pas regarder l’évolution dans le temps du code de procédure pénale au risque de se trouver mal. Celui-ci a connu cinquante-quatre versions entre sa création en 1957 et l’année 1974, alors que cela représente désormais une seule année de modifications (cinquante-cinq versions en 2010, cinquante-six en 2016 et cinquante-trois en 2021).

Assemblée nationale: Le retour de l’idéologie…. ou de la démagogie ?

Assemblée nationale: Le retour de l’idéologie…. ou de la démagogie ?

 

Le sociologue Etienne Ollion analyse, dans un entretien au « Monde », ces premières semaines de discussions au Palais-Bourbon à la suite des élections législatives du mois de juin, qui marquent un tournant dans la recomposition politique.

 

Le sociologue propose une lecture assez complaisante des débats à l’assemblée nationale en considérant que le retour de l’idéologie dans l’hémicycle constitue un progrès démocratique. Peut-être une certaine confusion entre idéologie et démagogie. Un seul exemple,  l’absence totale d’analyse des facteurs d’augmentation de l’inflation et donc des politiques sociales pour mieux faire face. Sans parler du côté guignol de certains affrontements.  NDLR

 

La tribune

 

L’Assemblée nationale est-elle redevenue le théâtre de la vie politique française ? Entre fragmentation et imprévisibilité, brouillage des lignes idéologiques et tentatives de réinvention de l’image de marque des formations, le sociologue au CNRS Etienne Ollion, spécialiste de la vie parlementaire, a pour ses travaux enquêté pendant des années à l’Assemblée.

Après cette session extraordinaire, quels constats tirez-vous des débats qui se sont déroulés au Palais-Bourbon, dans ce contexte d’absence de majorité absolue pour Emmanuel Macron ?

On assiste clairement à une « ré-idéologisation » des débats à l’Assemblée nationale. Dire qu’il y a un retour de l’idéologie, ça ne veut pas dire qu’on parle de manière purement théorique ou déconnectée de la réalité. J’entends idéologie au sens de corpus d’idées constitué, établi. On l’a bien vu lors de débats pour savoir s’il fallait une prime ou une hausse de salaire pendant l’examen de la loi pouvoir d’achat, ou sur le rachat des RTT. A chaque fois, c’est une vision du travail, de la protection sociale, du rôle de l’Etat qui était en jeu.

Cela existait bien sûr avant, mais ce qui m’a frappé, c’est qu’on a vu bien plus de liens entre une mesure précise et ce que les parlementaires d’un camp ou de l’autre considèrent être sa signification politique. C’est quelque chose qui avait moins cours depuis plusieurs décennies, et certainement pendant la précédente législature (2017-2022), où on faisait de la politique moins sur le mode des idées qu’en invoquant le « bon sens » ou la raison technique.

Croissance ralentie pour la France (agence Fitch)

 

 

Croissance ralentie pour la France (agence Fitch)

D’une certaine manière l’agence de notation Fitch qui maintient la note AA de la france rejoint les critiques de la Cour des Comptes. L’agence Fitch en effet estime que la croissance prévue par le gouvernement est surestimée  etviendra accroître la dette. Elle prévoit ainsi une croissance de 2,4% sur l’ensemble de l’année 2022, proche des prévisions de l’Insee, qui a annoncé la semaine dernière qu’elle tablait sur une croissance à 2,5%. Fitch estime ensuite la croissance du pays à 2,1% en 2023 et de 1,9% en 2024.

L’agence s’attend à ce que le déficit public atteigne 5,2% du PIB français en 2022, alors que le gouvernement s’est fixé un objectif de 5%. Elle mise toutefois sur une baisse, les années suivantes, pour atteindre 4% en 2024. En mai 2020, Fitch avait abaissé de « stable » à « négative » la perspective de la note de la dette à long terme de la France. Une autre agence de notation, Standard and Poor’s, note également la dette à long terme de la France « AA » mais estime que sa perspective est « stable ». Elle a maintenu cette note en octobre dernier.

 Pour Fitch Ratings perspectives macroéconomiques se sont assombries par la guerre en Ukraine et l’inflation. « Le rythme de croissance de l’activité économique a décliné pendant la première moitié de l’année, les dépenses de consommation ayant sensiblement baissé », note l’agence de notation.  Elle prévoit ainsi une croissance de 2,4% sur l’ensemble de l’année 2022, proche des prévisions de l’Insee, qui a annoncé la semaine dernière qu’elle tablait sur une croissance à 2,5%. Fitch estime ensuite la croissance du pays à 2,1% en 2023 et de 1,9% en 2024.

Principal poids sur cette croissance, l’inflation qui ne cesse d’augmenter. En juillet, la hausse des prix atteignait 6,1% sur un an, le chiffre le plus élevé depuis juillet 1985 selon l’Insee.

Gestion de l’eau : «Laisser faire la nature, c’est de l’idéologie»( FNSEA)

Gestion de l’eau : «Laisser faire la nature, c’est de l’idéologie»( FNSEA)

 

 

Dans une interview au JDD, Christiane Lambert rappelle qu’un stockage «intelligent» de l’eau est nécessaire pour faire face aux épisodes de sécheresse.

Lors  d’un déplacement dans les Alpes-de-Haute-Provence avec des agriculteurs touchés par la sécheresse, Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique, a rappelé que « l’eau potable, c’est 20 % des prélèvements de la consommation. Les usages agricoles, c’est le double ».« Nous avons déjà réduit de 30 % nos besoins en eau », lui répond Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. Pour le JDD, la syndicaliste fait un bilan de la situation et met en lumière les moyens déjà mis en oeuvre par les agriculteurs contre la sécheresse historique qui touche la France.

« Beaucoup de cultures sont en train de brûler, les prairies jaunissent et les animaux qui cherchent à se nourrir abîment la terre en la grattant. Le manque de fourrage va toucher toute la France et tous les élevages : bovins, ovins, caprins et les chevaux. Le maïs a moins d’épis et des grains plus petits. Sur mon exploitation, nous n’en aurons pas assez pour nourrir nos porcs. Le calendrier des récoles a changé quasiment partout. Beaucoup ont déjà fini les moissons qui ne devaient pas commencer avant des semaines. Les vendanges vont démarrer dans certains vignobles avec trois semaines d’avance. Tous les travaux deviennent pénibles pour les agriculteurs qui travaillent dans des bâtiments et sous serre, ou pour ceux qui doivent récolter à haute intensité pour éviter que les fruits ou les légumes ne se perdent. Avec la chaleur, la production a beaucoup mûri et se conserve moins bien. Il a fallu mettre le turbo, travailler quinze heures par jour, d’autant que comme l’Espagne a été touchée par le gel et l’Italie par la sécheresse, l’Europe manque de fruits. Il y a des places à prendre pour les producteurs français sur les marchés allemands ou britanniques. »

« Il est très difficile de garantir entre 22 à 28 degrés dans certains bâtiments. La température est même montée à 37-38 degrés dans les plus anciens qui ne sont pas équipés de systèmes de rafraîchissement. Nous déployons des solutions depuis dix ans. Nous avons intégré dans les constructions neuves des éléments qui favorisent le rafraîchissement des animaux, comme des rideaux d’eau. Nous sommes au travail pour améliorer les choses. Les producteurs laitiers, par exemple, ont trouvé des solutions pour réduire de 15 % leur empreinte carbone en optimisant la gestion des troupeaux. Celle du litre de lait a baissé de 23 % en quinze ans. Mais il faut savoir qu’un élevage qui ferme ne rouvre jamais. Les aider est un enjeu de résilience. Moins de producteurs signifient des prix plus élevés. Nous ne voulons pas que la précarité alimentaire progresse. »

 

Vous sentez-vous visés par les efforts de réduction de consommation demandés à l’ensemble de la population ?


On entend partout qu’il faut changer de modèle mais nous, cela fait dix ans qu’on s’adapte. Il n’y a pas de climatosceptiques en agriculture. Nous avons déjà réduit de 30 % nos besoins en eau. Dans beaucoup de départements, comme ceux qui comptent des productions des végétaux spécifiques, des pépinières ou des cultures de semence, les agriculteurs n’ont pas le choix : ils ont besoin d’eau. Mais au global, 5 % seulement des agriculteurs sont irrigants. Dans ma commune sur 13 producteurs, un seul arrose. Et comme je le rappelle souvent : une tomate, c’est 90 % d’eau. L’eau des agriculteurs sert à nourrir les hommes.

 Au niveau de l’exécutif, vous estimez-vous soutenu ?

L’année dernière, nous avons travaillé dans le cadre du Varenne de l’eau et du changement climatique. Nous venions de connaître une période de gel historique. Il fallait se mettre autour de la table. Trois mille personnes ont été consultées. Et comme à chaque fois qu’une grande consultation est lancée, les agriculteurs se sont engagés. Certaines personnes n’ont pas voulu y prendre part… Nous avons l’habitude. Les gens veulent une alimentation de proximité mais pas qu’un élevage s’installe à côté de chez eux. Une des mesures prioritaires portait sur la mise en place d’un dispositif d’assurance récolte. Elle a été votée par les parlementaires en mars. Nous travaillons pour qu’elle soit applicable dès 1er janvier 2023. Ce serait une sacrée performance ; 30 % seulement des agriculteurs sont assurés.

Laisser faire la nature c’est bien, beau et bon, mais c’est de l’idéologie

Où en est-on du problème de stockage de l’eau que vous soulevez depuis longtemps ?


Un délégué interministériel a été nommé pour lever les freins sur certains dossiers. Il a une liste de 23, prêts à sortir. Certains remontent à plus de quinze ans, ne sont toujours pas réglés, alors que certaines zones connaissent une quatrième année de sécheresse. Stocker de l’eau intelligemment est une priorité. Laisser faire la nature c’est bien, beau et bon, mais c’est de l’idéologie. La situation climatique que nous connaissons nécessite une gestion humaine du problème. Sans stockage artificiel, certains qui n’ont pas accès à l’eau vont se retrouver condamnés à faire des cultures non irriguées. Ca sera blé, blé, blé. Et la monoculture, on sait à quoi ça peut mener.

Rapport des politiques à la vérité

Rapport des politiques à la vérité

Par Luca Cortinovis,Doctorant, Université de Lille dans the conversation 

Quel rapport les politiques entretiennent-ils à la vérité ? La question est vaste mais on peut entamer une amorce de réponse en revenant sur  l’« affaire Taha Bouhafs » qui a agité la dernière campagne des élections législatives.

Le 10 mai 2022, le « journaliste-militant », annonçait sur Twitter se retirer de la course à la députation dans la 14e circonscription du Rhône. Pour expliquer son retrait, il accusait alors un système fait pour « broyer », lui interdisant « d’exister politiquement ».

Il est vrai que les nombreuses polémiques entourant Taha Bouhafs avait fait le bonheur de ses détracteurs : accusations de communautarisme, d’antisémitisme, « exubérance » – lorsqu’on le voyait agiter un masque de Marine Le Pen au bout d’une pique dans une manifestation en 2016 –, rien ne manquait pour servir la propagande adverse.

À partir du 11 mai, le paradigme change. On apprend dans la presse qu’une enquête avait été ouverte quelques jours plus tôt par le comité de suivi contre les violences sexistes et sexuelles de LFI contre l’ex-candidat, mis en cause par une femme l’accusant de violences sexuelles. La veille de son retrait, Taha Bouhafs est mis au courant de cette accusation. A-t-il été désinvesti à cause de cette plainte ? S’est-il retiré, comme il le dit dans son communiqué, à cause du racisme ambiant, ou alors pour étouffer l’affaire ?

Le 5 juillet, le jeune militant publie sur Twitter sa vérité : le 9 mai, on le pousse – par l’intermédiaire de la députée de la France insoumise Clémentine Autain – à se retirer en lui intimant de justifier cela par les attaques incessantes dont il fait l’objet depuis l’annonce de sa candidature. Il demande une procédure contradictoire pour se défendre de l’accusation de violences sexuelles ; on la lui refuse, car on serait obligé dans ce cas de l’exposer médiatiquement, ce qui ne va pas dans son « intérêt ». En somme, selon lui, on l’a incité à cacher la vérité car elle serait mauvaise pour tout le monde.

Si Clémentine Autain dément le jour même sur Twitter – ne répondant pas réellement aux points soulevés par Taha Bouhafs mais critiquant le rapport du système à la parole des femmes –, le mal est fait. Le tapis est soulevé, le scandale apparaît : peu importe la vérité effective, une formation politique a voulu manipuler les faits pour ne pas s’exposer, répondant ainsi à l’éternelle exigence politique de paraître plutôt que d’être. Le 8 mai, Clémentine Autain confirme à demi-mot, s’étonnant qu’il eût fallu dire simplement la vérité aux Français.

À tête reposée, lorsque nous sortons des arcanes de la vie politique, il apparaît aisé de critiquer et de se scandaliser devant les manœuvres politiciennes qui émaillent l’actualité. Un ministre se mettant à faire des vidéos sur TikTok, des députés refusant de serrer la main de certains collègues « infréquentables » ou encore un président acceptant un « concours d’anecdotes » avec deux célèbres youtubeurs, ce ne sont là que des exemples récents de l’immuabilité de cette nécessité politique : plaire, ou a minima conforter sa base.

Clémentine Autain, par cette petite phrase, ne fait qu’énoncer une réalité banale pour un acteur de la chose publique. Toute vérité est-elle bonne à dire ? Pas sûr. Le philosophe Blaise Pascal écrivait bien que « dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu’ils se font haïr », a fortiori lorsqu’on commence à gravir les marches du pouvoir.

Un prétendant aux responsabilités se doit donc d’œuvrer à ne se servir de la vérité qu’avec parcimonie, sous peine de se desservir. Ainsi, Clémentine Autain choque en faisant l’erreur de dire tout haut ce que le public sait tacitement : on lui vend des idées, une direction, mais aussi une image et un récit. Le politique dit ce qu’il doit dire pour obtenir et conserver le pouvoir. Il peut sincèrement se draper dans une vision vertueuse de son action, mais viendra obligatoirement le moment où les intérêts supérieurs de la chose publique vont lui imposer l’usage de l’illusion politique afin d’éclipser une vérité effective nuisible.

Si le politique se sent obligé d’agir de la sorte, c’est qu’il a conscience de l’émotionnalité et de l’affectivité des gouvernés. Il faut absolument parler à ses instincts, répondre à ses désirs, sonder ses attentes. En ce sens, le contrôle du message que l’on transmet est indispensable si l’on souhaite pouvoir façonner le cadre dans lequel les électeurs/sujets vont s’engager.

Le philosophe et sociologue Pierre Ansart énonce ainsi que la gestion des passions politiques par le contrôle des mots et des discours :

« Selon une intuition constante des gouvernants, il y a, en quelque sorte, un pouvoir des mots et le contrôle des mots constitue une forme de pouvoir et l’un de ses instruments. Il s’agit, en particulier, d’atteindre, à travers cet élément accessible, l’insaisissable des attitudes affectives ».

Dans notre cas d’espèce, le choix de la part de La France insoumise de motiver le retrait de Taha Bouhafs par la vague de racisme et d’acharnement médiatique à laquelle il est confronté, plutôt que d’énoncer ouvertement que l’accusation de violences sexuelles dont il fait l’objet est la cause principale de cette décision, est symptomatique de cette volonté de contrôle du message politique. Il est en effet bien plus « positif » pour le parti de Jean-Luc Mélenchon de dire que seules les discriminations sont à l’origine de cet échec ; ainsi, on montre à sa base que des moteurs de l’action politique pour lesquels elle s’est mise à soutenir le mouvement, à savoir l’antiracisme et la lutte contre l’islamophobie, ne sont pas des luttes vaines ou abouties.

Le politique se donne l’obligation de paraître pour plaire à ceux qu’il est amené à dominer. Dans la réalité de la chose publique, beaucoup considèrent que ce sont les sentiments, plus encore que les idées, qui animent le corps civil, le mettent en mouvement. En ce sens, il est bien plus aisé de manipuler l’opinion en créant une illusion politique plutôt que d’imposer une vision qui, même si elle est juste et va dans l’intérêt commun, pourrait faire figure de contrainte dans l’esprit des gouvernés.

Chaque époque a ses mœurs et son propre climat politique. La nôtre n’a, dans les jeux de pouvoir, qu’une violence symbolique : « Les mots sont des armes ». Il n’est plus acceptable de nos jours – hormis chez certains groupes radicalisés d’extrême droite ou parmi la mouvance antifasciste – que les affrontements politiques prennent la forme de lutte armée, de ratonnades ou d’intimidations.

Généralement, tout fait divers sur une agression de militant entraîne une condamnation quasi unanime de la scène politique – bien que cela soit à relativiser selon la nature partisane des militants agressés. Les hommes et femmes politiques ne se livrent bataille qu’au travers d’une guerre logorrhéique sans fin, le vainqueur étant celui qui parvient à capter l’attention médiatique le plus fréquemment. Aujourd’hui, l’acmé de l’immoralité politique est atteinte lorsqu’un élu se réclamant d’une probité sans faille se retrouve empêtré dans un scandale de corruption.

À l’époque de Machiavel, la réalité du quotidien est bien différente et le cynisme emprunte des voies ô combien plus tortueuses. Il ne s’agit plus simplement de manipuler l’opinion en substituant telle ou telle information, il faut infléchir la volonté des peuples par l’usage de méthodes beaucoup plus radicales.

L’un des exemples les plus célèbres date de la Renaissance et repose dans l’un des faits d’armes de César Borgia (1475-1507), fils de pape et aspirant tyran.

Machiavel nous conte cet événement dans le chapitre VII du Prince. Souhaitant pacifier les territoires de Romagne qu’il avait nouvellement acquis, Borgia plaça comme plénipotentiaire l’un de ses bras droits, Rimirro de Orco, avant de partir vers d’autres conquêtes. Connaissant la nature sadique et impitoyable de son lieutenant, il l’enjoignit à user de tous les moyens possibles pour soumettre cette population réputée indomptable. Rimirro ne se fit pas prier et administra « efficacement » la région, usant d’une violence non restreinte et se créant de fait de nombreux ennemis las de subir ses cruautés.

C’est dans cette configuration que revint son maître quelques mois plus tard. Voilà ce qui s’ensuivit : « Et puisque [César Borgia] savait que les rigueurs passées avaient engendré quelque haine à [l’égard de Rimirro], pour purger les esprits de ces peuples et les gagner tout à fait il voulut montrer que, si quelque cruauté s’était ensuivie, elle n’était pas née de lui, mais de la cruelle nature de son ministre. Et tirant occasion de cela, un matin, à Cesena, il le fit mettre en deux morceaux sur la place, avec un billot de bois et un couteau ensanglanté à côté de lui : la férocité de ce spectacle fit demeurer ces peuples en même temps satisfaits et stupéfaits ». Ce faisant, Borgia usa du monstre qu’il avait créé à son avantage. Il avait beau être la véritable cause des souffrances de son peuple, on ne vit finalement en lui que le bienfaiteur les ayant libérés de la poigne de fer du ministre. L’assassinat symbolique permit à son action politique de s’exercer avec une efficacité qu’il n’aurait pu avoir qu’à grand-peine sinon ; ce n’est pas pour rien qu’au moment de sa chute quelques années plus tard, et ce malgré son emprisonnement, les forteresses romagnoles lui restèrent fidèles jusqu’à l’extrême limite.

Demeure une volonté de plus en plus prégnante ces dernières années, l’aspiration des citoyens à une vie politique plus accessible, ou en tout cas moins opaque. C’est dans cette optique, par exemple, qu’a été créée en décembre 2013 la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, organe administratif chargé de contrôler le patrimoine et les éventuels conflits d’intérêts ou fraudes de responsables publics. Par ce biais, François Hollande répondait à une légitime aspiration du public, marquée notamment cette année-là par les ravages de l’affaire Cahuzac.

Plus récemment, au début de la pandémie en 2020, un autre scandale avait entouré les annonces du gouvernement concernant l’inutilité supposée des masques pour empêcher la propagation du virus. N’aurait-il pas été plus opportun de dire aux Français qu’il n’y en avait juste pas assez pour palier à la crise, au lieu d’affirmer par la voix du porte-parole du gouvernement qu’ils n’étaient pas nécessaires pour se protéger ? Tout le monde sait pourtant qu’on pardonne facilement à celui qui dévoile honnêtement ses carences ; bien plus qu’à celui qui se trouve devant les méfaits accomplis. Machiavel, dans ses Discours, rappelait cet axiome cicéronien : « Les peuples, quoiqu’ignorants, sont capables d’apprécier la vérité, et ils s’y rendent aisément quand elle leur est présentée par un homme qu’ils estiment digne de foi ». La confiance, ça se mérite.

Taïwan : Mélenchon félicité officiellement par la dictature chinoise !

Taïwan : Mélenchon félicité officiellement par la dictature chinoise  !

 

Une nouvelle fois Jean-Luc Mélenchon s’est rangé du côté des dictateurs avec l’affaire de Taiwan puisqu’il a soutenu la position de la Chine. Cette posture de soutien aux dictatures est constante chez Mélenchon, elle vaut pour la Chine mais aussi pour Poutine , les dictatures et autres autocraties d’Amérique du Sud.

Une position qui a quand même du mal à être avalée par les autres sensibilités de la NUPES notamment les écologistes et les socialistes

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, s’est rapidement démarqué de ses alliés au sein de la Nupes. Tout en critiquant l’initiative de Nancy Pelosi, qu’il a qualifiée de « discutable » sur Twitter, il a relevé que « la volonté des Taïwanais de vivre en démocratie ne l’est pas ».

La critique a été plus vive encore du côté de Julien Bayou : « Mélenchon parlait de “provocation” quand l’Ukraine démocrate se défendait au Donbass face à la Russie autoritaire. Et parle de “provocation” de Taïwan quand… ce pays agit librement face à la Chine. Un pays démocrate, c’est forcément une “provocation” pour une dictature », a considéré, lui aussi sur Twitter, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

Dans la foulée, le parti a dénoncé les manœuvres militaires de la Chine à Taïwan. « EELV condamne l’intimidation militaire de la Chine et appelle à la désescalade. Nous apportons notre soutien au peuple taïwanais, à la démocratie taïwanaise », est-il écrit dans un communiqué.

  Yannick Jadot, l’ancien candidat du parti à l’Elysée, a ajouté sa voix au concert des critiques écologistes, en assurant sur Twitter, sans citer son ancien rival, que « le nationalisme chinois est un outil de propagande pour justifier la barbarie ». A ses yeux, « une seule Chine », c’est d’abord « une seule dictature ».

 

Afrique-Sénégal: la tentation de l’extrêmisme

Afrique-Sénégal: la tentation de l’extrêmisme

 

Un papier du monde évoque la tentation de l’extrémisme dans une opinion sénégalaise déçue de la gestion du pouvoir en place notamment en matière de progrès social. Une tentation qui pourrait bien s’élargir à d’autres pays africains qui vont être très affectés par l’inflation et la crise alimentaire en cours.

Les ingrédients d’une crise postélectorale semblent réunis au Sénégal, après la tenue des élections législatives, dimanche 31 juillet. Un pouvoir dont la majorité ne tient plus qu’au ralliement d’au moins un député, une opposition qui dénonce un hold-up et menace de ne pas se laisser « confisquer la victoire ». La question est désormais de savoir si la contestation se jouera devant la justice ou se déversera dans les rues. Depuis mars 2021, la vie politique a provoqué la mort d’au moins dix-sept Sénégalais.

 

La démocratie fonctionne encore mais jamais le fossé entre dirigeants et opposants n’a paru aussi grand. Le premier pôle est incarné par le président Macky Sall, qui s’efforce avec la même vigueur depuis 2012 de développer son pays et de réduire comme il l’avait promis « l’opposition à sa plus simple expression ». Ses réalisations économiques sont aussi visibles que l’échec de son second pari. Si ces législatives avaient valeur de référendum sur une éventuelle candidature à un troisième mandat présidentiel en 2024, le message est là : plus de la moitié des votants se sont portés sur l’opposition.

Le deuxième pôle est représenté par une figure moins iconoclaste qu’elle n’y paraît dans cette vie politique sénégalaise où se mélangent depuis des décennies personnalités formées à l’extrême gauche et d’autres, proches des confréries religieuses. Pourfendeur de la corruption du pouvoir en place, promoteur de valeurs conservatrices, bien qu’il soit accusé de « viols et menaces de mort » dans un salon de massage, Ousmane Sonko est le reflet d’un certain populisme dans l’air du temps. Il a aussi émergé parce que Macky Sall a neutralisé ses autres rivaux. « Le Sénégal est une démocratie sans démocrates, où les deux leaders ne semblent pas intérioriser les principes du débat contradictoire », souligne le professeur de sciences politiques Moussa Diaw.

Derrière ces deux figures apparaissent en filigrane deux Sénégal, l’un dans lequel se retrouvent schématiquement les bénéficiaires de la croissance et l’autre habité de ceux, souvent jeunes, qui attendent dans leur quotidien bien plus qu’un discours autosatisfait du pouvoir. Une troisième voie mériterait d’être entendue. Plus de la moitié des Sénégalais se sont abstenus dimanche.

Cette crise de confiance est symptomatique de l’évolution de l’Afrique de l’Ouest francophone qui, il y a à peine dix ans, pouvait se targuer de ses progrès démocratiques et voit aujourd’hui les régimes se maintenir par des « tripatouillages » constitutionnels, et les coups d’Etat militaires se succéder.

Déjà en souffrance au Mali, la France peut s’inquiéter de sa relation avec le Sénégal, pays avec lequel elle entretient une intimité complexe. Macky Sall, actuel président de l’Union africaine, est un partenaire privilégié, qui défend aussi les intérêts de son pays et de son continent. Après Vladimir Poutine, il devrait rencontrer Volodymyr Zelensky en août. Un an avant son entrée programmée dans le club des producteurs de pétrole et de gaz, le Sénégal attise aussi les convoitises.

A Paris, l’éventualité Sonko fait frémir. La Russie a tout intérêt à faire les yeux doux à un jeune tribun « anticolonialiste ». L’intérêt de l’Elysée est aujourd’hui de convaincre M. Sall de sortir par le haut en 2024 et d’ouvrir le jeu politique à des talents dont le Sénégal ne peut pas manquer. Dans le cas contraire, des protestations, où les intérêts français seront inévitablement visés, ne manqueront pas d’accompagner le maintien du sortant. Une arrivée au pouvoir d’Ousmane Sonko serait, elle, le signe d’un certain rejet populaire, préfigurant une rupture avec un pays central dans la relation de la France à l’Afrique.

Nucléaire : une politique qui va courir jusqu’à la fin du siècle

Nucléaire : une politique qui va courir jusqu’à la fin du siècle

Contrairement aux cycles politiques, de plus en plus courts, les questions énergétiques se jouent sur le temps long. Une fois pensé un mix énergétique, la création, l’exploitation, le démantèlement des capacités de production se jouent sur décennies, et en réalité avoisinent le siècle. Par Bruno Alomar, économiste.(la Tribune)

 

Prenons l’exemple de l’énergie nucléaire. Elle a fait l’objet d’un rejet de principe de la part de certains, alimenté notamment en Europe par la catastrophe de Fukushima qui a convaincu l’Allemagne, en urgence, d’y renoncer en 2012. Il n’y a cependant pas eu de rejet unanime du nucléaire civil au cours des vingt dernières années. La Chine, la Finlande, le Royaume-Uni ont souhaité poursuivre et développer la part du nucléaire dans leur mix énergétique.

En l’état, la question de l’énergie nucléaire se trouve confrontée à une forme de paradoxe.

Désormais, il est clair que le développement de capacités de production d’électricité d’origine nucléaire fait bien partie de la solution au problème du réchauffement climatique. La prise de position du GIEC, peu suspect de sympathie a priori pour l’atome, l’a illustré de manière spectaculaire. En France, le choix désormais sans équivoque formulé par le Président de la République le 10 février 2022 de relancer la filière nucléaire, avec la construction programmée de 6 EPR à l’horizon 2035, est un tournant. La guerre en Ukraine et ce qu’elle a révélé de l’ampleur des problèmes d’indépendance énergétique a fortifié la conviction de beaucoup de pays en Europe d’investir dans le nucléaire civil. Ajoutons à cela, si besoin en était, que coté consommateurs, l’on a assisté au cours des dernières semaines à un puissant aggiornamento. Parmi les exemples les plus frappants, citons Enercoop, fournisseur « alternatif » d’électricité fondé par des opposants à l’énergie nucléaire (Greenpeace, les Amis de la Terre), qui a officiellement demandé à bénéficier de l’accès au nucléaire.

Or, c’est au moment où l’horizon se dégage pour la filière nucléaire civile d’origine nucléaire que les problèmes sont les plus massifs, et mettent en danger la trajectoire décidée. Ils sont de deux ordres.

Des problèmes liés à la régulation européenne d’abord. Au cours des vingt dernières années, et spectaculairement depuis quelques mois, la régulation européenne a semblé courir après ses principes. Il a d’abord été question du tout marché, avec les paquets de libéralisation des années 2000, qui, à la surprise de la Commission, n’ont pas toujours donné les résultats qu’elle en escomptait. Plus récemment, les limites avérées du tout marché en matière énergétique ont suscité des difficultés importantes. L’Union européenne a d’abord dû faire face à la demande de certains États – dont la France -d’amender puissamment les dispositifs de fixation des prix, pour finalement en exclure récemment le Portugal et l’Espagne. La Présidente de la Commission européenne l’a d’ailleurs admis qui a déclaré le 8 juin devant les eurodéputés que « ce système de marché ne fonctionne plus » et que « nous devons le réformer ».

Des problèmes techniques aussi, fortement médiatisés, mais dont il ne faut pas minimiser l’ampleur. Car le fait est que la filière nucléaire, au sens industriel, est aussi à la croisée des chemins. Les difficultés rencontrées ont été fortes et justifié une réaction déterminée (plan Excell d’EDF) qui doit se poursuivre pour produire ses effets dans la durée, notamment pour se donner les marges en matière de compétences techniques. La question de la réforme d’EDF reste aussi pendante.

En définitive, la question de l’opportunité du développement du nucléaire civil est désormais réglée, du moins dans beaucoup de pays, dont la France. Ceci ne doit pas cacher qu’en fait d’exécution, le moment est critique. Il exige une mobilisation maximale des acteurs publics (régulation européenne) et des acteurs industriels dans les années à venir.

Taïwan : Mélenchon remercié officiellement par la dictature chinoise !

Taïwan : Mélenchon remercié officiellement par la dictature chinoise  !

 

Une nouvelle fois Jean-Luc Mélenchon s’est rangé du côté des dictateurs avec l’affaire de Taiwan puisqu’il a soutenu la position de la Chine. Cette posture de soutien aux dictatures est constante chez Mélenchon, elle vaut pour la Chine mais aussi pour Poutine , les dictatures et autres autocraties d’Amérique du Sud.

Une position qui a quand même du mal à être avalée par les autres sensibilités de la NUPES notamment les écologistes et les socialistes

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, s’est rapidement démarqué de ses alliés au sein de la Nupes. Tout en critiquant l’initiative de Nancy Pelosi, qu’il a qualifiée de « discutable » sur Twitter, il a relevé que « la volonté des Taïwanais de vivre en démocratie ne l’est pas ».

La critique a été plus vive encore du côté de Julien Bayou : « Mélenchon parlait de “provocation” quand l’Ukraine démocrate se défendait au Donbass face à la Russie autoritaire. Et parle de “provocation” de Taïwan quand… ce pays agit librement face à la Chine. Un pays démocrate, c’est forcément une “provocation” pour une dictature », a considéré, lui aussi sur Twitter, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

Dans la foulée, le parti a dénoncé les manœuvres militaires de la Chine à Taïwan. « EELV condamne l’intimidation militaire de la Chine et appelle à la désescalade. Nous apportons notre soutien au peuple taïwanais, à la démocratie taïwanaise », est-il écrit dans un communiqué.

  Yannick Jadot, l’ancien candidat du parti à l’Elysée, a ajouté sa voix au concert des critiques écologistes, en assurant sur Twitter, sans citer son ancien rival, que « le nationalisme chinois est un outil de propagande pour justifier la barbarie ». A ses yeux, « une seule Chine », c’est d’abord « une seule dictature ».

 

ESG: Passer de la communication au véritable engagement

ESG: Passer de la communication au véritable engagement

 

Il est temps de proposer une définition commune de l’engagement sociétal des acteurs économiques afin de répondre à l’urgence sociale et écologique, estiment, dans une tribune au « Monde », la présidente de l’Impact Tank, Agnès Audier, et le fondateur de Meridiam, Thierry Déau.

 

L’engouement autour de l’impact sociétal des acteurs de l’économie est réel, tant chez les entreprises, les financeurs et les acteurs publics, qu’au sein de l’opinion publique qui les interpelle pour faire bouger les lignes. Mais l’absence de définition et de nomenclatures communes a pu générer des risques de confusion, à la fois pour les clients et les consommateurs, pour les financeurs, et pour les entreprises elles-mêmes.

Le manque de consensus sur ce qu’est l’impact et comment on le mesure peut désorienter l’action publique et les acteurs de l’économie, disperser l’engagement des entreprises et des associations, discréditer les acteurs engagés dans une démarche d’impact ambitieuse, quand d’autres se contentent de plans de communication et des fausses promesses de l’impact washing.

Alors même que l’agenda européen sur les stratégies d’impact et sur la taxonomie coïncide avec l’ouverture d’un nouveau quinquennat en France et la rentrée du gouvernement, il est temps de mettre en place un nouveau consensus entre les acteurs financiers, la société civile, les entreprises et les pouvoirs publics. Cette nécessaire entente doit reposer, d’un côté, sur de nouveaux cadres législatifs et réglementaires, en France et en Europe, à la hauteur de l’urgence sociale et écologique, et, de l’autre, sur l’engagement des acteurs privés, entreprises et investisseurs, réseaux et organisations professionnelles, à développer et à mesurer l’impact sociétal de leurs activités.

C’est tout l’enjeu de la réflexion d’une trentaine de dirigeants d’entreprises et d’organisations professionnelles, d’associations, de chercheurs spécialistes et décideurs publics et privés, réunis par l’Impact Tank, think tank créé à l’initiative du Groupe SOS et de quatre universités (Sciences Po, Sorbonne Université, Conservatoire national des arts et métiers, Paris Dauphine-PSL), avec la participation de la société d’investissement Meridiam. Ses conclusions visent à s’entendre sur des définitions communes, à proposer aux entreprises une méthodologie, à formaliser une théorie du changement alignée avec leurs ambitions et à mesurer leurs résultats car, plus que jamais, nous avons besoin de preuves de l’impact.

Ce « new deal » est aujourd’hui indispensable pour que les décideurs publics et le monde de l’entreprise se rejoignent autour d’une ambition commune et renouvelée, en proposant des référentiels similaires afin d’harmoniser les pratiques et les prises de décision, et d’augmenter la performance sociétale.

Les lobbys de la mal-bouffe

 

Les lobbys de la mal-bouffe

Les interventions « systémiques » de l’industrie agroalimentaire en matière de santé publique sont dénoncées dans deux ouvrages, l’un du professeur en épidémiologie nutritionnelle Serge Hercberg, l’autre des sociologues Daniel Benamouzig et Joan Cortinas Muñoz. ( » dans le Monde » Par Mathilde Gérard)

 

 

Dire que l’étiquette nutritionnelle Nutri-Score a donné lieu à une bataille de lobbys relève de l’euphémisme. Avant que ce logo de cinq couleurs, renseignant la qualité nutritionnelle d’un aliment, ne soit adopté fin 2017 par la France comme logo officiel (bien que non obligatoire), de grands groupes agroalimentaires ont livré un âpre combat contre cette étiquette, déployant toute la palette des stratégies d’influence possibles : entretien du doute sur la validité scientifique du dispositif, proposition de contre-logo, multiplication des échanges avec la sphère politique – officiels et officieux –, dénigrement des équipes qui ont conçu et testé le logo, personnalisation des enjeux… Un véritable cas d’école du lobbying mené par une filière, décrypté dans deux récents ouvrages.

Le premier, Mange et tais-toi, de Serge Hercberg, est un récit personnel des nombreuses pressions reçues par ce professeur en épidémiologie nutritionnelle, qui a présidé le Programme national nutrition santé en France de 2001 à 2017 ; une plongée saisissante dans les coulisses de la prise de décision en santé publique. Le second, Des lobbys au menu, écrit par Daniel Benamouzig (Centre de sociologie des organisations, CNRS et Sciences Po) et Joan Cortinas Muñoz (chercheur associé à la chaire santé de Sciences Po), est une enquête sociologique sur les différents types d’intervention de l’industrie agroalimentaire dans la sphère publique. Une recherche menée sur deux ans, qui démontre, au-delà des conflits d’intérêts individuels, l’existence d’activités d’influence « systémiques ».

Ces deux livres regorgent d’exemples. Serge Hercberg se remémore ainsi un combat emblématique, celui de l’interdiction des distributeurs automatiques de snacks dans les écoles en 2004, qui avait valu au professeur de recevoir de nombreux courriers hostiles, jusqu’à un appel téléphonique anonyme de menace.

Daniel Benamouzig et Joan Cortinas Muñoz relatent un autre épisode : lors de l’examen du projet de loi santé de 2015, dans lequel était discutée la mise en place de l’étiquetage nutritionnel, un directeur d’affaires publiques de la filière se plaint auprès de l’Elysée de ne pas réussir à rencontrer la ministre de la santé. « On s’est un peu énervés auprès de l’Elysée et de Matignon, en disant : “Ecoutez, on ne comprend pas, on arrive à voir le président de la République, on arrive à voir le premier ministre, on arrive à voir à peu près tous les ministres du gouvernement (…). Ce n’est pas normal”, relate ce responsable. L’Elysée finit par obliger Marisol Touraine à nous rencontrer, et elle nous boude et nous envoie son directeur de cabinet. » Réputé plus hermétique au secteur privé, le ministère de la santé présente néanmoins une lacune principale, selon Serge Hercberg : son « faible poids (…) dans la hiérarchie gouvernementale face à des ministères pesant beaucoup plus lourd, comme celui de l’agriculture ou celui de l’économie ».

La sobriété énergétique passe par des investissements et l’IA

La sobriété énergétique passe par des investissements et l’IA

Il  faudra  d’importants investissements et recourir aux outils de pilotage basés sur l’intelligence artificielle pour que cette sobriété soit réellement efficiente estimenet dans La Tribune José Iván García, PDG de Substrate AI, et Christopher Dembik, économiste et membre du conseil d’administration de Substrate AI.

 

Quelles sont les dépenses les plus énergivores pour un ménage et pour une entreprise ? En haut de la liste, on retrouve en général le triptyque chauffage, ventilation et climatisation (ou CVC, dans le jargon).

Prenons le cas des salles de cinéma. La France en compte environ plus de 2.000 réparties sur tout le territoire. Selon un rapport du Centre national du cinéma et de l’image animée rendu public le 8 juin dernier, le chauffage, la ventilation et la climatisation comptent pour 69 % des dépenses énergétiques. C’est énorme. L’ampleur est tout aussi importante dans de nombreux autres secteurs d’activité. Au moment où les prix énergétiques ne cessent de grimper (la semaine dernière, le prix de l’électricité en France a atteint un niveau record à 495 euros le MWh pour une livraison dans un an), beaucoup d’entreprises sont dans l’urgence de réduire leur facture énergétique.

S’ajoutent à cela les impératifs de la transition énergétique. Plusieurs décrets ces dernières années incitent les entreprises à adopter une trajectoire de réduction de la consommation énergétique. Par exemple, le décret « tertiaire » de 2019 oblige les bâtiments à usage tertiaire et dont la surface d’exploitation est supérieure ou égale à 1.000 m2 à atteindre 40 % d’économies d’énergie d’ici 2030. C’est demain. Une grande partie du parc français de salles de cinéma est concernée. Mais d’autres activités aussi.

Comment faire des économies d’énergie ? La sobriété énergétique est la réponse immédiate. Vous allez entendre cette expression quasiment quotidiennement dans les médias dans les mois à venir. Cela consiste à consommer moins, consommer autrement, comme l’indique en toutes lettres le plan sobriété énergétique du gouvernement présenté le 8 juillet dernier. Concrètement, cela implique trois types d’actions :

1° Travailler sur le regroupement des besoins. Il s’agit, par exemple, de travailler avec les municipalités et les associations pour qu’elles aient des créneaux horaires qui soient regroupés sur des périodes plus restreintes afin de ne pas distiller le chauffage ou encore travailler avec les entreprises du tertiaire afin que le télétravail se massifie et ainsi réduire les températures de consignes ces jours-là (c’est ce que prévoit le plan d’efficience énergétique espagnol présenté en mai dernier pour les administrations publiques)

2° Les écogestes. Les possibilités sont presque infinies : baisser d’un degré la température dans les bâtiments, réduire les horaires d’ouverture des piscines municipales, ne pas recharger son ordinateur portable pendant les heures de pointe sur le réseau électrique mais la nuit (les performances des nouvelles puces M1 et M2 d’Apple sont extraordinaires en termes de consommation), ne plus porter de cravate comme le préconise le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, ou encore demander à son fournisseur d’énergie un double tarif avec heure pleine/heure creuse afin de consommer intelligemment. Il faudra parfois mettre en concurrence les fournisseurs pour y parvenir. Tout cela suppose, au préalable, une campagne de sensibilisation du gouvernement à destination du grand public.

3° Prévoir des équipements et/ou des travaux afin d’économiser l’énergie. Plusieurs options sont possibles : installer des capteurs et objets connectés qui permettent de réguler l’énergie des sites en prenant en compte les périodes où il n’y a personne ou encore opter pour le relamping qui consiste à remplacer l’éclairage ancien par des luminaires LED. Simple mais efficace.

Les deux premiers types d’action n’ont un effet positif réel sur la consommation énergétique qu’à condition qu’il y ait une prise de conscience collective. C’est incertain. En revanche, certaines actions peuvent entraîner des conséquences positives immédiates et impressionnantes, comme le relamping qui peut diminuer la consommation électrique parfois jusqu’à 80 % ! Ce sont des actions rapides et impactantes. Elles peuvent être mises en œuvre dès aujourd’hui. Mais il faut aussi prévoir de s’inscrire dans le temps long, afin de baisser encore plus et durablement la consommation.

L’intelligence artificielle (IA) est une des solutions possibles. Cela peut induire d’opter pour des sources d’énergies renouvelables (comme la récupération de chaleur) couplées avec des outils de pilotage se basant sur l’IA. C’est ce que propose Dalkia, spécialiste français de la transition énergétique des industriels, avec Dalkia Analytics, par exemple. En Espagne, le groupe d’ingénierie SENER (un géant local) a révolutionné l’énergivore segment du CVC grâce à une technologie adossée à de l’IA. Sa technologie Respira s’intègre dans une couche supérieure du système SCADA (Système de contrôle et d’acquisitions de données en temps réel) en utilisant tous les systèmes d’infrastructure existant sans investissements importants (système Plug & Play). C’est un point important. Beaucoup d’entreprises sont disposées à fournir des efforts dans le domaine de la transition énergétique mais le contexte est peu favorable à des investissements immédiats coûteux. A ce système s’ajoute une brique technologique IA qui, par exemple, s’assure d’un niveau minimal de qualité de l’air ou détermine automatiquement et en temps réel le degré de confort des utilisateurs à l’intérieur des installations. Il n’y a plus besoin d’intervention humaine. Un système de maintenance prédictive permet également de détecter de manière précoce les pannes éventuelles. Les résultats sont impressionnants. Dans le métro de Barcelone (128 stations souterraines, 324 ventilateurs, plus d’un million d’usagers par jour), cela a permis de réduire de 25,1% la consommation énergétique moyenne, de diminuer la température de 1,3°C en moyenne et d’augmenter la satisfaction des usagers de plus de 10%.

Si la Russie décide de couper définitivement l’approvisionnement en gaz à l’Europe (ce qui n’est pas exclu), il faudra s’attendre à un rationnement de l’énergie cet hiver (voire dans certains cas à un blackout – c’est lorsque la puissance appelé par les consommateurs ne peut plus être produite par les usines d’électricité, incapables de fournir toute la puissance demandée). La sobriété énergétique est une priorité de politique publique. Les écogestes sont une solution de court terme. Il n’est pas certain pour autant que cela permette d’éviter un rationnement. En revanche, nous pouvons éviter dès à présent de mettre en péril les objectifs de réduction de la consommation dans le cadre de la transition énergétique. Cela suppose d’investir dès maintenant dans les nouvelles technologies qui vont permettre de réduire significativement et sur le très long terme la consommation. C’est en particulier l’IA.

Emmanuelle Wargon, nouvelle Présidente de la CRE: du reclassement politique

 

 

Emmanuelle Wargon, nouvelle Présidente de la CRE: du reclassement politique

 

 

 

Une fois de plus, Macron a choisi une personnalité complètement incompétente  cette fois pour gérer la question de la régulation de l’énergie. Une incompétence qui d’ailleurs rejoint celle des deux sous ministre en charge de l’écologie complètement ignorants de la problématique environnementale.

Du coup, cette  candidature d’Emmanuelle Wargon  à la présidence de la séreuse a été sérieusement contesté au Parlement.

Jérôme Nury (LR) a dénoncé « un recasage en règle », après l’échec d’Emmanuelle Wargon aux dernières élections législatives. L’ex-ministre avait, en effet, présenté sa candidature dans le Val de Marne mais a été éliminée dès le premier tour, le 12 juin dernier. « Ce jeu de chaises musicales jette un discrédit et une suspicion sur votre nomination. Où est l’impartialité ? Où est l’indépendance? », s’est interrogé Philippe Brun (socialiste – Nupes), quand un autre député de l’opposition a même jugé « raisonnable » que l’ex-ministre « retire sa candidature ».

Passée, entre autres, par la Cour des comptes, le ministère de la Santé, le Haut-commissariat aux Solidarités actives et l’Agence du médicament, cette énarque a réalisé l’essentiel de sa carrière dans le service public, avec toutefois un passage dans la sphère privée en tant que directrice générale des affaires publiques et de la communication chez Danone de 2015 à 2018. Emmanuelle Wargon ne fait son entrée en politique qu’en 2018, en rejoignant le gouvernement d’Edouard Philippe comme secrétaire d’Etat à la transition écologique. Elle devient ensuite ministre du Logement dans le gouvernement de Jean Castex.

Lors de ces deux auditions, Emmanuelle Wargon a aussi clarifié sa position vis-à-vis du nucléaire. Initialement favorable à la fermeture de 12 réacteurs nucléaires à l’horizon 2035, l’ex-membre du gouvernement a affirmé devant les sénateurs : « Je suis favorable à l’électricité nucléaire, clairement. J’y suis sur le maintien des réacteurs existants et sur le développement du nouveau nucléaire ».

Par ailleurs, Emmanuelle Wargon a dit vouloir renforcer les contrôles sur la manière dont les fournisseurs alternatifs, bénéficiant de l’Arenh (mécanisme qui oblige EDF à vendre de l’électricité nucléaire à prix bradés à ses concurrents), fixaient leur prix. La nouvelle présidente de la CRE souhaite, en effet, s’assurer que ce dispositif bénéficie bien aux consommateurs finaux et ne constitue pas une rente pour les fournisseurs alternatifs.

Sur ce sujet très sensible, elle a voulu appuyer sa différence avec son prédécesseur : « Jean-François Carenco était un avocat de l’Arenh à 150 TWh, ce n’est pas mon cas. Je pense que 120 TWh est un maximum », a-t-elle indiqué. Emmanuelle Wargon a aussi plaidé pour une réforme du marché européen de l’électricité en soulignant que, dans ce domaine, la CRE avait un rôle d’expertise, d’analyse et d’influence.

 

Fin de la redevance audiovisuelle

Fin de la redevance audiovisuelle

 

La suppression de la redevance audiovisuelle qui était une promesse de campagne du candidat Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle.Une redevance largement obsolète. La mesure prévoit de financer l’audiovisuel public grâce à « une fraction » de la TVA d’un montant d’environ 3,7 milliards d’euros. Pour rappel, selon les données de la direction générale des Finances publiques, la redevance a rapporté 3,8 milliards d’euros en 2020, d’après les informations des Echos.

 

La contribution à l’audiovisuel public, anciennement redevance audiovisuelle, est un impôt français créé en 1933  ( et applicable aux téléviseurs à partir de 1948) afin de financer l’ensemble du paysage audiovisuel français public. Ce prélèvement finance une grande partie du budget de France TélévisionsRadio FranceArte FranceFrance Médias MondeTV5 Monde et l’INA. Son produit et son nombre de redevables en font une des plus importantes taxes affectées.

Des taxes créées lorsque n’exister que quelques chaînes de radio et une chaîne de télé. Depuis il existe des centaines de chaînes privées qui s’autofinancent.

Les sénateurs ont adopté l’amendement du rapporteur général Jean-François Husson (LR) qui prévoit de borner au 31 décembre 2024 le financement de l’audiovisuel public par une fraction de la TVA. Le sénateur estime que cette solution de financement proposée par les députés « ne peut être que temporaire ». Jean-François Husson a reproché au gouvernement d’avoir « envoyé le générique de fin avant que le programme ne commence ».

« Nous sommes d’accord pour supprimer la redevance, la question [est de savoir] comment nous allons financer demain l’audiovisuel public », a interrogé Laurent Lafon, le président centriste de la commission de la Culture. Son groupe demandait de reporter d’un an la suppression de la redevance.

Opposés à la suppression, les sénateurs de gauche ont signifié leur mécontentement. Le sénateur socialiste David Assouline a reproché au gouvernement de « créer les conditions de l’affaiblissement » de l’audiovisuel public. « Nous tenons très profondément à l’audiovisuel public et donc à son financement », a déclaré son collègue socialiste Jean-Pierre Sueur, reconnaissant néanmoins que la redevance était devenue « obsolète » de nos jours.

Vers la fin de la toute puissance américaine

Vers  la fin de la toute puissance américaine

Les États-Unis se présentent encore comme la première puissance mondiale… La réalité est désormais toute autre : depuis plusieurs années, le pays subit un déclin relatif – lent mais inévitable. Par Manlio Graziano, Sciences Po dans the conversation 

 

Depuis des décennies, les États-Unis connaissent un déclin relatif, politique, intellectuel et économique, avec la perspective d’être un jour dépassés par une puissance rivale. Leur principal problème, cependant, n’est pas ce déclin relatif en lui-même, qui est un phénomène naturel, mais bien l’incapacité à le reconnaître, que ce soit par orgueil, par calcul électoral ou par simple ignorance.

En 1986, dans son ouvrage magistral The Rise and Fall of the Great Powers, Paul Kennedy expliquait que les grandes puissances émergent et tombent précisément à cause de leur croissance inégale : c’est donc la relation entre leurs différents taux de croissance qui, « à long terme », est déterminante.

À l’exception de quelques brèves périodes de récession, les États-Unis n’ont jamais cessé de croître. Depuis les années 1950 cependant, leur croissance est plus lente que celle de la plupart des autres pays du monde : ils connaissent donc un déclin relatif.

Entre 1960 et 2020, leur PIB réel (c’est-à-dire en dollars constants) a été multiplié par cinq et demi, mais, au cours de la même période, le PIB du reste du monde a été multiplié par huit et demi : ainsi, alors que l’économie américaine a continué à croître en termes absolus, celles de ses rivales ont progressé plus rapidement. De plus, si on la compare à son principal rival, la Chine, l’écart de croissance est abyssal : alors que l’économie américaine connaissait une croissance multipliée de cinq fois et demi, celle de la Chine était multipliée par 92 fois. En d’autres termes, en 1960, l’économie américaine équivalait à celle de 22 fois la Chine or, en 2020, elle ne « pèsera » que 1,3 fois la Chine.

Ce déclin relatif du poids économique et productif des États-Unis se traduit finalement par un rétrécissement des marges d’action politique, en raison du phénomène dit d’« overstretching », qui est à l’origine de la chute de certains grands empires (de l’Empire romain à l’Empire russe). La surextension (overstretching) a lieu quand les ressources à disposition ne permettent plus de tenir les engagements pris lorsque les ressources étaient supérieures.

En d’autres termes, les intérêts et obligations mondiales que les États-Unis pouvaient se permettre de défendre avec un PIB de près de 3,46 trillions de dollars en 1960, ne pouvaient pas tous être défendus simultanément en 1986 avec un PIB de 8,6 trillions de dollars, et encore moins aujourd’hui, malgré un PIB approchant les 22,9 trillions de dollars en 2021. Ce paradoxe n’est qu’apparent : alors que le PIB américain en 1960 représentait presque la moitié (46,7 %) du PIB du reste du monde, en 2020, il était devenu moins d’un tiers (30,8 %).

L’analyse prémonitoire de Paul Kennedy a malheureusement souffert d’un mauvais calendrier. Trois ans après la sortie de son livre, les régimes prorusses en Europe se sont effondrés. Quatre ans plus tard, la première des « décennies perdues » du Japon et cinq ans plus tard, la guerre du Golfe (pour laquelle Washington a réuni l’une des plus grandes coalitions militaires de l’histoire) a éclaté. À la fin de cette même année 1991, l’Union soviétique, a implosé.

La deuxième puissance économique mondiale (le Japon) connaissant un fort ralentissement, et avec la disparition de l’Union soviétique, le déclin relatif du PIB américain a bénéficié d’un (léger et bref) renversement de tendance.

En conséquence, le livre de Paul Kennedy fut oublié.

Commença alors une période où les États-Unis étaient persuadés d’être la « seule superpuissance » dans un monde unipolaire, croyant pouvoir remodeler le monde à leur image alors qu’ils n’en avaient plus la force et que de nouveaux concurrents commençaient à montrer leurs muscles. Le déclin relatif des États-Unis ne dépendait pas uniquement du Japon, et certainement pas de l’URSS, mais de la tendance inéluctable à un développement inégal. Ainsi, alors que Kennedy montrait la lune, le monde se contentait de regarder son doigt.

Certains dirigeants américains, comme George Bush et Bill Clinton, ont profité de l’accident pour s’attaquer à la substance : la guerre du Golfe fut le premier épisode, l’intervention en Bosnie fut le suivant et l’élargissement de l’OTAN à l’est en fut un autre, pour ne mentionner qu’eux.

Il faut également mentionner ici la réouverture progressive à la Chine après la crise de Tian’anmen – aujourd’hui critiquée par tout le monde en Amérique, mais largement célébrée à l’époque, ne serait-ce que pour éviter de laisser la Chine s’ouvrir aux seuls investisseurs Européens et Japonais.

L’élargissement de l’OTAN dans les années 1990 a de nouveau été propulsé au centre du débat international à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine. Pour les Russes et leurs alliés, cet élargissement est le « péché originel » dont tout a découlé, faisant porter, disent-ils, l’entière responsabilité de « l’opération militaire spéciale » de Vladimir Poutine sur les épaules de Washington.

Comme dans toutes les idéologies, il y a, dans la version russe, une pincée de vérité (qui les rend plausibles). Il s’agit là de la décision unilatérale de Washington de se positionner, par le biais de l’OTAN, dans les nations d’Europe centrale et orientale nouvellement libérées du joug russe.

Afin de remettre les choses dans leur contexte, nous devons rappeler l’expansion de l’Union européenne dans ces mêmes territoires. L’expansion de l’OTAN a toujours précédé celle de l’UE. Aux yeux des Américains, les États tampons entre la Russie et le cœur de l’Europe, qui étaient au centre des préoccupations américaines après les deux guerres mondiales et qui sont à nouveau d’une actualité brûlante, ne peuvent être laissés au contrôle exclusif de l’Union européenne car sinon ils cesseraient d’être un tampon.

Si les États-Unis ont un objectif stratégique incontestable, c’est précisément d’empêcher l’Europe (ou, pour être réaliste, l’Allemagne et/ou tout groupe de pays centrés sur l’Allemagne) d’établir une quelconque coopération avec la Russie.

Depuis qu’ils ont remplacé le Royaume-Uni en tant que puissance hégémonique mondiale, les Américains ont hérité de l’une de ses théories les plus célèbres : la théorie du « heartland » formulée par Sir Halford Mackinder, selon laquelle si l’Europe de l’Est (donc l’Allemagne) prend le contrôle du « heartland » (donc la Russie), elle dominera l’Eurasie, et donc le monde.

La thèse de Mackinder a été reprise pendant la Seconde Guerre mondiale par Nicholas Spykman, un politologue de Yale d’origine néerlandaise, qui l’a transformée en théorie du « rimland », c’est-à-dire d’un « anneau » de pays qui pourrait entourer le « heartland ».

Dans la formulation de Spykman, le contrôle de cet anneau devient crucial pour le contrôle du monde. Cette thèse a été traduite plus tard dans la politique d’endiguement formulée par George Kennan.

Après la guerre, la préoccupation concernant une éventuelle union continentale eurasienne capable de défier, et finalement de renverser, leur hégémonie mondiale était donc passée des Britanniques aux Américains. Comme Henry Kissinger l’a ouvertement confirmé :

« Dans la première moitié du XXe siècle, les États-Unis ont mené deux guerres pour empêcher la domination de l’Europe par un adversaire potentiel… Dans la seconde moitié du XXe siècle (en fait, à partir de 1941), les États-Unis ont ensuite mené trois guerres pour revendiquer le même principe en Asie – contre le Japon, en Corée et au Vietnam ».

Adieu les notions de « mission civilisatrice » de « défense de la liberté », « d’arsenal de la démocratie », ou de guerre contre le militarisme, le fascisme ou le communisme…

Lorsqu’en 2011, Vladimir Poutine a lancé sa proposition d’Union eurasienne (l’une des nombreuses tentatives de recomposition de l’empire russe), destinée à devenir une « composante essentielle de la Grande Europe… de Lisbonne à Vladivostok », la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, a réagi promptement et franchement :

« Il y a un mouvement de résoviétisation de la région. On ne va pas l’appeler comme ça. Cela va s’appeler une union douanière, cela va s’appeler Union eurasienne et tout ça… Mais ne nous y trompons pas. Nous savons quel est l’objectif, et nous essayons de trouver des moyens efficaces de le ralentir ou de l’empêcher. »

Si le risque, redouté par Mackinder, Spykman, Kennan, Kissinger, et Clinton, est celui d’une possible union des forces entre une grande puissance industrielle et le « cœur » russe, il est évident que la menace pour les États-Unis vient aujourd’hui davantage de la Chine que de l’Europe ou du Japon.

Ainsi, la tentative de creuser un fossé entre la Chine et la Russie est sans aucun doute l’une des priorités stratégiques des États-Unis, sinon LA priorité stratégique.

Avec la guerre qui a commencé le 24 février, la Russie a rendu deux grands services aux États-Unis : elle a réunifié, élargi et réarmé l’OTAN, supprimant la possibilité d’un accord avec l’Europe ou même avec seulement quelques pays européens et elle a renforcé la méfiance de Pékin envers Moscou.

Les Américains en profitent, mais une stratégie ne peut être construite sur les bévues d’un adversaire. Le fait qu’il existe une stratégie imposée par les circonstances (éviter « la deuxième place pour les États-Unis d’Amérique », selon les mots d’Obama) ne signifie pas pour autant qu’il y ait une stratégie consciente et clairement définie.

« Il n’y a pas de vent favorable pour le marin qui ne sait pas où aller », disait sagement Sénèque, et les États-Unis ressemblent à ce marin : leur déclin relatif n’a pas encore été identifié comme tel, et sa fracture politique interne signifie que toute hypothèse stratégique possible risque d’être modifiée – voire renversée – tous les quatre ans.

En outre, une grande partie de la classe politique du pays se nourrit encore de la fable racontée par Karl Rove, conseiller de G.W. Bush, il y a près de vingt ans :

« Lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité » et pendant que les spécialistes se démènent pour étudier ou déchiffrer cette réalité, « nous agirons à nouveau (au gré du contexte NDLR), créant d’autres nouvelles réalités. »

Aujourd’hui, les quelques milliers de « Rove » présents dans la classe politique américaine rendent à leur pays le même service que les conseillers de Poutine rendent au leur : avec leurs bonnes intentions et leur ignorance des contraintes géopolitiques, ils pavent la voie vers ce qui pourrait très vite devenir un enfer.

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Par Manlio Graziano, Assistant professor, geopolitics and geopolitics of religions, Sciences Po

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Santé: Les progrès des diagnostics précoces et de la médecine de précision

Santé: Les progrès des diagnostics précoces et de la médecine de précision 

Un papier de la Tribune évoque les progrès des diagnostics précoces et de la médecine de précision .

Les marqueurs biologiques, cellulaires et génétiques, la recherche médicale s’oriente vers une pratique de précision. Ces signatures biologiques permettent de diagnostiquer plus tôt, d’adapter les traitements plus finement et de mieux comprendre comment fonctionnent les maladies.

 

Entre la fiabilité des tests Covid et l’identification du type de variants, la crise sanitaire a montré que la médecine identifie de mieux en mieux la signature biologique d’une maladie. Au-delà de la nomenclature du XXe siècle où presque toutes les affections respiratoires étaient une angine ou une grippe, elle a aujourd’hui les moyens de vérifier de quoi souffre exactement un patient. En comprenant mieux le langage biologique des maladies, elle sait repérer ses signatures et comprendre la façon dont elles affectent nos organismes. Par exemple, en février dernier, la startup Ziwig (Lyon) a présenté le premier test salivaire pour détecter l’endométriose, une maladie mal connue qui touche près de 10% des femmes.

Biologiques, génétiques ou cellulaires, le terme « marqueur » est entré dans le vocabulaire médical. Ces signatures sont comme des indices qui permettent de diagnostiquer au plus près la pathologie qui affecte le patient. Elles aident aussi les chercheurs à comprendre comment la maladie fonctionne et menace l’organisme pour trouver les bons moyens de la soigner. Chaque année, les chercheurs et les biotechs découvrent de nouveaux marqueurs qui mènent soignants et pharmas vers une médecine de précision.

En oncologie, cette multiplication des marqueurs modifie peu à peu la façon de soigner. On ne traite plus seulement le cancer en fonction de l’organe touché, mais suivant les mutations que présente la tumeur initiale. « En suivant les marqueurs au plus près, on va de plus en plus loin dans la compréhension des cancers et de la façon dont elles se développent, affirme le Pr Steven Le Gouill, directeur de l’Ensemble hospitalier de l’Institut Curie à Paris. Certains marqueurs donnent une idée de l’agressivité de la maladie et d’autres donnent des informations sur la manière dont elle répondra au traitement. Combiner différents marqueurs donne une approche complète et précise qui permet de développer des algorithmes médicaux. »

Prévoir la réaction de la maladie au traitement, c’est déjà le cas dans les cancers du sein, du colon et du mélanome. Bientôt, ce sera aussi possible pour un des cancers les plus mortels : celui du pancréas. Fin 2019, le diagnostic GemciTest® de la biotech Acobiom a reçu le marquage CE. Ce test prédit la réponse de la tumeur à la Gemcitabine (chimiothérapie) en fonction de la spécificité de son cancer du pancréas et Acobiom lancera bientôt les démarches en vue de son remboursement. . « Le traitement des données issues d’expériences de biologie et de séquençage par bio-informatique et bio-statistique permet d’identifier de nouveaux marqueurs et de prédire le pronostic vital ou la réussite d’un traitement, confirme Philippe Outrebon, responsable financier chez Acobiom. En 1999, nous avons commencé avec quelques dizaines de milliers de données à traiter en bio informatique, mais avec le séquençage haut-débit, nous en analysons des dizaines de millions aujourd’hui. »

« Le traitement des données issues d’expériences de biologie et de séquençage par informatique permet le développement de statistiques pour prédire le pronostic vital ou la réussite d’un traitement, confirme Philippe Outrebon, responsable financier chez Acobiom. En 1999, nous avons commencé avec quelques dizaines de milliers de données en bio informatique, mais avec la multiplication des marqueurs, nous en analysions des dizaines de millions aujourd’hui. »

Au-delà des chimiothérapies, les traitements par immunothérapie fonctionnent aussi plus ou moins bien suivant les patients et les mutations cancéreuses. Lors de la dernière grande rencontre internationale de l’oncologie ASCO à Chicago, le Dr Arthur Daban de l’Hôpital européen Georges-Pompidou a montré que la présence d’auto-anticorps dans le sang des patients est associée à davantage d’effets secondaires quand ils entrent en immunothérapie. Pour les labos pharma, ces pronostics de réussite ou d’effets secondaires à leurs traitements est une aubaine. Mieux prescrits, ces traitements pourraient améliorer leur efficacité avec une meilleure maîtrise des risques d’effets secondaires.

Autour de l’oncologie, d’autres innovations permettent aussi d’améliorer l’état des patients soumis aux chimiothérapies. Pour notre pionnière de la médecine microbiome MaaT Pharma, les années Covid ont été celles du lancement de la production industrielle de leur premier traitement : le MaaT013. Ce traitement vise à restaurer le microbiome – la flore intestinale – des patients atteints de complications suite à une greffe de cellule souche dans le traitement de certains cancers du sang comme les leucémies. Sans être encore autorisé, MaaT013 est utilisé dans différents pays dans le cadre de la médecine compassionnelle.

« Dans la mesure où le microbiome est partenaire du système immunitaire qu’il entraîne, son altération fait baisser les défenses immunitaires des patients, explique Hervé Affagard, CEO et co-fondateur de la biotech. Comme d’autres signatures biologiques, le microbiome est un marqueur propre à chaque patient, son analyse pourra sans doute bientôt permettre de prédire le risque de complications pour les patients soumis aux traitements par chimiothérapie ou immunothérapie. »

Dans un autre registre et avec un organe complexe à étudier, on attend beaucoup de la recherche de biomarqueurs permettant de diagnostiquer des maladies du cerveau. En 2020, des chercheurs de l’Université de Lausanne (Suisse) ont identifié deux biomarqueurs de la schizophrénie. Présents dans le sang, ces indices biologiques ont permis de différencier deux types de schizophrénie qui permettra peut-être de développer des traitements spécifiques et mieux adaptés. En 2019, une forme de démence aux symptômes proches de la maladie d’Alzheimer a été découverte aux États-Unis. Appelée Late, elle implique l’accumulation d’une forme anormale de la protéine TDP-43 dans les neurones. Dans ce cas, une définition plus précise de la maladie pourra améliorer la conception de traitements adaptés.

Enfin, pendant les années Covid, l’imagerie médicale assistée par ordinateur a aussi fait beaucoup de progrès. Contrairement à d’autres projets biotech, elle n’a pas souffert de la difficulté à recruter des patients confinés et inquiets alors que les hôpitaux étaient saturés. Avec l’imagerie, les marqueurs visuels et leur traitement informatique permettent d’affiner le diagnostic, mais surtout d’automatiser des tâches simples et répétitives. Afin de concentrer l’expertise médicale sur des dossiers complexes. En 2020, le logiciel d’aide au diagnostic Breast-SlimView de la start-up française Hera-Mi (Nantes) a commencé à assister la lecture des mammographies dans le cadre du dépistage des cancers du sein. Une aide au diagnostic qui écarte plus rapidement les cas non problématiques pour concentrer le radiologue sur les clichés suspects.

Dans le même état d’esprit, AZmed a été récompensée d’un trophée lors de l’exposition Santexpo 2021. Là encore, son logiciel Rayvolve est capable de détecter tous types de fractures sur une radiographie standard. Rapide et fiable, ce diagnostic informatique permet aux médecins de passer moins de temps sur ces études rébarbatives. Cette fois, c’est l’automatisation des techmed qui permet à l’expertise médicale de consacrer plus de temps aux cas complexes, toujours pour pratiquer une médecine de précision. Selon les études de Research and Market, le marché mondial des logiciels d’imagerie médicale en termes de revenus devrait croître à un taux de croissance annuel composé (TCAC) de plus de 7% au cours de la période 2020-2026.

Un influenceur youtubeur disparaît avec la caisse des cryptomonnaies

Un influenceur  youtubeur disparaît avec  la caisse des cryptomonnaies

 

Encore plusieurs centaines de personne arnaquées par un influenceur de placements de cryptommonnaies sur internet.

Sous le pseudo « Crypto Gouv », l’homme « a créé une chaîne Youtube dans laquelle il proposait des explications sur la manière d’investir en commun dans des projets en cryptomonnaie et NFT sur Discord et Telegram » (deux applications de messagerie), explique à l’AFP l’avocat au barreau de Lyon.

L’enquête, ouverte notamment pour escroquerie, a été confiée à la section de recherche de Paris.

Les arnaques au cryptomonnaies ont le vent en poupe. Selon les régulateurs AMF et ACPR, en charge de la protection des épargnants, les arnaques aux cryptos explosent, avec un préjudice moyen qui a doublé en quelques mois, de 20.000 à 40.000 euros.

Pour opérer en France, une entreprise doit faire la demande du statut « PSAN » (prestataire de services sur les actifs numériques) auprès de l’AMF (Autorité des marchés financiers).

Autre fléau dans le monde des cryptomonnaies, celui du blanchiment d’argent via ces nouveaux réseaux. En particulier dans le secteur de la Finance Décentralisée (DeFi), celui aurait cru de 263% au cours des deux premiers trimestres 2022, selon les données de CryptoMonday.

En 2021, les escroqueries aux cryptomonnaies ont atteint 7,7 milliards de dollars dérobés dans le monde, soit une augmentation de 81% par rapport à 2020 – année en fort recul pendant la pandémie par rapport à 2019, selon le cabinet Chainalysis.

 

Sri Lanka : Un exemple de révolution silencieuse de la société civile

 

Sri Lanka : Un exemple de révolution silencieuse de la société civile

. Les protestations des derniers mois à Sri Lanka donnent à voir la structuration progressive d’une société civile mobilisée pour un changement démocratique radical. Par Anthony Goreau-Ponceaud, Université de Bordeaux et Delon Madavan, Université du Québec à Montréal (UQAM).

 

Le dernier membre du clan Rajapaksa à s’accrocher encore au pouvoir, Gotabaya, devait annoncer sa démission le mercredi 13 juillet. Chassé samedi du palais présidentiel par une foule de manifestants en colère, le président a pris la fuite sous la protection de l’armée et se trouve dorénavant en exil.

Il semble donc que les protestations de ces trois derniers mois ont eu raison d’un régime corrompu, autoritaire, discriminatoire et fortement militarisé. Au-delà d’un cri de colère contre une gestion accablante du pays débouchant sur des pénuries de carburant, de gaz, de pétrole, de médicaments et de nourriture, une inflation spectaculaire, et plus globalement la faillite économique et politique de l’île, ces protestations donnent à voir l’organisation et la structuration progressive d’une société civile sur laquelle il est important de revenir tant cette dernière pourrait permettre d’échapper au processus de bipolarisation de la vie politique à Sri Lanka et à son corollaire longtemps mortifère : la création d’identités prédatrices.

 

Cet élan de protestation apparaît comme le prolongement de la marche pacifique du 3 février 2021 qui permettait de relier en cinq jours Pottuvil à Polikandy, deux localités correspondant aux limites sud et nord du territoire traditionnellement occupé par les Tamouls et revendiqué en tant que tel par les organisations séparatistes. On compte parmi ces dernières les LTTE ou Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul, mouvement luttant jusqu’en 2009 pour l’autodétermination des Tamouls dans une « patrie » tamoule composée des provinces unies du Nord et de l’Est, formant un État souverain indépendant appelé Tamil Eelam).

Un grand nombre de familles de victimes de la guerre civile – entre 80 000 et 100 000 victimes selon l’ONU, mais pour certains auteurs, le nombre de morts reste à évaluer - a organisé cette marche aux côtés d’associations de la société civile, des prêtres de différentes religions (christianisme, hindouisme, islam) et des politiciens tamouls. Cette marche dite « P2P », avait pour objectif d’alerter la communauté internationale.

En effet, les conditions de vie réservées aux populations tamoules et musulmanes de l’île se sont détériorées depuis la fin du conflit en 2009 dans un contexte d’escalade militaire, d’autoritarisme et de favoritisme concernant la population majoritaire de l’île, cinghalaise, principalement de confession bouddhiste.

Dès son arrivée au pouvoir en 2019, Gotabaya Rajapaksa s’est en effet engagé à renforcer la suprématie bouddhiste cinghalaise et à limiter le droit des minorités (ethniques, religieuses, sexuelles), sans pouvoir pour autant réussir à concrétiser les « perspectives de prospérité » promises dans son programme électoral.

Au lieu de cela, la baisse des revenus du tourisme due aux attaques du dimanche de Pâques 2019 - que les partisans de Gotabaya ont transformé en un discours anti-islamique a renforcé le sentiment majoritaire des bouddhistes cinghalais et projeté Gotabaya comme un sauveur national.

La mauvaise gestion de l’économie, avec des réductions d’impôts drastiques au profit des classes les plus aisées et une tentative désastreuse de passer à l’agriculture biologique du jour au lendemain, ont contribué à décrédibiliser la mince marge de manœuvre politique du président.

Une participation inédite

Après des décennies de violences et de méfiance mutuelle, la participation (évaluée de 50 000 à 70 000 personnes selon les sources) conjointe à cette marche de citoyens tamouls et musulmans est inédite.

Cet éveil des consciences s’est poursuivi et s’est massifié pour culminer en avril dernier à Galle Face Green, vaste espace public de Colombo, qui à partir du 9 s’est transformé en « Gota-go-gama » (gama signifiant « village », par extension, « Gotabaya doit quitter le village »), épicentre de la protestation contre le gouvernement de Gotabaya Rajapaksa, avec d’autres sites de protestation (de moindre envergure) qui ont essaimé dans de nombreuses villes du pays.

Ces manifestations, qui se sont multipliées depuis la fin février en réaction à la pire crise économique que le Sri Lanka ait connue en près de 75 ans d’indépendance, se sont progressivement transformées en un soulèvement national. La vague de protestation a pris de l’ampleur lorsque les résultats de la mauvaise gestion financière et économique du gouvernement sont devenus de plus en plus visibles, avec la disparition rapide des réserves de devises et des pénuries généralisées.

Les manifestations, qui se sont poursuivies pendant plus de trois mois, ont été principalement organisées par le grand public, y compris des enseignants, des étudiants, des médecins, des infirmières, des professionnels de l’informatique, des agriculteurs, des avocats, quelques officiers de police, des activistes des droits sociaux, des sportifs, des ingénieurs et des membres issus des minorités sexuelles : bref des membres de la classe moyenne, souvent celle-là même qui avait conduit par ses voix le clan Rajapaksa au pouvoir. Il s’agit en grande partie d’un mouvement dirigé par des jeunes, utilisant l’art et la culture de manière créative, abordant au quotidien les questions de justice économique et sociale, notamment la longue histoire des violations des droits de l’homme et de l’impunité à Sri Lanka

La communauté LGBTQ+ qui a longtemps été humiliée, ridiculisée et stigmatisée à Sri Lanka, a largement participé à ces protestations. Pour la première fois dans l’histoire de l’île cette communauté a même pu organiser, en lien avec ces protestations, la marche des fiertés.

Ces manifestants ont sacrifié leur confort, sont restés résolument apolitiques et ont gagné l’admiration d’un grand nombre de sympathisants, tant à Sri Lanka qu’à l’étranger, le tout relayé par les diasporas tamoule, cinghalaise et musulmane.

Progressivement, ce qui se joue à Sri Lanka, est désormais une lutte acharnée entre deux camps – le camp de Diyawannawa (du nom du vaste espace public qui fait face au Parlement), composé des 225 parlementaires et de leurs alliés issus des classes aisées, et le camp de Galle Face Green, composé de la lutte – ou Aragalaya - de gens ordinaires.

Cette lutte ne vise pas seulement le retrait de la famille Rajapaksa de la vie politique. Les manifestants de Galle Face Green exigent depuis plusieurs mois des enquêtes approfondies sur les allégations de corruption à grande échelle et de crimes politiques largement attribués à la famille au pouvoir et à ses associés.

Ils veulent aussi renouveler la classe politique dans son entièreté à commencer par l’éviction des 225 membres du Parlement comme le suggère certains slogans mobilisés au sein de Galle Face : pour en finir avec la Gotacratie.

L’histoire contemporaine de l’île est jalonnée de tels moments de désobéissance civile dont le plus illustre est le hartal (grève) de 1953 ayant conduit à la démission du Premier ministre et à la préservation des droits (en l’occurrence une subvention sur le riz).

Majoritairement pacifistes, les manifestations de Galle Face sont malgré tout émaillées de sursaut de violence : certaines des factions sont impliquées dans des réactions violentes contre les députés du gouvernement, voire même l’assassinat d’un député - Amarakeerthi Athukorala – et ont détruit leurs propriétés, un signe de l’effondrement social plus large de la légitimité de la classe dirigeante. Tout comme l’est l’occupation du palais et secrétariat présidentiels, une première dans l’histoire de Sri Lanka. Le régime a tout de même réagi avec une force écrasante : passages à tabac, arrestations massives, tirs. Si la réputation de répression politique des Rajapaksas avait auparavant dissuadé de nombreux manifestants, la colère croissante semble néanmoins cette fois avoir vaincu la peur.

Forte de nombreux relais médiatiques et d’un soutien depuis plusieurs mois, la mission de l’aragalaya est aussi d’apporter un changement systémique vers un mouvement démocratique de grande ampleur, dépassant les clivages ethniques, raciaux et de classe.

Dédié à la mise en place d’un nouvel ordre socio-politique et économique, le mouvement cherche à combiner constitutionnellement la démocratie avec l’état de droit et une économie qui garantirait un niveau minimum de subsistance à tous (et plus seulement à destination de la classe urbaine aisée).

Dès les premières années de la nation indépendante srilankaise, le pays a été marqué par une polarisation autour des questions ethniques et/ou religieuses. Le premier gouvernement, dirigé par le Premier ministre SWRD Bandaranaike (1956 à 1959) avait ainsi adopté le Sinhala Only Act qui fait du cinghalais l’unique langue officielle. Ses successeurs jusqu’à Gotabaya Rajapaksa, ont poursuivit cette idée de bâtir la nation sur des fondations d’abord nationalistes.

Le référentiel srilankais s’est peu à peu nourri de la démocratie parlementaire, du néolibéralisme et du clientélisme. Ce dernier a permis l’établissement d’une oligarchie (le clan Rajapaksa) qui s’est considérablement enrichie aux dépens du pays et de ses masses.

Cependant, il n’est pas certain que les partis d’opposition soient prêts à assumer la responsabilité de voir le Sri Lanka traverser la crise économique, étant donné que les créanciers internationaux (comme la Chine) sont certains d’imposer des conditions pour de nouveaux prêts qui obligeront cette classe moyenne mobilisée depuis des mois à faire des sacrifices douloureux. Ce qui aura pour corollaire de rendre impopulaire celui qui sera au pouvoir.

La situation est toutefois volatile. La paralysie politique pourrait entraîner un effondrement économique encore plus profond ou des troubles sociaux plus graves. Les autorités pourraient à leur tour utiliser les troubles pour justifier une répression violente et un rôle encore plus important de l’armée dans la gouvernance. Pour le moment, le mouvement aragalaya n’est ni homogène, ni unifié, ni doté d’une direction centrale distincte.

C’est d’ailleurs cette absence de forme du mouvement qui a permis à tant de groupes – étudiants, groupes affiliés à des partis politiques, syndicats, activistes de la société civile, artistes et familles – de se rassembler sous la bannière aragalaya. Mais cela signifie également que de nombreuses contradictions non résolues subsistent et pourraient être instrumentalisées : l’ancien meurt mais le nouveau ne peut pas naître.

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Par Anthony Goreau-Ponceaud, Géographe, enseignant-chercheur, UMR 5115 LAM, Institut Français de Pondichéry, Université de Bordeaux et Delon Madavan, Chercheur en géograp.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

 

Croissance 2023 en Europe : vers la récession ?

Croissance  2023 en Europe : vers la récession ?

 

On peut se demander si la BCE n’agit pas à contre-courant en décidant  des hausses des taux d’intérêt et cela tant que l’inflation ne sera pas ramenée à 2 %. En effet ,  tous les indicateurs économiques sont orientés vers le rouge et cette hausse pourrait précipiter l’Europe vers la récession. Les indicateurs de juillet témoignent de la chute brutale de l’environnement économique.De ce point de vue, il se pourrait que la banque centrale européenne agisse à contretemps. En effet la perspective de récession prend son origine dans la baisse de la demande constatée aujourd’hui. Augmenter le coût de l’argent c’est assommer un peu plus l’activité. On sait à peu près prédire l’hypothèse d’une récession mais beaucoup plus difficilement le calendrier de sa sortie. La BCE pourrait alors être conduite non pas à augmenter les taux d’intérêt d’ici quelques mois mais au contraire de les diminuer pour tenter de relancer la croissance.

La situation particulièrement inquiétante de l’Allemagne pourrait précipiter encore davantage la dégringolade de la croissance européenne qui se caractériserait alors par une forte inflation mais une activité économique en déclin.

Les indices PMI dévoilés ce vendredi 22 juillet montrent que l’économie européenne s’écroule. L’indicateur synthétique de la zone euro est entré en territoire négatif au mois de juillet à 49.4 contre 52 au mois de juin. Il s’agit d’un plus bas depuis 17 mois. Pour rappel, l’activité est en contraction quand cet indice, très scruté dans les milieux économiques et financiers, passe sous le seuil de 50 points ; et elle est en expansion lorsqu’il dépasse ce chiffre.

« Si on exclut les périodes de confinements sanitaires, la baisse de l’activité globale enregistrée en juillet est la première depuis juin 2013. Elle indique en outre un recul trimestriel du PIB de l’ordre de 0,1 %, soit un rythme de contraction pour l’heure marginal, mais qui, compte tenu du fort repli des nouvelles affaires, de la baisse du volume des affaires en cours et de la dégradation des perspectives d’activité, devrait s’accélérer dans les prochains mois », a déclaré Chris Williamson, chef économiste chez à S&P Global Market Intelligence.

Au sein de la zone euro, c’est en Allemagne que la baisse de l’activité est la plus marquée, avec un repli de l’indice PMI à 48, soit le plus faible niveau depuis juin 2020. Dans une note de blog publiée ce vendredi, les économistes du FMI ont révisé fortement à la baisse leurs projections de croissance pour l’Allemagne, passant de 2,9% à 1,2% pour 2022. En France, l’activité a continué d’augmenter en juillet, mais à un rythme extrêmement ralenti, avec un PMI de 50,6 en juillet. Au-delà de ces indicateurs conjoncturels, le ralentissement économique est en train de se transformer en crise bien plus systémique.

 

La hausse du coût de la vie fait trembler l’économie européenne. La guerre en Ukraine a propulsé l’indice des prix à un niveau record en juin dernier à 8,6% en glissement annuel selon les derniers chiffres de la Commission européenne. Poussée par la flambée des prix de l’énergie, des matières premières et les pénuries, l’inflation grignote peu à peu le pouvoir d’achat des ménages sur le sol européen.

En France, une étude du conseil d’analyse économique (CAE), publiée ce jeudi 21 juillet, montre que les ménages en bas de l’échelle ont largement puisé dans leur modeste épargne. Les classes moyennes ont un stock d’épargne équivalent à la tendance pré-covid. Quant aux plus riches, ils possèdent un stock d’épargne supérieur. En Europe, l’inflation risque ainsi de plomber la demande des familles qui ont la plus forte propension à consommer. Les récentes enquêtes de conjoncture indiquent également que la confiance des ménages est en chute libre. Au final, compte tenu de l’inflation, le niveau de vie d’un grand nombre d’Européens a déjà commencé à chuter.

 Dans l’industrie au mois de juillet, l’indice PMI s’est infléchi à 49.6 contre 52.1 en juin. Il s’agit du niveau le plus bas depuis 25 mois au pic de la pandémie. « A l’exception de celles observées pendant les périodes de confinements sanitaires, la baisse de l’activité enregistrée en juillet a été la plus marquée depuis décembre 2012, » soulignent les économistes de S&P.

Cette chute s’explique en grande partie par les difficultés persistantes de l’industrie allemande particulièrement exposée aux conséquences de la guerre en Ukraine et des difficultés d’approvisionnement. « C’est dans le secteur manufacturier, où un volume de nouvelles commandes plus faible qu’anticipé a entraîné une hausse sans précédent des stocks d’invendus, que la situation est la plus inquiétante » souligne Chris Williamson.

 Du côté des services, les indicateurs virent également au rouge. L’indice PMI est passé de 53 en juin à 50,6 en juillet frôlant ainsi la contraction. Plusieurs branches ont connu un recul ou un coup de frein de l’activité dans les loisirs, les transports ou encore le tourisme. Cette moindre activité s’explique en partie par une hausse du coût de la vie pour un grand nombre d’Européens obligés de faire des choix plus drastiques dans leur quotidien face à l’inflation galopante.

Dans l’immobilier et le secteur bancaire, les analystes font également part de difficultés en raison notamment d’un resserrement des conditions financières depuis plusieurs mois. Compte tenu du poids du tertiaire dans le produit intérieur brut européen (environ 65%), tous ces mauvais signaux ne laissent pas présager de perspectives favorables pour la fin de l’année 2022 et le début de l’année 2023.

Politique -Afrique : Après la colonisation occidentale, la colonisation chinoise, la colonisation russe !

Politique Afrique : Après la colonisation occidentale,  la colonisation chinoise, la colonisation russe !

 

Après le Mali, des manifestations  anti françaises se développent au Burkina Faso inspirées par les Russes. La Russie déjà depuis un moment pousse  ses pions en Afrique pour influencer les régimes politiques y compris en les déstabilisant.

D’une certaine manière,  les colonisations se succèdent sur ce continent encore fragile mais qui au moins connaît la démocratie. Cependant certains régimes autocratiques mettraient  bien la démocratie entre parenthèses en s’inspirant du modèle russe pour se maintenir au pouvoir et éviter l’obstacle des urnes.

On observera d’ailleurs que la plupart des pays qui se rapprochent de la Russie présentent de grandes fragilités démocratiques autant qu’économiques. Ce n’est sans doute pas la Russie qui apportera à ces pays les moyens d’un développement durable et d’une société démocratique.La Russie veut au contraire combattre les valeurs démocratiques et imposer par la terreur la dictature et le sous-développement. Le pouvoir et les richesses étant confisquées par des oligarques et des voyous voire des criminels.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov débutera une tournée en Afrique dimanche afin de développer les liens économiques entre la Russie et le continent, alors que l’Occident a imposé des sanctions contre Moscou en raison de l’invasion de l’Ukraine.

Pour accroître l’influence de la Russie,Sergueï Lavrov rencontrera les membres de la Ligue arabe au Caire, en Egypte, avant de se rendre en Ethiopie, en Ouganda et en République du Congo.Trois pays pas spécialement exemplaires

L’Egypte entretient des liens stratégiques et économiques avec la Russie, qui lui fournit notamment des armes et lui livre des céréales.

L’Egypte « estime que le monde devient de moins en moins polarisé, et elle ne voit pas pourquoi elle devrait limiter ses relations à l’Occident », explique-t-on.

Moscou a également profité de la détérioration des relations entre l’Occident et l’Ethiopie – en raison du conflit au Tigré – pour développer des liens avec Addis-Abeba.

La Russie a trouvé sur le continent les moyens de rétablir son influence en proposant surtout une aide sécuritaire aux pays fragiles politiquement.

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