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Vers une crise démocratique avec la réforme des retraites ?

Vers une crise démocratique avec la réforme des retraites ?

Dans l’épreuve de force engagée entre le président de la république face à une opinion complètement hostile à la réforme, le risque est d’engager la France dans une très grave crise démocratique.

Indéniablement, il y a nécessité d’une réforme des retraites pour tenir compte de l’évolution démographique mais évidemment une réforme juste et efficace telle qu’elle avait été envisagée avec la réforme universelle à points. C’est-à-dire une réforme concernant la totalité des salariés et en tenant compte de la pénibilité des tâches, des carrières courtes notamment des femmes et des métiers pénibles . Sûrement pas une réforme qui de fait pénalise encore les plus défavorisés dont la durée de vie est déjà diminuée de 13 ans par rapport à ceux qui sont plus avantagés.

Le problème fondamental sur le plan démocratique c’est que Macon se croit légitimé pour cette réforme en s’appuyant sur les résultats de l’élection présidentielle de 2022. Or chacun sait que son élection n’a été permise que grâce à l’appui déterminant de tous ceux qui ne souhaitaient pas que Marine Le Pen accède au pouvoir. Donc un vote par défaut davantage qu’un vote par adhésion par ailleurs sur un programme assez ambigu.

Le président de la république ne dispose d’aucune légitimité pour forcer la réforme d’autant qu’il n’a pas la majorité au Parlement. Démocratiquement, il devrait aussi tenir compte d’une opposition globalement totalement opposée à ce projet pour 70 % des Français . Or Macron N’a eu de cesse de mépriser les cinq institutions et les organisations intermédiaires susceptibles de le contester ( parlements y compris).

La légitimité de Macron peut aussi être mise en discussion car l’intéressé en réalité n’a jamais exercé la moindre fonction politique et sa candidature est surtout le résultat de la volonté de quelques grands financiers qui l’ont poussé vers la magistrature suprême. Macron a bien entendu trahi François Hollande et les socialistes mais au-delà tout ceux qui pensait voir en lui un véritable réformiste. En plus de son inexpérience totale, Macron a fait preuve de contradictions et d’erreurs majeures tant en politique intérieure qu’en politique internationale (exemple le plus criant celui de la politique énergétique en France, autre exemple celui de son échec total avec la force Barkhane en Afrique où la France est contrainte de faire un repli honteux) .

Le différend avec Macron est d’ordre démocratique et idéologique. Macon de toute évidence sert les grands intérêts financiers ( voir par exemple la lamentable affaire d’Alstom bradé aux Américains ) et s’imagine dans une monarchie. Il ajoute à l’incompétence l’illégitimité.

Vers la fin du permis de conduire à vie ?

Vers la fin du permis de conduire à vie ?

Il pourrait être envisagé un contrôle médical obligatoire tous les dix ans pour le permis de conduire, ayant pour objectif de vérifier que le conducteur est bien apte à prendre la route. Ce contrôle serait plus fréquent avec l’âge avec un contrôle à 60 ans, 65 ans puis tous les deux ans à partir de 70 ans. Un contrôle qui en cas d’inaptitude retirerait le permis.

Ce contrôle existe chez nos voisins européens mais pas en France, qui est même plutôt un contre-exemple en Europe. Au Portugal, par exemple, il faut revalider son permis à 40 ans, puis le valider à nouveau à 50, 65 et 75 ans. En Suisse, une visite médicale obligatoire est programmée à 70 ans. En Espagne, il y a un test de capacité tous les dix ans et tous les cinq ans à partir de 65 ans. En Belgique, le permis est aussi à renouveler tous les dix ans. Seulement trois pays font figure d’exception en Europe: la Pologne, l’Allemagne et donc la France. Pauline Déroulède se défend de vouloir « interdire aux vieux » de conduire:

Si on regarde les chiffres de la sécurité routière et que l’on compare les tranches d’âges, les 65 – 74 ans sont présumés responsables dans moins d’accidents mortels que les moins de 24 ans. 64 % contre 77 %. En revanche, ce pourcentage s’élève avec l’âge : les plus de 75 ans sont présumés responsables dans 82 % des cas.

Pour l’interdiction totale de la la consommation de drogue

Pour l’interdiction totale de la la consommation de drogue

Par François Diot, Thérapeute dans une tribune du Figaro

Alors que la France a fait face à des saisies de cocaïne records en 2022, le thérapeute François Diot plaide pour un changement de paradigme dans la lutte contre la drogue. Selon lui, les salles de shoot, en voulant accompagner la consommation de drogue la normalisent.

François Diot est thérapeute, spécialiste des conduites addictives. Il a notamment dirigé un Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD), un centre d’aide pour les toxicomanes.

Depuis une trentaine d’années, les saisies de cocaïne ne cessent d’augmenter en France, comme en témoignent les chiffres de l’OFDT. Et c’est la cocaïne qui, après un certain mélange, permet la fabrication du crack. Si lors de la décennie 1990, les saisies sur le territoire national s’élevaient en moyenne à 1,8 tonne par an, elles sont passées à 5,3 tonnes dans les années 2000 et à plus de 11 tonnes dans les années 2010. En 2021, elles ont atteint un record avec 26,5 tonnes, soit deux fois plus qu’en 2020. Cette évolution spectaculaire est la conséquence de plusieurs facteurs. Le premier est la très forte croissance de la production de cocaïne en Amérique latine et particulièrement en Colombie, d’où provient la majeure partie du chlorhydrate de cocaïne consommé en France. Depuis le début de la décennie 2010, la production colombienne a plus que triplé, passant de 384 tonnes en 2011, à 1 228 tonnes en 2020.

Le second facteur est une augmentation très nette de la pureté de la cocaïne observée depuis dix ans avec, en France, un taux moyen de pureté de 63,5 % en 2021, contre 45,8 % en 2011. Le reste de cette cocaïne contient généralement des produits de coupe qui ont également des effets psychoactifs (lévamisole, paracétamol, caféine, hydroxyzine, lidocaïne). Enfin le troisième facteur explicatif est le prix de vente. Le prix du gramme de chlorhydrate de cocaïne a augmenté depuis 2010 mais il a diminué progressivement à partir de 2018, pour atteindre aujourd’hui entre 60 et 70 euros le gramme. La «galette» de crack (qui peut permettre 3 à 5 consommations) s’achète entre 10 et 20 euros.

D’un point de vue médical, le dispositif de soin en addictologie est actuellement confronté à une difficulté majeure concernant la prise en charge médico-sociale des usagers de crack, car il n’existe pas de traitement de substitution à cette drogue. De plus, ces usagers de crack cumulent des difficultés sociales importantes, des parcours de vie traumatiques, ainsi que des pathologies psychiatriques qui ne sont pas soignées. Pour permettre une prise en charge adaptée des consommateurs de cette drogue hautement addictive, il est indispensable qu’il y ait une rupture avec son usage, une rupture avec les lieux de consommation et de deal, bref une mise à distance de toutes les tentations et une mise à l’abri. Vouloir réguler et accompagner la consommation de crack, comme le soutiennent et le pratiquent les adeptes de la réduction des risques, est totalement illusoire. Plus grave, c’est une impasse.
Pourquoi ? Mise en place, à juste raison, il y a 30 ans pour lutter contre les ravages du VIH et du VHC, la réduction des risques reste nécessaire, même si désormais le VIH se soigne et le VHC se guérit. Il ne s’agit donc pas de la remettre en question. Mais elle est aujourd’hui l’option quasi exclusive, prônée par le secteur de l’addictologie en France. Ce parti pris s’explique par l’idéologie qui prévaut largement dans ce secteur, selon lequel il faut «vivre avec les drogues» : les consommateurs étant supposés libres de leur choix et le mal venant non pas des stupéfiants, mais des conditions de leur consommation, il convient de s’accommoder de l’addiction en réduisant les risques de celle-ci.
Ajoutons qu’en France, Il existe aujourd’hui 1080 structures dédiées à la réduction des risques. Elles sont gérées par des associations qui sont financées par les pouvoirs publics. Le maillage territorial de la réduction des risques est très élevé. Pourtant, la consommation de crack et autres drogues dures ne cesse de croître. Elle n’est plus l’apanage des grandes villes françaises. Désormais, elle touche aussi les villes moyennes et petites.

Aujourd’hui, la réduction des risques et le discours de ses promoteurs sont un frein au soin et à la sortie de l’usage de drogues. En effet, ceux-ci considèrent que le toxicomane est libre, et qu’il faut attendre qu’il ait le désir de cesser de consommer pour envisager le sevrage et la sortie de l’addiction. Mais comment peut-on encore parler de liberté et de discernement pour des personnes qui – en plus de souffrir de comorbidités, de troubles psychiatriques et de handicaps sociaux lourds – sont totalement aliénées au crack et passent leur temps à se procurer, par tous les moyens, la prochaine dose à consommer ? Les salles de shoot et leur zone d’immunité pénale normalisent de facto l’usage de drogue en le sécurisant.

La crise actuelle du crack témoigne de l’impasse de cette approche. Les différents plans crack ont consisté essentiellement à investir massivement dans l’hébergement des toxicomanes. Cet hébergement a évidemment son utilité mais il ne résout pas le problème. D’une part parce que, malgré un logement, la plupart des consommateurs ont une propension à se regrouper, car la consommation du crack se fait selon un mode communautaire. D’autre part, parce que les addicts auxquels sont distribués des kits à crack et kits d’injection, ne se voient pas proposer du soin et de la désintoxication, suivi d’un parcours de rétablissement. Sans compter, qu’ils sont la proie toute trouvée des dealers. À côté des plans crack, la solution proposée par le courant dominant de l’addictologie est la multiplication des salles de consommation de drogues encadrées (Haltes Soins Addictions, HSA).

Encadrer la consommation de drogue, est-ce la solution ? Ces HSA sont-elles la solution pour sortir de la crise actuelle aussi bien sur le plan sanitaire que sur celui de la sécurité et de la tranquillité publique ? Et permettent-elles à l’état de réaliser des économies sur le plan financier ? La réponse est non. Sur le plan sanitaire, concernant la salle de Paris implantée au cœur d’un quartier très dense d’habitations, écoles et commerces, celle-ci, selon le rapport de l’Inserm (2021) : «n’a pas permis d’améliorer l’accès au dépistage VHC, aux médicaments de l’addiction aux opiacés, à la médecine de ville». Sur la base d’une simulation couvrant une période de dix ans entre 2016 et 2026, on note qu’elle permet seulement «d’éviter un nombre relativement modeste d’infections VIH (6%) et VHC (11%)». De plus, elle parvient à un résultat – bien modeste lui aussi – concernant l’espérance de vie : 22 décès évités sur dix ans, soit une diminution de 6,7% du nombre de décès qui auraient été observés sans la salle.

Les promoteurs de ces salles affirment qu’elles sont le premier pas vers un parcours de soins pouvant conduire au sevrage et à la sortie de l’addiction. Mais à combien d’années se mesure ce «premier pas» ? La salle parisienne ne présente aucun résultat concret concernant la sortie de l’addiction et ce depuis 2016, soit depuis plus de six ans. En bref : les HSA enferment les toxicomanes dans l’usage de drogue en le normalisant, ce qui est paradoxal pour un secteur dont l’objectif devrait être le soin et la sortie de l’addiction.

Sur le plan de la sécurité et de la tranquillité publique : en 2018, soit deux ans après l’ouverture de la HSA parisienne, le quartier «Salle de consommation-Lariboisière-Gare du Nord» a été intégré à la Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP) 10-18, preuve que la situation n’a pas été améliorée par la salle. Mieux, selon des données de 2020 du commissariat du 10ème arrondissement, cette partie de la ZSP «compte pour la moitié des chiffres de la délinquance de la ZSP 10-18». Enfin, lors de l’ouverture de cette HSA, une politique pénale adaptée a été définie par une circulaire du ministère de la justice. Celle-ci prévoit un périmètre d’immunité pénale pour les personnes qui se rendent à la salle avec la quantité de produit à y consommer. Mais aucun contrôle permanent n’est exercé, si bien que ce périmètre a permis au deal de prospérer ouvertement. L’action des forces de l’ordre se trouve ainsi limitée par ce cadre juridique. Le législateur français aurait pourtant pu s’inspirer de l’exemple portugais, qui n’a pas souhaité implanter ces HSA à proximité d’habitations. D’ailleurs la HSA de Strasbourg n’est pas en zone habitée et ne pénalise donc pas les riverains. L’objectif du ministère de l’Intérieur est d’éviter que des scènes de consommation de drogue se mettent en place et d’arrêter les dealers. Mais les HSA et leur zone d’immunité pénale vont à l’encontre de cette politique qui normalise de facto l’usage de drogue en le sécurisant.

Il est nécessaire de changer de paradigme, en ayant pour objectif premier et explicitement affiché la rupture avec l’usage de drogue plutôt que son accompagnement.

Sur le plan financier, le budget annuel de la HSA parisienne, abondé par les finances publiques, était en 2019 de 2,5 millions d’euros, selon les derniers chiffres connus. Or, celle-ci, depuis 2016, n’a sorti personne de l’addiction. À titre de comparaison, le centre Espoir du Val d’Oise (EDVO) qui accueille des addicts passés d’abord par le sevrage et la postcure indispensables, réussit à maintenir dans l’abstinence et à réinsérer socialement et professionnellement quatre résidents sur cinq, pour un budget annuel de 300 000 euros, avec pour seule aide de l’état 53 800 euros d’allocation logement temporaire.

Au regard des excellents résultats obtenus par EDVO depuis trente ans, n’est-il pas temps que les pouvoirs publics corrigent cette inégalité de traitement ?
Que faire ? Il est nécessaire de changer de paradigme, en ayant pour objectif premier et explicitement affiché la rupture avec l’usage de drogue plutôt que son accompagnement. La prise en charge en ambulatoire, par les HSA notamment, n’est pas adaptée à une population qui cumule de nombreux handicaps. Une prise en charge individuelle à l’hôpital pour la désintoxication doit être une priorité. Cette première étape est insuffisante si elle n’est pas immédiatement suivie d’abord d’une postcure, pour stabiliser la personne sevrée et traiter ses probables comorbidités psychiatriques, et ensuite d’un séjour dans une communauté thérapeutique proposant un programme du type Minnesota qui a démontré son efficacité dans les pays anglo-saxons.

Un tel changement de modèle suppose de questionner l’option thérapeutique prônée par les associations qui prennent en charge les consommateurs de stupéfiants, et qui est manifestement en panne aujourd’hui. Ce questionnement est d’autant plus nécessaire que les pouvoirs publics leur accordent de généreuses subventions (en global : 913 millions d’euros cette année). L’État a jusqu’ici soutenu la seule approche que lui proposent ces associations, lesquelles sont nécessairement juges et parties car financées par l’État lui-même, à l’égard duquel elles n’ont aucune obligation de résultat. Le secteur associatif a ainsi, de fait, une délégation de mission de service public sans en avoir les obligations. Il est par exemple essentiel que les discours banalisant l’usage de drogue ou le présentant sous une image festive soient prohibés. Ce n’est pas le rôle des soignants de militer pour l’usage de drogue supervisé. De même, certains sociologues de ce domaine dont les études sont financées par l’État, n’ont pas à confondre sociologie et militantisme.

À cela, il faut ajouter que la question de l’obligation de soin dans des centres fermés doit se poser. Le propre de l’addiction au crack est qu’elle rend impossible aux usagers d’envisager d’en sortir. Il est donc illusoire d’attendre une demande de soin de leur part, surtout quand des pathologies psychiatriques sont associées à leur consommation. L’obligation de soin comme alternative à l’incarcération est une piste à explorer concernant celles et ceux qui sont dans l’incapacité d’en formuler la demande. Personne ne remet en question la nécessité d’hospitaliser d’office un schizophrène qui délire sur la voie publique. Pourquoi les intervenants en addictologie jugent-ils condamnable le soin sous contrainte pour les usagers de crack ? Les toxicomanes méritent d’être respectés : proposons-leur des solutions, de l’espoir et une vie libérée de la dépendance.

Il est nécessaire de prendre en charge les toxicomanes de manière plus ambitieuse, avec pour objectif affiché la sortie de l’addiction, le maintien dans l’abstinence et la réinsertion sociale.

Par ailleurs, il ne peut y avoir de contradiction entre les ministères en charge de la toxicomanie et de ses effets : santé, intérieur et justice. Or, on constate une incohérence entre les objectifs de ces ministères. Celui de l’intérieur est hostile aux salles de consommation de drogue encadrée car elles sont indissociables du trafic ; celui de la santé est favorable à ces salles comme en atteste son arrêté du 22 janvier 2022 ; et celui de la justice est l’auteur de la circulaire de politique pénale adaptée autour de ces salles, du 13 juillet 2016. Sans un changement urgent de modèle, et sans une mise en cohérence par le gouvernement de sa politique globale en matière de toxicomanie, est-il acceptable qu’à Paris, en banlieue ou ailleurs en France, les citoyens soient condamnés à vivre avec les consommateurs et les dealers de stupéfiants, et à subir la hausse de la délinquance voire de la criminalité qui en résultent ? Est-il acceptable qu’ils en soient réduits à réclamer de la police municipale ou nationale qu’elle sécurise leurs enfants sur le chemin de l’école, comme cela se produit de plus en plus ?

Que proposons-nous concrètement ? Il est nécessaire de prendre en charge les toxicomanes de manière plus ambitieuse qu’elle ne l’est aujourd’hui, avec pour objectif affiché la sortie de l’addiction, le maintien dans l’abstinence et la réinsertion sociale. Nous proposons ensuite d’investir massivement dans la prévention, en collèges, lycées, universités, centres de formation professionnelle, etc. Il faut amender l’arrêté du ministère de la santé (23 janvier 2022) relatif aux «haltes soins addictions» (HSA) pour qu’il stipule qu’elles soient impérativement loin d’habitations, commerces, écoles… Pour les consommateurs, nous devons organiser sans rupture : la désintoxication en structures hospitalières ; la stabilisation dans un service de postcure ; puis le transfert dans une structure type communauté thérapeutique, afin de maintenir la personne dans l’abstinence, loin des lieux de consommation et de deal et de l’aider à se réinsérer socialement. Ensuite, nous recommandons d’augmenter le nombre de places en désintoxication, en service de postcure, et dans les centres qui assurent l’abstinence et la réinsertion sociale.

Il nous semble aussi nécessaire de renforcer la coordination entre police et justice concernant l’expulsion des dealers en situation irrégulière sur le territoire français.

Le gouvernement devrait également ouvrir les appels à projet d’études et de recherche de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), et ceux directement opérationnels des ARS (Agences régionale de Santé), aux projets alternatifs tels que les communautés thérapeutiques. Nous conseillons d’assurer un audit indépendant des 1080 structures dédiées à la réduction des risques, afin d’en augmenter l’efficacité et l’articulation entre elles. En parallèle, il faudrait comptabiliser les résultats obtenus en matière de désintoxication, de parcours de soins et de reconstruction psychologique et sociale, afin d’établir une norme évaluable chaque année, conditionnant l’octroi de subventions.

Il nous semble aussi nécessaire de renforcer la coordination entre police et justice concernant l’expulsion des dealers en situation irrégulière sur le territoire français. Mais il est également urgent de poser sans tabou les questions de l’obligation de soin comme alternative à l’incarcération du toxicomane, et de l’hospitalisation sous contrainte des consommateurs de crack ou autres drogues dures présentant des comorbidités psychiatriques, suivies d’un séjour de reconstruction dans une communauté thérapeutique le temps nécessaire. Il s’agit là d’un choix de société.

Intelligence artificielle : pas de remise en cause de la créativité humaine

Intelligence artificielle : pas de remise en cause de la créativité humaine


Avec l’arrivée de ChatGPT, le plagiat est devenu légion, singeant des contenus avec une efficacité redoutable. Que pourrait craindre l’intelligence humaine d’un système qui ne crée qu’à partir de ce qui a déjà été créé ? Par Samuel Cette, Cofondateur du Groupe ADONIS Éducation et Président des Éditions SEDRAP
( dans la Tribune)

Dans les années 50, le mathématicien Norbert Wiener posait les bases de la cybernétique en modélisant le cerveau aux comportements machiniques. Dans une approche plus sociétale, Nick Bostrom puis Kai-Fu Lee(1) évoquaient l’obligatoire nouveau contrat social, en alternant deux visions futuristes antinomiques :

• Vision utopique, en considérant l’émergence de ces technologies comme l’étape ultime vers une conscience augmentée, un « échappatoire à la condition de mortel ». C’est « Avatar ».
• Vision dystopique, craignant la puissance grandissante de machines auto-apprenantes, sans alignement avec les valeurs humaines. C’est « Terminator ».

D’aucuns se pensent libre d’agir, à leur guise, suivant leur instinct ou leur bon vouloir ? L’IA révèle qu’ils ne sont que le fruit de réponses conditionnées, aisément prévisibles…
Récemment, Sam Altman, père de ChatGPT considérait que nous n’étions que des « perroquets stochastiques(2) », finalement peu éloignés des moteurs qu’il développait. La version 3 de son système impressionne déjà par le traitement automatisé du langage naturel et par une excellente maitrise de la paraphrase et des systèmes de question-réponse. Spécifiquement conçue pour résoudre des taches liées au langage, cette IA ne dispose pas des capacités à résoudre une variété de taches différentes comme la compréhension de l’image, la résolution de problèmes avancés, la planification, la compréhension et une approche appliquée de la logique.

La panacée ? L’IA générale(3) qui exploitera des contenus existants au service de son propre apprentissage, pour générer des textes, des sons ou des images en se basant sur des informations déjà stockées dans des giga-bases de données. Autant de concepts qui sont seulement envisagés par l’humain, à ce jour.
Bien qu’il soit intrinsèque à la condition humaine d’envisager les évolutions comme des opportunités, les principes fondamentaux d’une forme de résistance aux changements, par leurs différentes phases, s’appliquent encore.

Des apprenants usent d’IA pour traiter leurs devoirs ? « On doit interdire ces programmes d’agir ! »

Des textes pertinents sont générés par une IA ? « On doit créer des programmes qui détectent ces créations ! »

En tant qu’éditeur de contenus, pédagogiques ou de formation, scolaires ou d’enseignement supérieur, nous sommes donc confrontés à des nouveaux paradigmes et de nouvelles interrogations. C’est l’intensité de l’impact de ce que nous vivons et sa compréhension qui ordonnera une action.

Une « réponse » à cette « agression » :
• selon que nous considérions ceci comme une simple évolution incrémentielle de nos usages, comme un « cran supplémentaire » qui serait atteint dans le progrès, sans modification sensible de nos usages ;
• selon que nous envisagions une révolution dans la promotion de nouvelles méthodologies du savoir.
Jadis, la démocratisation de l’internet, en tant que base mondiale de connaissances avait réduit la proéminence des apprentissages de données « par cœur », au profit d’une intégration des concepts. Assez naturellement, les éditeurs ont fait évoluer leurs outils : plus de travail sur la compréhension pour être plus à même de transférer ces connaissances à des résolutions de problèmes.
Désormais, une nouvelle technologie d’intelligence artificielle laissera penser qu’elle peut désormais émuler une réflexion humaine et donc manier des concepts, reléguant le célèbre « copier/coller de Wikipédia » au rang de pratiques ancestrales.

Défi énorme pour l’éducation, défi énorme pour l’édition…
« Si nous évaluons des notions qui peuvent être produites par des robots, c’est que peut-être nous n’évaluons pas les bonnes choses ? »
« Si nous nous satisfaisons d’outils créés par des robots, c’est que notre valeur ajoutée n’est pas là ou elle devrait être ? »
Dans la structuration de la pensée, en tant qu’élaboration de concepts, les chercheurs déclarent qu’il y a (encore) de nombreuses choses que l’IA ne peut pas faire :

• La compréhension textuelle, le sens des mots dans un contexte déterminé, pourtant essentielle dans le cadre d’interactions et de communication humaine,
• La créativité : l’IA ne peut que générer des idées en utilisant des données existantes,
• Les décisions éthiques : par absence de compréhension des nuances et des conséquences des actions,
• L’intuition, l’empathie et les émotions.

Voici donc Piaget(4) ressorti de sa boite pour valoriser une compréhension en constante évolution, fruit d’une permanente restructuration conceptuelle à travers les expériences de l’apprenant. Finalement, le combat humains/IA aurait déjà été théorisé au 20ème siècle, entre les béhavioristes et les constructivistes ! Plus loin encore, avant notre ère, les grecs établissaient les dialogues socratiques et les romains conceptualisaient la méthode du défi pour transcender l’acuité intellectuelle. Finalement, ici, rien de nouveau!
Que pourrait craindre l’intelligence humaine d’un système qui ne crée qu’à partir de ce qui a déjà été créé ? Dans un tel monde, tout tendrait vers l’uniformisation des idées, une forme de consanguinité dégénératrice créée par les machines.

Autant nourrir des bovins avec de la poudre de bovins(5) ! Sauf à considérer que l’intelligence n’est qu’accumulation de connaissances, en usurpant les fonctions cognitives de la création ; dans cet océan de conformité sans saveur, demeura la créativité humaine.

Ainsi, nos productions pédagogiques devront favoriser l’évaluation des compétences sociales et créatives, la valorisation des réflexions critiques et bien entendu toute analyse de situations et de contextes favorisant les interactions et présentations orales. Ce passage obligatoire à des processus d’investigation active devrait préparer nos apprenants à l’obligatoire adaptation au (nouveau) nouveau monde de la communication et de l’information.

Gageons que la « création par intelligence humaine », comme toute chose rare, sera valorisée et recherchée. Après les labels « conforme aux programmes », comme gage de qualité, « fabriqué en France » comme gage de responsabilité, voici venir le label « produit par une intelligence humaine », comme gage de créativité exclusive !
Conservez ce texte, il a de la valeur, il a été conçu par un humain… Ce sont les robots qui le disent.(6)
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(1) Nick Bostrom, SUPERINTELLIGENCE : ouvrage dystopique sur le développement de l’IA qui a provoqué l’effroi à sa parution et qui est désormais davantage considéré comme un ouvrage à lire au filtre des récits fantastiques. Kai-Fu Lee , « IA, la plus grande mutation de l’histoire » : ouvrage très dense et relevant plus d’une démarche sino-centré que d’un ouvrage de prospective. Cette ouvrage a fait l’objet d’ouvrages de synthèse, ayant eux-même fait l’objet de fiches de synthétiques…
(2) Conditionné par des mécanismes de réflexes, liés au traitement de données massive par le calcul des probabilités. « Sur les dangers des perroquets stochastiques : les modèles de langage peuvent-ils être trop grands ? » de Gebru, Shmitchell, McMillan-Major et Bender.
(3) AIG – Intelligence artificielle générale planifiée pour 2040.
(4) Développée par Jean Piaget (1964) en réaction au behaviorisme, la théorie constructiviste met en avant le fait que les activités et les capacités cognitives inhérentes à chaque sujet lui permettent de comprendre et d’appréhender les réalités qui l’entourent (cairn.info).
(5) Dans les années 90, une infection dégénérative du système nerveux central des bovins trouvait son origine dans l’utilisation pour leur alimentation de farines animales, obtenues à partir de parties non consommées des carcasses bovines et de cadavres d’animaux. Cette crise symbolise parfaitement la déroute sanitaire fruit de la rupture basique des liens unissant la chaine alimentaire.
(6) Texte considéré comme réel (humain) à 99.8 % par GPT-2 Output Detector Demo. Average Perplexity Score: 1209 et Burstiness Score: 3513 sur gptzero.me. Merci aux robots de confirmer notre condition humaine !

L’inflation repart à la hausse à 6% sur un an

L’inflation repart à la hausse à 6% sur un an

En France, la hausse des prix à la consommation a atteint 6% sur un an en janvier, soit plus qu’en décembre où l’inflation était tombée à 5,9%, selon une première estimation publiée ce mardi par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Une inflation déjà sous-estimée par l’INSEE compte tenu de l’évolution de la structure de consommation des ménages de plus en plus impactés par la hausse des dépenses contraintes.

La hausse de l’inflation serait due à l’accélération des prix de l’alimentation et de ceux de l’énergie respectivement en augmentation de 13,2% et 16,3% sur un an, indique l’Insee dans un communiqué. Les prix de l’énergie « rebondiraient du fait de la hausse des prix des produits pétroliers, en partie due à la fin des remises sur les carburants, et de celle, encadrée, des prix du gaz ».

Quant aux produits alimentaires, la hausse des prix s’est accélérée en janvier à la fois pour les produits frais (+9,8% sur un an après +9,3% en décembre 2022) et les autres produits alimentaires (+13,8% après +12,6%). L’évolution du coût des produits manufacturés est, quant à elle, restée stable (+4,6% en décembre 2022 et en janvier 2023).

Dans sa dernière note de conjoncture publiée mi-décembre, l’institut tablait sur un pic d’inflation à 7% sur un an en janvier et février 2023, avant un reflux progressif. ING s’attend, pour sa part, à une inflation maximale de 6,5% au premier trimestre 2023. « L’inflation française sera bientôt plus élevée que celle observée dans les pays voisins », conclut Charlotte de Montpellier.

Toujours est-il que ce constat de reflux d’inflation devrait être commun à de nombreux pays de la zone euro, dont l’activité économique devrait notamment être dopée par la réouverture de la Chine. Ainsi, l’Espagne affiche +5,8% en janvier contre +5,7% en décembre, soit une hausse de 0,1 point de pourcentage, à égalité avec la France.

La BCE a rappelé à plusieurs reprises son objectif de ramener l’inflation à 2%, loin du chiffre de la zone euro qui affiche 9,2% sur un an en décembre après 10,1% en novembre.
Résultat, Christine Lagarde « n’a pas d’autres choix que de réaffirmer », lors de la réunion de politique monétaire de ce jeudi 2 février, « son engagement du mois de décembre à délivrer une hausse de taux de 0,5 point de pourcentage, qui devrait se poursuivre au mois de mars », a affirmé à l’AFP Frederik Ducrozet, chef économiste chez Pictet. Cette nouvelle hausse portera le taux rémunérant les liquidités bancaires non distribuées en crédit à 2,5% et celui sur les opérations de refinancement à court terme à 3,0%, au plus haut depuis novembre 2008. Le problème c’est que la hausse des taux d’intérêt risque de peser négativement sur une croissance de 1023 dont les prévisions sont déjà très faiblardes.

Quelle justification de la Retraites à 64 ans ?

Quelle Quelle justification de la Retraites à 64 ans ?

Par Éric Pichet, Kedge Business School.

Un constat de la problématique des retraites mais qui n’approfondit pas le problème de l’emploi prolongé des seniors puisque même « l’index » pourtant peu contraignant semble désormais abandonné. Or l’emploi des seniors est au cœur de la réforme sinon on assistera simplement un déplacement du coût des sans-emploi ( dépenses maladies, handicaps, chômage). Notons aussi que les questions d’égalité entre le privé et le public ne sont pas traitées. NDLR

En 1960, on comptait quatre cotisants pour un retraité en 1960, deux pour un en 2004 et seulement 1,7 pour un en 2019. Sans réforme, on passerait mécaniquement à 1,5 pour un en 2040.

Dans son rapport annuel publié en septembre 2022, le Conseil d’orientation des retraites (COR) avait calculé que le déficit du système des retraites atteindrait 13,5 milliards en 2030, soit 0,5 % du PIB sur la base d’un scénario de croissance de 1,3 % conforme à nos analyses, d’un accroissement de la productivité de 1 % par an comme la dernière décennie et d’un taux de chômage très optimiste estimé par le gouvernement du fait des réformes structurelles en cours à seulement 4,5 %.

Si ce taux de chômage devait rester au niveau actuel de 7 %, le déficit s’élèverait à 20 milliards en 2030 ou 0,8 % du PIB. Cette dernière hypothèse nous semble plus réaliste car les dernières années ont montré que les crises économiques pouvaient être extrêmement violentes d’autant que l’endettement mondial et le risque climatique n’ont jamais été aussi élevés. La nécessité d’une réforme destinée à assurer l’équilibre et la soutenabilité du système des retraites ne fait donc comptablement guère de doute, même avec les hypothèses optimistes du gouvernement.
17,7 milliards de recettes en plus en 2030.

Le projet de loi présenté en conseil des ministres le 23 janvier renoue avec la tradition des réformes dites « paramétriques », qui jouent sur la durée de cotisation et l’âge légal de départ, dans la lignée des précédentes de 1993, 2003, 2010 et 2014.

Dans ce cadre, les seules solutions pérennes impliquent soit une baisse des pensions rejetée par l’opinion et écartée par le gouvernement ; soit une hausse des cotisations patronales exclue au nom de la compétitivité des entreprises, le coût du travail étant déjà parmi les plus élevés en Europe ; soit enfin une hausse des cotisations salariales refusée au nom de la sauvegarde d’un pouvoir d’achat déjà sous tension.

L’augmentation globale du temps de travail des actifs qui passe principalement par l’allongement de la durée du travail moyen apparaît donc comme la moins mauvaise des solutions paramétriques.
La réforme proposée prévoit ainsi de jouer simultanément sur les deux paramètres clés. Le premier est l’allongement de l’âge légal, de 62 ans à 64 ans en 2030 (en 1945 à la création de notre système de retraite par répartition il était de 65 ans… soit l’espérance de vie moyenne des hommes). Le second est l’accélération d’ici 2027 (au lieu de 2034) de la réforme précédente de 2014 qui portait sur le nombre de trimestres nécessaires pour une retraite à taux plein à 172 trimestres, soit 43 ans contre 167 trimestres. Cet allongement de la vie active procurerait un surcroît de recettes de 17,7 milliards en 2030, permettant de financer pour 4,8 milliards de mesures sociales prévues dans la réforme (pour la pénibilité, les carrières longues, le minimum de 1200 euros brut pour une carrière complète, etc.).

Le report de l’âge légal vise en outre à accroître le taux d’activité des seniors. Ce dernier reste en effet relativement faible en France avec seulement 56 % des 55-64 ans en emploi contre 61 % en zone euro, 72 % en Allemagne et 77 % en Suède. Avec le même taux d’emploi des seniors qu’en Suède, nous aurions 1,6 million de seniors supplémentaires en activité, soit autant de cotisants supplémentaires et une hausse de 10 points de ce taux de 56 % à 66 % suffirait à combler la totalité du déficit attendu en 2030.

Comme on l’a constaté avec les réformes de 2010 (de 60 ans à 62 ans) et de 2014, l’allongement de l’âge légal et de la durée de cotisation a un impact significatif sur le taux d’emploi des 55-64 ans, qui est passé de 40 % en 2009 à 56 % aujourd’hui. Enfin, l’instauration dès 2024 d’un « index seniors », qui obligera toutes les entreprises de plus de 300 salariés à publier leur taux d’emploi de salariés de plus de 55 ans, devrait encourager cette tendance.

L’enjeu de l’équilibre de notre système de retraites ne se limite plus au dialogue social entre syndicats et patronats : il constitue une véritable question de finances publiques car si les régimes de retraités des salariés et des indépendants sont à l’équilibre, ceux de la fonction publique, des régimes spéciaux et des exploitants agricoles n’y parviennent que grâce à une contribution de l’État d’environ 30 milliards euros par an, soit 1 % du PIB. La réduction du déficit public, l’un des plus élevés de la zone euro à 5 % du PIB, devenant une priorité absolue elle nécessitera à moyen terme de nouvelles réformes des retraites (d’autant plus que la réforme actuelle prévoit des dispositifs pour les métiers pénibles, mal définis à ce stade, qu’il faudra financer).
Comme il sera difficile de reporter à nouveau l’âge légal, une mesure contre laquelle les Français se sont mobilisés en masse le jeudi 19 janvier, la question de la contribution des retraités à l’équilibre du système pourrait bien se reposer dans les prochaines années, d’autant que leur niveau de vie est désormais supérieur à celui des actifs.

La manière la plus efficace et la moins brutale serait sans doute de limiter la valorisation des pensions, comme cela fut le cas au cours de deux dernières décennies. Le relèvement de la contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus de remplacement, instaurée en 1994 et qui représente aujourd’hui 2 % des ressources du système de retraite, constitue également une voie.
Si la complexité des quatre taux de CSG défie le bon sens (de l’exonération totale à un taux réduit de 3,8 % entre 11 432 et 14 944, puis un taux médian de 6,6 % entre 14 945 et 23 193 et enfin un taux de 8,3 % au-delà ce dernier seuil), rien ne peut justifier qu’un retraité gagnant 5 000 ou 10 000 euros par mois paie moins de CSG sur ses revenus qu’un smicard imposé à 9,2 %…
Les futurs gouvernements pourront également être amenés à remettre en cause certaines niches fiscales, comme l’abattement « pour frais professionnels » (sic) de 10 % sur les pensions (plafonné à 3 912 euros en 2021) qui coûte 4,2 milliards d’euros par an et qui n’a aucune légitimité. Mais ce chantier électoralement très sensible n’est bien entendu pas pour tout de suite.
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Par Éric Pichet, Professeur et directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier, Kedge Business School
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Politique et réforme des retraites : la jeunesse acteur incontournable

Politique et réforme des retraites : la jeunesse acteur incontournable ?


Par Paolo Stuppia, Sociologue, membre du CESSP (Centre Européen de Sociologie et de Science Politique), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
dans The Conversation France

Après avoir participé à la première date convoquée par l’intersyndicale le 19 janvier, puis manifesté de manière autonome – appuyée par quelques organisations partisanes, notamment La France Insoumise (LFI) – le 21, réunissant entre 14 000 et 150 000 personnes dans la rue, la jeunesse scolarisée deviendra-t-elle l’acteur incontournable de la mobilisation contre la réforme des retraites voulue par l’exécutif Borne en 2023 ?

La question peut, à première vue, surprendre, tant l’histoire récente des (tentatives de) réformes de cette branche de la sécurité sociale qui se sont succédées depuis 30 ans a vu une absence relative de participation des jeunes, contrairement à des questions les concernant plus directement (enseignement secondaire et supérieur, code du travail).

Pour ne se cantonner qu’aux deux dernières décennies, 2003 reste dans les mémoires étudiantes comme l’année du mouvement – avorté – contre la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat), certainement pas comme celle de la lutte contre la réforme des retraites dite Fillon, alignant le régime des fonctionnaires sur celui du secteur privé.
En 2007, après l’élection de Nicolas Sarkozy, le gouvernement s’attaque presque simultanément aux universités, avec la Loi de Responsabilité des Universités ( LRU) et aux régimes spéciaux de retraite, tabou depuis les grèves de 1995 contre le plan Juppé. Des tentatives ponctuelles de jonction ont lieu, mais, dans un contexte d’état de grâce postélectoral et contrairement à ce qu’il était advenu l’année précédente (lutte contre le Contrat Première Embauche (CPE), aboutissant au retrait de la mesure), l’impopularité aura eu raison de ces deux mouvements.
Grève de 1995 : 3 semaines qui ont marqué la France.

En 2010, rebelote avec la reforme dite Woerth, portant l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans : comme l’observe la sociologue Julie le Mazier, venue en « queue de comète d’une séquence contestataire particulièrement dense » (luttes anti-CPE en 2006, anti-LRU en 2007 et en 2009), la grève étudiante peine à s’aligner sur le rythme de l’intersyndicale des salarié•e•s. Le mouvement ne touchera, au final, qu’une vingtaine d’établissements.

En 2013-2014, la réforme dite Touraine, augmentant progressivement la durée de cotisations à 43 ans et demi, provoque quelques journées de manifestation contre l’exécutif socialiste, sans réel impact ni dans les lycées et les universités, ni ailleurs.Enfin, l’histoire de la tentative la plus récente (2019) est bien connue : après avoir été élu en 2017 sur un programme promettant de ne pas toucher à l’âge légal de départ à la retraite, le gouvernement a proposé une réforme mais le président Emmanuel Macron a dû renoncer face aux contraintes imposées par la crise du Covid, dans un contexte social par ailleurs particulièrement tendu à la suite des mobilisations des « gilets jaunes » de 2018-2019.

D’abord car en 20 ans, comme le note l’historien spécialiste des mouvements universitaires Robi Morder, l’augmentation des effectifs scolarisés dans le supérieur – de 2 250 000 en 2003 à 3 millions en 2023 – s’est accompagnée de profonds bouleversements sociologiques, institutionnels et pédagogiques (concurrence entre établissements, diversification des filières, développement de l’apprentissage).

Dans le même temps, le salariat étudiant a connu une croissance exponentielle : « un million d’étudiants qui travaillent représentent de 5 à 6 % du salariat français (autrement dit, un salarié sur 20 suit des études supérieures), sans compter les stages. Cela change les rapports entre les étudiants et la société, les représentations mentales, et constitue une des bases matérielles à des intersyndicalismes entre étudiants et organisations syndicales professionnelles et des actions sur des thèmes communs ».

Une deuxième raison tient à la relative diversification des mobilisations universitaires les plus récentes. Si les conditions d’études demeurent centrales (réforme « Parcoursup » en 2018, par exemple), l’emploi le devient également : luttes contre la précarité en 2006, la Loi Travail en 2016 ou en faveur de l’autonomie de la jeunesse (allocation d’études, salaire étudiant).
S’ajoute un intense activisme autour des inégalités, sociales comme de genre et d’origine ethnique. Que l’on pense par exemple au geste désespéré d’Anas, s’immolant devant le CROUS de Lyon en 2019, aux files d’attente et au développement d’associations d’aide à la distribution alimentaire pendant les confinements de 2020-2021 – mettant en exergue la question de la pauvreté étudiante….

Enfin, l’écologie, dans le sillage du mouvement pour le climat Fridays For Future de 2018, a fait une entrée fracassante dans le panorama des engagements étudiants contemporains, avec des manifestations plus ou moins radicales : de associations de filière pour la transition écologique aux grèves pour le climat le vendredi, des actions de rue de groupes tels Extinction Rebellion (XR) jusqu’à participation aux ZAD (Zones à défendre).

Cette mosaïque redouble les appels, somme toute traditionnels, à la « solidarité intergénérationnelle » et à la « convergence des luttes », en y ajoutant des préoccupations liées au futur d’une « jeunesse sacrifiée » : sacrifiée sur l’autel d’intérêts économiques supérieurs, de la persistance de rapports de domination anciens, etc.

Sans prétendre consulter une boule de cristal, la réforme des retraites de 2023 pourrait bien être perçue comme une « provocation de trop », au même titre que le CPE il y a 17 ans : non pas comme une mesure qui concerne un horizon (trop) lointain pour un•e jeune, mais bien comme une attaque ultérieure contre un horizon d’ores et déjà bouché à plusieurs étages. Les paroles recueillies par les journalistes dans le défilé du 21 janvier, le slogan « métro, boulot, caveau » inscrit sur des pancartes, tout comme la présence de collectifs queer et de militantss arborant les drapeaux multicolores du mouvement Extinction Rebellion représentent des indices allant dans ce sens.

À l’inverse, si c’est un sentiment de résignation qui s’impose, en particulier en prévision des changements climatiques à venir ou de préoccupations plus immédiates (insertion, consommation, etc.) la mobilisation pourrait s’en trouver empêchée.

Enfin, la troisième raison qui pourrait pousser les jeunes dans la rue est davantage conjoncturelle au contexte politique inédit qui s’est dessiné avec les élections de 2022 : alors que le président Macron invoque la légitimité de sa réforme par l’obtention d’un mandat « clair » dans les urnes, les opposants rappellent que leur vote, lorsqu’il a eu lieu, a été déposé par défaut, notamment au deuxième tour de la présidentielle. Rappelons en effet que dans l’entre-deux-tours, une timide mobilisation étudiante avec pour slogan « ni Macron ni Le Pen » avait vu le jour à Paris et que tous les sondages pré – ou postélectoraux ont montré que les jeunes scolarisés ont compté parmi les principaux soutiens de Jean Luc Mélenchon à la présidentielle, de la coalition Nupes aux législatives.
Plus généralement, l’unité syndicale affichée par les organisations de jeunesse, de salariés et des partis de gauche fait appel aux souvenirs de la dernière mobilisation « gagnante » qu’ait connu notre pays, celle de 2006 contre le CPE. Comparativement, elle est même plus large, certaines structures, comme la FAGE, rejoignant cette année les rangs de l’intersyndicale alors qu’elle était absente en 2006.

Reste à savoir si les distinguos qui sont peu à peu apparus, d’abord dans la Nupes autour de la date du 21 janvier, puis dans les organisations de jeunesse elles-mêmes – l’UNEF appelant à respecter le calendrier de l’intersyndicale « sans se disperser » mais aussi à des Assemblées générales dans les universités à partir du 25 janvier – représenteront un frein, parmi d’autres, à la mobilisation des jeunes scolarisés.

La justification de la Retraites à 64 ans

La justification de la Retraites à 64 ans

Par Éric Pichet, Kedge Business School.

Un constat de la problématique des retraites mais qui n’approfondit pas le problème de l’emploi prolongé des seniors puisque même « l’index » pourtant peu contraignant semble désormais abandonné. Or l’emploi des seniors est au cœur de la réforme sinon on assistera simplement un déplacement du coût des sans-emploi ( dépenses maladies, handicaps, chômage). Notons aussi que les questions d’égalité entre le privé et le public ne sont pas traitées. NDLR

En 1960, on comptait quatre cotisants pour un retraité en 1960, deux pour un en 2004 et seulement 1,7 pour un en 2019. Sans réforme, on passerait mécaniquement à 1,5 pour un en 2040.

Dans son rapport annuel publié en septembre 2022, le Conseil d’orientation des retraites (COR) avait calculé que le déficit du système des retraites atteindrait 13,5 milliards en 2030, soit 0,5 % du PIB sur la base d’un scénario de croissance de 1,3 % conforme à nos analyses, d’un accroissement de la productivité de 1 % par an comme la dernière décennie et d’un taux de chômage très optimiste estimé par le gouvernement du fait des réformes structurelles en cours à seulement 4,5 %.

Si ce taux de chômage devait rester au niveau actuel de 7 %, le déficit s’élèverait à 20 milliards en 2030 ou 0,8 % du PIB. Cette dernière hypothèse nous semble plus réaliste car les dernières années ont montré que les crises économiques pouvaient être extrêmement violentes d’autant que l’endettement mondial et le risque climatique n’ont jamais été aussi élevés. La nécessité d’une réforme destinée à assurer l’équilibre et la soutenabilité du système des retraites ne fait donc comptablement guère de doute, même avec les hypothèses optimistes du gouvernement.
17,7 milliards de recettes en plus en 2030.

Le projet de loi présenté en conseil des ministres le 23 janvier renoue avec la tradition des réformes dites « paramétriques », qui jouent sur la durée de cotisation et l’âge légal de départ, dans la lignée des précédentes de 1993, 2003, 2010 et 2014.

Dans ce cadre, les seules solutions pérennes impliquent soit une baisse des pensions rejetée par l’opinion et écartée par le gouvernement ; soit une hausse des cotisations patronales exclue au nom de la compétitivité des entreprises, le coût du travail étant déjà parmi les plus élevés en Europe ; soit enfin une hausse des cotisations salariales refusée au nom de la sauvegarde d’un pouvoir d’achat déjà sous tension.

L’augmentation globale du temps de travail des actifs qui passe principalement par l’allongement de la durée du travail moyen apparaît donc comme la moins mauvaise des solutions paramétriques.
La réforme proposée prévoit ainsi de jouer simultanément sur les deux paramètres clés. Le premier est l’allongement de l’âge légal, de 62 ans à 64 ans en 2030 (en 1945 à la création de notre système de retraite par répartition il était de 65 ans… soit l’espérance de vie moyenne des hommes). Le second est l’accélération d’ici 2027 (au lieu de 2034) de la réforme précédente de 2014 qui portait sur le nombre de trimestres nécessaires pour une retraite à taux plein à 172 trimestres, soit 43 ans contre 167 trimestres. Cet allongement de la vie active procurerait un surcroît de recettes de 17,7 milliards en 2030, permettant de financer pour 4,8 milliards de mesures sociales prévues dans la réforme (pour la pénibilité, les carrières longues, le minimum de 1200 euros brut pour une carrière complète, etc.).

Le report de l’âge légal vise en outre à accroître le taux d’activité des seniors. Ce dernier reste en effet relativement faible en France avec seulement 56 % des 55-64 ans en emploi contre 61 % en zone euro, 72 % en Allemagne et 77 % en Suède. Avec le même taux d’emploi des seniors qu’en Suède, nous aurions 1,6 million de seniors supplémentaires en activité, soit autant de cotisants supplémentaires et une hausse de 10 points de ce taux de 56 % à 66 % suffirait à combler la totalité du déficit attendu en 2030.

Comme on l’a constaté avec les réformes de 2010 (de 60 ans à 62 ans) et de 2014, l’allongement de l’âge légal et de la durée de cotisation a un impact significatif sur le taux d’emploi des 55-64 ans, qui est passé de 40 % en 2009 à 56 % aujourd’hui. Enfin, l’instauration dès 2024 d’un « index seniors », qui obligera toutes les entreprises de plus de 300 salariés à publier leur taux d’emploi de salariés de plus de 55 ans, devrait encourager cette tendance.

L’enjeu de l’équilibre de notre système de retraites ne se limite plus au dialogue social entre syndicats et patronats : il constitue une véritable question de finances publiques car si les régimes de retraités des salariés et des indépendants sont à l’équilibre, ceux de la fonction publique, des régimes spéciaux et des exploitants agricoles n’y parviennent que grâce à une contribution de l’État d’environ 30 milliards euros par an, soit 1 % du PIB. La réduction du déficit public, l’un des plus élevés de la zone euro à 5 % du PIB, devenant une priorité absolue elle nécessitera à moyen terme de nouvelles réformes des retraites (d’autant plus que la réforme actuelle prévoit des dispositifs pour les métiers pénibles, mal définis à ce stade, qu’il faudra financer).
Comme il sera difficile de reporter à nouveau l’âge légal, une mesure contre laquelle les Français se sont mobilisés en masse le jeudi 19 janvier, la question de la contribution des retraités à l’équilibre du système pourrait bien se reposer dans les prochaines années, d’autant que leur niveau de vie est désormais supérieur à celui des actifs.

La manière la plus efficace et la moins brutale serait sans doute de limiter la valorisation des pensions, comme cela fut le cas au cours de deux dernières décennies. Le relèvement de la contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus de remplacement, instaurée en 1994 et qui représente aujourd’hui 2 % des ressources du système de retraite, constitue également une voie.
Si la complexité des quatre taux de CSG défie le bon sens (de l’exonération totale à un taux réduit de 3,8 % entre 11 432 et 14 944, puis un taux médian de 6,6 % entre 14 945 et 23 193 et enfin un taux de 8,3 % au-delà ce dernier seuil), rien ne peut justifier qu’un retraité gagnant 5 000 ou 10 000 euros par mois paie moins de CSG sur ses revenus qu’un smicard imposé à 9,2 %…
Les futurs gouvernements pourront également être amenés à remettre en cause certaines niches fiscales, comme l’abattement « pour frais professionnels » (sic) de 10 % sur les pensions (plafonné à 3 912 euros en 2021) qui coûte 4,2 milliards d’euros par an et qui n’a aucune légitimité. Mais ce chantier électoralement très sensible n’est bien entendu pas pour tout de suite.
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Par Éric Pichet, Professeur et directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier, Kedge Business School
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Social-La réforme des retraites « va coûter beaucoup plus cher qu’elle ne rapporte », François Hommeril (CFE-CGC)

Social-La réforme des retraites « va coûter beaucoup plus cher qu’elle ne rapporte », François Hommeril (CFE-CGC)

Le patron du syndicat des cadres, François Hommeril tire à boulets rouges sur la réforme des retraites du gouvernement à la veille d’un mouvement de grève.( dans la Tribune, extraits)

Quelle est votre stratégie à la CFE-CGC pour faire reculer l’exécutif alors que le texte arrive au Parlement ?
FRANÇOIS HOMMERIL – Notre stratégie est de construire un argumentaire et une position syndicale, de la défendre et de la faire connaître. Sur certains sujets, nous avons contribué à faire voler en éclats la position gouvernementale. Notre stratégie est aussi de poursuivre cette intersyndicale avec les organisations.
Cette intersyndicale, qui réunit les huit principaux syndicats, est le fruit d’un travail en profondeur depuis des années. Sur le sujet des retraites, nous travaillons ensemble depuis six mois. Le gouvernement a déjà reculé. L’objectif est qu’il retire le décalage de l’âge légal à 64 ans. Pour les autres sujets, nous sommes prêts à discuter.


Selon vous, le système de retraites est-il en « danger » comme l’affirme le gouvernement ?

Après les législatives de juin 2022, le gouvernement a beaucoup insisté sur « le déficit et la faillite du système de retraite ». Dans les syndicats, nous connaissons très bien la situation financière des caisses complémentaires des retraites en tant qu’administrateur, nous participons au conseil d’orientation des retraites (COR). En ne donnant pas les indicateurs en juin dernier, le gouvernement a empêché la publication du rapport du COR au début de l’été pour le rendre public à l’automne. Nous contestons les indicateurs retenus par le gouvernement.
Le président du Conseil d’orientation des retraites (COR) Pierre Louis Bras a affirmé récemment que « le système n’était pas en danger dans sa trajectoire ». Aujourd’hui, les réserves des régimes complémentaires augmentent. Les déficits prévus de la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse) seraient très faibles. Sur les régimes du privé, tout est à l’équilibre. Tout le déficit vient du régime des fonctionnaires.

C’est à ce moment que le gouvernement affirme qu’il va faire une réforme des retraites « juste ». Or, on s’est aperçus que les grandes perdantes sont les femmes mères de famille. Aujourd’hui, elles peuvent faire valoir des retraites à taux plein avant 62 ans. Le décalage à 64 ans va les obliger à travailler deux ans de plus. Dans l’étude d’impact, il est écrit que les femmes seront plus affectées que les hommes. Le gouvernement est dans une attitude de dénégation.


Une réforme justifiée ?

Non, C’est une réforme injustifiée et injuste. La seule motivation du gouvernement est que pour son budget le gouvernement a besoin de récupérer de l’argent donné aux entreprises. Il va chercher de l’argent dans les poches des salariés et des agents de la fonction publique. Ce qui lui permettra de diminuer son engagement à verser des pensions aux fonctionnaires. La seule raison est de faire monter les réserves dans les régimes complémentaires. Or, la mesure qui fait monter rapidement les réserves est le décalage de l’âge de départ à la retraite. Dans l’Agirc-Arrco, il est prévisible que les réserves vont monter en flèche. Le scénario a changé au moment des élections législatives. Le décalage de l’âge de départ à la retraite sélectionne des catégories d’individus qui vont tout payer. C’est une réforme qui ne touche pas tout le monde dans son équilibre.

En quoi la réforme des retraites est-elle défavorable aux cadres selon vous ?
Les gens qui ne sont pas touchés par la réforme correspondent aux cadres masculins, diplômés et qui entrent sur le marché du travail à 23 ans. Ce profil particulier dans la population cadre ne correspond pas à la majorité des salariés. Je représente en majorité des gens qui ont plus de 50 ans et sont entrés techniciens dans la banque à 20 ans, des techniciens dans la métallurgie qui sont entrés comme ouvriers à 18 ans. Cette image d’Epinal du cadre en cravate qui partira en retraite à 66 ans ne représente qu’une minorité. La réforme sera plus défavorable pour les générations nées à partir des années 70. Le décalage va se faire progressivement avec la montée en charge de la réforme.

La pénibilité chez les cadres est moins évoquée dans les débats. Est-elle prise en compte par l’exécutif ?
La pénibilité du travail chez les cadres n’est absolument pas prise en compte par l’exécutif. La première ministre Elisabeth Borne m’a dit que l’on ne pouvait rien faire. Elle a une vision des années 80 sur le sujet qui consiste à dire qu’il y a des individus plus fragiles que d’autres.
Cette vision est très grave. Les entreprises ont compris aujourd’hui que si elles ne prenaient pas en compte la question des risques psychosociaux, elles allaient dans le mur. La question des risques psychosociaux est liée aux conditions de travail et à l’environnement de travail. Le gouvernement n’a pas envie de traiter cette problématique.

Le gouvernement a annoncé la mise en place d’un index de l’emploi des seniors dans les entreprises
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Le gouvernement n’a pas de maîtrise du dossier sur l’emploi des seniors. Leur seul argument est de dire que si on décale l’âge de deux ans, le taux d’emploi des 60-62 ans va augmenter.
Ce décalage va générer une population entre 62 et 64 ans qui ne sera pas en retraite mais va se retrouver au chômage. Dès qu’une personne dépasse l’âge de 60 ans, chaque année coûte beaucoup plus à la sécurité sociale car le risque de maladie augmente beaucoup. Sur le plan économique, c’est une réforme catastrophique qui va probablement coûter beaucoup plus cher qu’elle ne rapporte.

Réforme des Retraites : La petite musique des assureurs de la réforme par capitalisation

Réforme des Retraites : La petite musique des assureurs pour la réforme par capitalisation

Hier, le Figaro a apporté sa petite contribution à la petite musique de la réforme par capitalisation évidemment pour permettre aux assureurs de se partager une partie du fromage du système des retraites. On oublie juste généralement que les cotisations volontaires atteindraient des sommes sans rapport avec un régime par répartition et seraient donc réservées aux privilégiés.
Plusieurs leaders d’opinion avancent ainsi de manière masquée pour substituer au moins en partie un système de capitalisation dans la réforme de la retraite. Il s’agit financièrement d’un enjeu énorme puisque le système par répartition (les actifs payent pour les retraités) représente plus de 300 milliards. De quoi faire saliver les assureurs qui lancent des ballons d’essai via les hommes politiques. Exemple encore , cette interview du maire de Cannes LR, David Lisnard, qu’on dit très proche de Macron et qui avec ses gros sabots compare le système actuel à la pyramide de Ponzy ( système crapuleux qui consiste à voler l’argent d’un tiers pour le rembourser avec un nouveau vol d’un autre tiers).

David Lisnard est très représentatif de la classe politique. Sortie d’un institut d’études politiques, il n’a pratiquement jamais travaillé et a suivi le cursus traditionnel des politiciens professionnels. NDLR

INTERVIEW de Lisnard dans le JDD

Vous défendez l’introduction d’une part de capitalisation dans le système des retraites. Pourquoi ?
C’est la meilleure solution pour garantir aux retraités un pouvoir d’achat supérieur à ce que permet le système par répartition, assainir les comptes publics et renforcer l’investissement dans les entreprises. Je pars d’un double constat : la capitalisation, ça existe déjà en France et à l’étranger, et ça marche ; et notre système par répartition est dans une impasse. Je le dis en particulier aux jeunes qui manifestent aux côtés des boomers : ils défendent un système qui, dans quarante ans, supposera que chaque actif verse plus de 1 000 euros par mois pour payer la pension des retraités. Parce qu’avec l’évolution démographique, on passe de six actifs pour un retraité à la Libération à 1,7 aujourd’hui, et 1,2 dans quinze ans. Notre système de retraites, c’est une pyramide de Ponzi.

Comment fonctionnerait un système par capitalisation ?
Je propose de mettre en place un système hybride : garder un système par répartition qui garantirait une pension minimale de 1 200 euros, avec un complément par capitalisation. Sur 100 euros de cotisation, 68 euros financeraient le système par répartition, le reste étant capitalisé, au moyen d’un véhicule financier qui serait contrôlé par l’État et géré de façon paritaire. L’État, qui garantit aujourd’hui le système par répartition, en serait là aussi le garant.

Cela rappelle les positions de Denis Kessler alors vice président du Medef ( et dirigeant d’une société d’assurance !), extrait d’une interview dans Libé

question divise les partenaires sociaux réunis dans le cadre de la mission sur les retraites, pilotée par le commissaire au Plan Jean-Michel Charpin. Pour le Medef, il faut d’urgence allonger la durée de cotisation, harmoniser le régime de la fonction publique sur le régime général, créer des fonds de pension » Entretien avec Denis Kessler, vice-président délégué du syndicat patronal.

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Quelles solutions peut-on envisager pour éviter l’effondrement du système de répartition?

Pour garantir la répartition, il faut que l’équation suivante soit respectée chaque année: taux de cotisation x salaire moyen x nombre d’actifs = pension moyenne x nombre de retraités. Lorsque la population vieillit, cet équilibre est compromis. On peut alors agir sur le taux de cotisation, ou sur la pension moyenne. Mais l’essentiel est de réduire le déséquilibre entre le nombre de retraités et le nombre d’actifs. Pour y parvenir, il faut relever les âges de cessation d’activité, ce qui se traduit à la fois par plus d’actifs et moins de retraités. Nous n’y échapperons pas. On doit dire la vérité aux Français et mettre fin à l’illusion de la retraite à 60 ans: demain ils devront travailler plus longtemps, alors qu’aujourd’hui ­ autre illusion des 35 heures ­ on leur dit qu’ils peuvent travailler moins.

Pensez-vous que les fonds de pension soient une alternative crédible à la répartition?

Pas une alternative, un complément. Nous savons tous que la répartition ne pourra pas garantir aux futurs retraités le maintien du taux actuel de remplacement ­ retraite versée par rapport au dernier salaire ­ et ce, quelles que soient les réformes engagées. Il faut donc mettre en place un dispositif ­ fonds de pension ou épargne-retraite ­ pour que les actifs d’aujourd’hui puissent faire un effort d’épargne supplémentaire qui leur procurera un complément de revenu, principalement sous forme de rente. Tous les pays ont encouragé des mécanismes de capitalisation. La France fait exception.

La capitalisation ne risque-t-elle pas d’affaiblir encore la répartition, les versements affectés aux fonds de pension ne supportant pas de cotisations sociales?

C’est le contraire: la capitalisation sauvera la répartition. Le retour à une croissance durable, créatrice d’emplois, passe par un formidable effort d’investissement, de recherche et de développement. Cet effort ne peut être financé ­ pour éviter l’inflation ­ que par des ressources d’épargne longue orientées vers les entreprises. A force d’avoir bêtement retardé la mise en place de la capitalisation, on a empêché les salariés français de préparer leur avenir, et les entreprises françaises de disposer des moyens financiers stratégiques.

Réforme des retraites : la jeunesse acteur incontournable ?

Réforme des retraites : la jeunesse acteur incontournable ?


Par Paolo Stuppia, Sociologue, membre du CESSP (Centre Européen de Sociologie et de Science Politique), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
dans The Conversation France

Après avoir participé à la première date convoquée par l’intersyndicale le 19 janvier, puis manifesté de manière autonome – appuyée par quelques organisations partisanes, notamment La France Insoumise (LFI) – le 21, réunissant entre 14 000 et 150 000 personnes dans la rue, la jeunesse scolarisée deviendra-t-elle l’acteur incontournable de la mobilisation contre la réforme des retraites voulue par l’exécutif Borne en 2023 ?

La question peut, à première vue, surprendre, tant l’histoire récente des (tentatives de) réformes de cette branche de la sécurité sociale qui se sont succédées depuis 30 ans a vu une absence relative de participation des jeunes, contrairement à des questions les concernant plus directement (enseignement secondaire et supérieur, code du travail).

Pour ne se cantonner qu’aux deux dernières décennies, 2003 reste dans les mémoires étudiantes comme l’année du mouvement – avorté – contre la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat), certainement pas comme celle de la lutte contre la réforme des retraites dite Fillon, alignant le régime des fonctionnaires sur celui du secteur privé.
En 2007, après l’élection de Nicolas Sarkozy, le gouvernement s’attaque presque simultanément aux universités, avec la Loi de Responsabilité des Universités ( LRU) et aux régimes spéciaux de retraite, tabou depuis les grèves de 1995 contre le plan Juppé. Des tentatives ponctuelles de jonction ont lieu, mais, dans un contexte d’état de grâce postélectoral et contrairement à ce qu’il était advenu l’année précédente (lutte contre le Contrat Première Embauche (CPE), aboutissant au retrait de la mesure), l’impopularité aura eu raison de ces deux mouvements.
Grève de 1995 : 3 semaines qui ont marqué la France.

En 2010, rebelote avec la reforme dite Woerth, portant l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans : comme l’observe la sociologue Julie le Mazier, venue en « queue de comète d’une séquence contestataire particulièrement dense » (luttes anti-CPE en 2006, anti-LRU en 2007 et en 2009), la grève étudiante peine à s’aligner sur le rythme de l’intersyndicale des salarié•e•s. Le mouvement ne touchera, au final, qu’une vingtaine d’établissements.

En 2013-2014, la réforme dite Touraine, augmentant progressivement la durée de cotisations à 43 ans et demi, provoque quelques journées de manifestation contre l’exécutif socialiste, sans réel impact ni dans les lycées et les universités, ni ailleurs.Enfin, l’histoire de la tentative la plus récente (2019) est bien connue : après avoir été élu en 2017 sur un programme promettant de ne pas toucher à l’âge légal de départ à la retraite, le gouvernement a proposé une réforme mais le président Emmanuel Macron a dû renoncer face aux contraintes imposées par la crise du Covid, dans un contexte social par ailleurs particulièrement tendu à la suite des mobilisations des « gilets jaunes » de 2018-2019.

D’abord car en 20 ans, comme le note l’historien spécialiste des mouvements universitaires Robi Morder, l’augmentation des effectifs scolarisés dans le supérieur – de 2 250 000 en 2003 à 3 millions en 2023 – s’est accompagnée de profonds bouleversements sociologiques, institutionnels et pédagogiques (concurrence entre établissements, diversification des filières, développement de l’apprentissage).

Dans le même temps, le salariat étudiant a connu une croissance exponentielle : « un million d’étudiants qui travaillent représentent de 5 à 6 % du salariat français (autrement dit, un salarié sur 20 suit des études supérieures), sans compter les stages. Cela change les rapports entre les étudiants et la société, les représentations mentales, et constitue une des bases matérielles à des intersyndicalismes entre étudiants et organisations syndicales professionnelles et des actions sur des thèmes communs ».

Une deuxième raison tient à la relative diversification des mobilisations universitaires les plus récentes. Si les conditions d’études demeurent centrales (réforme « Parcoursup » en 2018, par exemple), l’emploi le devient également : luttes contre la précarité en 2006, la Loi Travail en 2016 ou en faveur de l’autonomie de la jeunesse (allocation d’études, salaire étudiant).
S’ajoute un intense activisme autour des inégalités, sociales comme de genre et d’origine ethnique. Que l’on pense par exemple au geste désespéré d’Anas, s’immolant devant le CROUS de Lyon en 2019, aux files d’attente et au développement d’associations d’aide à la distribution alimentaire pendant les confinements de 2020-2021 – mettant en exergue la question de la pauvreté étudiante….

Enfin, l’écologie, dans le sillage du mouvement pour le climat Fridays For Future de 2018, a fait une entrée fracassante dans le panorama des engagements étudiants contemporains, avec des manifestations plus ou moins radicales : de associations de filière pour la transition écologique aux grèves pour le climat le vendredi, des actions de rue de groupes tels Extinction Rebellion (XR) jusqu’à participation aux ZAD (Zones à défendre).

Cette mosaïque redouble les appels, somme toute traditionnels, à la « solidarité intergénérationnelle » et à la « convergence des luttes », en y ajoutant des préoccupations liées au futur d’une « jeunesse sacrifiée » : sacrifiée sur l’autel d’intérêts économiques supérieurs, de la persistance de rapports de domination anciens, etc.

Sans prétendre consulter une boule de cristal, la réforme des retraites de 2023 pourrait bien être perçue comme une « provocation de trop », au même titre que le CPE il y a 17 ans : non pas comme une mesure qui concerne un horizon (trop) lointain pour un•e jeune, mais bien comme une attaque ultérieure contre un horizon d’ores et déjà bouché à plusieurs étages. Les paroles recueillies par les journalistes dans le défilé du 21 janvier, le slogan « métro, boulot, caveau » inscrit sur des pancartes, tout comme la présence de collectifs queer et de militantss arborant les drapeaux multicolores du mouvement Extinction Rebellion représentent des indices allant dans ce sens.

À l’inverse, si c’est un sentiment de résignation qui s’impose, en particulier en prévision des changements climatiques à venir ou de préoccupations plus immédiates (insertion, consommation, etc.) la mobilisation pourrait s’en trouver empêchée.

Enfin, la troisième raison qui pourrait pousser les jeunes dans la rue est davantage conjoncturelle au contexte politique inédit qui s’est dessiné avec les élections de 2022 : alors que le président Macron invoque la légitimité de sa réforme par l’obtention d’un mandat « clair » dans les urnes, les opposants rappellent que leur vote, lorsqu’il a eu lieu, a été déposé par défaut, notamment au deuxième tour de la présidentielle. Rappelons en effet que dans l’entre-deux-tours, une timide mobilisation étudiante avec pour slogan « ni Macron ni Le Pen » avait vu le jour à Paris et que tous les sondages pré – ou postélectoraux ont montré que les jeunes scolarisés ont compté parmi les principaux soutiens de Jean Luc Mélenchon à la présidentielle, de la coalition Nupes aux législatives.
Plus généralement, l’unité syndicale affichée par les organisations de jeunesse, de salariés et des partis de gauche fait appel aux souvenirs de la dernière mobilisation « gagnante » qu’ait connu notre pays, celle de 2006 contre le CPE. Comparativement, elle est même plus large, certaines structures, comme la FAGE, rejoignant cette année les rangs de l’intersyndicale alors qu’elle était absente en 2006.

Reste à savoir si les distinguos qui sont peu à peu apparus, d’abord dans la Nupes autour de la date du 21 janvier, puis dans les organisations de jeunesse elles-mêmes – l’UNEF appelant à respecter le calendrier de l’intersyndicale « sans se disperser » mais aussi à des Assemblées générales dans les universités à partir du 25 janvier – représenteront un frein, parmi d’autres, à la mobilisation des jeunes scolarisés.

Régulation de l’ électricité: face à la spéculation, renationaliser toute la filière

Régulation de l’ électricité: face à la spéculation, renationaliser toute la filière

Deux élément sont responsables de la crise de l’électricité en France; d’une part l’abandon de la filière nucléaire pour récupérer les voix de quelques écolos bobos, d’autre part le fait d’avoir substitué un marché anarchique aux tarifs règlementés; Des dizaines et des dizaines d’entreprises qui ne produisent rien, qui ne distribuent rien ont pu ainsi réaliser des surper-profits scandaleux qui ont contribué à la crise de l’électricité. Résultat , alors qu’on payait le megawh 70 euros, le particulier paye désormais environ 140 euros et les TPE 240 euros, cela en dépit du bouclier tarifaire.

« En voulant concilier ouverture à la concurrence et préservation pour les consommateurs du bénéfice de la compétitivité du parc nucléaire existant, l’organisation des marchés de l’électricité a abouti à une construction complexe et régulièrement remise en cause », Observe de manière très diplomatique la Cour des comptes dans un rapport sur l’organisation des marchés de l’électricité.

Plus grave encore, « la combinaison des principaux outils d’intervention publique ne garantit plus l’atteinte des objectifs initiaux de la loi Nome en termes de stabilité et de compétitivité des prix .

EDF est contraint de fournir ses concurrents au prix de 42 € le mégawatt heure pour un prix d’achat à l’étranger qui a pu atteindre jusqu’à 1000 € au sommet de la crise.

Cette régulation des prix a été voulue par l’Allemagne qui alors comptait sur le faible coût du pétrole russe comme ressource principale afin de concurrencer la France sur le plan énergétique . La France est prisonnière d’un système dénoncé y compris par la Cour des Comptes alors qu’elle produit l’énergie la moins chère du monde quand évidemment on ne ferme pas de centrales nucléaires. .

Les rapporteurs de la rue Cambon pointent en particulier la méthode de calcul des tarifs réglementés d’EDF établie par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Comme l’avait déjà souligné l’UFC-Que Choisir en mai 2021, ils démontrent qu’en intégrant le coût d’approvisionnement des fournisseurs alternatifs sur les marchés de gros dès qu’ils n’ont plus d’Arenh (1), elle fait fortement augmenter le tarif réglementé, le déconnectant de plus en plus des coûts de production du parc nucléaire d’EDF.
Ainsi révisé, le tarif réglementé est trop exposé au marché, il n’est plus à même d’assurer la stabilité des prix aux consommateurs. Sans le bouclier tarifaire mis en place par le gouvernement, il aurait ainsi bondi de 35 % TTC le 1er février dernier. La Cour des comptes appelle à réformer son mode de calcul pour le protéger des variations des prix de marché.

Autre outil mis en cause, celui de l’Arenh, qui impose à EDF de fournir jusqu’à 100 TWh d’électricité produite par son parc nucléaire à ses concurrents au prix de 42 € le mégawattheure. Si ce dispositif a privé EDF de 7 milliards de revenus sur la période 2011-2021, il lui a cependant permis de couvrir largement ses coûts. Mais ils vont augmenter fortement en 2022 du fait de la faible production de son parc nucléaire. La Cour souligne que les mécanismes de régulation ne fonctionnent plus, que ce soit en France ou en Europe.

Enfin, le mécanisme de capacité qui rémunère le dernier moyen de production appelé pour faire face aux pointes de consommation « est à l’origine de transferts financiers qui peuvent excéder les nécessités de la sécurité d’approvisionnement ». Coût estimé à la charge des consommateurs : de 500 millions à 1,2 milliard par an.

La Cour des comptes conclut que ces trois outils d’intervention publique ne sont pas maîtrisés et qu’ils ne garantissent plus l’atteinte des objectifs initiaux de la loi Nome. Elle recommande une nouvelle régulation pérenne qui supprimerait les effets pervers des mécanismes en place et protégerait les consommateurs de la volatilité des prix.

Commerce extérieur : déficit record de la balance commerciale

Commerce extérieur : déficit record de la balance commerciale


La balance commerciale constitue le principal indicateur de la compétitivité d’un pays. Et de ce point de vue, les résultats de la France sont catastrophiques et témoignent bien du déclin de la France. Et de ce point de vue, les résultats de la France sont catastrophiques et témoignent bien du déclin de la France.

En 2022, le solde du commerce extérieur a atteint un déficit de 86 milliards d’euros pour les biens et les services (- 55 milliards d’euros supplémentaires entre 2021 et 2022). Pour les seuls biens, la situation est plus qu’inquiétante : – 161 milliards d’euros, avec une augmentation du déficit de 75 milliards d’euros sur la même période. L’ensemble des secteurs industriels sont concernés.
France agricole.

En février 2008, un groupe de travail intitulé « Commission pour la Mesure des Performances Économiques et du Progrès Social (CMPEPS) avec à sa tête le Professeur Joseph. E Stiglitz avait été mis en place à la demande de Monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République. Les principales observation de ce groupe:

Un réveil tardif

La crise de la Covid-19 a précipité la prise de conscience de notre inquiétante dépendance vis-à-vis de l’étranger pour des secteurs économiques stratégiques. En d’autres termes, la crise sanitaire a souligné le caractère impérieux de la nécessité de renforcer notre indépendance dans certains secteurs.

Ce réveil des consciences a été amplifié par les répercussions résultant des sanctions prises à l’encontre de la Russie dans le cadre du conflit russo-ukrainien. Nous sommes aujourd’hui confrontés à un choc majeur sur les marchés des matières premières, notamment en matière d’énergie.

La situation préoccupante en matière d’électricité possède des explications directement liées aux politiques publiques françaises et à l’impréparation gouvernementale en matière de mix électrique. Celles-ci sont de trois ordres : conséquence de la crise en Ukraine et des tensions sur le marché du gaz, dysfonctionnements importants du parc nucléaire de l’Hexagone et retard de développement des énergies renouvelables ».

la désindustrialisation

D’après l’INSEE, « en presque trois décennies, la France a perdu près de deux millions d’emplois industriels ». Les délocalisations et la désindustrialisation restent un problème préoccupant en France et inquiètent l’opinion publique. La France est « malade » de sa désindustrialisation dont les premiers effets ont commencé à être plus clairement perceptibles à partir du milieu des années 1980, à la faveur de la concurrence exercée par les pays à bas salaires.

Dans son ouvrage intitulé « Désindustrialisation de la France », Nicolas Dufourcq, patron de Bpifrance, retrace l’histoire de la désindustrialisation massive et sans précédent de la France de 1995 à 2015. A juste titre, il fait remarquer que « les chiffres sont éloquents : il y a aujourd’hui 7,5 millions d’emplois dans l’industrie allemande, contre 2,7 millions dans l’industrie française ». Dans une interview donnée sur Europe1 le 13 septembre 2022, l’auteur de l’ouvrage déclare : « Aujourd’hui, l’industrie française compte six millions de salariés à l’étranger […] L’élite industrielle française a pris sa décision : L’industrie , ce n’est plus jamais en France ».

« Au lieu de faire le choix d’une économie de l’offre, complémentaire d’une économie de la demande, on a privilégié cette dernière, financée par la dette et génératrice d’un effondrement de notre balance commerciale » déplore Christian Prat Dit Hauret, professeur à l’IAE – Université de Bordeaux.

La hausse de la facture énergétique n’explique qu’une partie du creusement du déficit. Dans un rapport de la Cour des comptes publié en 2022, intitulé « Les dispositifs de soutien à l’exportation », souligne que depuis 15 ans notre commerce extérieur connaît des difficultés croissantes et que la balance commerciale ne cesse de se dégrader. Parmi les facteurs qui expliquent la dégradation de la performance française en matière d’exportations de biens, le rapport évoque les faiblesses structurelles de notre économie et une compétitivité insuffisante auxquelles s’est ajoutée la montée en puissance commerciale des pays émergents, surtout de la Chine. A la différence d’autres pays du G7 tels que l’Allemagne et l’Italie, la France n’a pas été capable de résister. Comme le souligne la Cour des Comptes, « le faible dynamisme des exportations, en comparaison de celui des importations, place la France en situation récurrente de déficit extérieur ». Nous sommes devenues une économie essentiellement basée sur les services.

D’après un sondage mené par l’IFOP en novembre 2021, « les idées déclinistes rencontrent une audience réelle dans la population puisque 65 % des Français adhèrent à l’idée selon laquelle la France est un pays en déclin » […] « Il est frappant de constater que les idées déclinistes rencontrent un écho majoritaire dans la quasi-totalité des strates de la société française, quel que soit le genre, l’âge, ou encore la catégorie socio-professionnelle de la personne interrogée. L’idée d’un déclin du pays est à peu près autant partagée par les Français appartenant aux catégories aisées (65 %) que par ceux des catégories pauvres (69 %). Enfin, il convient de noter, toujours après ce sondage, « que pour 68 % des sondés le déclin est plus prononcé en France que dans les autres grands pays européens ».

Fébrilité du gouvernement- : Darmanin insulte les opposants à la réforme des retraites

Fébrilité du gouvernement- : Darmanin insulte les opposants à la réforme des retraites

Le gouvernement fait preuve d’une grande fébrilité à la veille de la grande manifestation du 31 janvier dans la mobilisation devrait être exceptionnelle. Le gouvernement semble en effet partager entre la nécessité d’améliorer de manière sensible la réforme des retraites en trouvant des accommodements avec les oppositions et la tentation de traiter les opposants de feignants. Certes on ne peut contester que la valeur travail perd de son impact dans le pays mais cette question éloigne de la problématique d’une réforme injuste et inefficace.

Comme Sarkozy jadis, Macron plus récemment, Darmanin prend donc le parti d’insulter les opposants à la retraite en considérant qu’ils foutent le bordel dans le pays.
Un propos qui n’est pas tout à fait du niveau gouvernemental et qui fait tomber le débat dans le caniveau. Darmanin devrait pourtant être prudent sur le concept de travail; lui; le produit d’un institut d’études politiques qui n’a pratiquement jamais travaillé et a suivi le cursus des politiciens professionnels. Il n’a sans doute qu’une approche assez ésotérique des réalités sociales.

Alors que la réforme des retraites arrive au Parlement lundi, le ministre de l’Intérieur a donc dénoncé une gauche et derrière les opposants qui cherchent à «bordéliser le pays», dans un entretien au Parisien.

«Plus les jours passent, plus les électeurs de gauche voient que c’est une arnaque. La Nupes ne cherche qu’à bordéliser le pays.» Dans une interview accordée au Parisien publiée ce samedi, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin n’épargne personne.
Le locataire de la place Beauvau a rappelé l’ambition du gouvernement pour cette réforme: «on doit d’abord faire passer un message aux Français : pour mettre notre système des retraites à l’équilibre, oui, il faut travailler plus.» Il se prononce en faveur d’une «société de travail et de mérite», et concède devoir parfois «faire preuve de davantage de pédagogie».

Le ministre a souligné une «majorité du Président [qui] défend le travail, les valeurs de l’effort, de mérite et d’émancipation». Contrairement aux oppositions, qui, selon lui, prônent «la négation du travail» et le «droit à la paresse».

Le ministre de l’intérieur n’a sans doute pas totalement tort mais il pourrait s’appliquer à lui-même ce qu’il préconise car il est mal qualifié pour parler de travail concret, long et pénible. D’une manière générale, la Politique conserved’ailleurs bien !

Aménagement du territoire – Pour la démétropolisation de nos sociétés

Aménagement du territoire – Pour la démétropolisation de nos sociétés



Si 58 % de la population mondiale est urbaine, il y a incompatibilité de ce mouvement d’urbanisation avec la sauvegarde de la planète. Par Guillaume Faburel, Université Lumière Lyon 2

Si le processus d’urbanisation globalisée ne semble pas vouloir marquer le pas, le géographe Guillaume Faburel nous invite à considérer le débranchement urbain dans son texte « Vider les villes ? », dont nous vous proposons des extraits. Retrouvez cette réflexion et bien d’autres dans le livre collectif « Écologies. Le vivant et le social », publié aux éditions de la Découverte.

Vider les villes ? Voilà bien a priori une hérésie. La ville, c’est le progrès et l’émancipation. Tous les grands moments de notre civilisation y sont chevillés, des cités-États aux villes-monde et métropoles d’aujourd’hui. Pourquoi diable vouloir les vider ?

Simplement parce que tous les mois à travers le monde l’équivalent d’une ville comme New York sort de terre. À moins de croire dans le solutionnisme technologique et le durabilisme des transitions, il est temps de rouvrir une option envisagée dès les années 1970 : la désurbanisation de nos sociétés. Voici peut-être l’unique solution face à la dévastation écologique. Un seul « s » sépare demeure et démesure, celui de notre propre survie.

Aujourd’hui, 58 % de la population mondiale est urbaine, soit près de 4,4 milliards d’habitants (dont presque 40 % résidant aux États-Unis, en Europe et en Chine), contre 751 millions en 1950. Cette proportion est même annoncée à 70 % en 2050 par l’Organisation des Nations unies (ONU).
[...]

Avec plus de vingt millions d’habitants, Mumbaï a vu sa superficie bâtie presque doubler entre 1991 et 2018, perdant ainsi 40 % de son couvert végétal. Dhaka, dont la population de l’agglomération excède aussi vingt millions d’habitants, a vu disparaître 55 % des zones cultivées, 47 % des zones humides et 38 % du couvert végétal entre 1960 et 2005. Pendant que la superficie bâtie augmentait de 134 %.

Plus près de nous, le Grand Paris est le chantier d’aménagement le plus important de l’histoire de la capitale depuis le Second Empire (XIXe siècle), avec pas moins de deux cents kilomètres de lignes de métro supplémentaires, cent soixante kilomètres de tunnels à percer, soixante-huit gares à construire, quatre-vingt mille logements par an à sortir de terre.

En France d’ailleurs, la population urbaine a augmenté de 20 % entre 1960 et 2018, pour officiellement dépasser les 80 % de la population hexagonale en 2020, ramenés toutefois à 67 % en ne tenant plus uniquement compte de l’influence des villes mais aussi de la taille des peuplements (critère de densité des constructions). Près de la moitié vit dans l’une des vingt-deux grandes villes (dont quatre millionnaires en nombre d’habitants), à ce jour officiellement dénommées métropoles. Et, depuis ces centres métropolitains jusqu’aux couronnes périurbaines, comme dans un bon tiers des périmètres de villes moyennes et d’inter-communalités (elles-mêmes grossissantes par volontarisme réglementaire), l’urbanisation croît deux fois plus vite en surface qu’en population (et même trois fois dans les années 1990, soit annuellement la taille de Marseille, un département tous les dix ans, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur en cinquante ans).

La métropolisation du monde
Les foyers premiers ainsi que le modèle principal de cette croissance sont assurés par les grandes agglomérations, au premier chef les sept villes-monde (New York, Hongkong, Londres, Paris, Tokyo, Singapour et Séoul) et leurs épigones, cent vingt métropoles internationales. Elles représentent en cumul 12 % de la population mondiale pour 48 % du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial. Il y a donc du capital à fixer et de la « richesse » à produire… À condition de continuer à grossir. Tokyo a déjà un PIB supérieur à celui du Canada, Paris à celui de la Suisse…
Engagée depuis une quarantaine d’années dans les pays occidentaux, la métropolisation représente le stade néolibéral de l’économie mondialisée : polarisation urbaine des nouvelles activités dites postindustrielles et conversion rapide des pouvoirs métropolitains aux logiques de firme marchande.

Elle incarne l’avantage acquis ces dernières décennies par les grandes villes : articulation des fonctions de commandement (ex : directions d’entreprises) et de communication (ex : aéroports, interconnexions ferroviaires, etc.), polarisation des marchés financiers (ex : places boursières et organismes bancaires), des marchés d’emplois de « haut niveau » – que l’Insee qualifie de métropolitains depuis 2002 (conception-recherche et prestations intellectuelles, commerce interentreprises et gestion managériale, culture et loisirs) ou encore de marchés segmentés de consommation (tourisme, art, technologies…).
[...]

Or, occupant seulement 2 % de la surface de la Terre, le fait urbain décrit produit 70 % des déchets, émet 75 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), consomme 78 % de l’énergie et émet plus 90 % de l’ensemble des polluants émis dans l’air pour, souvenons-nous, 58 % de la population mondiale.
Pour les seuls GES, vingt-cinq des cent soixante-sept plus grandes villes du monde sont responsables de près de la moitié des émissions urbaines de CO2 – la fabrication du ciment représentant près de 10 % des émissions mondiales, en augmentation de 80 % en dix ans. À ce jour, 40 % de la population urbaine mondiale vit dans des villes où l’exposition à la chaleur extrême a triplé sur les trente-cinq dernières années.

Plusieurs mégapoles s’enfoncent annuellement de plusieurs centimètres sous le poids de la densité des matériaux de construction et du pompage des nappes phréatiques (Mexico, Téhéran, Nairobi, Djakarta…). La prévalence des maladies dites de civilisation est nettement plus importante dans les grandes villes, responsables de quarante et un millions de décès annuels à travers le monde (cancers, maladies cardiovasculaires et pulmonaires, diabète et obésité, troubles psychiques et maladies mentales).

Enfin, selon le Fonds monétaire international, à l’horizon de la fin du siècle, 74 % de la population mondiale (annoncée en 2100 urbaine à 80 %) vivra des canicules mortelles plus de vingt jours par an. Un point de comparaison : la canicule de 2003 en France, 15 000 morts, en dix-huit jours. D’ailleurs, en France, les pollutions atmosphériques des grandes villes sont responsables de 50 000 morts annuellement.

Le secteur du bâtiment-travaux publics (BTP), toutes constructions confondues (mais à 90 % dans les aires définies comme urbaines), représente 46 % de la consommation énergétique, 40 % de notre production de déchets et 25 % des émissions de GES. L’autonomie alimentaire des cent premières villes est de trois jours (98 % d’alimentation importée) et Paris, par tous ses hectares nécessaires, a une empreinte écologique trois cent treize fois plus lourde que sa propre superficie.
[...]
Si l’on croise les données de nos impacts écologiques avec celles des limites planétaires, on constate que l’empreinte moyenne de chaque Français va devoir être divisée par quatre à six pour prétendre à la neutralité carbone à horizon de 2050. Pour ce faire, loin du technosolutionnisme ambiant et du durabilisme du verdissement, l’autonomie, comprise comme autosubsistance et autogestion, est le seul moyen de se figurer l’ensemble de nos pressions et de les contenir par l’autodétermination des besoins, au plus près des ressources et de leurs écosystèmes. Ceci, sans pour autant négliger nos interdépendances sociales et quelques-unes de nos libertés.
Or pour faire autonomie, toute ville devrait produire 100 % de son énergie, qui plus est renouvelable (or, à ce jour, Lyon, Bordeaux ou Rennes n’en produisent par exemple que 7 % à 8 % , non renouvelables), remettre en pleine terre entre 50 % et 60 % des sols pour la production vivrière et le respect du cycle de l’eau (à ce jour, entre 1 % et 1,5 % dans les villes labellisées Métropoles françaises), ou encore restituer aux écosystèmes au moins 15 % des sols urbanisés pour la biodiversité. Tout ceci est infaisable morphologiquement et, quoi qu’il en soit, impensable dans le cadre d’une ville devenue médiation première du capital.

Nous n’avons en fait pas d’autre choix que de nous affranchir des grandes centralités et de leurs polarités, comme certains espaces périurbains commencent à le faire ; en déconcentrant et en relocalisant, en décentralisant, sans omettre de décoloniser quelques habitudes et modes de vie.
Mais comment passer de l’ère de taire l’inconséquence de nos écologies urbaines à l’âge du faire des géographies posturbaines, sans pour autant rétrécir la société par le jeu des identités et le retour de quelques barbelés ? Quelles sont les conditions d’une désurbanisation sans perte d’altérité, et sans oublier cette fois la communauté biotique ?
Bientôt, le débranchement urbain ?

Cette autre géographie est d’ores et déjà en construction, à bas bruit. Les espaces plus ouverts, ceux des campagnes, offrent d’autres possibilités, sous condition de révision de quelques comportements, particulièrement ceux liés à nos mobilités, connectivités et divertissements. En France, cela correspond au foisonnement d’alternatives au sein des espaces dessinés par les treize mille petites villes et petites villes de proximité, bourgs et villages centre, auxquels il faut ajouter les milliers d’autres villages, hameaux et lieux-dit : néoruralités qui connaissent leur septième vague d’installation, néopaysanneries dynamiques, zones à défendre, communautés existentielles/intentionnelles, écolieux et fermes sociales…

Permaculture et autosubsistance vivrière, chantiers participatifs et autoconstruction bioclimatique, épiceries sociales ambulantes et médiathèques villageoises itinérantes, fêtes locales et savoirs vernaculaires… sont clairement ici en ligne de mire. Et l’on pourrait imaginer des foires locales aux logements, puisque près de trois millions sont vacants dans les périphéries, alors que ce secteur est prétendument en crise. Et, toute cette effervescence ne concerne pas moins de 30 % du territoire hexagonal.

Là serait la raison du débranchement urbain : cesser d’être les agents involontaires des méga-machines urbaines en recouvrant de la puissance d’agir, non plus pour faire masse contre la nature mais pour faire corps avec le vivant. Le triptyque habiter la terre, coopérer par le faire, autogérer de manière solidaire peut constituer la matrice d’une société écologique posturbaine. À condition de vider les villes, les grandes, et de cheminer enfin vers le suffisant.
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Par Guillaume Faburel, Professeur, chercheur à l’UMR Triangle, Université Lumière Lyon 2
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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