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Technologie – : La révolution économique par les drones ?

Technologie – : La révolution économique par les drones ?

 

 Parmi toutes les technologies qui ont émergé ces dernières décennies, celle du drone va avoir le plus important impact. Bien qu’encore à leurs balbutiements par rapport à d’autres technologies émergentes, les véhicules aériens sans pilote (UAV) vont trouver rapidement une utilisation dans la construction, la photographie, l’agriculture, la défense et de nombreuses autres industries. Par Xavier Dalloz, consultant spécialisé dans les nouvelles technologies.(dans la Tribune).

Un article intéressant à lire mais sans doute un peu optimiste et très excessif quant à la révolution économique produite par les drones. D’autres technologies comme l’intelligence artificielle en particulier sont autrement structurantes. Se pose aussi pour le transport par drones la question très complexe de la gestion de l’espace. C’est d’ailleurs la même problématique pour une éventuelle explosion du transport de personnes par le mode aérien individuel ou collectif. NDLR

La distribution de médicaments par drone aidera le NHS Scotland à fournir une meilleure assistance aux résidents ruraux. L’objectif est de transporter des échantillons de laboratoire, de produits sanguins, de chimiothérapie et d’accélérer le diagnostic et le traitement des problèmes médicaux. (Crédits : Reuters)

La France doit jouer le rôle de leader du marché des drones qui devrait atteindre 100 milliards de dollars avant 10 ans.

Par exemple :

  • Agriculture : les drones augmentent le rendement des cultures en fournissant une surveillance et une lutte antiparasitaire ciblées avec précision
  • Exploitation minière : intégrée à toutes les facettes des opérations, de la cartographie aux inspections de l’équipement et des routes, en passant par l’analyse des explosions et les évaluations des stocks
  • Infrastructure critique : fournissant une surveillance périmétrique et des inspections des installations en temps réel, ainsi qu’une détection précoce des dangers tels que les fuites de gaz.
  • Le fait de pouvoir voir une maison à une hauteur de 100 mètres donne aux acheteurs une perspective supplémentaire et, dans de nombreux cas, cette valeur ajoutée amène davantage d’acheteurs potentiels à visiter la maison. Il existe de nombreux autres exemples de marchés émergents comme celui-ci, notamment la livraison de produits médicaux.
  • Des travaux dangereux, en particulier des inspections d’infrastructures, sont effectués par des drones commerciaux utilisant une imagerie haute résolution intégrant de l’intelligence artificielle permettant de détecter les problèmes de loin.
  • Les compagnies d’assurance utilisent des drones pour collecter des images et des données sur les sites de sinistres sans envoyer des experts sur les lieux.

Un bon exemple, la livraison des colis

Le meilleur exemple de l’utilisation de drones est la livraison des colis. Cette livraison par drone va réduire d’une façon significative les coûts de livraison, n’ayant pas de frais de chauffeur ou de camion, éliminant les coûts de congestion, ayant moins de livraisons manquées en raison du délai très court, environ 30 minutes entre l’expédition et la livraison de l’article. Ce marché dépassera 30 milliards d’euros d’ici 2027.

La livraison par drone va donc être au cœur de la prochaine étape de la transformation du commerce.

On peut résumer ces étapes de la façon suivante :

  • La Poste
    • La Poste a permis l’émergence des catalogues papiers dans les campagnes
  • Le chemin de fer
    • Le chemin de fer a permis l’émergence des grands magasins à proximité des gares
  • La voiture
    • La voiture et son coffre ont permis l’émergence des hypermarchés avec leurs parkings (no parking, no business)
  • L’Internet
    • Internet a permis l’émergence du commerce électronique
  • Le smartphone
    • Le smartphone a permis l’émergence du commerce ATAWAD
  • LUAV (notamment les drones).
    • L’UAV (véhicule aérien sans pilote) va donner naissance au commerce qui vient à moi là où je le souhaite. C’est un commerce qui répondra à des attentes latentes basées sur le résultat.

Voici quelques avantages concurrentiels de ce nouveau commerce :

  • Les drones aident les entreprises à se concentrer sur la personnalisation en tenant compte des exigences de chaque client et à améliorer le niveau de service client en livrant le bon produit au bon endroit au bon moment.
  • Le nombre et la taille des entrepôts sera les technologies permettant un accès plus facile aux clients et des méthodes de prévision de la demande plus efficaces..
  • L’utilisation des imprimantes 3D va augmenter, et l’accessibilité de ces systèmes sera plus facile. Chaque maison avec ces appareils sera une petite usine. Les gens peuvent produire certains des produits dont ils ont besoin chez eux en fonction de leurs besoins spécifiques.
  • Étant donné que la production devient plus facile et que le transport s’accélère, le besoin d’entrepôts sera considérablement réduit.
  • Les recherches montrent que 30 % de la consommation d’énergie d’un entrepôt consiste en l’éclairage. Les implications des technologies robotiques dans l’entreposage et la production, il y aura moins besoin pour les systèmes d’éclairage et de chauffage/refroidissement.

 

L’innovation de rupture la plus intéressante est celle des autoroutes pour drones, des taxis volants et des vertiports. Par exemple :

  • Le projet Skyway, 164 miles (265 km) d’autoroutes de drones, reliera des villes et des villages, dont Cambridge et Reading. Les lois actuelles exigent que les drones soient pilotés par un pilote humain, cependant, Skyway utilisera une nouvelle technologie pour permettre aux drones automatisés « sans pilote » de voler au-delà de la ligne de visée visuelle (BVLOS). Tout fabricant de drones pourra connecter les systèmes de guidage et de communication d’un drone à un système d’autoroute virtuelle qui gère le guidage en toute sécurité des drones vers leurs destinations via l’intégration logicielle. Skyway sera équipé de capteurs au sol et de matériel de communication qui se coordonnent avec les capteurs de drones embarqués pour transmettre les données de contrôle du trafic aérien aux aéronefs autonomes pendant leur vol.
  • La distribution de médicaments par drone aidera le NHS Scotland à fournir une meilleure assistance aux résidents ruraux. L’objectif est de transporter des échantillons de laboratoire, de produits sanguins, de chimiothérapie et d’accélérer le diagnostic et le traitement des problèmes médicaux.
  • Des services de taxi aérien qui transporteront des personnes et des marchandises. Ils auront besoin d’aires d’atterrissage aussi grandes qu’un petit aéroport. Hyundai prévoit de construire 200 aéroports urbains de ce type au cours des cinq prochaines années.
  • Une prolifération de drones de livraison va faire émerger de nouveaux centres logistiques, conçus comme des hubs en forme de ruche, comme celui proposé par Amazon.

 

L’un des problèmes les plus évidents est la confidentialité, car les drones enregistrent et capturent souvent des images. Les trajectoires de vol des drones devront donc être construites autour des hubs de transport, des corridors ferroviaires et des aéroports existants.

L’aérospatiale est une culture axée sur la sécurité, mais le transfert et l’atterrissage de la livraison de fret par drone comportent un risque beaucoup plus élevé de collision avec des objets, des bâtiments, des structures ou des personnes à basse altitude.

David Menga, dans le livre « The Internet of Augmented Me, Empowering Innovation for a new Sustainable Future », met en avant l’importance de créer des infrastructures intelligentes pour produire de la richesse après une période de crise, en suivant des patterns adaptés à l’innovation dans un monde numérique durable.

L’infrastructure intelligente est l’équivalent des autoroutes interétatiques réalisées par Eisenhower après la Deuxième guerre mondiale, en y ajoutant le GPS, l’internet et une plateforme logicielle s’appuyant sur un jumeau numérique dynamique et un OS adapté.

Dans le cas des drones, l’infrastructure d’accueil et de gestion s’appelle un aérodrone et se présente comme un aérodrome, son équivalent avions, automatisé et autonome.  Un aérodrone gère des missions pour le compte d’opérateurs logistiques, impliquant la coordination de multiples robots souvent autonomes de type terrestre, marins et drone.  Pour accomplir des missions complexes , l’OS qui gère les missions dispose d’instruments de simulation à base de jumeaux numériques de territoires et de robots.  Son rôle est d’orchestrer le travail de multiples robots autonomes et de valoriser les données fournis par les capteurs des robots contrôlés en les mettant à disposition, moyennant rétribution, à des fournisseurs d’apps robots.

Pour faire face à toute type de situation critique, l’aérodrone est autonome, produit et gère son énergie comme sa connectivité, en s’appuyant sur les technologies 5G.

La firme anglaise Unmanned Life fournit un tel OS.

Enfin, l’aérodrone gère son propre chiffre d’affaires, sous la forme d’une DAO ou organisation décentralisée. Ainsi, il sera possible à des particuliers de participer au financement des aérodrones et de profiter de la richesse produite, tout en favorisant le désenclavement des territoires.

L’aérodrone du futur,  c’est un Roissy décentralisé, autonome à l’ère du Web

La hausse des taux jusqu’où ?

La hausse des taux jusqu’où ?

 

Un papier de la Tribune pose la question du niveau que pourraient atteindre les taux d’intérêt. Normalement l’objectif théorique de la banque centrale européenne est atteindre une inflation limitée à 2 %, un objectif qui paraît illusoire quand on sait que l’inflation est pour une grande part structurelle, c’est-à-dire qu’elle va durer dans le temps. L’inflation sera environ de 10 % en zone euro en 2022 et elle ne pourra retomber en 2023 à l’objectif théorique de la banque centrale européenne. Des hausses de taux ont déjà été décidées, d’autres suivront mais le problème est de savoir jusqu’à quel niveau on peut aller sans torpiller complètement la croissance. Il se pourrait bien que le seuil maximal encore gérable pour ne pas tuer l’activité se situe entre 4 et 5 %. Au-delà, le danger serait de créer une crise sans précédent depuis le choc pétrolier de 1973. Parallèlement il conviendrait sans doute de revoir un peu à la hausse l’objectif d’inflation compatible avec le maintien de l’activité économique à fixer à la BCE.

Jeudi, la Banque centrale européenne a annoncé une hausse de ses taux directeurs de 75 points de base. Un resserrement plus dur que le premier en juillet afin d’atteindre l’objectif de 2% d’inflation que s’est fixé l’institution monétaire. Mais ce dernier est-il vraiment atteignable compte tenu du contexte géopolitique qui continue de faire flamber les prix de l’énergie ? De combien devra-t-elle encore relever ses taux pour y parvenir ? Explications.

 

Les taux de la Banque centrale européenne sont encore « loin » d’un niveau qui « aidera à ramener l’inflation à 2% », a affirmé la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, jeudi après que l’institution monétaire a annoncé une hausse de ses taux directeurs de 75 points de base.  En d’autres termes, ce deuxième resserrement monétaire, après un premier de 50 points en juillet, ne sera pas le dernier pour atteindre ce niveau de 2%, synonyme de stabilité des prix pour assurer l’équilibre de l’économie, la principale mission de la BCE. Un niveau retenu il y a une vingtaine d’années par plusieurs banques centrales du monde qui assure une marge de protection contre la déflation, impossible à tenir si la cible était à zéro.

Jusqu’où ira donc la BCE dans la hausse des taux d’intérêt pour atteindre ce niveau de 2% ? Christine Lagarde, la présidente de la banque centrale européenne est restée vague. Car, ces hausses ne sont pas sans conséquence. Au regard de son impact sur l’activité économique, ce durcissement pourrait provoquer une récession d’autant plus douloureuse pour l’économie européenne qu’elle subit de plein fouet la hausse des prix de l’énergie depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Pour Patrick Artus, conseiller économique chez Natixis, trois scénarios se présentent à la BCE. Le premier, celui d’un retour à une inflation à 2% sans aucune autre intervention sur les taux, apparaît aujourd’hui bien peu réalisable tant la hausse des prix atteint chaque mois de nouveaux records. En août dernier, elle se situait à 9,1% sur un an contre 8,9% en juillet dans la zone euro (les 19 pays ayant adopté la monnaie unique). Selon l’économiste, la barre des 10% devrait être atteinte début 2023 avant de diminuer à 5% à la fin de la même année grâce à une baisse des prix de l’énergie, soit une inflation moyenne sur l’année aux alentours de 7,5%.

Une hausse des taux à près de 5% ?

Un second scénario, celui privilégié par la Banque centrale européenne, estime que les prochaines remontées des taux prévues permettront de tutoyer cet objectif de 2% d’inflation d’ici à deux ans. La BCE compte en effet ramener l’inflation à 2,3% en 2024, contre 5,5% en 2023.

« Il faudrait une grosse désinflation pour passer de 7,5% en 2023 à 2% en 2024. Quand on regarde par le passé, cet écart n’a été possible qu’avec des taux directeurs de la BCE supérieurs à l’inflation sous-jacente », explique l’économiste. L’inflation sous-jacente désigne l’inflation amputée de toutes perturbations extérieures comme, par exemple, la guerre en Ukraine qui fait flamber les prix de l’énergie. « Elle devrait être de 4,5% en 2024. La BCE ne pourra donc espérer ramener la hausse des prix à 2% qu’avec des taux se situant au-dessus de 4,5% ». Univeau trois fois plus élevé qu’aujourd’hui puique les taux sont actuellement entre 0,75% et 1,5%.

Une très forte hausse des taux serait donc nécessaire. Christophe Blot, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) s’interroge toutefois sur l’impact de la politique monétaire de la BCE. « Dans la mesure où l’institution ne peut agir sur tous les facteurs d’inflation, il est difficile d’atteindre les 2%. Sauf si elle agit fortement sur l’inflation sous-jacente (hors prix de l’énergie) afin de faire suffisamment baisser la demande dans la zone euro », détaille-t-il. Et d’ajouter : « En contrepartie, l’effet de ce durcissement va plonger l’économie européenne en récession ».

Toutefois, une troisième possibilité s’offre aux gouverneurs de la banque centrale : abandonner leur objectif pendant un temps. « La BCE pourrait laisser filer l’inflation en limitant son resserrement monétaire du fait des conséquences de la guerre en Ukraine et de la nécessité de financer la transition énergétique de l’Europe », trop longtemps basée sur des importations russes à bas coût, avance Patrick Artus. « Elle pourrait donc suspendre son objectif de 2% le temps du conflit ce qui aurait du sens économiquement, mais qui serait plus difficile à assumer institutionnellement », ajoute-t-il. Et pour cause, il en va de la crédibilité de l’institution monétaire.

« Si elle change tout le temps, cela risque de perturber les anticipations des agents et d’envoyer un mauvais message : incapable de rétablir l’inflation à 2%, elle revoit son seuil à la hausse », explique Christophe Blot.

Mais ce chiffre a-t-il encore du sens dans le contexte actuel ? D’autant que, si la BCE a pour mission de veiller à la stabilité des prix, rien ne l’oblige à fixer le seuil de 2%. Il a d’ailleurs légèrement évolué au cours des années. « En 1999, si l’inflation était comprise entre 0 et 2% c’était implicitement compatible avec une stabilité des prix. En 2004, elle devait être proche, mais inférieure à 2%, et en juillet 2021, ils ont fixé l’objectif d’inflation à 2% pas plus pas moins », rappelle Christophe Blot. « Le seuil de 2% s’accordait avec le contexte de la fin des années 1990 durant lequel l’inflation se situait à peu près à ce niveau. Mais dans les années 2010, elle est tombée à 0,9%. Est-ce qu’il n’aurait pas fallu baisser l’objectif à ce moment-là et donc, faire évoluer le taux requis en fonction de l’inflation réelle ? » s’interroge Patrick Artus.

Au-delà du choc de l’offre sur l’énergie provoqué par la guerre en Ukraine, une inflation structurellement plus élevée que les 2% pourrait bien s’installer durablement en raison de la nouvelle géopolitique de l’énergie. Réduire la dépendance européenne à la Russie et à la Chine risque, en effet, d’engendrer des prix plus élevés provoqués par des coûts de production plus importants. Résultat :  pour les deux économistes, l’économie pourrait s’adapter à une inflation entre 2% et 5%. En effet, progressivement, les revenus (salaires, retraites) s’indexeront sur la hausse des prix et se stabiliseront. Même si la volatilité serait plus importante qu’avec une inflation à 2%. Mais une fois un seuil plus élevé atteint, « il est très dur de redescendre du fait de l’indexation généralisée. Cela devient fortement irréversible », pointe Patrick Artus. Une autre solution serait de donner une fourchette plutôt qu’un seuil précis, avance Christophe Blot.

Martelant l’objectif de 2%, la BCE ne compte toutefois pas revoir son objectif pour l’instant. D’autant qu’il faut attendre plus d’un an pour espérer voir les effets des hausses des taux décidées par la BCE en juillet et jeudi dernier. De quoi patienter avant le prochain resserrement monétaire.

La marginalisation de l’économie sociale et solidaire

La marginalisation de l’économie sociale et solidaire 

 

Le consultant Pierre Liret appelle, dans une tribune au « Monde », à dépasser la division lucratif-non lucratif pour donner une existence institutionnelle et politique à la myriade de structures qui servent la communauté.

 

Dans le gouvernement précédent, celui de Jean Castex, le ministère de l’économie et des finances avait un secrétariat d’Etat consacré à « l’économie sociale, solidaire et responsable ». Confié à Olivia Grégoire, ce secrétariat d’Etat s’est moins occupé d’économie sociale et solidaire (ESS) que de la promotion d’un « capitalisme responsable », concrétisé en 2019 par la loi Pacte et la possibilité pour les entreprises d’élargir leur finalité au-delà du seul profit des associés.

L’ESS, elle, n’a connu aucune avancée notable, bien que les exemples fourmillent partout en France de structures « responsables » dans lesquelles les ressources humaines et financières sont d’abord tournées vers la qualité de service et la contribution à l’intérêt de la communauté.

Dans le nouveau gouvernement, piloté par Elisabeth Borne, le ministre Bruno Le Maire ne voulait pas de l’ESS à Bercy. L’ESS est restée absente du gouvernement pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que l’on apprenne la nomination surprise de Marlène Schiappa comme « secrétaire d’Etat auprès de la première ministre, chargée de l’économie sociale et solidaire et de la vie associative ».

 

Les dirigeants de neuf coopératives plaident, dans une autre tribune au « Monde », pour un renforcement du financement des entreprises de l’économie sociale et solidaire.

 

Les levées de fonds record des start-up de la tech et l’enthousiasme médiatique et politique qu’elles entraînent révèlent les priorités de notre économie : solutions de paiement fractionné pour les achats impulsifs, spéculation sur les cryptomonnaies, solution de publicité sur Internet… Des priorités hors-sol face aux réalités sociales et écologiques. Il devient indispensable de se saisir de ces sujets et de faire émerger un modèle économique vraiment responsable et démocratique.

Les années et les alertes passent, mais le constat est le même : alors que près de la moitié de l’humanité vit dans des situations hautement vulnérables au changement climatique, l’économie financière place nos ressources dans des activités compromettant la vie sur terre. Dans un cynisme déconcertant, les tenants de la finance se révèlent coupés du monde et de ses crises.

Après des décennies de néolibéralisme qui ont donné tout pouvoir aux marchés financiers, restaurer la souveraineté des citoyens sur les orientations économiques est incontournable. Dans cette voie vers une démocratie économique, les démarches citoyennes jouent un rôle central. Souvent sous la forme de sociétés coopératives d’intérêt collectif, ces démarches reposent sur un modèle économique radicalement différent, où les citoyens sont pleinement impliqués.

Cette façon d’entreprendre est mise en œuvre à l’échelle nationale et dans différents secteurs-clés de la transition écologique : alimentation, énergie, mobilité, télécommunications, finance, achats de seconde main. De nombreuses initiatives similaires se développent également à l’échelle locale. Réunis au sein de coopératives, des centaines de milliers de citoyens font ainsi la preuve d’un système économique démocratique.

Pour permettre aux initiatives exemplaires de passer un cap, favoriser leur financement citoyen est nécessaire. Nous, dirigeants d’entreprises coopératives réunies dans l’alliance des Licoornes, proposons un renforcement du soutien public, par exemple par la hausse de la déduction fiscale liée aux investissements des particuliers dans ces structures. En effet, parce que les coopératives ne rémunèrent pas ou peu leur capital, les fonds d’investissement, si « engagés » soient-ils, sont rares à financer ces structures, ce qui limite drastiquement leurs possibilités de développement.

Dans ces conditions, elles ne peuvent pas jouer à armes égales avec leurs concurrents gavés de millions. A titre d’exemple, alors que Back Market, une plate-forme de vente d’objets électroniques reconditionnés, levait 450 millions d’euros en 2021, Label Emmaüs, son pendant de l’économie sociale et solidaire, avec seulement dix fois moins de salariés (dont un tiers en parcours d’insertion), levait 150 000 euros (soit 3 500 fois moins) auprès de petits porteurs !

Pour une vraie approche ESG de la responsabilité des entreprises

« Il s’agit de savoir si l’entreprise veut contribuer à la stabilisation du monde et éviter ses dérives chaotiques, ou si elle veut continuer à s’abriter derrière les défaillances du marché »

 

Pour une vraie approche ESG de la responsabilité des entreprises

L’expert du développement durable Patrick d’Humières, Président de la Commission nationale de normalisation développement durable et responsabilité sociétale de l’Afnor  s’étonne, dans une tribune au « Monde », de la prise de position d’Emmanuel Faber, devenu président d’une instance américaine de normalisation, contradictoire avec ses engagements antérieurs à la tête de Danone.

Il se joue actuellement une partie importante entre Européens et Américains pour savoir comment définir les critères extra-financiers que les investisseurs du monde entier seront appelés à prendre en compte pour distinguer les entreprises « durables » des autres.

La négociation a pris une tournure préoccupante avec les prises de position récentes du président de l’instance américaine en charge du sujet – l’International Sustainability Standard Board (ISSB) – qui n’est autre que le Français Emmanuel Faber, ex-patron emblématique de Danone et de grandes entreprises françaises.

M. Faber s’est en effet déclaré en faveur d’une approche réductrice et limitée de la mesure d’impact des entreprises, celle qui est préconisée par les fonds de pension anglo-saxons.

Américains et Européens s’opposent sur le fait de savoir si la future transparence comptable doit aller jusqu’à préciser la contribution directe des entreprises, qu’elle soit positive ou négative, à leur écosystème large, ou bien s’il faut se contenter de quelques indicateurs qui indiquent comment les enjeux sociaux, environnementaux et de bonne gouvernance affectent la seule performance des firmes en l’état.

Ce débat a été baptisé, dans le jargon des experts, « le débat de la double matérialité », défendue par les Européens, mais rejetée par les Américains.

Cette controverse est très sérieuse et concerne aussi le grand public, notamment les épargnants, car elle porte en réalité sur le « rapport au monde » de l’entreprise. Il s’agit d’un débat de modèle, et non de technique comptable. Sa conclusion induira les classements et les notations qui constituent la base du fonctionnement boursier et de la capacité des Etats à conditionner leurs aides et leur fiscalité.

Si les Américains l’emportent, on s’en tiendra à quelques indicateurs d’empreinte, indispensables pour évaluer les prélèvements physiques sur l’environnement (carbone émis, eau utilisée, sols pollués, déchets traités, matières recyclées…), pour apprécier l’approche « respectueuse du capital humain », ou encore la contribution fiscale et volontaire assumée par l’entreprise.

Accusations de « greenwashing »

Cela permettrait certes de révéler ce qu’on appelle les « coûts cachés » de l’entreprise, qui ne figurent pas aujourd’hui dans leur comptabilité et survalorisent de fait la rémunération actionnariale. Ce chantier aura pour mérite d’apporter une première réponse aux accusations croissantes des autorités de régulation qui se plaignent du « greenwashing » général sur les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) dont le système financier s’est doté de manière très empirique ces dernières années.

France: La tentation monarchique ?

France: La tentation monarchique ?

 

D’une certaine manière, les reines et rois d’Angleterre illustrent   la tentation monarchique qui apparaît de temps en temps dans le monde et en particulier en France.

La France qui après avoir initié la révolution a réussi à concilier la démocratie avec les principes monarchiques.

Dans le monde moderne ( à l’exception donc des pays à régime autocratique), la France fait un peu exception avec un système politique très centralisé et très monarchique. En fait, un seul homme oriente et dirige : le président. Autour de lui, une vaste cour constituée essentiellement d’un clergé spécialisé et formé dans les instituts de formation politique ( Sciences-po, ENA etc.).

En France une fois pénétrée la cour monarchique, on sort difficilement de cet environnement politique qui par ailleurs entretient des liens ambigus avec les puissances économiques et financières.

En comparant la France et l’Angleterre, on peut se légitimement se demander quel est le régime le plus monarchique.

La tentation monarchique est largement entretenue en France par le relatif échec du système démocratique dont se détournent désormais une grosse majorité des citoyen. En cause, la lourdeur des institutions et le fait que la démocratie est largement appropriée par des professionnels et-ou  anciens fonctionnaires. Dans la plupart des autres pays, les responsables battus aux élections disparaissent du paysage politique ; pas en France, où les résurrections et reclassements  sont toujours possibles.

Consciemment ou inconsciemment, les Français rêvent d’un retour d’un roi ou d’une reine, pour le faste sans doute, le retour à l’histoire et l’illusion de la grandeur que cela confèrerait  au pays.

Macron encore plus que d’autres a bien compris les ambiguïtés démocratiques françaises. Il a bien essayé de restaurer la grandeur monarchique passée mais sans grand succès. Si la reine d’Angleterre a pu apparaître un peu comme aussi la reine de France, Macron, lui, n’a jamais pu être considéré comme la reine d’Angleterre. Une sorte d’injustice car cette posture lui conviendrait mieux que celle d’un président de la république française.

Taux d’intérêt : hausse modeste mais dangereuse pour la croissance

Taux d’intérêt : hausse modeste mais dangereuse pour la croissance

 

 

 

Certains journaux qualifient d’ historique la hausse des taux de zéro trois quart de point de la BCE décidée hier. Une hausse sans doute inédite mais qu’il faut mettre en correspondance avec l’inflation qui devrait atteindre autour de 8 % dans la zone euro en 2022. Or les taux d’emprunt  sont passés de 1 % en moyenne à environ 2 % actuellement. Il pourrait donc atteindre de l’ordre de 3 %, ce qui serait encore très loin d’une inflation qu’on espère à 8 %. Le problème est que la hausse est tendancielle et risque d’influencer négativement investisseurs et consommateurs avec des conséquences suffisamment néfastes sur la croissance.

La Banque centrale européenne (BCE) a  donc annoncé une hausse de ses taux directeurs d’une ampleur inédite (0,75 point), jeudi 8 septembre. Une première pour la gardienne de la monnaie unique qui tente de faire face à une inflation record, à 9,1% sur un an en août dans la zone euro. La BCE, longtemps rétive à une augmentation de ses taux d’intérêt, avait déjà annoncé une hausse surprise de 0,5 point en juillet.

En réhaussant ses taux directeurs, la BCE va provoquer par exemple une augmentation des taux des prêts immobiliers, ce qui signifie que ceux et celles qui achètent un bien paieront plus cher pour rembourser leur emprunt. 

En augmentant ses taux directeurs, la BCE rend l’argent plus cher pour les banques commerciales, qui se fournissent en liquidités auprès de l’institution. Les banques répercutent donc ensuite cette hausse sur leurs clients.

En augmentant ses taux directeurs, et donc le coût des emprunts, la BCE cherche à ralentir l’économie de la zone euro. « Cela va coûter plus cher d’emprunter, de souscrire à des prêts immobiliers et ça va réduire la demande. Il sera par exemple plus difficile d’emprunter pour une voiture neuve », explique à franceinfo Baptiste Massenot, professeur d’économie à la Toulouse Business School. Le spécialiste estime que la BCE devrait « réussir son pari, car le marché de l’immobilier devrait se casser la figure ». Il entrevoie même une possible  »baisse des prix de l’énergie ».

En augmentant ses taux et en réduisant la demande, la BCE risque de fortement ralentir la consommation alors que la croissance de la zone euro est déjà faible. C’est ce risque de récession qui avait freiné cette année l’action de l’institution européenne, alors que les autres grandes banques centrales amorçaient un cycle de hausse des taux. Mais, pour Baptiste Massenot, la BCE n’avait pas vraiment le choix : « Elle ne peut pas faire grand-chose face à ce choc d’offre, elle doit choisir entre la peste et le choléra. Soit elle baisse l’inflation, mais avec un risque de récession, soit elle laisse filer l’inflation et le coût de la vie augmente très fortement ».

 

Philosophie : Penser la contradiction

 Philosophie : Penser la contradiction 

Roger-Pol Droit

Pierre Dulau, Guillaume Morano et Martin Steffens, les trois auteurs de ce dictionnaire, considèrent le paradoxe comme la matrice de la pensée. Ils y voient la figure centrale de la réflexion, le moteur permanent de la philosophie. ( Chronique de Roger-Pol Droit dans le Monde. 

 

« Dictionnaire paradoxal de la philosophie. Penser la contradiction », de Pierre Dulau, Guillaume Morano et Martin Steffens, Cerf, 760 p., 34 €, numérique 18 €.

Un ouvrage qui séduira sans doute aussi les marxistes du fait de la résurrection de la contradiction chère à Hegel . Malheureusement la posture nécessaire d’intellectuel en interdit l’entrée à la plupart de ceux qui se réclament du marxisme et finissent dans le gauchisme et ou- la dictature. NDLR

Par définition, ils mettent dans l’embarras. Les paradoxes sont des perturbations, d’étranges objets mentaux qu’on ne sait par quel bout prendre. ­Depuis qu’Epiménide de Crète, au VIe siècle avant notre ère, a mis en lumière l’imbroglio engendré par la phrase « Ce que je dis est faux », depuis que Zénon d’Elée expliqua pourquoi Achille ne rejoindra ­jamais la tortue, les casse-tête se sont multipliés – en physique, en logique, en économie. Ils fascinent autant qu’ils déconcertent. Ils paraissent à la fois irritants et stimulants, stériles et féconds. Malgré tout, le plus souvent, on préfère les considérer comme autant de curiosités marginales, presque monstrueuses, hantant les confins de la raison.

Les trois auteurs du Dictionnaire paradoxal de la philosophie considèrent les choses tout autrement. Le paradoxe, pour eux, constitue la matrice de la pensée. Ils y voient la figure centrale de la réflexion, le moteur permanent de la philosophie, « le cœur battant du réel ». Parce qu’ils sont convaincus que la contradiction vit au sein des concepts – ce qui demande, pour être saisi, un bref retour sur un clivage majeur de la modernité.

Les philosophes de l’entendement, de l’Antiquité jusqu’aux contemporains, soutiennent que ce qui est contradictoire est impensable, inconcevable, et doit donc être éliminé. A l’opposé, les philosophes de la raison (depuis Kant, plus encore depuis Hegel) considèrent les contradictions et leurs tensions multiples comme ce que la pensée ne cesse de cultiver pour avancer, en tentant de les surmonter ou de les résoudre, sans jamais pouvoir les supprimer.

Assumant résolument cette dernière option, Pierre Dulau, Guillaume Morano et Martin Steffens, tous trois professeurs de philosophie en classes préparatoires, revisitent 110 notions-clés de la philosophie occidentale – d’« Absolu » à « Volonté », en passant par « Confiance », « Crise », « Démocratie », « Mal », « Sujet » et quantité d’autres. Ils montrent de quelle manière chacune d’elles se trouve travaillée du dedans par le mouvement d’un paradoxe, la tension d’une contradiction, la tentative de résoudre une difficulté qui n’en persiste pas moins indéfiniment.

 

L’originalité de ce dictionnaire philosophique, parmi la foule de ceux qui existent, est donc de ­présenter les concepts comme des problèmes possédant une dynamique interne, et non des idées fixes. Paru en 2019 aux éditions Lessius, cet outil de travail intéressant n’a pas reçu alors l’attention qu’il mérite. Sa reprise aujourd’hui aux Editions du Cerf permettra aux étudiants, professeurs et amateurs éclairés de le découvrir. Il ne s’agit pas, en effet, d’un ouvrage destiné à une première initiation, plutôt d’une mise en perspective originale, fondée sur cette conviction : « Aussi loin qu’elle pousse son ­travail, jamais la raison ne se ­trouvera totalement quitte de la contradiction. »

Sondage Conseil national de la refondation : Pas efficace pour 56 % des Français

Sondage Conseil national de la refondation : Pas efficace pour 56 % des Français

 

Pour 56 % des Français, il ne sera pas efficace pour trouver des solutions aux problèmes actuels, selon un sondage Odoxa Backbone Consulting pour Le Figaro. Ce désaveu citoyen s’ajoute à un fort rejet de la classe politique : de gauche à droite, tous les partis d’opposition ont décliné l’invitation à participer à cette nouvelle instance, promise par Emmanuel Macron pendant la campagne des élections législatives et supposée réunir différents syndicats et organisations politiques.

Dubitatifs sur les chantiers à venir, les Français sont 63 % à penser qu’Emmanuel Macron ne parviendra pas à mettre en place les réformes annoncées pendant sa campagne. « Ce sentiment d’un “quinquennat empêché” est partagé par toutes les catégories de la population, hormis les sympathisants Renaissance (73 % pensent qu’il y parviendra) », précise Gaël Sliman.

 

(Cette enquête a été réalisée auprès d’un échantillon de 1005 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogés par internet du 7 au 8 septembre 2022.)

Plan de relance français : Trop flou pour la Cour des comptes européenne

Plan de relance français : Trop flou pour la Cour des comptes européenne 

Après le Sénat et la Cour des comptes tricolore, c’est au tour des magistrats européens de tacler la mise en œuvre des fonds par l’Etat français. Dans un rapport de 80 pages dévoilé ce jeudi 8 septembre, l’institution basée au Luxembourg livre un bilan contrasté sur l’application en Europe de cette enveloppe* de 750 milliards d’euros constituée à la fois de prêts et de subventions. (.( la Tribune)

« La Commission européenne a fait un bon travail de manière globale [...]. Il est crucial de pouvoir disposer rapidement de ce soutien, mais cela ne doit pas se faire au détriment de la bonne gestion financière. Il faut une transparence totale et des contrôles efficaces pour garantir que les fonds de l’UE soient utilisés à bon escient et produisent l’effet escompté », a déclaré Ivana Maletić, membre de la Cour responsable de l’audit lors d’un point presse

En France, le plan de relance doté d’une enveloppe de 100 milliards d’euros, dont 39 milliards d’euros viennent de l’Europe, avait été présenté par l’ancien Premier ministre Jean Castex en septembre 2020, quelques mois après le premier confinement strict lié à la pandémie de Covid-19. Peu de temps après son arrivée à Matignon, le chef du gouvernement avait tracé la feuille de route de ce dispositif : relancer l’activité et l’emploi à court terme et préparer la France de 2030 autour de trois piliers, la compétitivité, l’écologie et la cohésion sociale.

Après avoir mené leurs investigations, les juristes ont dressé un tableau accablant en matière d’énergie. D’après les lacunes recensées par la juridiction européenne, le plan de relance tricolore « ne comprend aucune mesure de soutien direct pour accroître la production d’énergies renouvelables ».

Ce constat est loin d’être une surprise. A l’échelle européenne, la France est le seul pays de l’Union européenne à ne pas tenir ses objectifs en matière d’énergies renouvelables selon l’Agence internationale de l’Energie (AIE) alors que l’accélération du réchauffement climatique accroît la pression sur l’Hexagone pour que l’Etat respecte ses engagements internationauxL’autre faille, soulignée par la Cour des comptes européenne, concerne le réseau électrique. Le plan de relance « ne comprend aucune initiative dans le domaine des interconnexions électriques transfrontalières », ont relevé les auteurs à l’issue de leur enquête.

Ces failles sont d’autant plus accablantes que l’économie européenne est actuellement frappée de plein fouet par les effets dévastateurs de la guerre en Ukraine. Le scénario noir d’une coupure totale de gaz russe tant redouté depuis des mois se précise. Il y a quelques jours, le géant Gazprom a informé qu’il arrêtait ses livraisons de gaz au français Engie. A cela s’ajoutent tous les déboires du parc nucléaire tricolore dont une grande partie est mise à l’arrêt.

Le versement des fonds européens est également conditionné à la présentation de réformes. Sur ce point, la Cour des comptes a tancé la France sur le sujet épineux des retraites. Mis sur pause depuis le printemps 2020 en pleine pandémie, cette réforme est revenue sur le devant de la scène il y a quelques semaines. Dans leur audit, les experts européens expliquent que « la réforme du système de retraite est abordée dans le plan de relance, mais elle ne donne lieu à aucune mesure et n’est donc associée à aucun jalon ni à aucune cible ».

Dernièrement, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a expliqué que cette réforme devait entrer en vigueur à l’été 2023 mais le gouvernement risque une nouvelle fois de devoir affronter des tirs de barrage à l’Assemblée nationale. En effet, les élections législatives de juin dernier ont complètement rebattu les cartes dans l’hémicycle. Désormais, l’exécutif va devoir composer avec des oppositions bien plus fortes que lors du précédent quinquennat même s’il a brandit la menace du 49-3 pour faire passer certains textes.

De nombreux flous sur le coûts des mesures

Sur les 39 milliards d’euros alloués à la France par l’Europe, il semble que de nombreuses mesures n’ont pas fait l’objet d’un coût précis. Sans entrer dans le détail des dispositifs, les magistrats soulignent les « lacunes dans la description des coûts pour certaines mesures, par exemple le fait que la description et la justification des coûts ne couvrent pas toutes les sous-mesures et qu’aucun calcul ne soit donné pour l’obtention du coût total ; ou l’absence dans certains cas de pièces justificatives lorsqu’il est fait référence à certains documents, par exemple des études ou des projets ».

Outre ces tours de passe-passe, la Cour des comptes européenne regrette que « la France n’ai pas fourni de validation indépendante pour aucune des mesures ». Enfin, pour plusieurs dispositifs, « il manquait des explications claires sur la manière dont les projets antérieurement présentés ou les études réalisées comme base des estimations avaient été utilisés ou ajustés pour parvenir aux estimations de coûts présentées », indiquent les rapporteurs.

L’Hexagone n’est pas le seul pays dans le viseur des juges européens. Le plan de l’Allemagne est également pointé dans le domaine du numérique. « Le plan de relance ne comprend aucune mesure visant à soutenir le déploiement du haut débit à très haute capacité », pointe le rapport.

Du côté de l’Espagne, la Cour des comptes souligne les manquements en matière de soutien à la recherche et à l’innovation ou de soins de santé. « Le plan de relance présente des plans de déploiement de la réforme des soins de santé primaires, mais il ne propose aucun investissement à cet égard », poursuivent les juristes. Après deux longues années de pandémie, certains Etats n’ont pas encore tiré toutes les leçons de cette catastrophe sanitaire.

(*) Après d’âpres négociations, les 27 pays de l’Union européenne ont adopté en juillet 2020 un instrument de financement intitulé « Next generation EU » représentant 750 milliards d’euros, soit 5% du produit intérieur brut européen. Cet instrument permet à la Commission européenne de lever des fonds pour soutenir les Etats sous la forme de prêts (385 milliards d’euros) ou de subventions (338 milliards d’euros).

La tentation monarchique ?

La tentation monarchique ?

 

D’une certaine manière, les reines et rois d’Angleterre illustrent   la tentation monarchique qui apparaît de temps en temps dans le monde et en particulier en France.

La France qui après avoir initié la révolution a réussi à concilier la démocratie avec les principes monarchiques.

Dans le monde moderne ( à l’exception donc des pays à régime autocratique), la France fait un peu exception avec un système politique très centralisé et très monarchique. En fait, un seul homme oriente et dirige : le président. Autour de lui, une vaste cour constituée essentiellement d’un clergé spécialisé et formé dans les instituts de formation politique ( Sciences-po, ENA etc.).

En France une fois pénétrée la cour monarchique, on sort difficilement de cet environnement politique qui par ailleurs entretient des liens ambigus avec les puissances économiques et financières.

En comparant la France et l’Angleterre, on peut se légitimement se demander quel est le régime le plus monarchique.

La tentation monarchique est largement entretenue en France par le relatif échec du système démocratique dont se détournent désormais une grosse majorité des citoyen. En cause, la lourdeur des institutions et le fait que la démocratie est largement appropriée par des professionnels et-ou  anciens fonctionnaires. Dans la plupart des autres pays, les responsables battus aux élections disparaissent du paysage politique ; pas en France, où les résurrections et reclassements  sont toujours possibles.

Consciemment ou inconsciemment, les Français rêvent d’un retour d’un roi ou d’une reine, pour le faste sans doute, le retour à l’histoire et l’illusion de la grandeur que cela confèrerait  au pays.

Macron encore plus que d’autres a bien compris les ambiguïtés démocratiques françaises. Il a bien essayé de restaurer la grandeur monarchique passée mais sans grand succès. Si la reine d’Angleterre a pu apparaître un peu comme aussi la reine de France, Macron, lui, n’a jamais pu être considéré comme la reine d’Angleterre. Une sorte d’injustice car cette posture lui conviendrait mieux que celle d’un président de la république française.

Incompatibilité de la croissance et de la transition énergétique ?

Incompatibilité de la croissance et de la transition énergétique  ?

Alors que le Conseil national de la refondation abordera notamment les adaptations nécessaires de l’économie, le coût de la transition sera considérable. Le débat doit porter sur la manière de rendre le changement désirable, et donc acceptable estime un papier du Monde. 

 

Travail, transition écologique, éducation, santé… Les thèmes qui seront traités par le Conseil national de la refondation (CNR) – qui s’ouvre jeudi 8 septembre – ressemblent à ceux étudiés en profondeur par la commission internationale menée, en 2020, par les économistes Jean Tirole et Olivier Blanchard, à la demande, déjà, du président Macron.

Les données sur le plan économique sont donc largement sur la table, même si l’inflation et la crise énergétique rajoutent une couche de complexité. Pour l’économiste Jean Pisani-Ferry, nous entrons dans une « économie d’externalités », c’est-à-dire percutée par des impératifs extérieurs, comme le climat, la santé, la biodiversité, la rareté ou la souveraineté. Des chocs qui peuvent remettre en cause la manière dont nos sociétés fonctionnent et limiter les moyens à leur disposition. Et le premier est la croissance, qui permet de dégager plus de ressources pour servir de nouveaux impératifs de dépense sans sacrifier les actuels.

Or, la question de la compatibilité de cette croissance avec la transition énergétique est probablement la plus grande inconnue. Derrière les déclarations ronflantes des dirigeants français, européens ou américains sur la croissance verte, le coût de cette transformation effraie un peu tout le monde. Un certain consensus des économistes au niveau international évalue à deux points de produit intérieur brut (PIB) par an le coût supplémentaire à fournir pour investir dans la production d’énergie verte, décarboner l’industrie et les transports et rénover les logements, si l’on veut être au rendez-vous des échéances de 2030 fixées par l’accord de Paris. Ce qui, pour la France, représenterait une cinquantaine de milliards d’euros de plus à trouver, soit l’équivalent de ce que l’on dépense déjà actuellement dans ce domaine.

Selon les calculs du conseiller économique de Natixis Patrick Artus, la moitié de cette somme pourrait être engagée par les acteurs privés, ménages et entreprises, et l’autre moitié par l’Etat. Pour l’industrie et les transports, cela nécessite de remplacer des machines en bon état par d’autres, donc de détruire du capital. Où trouver cet argent ? Du côté de l’Etat, les pistes d’économies de fonctionnement sont faibles. Il y a, bien sûr, le chantier inflammable des retraites et celui du travail. Aujourd’hui, comme le relève Jean Pisani-Ferry, les pouvoirs publics dépensent un total de 145 milliards d’euros par an en aides de toutes sortes à l’emploi. C’est plus que le budget de l’enseignement, de la maternelle à l’université (125 milliards). L’amélioration du nombre d’actifs au travail (taux d’emploi) permettrait de réduire la facture. D’où l’obsession présidentielle sur le sujet. Du côté du privé, le coût serait absorbé notamment par la baisse de rentabilité des entreprises, si elles n’augmentent pas leurs prix, et une ponction sur les particuliers. Patrick Artus en est sûr, en dépit des déclarations rassurantes, les impôts ne peuvent qu’augmenter face à ce mur de dépenses qui attend l’Etat. « Ce sera équivalent à un choc pétrolier interne », estime Jean Pisani-Ferry, avec pour seul avantage que l’argent et l’activité resteront sur le territoire. De quoi passer de la croissance à la récession.

Conseil national de la Refondation : le journal « le Monde déraille »!

Conseil national de la Refondation : le journal  « le Monde déraille »!

 

De temps en temps le journal « Le Monde » qui se voudrait la conscience de la gauche entretient des liens plus qu’ambigus avec le pouvoir en place sans doute pour  rééquilibrer sa posture. C’est le cas avec cet édito du journal consacré aux bienfaits du conseil national de la Refondation qui doit résoudre avec des amateurs tirés au hasard et  en quelques semaines des problèmes comme l’emploi, l’école, la santé, le vieillissement et la transition écologique alors que des milliers et des milliers de représentants d’institutions et d’organisations n’ont pas trouvé la martingale. L’édito affirme que ce conseil national qui ne fonctionnera que quelques mois à peine pourra associer la France des profondeurs. Et de comparer au final l’initiative avec la cogestion allemande qui elle a su mettre en place les institutions permanentes associées dans l’économie les partenaires concernés.Un édito qui sent les parfums des salons parisiens. En tout cas, un conseil national de la Refondation critiqué par une majorité des Français qui décèlent évidemment l’opération politicienne. NDLR

 

Edito du Monde

L’instance lancée par Emmanuel Macron est boycottée par ses opposants et suscite le doute jusque dans son camp. Pourtant, cet outil de démocratie participative permettrait d’associer un maximum d’acteurs de terrain pour tenter de faire face à la grande bascule à laquelle est confronté le pays.

 

Le boycott par tous les partis d’opposition et une partie des syndicats de la réunion du Conseil national de la refondation, jeudi 8 septembre, à Marcoussis (Essonne), reflète l’état d’extrême crispation dans lequel se trouve le pays après la double séquence électorale du printemps. Sanctuarisation des droits retrouvés du Parlement, refus d’avaliser la création d’un nouveau « machin » considéré comme superfétatoire au regard des nombreuses instances existantes, la droite et la gauche rivalisent d’arguments pour refuser d’entrer dans la démarche entreprise par le président de la République au lendemain du scrutin présidentiel.

L’objectif affiché par le chef de l’Etat était de réunir les représentants des partis politiques, des élus locaux, des syndicats, des organisations associatives et environnementales pour tenter de partager un diagnostic sur la grande bascule qu’est en train de vivre le pays et tenter d’innover sur cinq sujets qui influent sur la vie des Français : l’emploi, l’école, la santé, le vieillissement et la transition écologique. Le flou du cadrage n’a fait que renforcer les préventions.

L’opposition est faite pour s’opposer, et l’on peut comprendre que, après le résultat des élections législatives, qui a privé le président de la République d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale, elle cherche encore à pousser son avantage. La verticalité du précédent quinquennat est dans toutes les têtes, si bien que toute initiative venue du chef de l’Etat est entachée de soupçon. La référence au prestigieux Conseil national de la Résistance, qui était parvenu à accoucher des grandes réformes de l’après-guerre sous l’égide du général de Gaulle, n’est pas faite pour calmer les esprits.

La politique de la chaise vide est cependant risquée pour les partis de gouvernement qui ont été aux commandes ces trente dernières années et ne peuvent s’exonérer de l’état dans lequel se trouvent l’école et l’hôpital public, deux grands services publics confrontés l’un et l’autre à une crise de moyens et de vocations sans précédent. Tant de plans nationaux considérés sur le moment comme salvateurs et pourtant insuffisants se sont succédé ces dernières années que la promotion d’une méthode nouvelle pour tenter de faire reculer les inégalités sociales et territoriales ne peut être balayée d’un revers de la main.

Affirmer quelques grands principes au niveau national puis rechercher des solutions différenciées sur les territoires en associant un maximum d’acteurs de terrain est une piste à explorer, d’autant que le monde associatif, beaucoup moins dévitalisé que les partis et les syndicats, est prêt à s’engager.

Que chaque parti prépare dès à présent l’alternance, notamment parce que le président de la République ne pourra pas se représenter en 2027, est un réflexe sain et normal. Mais que cette anticipation conduise l’opposition à se crisper chaque jour un peu plus dans un refus quasi pavlovien de toute évolution, y compris démocratique, au prétexte que celle-ci serait lancée d’en haut, est préoccupant. Une telle attitude revient à nier la gravité de la crise démocratique. Elle conduit aussi à donner le sentiment que l’ampleur et la rapidité des changements induits par le réchauffement climatique sont minimisées.

Ce qui se passe outre-Rhin devrait nous inspirer. L’Allemagne, qui a longtemps dominé la zone euro de toute sa puissance économique, est obligée de revoir de fond en comble son modèle de développement. Le choc est rude, mais elle dispose de deux atouts pour le surmonter : la culture du compromis, d’une part, l’idée que le pays a tous les atouts pour s’en sortir, de l’autre. Ces deux ingrédients font cruellement défaut en France. Il faut collectivement apprendre à les apprivoiser.

La corruption politique est contagieuse !

La corruption politique est contagieuse !

 

Une étude de la Barcelona Graduate School of Economics montre que la révélation de scandales politico-financiers augmente les vols… dans les supermarchés, rapporte, dans Le Monde, l’économiste Pauline Grosjean.

 

« Panama Papers », puis « Pandora Papers » dénonçant l’évasion fiscale à grande échelle, utilisation d’argent public à des fins personnelles, emplois fictifs : les révélations de scandales de corruption visant les personnalités politiques abondent dans les médias. Au-delà des appels (souvent sans suite) aux réformes des systèmes fiscaux et financiers et des gesticulations politiques invoquant la « République exemplaire » ou dénonçant la « corruption du système », quel est l’impact de ces scandales sur les valeurs morales et le comportement des citoyens eux-mêmes ? Comment le contrat social résiste-t-il face à ces mises en exergue des privilèges, passe-droits et appropriation de biens publics par certains de nos représentants ?

Répondre à cette question est éminemment difficile. D’abord, il faut pouvoir mesurer la réponse des citoyens. Puis il faut s’assurer qu’un changement de comportement est causé par ces scandales politico-financiers plutôt que par d’autres événements survenant au même moment. Par exemple, observer que l’évasion fiscale des contribuables suit la même évolution que l’évasion fiscale des personnalités politiques n’établit aucun lien de cause à effet : cela peut simplement être dû au fait que les cabinets d’avocats des paradis fiscaux deviennent plus performants pour recruter leurs clients…

Une étude récente parvient cependant à établir que la corruption politique écorne bel et bien le contrat social (« Contagious Dishonesty : Corruption Scandals and Supermarket Theft », Giorgio Gulino et Federico Masera, Working Paper n° 1267, Barcelona Graduate School of Economics, 2021). Les auteurs ont observé les vols dans une grande chaîne de supermarchés italienne en ayant accès à 260 000 contrôles réalisés auprès des clients.

Pour que l’acheteur économise du temps (et le supermarché des coûts de personnels), il peut scanner lui-même ses achats avec un scanner portatif. Les clients peuvent commettre des erreurs, en scannant le mauvais objet ; ils peuvent aussi voler, en scannant systématiquement des produits moins chers. De façon aléatoire, le supermarché effectue (rarement) des contrôles. Ces contrôles révèlent 6 % de cas dans lesquels les clients ont commis des erreurs en scannant plus que la valeur de leur chariot, et 14 % de cas dans lesquels ils ont scanné moins que la valeur de leur chariot – la différence de proportion entre ceux qui se trompent dans un sens ou dans l’autre pouvant être imputée à un comportement de vol.

Les auteurs ont alors observé le comportement des clients lorsque des scandales de corruption sont révélés dans les journaux. En utilisant uniquement les scandales locaux et en comparant le comportement des clients originaires des villes où un scandale a éclaté par rapport au comportement, le même jour et parfois dans le même supermarché, de clients originaires de villes « sans scandale », les auteurs montrent une augmentation significative des vols corrélée au scandale de corruption. Ils estiment que la probabilité de vol augmente de 30 % pendant au moins quatre jours après la révélation du scandale. Plus l’affaire est grave et plus les journaux locaux donnent de l’importance aux affaires de corruption (par exemple, les jours où il n’y a pas de match de football), plus les clients volent !

La France empêtrée dans ses contradictions : le coup de gueule de Nicolas Dufourcq (Bpifrance)

La France empêtrée dans ses contradictions : le coup de gueule de Nicolas Dufourcq (Bpifrance)

 

-« La France macère » : c’est, en résumé, le sens du véritable « coup de gueule » que Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, la banque publique d’investissement, décide de partager en exclusivité pour La Tribune. Coup de gueule contre cette France gagnée par la « paresse de l’histoire », une France que le « sens du tragique », la « culture de la responsabilité » et la « sagesse » ont fui. Une France « envahie de certitudes », inconsciente de la valeur et du coût du filet social qui la protège, une France qui confie aux extrêmes du spectre politique le soin de panser ses angoisses. Une France – et donc des Français – « déconnectée du réel », trop gâtée, une France fragilisée par le virus anticapitaliste et punie par l’entrave bureaucratique qui décourage d’entreprendre et d’innover. Le directeur général de Bpifrance livre la radiographie d’une France qu’il voudrait obsédée par « plus » : « plus d’entreprises, plus d’emplois privés, plus d’entrepreneurs, plus d’heures travaillées, plus de risques. En un mot plus d’économie », condition d’un nouveau « contrat de civilisation ». Accomplir bien davantage ses devoirs que consommer aveuglément ses droits : voilà à quoi l’auteur exhorte, faisant écho à son essai La désindustrialisation de la France (Odile Jacob, 2022) dans lequel sont décortiquées au prisme de l’histoire les causes économiques, sociales, sociétales, politiques et culturelles de l’effondrement industriel de la France.

 

Une interview particulièrement intéressante sur les facteurs explicatifs  de la désindustrialisation en France. Par contre , l’auteur épargne relativement l’État et le pouvoir politique par rapport à ces choix stratégiques ( sauf en matière de couverture sociale). NDLR

 

 

LA TRIBUNE- Votre ouvrage révèle combien l’histoire de l’industrialisation (et, en l’occurrence, sa décrépitude) offre une grille de lecture singulière de l’histoire économique, sociale, politique, éducationnelle, territoriale et bien sûr sociétale de la France. Dans tous ces domaines, la « santé de la France » est-elle aussi moribonde que celle de son industrie ?

NICOLAS DUFOURCQ- Ce livre est une histoire intellectuelle de la France, dans son rapport à l’économie, dans les années 1995-2010. Les générations qui ont été à la manœuvre à l’époque ne sont pas celles des Trente Glorieuses mais plutôt celles de mai 68 et des années Giscard. Elles considèrent les victoires des décennies cinquante et soixante comme des acquis définitifs. Elles sont les premières d’après-guerre à perdre d’une certaine manière le sens du tragique. Or, à perdre ce sens du tragique, à quoi s’expose-t-on ? A estimer, par exemple, que le libre échange ne provoquera jamais de victimes, que l’État-providence est une rente et ne fera jamais faillite, que l’implosion de l’URSS est une spécificité à laquelle aucun autre grand pays ne succombera jamais, etc. Alors on fait sienne une paresse de l’histoire, par la faute de laquelle on se repose sur des certitudes et une confiance aveugle. « La France est riche, ce n’est pas grave, on va y arriver », réagit-on à chaque épreuve. Et alors d’engager la société sur la voie de risques inconsidérés. Voilà les dangers vers lesquels emportent les générations qui n’ont pas eu à pleurer quand Dien Bien Phu est tombé, si je puis dire.

La psyché de la société française porterait donc une part de responsabilité.  Dans votre récit, la désindustrialisation apparaît comme la conséquence d’une non-volonté de voir le côté potentiellement sombre de la mondialisation, d’en reconnaître l’inéluctabilité puis de s’y adapter avec les moyens massifs qui s’imposaient. Il existerait un biais historique et culturel, politique et entrepreneurial, spécifique à la France. Ainsi, le désamour des Français pour leur industrie serait, dans ce domaine également, un symptôme de leur psyché…

J’en suis convaincu. Un entrepreneur que je questionnais sur l’origine et les causes précises ayant conduit à ce marasme, m’a répondu « la sagesse ». Plus précisément le délitement de la sagesse, cette sagesse inhérente aux enseignements de la guerre et qui décline au fur et à mesure qu’on s’éloigne de cette dernière. Or, la mondialisation était une vraie guerre, et sa concomitance avec la monnaie unique supposait un aggiornamento complet du mode de gestion des équilibres de la société française. On ne pouvait plus dévaluer et on ouvrait les frontières en même temps. Cette sagesse peu à peu perdue, la société française se laisse entraîner dans des situations périlleuses, extraordinairement coûteuses pour la collectivité, pour ses enfants et ses petits-enfants, où l’Etat compense par l’endettement le déficit de préparation aux chocs extérieurs. Bientôt, dominent des univers mentaux tout à fait imaginaires, l’illusion qu’une main invisible va surgir et réparer les dégâts, toujours. Or il ne suffit pas de s’échapper dans le monde virtuel et de recourir aux chimères pour espérer conjurer la réalité.

Tout le monde a ses empreintes digitales sur la désindustrialisation du pays », énoncez-vous. Tout le monde, et notamment les exécutifs successifs, responsables d’avoir rigidifié le droit du travail, fait flamber les cotisations patronales, rédigé la loi sur les 35 heures (« symbole que la France n’a rien compris à la mondialisation »), bref coupables d’une inflammation du coût du travail par la faute de laquelle la compétitivité de la France s’est désalignée de celle de l’Allemagne. Quelle part de responsabilité attribuez-vous également : aux partenaires sociaux, y compris patronaux – ont-ils compris trop mal ou trop tard ce qui gangrénait l’industrie ? -, et à la société française – plus précisément : le modèle social, très redistributeur, qu’elle réclame est-il incompatible avec l’exigence de compétitivité ?

Là aussi, l’analyse historique est riche d’enseignements. La création de la Sécurité sociale en 1945 accélère un mouvement qui avait démarré à la fin du XIXᵉ siècle, autour de l’économie caritative et du mutualisme, qui donnèrent naissance aux caisses de secours puis aux mutuelles et aux caisses d’épargne, notamment. Cette organisation sécrétait une éthique aigüe de la responsabilité. D’ailleurs, du Crédit Mutuel au Crédit Agricole, aucune de ces banques mutualistes n’a jamais connu de problème en France, pas plus que les mutuelles d’assurance. La Sécurité Sociale de 1945 contient cette valeur de « responsabilité pure », au nom de laquelle tout déficit est vécu comme un traumatisme. J’étais un jeune fonctionnaire en charge des finances de la Sécurité Sociale juste après la guerre du Golfe, à l’automne 1992. Le plus gros « trou » depuis 1945 se creuse alors sous nos yeux car la Sécurité sociale, essentiellement financée par les salaires, était plombée par la conjoncture. Les recettes reculent, les dépenses croissent, et au final un abîme de 23 milliards de francs de déficit se forme, qui conduira Pierre Bérégovoy, incarnation de cette sensibilité extrême à la préservation des équilibres, à refuser de recourir à l’endettement et à augmenter la CSG quelques mois avant les élections législatives. Il avait une culture de la responsabilité, encore appuyée par le monde syndical paritaire dans ces années, dont j’ai le sentiment qu’elle n’a jamais cessé de reculer, depuis les décisions prises par le gouvernement Balladur d’endetter la Sécurité Sociale puis par Jacques Chirac de ne pas revenir sur les 35 heures quand il était encore temps. Entre-temps, la Sécurité sociale a été étatisée et pourtant les administrations publiques en charge de sa régulation ont perdu en prestige et en qualité. Aujourd’hui je ne reconnais plus le ministère des affaires sociales que j’ai connu, celui de Philippe Séguin, de Simone Veil. On s’habitue au déficit comme on s’habitue à celui, abyssal du commerce extérieur. Pour autant, notre modèle social n’est pas en soi incompatible avec la compétitivité, pour peu qu’il soit équilibré ! Le Danemark, l’Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas, sont aussi généreux que nous et pourtant leur industrie est florissante. C’est la manière de gérer notre modèle social qui pose problème. On ne peut protéger autant que si l’on travaille plus. Et nos voisins travaillent plus que nous.

Et votre examen n’épargne pas le monde syndical…

Rappelons-nous des lois Auroux. Au début nécessaires et bien pensées, elles ont très vite cristallisé des positions syndicales dures, notamment dans les grandes filières industrielles dominées par la CGT et FO. Certains dans le livre disent qu’elles ont été dévoyées. Toute réforme d’ampleur sociétale exige d’être explicitée, accompagnée avec pédagogie. Celle-ci ne le fut pas et, en protégeant à l’excès les représentants du personnel, elle a provoqué un divorce entre patronat des PME/ETI et syndicats. Comment faire admettre à une ETI familiale d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires qu’elle doit salarier 55 employés protégés qui n’ont pas vu un atelier depuis des années ? Par ailleurs, oui, je reproche aux syndicats d’avoir lutté pied à pied pour éviter la baisse des charges sur les bas salaires et la réforme du code du travail, qui étaient les deux conditions législatives majeures d’un espoir de réindustrialisation. Cela nous a fait perdre 10 ans.

Au soir du second tour des législatives, lorsque vous avez vu le pôle LFI et son opposé RN surgir, vous êtes-vous dit : « Voilà un symptôme et une traduction supplémentaire de la désindustrialisation française » ?

J’ai pensé qu’au cœur de la société française domine une amertume, en macération depuis une trentaine d’années, qui pour partie, vient de cette désindustrialisation. Mais pas seulement. Nos rapports à l’identité, à l’histoire, à nos défaites stratégiques, y compris dans le domaine du numérique, la situation des quartiers dits sensibles dans le contexte des pressions migratoires, la crise des grands services publics de l’école et de l’hôpital donnant une impression de paupérisation de la France, etc., tout ceci écrase la réalité de la progression constante et importante des protections apportées par l’Etat à nos concitoyens, financée par la dette. Il se crée au contraire des points de cristallisation d’angoisse collective qui sont autant de lieux de fermentation d’idées extrêmes. Il n’est pas étonnant que les partis contestataires triomphent dans ces parties de l’Hexagone qui sont le plus exposées à ces angoisses.

De fil en aiguille, quantité de Français se sont de facto déconnectés du réel. Or le réel, comme l’exprimait Lacan, c’est ce qui « dit non », « c’est quand on se cogne ». C’est le réel qui nous dit qu’on ne pourra plus continuer pendant un certain temps à rajouter de nouvelles couches de protection, pourtant au cœur des programmes vers lesquels vont beaucoup d’électeurs. C’est l’oubli du réel qui fait que la France est un havre dont les habitants se croient en enfer. L’histoire de la progression des protections sociales est révélatrice. Celles dont les jeunes Français bénéficient aujourd’hui n’ont jamais été aussi copieuses et bien plus élevées que celles de leurs parents au même âge. Au début des années 1990 dominait le ticket modérateur, il n’y avait pas de mutuelle universelle étudiante, il n’existait pas de couverture d’Etat en cas de pensions alimentaires non versées, les montures de lunettes n’étaient pas remboursées, le RMI était strictement cantonné, il n’y avait pas de prime d’activité, les prestations comme l’allocation adulte handicapé n’étaient pas déconjugalisées, jamais la crise du covid-19 n’aurait été prise en charge de manière aussi généreuse, etc. Je ne dis pas qu’il faut revenir sur ces conquêtes, mais juste être clair : pour financer tout cela, il faut plus d’activité économique. C’est l’activité économique qui finance l’Etat-providence. Donc plus d’entrepreneurs, plus de valeur créée par le secteur privé et plus de travail. Je n’ai pas vu cela dans les programmes extrêmes.

Une partie de la jeunesse se dit en quête de sens, aspire à la cohérence entre ses valeurs personnelles et l’objet ou le comportement de l’entreprise, réclame de mieux équilibrer ses sphères professionnelle et intime. Ce qui n’est pas sans constituer un immense défi de recrutement, de management et de fidélisation au sein des entreprises. Le contexte que vous dénoncez a-t-il favorisé l’émergence de cet état d’esprit ?

La « grande démission » montre que le rapport de force s’est largement inversé. Plus personne n’arrive à recruter. La pression sur les entreprises pour qu’elles fassent un saut quantique dans la manière de motiver les gens est là, énorme. Prenons-le comme une bonne nouvelle. La grande démission, c’est la preuve des grandes espérances de notre jeunesse. La quête de sens est bonne, je la considère comme en résonance avec une éthique de liberté entrepreneuriale, à condition toutefois qu’elle soit productive et ne pèse pas sur la collectivité par un taux d’emploi trop faible. A la fin, il faut bosser !

Jugez-vous les Français coupables d’« ingratitude » ?

Je n’emploierais pas forcément ce mot, car il est culpabilisant et ça n’est pas le sujet.

De cécité, alors ?

Disons plutôt de manque de culture sur le mode de fonctionnement de notre modèle social. Un État providence, tel qu’il régit notre vie quotidienne, c’est très complexe. L’articulation des instances politiques, institutionnelles, administratives, syndicales et privées qui la font fonctionner nécessiterait d’être racontée et expliquée simplement aux Français pour qu’ils prennent conscience de sa formidable richesse… mais aussi de ses vulnérabilités. Si chacun comprenait comment fonctionnent l’assurance maladie, les allocations familiales ou le régime de retraite, cela aiderait beaucoup à adopter des prises de positions réalistes, responsables. Et sages. Ainsi, par exemple, admettre de manière très factuelle que la croissance de l’espérance de vie n’est ni cohérente ni compatible avec un abaissement de l’âge de la retraite, sauf à créer beaucoup plus de richesses, ce que nous ne faisons pas.

La France alors victime de son « inculture économique » chronique ?

A commencer par la compréhension que c’est bien l’entreprise qui finance l’État-providence et que la société ne se résume pas à un face-à-face entre les « riches » et l’Etat. Entre les deux, il y a plusieurs millions de petites entreprises et de salariés qui sont la masse fiscale sur laquelle on prélève pour financer les prestations. Mais le problème est plus profond. Il y a me semble-t-il une incompréhension sur le fondement même de notre civilisation de la protection universelle. Ce fondement, c’est l’équilibre. Selon cette règle, nous n’avons pas le droit d’endetter les caisses de la protection sociale et de demander à nos enfants et petits-enfants de financer les prestations dont nous bénéficions aujourd’hui. La dette finance l’investissement, pas les prestations. Elle finance l’invention d’un médicament, mais pas son remboursement quand je le consomme. Sinon c’est ma petite fille qui me paie mon Solupred. C’est immoral. Jusqu’où ira l’accumulation des déficits de la Sécurité sociale, donc de l’État-providence ? Notre civilisation est enfermée dans une spirale : elle produit une demande de protection infinie. Ces protections sont toujours légitimes et ce qui est acquis ne pourra pas être réduit.  Alors que faire ? Il faut, j’y reviens, plus d’entreprises, plus d’emplois privés, plus d’entrepreneurs et plus d’heures travaillées. En un mot plus d’économie. Ce récit est bien sûr celui de la Bpifrance. Il consiste même à dire ceci, qui est essentiel : Français, plus on vous protège, plus vous êtes normalement en position de prendre des risques. Donc prenez-les ! L’Etat-providence a besoin que vous preniez vos risques. On peut appeler ça un « contrat de civilisation », ou un nouveau contrat social. Mettons-nous en déséquilibre en proportion des protections que nous recevons. J’y crois personnellement, et cela suppose un récit élogieux sur le risque, sur le progrès, et une héroïsation médiatique des audacieux qui doit être renforcée, à due proportion de la demande proliférante de protections additionnelles.

Vous êtes laudateur à l’égard des industriels et des entrepreneurs. Vous les présentez victimes des injonctions de l’Etat et plus généralement de la société, déplorez que la réalité de leur combat a été pendant longtemps injustement négligée. Aujourd’hui, leur cause est mieux considérée, et d’ailleurs les PME figurent dans le trio de tête des institutions en lesquelles les Français manifestent le plus de « confiance ». Cela étant, les sacraliser, c’est oublier qu’une entreprise entrepreneuriale est un collectif. C’est aussi négliger une réalité : tout entrepreneur n’est pas un « modèle » – les errements en matière de compétences, de comportement, de gouvernance, l’attestent. Le fait d’être entrepreneur ne suffit pas pour revendiquer d’être vertueux. On peut citer nombre de grands et petits entrepreneurs dont l’objet entrepreneurial ou la manière d’entreprendre sont loin d’être éthiques. Enfin, il n’est pas adéquat de fantasmer, comme d’aucuns s’y emploient, une « société des entrepreneurs » ; tout le monde n’est pas prédisposé, éduqué et armé pour être entrepreneur et le risque serait même de dévaloriser ceux qui ne le sont pas.

C’est vrai, il faut être vigilant et n’essentialiser personne. Il existe mille manières d’être entrepreneur. Il y a des entrepreneurs rogues comme il y a des salariés abusifs. Ni plus ni moins. Pourquoi parler plus des uns que des autres ? Humain, trop humain, nous vivons avec cela. Cela étant, dans les années dont je parle, beaucoup d’entrepreneurs n’avaient pas compris que la culture d’autorité descendante, celle qu’ils retrouvaient en Europe de l’Est ou en Asie, n’était plus adaptée à la France.  Ils se sont depuis largement adaptés.

Par ailleurs, je ne clame pas que tout le monde doit être entrepreneur. Et bien sûr il existe moultes entraves à la mobilité (géographique, professionnelle, etc.) et à la prise de risque entrepreneuriale, en premier lieu les blocages anthropologiques, sociaux, familiaux et mentaux. En revanche, chacun peut et doit être entrepreneur de sa vie. Chacun peut et doit « naviguer sa vie ». Il faut être agile, réactif, audacieux. Bâbord, tribord, tourner quand ça ralentit, aller chercher le vent. Et en cela, l’Etat qui nous protège est un formidable allié. Il couvre ou désamorce nombre de risques que nous pouvons prendre : la santé est gratuite, l’éducation est gratuite, l’université est gratuite, les allocations d’aide sont multiples, les transports subventionnés, la couverture chômage est conséquente, une retraite minimum est assurée, le compte personnel de formations vous suit où que votre vie vous emmène, etc. Les conditions sont réunies pour que nous rendions à l’Etat ce qu’il nous accorde. On pourrait même parler d’écologie de l’Etat-providence, car il est un bien commun à protéger, comme la nature. N’abusons pas de lui.

Quelles sont les particularismes de l’entrepreneur ?

Il a à la fois une grande part d’imaginaire et les pieds sur terre, il est animé par ce « grain de folie » qui le convainc de prendre des risques, et il possède une propriété fondamentale pour accomplir des choses dans sa vie, que j’appelle l’autohypnose – « je vais le faire, je vais y arriver, il n’y a aucune raison pour que ce ne soit pas moi ». Bref, la confiance en soi. Pour autant il est en permanence confronté au réel, il est même un professionnel du réel. Il a un tableau Excel dans la tête, pour lui l’argent magique n’existe pas. Ce rapport au réel, quantité de bénéficiaires de protections l’ont perdu.

Quelle est, justement, votre définition de l’éthique entrepreneuriale ?

Cette éthique est variable et propre à chaque individu. Disons que l’entrepreneur est singulier et libertaire. Comme l’artiste. Il a de grandes capacités de résilience, qui l’arment pour défier les échecs et rebondir. Il a décidé très tôt de ne pas être « un employé ». De quiconque. Par son accomplissement personnel, il veut tenter d’affirmer sa différence, faire sa vie à sa manière, et communiquer ses propres valeurs à ses employés. Il veut progresser dans la société et autant que possible se placer un peu au-dessus des autres, uniquement par les vertus de l’effort solitaire. C’est sa fierté. Alors on peut comprendre qu’il vive mal qu’on lui retire (par les taxes ou le mépris) ce qui a composé sa spécificité, sa richesse. Il veut s’élever dans le monde par la liberté, et n’admettra jamais qu’on le lui reproche.

Vous-même, vous rêvez-vous encore entrepreneur, comme ceux que vous accompagnez aux manettes de Bpifrance ?

J’ai réglé la question très jeune. Entre 20 et 30 ans, j’ai créé cinq entreprises. Toutes sauf une, la dernière, ont connu l’échec. Apprentissage de terrain, immenses souvenirs, culture du rebond. Je sais donc de quoi je parle !

En miroir de votre examen critique de la situation industrielle, psychique, sociale et sociétale de la France, faites-vous le constat que la valeur travail est en danger ?

Je n’emploie pas cette notion de « valeur travail ». Les gens ultra-motivés ne travaillent pas, ils s’accomplissent. On peut s’accomplir comme astrophysicien ou comme charcutier. Soit on est investi du sentiment que la vie est courte et on s’incarne pleinement voire passionnément dans un métier sans compter ses heures, soit on se considère être un « passager de la vie » qui n’a de relation au travail qu’utilitaire afin de maximiser ses plaisirs pendant ce transit éphémère qu’est notre passage sur terre. Ces « passagers de la vie » font le choix d’une trajectoire professionnelle où l’on initie peu, commande peu, s’investit peu, rayonne peu, risque peu, obéit et subit beaucoup. Ce choix de vie doit être respecté, après tout. Les gens ont plus ou moins d’énergie, et plus ou moins d’aptitude à aller chercher leur chance. En revanche, il ne faut pas chercher de boucs-émissaires quand on est en déficit de sens dans sa vie. Les carcans pour « naviguer sa vie » étaient nombreux dans les années soixante, mais aujourd’hui où sont-ils ? Où sont les entraves pour entreprendre et risquer librement ? Dans le « contrat social » de l’État providence, on ne peut pas concomitamment refuser de participer au système et en exploiter les bienfaits.

… ce qui nécessite toutefois un préalable : distinguer l’assistance de l’assistanat, reconnaître la réalité de l’(invisible) injustice de l’égalité des chances à la naissance, et admettre que deux personnes nourries d’une même volonté ne sont pas équitablement armées pour accomplir leur devoir de citoyen.

Il y a inégalité des chances à la naissance, y compris à l’intérieur d’une famille. L’un va réussir, l’autre non. A tous les niveaux de la société. Mais je réfute l’idée que l’ascenseur social français est bloqué. Les études récentes de l’Insee le montrent. Les parcours républicains sont innombrables. Posez-vous la question de l’origine sociale des patrons du CAC40 et vous verrez la proportion importante de ceux qui viennent de très loin.

Les dogmes de la compétitivité et de la croissance sont naturellement très présents dans votre essai et sont omniprésents lorsqu’on raisonne économie. Mais ne souffre-t-on pas d’économisme, et d’un biais laissant supposer qu’il n’existe aucune possibilité de penser autrement l’économie et la société ? Sommes-nous pour toujours ligotés à ce dogme – qui est l’une des causes principales de la dévastation écologique mais aussi participe au chaos civilisationnel ?

Le monde est en train de changer radicalement et avec lui l’ensemble des paradigmes le déterminant. Le thème de notre grand événement cette année – la 8e édition du Bpifrance Inno Génération – est « la métamorphose », donc je ne nie pas qu’il faille s’engager sur un sentier radical de transformation. Pour autant, j’en veux à ceux qui nient les conséquences de ce qu’ils proposent, c’est-à-dire des couches nouvelles de protection qui ont un coût collectif. Celui d’un déficit et d’une dette publics abyssaux. Or l’argent magique n’existe pas, et la civilisation du quoi qu’il en coûte a ses limites ! Celle, d’abord, de faire payer notre protection aux enfants et petits-enfants. Chaque jeune qui a voté pour des formations politiques promettant la retraite à 60 ans doit connaître la vérité : pendant toute sa vie il va payer pour cette généreuse retraite de ceux qui partent aujourd’hui, mais lui n’y aura pas droit.  Sur la croissance, elle n’est pas un dogme, mais la conséquence fatale des demandes de protection de la société française. Les prophètes de la décroissance doivent dire la vérité : il faudra « dé-protéger ». Qui y est prêt ? Le chaos civilisationnel, il serait là, pour le coup, certain.

Emmanuel Macron a donc selon vous raison d’insister sur la réforme du système de retraite ?

Evidemment

Quand bien même le contexte social pourrait être durablement éruptif et dégrader plus encore la conjoncture économique et la situation des entreprises ?

De toute façon, l’imaginaire collectif devra « atterrir » quoiqu’on pense. En général l’histoire n’est pas écrite mais celle-là l’est. Cet inéluctable atterrissage, il faut simplement le souhaiter le moins violent possible. Il le sera d’autant moins que l’économie, grâce aux entrepreneurs, grâce à l’action de l’Etat aussi, grâce à l’action des Français, sera florissante.

L’industrie (énergies fossiles, voiture, plastique, etc.) est communément associée à la dévastation écologique. Dans votre essai, peu est consacré, d’une part à l’enjeu écologique qu’exige l’état du climat et de l’environnement, mais aussi à cette RSE à laquelle une part exponentielle de la population conditionne désormais son engagement professionnel. Faut-il considérer la RSE (ses règles, ses injonctions, son image) comme un obstacle à la réindustrialisation ?

Non, au contraire. Nous soutenons la réindustrialisation de la France à partir d’usines nativement décarbonées. Effectivement, dans mon livre je n’évoque pas l’impact RSE puisque la question climatique n’exerce aucun rôle dans l’histoire de la désindustrialisation, et c’est un livre sur le passé. En revanche, lorsque je traite les anciennes méthodes de management et de commandement, d’un autoritarisme militaire devenu anachronique, je n’élude pas le sujet. La RSE est un impératif cardinal.

Revenons à cette jeunesse. Au sein d’AgroParisTech, de HEC, de Polytechnique, et ailleurs, des étudiants fustigent l’industrie coupable d’anéantir climat et environnement. Plus encore, ils blâment l’organisation contemporaine du capitalisme, du libéralisme et de la finance mondialisés, qui selon eux sert de support à cette prise de pouvoir irréversible de l’industrie fossoyeur. Que leur répondez-vous ? Notamment à ceux qui estiment que frugalité et sobriété ne sont pas les ennemis du Progrès ?

Suis-je anticapitaliste ? Pas du tout. J’ai été numéro deux du cabinet de conseil Capgemini, présent dans quarante pays et instrument de puissance pour la France. Le capitalisme inclut une dimension de « force vitale » fondamentale, dont nous continuons d’avoir besoin. Avec du capital, on féconde une activité, et on part en conquête de terres inconnues. A mes yeux, il n’y a pas de modèle alternatif. Dès lors, même si je comprends leurs angoisses et les partage, je m’oppose à ces jeunes diplômés militants d’un modèle radicalement alternatif, qui ne boucle pas avec les demandes collectives légitimes de la société. La décroissance ne permettrait pas de financer les protections qu’ils consomment déjà aujourd’hui et qu’ils consommeront plus encore lorsqu’ils seront vieux. En revanche, la frugalité ne fait pas débat. Elle est indispensable à chaque instant, à chaque minute. Elle fait partie de l’équation du progrès.  En ce sens, je suis convaincu que plus d’économie ne veut pas dire plus d’émissions de carbone et d’atteintes à l’environnement. Une voie, dont il ne faut pas rater l’embranchement, se dessine aujourd’hui qui permettra de concilier croissance de l’activité, respect de l’environnement et adaptation au changement climatique. Et d’une certaine manière, le sentiment de révolte qui anime la jeune génération est fécond : il est l’énergie de l’adaptation de notre appareil productif et de notre société à ce nouvel état du monde.

Vous regrettez, à raison, la lutte des classes dans les entreprises. Mais est-elle illégitime lorsque l’amplitude des rémunérations (hors accumulation de patrimoine et actions) peut dépasser un rapport de 1 à 300 ? Lorsque la gouvernance, le dialogue social, le management déresponsabilisent ou réduisent l’individu à trop peu ?

En effet, l’ambiance de lutte des classes a été terrible dans les PME et ETI industrielles dans la période que je couvre dans le livre. Les PME avaient peur des syndicats, disons-le. Tous les témoignages le disent : le patron était toujours le vilain. On venait d’un monde paternaliste qui, s’effondrant, a laissé le patron de PME complètement vidé de son aura et jugé coupable des conséquences d’une mondialisation non préparée et non accompagnée.

Sur les rémunérations, on est dans un sujet irrationnel.  Prenons l’exemple de Bpifrance. Nous faisons la démonstration que nous pouvons être aussi performants qu’une banque privée pratiquant des échelles de rémunération plus élevées. Nos ratios de profitabilité sont identiques à ceux des acteurs du marché alors que nous menons une mission d’intérêt ­général. Nous ­recrutons exclusivement dans le privé.  Bien sûr certains de nos cadres franchissent à nouveau la porte du privé lorsqu’ils nous quittent, après des années d’engagement et d’expertise chez nous. Pourquoi sont-ils restés entre-temps ? Pour la culture, l’impact, la mission, les valeurs, le sentiment d’être utile. La question de la rémunération et des excès du capitalisme financier trouve son antidote, en fait, dans une certaine manière de gérer son entreprise. Et de donner à chaque salarié un sens à la responsabilité qu’on lui confie, avec la bonne dose de liberté. Un salarié ultra motivé ne part habituellement pas que pour une augmentation de salaire. Le distinguo est également valable pour les banques mutualistes versus les établissements cotés et/ou anglo-saxons : elles rémunèrent moins bien, mais le niveau de performance individuel et collectif n’est pourtant pas inférieur. Et que dire du monde de l’industrie ? Des PME ou des ETI familiales pilotées par des entrepreneurs beaucoup moins payés que dans les grands groupes performent très bien. Inversement, les salariés de Stellantis reprochent-ils sa rémunération à son CEO, sur laquelle je me suis abstenu en conseil ? Non, car ils le respectent. L’équation argent-motivation est parfois obscure. La raison d’être d’une entreprise et les conditions d’accomplissement personnel et professionnel ne peuvent pas être réduites à l’envergure de la fiche de paye.

Un groupe comme Bpifrance a-t-il pour objet de participer, à son niveau, au rétablissement d’un capitalisme responsable – si tant est que les deux items ne forment pas un oxymore ?

Absolument. De notre vocation à notre fonctionnement en passant par les critères d’affectation de nos crédits, de nos investissements, de notre accompagnement, nous essayons d’honorer cette exigence.

Dans votre analyse, l’Etat apparaît être davantage un ennemi des entreprises qu’un facilitateur. Pourtant, vous êtes bien placé pour savoir que sur une planète à ce point dérégulée, anarchique – que sont devenues les instances de gouvernance internationale ? -, la régulation par les Etats est déterminante. Quel est, à vos yeux, le « juste » rôle de l’Etat en matière économique ?

Dans l’industrie, la dérégulation a consisté à ouvrir les frontières. Ça n’a pas du tout empêché l’Etat de continuer de faire tomber en pluie des couches nouvelles d’exigences et de contrôle préalable entravant de facto la PME industrielle, plus que ce n’était le cas dans le reste de l’Europe et surtout pas en Europe de l’Est. C’est cela que je dénonce, car le jeu était biaisé. Pour le reste, le capitalisme n’est pas destructeur par nature, mais comme toute liberté, il doit être encadré. Le rôle de l’Etat est donc majeur. Il l’est d’autant plus maintenant que s’engage la décarbonation de l’ensemble de notre appareil productif.

L’une des faiblesses des entreprises françaises réside, constatez-vous, dans leur soumission aux logiques anglo-saxonnes (via leurs banques, leurs consultants, leurs actionnaires), favorables aux fabless, aux délocalisations, à la maximisation des marges, et aux fameux LBO. Autre sujet primordial sur lequel le tropisme anglo-saxon produit des effets désastreux : les territoires, puisque l’industrie est dans les territoires alors que ce tropisme ne considère que les grandes capitales. Ces territoires auxquels Bpifrance est très attaché sont les victimes du diktat jacobin et ont fait l’objet d’un mépris, d’un abandon dont là encore le Rassemblement national se nourrit largement. Peut-on se sortir de cette quasi-tutelle – Bain, les Big Four, Mckinsey… continuent de dominer, y compris la culture des écoles de commerce qui forment les futurs managers ?

Au temps de Tony Blair en Grande-Bretagne et de Bill Clinton aux Etats-Unis, la domination idéologique anglo-saxonne dans les milieux d’affaires français était plus qu’hégémonique : elle était totale. Ce moment est révolu. Certes, les grands acteurs anglo-saxons de la finance, de la banque, de la stratégie se sont durablement implantés et sont puissants. Ils occupent des parts de marché très importantes et recrutent une bonne part de nos élites. Des acteurs français considérables comme Capgemini (275 000 salariés) ont aussi grandi et leur disputent le marché avec détermination, sans parler de nouvelles pépites émergentes, comme SIA créé par Matthieu Courtecuisse. Nous avons des leaders français à capacité de projection mondiale.  Tout est un combat et ces combats sont livrés.

Par ailleurs, par rapport aux années 1995-2010, la France commence à tirer profit de sa décentralisation. Le pays a profondément changé et l’image ultra jacobine n’est plus le reflet de la réalité. Les métropoles de province sont rutilantes, les Régions sont des institutions puissantes et on peut dire aujourd’hui que les écosystèmes locaux ne laisseraient plus faire ce qui s’est passé au début des années 2000. Au total, il me semble que la France est aujourd’hui mieux protégée de la radicalité des influences anglo-saxonnes, qui de surcroît sont en recul du fait même de leur échec aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, deux pays aujourd’hui obnubilés par la réindustrialisation.

Qu’attendez-vous concrètement du nouveau mandat présidentiel, du gouvernement, également de cette assemblée législative d’une bigarrure inédite, au profit de la réindustrialisation de la France ?

Le sujet central pour construire une usine tient aux délais d’autorisation. Ces délais, entravés par les recours, l’obligation de dépollution des friches et les conditions de délivrance de permis de construire, peuvent aujourd’hui s’étendre sur plusieurs années. Il est impératif de les réduire drastiquement, car cette situation est incompatible avec le vœu de revitalisation industrielle. Et cela vaut tout autant pour les futures centrales nucléaires. Si quantité de délais administratifs ne sont pas abaissés, la possibilité de voir fonctionner rapidement sur notre sol le blanc manteau de nouvelles usines décarbonées dont on a parlé, est illusoire. Plus généralement, l’entreprise est otage d’un excès de bureaucratie. Pas seulement en France, mais particulièrement chez nous. A force de stigmatiser le capitalisme, on l’a cuirassé d’entraves administratives et on l’a rendu plus lent. Or sa vertu, c’est son énergie cinétique, sa capacité à « déplacer des montagnes ». Or il va falloir déplacer des montagnes pour réindustrialiser, décarboner et changer le mix énergétique de notre pays. Le capitalisme ne peut pas être empoisonné par la maladie de la bureaucratie au moment où on demande aux acteurs de changer le monde. Il serait aujourd’hui impossible de construire la tour Eiffel en quelques années et elle ne pourrait pas être aussi belle. Tout chef d’entreprise peut faire la démonstration que sa liberté d’entreprendre, d’innover, de bâtir, inhibée par une multitude de normes est plus faible que celle d’« hier ». Nombreux vous disent : cette usine, cet hôtel, je ne pourrais plus les refaire aujourd’hui. Si la vitalité entrepreneuriale est asphyxiée, comment va-t-on trouver les solutions aux immenses défis énergétiques, alimentaires, climatiques, de santé, de mobilité, etc. qui concernent l’avenir de notre société ? Songez qu’il faut 18 mois pour avoir le permis de construire d’une usine de batterie dans le nord de la France dans laquelle l’Etat a pourtant décidé d’investir 700 M€ d’argent du contribuable… Qu’il faut plus de dix ans pour faire monter un parc éolien offshore en France… L’Etat fait beaucoup pour les entrepreneurs, mais s’il y a un point d’amélioration, c’est celui-ci : le rapport au temps. Avec sur le terrain une administration qui accompagne le business plutôt qu’une administration gendarme. Pour dresser un parallèle, l’évolution de la posture de l’administration fiscale dans sa relation avec les particuliers au cours des 10 dernières années montre d’ailleurs qu’une telle transformation est possible. Cela demande que le cap soit tenu avec constance.

Le 3 octobre à Lyon, dans le cadre du forum de débats Une époque formidable (La Tribune), vous débattrez avec le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger. Sujet : le travail. Un banquier et un leader syndical peuvent-ils s’entendre sur une même philosophie du travail ?

Je pense que oui…

… même si sur nombre de points développés dans cet entretien (35 heures, retraite, financement de la protection sociale) la discorde apparaît frontale ?

Absolument. Je critique les 35 heures pour la manière dont elles ont été imposées aux PME, au pire moment de la bataille de la mondialisation et la direction éthique qu’elles ont alors donnée aux Français sur la question de la centralité de la vie professionnelle dans leur existence, alors que la guerre faisait rage à l’extérieur. Pour le reste, je crois qu’on peut travailler plus en France, oui. Le décrochage en PIB par tête de la France par rapport à l’Allemagne et par rapport aux Etats-Unis est directement lié au nombre d’heures travaillées sur une vie professionnelle, notamment en début et en fin de vie. Travailler plus tôt, travailler plus longtemps, travailler plus tout court sont des priorités me semble-t-il. Est-ce si dramatique ? D’ailleurs, mon ami Laurent travaille-t-il 35 heures par semaine ? Je ne crois pas. Simplement parce qu’il est passionné par son métier, investi dans une cause qui a du sens. Donne-t-on du sens au travail lorsque celui-ci doit être limité à 35 heures ? L’ébéniste concentré sur la réparation de son meuble, le joaillier qui achève le sertissage d’un bijou, le chercheur immergé dans son innovation, vont-ils vouloir interrompre leur tâche ou comptabiliser des heures supplémentaires ? Les cadres ou employés qui décident de créer leur entreprise n’ont-ils pas parfaitement intégré le fait qu’ils devront travailler 70 heures par semaine ? Et ça ne leur pose pas de problème. Car travailler beaucoup est tout sauf un problème quand on aime ce que l’on fait. La question du temps de travail se pose essentiellement pour les métiers pénibles, et tout particulièrement pour tous ceux qui engendrent des troubles physiques, musculo-squelettiques. Elle n’est pas un impératif de civilisation commun à toutes les couches de la société française. Il en va de même pour la retraite, bien sûr.

Je vais plus loin : il me semble que la France n’est pas au niveau de son potentiel. Notre pays peut faire des miracles, et sous nos yeux il macère. Trop de Français ne sont juste pas motivés par ce qu’ils font et la grande démission le montre. Remotivons la France et instantanément elle voudra d’elle-même travailler plus. La France n’est pas nativement asthénique. Simplement, beaucoup de concitoyens ne voient pas d’intérêt à ce qu’ils font ou à ce qu’on leur propose. D’entendre ces jeunes diplômés recommander de recourir au retrait existentiel et à l’ennui pour espérer réparer la planète, me rend donc dubitatif. L’ennui n’est pas la solution, il est le problème. A l’Etat et aux entrepreneurs de proposer aux Français des aventures exaltantes, elles existent. La réindustrialisation des territoires en est une.

Ukraine: la Chine fait son business avec la Russie

Ukraine: la Chine fait son business avec la Russie

 

 

Les deux économistes Antonia Hmaidi et François Chimits constatent dans une tribune au « Monde » que les importations et les exportations entre Pékin et Moscou ont bondi, sauf dans quelques secteurs.

 

Grâce à la situation en Ukraine, la Chine renforce à bon compte ses relations avec la Russie ; Un partenariat économique stratégique qui pourrait bien conduire à terme à la vassalisation  de la Russie. NDLR.

 

Dans le contexte d’incertitudes engendrées par la guerre en Ukraine, la Chine s’est avérée être l’un des partenaires les plus fidèles de la Russie. Les importations chinoises depuis la Russie – largement composées de matières premières – ont bondi. En valeur d’abord, tirées par l’envolée des prix des matières premières : puis en volumes, avant une légère baisse due au ralentissement de la croissance chinoise à partir de juin 2022.

Cette tendance à la hausse va à l’inverse de la baisse constante des volumes d’exportations russes à destination des pays du G7. Elle reste cependant plus modérée que le bond des flux de produits russes vers les autres grands émergents, mais cette hausse s’observe à partir de niveaux plus modestes au départ.

On retrouve des tendances similaires pour les exportations chinoises vers la Russie. Un rebond a succédé à une forte baisse au cours des premiers mois de guerre, quoique les exportations actuelles restent toujours plus faibles que l’an dernier, du fait de l’effondrement de la consommation russe.

La aussi, le contraste avec les pays du G7, dont les flux d’exportation vers la Russie ont quasiment disparu, est flagrant. Parmi les grands émergents, moins affectés que les économies avancées, seules les exportations turques ont été plus dynamiques que les chinoises.

Le secteur des semi-conducteurs, vitaux à toute économie moderne, illustre particulièrement l’absence de retenue chinoise. Un bref déclin a laissé place à une croissance de près de 300 % des exportations chinoises de semi-conducteurs vers son « partenaire stratégique ». La hausse des prix unitaires de ces biens, spécifique à la Russie, reflète à la fois une montée en gamme pour se substituer aux importations des économies avancées, et l’opportunisme des fournisseurs chinois, qui se retrouvent en quasi-monopole.

En effet, dans le même temps, les importations russes en provenance des autres grands producteurs, solidaires des sanctions du G7, se sont effondrées. Si les grands producteurs chinois de semi-conducteurs dépendants directement d’intrants américains ou européens, et de ce fait exposés aux sanctions, semblent réticents à commercer avec la Russie, les entreprises retraitant ces produits semblent moins gênées.

Leurs sites internet témoignent de leurs efforts commerciaux récents en direction du marché russe. Plusieurs entreprises russes ont d’ailleurs communiqué sur leur manière de s’accommoder des produits chinois, certes moins performants. Les sanctions internationales et les incertitudes autour de l’économie russe ont cependant grevé certains pans des échanges bilatéraux.

Sociétés à mission : Le discours marketing et la réalité

Sociétés à mission : Le discours marketing et la réalité

Pour Alain Schnapper, chercheur à l’Ecole des mines, la société à mission se distingue en ce qu’elle place l’intérêt collectif au cœur de son activité. Mais les engagements demandent à être plus sérieusement contrôlés.( Le Monde)

 

Fondateur du cabinet Gouvernance responsable, Alain Schnapper est chercheur et praticien associé à la chaire Théorie de l’entreprise à l’Ecole des mines Paris-PSL et vice-président de la Communauté des entreprises à mission. En 2020, il a publié le livre Puissante et fragile, l’entreprise en démocratie (Odile Jacob).

L’entreprise moderne portait, à l’origine, une vraie mission sociétale. De quoi s’agissait-il exactement ?

L’entreprise moderne a vu le jour à la fin du XIXe siècle, avec comme moteur l’innovation scientifique et technique. Elle ne se voulait pas seulement un lieu de production de valeur, mais aussi un collectif humain avec de nouveaux modes d’organisation : par exemple, la disparition du paiement à la tâche au profit du salariat. Par la suite, elle s’est inscrite pleinement dans le projet social et politique de la social-démocratie. L’Etat créait toutes les conditions pour permettre à l’entreprise de développer ses activités : la monnaie, la sécurité juridique, l’enseignement et la formation… En contrepartie, l’entreprise créait des innovations et des richesses pour financer l’Etat-providence.

Aujourd’hui, ce contrat social semble rompu. Que s’est-il passé ?

D’abord, à partir des années 1980, la financiarisation de l’économie a abouti à un pouvoir excessif des actionnaires. Dans le même temps, la relation traditionnelle entre les Etats qui édictent les règles et les entreprises qui les respectent s’est totalement délitée sous l’effet de la mondialisation. Enfin, dans un contexte général d’affaiblissement des institutions, les salariés, dans les sociétés démocratiques, aspirent à toujours plus d’égalité et de liberté en entreprise. Mais leurs attentes ne sont pas faciles à satisfaire au sein d’organisations qui ne sont pas démocratiques.

Comment les sociétés à mission peuvent-elles réconcilier l’entreprise avec la société et ses enjeux ?

Depuis les années 1990, une confusion s’est installée entre la société des actionnaires au sens du Code civil et l’entreprise en elle-même qui intègre à la fois les actionnaires, les salariés et leurs savoirs. Or, ce collectif n’ayant pas d’existence juridique, ses intérêts ne sont pas défendus en droit alors qu’ils ne correspondent pas nécessairement aux intérêts des actionnaires. La société à mission place l’intérêt collectif au cœur de ses activités.

Comment être sûr que les engagements des entreprises dépassent la simple communication ?

La qualité de société à mission étant purement déclarative, certaines entreprises peuvent se doter d’une raison d’être juste pour faire joli. Les salariés savent très bien faire la différence entre un discours marketing et une démarche vraiment engagée. Pour être crédible, la raison d’être doit non seulement exposer clairement les enjeux socioenvironnementaux auxquelles l’entreprise entend répondre, mais aussi préciser les moyens alloués pour y parvenir et les objectifs à atteindre.

Santé : sortir de la marchandisation

Santé : sortir de la marchandisation

 

La marchandisation du secteur de la santé met en danger notre système qui repose sur la solidarité, dénoncent Pauline Londeix et Jérôme Martin, cofondateurs de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, dans une tribune au « Monde ». Ils appellent à la mise en place d’un modèle collaboratif et non compétitif.

 

La mise en place fin juillet d’un comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires permettra-t-elle une meilleure prise en compte des alertes scientifiques sur les menaces pour notre santé ? On peut l’espérer, mais les progrès que cette instance pourrait apporter resteront limités si ne sont pas repensées en profondeur les politiques économiques et industrielles qui garantissent des réponses efficaces aux défis sanitaires présents et à venir.

Deux ans et demi après le début de la pandémie de Covid-19, la variole du singe, connue depuis des décennies en Afrique, s’étend dans les pays riches. La réponse tardive des gouvernements à cette nouvelle menace est conduite avec des outils développés contre la variole humaine, faute de financements adaptés lorsqu’elle touchait principalement des pays pauvres. Des menaces importantes pèsent sur Taïwan, et l’escalade possible des tensions entre les Etats-Unis et la Chine pourrait avoir un impact direct sur la production de matière première pharmaceutique, particulièrement concentrée dans ce pays. La situation n’est pas sans rappeler celle que nous avons connue en France, au printemps 2020, où notre dépendance envers la production asiatique, alors arrêtée par les mesures de confinement, s’était traduite dramatiquement par des tensions sur des médicaments essentiels dans les hôpitaux.

 

La philosophe Cynthia Fleury avait qualifié en avril 2020 la pandémie de Covid-19 de « répétition générale ». Une étude récente de Santé publique France estime à 30 % le taux de personnes contaminées par le Sars-CoV-2 qui développe ensuite un Covid long, dont l’ensemble des conséquences sont encore mal connues, mais qui incluent une augmentation significative des risques cardio-vasculaires. A ce jour, la pandémie a fait au moins 6,5 millions de morts. Aurions-nous pu y être mieux préparés ?

Ce qui est certain, c’est que des alertes – comme celles concernant les conséquences sur la santé des déforestations massives, des atteintes à la biodiversité ou de l’élevage intensif – ont été lancées depuis des décennies par de nombreux scientifiques, et que celles-ci ne se sont pas traduites dans les priorités de recherche. Par exemple, la Commission européenne a refusé en 2015 des financements à des équipes de recherche qui étudiaient les coronavirus.

Du fait des changements environnementaux, de nouvelles pandémies risquent d’apparaître, avec des agents pathogènes plus létaux et plus transmissibles. L’évolution des modes de vies, l’impact humain sur l’environnement ou encore le changement climatique favorisent par ailleurs l’explosion de certaines autres pathologies, comme les maladies cardio-vasculaires, le diabète, les cancers. La résistance aux antibiotiques, une des pires menaces pour l’humanité selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), peut compromettre quant à elle des décennies d’avancées biomédicales et causer un nombre croissant de décès – elle provoque déjà 35 000 morts par an aux Etats-Unis, 33 000 en Europe, dont 5 000 en France. Des maladies millénaires comme la tuberculose sont par ailleurs en pleine résurgence. Enfin, le vieillissement de la population à l’échelle mondiale est également un facteur d’augmentation significatif des besoins en produits de santé.

Fin de vie : Appliquer la loi !

Fin de vie : Appliquer la loi !

 

Avant d’envisager la mise en place d’une convention citoyenne, il serait préférable de renforcer le cadre juridique existant, en formant les soignants et en informant les patients, estime le juriste Laurent Frémont, fondateur du collectif Tenir ta main, dans une tribune au « Monde ».

 

Après le climat, c’est au tour de la fin de vie de faire l’objet d’une convention citoyenne. On laissera chacun juger de la pertinence d’un tel calendrier, alors que nos concitoyens sont confrontés à des angoisses autrement plus concrètes que cette éternelle question de société. Mais on s’interrogera davantage sur l’opportunité d’une nouvelle loi sur la fin de vie, six ans à peine après le vote de la loi Claeys-Leonetti.

1999, 2002, 2010, 2016… Au cours des dernières décennies, le cadre juridique de la fin de vie a fait l’objet de nombreuses évolutions législatives, bien davantage que dans d’autres domaines moins sensibles du droit médico-social. La perspective de nouveaux changements législatifs laisse pour le moins dubitatif. Elle interroge le juriste comme le citoyen éclairé quant au respect de l’exigence de sécurité juridique, consistant à « savoir et prévoir » le droit, selon la formule du professeur Bernard Pacteau. On analysera la teneur de cet impératif sous l’angle de l’appropriation, de la stabilité et de l’effectivité de la norme.

Se pose d’abord la question essentielle de l’appropriation de la norme, par les patients comme par les soignants. Par les patients d’abord. La loi Claeys-Leonetti leur offre de nouveaux droits, en revalorisant les directives anticipées et en renforçant le rôle de la personne de confiance. Peut-on estimer que ses objectifs sont atteints, quand seulement 48 % des Français connaissent les directives anticipées (Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie, 2021) ?

Par les soignants ensuite. Alors que la loi introduit le droit à une sédation profonde et continue jusqu’au décès, les spécialistes reconnaissent que des études complémentaires seraient nécessaires pour mieux appréhender l’appropriation de cette pratique par les équipes (Bretonnière et Fournier, Journal of Pain and Symptom Management, 2021). 91 % des Français affirment que leur médecin traitant ne les a pas informés sur leurs droits et sur les dispositifs existants. S’interroge-t-on enfin sur la persistance de l’obstination déraisonnable – pourtant interdite depuis 2005 – et ses effets, sur les patients comme sur les proches ? Certaines pratiques d’acharnement méritent d’être mieux recensées et combattues afin d’y mettre un terme définitif.

La bataille contre l’inflation sera longue et difficile

La bataille  contre l’inflation sera longue et difficile

 

Un papier de Clémentine Gallès dans la Tribune souligne que la bataille contre l’inflation sera difficile et longue car cette inflation s’est installée et pas seulement à cause des prix de l’énergie; Le risque est de tomber en récession.

 

 

 

L’inflation mettra, au mieux, du temps à refluer. Si l’été confirme que l’inflation semble avoir dépassé son pic aux Etats-Unis, les tensions sur les prix ne devraient refluer que progressivement. En effet, si les tensions sur l’énergie et sur les chaînes de production s’affaiblissent, les risques d’effets de second tour sont élevés avec des salaires en rapide progression par rapport à l’évolution de la productivité. En Europe, les nouvelles fortes dégradations sur les prix de l’énergie continuent d’alimenter les hausses de l’inflation et l’incertitude sur sa capacité à baisser à court terme. Ces constats ont encouragé les banquiers centraux à réaffirmer, lors de leur rencontre au Symposium de Jackson Hole, la priorité de leur lutte contre l’inflation, et ce « quoi qu’il en coûte » en termes d’impact sur l’activité économique.

 

Ce nouveau durcissement à attendre des politiques monétaires est un risque supplémentaire de récession au sein des économies développées. Si des facteurs de soutien sont toujours présents – marchés de travail dynamiques et épargne abondante – les nuages s’amoncellent déjà sur l’activité économique mondiale. Aux Etats-Unis, au-delà de la politique monétaire, l’inflation élevée et la politique budgétaire restrictive pèsent sur la demande. En Zone euro, le pouvoir d’achat des ménages apparaît particulièrement dégradé, du fait de la très faible progression des salaires. Les nouvelles tensions sur le prix du gaz et de l’électricité font peser un vrai risque de réduction d’activité de certaines industries et donc de récession marquée. Autre facteur négatif pour l’activité mondiale, la Chine voit aussi ses perspectives s’assombrir, avec le maintien de sa politique zéro-COVID et les difficultés du marché immobilier. Le nouveau tour de vis annoncé par les banquiers centraux, qui s’est très vite concrétisé par des hausses des taux d’intérêt sur les marchés financiers sera un facteur additionnel pour basculer en récession. Mais les banquiers centraux sont clairement prêts aujourd’hui à payer ce prix pour enfin voir baisser l’inflation.

Clémentine Gallès

La spéculation nourrit l’inflation

La spéculation nourrit l’inflation

 

Inflation et spéculation

 

 

Alors que l’inflation européenne est mesurée au mois d’août autour de 9 %, la France n’enregistrerait qu’une hausse des prix d’environ 6 % (5,8 % sur un an en août).

 

On comprend mal, à part la question de la tarification de l’électricité,  comment la France ce situe en retrait en matière d’évolution des prix. Sans doute en raison de l’obsolescence de l’indicateur de l’INSEE qui sous-estime l’évolution structurelle de la consommation. Une consommation caractérisée par une forte de l’alimentaire et des services notamment.

Un seul exemple des litres de huile autour de 1,50 € qui passe à plus de deux euros et jusqu’à cinq euros grâce au changement d’étiquette, d’emballage et de conditionnement.

En fait,  nombre de secteurs et d’entreprises profitent du climat inflationniste actuel pour augmenter sans raison objective leurs prix. C’est l’occasion d’une grande spéculation qui à terme permettra d’augmenter les profits. Aucune étude n’a été entreprise pour analyser de manière profonde les facteurs explicatifs de la hausse des prix. Certains sont structurels, d’autres conjoncturels et d’autres enfin purement spéculatifs. Sur une hausse globale qui devrait atteindre presque 10 % d’ici la fin de l’année la moitié environ est infondée. En cause notamment les rétentions de fourniture de producteurs et de distributeurs, la valse des étiquettes et de conditionnement.

Quelques exemples :

L’eau Salvetat a ainsi réduit en 2020 la taille de ses bouteilles de 1,25 litre à 1,15 litre tout en augmentant son prix de vente de 5%. Le fromage Kiri a réduit la taille de la portion de son fromage fondu de 10% il y a un an et demi, avec des portions passées de 20 à 18 grammes. Les sirops Teisseire dont la bouteille est passée de 75 à 60 cl en 2020 avec un prix de vente en hausse de 37%. Ou encore la marque les Pyrénéens de Lindt qui a réduit le nombre de chocolats de ses boîtes de 30 à 24 tout en augmentant ses tarifs de 30%.

« Le plus souvent avec la shrinkflation, le prix à l’unité reste inchangé alors que le prix au kilo s’est envolé, explique Camille Dorioz, responsable des campagnes chez Foodwatch à Challenges. Le consommateur ne voit pas la différence quand il passe à la caisse. »

S’il y a des raisons objectives à l’inflation, il y a aussi la spéculation des producteurs et des distributeurs qui augmentent sans motif pertinent les prix. Ainsi les grandes sociétés n’ont-elles jamais réalisé autant de super bénéfices. Curieusement les experts patentés qui craignaient les effets de « l’infernale » boucle salaire-prix sont nettement moins nombreux à critiquer la véritable boucle-superprofits prix qui nourrit l’inflation.Les ménages sont les  principales victimes du phénomène inflationniste. Les prix auront réellement augmenté de  10 % d’ici la fin d’année tandis que les salariés par exemple ne pourront enregistrer qu’une augmentation moyenne de 3 %.(Les épargnants de leur côté perdront quatre à 5 %).

D’après l’INSEE,  le détail des chiffres montre que l’augmentation des prix de l’énergie est revenue à 22,2 % en rythme annuel, après avoir atteint 28,5 % le mois dernier. En revanche, la hausse des prix de l’alimentation s’est encore accélérée pour atteindre 7,7 % par rapport à août 2021, après une hausse de 6,8 % un mois plus tôt, tout comme celle des prix des produits manufacturés (+3,5 % après +2,7 % avec la fin des soldes) tandis que celle des services reste stable, à 3,9 % annuel.

Au total, les prix augmentent ainsi de 0,4 % sur un mois en août, après une hausse de 0,3 % en juillet, précise l’Insee. La  hausse des prix y atteint un niveau sans précédent depuis 40 ans.

Dans la réalité, les prix alimentaires progressent au moins de 10 %. Les prix des services devraient eux enregistrer une forte hausse à la rentrée notamment concernant les abonnements.

facteurs explicatifs de l’inflation

Inflation structurelle-

Certaines mutations structurelles au sein de l’économie peuvent favoriser l’inflation.C’est le cas d’une situation de monopole caractérisée par une absence de concurrence par exemple. D’autres raisons, psychologiques…et spéculatives , pourraient aussi expliquer ce phénomène Imaginez qu’une entreprise vendant de la farine anticipe de très mauvaises récoltes de blé. Elle augmentera donc les prix de sa marchandise pour compenser la potentielle perte à venir.
Inflation conjoncturelle-
 Selon les économistes de l’école keynésienne, l’inflation s’explique par un déséquilibre entre offre et demande. Lorsque la demande excède l’offre de B&S, les prix augmentent mécaniquement afin de retrouver cet équilibre. C’est cette rareté qui entraîne la hausse des prix.
Inflation Monétaire-Lorsque la masse monétaire dépasse la richesse réellement produite ce qui conduit à une forme de dépréciation de la valeur de la monnaie donc à une inflation
Inflation par les coûts
 Une hausse généralisée et persistante des prix peut se justifier par une augmentation du coût de fabrication d’un bien ou parce que les produits qui le composent sont de plus en plus chers. L’augmentation du coût de fabrication provient souvent d’une hausse des salaires, qui se répercute sur le prix des B&S. Le consommateur ressentira également la hausse du prix des matières premières au moment de son achat.
L’inflation frappe l’économie dans son ensemble, des ménages aux entreprises en passant par les administrations publiques. Celle-ci est particulièrement mal accueillie par les épargnants qui constatent une dépréciation de la valeur de l’argent mis de coté.
Toute personne ayant un revenu fixe voit également l’inflation d’un mauvais œil. Alors que les prix grimpent, les salaires ne sont pas forcément revus à la hausse.Actuellement (au mois d’août, l’inflation en France a progressé de l’ordre de  6 % tandis qu’en moyenne les salaires n’ont enregistrés qu’une hausse de 3 % ). Les salariés  sont donc forcément perdants et voient leur pouvoir d’achat baisser. L’inflation pénalise également le commerce extérieur. Les prix des marchandises du pays en proie à l’inflation étant plus élevés, les autres nations seront forcément plus réticentes à les importer.Ce phénomène entraîne aussi la hausse des taux d’intérêt, décourageant les ménages à solliciter des crédits à la consommation . Par ailleurs, une hausse trop brutale des taux d’intérêt peut par ailleurs provoquer une crise générale de la dette ( Dette des Etats, des particuliers et des entreprises)
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