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Taux d’intérêt : La politique monétaire américaine en avance

Taux d’intérêt : La politique monétaire américaine en avance

. Par Vincent Manuel, Chief Investment Officer, Indosuez Wealth Management (la Tribune)

 

 

Le dollar toujours aussi solide. Celui-ci a atteint de nouveaux sommets en août, la Fed ayant balayé les espoirs du marché en confirmant le maintien de sa politique monétaire ultra-agressive.

Propulsé par la remontée des taux d’intérêt, le dollar a également été soutenu par l’environnement d’aversion au risque accompagnant cette hausse des taux, les investisseurs recherchant la sécurité de la monnaie de réserve mondiale – qui se trouve être la devise des marchés développés offrant le meilleur rendement. Nous restons positifs sur le dollar face aux incertitudes des troisième et quatrième trimestres, tout en observant que les gains des rallyes successifs sont de plus en plus faibles.

En Chine, le scénario de ralentissement potentiel de la croissance a été jugé prioritaire par rapport à la lutte contre l’inflation des prix à la consommation, contenue à ce stade. La Banque centrale a donc continué d’assouplir les taux d’emprunt à court terme et les taux hypothécaires, afin d’amortir le ralentissement en cours et de soutenir le secteur immobilier. Ce soutien monétaire contraste avec la situation de la quasi-totalité des autres banques centrales, qui s’efforcent de regagner la crédibilité perdue en luttant contre une inflation galopante.

La PBoC complète ses efforts de relance en laissant filer le yuan par rapport aux devises de ses principaux partenaires commer-ciaux, qui reculent également vis-à-vis du dollar. Nous ne pouvons donc exclure une nouvelle baisse du yuan vers 7,00 et au-delà, tandis que le FOMC continue de durcir sa politique monétaire et que les écarts de taux d’intérêt se creusent. Les poli- tiques de relance mises en œuvre devraient toutefois limiter les sorties de devises.

Le dollar australien (qui bénéficie de la notation AAA) peine à résister à l’envolée du billet vert. En situation de plein emploi, le marché du travail reste extrêmement robuste, tandis que l’IPC dépasse largement le seuil de tolérance de la Banque centrale d’Australie (RBA).

La RBA a procédé à des hausses de taux rapides et devrait poursuivre dans cette voie. Ce « retour » au statut de devise à haut rendement est associé à un excédent commercial record. Les exportations nettes de blé, de charbon, de minerai de fer et même de gaz naturel liquide continueront à soutenir la balance courante, freinant tout recul du dollar australien.

La devise australienne possède cependant deux points faibles : les sanctions de son principal partenaire commercial – la Chine – et le secteur immobilier, fortement endetté et vulnérable à de nouvelles hausses des taux domestiques. Nous restons globalement positifs et profiterons de tout recul par rapport aux grandes devises internationales .

Malgré la reprise de l’inflation au Japon, le marché doute de la capacité de la Banque du Japon (BoJ) à modifier sa politique dans un avenir proche, ce qui se comprend aisément au vu des expériences passées. Les précédentes tentatives de relance de l’inflation ont été si timides que les autorités monétaires attendront de voir une inflation bien ancrée avant d’envisager de mettre fin à leur politique ultra-accommodante.

Les investisseurs devront surveiller de près l’attitude de la BoJ et du gouvernement japonais pour déceler les signes avant-coureurs de ce revirement, mais avec une inflation nettement inférieure à celle des autres marchés développés, ceux-ci ne seront pas visibles avant quelques mois.

En raison de la vigueur du dollar, l’argent est repassé sous la barre des 20 dollars/once. Le cours de l’argent a accompagné la baisse générale des métaux précieux, les prix de l’or, du platine et du palladium ayant également chuté en août.

La vigueur du dollar repose sur la politique monétaire de la Fed, de plus en plus ferme dans sa lutte contre l’inflation, alors que les marchés envisagent désormais des taux d’intérêt proches de 4% aux États-Unis à la fin de 2022. Les coûts d’emprunts de l’argent ont également augmenté, ce qui permet aux détenteurs du métal de générer jusqu’à 2% par an sur leurs avoirs. Cela pourrait signifier que le marché anticipe une poursuite de la baisse, même si les besoins demeurent importants à court terme, car les participants préfèrent emprunter le métal à un coût élevé plutôt que de procéder directement à des achats.

L’« autosolisme » et la voiture individuelle en question

L’« autosolisme »  et la voiture individuelle en question 

 

Entre 7H00 et 10H00 à proximité de onze métropoles françaises, 14,8% des voitures comptaient plus d’une personne à bord et 87% entre 7H00 et 8H30. C’est le résultat d’une étude des réseaux d’autoroute Vinci qui ont analysé leurs caméras pour saisir les habitudes de transport des Français. Un enjeu d’ordre climatique quand les autoroutes représentent 25% des émissions de CO2 de l’ensemble des transports relate un papier de la Tribune)

 

Des chiffres qui  confirment évidemment l’ inadaptation de la voiture au transport individuel. En moyenne en effet l’occupation d’une automobile est de 1,2 personnes. Cela signifie que 80 à 90 % des voitures ne sont occupés que par le conducteur. Un véritable gâchis notamment énergétique compte tenu de la conception actuelle de l’automobile. NDLR 

Les mobilités partagées sont encore loin d’être le moyen de transport central dans le quotidien des Français. Plus de 85% des automobilistes utilisent leur voiture seul le matin, d’après une étude publiée mardi par le gestionnaire de réseaux d’autoroutes Vinci. Le groupe a analysé les images de ses caméras présentes sur les autoroutes pour la deuxième édition de ce baromètre sur l’autosolisme.

Sur le million de véhicules analysés entre 7H00 et 10H00 entre mai et juin à proximité de onze métropoles françaises, seuls 14,8% des voitures comptaient plus d’une personne à bord. Le taux d’ « autosolisme » culmine à 87% entre 7H00 et 8H30 puis commence à décroître pour atteindre 79% à 10H00.

Pire, l’« autosolisme » est même en forte augmentation au printemps par rapport aux premières analyses de Vinci à l’automne 2021. La proportion de conducteurs seuls dans leur voiture est montée à 98,6% sur l’autoroute A11 près de Nantes (+5,4%), 81,5% sur l’A10 au sud de Paris (+9,2%) ou encore ou à Toulouse avec +6 points.

« Le défi principal que révèle ce 2e baromètre reste la nécessité de faire diminuer l’autosolisme lors des déplacements domicile-travail. Nous sommes convaincus que les mobilités partagées peuvent être utilisées dans les déplacements domicile-travail: c’est à tous les acteurs de la mobilité, opérateurs, communautés, État, associations de voyageurs, de se concerter et d’apporter des solutions concrètes », souligne Amélia Rung, directrice du développement de Vinci Autoroutes.

L’enjeu est d’ordre climatique, dans la mesure où le développement du covoiturage permettrait de réduire l’utilisation de voitures et in fine les émissions de CO2, notamment sur les axes autoroutiers. Les autoroutes représentent 1% du réseau routier français, mais 30% des distances parcourues et 25% des émissions de CO2 de l’ensemble des transports selon l’Union routière. Surtout, les mobilités partagées comme le covoiturage présentent l’avantage de faire diminuer le coût des trajets, en particulier de l’essence dans un moment de flambée des cours des hydrocarbures.

Référendums de Poutine : la grosse ficelle pour justifier le pire ?

Référendums de Poutine : la grosse ficelle pour justifier le pire ?

 

Il est fort probable que les référendums envisagés par Poutine dans les zones occupées en Ukraine risquent de servir de prétexte pour justifier le pire y compris le recours éventuel à l’arme nucléaire.
Poutine est un effet acculé de l’intérieur comme de l’extérieur. À l’intérieur il est coincé entre les plus ultras et une opinion publique de moins en moins favorable à la guerre. À l’extérieur il ne peut pas compter sur le franc soutien de grands pays comme la Chine.

Poutine qui ne connaît que la terreur ne pourra accepter l’éventuelle défaite qui se dessine en Ukraine. D’où cet honteuse initiative de faux référendum pour considérer les zones occupées comme russes et justifier ainsi la défense de la Russie par encore une plus grande terreur

Dénonçant une « guerre d’annexion » menée depuis le 24 février par la Russie en Ukraine, le président français a jugé que les conditions pour organiser de telles consultations n’étaient « absolument pas remplies » dans des territoires en guerre, avec des populations bombardées et déplacées par les combats.

« Il s’agit d’une provocation supplémentaire qui à nos yeux ne donnerait lieu à aucune conséquence sur la position qui est la nôtre », a dit Emmanuel Macron à des journalistes avant un discours devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Il a exigé de la Russie qu’elle quitte le territoire ukrainien et respecte les frontières internationalement reconnues de l’Ukraine, dont la Russie a déjà annexé la Crimée en 2014.

Le président français a jugé que ces projets de référendums portaient la « signature du cynisme » de la Russie et constituaient une « parodie » et une « imitation de forme démocratique ou de légitimité démocratique ».

« Si ce n’était pas tragique, nous pourrions en rire. C’est du cynisme et donc évidemment que ce ne sera pas reconnu par la communauté internationale et que ça n’aura donc aucune conséquence sur le plan juridique », a-t-il dit.

 

Taux d’intérêt de la BCE : bientôt un nouveau relèvement ?

Taux d’intérêt de la BCE : bientôt un nouveau relèvement 

 

Encore un message très énigmatique de la BCE qui en faites doit suivre avec retard la banque fédérale américaine. Pour justifier la possible hypothèse d’un nouveau relèvement des taux d’intérêt, la BCE évoque un relèvement d’un taux neutre. Un taux qui par définition ne soutiendrait pas l’économie mais ne lui porterait pas préjudice non plus. Le problème est de savoir quelle serait ce taux neutre !

 

« En cas de signes d’un risque de désancrage des anticipations d’inflation du fait d’un niveau élevé d’inflation, le taux directeur compatible avec notre objectif sera restrictif », a déclaré la présidente de la BCE lors d’une conférence à Francfort.

Certains responsables de la BCE ont évoqué la possibilité d’une pause dans le resserrement monétaire en cours en zone euro une fois que l’institut de Francfort aura atteint ce qu’il considère être le taux « neutre », c’est-à-dire celui qui ne stimule ni ne freine l’activité économique. Un nombre croissant d’entre eux jugent désormais que les taux directeurs de la BCE devront aller au-delà de ce taux neutre au vu du niveau actuel de l’inflation et des anticipations de hausse des prix qu’elle nourrit.

L’inflation dépasse déjà les 9% en zone euro et les anticipations à long terme, un indicateur particulièrement surveillé par les responsables de la politique monétaire, sont en train de passer au-dessus de l’objectif de 2% de la BCE.

« À l’heure actuelle, les anticipations d’inflation restent relativement bien ancrées selon plusieurs mesures. Mais il ne serait pour autant pas raisonnable de considérer cette situation comme acquise », a dit Christine Lagarde.

Prix électricité : Un plafonnement contre la spéculation ( Medef)

Prix  électricité : Un plafonnement contre la spéculation ( Medef)

 Fabrice Le Saché, président fondateur d’Aera (*), vice-président et porte-parole du Medef, défend un plafonnement du prix de l’électricité contre la spéculation pour favoriser le « made in France » et traverser la crise énergétique. (La tribune)

 

 

Vous êtes venu à  »la Plage aux entrepreneurs », à Arcachon, défendre la réindustrialisation du pays. Cet objectif est-il remis en cause par la flambée des coûts de l’énergie ?

FABRICE LE SACHÉ - Non, dans la mesure où il s’agit d’un objectif structurel de long terme. Face à cela, la hausse des coûts de l’énergie est un problème que l’on espère le plus ponctuel possible même si, évidemment, on ne peut pas construire des capacités de production d’un claquement de doigts. Le Medef a toujours soutenu la filière industrielle nucléaire, mais les nouveaux réacteurs annoncés n’arriveront pas dans les cinq prochaines années.

Il va donc falloir avoir des mesures d’urgence pour mettre un plafond aux hausses de prix qui atteignent des niveaux stratosphériques : quand des entreprises renégocient des contrats qui arrivent à terme, le montant est multiplié par trois, par quatre, par dix, parfois par quinze ! Cela contraint certaines à réduire leur consommation d’énergie, et donc leur production, tandis que d’autres vont tout simplement s’arrêter pour ne pas produire à perte. Cela alimente un mouvement récessif et ce n’est pas un sujet à six mois mais bien un sujet d’aujourd’hui ! D’autant que toutes les tailles d’entreprises sont touchées dans tous les secteurs même si l’industrie, le commerce et la grande distribution sont particulièrement concernées car très énergivores.

Dans ce contexte, quelles sont les propositions du Medef ?

Nous demandons une mesure simple à comprendre pour les chefs d’entreprise : le plafonnement du prix de l’électricité. C’est une mesure qui envoie un signal au marché, qui casse la spéculation et qui redonne un peu de visibilité sur les mois à venir. Il y a des pays voisins qui l’ont fait, comme l’Espagne et le Portugal, et d’autres mouvements patronaux le demandent, notamment en Italie.

Quel efforts les entreprises sont-elles prêtes à faire en contrepartie d’un tel blocage des prix ?

D’une part, le plafonnement ne ferait que limiter la hausse, donc les entreprises en prennent déjà en charge une partie. D’autre part, les entreprises ont déjà réduit globalement leur consommation énergétique de 1,5 point en dix ans. Par ailleurs, les entreprises énergivores ont toujours tendance à optimiser le poste énergie puisque c’est un coût pour elles.

Nouvelles technologies : la photonique

Nouvelles technologies : la photonique

La photonique est une technologie clé que l’Europe ne peut se permettre de perdre

OPINION. Pour rester compétitive, l’Europe doit être plus ambitieuse et suivre les autres régions du monde en investissant davantage dans les technologies de pointe. Notamment la photonique, ou science de la lumière, qui trouve des cas d’usage dans de nombreux secteurs stratégiques, à commencer par l’agriculture. Par Giorgio Anania, PDG de la startup industrielle Aledia.

 

La photonique, ou science de la lumière, est un outil essentiel pour les ambitions de l’Europe en termes de numérique, de technologie de fabrication (industrie 4.0), d’intelligence artificielle, d’agriculture intelligente, de 5G, etc. En tant que technologie habilitante, elle touche à des éléments essentiels liés à des chaînes de valeurs stratégiques, de l’industrie automobile et médicale à l’aérospatiale et aux ordinateurs quantiques.

Actuellement, une vague de chaleur s’abat sur l’Europe et représente une véritable menace pour l’agriculture. En outre, et depuis quelques années, les sols sont trop secs (y compris en France), ce qui affecte davantage le secteur. Selon les experts du climat, dans les prochaines années, nous serons encore plus souvent confrontés à ces conditions qui risquent d’être plus dramatiques. L’agriculture devra donc devenir beaucoup plus efficace, et pas uniquement au niveau de la consommation d’eau.

La photonique contribue à l’amélioration de l’agriculture moderne. En effet, les lasers, l’imagerie hyperspectrale, les capteurs et les LED sont déjà utilisés quotidiennement dans l’agro-industrie. Grâce à ces produits et solutions photoniques, l’agriculture peut surveiller le niveau d’eau, prédire le taux de protéines dans les récoltes de céréales, déterminer le moment opportun pour la récolte des fruits et analyser les produits pour détecter les polluants.

À l’avenir, la photonique pourra contribuer à gérer les fermes verticales. Il s’agit de la culture de denrées alimentaires sur plusieurs niveaux, par exemple dans des hangars. Les fermes verticales, permettent notamment d’économiser de l’espace et de l’eau par rapport aux serres conventionnelles. Les environnements soigneusement contrôlés amélioreront la qualité et le goût des aliments.

Les exemples cités ci-dessus ne représentent qu’un échantillon de ce que la photonique peut apporter. Ses avantages touchent de nombreux autres secteurs clés en France et dans l’UE. Quelques chiffres permettent d’ailleurs d’illustrer l’importance de l’industrie photonique : les entreprises de photonique de l’UE ont pu passer d’un chiffre d’affaires de 76 milliards d’euros en 2015 à 103 milliards d’euros en 2019 – ce qui correspond à un taux de croissance annuel moyen de 7 % sur cette période. Cette croissance dépasse celle de plusieurs secteurs y compris le secteur de la tech avec 4,5 % ou la technologie médicale avec 4,9 %.

Aujourd’hui, le marché de la photonique est desservi par environ 5000 entreprises, principalement des PME. Celles-ci sont extrêmement compétitives, ont créé plus de 30 000 nouveaux emplois au cours des dernières années et ont l’intention de continuer sur cette lancée. Sur le marché mondial, l’industrie photonique européenne s’affirme comme le deuxième plus grand marché, juste derrière la Chine.

Néanmoins, nous sommes confrontés à une concurrence de plus en plus rude – souvent soutenue par des investissements très importantes de la part des États. Il suffit d’observer les autres pays pour connaitre le soutien dont ils disposent. Selon une étude menée en 2017, le gouvernement chinois a subventionné à lui seul l’industrie photonique locale à hauteur d’un milliard d’euros (au moins), sans compter les aides régionales. Selon cette même étude, la Corée du Sud est également très attachée à la photonique et a injecté au moins 2,8 milliards d’euros de fonds publics afin de la propulser au premier rang mondial. Récemment, les États-Unis ont également conclu un partenariat public-privé d’une valeur de 610 millions de dollars afin de contribuer à renforcer la production high-tech de circuits intégrés photoniques dans le pays.

Nous sommes fermement convaincus que pour rester compétitive, l’Europe devrait être plus ambitieuse et suivre les autres régions du monde en investissant davantage dans les technologies de pointe. Pour cela, Photonics21 a déposé une proposition auprès de la Commission européenne, dénommée « Horizon Europe 2021-2027 ». En effet, les dépenses consacrées aux recherches provenant des fonds européens (dont le montant est d’environ 500 millions d’euros) sont complétées par des investissements « privés » issus d’acteurs de l’industrie photonique dans des services de recherche et d’innovation, ainsi que des investissements (R+I spending et Capex) d’environ 100 milliards d’euros d’ici à 2027 également.

Nous avons récemment assisté à une crise des semi-conducteurs face à la concurrence internationale. En conséquence, une pénurie des puces électroniques a gravement nui à l’économie européenne. Aujourd’hui, une loi européenne sur les puces électroniques est nécessaire pour renverser la donne. Afin d’éviter que cela ne se reproduise avec la photonique, il faut prévoir un « EU Photonics Act ». La photonique étant indispensable pour les différents secteurs et dont la valeur ne fera qu’augmenter avec le temps. La promotion de la recherche au niveau national et européen est par conséquent primordiale.

Mémoire de la guerre d’Algérie : soutiens à l’article censuré par le « Monde »

Mémoire de la guerre d’Algérie : soutiens à l’article censuré par le « Monde »

 

Un collectif d’universitaires réagit, dans une tribune au « Monde », à la dépublication par le quotidien de son texte qui analysait l’évolution du discours d’Emmanuel Macron sur les mémoires de la guerre d’Algérie.

 

Le 1er septembre, Paul Max Morin, docteur en science politique et auteur du livre Les Jeunes et la guerre d’Algérie. Une nouvelle génération face à son histoire (PUF, 430 pages, 22 euros), publiait une tribune dans le journal Le Monde, offrant une analyse critique de l’évolution du discours d’Emmanuel Macron sur les mémoires de la guerre d’Algérie. Quelques heures plus tard, la version en ligne de ce texte était retirée par le quotidien. Cette dépublication, qui nous semble inédite dans la vie du journal, était accompagnée d’un court texte présentant les « excuses » du journal à ses lecteurs et lectrices et… au président de la République !

Le motif de la dépublication était, selon cette première explication et des déclarations suivantes, la conséquence d’une « erreur » commise par Paul Max Morin, qui aurait affirmé à tort que la phrase du chef de l’Etat récemment prononcée en Algérie (« Une histoire d’amour qui a sa part de tragique ») qualifiait la colonisation alors qu’il fallait l’entendre comme renvoyant aux « relations franco-algériennes ».

Face à cette situation, nous tenons à affirmer plusieurs points.

Tout d’abord, Paul Max Morin n’a commis aucune « erreur » dans la tribune qu’il propose aux lecteurs du journal Le Monde. Lorsque Emmanuel Macron, qui faisait mine il y a peu de s’interroger sur l’existence d’une nation algérienne avant sa colonisation par la France, parle d’une « histoire d’amour qui a sa part de tragique », il tient des propos qu’il est loisible à un chercheur (et à tout autre citoyen) d’analyser pour peu qu’il présente des arguments à l’appui de sa démonstration.

Or, dans un tchat ouvert mardi 13 septembre pour s’expliquer devant ses lecteurs et lectrices, le quotidien écrit ceci : « Si vous reprenez les propos d’Emmanuel Macron, il est très clair que l’expression “histoire d’amour” évoque les relations franco-algériennes dans leur ensemble, la “part (…) tragique” de cette histoire désignant plus spécialement la part coloniale. La tribune de Paul Max Morin nous semble tordre ces déclarations dans un sens qui ne correspond pas à ces propos. »

Cette réponse mérite que l’on s’y attarde.

A rebours de l’affirmation du quotidien, rien n’indique de façon définitive qu’« il est très clair que l’expression “histoire d’amour” évoque les relations franco-algériennes ». En effet, l’expression « relations franco-algériennes » n’est prononcée ni par le journaliste qui pose la question, ni par le président de la République qui y répond. Au-delà, les propos prononcés par des chefs d’Etat sont fréquemment décortiqués, analysés, soupesés, commentés. La tribune de Paul Max Morin ne déroge à cet égard à aucune règle habituelle de l’exercice de la tribune.

Se libérer de l’impérialisme russe et de la tyrannie rouge

Se libérer de l’impérialisme russe et de la tyrannie rouge

Par Michał Kłosowski dans l’Opinion 

 

 

Tout pays, toute nation, a son ADN et la guerre en Ukraine ne fait que confirmer ce constat. Alors que la Russie, quels que soient le moment historique et  le système politique, les courants intellectuels ou le pouvoir sur place, se constitue par une idée impériale, la Pologne est créée par la subsidiarité et la solidarité, qui en ce moment refont surface. Les meilleuCe libéré de l’impérialisme russe et de la tyrannie rougers exemples en sont l’ouverture aux Ukrainiens fuyant la guerre et le soutien que notre pays apporte à ceux qui luttent pour leur indépendance et leur liberté.

Les chiffres sont éloquents : plus de 6 millions de réfugiés ont traversé les points de passage frontaliers entre nos deux pays. La Pologne est devenue une plaque tournante de l’aide fournie à l’Ukraine. Les Polonais ont massivement ouvert leurs cœurs, leurs maisons, leurs établissements scolaires et universitaires. C’est le début d’une nouvelle histoire de nos deux sociétés voisines, même si jusqu’ici ça ne se passe pas nécessairement comme nous le souhaiterions.

Ce changement vient des leçons de notre propre histoire faites de luttes constantes pour la liberté et l’indépendance, le droit à l’autodétermination et à rester séparés des puissances qui nous entourent – exactement ce pour quoi les Ukrainiens se battent aujourd’hui.

Nous fûmes accueillis par la France lors de la Grande Émigration (première moitié du XIXe s.), par la Grande-Bretagne, la Perse ou encore par la lointaine Inde. Face à la menace qui pesait sur nos vies, nous pouvions compter sur des amis partout dans le monde. Aujourd’hui, ce sont les Ukrainiens qui nous remercient de notre accueil.

Les Polonais se partagent des informations sur le nombre de personnes qu’ils sont capables de loger et de nourrir et organisent des convois humanitaires. Ils s’engagent au sacrifice de leur santé et de leur vie. Les Ukrainiens sont transportés gratuitement de la frontière vers l’intérieur du pays par des gens ordinaires et les chemins de fer offrent à tout réfugié ukrainien des billets gratuits. Le gouvernement a mis à la disposition des Ukrainiens tout ce dont peuvent bénéficier les citoyens polonais : allocation 500+ pour les enfants, soutien médical, assistance sociale et éducation.

C’est un nouveau départ, une troisième vague de solidarité qui secoue maintenant la Pologne. La première était celle du syndicat éponyme « Solidarité » ; la seconde a été un grand élan national à la mort de Jean-Paul II lorsque nous nous sommes tous promis la concorde et la paix, et que pendant plusieurs semaines le pays a été embrassé par un consensus national. La troisième vague a émergé en ce moment, alors que nous divisons en deux le succès de notre transformation polonaise au cours des trente dernières années ; nous partageons tout ce dont nous disposons avec les Ukrainiens.

Les réfugiés sont logés principalement chez des particuliers. Cela fait plusieurs millions de personnes. Quelqu’un pourrait rétorquer : ils ont été accueillis par la diaspora ukrainienne, installée en Pologne depuis 2014, par l’Eglise et d’autres organisations. C’est vrai. Et parce qu’il y a encore des institutions fortes en Pologne, comme l’Eglise, qui se contente d’aider sans flash ni publicité inutile, il n’a pas été nécessaire de construire des camps de réfugiés. Parce que l’Eglise, c’est avant tout des gens. Les réfugiés ont pu voir ce que c’est la proverbiale hospitalité polonaise (« Un invité dans la maison, Dieu dans la maison »). Ils trouvent refuge dans les maisons des Polonais, mais aussi dans les résidences universitaires et les hôtels, où l’Etat prend en charge les frais d’hébergement et de repas et où le service bénévole est généralement assuré par de jeunes Polonais pour lesquels cela reste une expérience générationnelle.

Nous devons faire tout notre possible pour prendre soin des personnes qui fuient l’Ukraine. Si, après l’euphorie initiale, nous laissons triompher nos vices nationaux, nous manquerons la grande opportunité qui s’offre à nous aujourd’hui. Liberté, démocratie et solidarité ne sont pas de vains slogans pour les Polonais et les Ukrainiens. Quant aux autres pays qui se sont libérés de la « tyrannie rouge », ils sont d’une importance cruciale.

Michał Kłosowski est vice-rédacteur en chef de « Wszystko Co Najważniejsze », chef du département des projets spéciaux à l’Institut des Nouveaux Médias

 

Faire entrer Sandrine Rousseau au Panthéon… de la paresse

Faire entrer Sandrine Rousseau au Panthéon… de la paresse intellectuelle

 

De toute évidence Sandrine Rousseau a dépassé Ségolène Royal dans l’excès, la caricature et l’exhibitionnisme politique. Le monde entier nous envie maintenant Sandrine Rousseau estime Philippe Mabille dans la Tribune !

 

Que n’a-t-elle pas dit Sandrine Rousseau ! « La valeur travail, c’est quand même une valeur de droite ». En pleine sobriété, en pleine « fin de l’abondance », voilà que la candidate malheureuse à l’investiture écologiste à la présidentielle revendique un « droit à la paresse ». Bien joué Sandrine ! Pour affronter les rigueurs de l’hiver sibérien à venir, toutes et tous sous la couette en chaussettes et en pull. La paresse, c’est cool, c’est chaud, c’est sobre et ça fait du bien… Et comme ça on aura du temps pour surveiller de près notre application Ecowatt, le Bison Fûté de notre consommation électrique quiElle mériterait sans doute d’entrée des maintenant au Panthéon de la paresse intellectuelle. doit nous éviter le blackout plus sûrement que l’extinction par Anne Hidalgo des feux de la Tour Eiffel à Paris.

Heureusement que nous l’avons Sandrine Rousseau pour animer le débat public un brin angoissant de cette fin d’été. Elle est presque aussi forte que le Medef qui met en berne son amour de l’économie de marché pour réclamer un plafonnement des prix de l’énergie. Accordé par Bruxelles, qui au passage réinvente la taxation des superprofits, sans prononcer son nom, mais en prévoyant 140 milliards d’euros de recettes sur les énergéticiens, quand même. En attendant, c’est la peur des coupures qui domine : Clémentine Maligorne raconte comment les entreprises les plus énergivores se préparent pour les pénuries.

Sandrine Rousseau, le monde entier nous l’envie, car le rire, c’est bien connu, ça libère l’esprit et réchauffe les cœurs. Cela faisait longtemps, depuis Ségolène Royal sans doute, que la gauche n’avait trouvé de leader aussi charismatique, presque mystique. Dans une France à bout de souffle, comme dirait l’immortel Jean-Luc Godard, ce n’est pas avec les LR ou Renaissance, que l’on va imaginer de nouvelles idées. Le parti présidentiel qui doit élire ce samedi son nouveau patron est devenu « une véritable chronique nécrologique », nous dit un fin observateur du macronisme.

Pour faire le buzz, rien ne vaut la potentielle nouvelle patronne des Verts qui doivent eux-aussi se choisir en décembre un nouveau chef.fe. En multipliant les provocations, Sandrine Rousseau est en train de prendre le dessus sur Yannick Jadot et tous ses concurrents. Une stratégie concurrencée à gauche par Fabien Roussel, le patron des communistes, qui prend des positions strictement orthogonales en défendant le travail contre l’assistanat dans une tribune au Monde que n’aurait pas renié Laurent Wauquiez. Avec Roussel, ce n’est plus le marteau et la faucille, mais l’entrecôte et le bleu de chauffe.

Alors qu‘Emmanuel Macron confie en catimini à la « presse présidentielle », dans un « off » absolu aussitôt rompu avec l’autorisation de l’Elysée, sa volonté d’imposer de force dès cet automne deux des réformes les plus dures de son programme présidentiel, celle de l’assurance-chômage dont les indemnités seront modulées en fonction de la situation de l’emploi, et celle des retraites en allongeant la durée de cotisation, Sandrine Rousseau allume un contre-feu salutaire. Quoi ? Un président de la République qui veut ramener la France au plein emploi et adresser un message de sérieux budgétaire à Bruxelles, voire financer par ce surcroît de travail quelques dépenses de solidarité nouvelles, comme la dépendance ou la revalorisation du minimum vieillesse ; ça va pas bien la tête ! On a le droit « à la paresse », « de faire des pauses dans la vie », « c’est ça les allocations », dit Sandrine Rousseau sans doute inspirée par le revenu universel de Benoît Hamon, qui ne lui a pas rendu service en 2017. La paresse, d’accord, mais qui paye ? Ben, ceux qui travaillent évidemment… Et voilà reparti le bon vieux débat sur l’assistanat, qui ne sert que les extrêmes.

En vérité, Sandrine Rousseau n’est pas si radicale que la caricature qu’elle inspire pourtant : le fond de son propos, c’est de dire que « pour redonner une dignité aux salariés, il faut qu’ils puissent ne pas dépendre de leur emploi ». Un discours d’émancipation qui ressemble à quelques nuances près à celui que celui que tenait le candidat Emmanuel Macron en 2017. Le président de la République a porté l’idée de pouvoir démissionner de son emploi sans perdre ses droits au chômage afin de pouvoir se reconvertir. Une réforme d’ailleurs mise en œuvre, mais de façon TRÈS encadrée. Alors, Macron-Rousseau, même combat ? Et si, sous l’exagération du droit à la paresse, sommeillait l’idée assez moderne, d’un droit à la transition d’un métier à l’autre ? Après tout, c’est exactement ce dont l’économie française a besoin le plus, dans sa conversion. Pour parvenir à la neutralité carbone, la France a certes besoin de profs et d’ingénieurs, mais elle manque cruellement d’électriciens, de plombiers, de soudeurs, pour rattraper son retard dans les énergies renouvelables et… dans le nucléaire, comme l’a regretté le patron d’un EDF ruiné Jean-Bernard Lévy, en passe d’être remplacé. Si l’idée de Sandrine Rousseau est de permettre un droit au travail choisi, émancipateur, pour tous et toutes, qui peut être contre ? Au boulot alors… Marions Macron et Rousseau. Vite, un plan Marshall pour relancer en même temps les EPR et les éoliennes. Mais la crise va durer au moins jusqu’en 2024. La France va payer cash l’imprévoyance de ses politiques. Ce monde nouveau était-il pourtant si difficile à prévoir ?, s’étonne Marc Endeweld. En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées, le slogan des années 70 a besoin d’un coup de peinture fraîche.

Ce débat sur l’emploi, le travail, la retraite, percute de plein fouet celui sur le vieillissement relancé cette semaine par l’avis du Comité national d’éthique sur la « fin de vie ». Emmanuel Macron, soucieux de laisser une trace dans l’histoire, ira-t-il jusqu’à autoriser le suicide assisté comme en a bénéficié en Suisse le cinéaste Jean-Luc Godard parti parce qu’il était fatigué de vivre à 91 ans ? Ce débat est aussi dans l’actualité culturelle avec le film japonais d’anticipation « Plan 75 » qui imagine une société qui décide de se débarrasser légalement, et de manière industrielle, des plus de 75 ans. Une sorte de « Ballade de Narayama » moderne qui rappelle aussi le roman « Soleil Vert » de Harrison porté à l’écran en 1973 et qui raconte comment dans le New York de 2022, comme par hasard, on incite les âgés et les malades à s’euthanasier, sans savoir que l’industrie agro-alimentaire les recycle en nourriture gratuite pour une population affamée, comme une allégorie à la fin de l’abondance…

La définition de la précarité énergétique

La définition de la précarité énergétique 

Par Adèle Sébert, Doctorante en sciences économiques, Université de Lille

 

Traduite de l’anglais « fuel poverty », la précarité énergétique est définie officiellement en France dans la loi Grenelle II du 12 juillet 2010 de la façon suivante :

« Est en situation de précarité énergétique [...] une personne qui éprouve dans son logement des difficultés particulières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’habitat. »

Cette définition fait ainsi se croiser question sociale et question écologique, mais ne précise pas ce que recouvrent les « besoins élémentaires ».

De la suspension de la hausse de la taxe carbone en réponse aux « gilets jaunes » en 2018 aux mesures du gouvernement pour faire face à la hausse des prix de l’électricité et du gaz à l’automne 2021 (bouclier tarifaire, prime bonus au chèque énergie), en passant par la loi énergie-climat de 2019 signant la fin des tarifs réglementés de vente de gaz pour 2023 et loi climat et résilience de 2021 modifiant le classement de performance énergétique des logements, l’actualité énergétique de ces dernières années met le consommateur d’énergie sur le devant de la scène politique, et en particulier le consommateur « précaire énergétique ».

 

L’impact du prix des énergies

 

Outre leur place dans la politique énergétique, les prix de l’énergie constituent l’un des trois éléments usuellement pris en compte pour caractériser la précarité énergétique, aux côtés des ressources des ménages et de l’état du bâti, car ils ont des effets sur les dépenses énergétiques.

En regardant les 30 dernières années et en prenant 1990 comme année de référence, il apparaît que là où le RMI/RSA est resté plutôt stable, les prix des énergies ont eu tendance à augmenter mais de manière différenciée et dans des proportions différentes. Les variations des prix permettent de distinguer d’un côté les prix des énergies fossiles et d’un autre côté les prix de l’électricité. Les prix constants du propane ont doublé par rapport à ceux de 1990, ceux du gaz et fioul ont été multipliés par 1,5, là où ceux de l’électricité ont d’abord diminué puis augmenté pour rattraper l’indice du RMI/RSA en 2020.

Quelles dépenses énergétiques pour les ménages ?

 

Au moment où la précarité énergétique a été définie, en 2010, la part des dépenses énergétiques des ménages octroyée au logement était de 51 % contre 49 % pour les carburants. En 2019, la répartition par poste de dépense est identique. Elle est restée plutôt stable depuis dix ans, malgré une hausse des dépenses courantes TTC moyennes.

Par Adèle Sébert, Doctorante en sciences économiques, Université de Lille

Retraite: La réforme est devenue un piège pour Macron

Retraite: La réforme est devenue un piège pour Macron

 

Comme d’habitude chez Macron des grandes déclarations, de grands projets comme sur la r traite. Il avait promis une retraite universelle et tout cela va se finir peut-être par un léger recul de l’âge de la retraite….. déjà en cours du fait des réformes précédentes ( (le  départ en retraite est en effet de 63,5 ans en moyenne et la proposition de Macron pourrait se limiter un allongement de six mois). Le dossier est l’emblème des déceptions suscitées à gauche par le macronisme et le symbole des contradictions politiques dans lesquelles se trouve le président de la République, estime dans sa chronique Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».

 

Est-ce parce qu’Emmanuel Macron a tant de mal à envisager la sienne que le dossier des retraites est en traiLa réforme est devenue un piège pour Macron de virer au psychodrame ? Sur le papier, pourtant, rien ne paraît insurmontable : si l’on se réfère aux dernières prévisions du Conseil d’orientation des retraites (COR) , le système, excédentaire en 2021 et 2022, va renouer avec les déficits dès l’an prochain pour rester durablement déséquilibré. Le rapport évoque une fourchette de déficit comprise entre 7,5 milliards et 10 milliards d’euros en 2027. Le besoin de financement se situerait ensuite entre 12,5 milliards et 20 milliards à l’horizon 2032.

Il faut donc agir sans tarder en choisissant la solution la moins mauvaise dans un panel bien connu des gouvernements précédents puisque tous se sont heurtés à la même réalité démographique : la France vieillit et le rapport entre actifs et retraités se dégrade. Pour assurer la pérennité du régime par répartition, il faut soit baisser le niveau des pensions versées aux retraités, ce qui est socialement inacceptable, soit augmenter la charge financière sur les actifs, ce qui est particulièrement délicat en période d’inflation, soit allonger la durée de la vie active.

Ce qui ne devrait être qu’une discussion de bon sens, certes difficile, est en train de virer à l’épreuve de force politique parce que, lundi 12 septembre, devant l’Association de la presse présidentielle, Emmanuel Macron a évoqué l’hypothèse d’agir par une mesure d’âge dès la discussion, cet automne, du projet de loi de financement de la sécurité sociale.

Aussitôt, son allié du MoDem François Bayrou s’est dressé contre l’absence de concertation tandis que Laurent Berger y a vu un casus belli. Sur France Inter, dimanche 18 septembre, le secrétaire général de la CFDT a prévenu qu’en cas d’action immédiate ses troupes seraient dans la rue et que son syndicat boycotterait le conseil national de la refondation qui a difficilement démarré le 8 septembre. Toute la tonalité du quinquennat se trouve désormais suspendue à la décision que doit prendre dans les prochains jours la première ministre, Elisabeth Borne.

Si un tel point de crispation a été atteint aussi rapidement, c’est que le dossier des retraites n’est pas que financier. D’un quinquennat à l’autre, il s’est transformé en boulet politique, à la fois emblème des déceptions suscitées à gauche par le macronisme et symbole des contradictions politiques dans lesquelles se trouve empêtré le président de la République.

La déception, à gauche, vient de l’échec du premier projet, celui de 2017, que Laurent Berger avait, au départ, soutenu parce que l’objectif n’était pas de rééquilibrer le système mais d’en corriger les plus criantes inégalités. La retraite par points faisait miroiter à chacun la possibilité de gérer sa vie active comme il l’entend.

Géopolitique de la Russie : la restauration de la puissance tsariste et soviétique

Géopolitique de la Russie : la restauration de la puissance tsariste et soviétique

Par Lukas Aubin, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières dans » the conversation » 

 

Depuis la dissolution de l’URSS en 1991, la Russie a cherché à conserver son influence sur les pays postsoviétiques, que ce soit sur les plans culturel, militaire ou diplomatique. Cette stratégie d’influence passe par la création d’outils intergouvernementaux, l’expansion de médias de propagande, mais aussi l’utilisation de soft et de hard power dans l’ensemble de la région. Le rapprochement des États baltes avec les structures euro-atlantiques et la volonté générale d’émancipation de ces pays à l’égard de Moscou s’opposent à l’idée transnationale de « monde russe ». La question de la position de la Russie vis-à-vis des pays anciennement membres de l’URSS mérite tout particulièrement d’être examinée en détail compte tenu de la guerre qu’elle a déclenchée le 24 février dernier en Ukraine.

Cet extrait est tiré de l’ouvrage de Lukas Aubin, docteur en Études slaves contemporaines, spécialiste de la géopolitique de la Russie (Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières), intitulé Géopolitique de la Russie, à paraître le 8 septembre aux éditions La Découverte. Ce passage permet de mieux comprendre l’idée d’« étranger proche », utilisée en Russie pour désigner les pays post-soviétiques et la politique du Kremlin les concernant.

Si les ambitions géopolitiques de la Russie sont mondiales, les moyens de sa puissance sont donc avant tout régionaux. Ils se cantonnent à l’espace postsoviétique ou plus précisément aux quatorze pays de l’ex-URSS, soit les anciennes marches de l’empire du tsar Nicolas II. Principale puissance économique et militaire de l’espace postsoviétique, la Russie cherche à s’y imposer dès 1991 comme l’héritier naturel de l’URSS. Cette posture du « grand frère » trouve ses origines dans l’histoire de l’Empire russe et fait preuve d’une remarquable continuité jusqu’à aujourd’hui. Dans la « carte mentale » des dirigeants russes autant que dans celle de la population, la Russie se doit d’avoir la primauté de l’influence au sein de cet espace. En décembre 2018, un sondage du centre indépendant Levada révèle ainsi que 66 % des Russes interrogés regrettent l’URSS.

Les élites du pouvoir russes se dotent très tôt du concept d’« étranger proche » (blijniéié zaroubiéjié). Si son origine est incertaine, on la retrouve chez l’ancien ministre des Affaires étrangères Andreï Kozyrev dans la première moitié des années 1990. Il désigne alors les territoires postsoviétiques sur lesquels la Russie cherche à conserver une influence.

Dès lors, afin de protéger son « glacis », le Kremlin s’efforce d’institutionnaliser sa politique d’influence dans les domaines économique, militaire et stratégique au sein de l’ex-URSS. En 1992, la création de la Communauté des États indépendants (CEI) par la Russie conjointement avec le Bélarus a pour objectif d’en être le fondement.

Regroupant douze des quinze États postsoviétiques, la CEI fait d’emblée face au refus des pays baltes qui décident de regarder à l’ouest. Déjà, cette stratégie connaît ses premiers échecs liés au fait que l’espace postsoviétique est particulièrement hétérogène et que chaque État dispose désormais de ses propres intérêts géopolitiques. Plus tard, le Turkménistan (2005), la Géorgie (2008) et l’Ukraine (2014) quittent l’organisation à la faveur de différends avec la Russie.

Malgré ces revers, l’expression « étranger proche » devient un pan entier de la politique étrangère russe sous Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev. En 2016, l’article 49 du Concept de politique étrangère de la Fédération de Russie décrit le « développement de la coopération bilatérale et multilatérale avec les États membres de la Communauté des États indépendants (CEI) et le renforcement ultérieur des structures d’intégration actives dans l’espace de la CEI qui impliquent la Russie » comme les axes prioritaires du pays à l’étranger.

Pour concrétiser cette ambition, les autorités russes cherchent également à construire un espace économique commun dans la région. En 1995, l’Union douanière est créée entre le Bélarus, le Kazakhstan et la Russie. Rapidement renommée Zone de libre-échange (1996), elle participe à l’édification de l’Union économique eurasiatique (UEEA) en 2014 qui regroupe l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Bélarus et la Russie.

Ces cinq pays intègrent parallèlement un commandement militaire commun à l’initiative du Kremlin en 2012 par l’intermédiaire de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), créée en 1992. Selon les autorités russes, ces trois organisations (CEI, UEEA et OTSC) ont pour objectif de souder l’espace postsoviétique autour de la Russie et de construire une ceinture de protection militaire, économique et diplomatique face à l’OTAN et l’UE. Il est impératif pour le Kremlin que la Russie conserve une zone d’influence privilégiée sous peine de voir l’OTAN, l’UE et les États-Unis se rapprocher dangereusement du territoire russe.

Ces craintes se concrétisent dans les années 1990 et 2000, qui voient le déploiement de l’OTAN jusqu’aux portes de la Russie. Alors que Mikhaïl Gorbatchev souhaitait l’avènement d’une « maison commune européenne », la nouvelle maison post-URSS se construit sans la Russie par l’intermédiaire du déploiement de l’OTAN et l’UE vers l’est. À la faveur de vagues d’élargissement successives initiées en 1999, tous les anciens pays du pacte de Varsovie rejoignent l’Alliance atlantique. De plus, en 2004, cette dernière accueille sept nouveaux membres dont les pays baltes. Pour Moscou, l’intégration d’anciennes républiques soviétiques à l’OTAN marque un tournant.

Dès lors, la zone tampon géopolitique qui existait entre la Russie et le monde dit occidental disparaît et les bases militaires américaines se déploient aux frontières du plus grand pays du monde. Selon Vladimir Poutine, cette stratégie pilotée par les États-Unis est une violation d’un accord verbal entre le secrétaire d’État américain James Baker et Mikhaïl Gorbatchev sur la non-prolifération de l’Alliance atlantique vers l’est datant du 9 février 1990. « Ils nous ont menti à plusieurs reprises [...] avec l’expansion de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord vers l’est, ainsi qu’avec le déploiement d’infrastructures militaires à nos frontières », déclare le président russe le 18 mars 2014, justifiant par là même l’annexion de la Crimée.

Face à ce qui est perçu comme une agression, la Russie hausse le ton. Afin de conserver et d’exercer son influence, le Kremlin lie le concept d’« étranger proche » à celui de « monde russe » (rousski mir). Ce dernier correspond à une idée civilisationnelle transnationale qui dépasse les frontières de la Russie. Selon le chercheur Louis Pétiniaud, la notion de « monde russe » est une « représentation géopolitique aux racines multiséculaires, réaffirmée dans la sphère politique russe dans les années 1990, qui suggère l’existence d’un espace civilisationnel centré autour des valeurs, voire de l’ethnogenèse du peuple russe [...]. Le monde russe comprend la diaspora russe présente dans certaines républiques postsoviétiques » (Pétiniaud, in Limonier et Pawlotsky, 2019).

En effet, en 2020, la diaspora russe dans le monde est comprise entre 25 et 30 millions de personnes dont la majorité est située en ex-URSS. Ainsi cette forte proportion de Russes ethniques (autrement appelés russophones) devient-elle pour le Kremlin un levier d’influence culturel et politique vital. Dès 2001, Vladimir Poutine résume sa stratégie en s’adressant à ceux qu’il appelle les « compatriotes de l’étranger » lors du premier congrès mondial éponyme. Selon lui, les dizaines de millions de personnes parlant, pensant et se sentant russes qui vivent à l’étranger doivent « marcher ensemble » et « aider la patrie dans un dialogue constructif avec les partenaires étrangers ».

Dès lors, l’objectif est de transformer « la présence des Russes à l’étranger en influence de la Russie à l’étranger » Souslov, 2017. C’est ainsi que les créations consécutives de Russia Today _(2005), de la fondation Rousski Mir (2007) et de l’agence fédérale Rossotroudnitchestvo (2008) consacrent cette volonté politique. En disposant désormais de structures d’influence à l’étranger, le Kremlin peut déployer sa stratégie en ex-URSS via le « monde russe » pour orienter la politique des États ciblés.

D’une part, la Russie renforce ses accords économiques (notamment gaziers et pétroliers) avec la plupart des États postsoviétiques. Héritière structurelle de l’URSS, elle reste le centre énergétique, militaire et cybernétique de son territoire néocolonial et les États tiers en sont souvent dépendants. Les conflits gaziers réguliers entre la Russie et l’Ukraine (2005‑2006, 2007‑2008, 2008‑2009 et depuis 2013) révèlent les usages géopolitiques des ressources par Moscou avec l’« étranger proche ».

Pourtant, les forces centrifuges de l’« étranger proche » sont à l’œuvre depuis 1991 et nombreux sont les États et les peuples qui souhaitent s’émanciper du joug russe en rejoignant l’Occident. En 1997, l’Organisation pour la démocratie et le développement (GUAM), qui regroupe la Géorgie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan et la Moldavie, naît d’une volonté des quatre États d’intégrer les structures européennes. Plus tard, les pays baltes, qui comptent d’importantes minorités russophones, rejoignent l’UE et l’OTAN en 2004. À la suite, les « révolutions de couleur » (révolution des roses en Géorgie, 2003 ; orange en Ukraine, 2004 ; des tulipes au Kirghizistan, 2005 ; en jean au Bélarus, 2005) voient les peuples postsoviétiques affirmer leurs espérances démocratiques et ébranler un peu plus la stratégie d’influence de la Russie au sein de l’ex-URSS.

Perçues à la fois comme une tentative d’ingérence occidentale et une tentative d’affranchissement de l’espace russe, ces révolutions entraînent un durcissement de la part des autorités russes. En Lettonie, en Ukraine ou même au Kazakhstan, les médias russophones se déploient en masse afin de prêcher la bonne parole et diffuser l’aura du Kremlin. La rhétorique de la protection du « monde russe » maltraité par des gouvernements « nazis » est par exemple devenue monnaie courante pour justifier un conflit diplomatique(pays baltes) ou une intervention militaire (Ukraine).

L’intervention américaine en Yougoslavie en 1999, qui a conduit à la dislocation du pays et au déploiement des bases militaires de l’OTAN, constitue un scénario que les autorités russes ne souhaitent pas voir se reproduire au sein de l’espace postsoviétique.

Que ce soit durant la guerre en Géorgie en 2008, la guerre en Ukraine depuis 2014, ou la guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie en 2020 à propos du Haut-Karabakh, la Russie est depuis 2000 partie prenante de tous les conflits qui se tiennent sur son territoire de prédilection. La guerre en Géorgie en août 2008 est probablement un marqueur important de cette nouvelle stratégie conduite par le régime. En gelant le conflit par l’intermédiaire de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud-Alanie, le pouvoir russe crée des zones tampons où elle conserve une autorité certaine puisqu’elle est de facto et de jure l’un des seuls pays à les reconnaître et à les perfuser économiquement et militairement.

Désormais, ces États de facto sont nombreux et reflètent ces conflits dits « gelés » où les solutions n’ont toujours pas été trouvées, mais où l’influence russe est dominante : Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du Sud, Haut-Karabakh, Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk, et même Crimée. Ce mélange entre hard power et soft power dans des zones stratégiques proches de la Russie peut désormais être assimilé à ce que certains chercheurs appellent du smart power Nossel, 2004, c’est-à-dire la capacité de la Russie à utiliser à la fois l’intimidation militaire et l’influence culturelle dans des espaces russophones pour peser sur les décisions politiques de pays tiers.

En outre, à l’échelle de la Fédération de Russie, l’« activation du syndrome postimpérial » à partir de 2014 par le régime russe a également pour objectif de réunir et mobiliser la population des « quatre Russies » (Zoubarevitch, 2015) autour d’un but commun : la restauration de la puissance tsariste et soviétique.

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Par Lukas Aubin, Docteur en Études slaves contemporaines : spécialiste de la géopolitique de la Russie et du sport, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Pour une politique publique de la santé visuelle

Pour une politique publique de la santé visuelle 

 

Alors que près de deux millions de personnes sont malvoyantes ou non voyantes en France, et que les projections démographiques anticipent une augmentation, la politique publique esquissée en ce domaine manque d’ambition, alertent, dans une tribune au « Monde », quatre spécialistes du handicap visuel.

 

Moins on voit, moins on est vu. Les personnes qui perdent la vue, perdent aussi, progressivement, leur autonomie et leur place dans notre société. Ce processus de retrait ou de repli de la vie sociale est en grande partie lié à l’impact physique et psychique du handicap visuel. C’est une double peine pour des personnes qui sont déjà confrontées à l’angoisse terrible de la perte totale ou partielle d’un sens qui, à lui seul, apporte près de 80 % de la perception du monde qui nous entoure.

Cette mécanique d’isolement social et de perte d’autonomie s’est d’ailleurs malheureusement amplifiée avec l’explosion de la numérisation de nos actes de la vie courante. L’association Valentin Haüy l’a d’ailleurs récemment souligné lors d’une campagne de sensibilisation pour faire prendre conscience des difficultés spécifiques que posent les usages du numérique aux personnes en situation de handicap visuel.

Au-delà de cette fracture numérique, c’est plus globalement une fracture sociale qui menace toutes les personnes dont la vue s’abîme. Face à ce constat, la politique publique esquissée pour maintenir et développer l’autonomie des personnes touchées par le handicap visuel manque d’ambition. Comme l’a encore souligné l’inspection générale des affaires sociales (IGAS), on note en France, pour l’ensemble de la filière visuelle, « une quasi-absence de stratégie au plan national et régional » et des données épidémiologiques largement « insuffisantes ». Ni la « stratégie nationale de santé », définie par le ministère de la santé, ni les « projets régionaux de santé », élaborés par les agences régionales de santé (ARS), n’identifient des axes forts d’intervention consacrés à la santé visuelle.

L’absence de politique publique forte dans ce domaine pose question dans un contexte où l’offre d’accueil, d’orientation, de suivi médical et médico-social et de prise en charge des personnes en situation de déficience visuelle est globalement très insuffisante. Cette insuffisance d’offre est criante dans l’ensemble des régions. Ainsi, en Ile-de-France, une seule institution propose quelques places en soins de réadaptation pour les personnes en situation de handicap visuel, avec par conséquent des listes d’attente de plus de deux ans !

Cette situation est d’autant plus étonnante qu’il s’agit d’un enjeu de santé qui touche des millions de Français. En ce qui concerne le handicap visuel c’est près de deux millions de personnes qui sont concernées. Cela ne devrait pas s’améliorer dans les années à venir, bien au contraire. Les projections démographiques montrent que, avec le vieillissement de la population, les pathologies visuelles, souvent corrélées à l’âge (DMLA, glaucome), vont augmenter très sensiblement.

Le temps de la guerre des ressources

Le temps de  la guerre des ressources 

 

 

Marie Charrel, du Monde, estime  que chaque génération thématise, selon les peurs qui la traversent, sa fin de l’insouciance. Celle des années 2020 prend désormais conscience de la limitation des ressources naturelles.

 

« Nous vivons la fin, pour ceux qui en avaient, d’une forme d’insouciance. » Alors que les risques de pénurie énergétique se profilent avec l’automne, les mots prononcés par le président Emmanuel Macron, le 24 août, ont un écho chaque jour un peu plus douloureux. Outre leurs implications économiques, leur sens littéral même interpelle. Car qui, jusqu’ici, vivait vraiment dans l’insouciance ? Interrogé sur le sujet dans l’émission « Sans oser le demander », diffusée le 30 août sur France Culture, le philosophe Guillaume Le Blanc apporte une réponse assez tranchante : personne. Ni les moins aisés, bien sûr, angoissés par les fins de mois difficiles. Ni les plus riches, inquiets quant à eux de la protection de leur patrimoine. L’anxiété change de nature selon la classe sociale, mais elle n’est jamais absente.

Les baby-boomers, qui ont connu l’euphorie des « trente glorieuses » (1945-1975), ont-ils eu la chance, eux, d’échapper au poids des soucis pendant leur adolescence ? Même pas, assure le philosophe, qui appelle à se méfier de l’illusion du paradis perdu : « Chaque époque est traversée par des formes différentes de peur et thématise ce qu’elle appelle la fin de l’insouciance. » Dans les années 1980, ce fut l’irruption du sida. Dans les années 1990, celle du chômage de masse. Dans les années 2000 et 2010, celle des attentats…

La décennie 2020, elle, sera marquée par la prise de conscience de la limitation des ressources. Nous nous heurtons au « nœud de contradictions du développement de nos sociétés », explique Guillaume Le Blanc. Nous ouvrons les yeux sur « l’obsolescence programmée de la planète du fait de la prédation systémique du capitalisme des ressources ».

Se tirer de ce nœud exige de rompre avec l’obsession de la croissance et de placer la vulnérabilité de nos écosystèmes au centre des préoccupations. Mais, à court terme, cette remise à plat sera contrariée par la récession en Europe, en raison du choc énergétique engendré par la guerre en Ukraine. Les gouvernements vont devoir parer à l’urgence – protéger ménages et entreprises mis à genoux par la flambée des prix de l’électricité. A moyen terme, cette remise à plat sera contrariée, aussi, par les difficultés d’accès aux matières premières indispensables à la transition énergétique et à notre survie même – à l’exemple de l’eau. La fin de l’insouciance marque l’entrée dans la guerre des ressources. Elle a déjà commencé.

Une récente étude du Peterson Institute for International Economics tente d’évaluer qui, par le jeu des actionnaires, contrôle les parties-clés des chaînes d’approvisionnement mondiales de minerais et de terres rares. « Cette analyse n’est pas simple, car les entreprises ne sont pas nécessairement constituées en société dans les pays où se déroulent les activités d’extraction et de production, et les actionnaires peuvent exercer une influence par le biais de multiples filiales », expliquent les auteurs, les économistes Luc Leruth, Adnan Mazarei, Pierre Régibeau et Luc Renneboog. Mais leur constat est sans appel : la Chine domine ces chaînes de valeur, et ce bien plus que ce qui est communément admis.

Élisabeth II : pourquoi la fascination ?

L’historien Philippe Chassaigne, spécialiste du Royaume-Uni, revient sur les raisons de l’engouement que suscite la monarchie britannique ( Franceinfo)

Elle fascine des deux côtés de la Manche. Si les Britanniques se sont précipités pour rendre hommage à la reine Elizabeth II, la France n’est pas en reste. Les médias généralistes français, et pas seulement la presse people, accordent une large couverture à la mort de la souveraine. Comment expliquer cet engouement ? Pourquoi la famille royale britannique passionne-t-elle les Français plus que les monarchies espagnole, belge ou monégasque ?

Franceinfo a interrogé Philippe Chassaigne, historien spécialiste du Royaume-Uni et de la famille royale, pour décrypter ce phénomène.

Franceinfo : Les Français sont-ils aussi fascinés qu’on le dit par la couronne britannique ou les médias français en font-ils trop ?

Philippe Chassaigne : Il y a un réel intérêt du public français. On le voit avec les audiences des chaînes d’info. Et ça ne date pas de ces derniers jours. Evidemment, le décès d’une reine qui règne depuis soixante-dix ans, ce n’est pas anecdotique.

Cet intérêt semble être lié au fait que nous avons une république qui, par bien des côtés, a un aspect monarchique. Finalement, nous projetons chez nos voisins britanniques cette fascination pour un système politique différent, qui met en avant les questions d’apparat, de cérémonial. Le président de la République, dans le message qu’il a envoyé aux Britanniques, a dit : « Pour vous, c’était votre reine, pour nous, c’était LA reine. » Les Français, quand on dit « reine », pensent à Elizabeth II. Elle est une sorte d’archétype du souverain, même s’il y en a d’autres en Europe.

Pourquoi les Français s’intéressent-ils autant à la famille royale britannique, bien plus qu’aux autres monarchies européennes ?

Les siècles d’or de l’Espagne, ce sont les XVIᵉ et XVIIᵉ siècles. Pour la Grande-Bretagne, c’était le XIXe et le début du XXe. C’est quand même plus proche de nous sur le plan historique.

« Certes, il y a eu des moments de tension, et nous en vivons un en ce moment [avec le Brexit]. Mais dans les grands moments, comme en 1914 ou en 1939, nos deux pays se sont retrouvés. »
Les Français sont-ils touchés de la même manière que les Britanniques par la mort de la reine Elizabeth II ?

Ils ne sont peut-être pas touchés de la même manière. Mais on a vu que des Français s’étaient précipités à Londres pour rendre un dernier hommage à la reine. Pour les Britanniques, il y a un attachement, une incarnation. Pour nous, la reine était plutôt une image archétypale. Je suis certain que lundi, la retransmission des funérailles en direct sur toutes les chaînes sera beaucoup suivie en France. 

Mais justement, pourquoi cet élan ?

Les autres monarchies font moins rêver, elles n’ont pas la même profondeur historique.

« Elizabeth II a régné pendant soixante-dix ans. Ça lui a donné une certaine épaisseur diplomatique, elle a connu 15 Premiers ministres. L’avantage des souverains, c’est que plus ils règnent, plus ils ont une autorité morale importante. »

Tout est aussi une question de décorum. Depuis le règne de Victoria, le cérémonial est à peu près immuable. Voilà ce qui peut expliquer la fascination.

Pourtant, l’engouement pour la famille royale coïncide avec une certaine anglophobie en France…

C’est justement parce qu’on a bien compris la différence entre le monarque qui règne et ne gouverne pas, et le gouvernement. Les relations entre la France et Boris Johnson n’était pas très bonnes. La Première ministre actuelle, Liz Truss, n’a pas été bien inspirée de dire qu’on ne savait pas si la France était un ennemi ou un ami.

Mais en France, on sait très bien que les Premiers ministres passent et que le souverain reste.

« Le monarque n’est pas impliqué dans l’activité politique au quotidien. Celui qui porte le poids de l’hostilité des Français, le cas échéant, c’est donc le Premier ministre, pas le souverain. »

 

Depuis le Brexit, les relations culturelles entre le Royaume-Uni et l’Union européenne se sont détériorées. Les Français peuvent moins facilement visiter, étudier ou travailler au Royaume-Uni. La reine représentait-elle un des derniers ponts entre nos deux pays ?

Elizabeth II n’a jamais manifesté son point de vue sur l’entrée ou la sortie de l’Union européenne. Elle était au-dessus de tout ça, elle continuait d’effectuer des déplacements officiels. On pouvait donc penser qu’elle enjambait la frontière géographique et diplomatique entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, sans tenir compte des tensions politiques. 

En France, en cours d’anglais, tous les élèves entendent parler de la monarchie britannique. C’est ce que beaucoup retiennent de la culture britannique. A l’école, quand on apprend une langue et quelques éléments de civilisation, on va d’abord privilégier des éléments fédérateurs dont on peut supposer que tout le monde les connaît. Quand on s’intéresse à un pays étranger, les clichés sont intéressants, car ils permettent de cristalliser l’attention, en particulier au collège ou avec des jeunes gens. Et pour l’Angleterre, la famille royale est un bon moyen de les amener à s’intéresser.

« Elizabeth II était probablement plus connue que les Beatles, elle dit quelque chose à tout le monde. »

Cette fascination peut-elle aussi s’expliquer par l’histoire de la France, un pays qui a décapité son roi ? Sommes-nous nostalgiques de la monarchie ?

Il n’y a pas de nostalgie, mais depuis la Vᵉ République, on dit bien que le président est un monarque républicain. Il y a quand même tout un cérémonial. Il ne se déplace pas dans un carrosse d’or, mais il y a la garde républicaine, le président vit dans un palais…

« Même en république, les Français sont habitués à un cérémonial présidentiel qui n’est pas étranger à un cérémonial monarchique. »

La transposition peut donc se faire plus facilement. Mais la France reste une république et les Français y sont attachés. Cette culture politique est enracinée dans notre pays depuis 1958.

Stéphane Bern affirmait dans la Revue des deux mondes « Si la famille royale britannique est aussi populaire en France, c’est parce qu’elle incarne justement ce pouvoir symbolique capable de rassembler tout un peuple et dont nous nous sentons orphelins. » Est-ce que nous envions au Royaume-Uni la manière dont la monarchie fédère le peuple ?

En France, la figure présidentielle n’est pas du genre à susciter un consensus gravé dans le marbre. C’est toute la différence entre un monarque et un président. En Grande-Bretagne, à l’inverse, l’écrasante majorité est pour le maintien de la monarchie. Donc oui, je pense que c’est un élément fédérateur. Le mouvement républicain, opposé à la monarchie, est d’ailleurs mineur outre-Manche. Au maximum, il n’y a jamais eu plus de 20% des Britanniques qui se disaient républicains.

Pour perdurer, la famille royale s’est-elle renouvelée ? S’est-elle adaptée à l’époque moderne ?

Lorsque la reine Elizabeth II est montée sur le trône, c’était l’époque de la presse papier. Lors de son couronnement en 1953, elle a accepté, parce que son mari insistait, que la cérémonie soit diffusée à la télévision. Ensuite, elle est passée au documentaire en 1969. Puis au multimédia avec l’ouverture du site internet de la famille royale. La monarchie est aussi sur Twitter. D’ailleurs, le décès de la reine a d’abord été annoncé sur Twitter, avant de l’être de façon plus formelle avec l’affiche placardée sur les grilles du palais de Buckingham.

Dans la famille royale, il y a des disputes, des tromperies, des réconciliations, des scandales… mais dans un décor luxueux. Est-ce ce mélange d’ordinaire et d’extraordinaire qui nous passionne ?

Le feuilleton royal, c’est une sorte de Dallas à la britannique. Il y a eu le déballage de linge sale entre le prince Charles et Diana, et puis la princesse Anne qui divorce et épouse son amant… Dans la génération suivante, il y a les brouilles réelles ou supposées entre Kate Middleton et Meghan Markle, ou entre les deux frères William et Harry. En France et au Royaume-Uni, le feuilleton royal fait vendre des dizaines de milliers d’exemplaires. Ça a dopé les ventes de Paris MatchPoint de vue, etc. C’est du pain bénit pour la presse people.

Le social abandonné par la gauche ?

Le social abandonné par la gauche ?

 

 

La gauche est souvent plus mobilisée sur les questions sociétales que sur les problématiques sociales, déplore Philippe Bernard, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.

 

Existe-t-il un danger politique plus grand pour la France que l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir ? Or comment l’empêcher si les électeurs des classes populaires continuent de se tourner de plus en plus vers les Le Pen – 17 % des ouvriers en 1988, 39 % en 2017 et 42 % en 2022 au premier tour de la présidentielle ? Ces questions se posent au pouvoir en place et renvoient à la condescendance, voire au mépris, qu’a souvent manifesté Emmanuel Macron. Le grand mérite du député La France insoumise de la Somme, François Ruffin, est d’oser affirmer qu’elles concernent en premier lieu et de façon vitale la gauche.

La force de son petit livre Je vous écris du front de la Somme (Les Liens qui libèrent, 144 pages, 10 euros) est de reposer sur une réalité vécue : la petite musique des « Je ne peux pas voter pour la gauche, je suis pour le travail » et la hargne répétée contre « ceux qui “ne se lèvent pas le matin (…), touchent des aides” pendant que “nous, on n’a droit à rien” », entendues lors de porte-à-porte dans sa circonscription, entre Amiens et Abbeville.

A partir d’un double constat – le succès de Jean-Luc Mélenchon chez les bourgeois de centre-ville et parmi les habitants de banlieue issus de l’immigration, et son échec face à Marine Le Pen dans les zones pavillonnaires et rurales –, l’élu de la Somme appelle à réconcilier ces deux électorats, condition sine qua non des victoires passées et futures de la gauche et d’un affaiblissement de l’extrême droite. La gauche, devenue aux yeux de bien des électeurs le « camp des assistés », doit, dit-il, redevenir celui du travail justement rémunéré et de la fierté qu’il procure.

Dérobée par l’extrême droite à l’instar de la laïcité ou du patriotisme, la « valeur travail » – également mise en avant par Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste français – doit être défendue et reliée à l’impératif de la lutte contre le changement climatique, elle-même pourvoyeuse d’emplois et d’espoir collectif. Sous le « parfum d’abandon » de la France des périphéries que ressent François Ruffin, sous sa plaidoirie en faveur de droits sociaux universels « sans obligation de misère », se devine la critique d’une gauche plus mobilisée sur les questions sociétales que sociales, plus encline à magnifier les particularismes que l’universalisme.

De fait, comment espérer détourner les électeurs populaires du vote Le Pen lorsque certains, à gauche, dépensent l’essentiel de leur énergie dans des polémiques qui les hérissent, attisent l’anxiété et les peurs sans proposer de solution et exacerbent inutilement les clivages ? Avec sa défense des burkinis dans les piscines, le maire (EELV) de Grenoble, Eric Piolle, n’a probablement fait que conforter les préjugés sur une supposée complaisance de la gauche à l’égard de l’islam radical.

Société- Allongement des retraites et fin de vie : La martingale de Macron

Société-  Allongement des retraites et fin de vie :  La martingale de Macron

 

Il y a quelque chose de surréaliste chez  Macron qui introduit brusquement des questions intemporelles pour dissimuler sans doute son incapacité à répondre aux différentes crises urgentes  actuelles.

 

Ainsi vient-il de ressortir du tiroir la fameuse réforme des retraites mais de manière un peu ratatinée et relativement contradictoire par rapport à ses orientations passées. Il faut se rappeler que Macron avait promis lors de son premier mandat une réforme des retraites pour mettre en place un régime dit universel à points intégrant la suppression des régimes spéciaux. Et de promettre qu’il n’y aurait pas de réforme uniquement paramétrique. Or récemment ,c’est le contraire qu’il a annoncé avec un renoncement à sa grande réforme, la mise entre parenthèses de la réforme universelle et  le recentrage sans doute uniquement sur l’allongement de la date de départ.

 

Parallèlement , le président a   surpris tout le monde en faisant émerger de façon curieuse la question tellement complexe de la fin de vie. En plus en la confiant non pas aux institutions et organismes compétents mais à une convention dite citoyenne, sorte d’organisation bidon pour contourner à la fois la démocratie participative et la démocratie élective et qui débouche en général sur des propositions de type auberge espagnol fondées sur des discussions de bistrot manipulées par des experts.

Il faut cependant reconnaître qu’il y a une grande cohérence entre l’allongement de la retraite et la question de la fin de vie. Il est clair que prolonger le travail jusque vers 70 ans voire au-delà permettrait en même temps d’accélérer la fin de vie et de résoudre pour partie le problème financier de l’équilibre du régime des retraites !

D’une certaine manière, Macron a donc trouvé la martingale. Heureusement, comme il montre une grande capacité à se contredire, l’agenda politique du président pourrait encore opérer des slaloms contradictoires.

À quand une convention citoyenne sur les contradictions « anthropologiques » ( comme dirait le ministre des finances) des responsables politiques ?

Ukraine : la paix négociée ou la fragile victoire?

Ukraine : la paix négociée ou la fragile victoire?

 

La double contre-offensive de l’Ukraine dans le sud et dans le nord-est du pays est pour l’instant un succès. Mais a-t-elle les moyens de remporter une victoire militaire décisive et incontestable ? Par Cyrille Bret, Sciences Po

 

 

Six mois après le déclenchement de l’« opération militaire spéciale » russe en Ukraine, le 24 février 2022, le gouvernement de Kiev a engagé, fin août-début septembre, une contre-offensive dans le sud et le nord du pays. Dans la région méridionale de Kherson et dans la zone nord-orientale de Kharkiv, les soldats ukrainiens ont commencé à reprendre du terrain aux troupes russes. Remarquées pour leur rapidité, leur agilité et leur efficacité, ces deux contre-attaques inquiètent en Russie, rassurent en Occident et suscitent l’espoir en Ukraine.

En effet, les troupes russes ont quitté les villes de Balakliia, Izioum et Koupiansk dans l’est du pays. L’armée ukrainienne semble ainsi inverser la tendance : désormais, les armées russes sont en difficulté dans la région de Donetsk, pourtant sous contrôle des séparatiste pro-russes.

Malgré les succès tactiques qu’elles semblent promettre, ces initiatives suscitent toutefois plusieurs questions : pourquoi maintenant, et pourquoi précisément dans ces zones ? Comment l’Ukraine parvient-elle à bousculer les forces armées russes, en pleine réorganisation ? Surtout, cette contre-attaque présage-t-elle d’une reconquête complète des 20 % du territoire ukrainien occupés par la Russie ?

Saisir l’opportunité de la « rentrée diplomatique »

Les deux mouvements ont été lancés à un moment essentiel du calendrier stratégique international et régional. En effet, l’action sur Kherson a été déclenchée au moment de la commémoration de la fête nationale ukrainienne, le 24 août, et juste avant la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Prague, le 31 août (le fameux Gymnich). L’avancée dans la région de Kharkiv a démarré quelques jours plus tard.

Il était essentiel pour la présidence Zelensky d’éviter l’érosion de son soutien populaire à l’intérieur et de manifester sa détermination à l’extérieur. Élu le 21 avril 2019 pour cinq ans, le président Zelensky aborde en effet le dernier tiers de son mandat : face aux risques d’usure à l’intérieur et de « fatigue » à l’extérieur, il se devait de prendre l’initiative.

Son projet est également de parvenir à des résultats militaires tangibles avant la 77ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, qui aura lieu du 20 au 26 septembre 2022. L’Ukraine veut s’y présenter non seulement comme victime de la Russie mais également comme État souverain capable d’assurer sa sécurité, pour peu qu’il bénéficie des soutiens internationaux nécessaires.

L’enjeu de cette Assemblée générale des Nations unies sera triple pour Kiev :

  • premièrement, rallier des soutiens au-delà du camp occidental, car l’Ukraine dépend très largement des financements extérieurs (Banque mondiale, FMI, Union européenne, États-Unis) pour continuer à fonctionner ;
  • deuxièmement, essayer d’isoler davantage la Fédération de Russie, puisque les politiques de sanctions sont peu suivies en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud ;
  • enfin et surtout, faire reconnaître sa détermination à recouvrer son intégrité territoriale dans le temple des États-nations, l’ONU. En février 2022, le but de la Russie était en effet de faire apparaître l’Ukraine comme un « État failli » à l’identité nationale illusoire et au gouvernement incapable. Les deux contre-offensives qui viennent d’être lancées réduiront la portée de ces éléments de langage de Moscou.

Quels que soient leurs résultats militaires (durables ou fugaces, concrets ou symboliques), ces initiatives militaires démontrent que l’Ukraine a bien survécu, comme État et comme nation, à l’invasion russe. Avec ces contre-attaques, l’Ukraine saisit à pleines mains l’opportunité de la « rentrée diplomatique ». Reste à évaluer les chances de succès et, surtout, la finalité de ces actions.

Un « Valmy ukrainien » ?

Ces opérations ne répondent pas seulement à un timing soigneusement pensé, elles se déploient aussi dans des champs géographiques et à travers des modes d’action hautement symboliques. Dans les deux opérations, c’est en effet le « peuple en armes » (une armée qui compte environ 40 % de conscrits) de l’Ukraine qui reconquiert des régions essentielles du territoire national. À bien des égards, ces batailles sont comparables, dans leur portée politique, avec celle de Valmy où, le 20 septembre 1792, l’armée populaire française avait défait les troupes étrangères.

Dans les deux actions se manifestent les ressorts qui ont permis aux forces armées ukrainiennes de répliquer à la tentative de conquête russe : rapidité, agilité, utilisation des informations de terrain et mobilisation de soldats motivés. Les troupes ukrainiennes tirent en effet parti de leurs blindés pour fondre rapidement sur des nœuds logistiques essentiels de l’armée russe au nord ; pour mener la campagne du Donbass au sud-est de Kharkiv ; et enfin, au sud, près de la Crimée, pour bloquer les troupes russes qui continuent à se diriger vers la région d’Odessa. Encore une fois, les forces armées ukrainiennes ont mis en évidence la fatigue des troupes russes, le niveau discutable de leurs équipements et la qualité médiocre de leurs tactiques.

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Par-delà leur intérêt tactique, les zones dans lesquelles les troupes ukrainiennes agissent ont une valeur politique et symbolique essentielle pour les opinions ukrainienne comme russe. Contre-attaquer dans la région de Kherson, c’est, pour les Ukrainiens, tout à la fois essayer de reprendre une des villes les plus importantes conquises par l’armée russe, bloquer l’avancée russe vers la région essentielle d’Odessa (sud-ouest) et surtout tenter de débloquer un verrou vers la Crimée. Longuement préparée, cette opération n’est pas une « action surprise » à proprement parler car Kiev a toujours affiché son refus d’abandonner le sud du pays.

En revanche, la contre-offensive conduite dans le nord du pays a, quant à elle, fait jouer au maximum l’effet de surprise. Là encore, la zone a une valeur majeure à de multiples points de vue : proche de la Russie, peuplée d’un grand nombre de russophones, capitale économique du nord du pays, la ville de Kharkiv (Kharkov en russe) est un enjeu fondamental pour la Russie : si le gouvernement de Kiev réussit à renforcer ses positions dans cette région, Moscou pourrait devoir se résoudre à abandonner l’idée, sérieusement envisagée, consistant à l’annexer ou à y créer un État fantoche.

Reste à savoir si ces batailles déboucheront sur des victoires (Valmy) ou sur des points de fixation meurtriers (Verdun).

La paix ou la victoire ?

Ces contre-offensives manifestent de façon éclatante la détermination des Ukrainiens à sauver leur État, à défendre leur territoire et à préserver leur souveraineté. Mais elles sont circonscrites dans l’espace et dans leurs résultats. Elles posent donc avec acuité la question de la finalité stratégique que poursuit l’Ukraine.

Dans de nombreux forums politiques, les représentants officiels de l’Ukraine affirment que leur but est la victoire complète contre la Russie. Et ils considèrent tout compromis d’armistice et de paix comme une véritable « trahison » de l’idée nationale ukrainienne.

Autrement dit, leur objectif stratégique est de reconquérir non seulement les zones prises par les Russes depuis le 24 février 2022 mais également les régions sécessionnistes (Républiques autoproclamées de Lougansk et Donetsk) et les zones annexées (Crimée) depuis 2014.

Ces objectifs sont-ils militairement et économiquement réalistes ? L’Ukraine est-elle en capacité de mener une contre-offensive de grande ampleur pour reprendre le cinquième de son territoire actuellement occupé par les troupes de la Fédération de Russie ? Si elle est dans son droit au regard des normes internationales, l’Ukraine doit-elle s’engager résolument dans un conflit nécessairement très long pour reconstituer son territoire ? En conséquence, les soutiens de l’Ukraine doivent-ils également assumer cet objectif de « victoire » ? C’est la position que plusieurs voix influentes défendent aux États-Unis.

L’Ukraine doit-elle plutôt chercher un rapport de force militaire suffisamment favorable pour engager ensuite des négociations ? Doit-elle donc multiplier les contre-offensives pour conduire ensuite une Russie épuisée à la table des négociations ? Et les soutiens de l’Ukraine doivent-ils la soutenir dans cette stratégie comme la France et l’Allemagne l’envisagent mezza voce ?

Si les succès tactiques actuellement constatés se confirment et se multiplient, les autorités ukrainiennes seront placées devant un véritable dilemme : la victoire complète à très long terme ou la paix insatisfaisante à moins longue échéance.

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Par Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Se renouveler en politique : comme la girouette ?

Se renouveler en politique : comme la girouette ?

 

 

Depuis l’avènement de la Ve République et l’élection du président de la République au suffrage universel, la vie politique française est façonnée par les élections présidentielles, qui doivent immanquablement marquer un changement, voire une rupture dans les programmes comme dans les pratiques politiques.Souvent aussi avec des retours en arrière et contradictions. Mais comme disait Edgar Faure pour s’excuser, » ce n’est pas la girouette qui tourne mais le vent ! »  Par Mathias Bernard, Historien, Université Clermont Auvergne (UCA)

En 2007, Nicolas Sarkozy s’est fait élire sur une promesse de « rupture ». En 2012, François Hollande a fait de même en faisant son slogan d’une promesse : « Le changement, c’est maintenant ! » Quant à Emmanuel Macron, en 2017, il annonçait l’avènement d’un « nouveau monde ». Les résultats de la séquence électorale de 2022, marqués par une forte abstention et la progression des forces d’opposition, rendent nécessaire une transformation profonde.

En cette rentrée politique, perdants comme gagnants sont confrontés à cette question : comment se réinventer en politique sans se trahir ?

Cette question, plusieurs personnalités qui ont accédé à la présidence de la République se la sont posée, parfois à plusieurs reprises, au cours de parcours marqués par des évolutions personnelles qui sont autant de jalons vers la conquête puis la préservation du pouvoir. François Mitterrand a ainsi endossé trois rôles successifs.

Entre 1959 et 1965, l’ancien jeune ministre ambitieux de la IVe République parvient à faire oublier ses liens avec le régime de Vichy, volontiers stigmatisé pour apparaître comme le principal opposant à De Gaulle, regroupant derrière lui une grande partie de ceux qui se réclament de la gauche démocratique et sociale. À partir de 1971, il prend le contrôle du Parti socialiste et devient socialiste – sans cacher qu’il s’agit là d’une forte évolution personnelle. En 1969, dans Ma part de vérité, il avait fait cette confidence :

« Je ne suis pas né à gauche, encore moins socialiste. Il faudra beaucoup d’indulgence aux docteurs de la loi marxiste, dont ce n’est pas le pêché mignon, pour me le pardonner. J’aggraverai mon cas en confessant que je n’ai, par la suite, montré aucune précocité. »

Pourtant, tout au long de ces années 1970 qui préparent son accès à l’Élysée, il se fait le chantre éloquent d’un socialisme d’inspiration marxiste, dans la continuité d’un Jaurès et d’un Blum et dans la foulée de sa première déclaration comme premier secrétaire du PS, le 13 juin 1971 :

« Celui qui n’accepte pas la rupture ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. »

Une fois parvenu au pouvoir, Mitterrand doit peu à peu faire accepter et incarner lui-même l’adaptation de ce socialisme à l’économie de marché et à ses contraintes. Il ne s’agit pas d’abjurer le socialisme – lors de la présidentielle de 1988, il continue de se dire « socialiste » -, mais plutôt d’en inventer une version moderne, libérale, européenne. Cette transformation, qui vise à inscrire un gouvernement de gauche dans la durée et à faciliter sa réélection, concerne non seulement le fond, mais aussi la forme du discours du Président.

Le 28 avril 1985, il fait sensation lorsqu’il se présente en président « cablé » (et non plus seulement « branché ») lors d’une interview télévisée avec Yves Mourousi, délibérément placée à la frontière de l’information et du divertissement ; – ce qui était alors une véritable première.

Dans une carrière politique nationale s’étendant sur une cinquantaine d’années, les changements de position de François Mitterrand ne furent pas très nombreux. Ils ont pourtant contribué à remettre en cause la sincérité des engagements d’un homme souvent décrit comme « ambigü » - ou – pour reprendre les termes d’un de ses biographes, Michel Winock – comme une « personnalité ondoyante » et un « maître de l’équivoque ».

Que dire alors de ses deux successeurs ? Jacques Chirac a été comparé à l’acteur italien Leopoldo Frégoli par plusieurs contemporains, notamment le socialiste Jean-Louis Bianco ou encore le journaliste Jean-Marie Colombani, en raison de ses positions successives et contradictoires.

Il a tour à tour défendu un gaullisme conservateur aux côtés de son mentor Georges Pompidou, puis le « travaillisme à la française » pour se démarquer de Valéry Giscard d’Estaing, contre lequel il lance également, en 1979, « l’appel de Cochin » dénonçant la dilution de la nation française au sein de l’Europe. Après 1981, soucieux de rassembler les droites, il s’est converti à la construction européenne et s’est fait le chantre d’un néo-libéralisme inspiré des modèles américain et britannique avant de stigmatiser la « fracture sociale », dans une ultime métamorphose sociale qui lui permet d’être élu en 1995.

Son successeur, Nicolas Sarkozy, ne cherche pas à relativiser les évolutions de son positionnement et de ses discours.

Au contraire, il les assume et les met en scène – car il a bien pris conscience que les électeurs français de ce début du XXIe siècle recherchent le changement et sanctionnent systématiquement ceux qui s’inscrivent dans une continuité. Lors des présidentielles victorieuses de 2007, il fait campagne sur « la rupture », alors même qu’il a occupé des postes-clefs (ministre de l’Intérieur puis ministre de l’Économie) dans le quinquennat qui s’achève.

Lors du grand discours tenu porte de Versailles en janvier 2007 qui marque le début de sa campagne, il insiste longuement sur le fait qu’il a changé, au plan politique comme au plan personnel.

« J’ai changé parce qu’une élection présidentielle est une épreuve de vérité auquel nul ne peut se soustraire [...]. J’ai changé parce que les épreuves de la vie m’ont changé. »

Candidat à sa réélection cinq ans plus tard, il tente d’exploiter le même ressort, en affirmant « J’ai appris » et en assurant les électeurs qu’il a tiré les leçons de l’exercice du pouvoir présidentiel et qu’il changera sa manière d’incarner la fonction. Et lorsqu’après son retrait consécutif à son échec en 2012 il effectue un retour sur la scène politique, il cherche une nouvelle à se réinventer, en affirmant qu’avec l’âge il a trouvé la « sagesse » et le « recul » qui lui faisaient naguère défaut.

Se réinventer en politique, ce n’est pas simplement infléchir son discours. Cela passe aussi par des actes forts, notamment par des ruptures. Ainsi, en août 1976 Jacques Chirac démissionne avec fracas de son poste de premier ministre sous Valéry Giscard d’Estaing pour lancer la famille gaulliste à la conquête du pouvoir, autour d’un nouveau parti (le RPR), d’une nouvelle base militante, d’un nouveau programme.

En novembre 2008 Jean-Luc Mélenchon quitte le Parti socialiste dont il animait l’aile gauche depuis une vingtaine d’années. Mélenchon ne présente pas cette rupture comme une transformation de son positionnement, mais au contraire comme une marque de fidélité à ses engagements, désormais incompatible avec un Parti socialiste en proie à une « dérive libérale ». Mais par cet acte, il contribue à proposer une nouvelle offre politique qui, au cours des quinze années suivantes, joue un rôle croissant au sein de la gauche puis de la vie politique française.

Les ralliements constituent une autre forme de réinvention de la position politique d’une personnalité. En apportant en février 2017 son soutien à Emmanuel Macron, François Bayrou met fin à quinze ans d’isolement de la famille politique centriste et commence à ancrer le futur président vers le centre droit.

En octobre 1974, Michel Rocard, accompagné de nombreux cadres et militants du Parti socialiste unifié (PSU), rejoint le PS à l’occasion des Assises du socialisme. Il quitte alors la position marginale qui était la sienne dans le champ politique, en tant que principal dirigeant d’un parti identifié à l’extrême gauche, pour devenir au sein du PS le porte-drapeau d’une « deuxième gauche », décentralisatrice et modernisatrice, et disputer le leadership de François Mitterrand. Non seulement cet acte politique majeur transforme Michel Rocard en potentiel candidat à la présidence de la République, mais il constitue un jalon essentiel dans l’évolution du socialisme français.

Se réinventer en politique n’est pas l’apanage des individus et peut aussi caractériser une démarche collective, qui s’est longtemps exprimée par la création d’un parti politique. Au cours des quarante dernières années toutefois, une seule force politique nouvelle est apparue et s’est cristallisée en parti politique avec la ferme volonté de transformer les pratiques politiques et partisanes et de faire émerger de nouvelles thématiques (l’écologie, la démocratie participative) : il s’agit des écologistes qui, en 1984, créent les Verts qui, au cours de leur histoire et de leurs différentes évolutions stratégiques et partisanes, éprouveront des difficultés à respecter pleinement cette promesse de renouvellement.

Le paysage politique français de la Ve République est donc davantage marqué par l’évolution des forces politiques existantes que par l’émergence de nouvelles organisations. Ces évolutions internes se traduisent souvent par des changements de nom, comme pour manifester ce désir de se réinventer. Ces changements furent particulièrement nombreux entre 2002 et 2015, notamment à droite, comme pour manifester la fin d’une génération marquée par la rivalité entre Chirac et Giscard : l’UMP, LR, le MoDem, l’UDI sont ainsi apparus, sans forcément changer radicalement l’identité de leur famille politique.

La seule évolution significative concerne le Front national, devenu Rassemblement national en 2018 : le changement de nom s’inscrit dans la stratégie de « dédiabolisation » adoptée par Marine Le Pen. Celle qui est parvenue à la tête du FN en 2011 cherche avant tout à normaliser et à légitimer une force politique qui a peu changé sur le fond mais qui s’engage dans une logique de conquête de pouvoir, après le cuisant échec du second tour de la présidentielle de 2017.

La présidentielle de 2017 souligne d’ailleurs les limites des dynamiques de renouvellement, qui semblaient bénéficier pourtant d’un contexte favorable : un jeune président qui s’engage à rompre avec « l’ancien monde » et à réformer la société française en brisant les conservatismes ; une majorité parlementaire constituée autour d’une nouvelle organisation et de députés fraîchement élus et souvent issus de la société civile ; une volonté de renouveler la pratique du pouvoir présidentiel et à impliquer davantage les citoyens dans le débat public… Sur ces différents points, le bilan de la première présidence Macron a été mitigé, ce qui explique en grande partie les résultats en demi-teinte du printemps 2022.

Cette incapacité structurelle à réinventer la politique est liée aussi bien au conservatisme des élites dirigeantes qu’aux contraintes liées aux institutions de la Ve République. Il nourrit en grande partie le désenchantement démocratique qui saisit les citoyens français en ce début de XXIe siècle.

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Par Mathias Bernard, Historien, Université Clermont Auvergne (UCA)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

La révolution de Mélenchon reportée à une date ultérieure !

La révolution de Mélenchon reportée à une date ultérieure !

Mélenchon avait promis la foudre, la tempête et la révolution pour la rentrée. En fai, t on devra se contenter d’une manifestation relativement modeste le 16 octobre mais sans les syndicats qui refusent la récupération politique par la NUPES. Même le parti communiste s’interroge sur l’opportunité d’une telle démarche qui risque de faire apparaître davantage la faiblesse de la gauche et ses divisions.En outre,  cette initiative alimente une grande confusion entre la responsabilité syndicale et la responsabilité politique. De ce point de vue, cette décision de manifestation risque de faire apparaître la gauche comme une force d’opposition à finalité syndicale et non comme une force potentielle de gouvernement. Par ailleurs , cette marche risque aussi de jeter un trouble sur les initiative de manifestation des syndicats déjà considérés comme trop politisés pour beaucoup

Dans un appel commun diffusé vendredi à l’AFP, les partis de la gauche – à l’exception du Parti communiste – et plusieurs organisations associatives et syndicales ont appelé à une « marche contre la vie chère et l’inaction climatique ».

Jean-Luc Mélenchon avait appelé à une « initiative politique » telle que cette marche dès juillet.

La France insoumise, le Parti socialiste, EELV et d’autres organisations politiques et associatives ont appelé vendredi à une « grande marche contre la vie chère et l’inaction climatique » le 16 octobre à Paris. L’initiative, évoquée pour la première fois début juillet par Jean-Luc Mélenchon lors d’une conférence au siège du Parti ouvrier indépendant (POI) – également signataire de l’appel -, s’inscrit « dans la continuité des mobilisations engagées par les syndicats et associations, dont les journées nationales d’action des 22 et 29 septembre et la mobilisation climat du 23 septembre », ont précisé ces organisations dans un communiqué transmis à l’AFP.

Le Parti communiste, pourtant membre de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), est absent des signataires de cet appel à l’instar des syndicats, qui ont dit en début de semaine qu’ils ne feraient pas partie de l’appel, contrairement à au souhait de Jean-Luc Mélenchon de construire uun nouveau « front populaire ». Mais les choses peuvent encore évoluer. Une nouvelle réunion est prévue entre les différents partis, associations et syndicats le 4 octobre.

Non à « une politique antiécologique »

Les organisations marcheront donc « contre le pouvoir macroniste » qui « refuse d’augmenter les salaires, de geler les loyers ou de bloquer les prix face à la vie chère », écrivent ces organisations, parmi lesquelles Générations, le Nouveau parti anticapitaliste, Ensemble !, la Gauche démocratique et sociale (GDS), L’Alternative, La Voix lycéenne, Nouvelle Donne, le Parti ouvrier indépendant (POI) et Pour une Écologie Populaire et Sociale (PEPS).

Hausse des salaires, blocage des prix de l’énergie et des produits de première nécessité, taxe immédiate sur les super-profits ou encore retraite à 60 ans feront partie des revendications du cortège,  qui s’élancera de Paris le 16 octobre, précédé par des « initiatives symboliques le samedi 15 octobre », indiquent ces organisations.

 

 

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