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Boycotter la coupe du monde de foot au Qatar ?

Boycotter la coupe du monde de foot au Qatar ?

 

 

Aurore Lalucq, députée européenne (Place publique), Maxime des Gayets, conseiller régional d’Ile-de-France (PS), et Richard Bouigue, adjoint au maire du 12e arrondissement de Paris (PS), appellent, dans une tribune au « Monde », les responsables politiques, les sponsors mais aussi le public à ne pas cautionner un événement si décrié, en boycottant la cérémonie d’ouverture, le 20 novembre.

Un appel un peu tardif et qui découvre les dégâts du fric dans le foot. Un appel assez hypocrite qui ne concerne que la cérémonie d’ouverture beaucoup moins regardée que les matchs. Bref,  un appel un peu gratuit et hors du temps;  il faut d’un effet rappeler que l’attribution a été décidée courant 2010 et que c’est avant cette décision qu’il convenait de prendre en compte les conséquences prévisibles sur le plan financier, social, écologique et sportif. Le scandale du foot fric est autrement plus complexe que ce qui est écrit mais dans cette contribution . NDLR 

Les soupçons sur la procédure d’attribution, les scandales écologiques liés à la climatisation à ciel ouvert de ses stades, la litanie des décès de milliers d’ouvriers dans ses chantiers, l’homophobie d’Etat et ses répressions régulières n’ont pas encore suffisamment ébranlé les consciences pour mettre en doute la tenue de cet événement sportif planétaire.

L’histoire a déjà été coutumière de cette contradiction entre une effervescence partagée pour ces grands rendez-vous et l’acceptation de situations ou de régimes aux valeurs opposées à celles du sport. On se souvient de la Coupe du monde en Argentine en 1978, alors sous la férule du général Jorge Videla, de celle de 2018 dans la Russie de Vladimir Poutine ou encore des récents Jeux olympiques d’hiver à Pékin en février, en plein génocide contre les Ouïgours.

Certains ont su, à ces moments, défendre des positions courageuses. C’est aujourd’hui le cas de l’ex-footballeur international allemand Philipp Lahm, qui a décidé de boycotter cette Coupe du monde qatarienne pour protester contre les violations des droits humains.

Doit-on attendre des sportifs qui prendront part à ces compétitions des attitudes aussi engagées ? Ce serait un signe heureux. Mais ceux-ci n’ont pas à porter seuls le poids de la contestation morale quand tant d’autres se font si silencieux.

Après la Suède et l’Italie, l’Europe en question ?

Après la Suède et l’Italie, l’Europe en question ?

 

Editorial du « Monde ». Pour la première fois depuis cent ans, l’Italie s’apprête à expérimenter un gouvernement dominé par l’extrême droite. Une menace pour l’Europe, après les succès des Démocrates de Suède et du RN aux élections législatives.

 

Si le triomphe de Fratelli d’Italia aux élections législatives italiennes, dimanche 25 septembre, n’est pas une surprise au regard des sondages qui, ces dernières semaines, lui donnaient une large avance, la victoire d’un mouvement postfasciste dans un pays membre fondateur de l’Union européenne (UE), troisième économie de la zone euro, n’en constitue pas moins un séisme politique.

Avec un quart des suffrages, le parti de Giorgia Meloni est désormais en position de force pour former un gouvernement de coalition avec la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi. Pour la première fois depuis l’accession au pouvoir de Benito Mussolini, à l’issue de la Marche sur Rome, il y a pile cent ans, l’Italie s’apprête à expérimenter un gouvernement dominé par l’extrême droite. Certes, Fratelli d’Italia a jusqu’à présent tenté de rassurer en gardant ses distances avec le fascisme historique. Mais ses ambiguïtés et ses références douteuses contribuent à entretenir l’inquiétude sur ses intentions véritables et incitent à la plus grande vigilance.

Avec cette élection, la politique italienne fait une nouvelle fois la preuve de son extrême volatilité. Après une courte période de dix-neuf mois de stabilité et de crédibilité sur le plan international, sous le gouvernement de Mario Draghi, le pays a choisi de faire un saut dans l’inconnu en portant au pouvoir une coalition hétéroclite, populiste et identitaire, dont l’espérance de vie est déjà questionnée.

La situation est d’autant moins claire que la victoire électorale débouche sur un rapport de force qui est loin d’être stabilisé. Même si la coalition s’est assuré la majorité absolue des sièges à la Chambre des députés comme au Sénat, deux de ses composantes, la Ligue et dans une moindre mesure Forza Italia, ressortent très fragilisées du scrutin. S’ouvre désormais une deuxième campagne sous la forme d’une négociation délicate entre trois alliés de circonstance, dont les points de divergence sont nombreux. Le tout dans un système institutionnel où les contre-pouvoirs limitent les marges de manœuvre de la majorité. Cette période constituera un test crucial pour la résilience de la démocratie italienne.

Pour maintenir sa cohérence, la coalition devra commencer par trouver un point d’équilibre sur le conflit russo-ukrainien. L’atlantisme et le soutien à l’Ukraine affichés par Giorgia Meloni se trouvent en porte à faux avec la russophilie de Silvio Berlusconi et de Matteo Salvini. De ce rapport de force au sein du futur gouvernement italien dépendra la solidité de la cohésion européenne face à Vladimir Poutin.

Les relations avec les institutions européennes s’annoncent, elles aussi, incertaines. L’anti-européanisme viscéral du président de la Ligue risque de se heurter au réalisme de Giorgia Meloni, qui s’est engagée à suivre le plan de réforme élaboré par son prédécesseur et approuvé par la Commission européenne. Fratelli d’Italia a certes promis à ses électeurs de trouver des aménagements aux efforts réclamés par Bruxelles pour améliorer les finances publiques et la compétitivité du pays. Mais, avec une dette représentant 150 % du PIB, l’Italie n’a pas réellement les moyens d’entrer en conflit ouvert avec l’UE, qui doit encore lui verser 140 milliards d’euros dans le cadre du plan de relance européen post-Covid.

Pour l’Europe, dont le continent doit déjà subir une guerre frontale pour la première fois depuis des décennies, la situation politique en Italie est un nouveau défi. Quelques jours après le succès des Démocrates de Suède, une formation née d’un parti ouvertement néonazi, et alors qu’en France le Rassemblement national de Marine Le Pen a confirmé sa progression récente en faisant élire près de cent députés à l’Assemblée nationale, la victoire historique de Fratelli d’Italia confirme à tous ceux qui faisaient mine de l’ignorer que le danger vient principalement d’un côté en Europe : de l’extrême droite. De partis nationalistes qui cherchent à banaliser leur apparence, mais n’en demeurent pas moins opposés, dans leur identité et leurs principes, aux valeurs qui ont fondé l’Union européenne.

Pour l’heure, l’Europe ne peut que prendre acte de la victoire de Giorgia Meloni en misant sur la capacité du système politique italien à trouver, comme il a toujours su le faire, les compromis nécessaires pour gommer les radicalités exprimées lors des scrutins. C’est l’intérêt de la nouvelle majorité italienne de faire preuve de pragmatisme pour respecter le vote des électeurs tout en tenant compte des responsabilités qui incombent à l’Italie au sein du projet européen. Si tel n’était pas le cas, un engrenage mortifère s’enclencherait aussi bien pour l’une comme pour l’autre.

 

La révolution digitale va tout changer ?

La révolution digitale  va tout changer ?

Dans le numérique, une innovation de rupture s’impose tous les 10 ans. La prochaine sera celle de la décentralisation massive de tout, avec avec pour conséquence de voir les « barbares » remplacer les empereurs qui dominent actuellement l’industrie numérique. Par Xavier Dalloz, consultant spécialisé dans les nouvelles technologies. ( dans la Tribune)

 

Un article intéressant mais cependant un peu confus et excessif sur la révolution digitale en cours.Notons juste un exemple l’amplification de la circulation de l’information n’a pas entraîné jusque-là la baisse de base de la mobilité physique; au contraire elle la favorise. NDLR

 

 

 

Les grands moteurs structurants de la mutation numérique sont l’accroissement continu des puissances disponibles de traitement de l’information, de la suppression des contraintes de temps et de distance, des nouvelles possibilités de collaboration et la chute des coûts de communication, d’interaction et plus généralement de transaction.

Ces grands moteurs s’expliquent par 4 lois :

  • Loi de Moore, selon laquelle le nombre de transistors sur une puce doublera tous les deux ans.
  • Loi de Kryder, selon laquelle le stockage en mémoire augmenterait de façon exponentielle dans un avenir proche.
  • La loi de Robert, selon laquelle le coût de la transmission de données sur le réseau diminuerait chaque année.
  • La loi de Metcalfe, selon laquelle, l’utilité d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre de ses utilisateurs (N²)

Ces grandes mutations numériques se produisent tous les 10 ans. 1944, avec le premier ordinateur, 1954 avec le mainframe, 1964 avec le mini ordinateur, 1974 avec le micro ordinateur, 1984 avec le Mac, 1994 avec le Web, 2004 avec les réseaux sociaux. Depuis 2014, nous sommes rentrés dans l’ère de l’Internet of Me. Le prochain mouvement tectonique commencera en 2024, avec la décentralisation massive de tout.

Ces mouvements tectoniques sont orchestrés par la nouvelle façon d’accéder à l’information et de communiquer. Un proverbe chinois connu positionne très bien la révolution que nous vivons actuellement.

Il dit la chose suivante :

« Dis-le moi et je l’oublie

Montre-le moi, et je le retiens

Implique-moi, et je comprends »

Dis-le moi et je l’oublie

Ce sont les médias traditionnels. Cette démarche est adaptée au marketing de masse. C’est la presse et la radio. Ils diffusent des textes ou des séquences sonores. Ces modes de communications sont linéaires et induisent un mode de fonctionnement très fortement structuré et réducteur. Le point important est la non interactivité, les auditeurs réagissent peu et difficilement, et pas entre eux L’exemple type de ce mode de communication est la radio.

Montre-le moi et je le retiens

C’est l’audiovisuel avec la télévision mais aussi le cinéma. Le pouvoir de l’image est considérablement plus grand que celui du texte et du son parce que plus émotif, il provoque des réactions rapides et peu réfléchies. Pas d’interactivité et plus de superficialité qu’avec l’écrit. Dans une société de plus en plus entièrement tournée vers l’efficacité au moindre coût, l’audiovisuel est devenu le moyen de communication de base, car il est plus riche et plus performant. La télévision est l’exemple type de ce mode de communication.

Implique-moi et je comprends

C’est l’apport fondamental d’Internet par rapport à la radio et à la télévision. La richesse du média audiovisuel reste limitée, car il rend passif l’utilisateur. Au contraire, les nouvelles technologies de l’information permettent d’impliquer plus fortement l’individu, le rendre plus actif et plus responsable, donc plus autonome et plus efficace.

C’est ici que réside toute l’originalité de ce nouveau média dont il est possible d’imaginer aisément l’impact sur notre société. Le dialogue devient réel et la création de valeur va dépendre de la loyauté. Ce n’est que l’effet David, il y a aussi l’effet Goliath, prise de monopole, manipulation plus efficace et uniformisation (Coca, McDo…).

Les mouvements tectoniques depuis 1985 à 2020

Les effets de la tectonique des médias se sont d’abord faits sentir sur les contenus qui en devenant numériques sont à l’origine d’une transformation des équipements nécessaires à leur restitution mis à la disposition du grand public. Ces équipements associés aux contenus ont nécessité de nouvelles infrastructures qui ont permis des échanges entre les individus beaucoup plus efficaces. Ces nouvelles infrastructures ont ensuite nécessiter de nouveaux services qui à leur tour ont nécessité des contenus.

Les 4 plaques tectoniques ont déjà fait profondément transformer de nombreux secteurs d’activité :

  • Les contenus ont commencé à se numériser en 1985 avec les CD-COM et l’interface du Mac
  • Les équipements ont commencé à s transformer en 1990 avec la télévision interactive et à haute définition
  • Les infrastructures ont commencé à se transformer avec le web en 1995
  • Les services ont commencé à se transformer avec les moteurs de recherche en 2000

Depuis 2000, nous sommes de nouveau revenus à un nouvelle série de mouvements tectoniques qui se sont se succédés de la façon suivante :

Le début de la nouvelle ère des contenus a été régi par les réseaux sociaux (2005-2010)

Les fonctions participatives, la liberté d’expression caractéristiques des réseaux sociaux ont libéré la voix des consommateurs non seulement vis-à-vis de la marque mais surtout entre eux.

Les enjeux de ce nouveau paradigme débordent largement le cadre d’Internet puisque les marques vont devoir passer :

  • d’une logique transactionnelle à une logique conversationnelle : difficile maintenant d’assurer une vente sans avoir débuté une écoute attentive des besoins du consommateur et une réponse personnalisée à ceux-ci
  • d’une logique de distance et d’anonymat à une logique de proximité : de la hot-line standardisée à la conversation humanisée
  • d’un marketing de diffusion (écran TV, annonce presse, bannière Web, etc.) à un marketing d’engagement : la mise à disposition pour un client d’une équipe et d’une organisation spécifique
  • et probablement de valeurs consuméristes à des valeurs morales et de responsabilité sociale : les promotions sur les prix feront-elles face à des engagements moraux et sociétaux des entreprises ?

Le début de la nouvelle ère du smartphone et de l’ATAWAD (2010-2015)

La nouvelle électronique grand public a permis au client impatient d’accéder aux services dont il a besoin non seulement tout de suite mais n’importe quand et n’importe où et où qu’il soit. Les objets nomades nous ont fait découvrir avec l’ATAWAD que nous pouvons agir au même moment et du même endroit sur notre sphère professionnelle et notre sphère privée, intervenir du bureau et de la maison ou notre lieu de loisir, de commerce.

Le début de la nouvelle ère de l’IoT avec l’atmosphère IP (2015-2020)

Avec l’Atmosphère IP et l’ATAWAD, l’extension des infrastructures de réseaux numériques de toute nature et notamment sans fil a permis au consommateur de prétendre pouvoir affirmer : « ma maison, mon bureau, mes lieux de loisir ou de consommation ne sont plus dans leurs murs, ils sont là où je suis… et mes relations sont toujours à portée de ma voix ou de mon courrier ». Les mobiles ont joué un rôle de en plus important.

Cette ère a été marquée par l’émergence de l’IoT avec les caractéristiques suivantes :

  • l’IoT encourage la communication entre divers appareils. Les appareils physiques peuvent rester connectés et offrent une transparence totale avec moins d’inefficacité et une meilleure qualité.
  • les objets physiques se connectent, numériquement avec une infrastructure sans fil, il y a donc une grande quantité d’automatisation et de contrôle.
  • Plus d’informations, cela aide à prendre de meilleures décisions.

Les prochains mouvements tectoniques devraient être les suivants :

  • L’Internet of Augmented Me (2020-2025)
  • La décentralisation massive de tout avec le Web3 (2025-2030)

L’Internet of Me

L’Internet of Augmented Me ou en abrégé I.am  définit un cadre de vie où le consommateur citoyen est maître de ses choix et influence directement la production de biens et de services par le biais d’interactions électroniques, partout où il est.

Cet univers répond aux besoins primaires des individus et à leurs désirs d’épanouissement. Il s’appuie sur des combinaisons de technologies avancées, mêlant numérique, physique quantique et biologie.

Avec l’Internet of Me, nous sommes maintenant dans la troisième vague où les acteurs ne se laisseront plus obnubiler par les taux d’audience et se concentreront sur les transactions effectivement effectuées.

Ces transactions effectives impliquent une implication suffisante des prospects pour qu’ils passent à l’acte. Le commerce sera notamment d’autant plus efficace qu’il écoutera, donnera la possibilité à la demande de s’exprimer en confiance, de façon individuelle, n’importe où et n’importe quand.

Ce commerce de l’ubiquité exploite pleinement l’économie de réseau, la possibilité d’agréger des offres dans une logique de consommation en se libérant des astreintes de la logique de production, en misant à fond sur le pouvoir d’implication de l’unimédia.

L’implication est essentielle car dans une situation où toute l’offre du monde est à portée de clic, ce qui est rare est le temps de chacun, ce qui est précieux, c’est de réussir à retenir l’attention de quelqu’un pour qu’il veuille bien accorder un peu de son temps à examiner une offre.

La décentralisation massive de tout

25 innovations digitales seront au cœur de la nouvelle vague des innovations digitales :

  • 6G
  • 5G
  • L’AR/VR
  • L’autonomie de tout
  • La Blockchain
  • La connectivité globale
  • La DAO
  • La datafication
  • Les drones
  • Les edge computing
  • L’énergie harvesting
  • Les nouvelles sources d’énergie (hydrogène, solaire, etc.)
  • L’intelligence artificielle
  • L’identification décentralisée
  • L’impression 3D
  • Les interfaces naturelles
  • L’Internet des comportements
  • L’Internet du corps
  • L’loT
  • Le métaverse
  • La nouvelle mobilité
  • L’informatiques quantique
  • La robotique as a service
  • La cyber sécurité et la résilience
  • La tokenisation
  • Le twin

Au cours des 10 prochaines années, l’impact de cette vague du numérique va complètement transformer les modèles économiques, le commerce immersive, l’industrie, l’agriculture, les super cities, la logistique, les bâtiments intelligents, la supply chain, etc.

Les barbares vont en profiter pour remplacer les empereurs actuels

Le catalyseur de cette nouvelle vague du numérique sera le Web3.

Web3 est l’internet décentralisé qui vient remplacer le web actuel. L’architecture web3 est conçue pour être un réseau décentralisé de nœuds peer-to-peer. La pile web3 se compose de protocoles, de normes et d’interfaces qui constituent l’épine dorsale de ce nouveau type d’Internet.

Web3 est une initiative visant à façonner l’avenir d’Internet. C’est la prochaine étape logique pour donner aux utilisateurs un contrôle total sur leur contenu, leur propriété numérique et leurs personnages numériques dans le domaine numérique.

Chauffage: La sobriété surtout pour les pauvres

Chauffage: La sobriété surtout pour les pauvres

 Selon un projet de recherche, ceux qui déclarent préférer le confort thermique plutôt que de réaliser des économies d’énergie gagnent 7 965 euros de plus par an que la moyenne des ménages. Par Dorothée Charlier, Université Savoie Mont Blanc

 

Canicule, feux de forêt, guerre en Ukraine… Après un été 2022 marqué par une actualité énergétique intense, il est temps de s’interroger sur la conduite à tenir pour faire face au changement climatique. À ce sujet, le Laboratoire sur les inégalités mondiales souligne que :

« 10 % des plus fortunés sont responsables de 48 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre mondiales, tandis que les 50 % les plus pauvres ne sont responsables que de 12 % au total. »

Face à ce constat et à l’hiver qui se rapproche, on peut donc s’interroger sur les comportements de consommation des ménages les plus aisés, alors qu’une polémique a déjà éclaté ces dernières semaines au sujet de l’utilisation des jets privés.

Si on se base sur une abondante littérature en économie, on a tendance à trouver une relation positive entre le niveau de revenu et la consommation d’énergie. Cette relation positive peut être associée à plusieurs phénomènes, qui va d’une augmentation de la température de confort en hiver à l’achat de nouveaux équipements consommateurs d’électricité.

Par exemple, des études ont montré qu’une préférence déclarée pour le confort thermique pouvait se traduire par une hausse de la consommation d’énergie entre 8 % et 10 % selon les différentes estimations. Le niveau de revenu pourrait ainsi être perçu comme un indicateur pour évaluer un niveau spécifique de confort et de taux d’équipement.

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De plus, les ménages les plus aisés, qui vivent souvent dans des maisons individuelles récentes et qui peuvent ajuster leur température de chauffage, ont tendance à consommer plus que ce que leur diagnostic de performance énergétique indique, comme nous l’avons relevé dans un article de recherche publié en 2021.

En approfondissant cette relation entre niveau de revenu et poids de la consommation énergétique (en se basant sur des données françaises récentes récoltées dans le cadre du projet de recherche PEPSI), nous obtenons que ceux qui déclarent préférer le confort thermique plutôt que de réaliser des économies d’énergie gagnent 7 965 euros de plus par an que la moyenne des ménages.

Si on regarde plus en détail, le lien entre la température moyenne de chauffage en hiver dans les pièces à vivre et le niveau de revenu ), on constate que les ménages qui se chauffent en dessous de 19 °C gagnent relativement moins que les ménages qui peuvent maintenir une température adéquate.

Il en va de même pour ceux qui se chauffent à plus de 25 °C, mais ces derniers sont parfois dans l’incapacité de pouvoir ajuster leur température (en général, les ménages qui ne sont pas en mesure de pouvoir régler leur température de chauffage vivent dans des logements plus anciens et gagnent 4016 euros de moins par an).

En outre, parmi les ménages qui se chauffent à moins de 19 °C en hiver, ils sont plus des trois quarts à déclarer se restreindre.

Par ailleurs, si on considère que les ménages vivant dans les logements dotés de la meilleure étiquette énergétique (et qui ont donc moins besoin d’énergie pour se chauffer), notés A, ont un revenu moyen supérieur de 13 000 euros par rapport à ceux qui vivent dans des logements notés G, on remarque également que les ménages les plus aisés dépensent nettement plus en facture d’électricité et de chauffage, ce qui semble réaffirmer une préférence avérée pour le confort thermique et l’utilisation d’appareils électroménagers

Après « le deuxième été le plus chaud observé en France depuis au moins 1900 avec un écart de +2,3 °C par rapport à la moyenne 1991-2020 » en 2022 selon Météo France, on peut donc s’interroger sur l’évolution des dépenses d’électricité des ménages français dans les années à venir.

En effet, d’une façon générale, le taux d’équipement des ménages en système de rafraichissement augmente depuis 2020. Ce sont particulièrement les ménages propriétaires (75 % des détenteurs de système de refroidissement en 2020), souvent chef d’entreprise, indépendant ou cadre et résidants en maison individuelle qui entretiennent cette hausse (60 %).

Cette tendance risque désormais de s’accentuer si l’on veut pouvoir assurer le confort thermique et le bien-être de chacun. Il va donc être plus que nécessaire de trouver des solutions pérennes pour assurer le confort thermique d’hiver et d’été en veillant à ne pas creuser les inégalités.

Si les innovations technologiques permettront probablement de limiter le poids des consommations sur le climat, une solution consiste également à poursuivre les efforts dans l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments tout en veillant à informer les ménages les plus aisés du poids de leur consommation sur le climat.

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Par Dorothée Charlier, Maîtresse de conférences en économie de l’énergie et de l’environnement, Université Savoie Mont Blanc.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Italie: enjeux et risques après la victoire de la droite

Italie:  enjeux et risques  après la victoire de la droite

 

Une victoire indiscutable de la coalition de droite mais une coalition très composite qui devra gérer ses propres contradictions notamment ses rapports à l’Europe et des promesses financières populistes qui pourraient faire basculer le pays dans une crise grave . Par Edoardo Secchi, Président fondateur d’Italy-France Group et fondateur du Club Italie-France, et Alexandre Del Valle, politologue, essayiste.( La tribune, Extrait)

 

 

Du point de vue des milieux européens et d’affaires, et pas seulement pour la gauche sociale-démocrate euroLes enjeux politiques après la victoire de l’extrême droitepéenne, la fin du gouvernement de Mario Draghi a été une grave défaite non seulement pour l’Italie, mais pour toute l’Europe. En renvoyant Mario Draghi chez lui, nombre d’observateurs européens pensent que l’Italie a fait un gigantesque pas en arrière, peu de temps après avoir été enfin promue par le monde des institutions, par des marchés qui, qu’on le veuille ou non, existent et qui, par nature, sont voués à déraper chaque fois qu’il y a un élément d’incertitude, difficile à ranger dans une catégorie prédictive bien précise. Et si l’Italie de Draghi semblait rimer avec diligence, respect des règles, initiative, vision, compétence, cette Italie du « centre-droit » de Meloni-Salvini-Berlusconi, en réalité très très à droite et en partie « populiste », vainqueur du scrutin du 25 septembre, ressemble pour certains à une Italie découragée, feuilletée, à la merci des populistes et donc des spéculateurs financiers. Le chef de la gauche italienne, Enrico Letta, a martelé dans ses meetings qu’il s’agissait de la droite du passé, de la nostalgie et des divisions. Il est vrai que le problème du populisme est souvent le même : soit il crée d’énormes dégâts économiques, soit il tourne à la dictature. Partout où il est apparu, ou presque – car Trump a plutôt bien géré l’économie américaine redevenue fleurissante et Orban semble être apprécié par son peuple -, il a causé d’énormes dégâts : au Venezuela, en Argentine, en Turquie. Pour beaucoup d’analystes européens et occidentaux, qui ne connaissent d’ailleurs pas forcément bien la complexité des droites italiennes, l’Italie serait également menacée. Ils rappellent que ce sont justement les populistes à la Meloni, à la Salvini et à la M5S (Mouvement Cinq Etoiles) qui, en conquérant le pouvoir, finissent par jouer le jeu des spéculateurs financiers contre lesquels ils disent vouloir se battre. Si gouverner, c’est prévoir, on accuse les populistes d’être incapables de prédire les scénarios et menaces futurs et de n’avoir aucune expérience de gouvernement. Voire d’être totalement incompétents en économie. On nous dit ainsi qu’aucun des trois principaux partis populistes italiens n’a de parcours significatif, ni professionnel, ni gouvernemental. Toutes ces accusations, à tort ou à raison, sapent la crédibilité de la nation italienne, dont l’énorme dette inquiète les marchés de la zone euro qui pourrait imploser, jusqu’à offrir une belle opportunité aux spéculateurs.

En réalité, les trois composantes du « centro-Destra » italien, le parti des Libertés de Berlusconi, la Ligue de Salvini et Fratelli d’Italia de Meloni (FDI), ne sont pas monolithiques et inexpérimentés. Meloni a été ministre de gouvernements de centre-droit sous la présidence du Conseil du Cavaliere; Salvini et d’autres membres plus consensuels de la Ligue ont été ministres ou vice-Premiers ministres, et la Ligue gouverne assez bien plusieurs régions, provinces et villes du nord depuis 30 ans, et le parti de Berlusconi, maintes fois président du Conseil, compte des poids-lourds comme Tajani, commissaire européen, européiste convaincu, et nombre de ministres, sénateurs, députés, présidents de collectivités locales et maires. Certains membres de la Ligue sont même réputés pour leur modération comme l’ex-ministre de l’Intérieur Roberto Maroni ou Giancarlo Giorgetti, ex-ministre de l’Économie du gouvernement Draghi et ex-secrétaire d’État à la présidence du Conseil des ministres dans le gouvernement de Giuseppe Conte. On est loin d’être en face d’une bande monolithique de radicaux inexpérimentés. Et la terrible Giorgia Meloni mérite, comme l’a étonnement déclaré Hillary Clinton elle-même, une chance, de sorte qu’il convient de la juger en temps et en heure et « sur pièce » avant de la condamner par avance. Bref, pourquoi ne pas faire le pari de respecter les règles de l’alternance démocratique et donc la souveraineté populaire, d’autant que Giogia Meloni a énormément échangé ces dernières semaines avec Mario Draghi lui-même qui lui a suggéré des noms de personnalités modérées et rassurantes comme possibles ministres de l’Économie et des Affaires étrangères, deux postes clefs.

Une chose est sûre : le problème de Giorgia Meloni se situe dans sa coalition de droite mais aussi à gauche avec le M5S de Giuseppe Conte. Si l’on regarde en effet de près Matteo Salvini et Giuseppe Conte, on peut dire qu’ils représentent deux formes de populismes et qu’au final, ils se ressemblent beaucoup plus qu’on ne le pense, tout en étant aux antipodes. Matteo Salvini joue toujours sur la peur et la provocation verbale, tandis que son programme économique incohérent semble pour le moins irréalisable. Quant à Giuseppe Conte, il a joué sa « remontada » politique dans le sud de l’Italie en poursuivant le modèle de clientélisme basé sur revenu de citoyenneté : promettre à tous de l’argent public et sans contrôle. Aucun des deux dirigeants n’a expliqué comment ils résoudront les vrais problèmes du pays, tels que la faible productivité, la lutte contre l’évasion fiscale, la lutte contre le chômage et la précarité. Giorgia Meloni, qui semble avoir beaucoup écouté les conseils économiques de Berlusconi, dont elle fut ministre, et Mario Draghi, devra faire très attention à son allié Salvini et trouver un modus vivendi entre son propre étatisme d’origine et le libéral-poujadisme de la Ligue. Matteo Salvini, qui a déjà fait imploser une majorité il y a quelques années, pourrait certes créer de nombreux problèmes à sa propre majorité et poser de sérieux problèmes à l’Union européenne… et vice-versa… Le plus grand risque que court le leader de Fratelli d’Italia est celui faire accuser l’Italie d’être le cheval de Troie en Europe de Poutine – en raison des liens de certains membres de la Ligue avec la Russie (affaire judiciaire de Gian Luca Savoini, par exemple) – et d’Orban. Cela créerait une situation inédite avec de fortes répercussions négatives tant sur le plan économique que diplomatique. Toutefois, il convient de répondre qu’à l’heure actuelle, et depuis que Giogia Meloni est devenue la plus grande atlantiste défeuseur de l’Ukraine et de leur armement, ce n’est pas elle et son « centre-droit » qui est accusable d’être anti-atlantiste et pro-russe, mais bel et bien le mouvement Cinq Etoiles, qui a pourtant gouverné, après la chute de Salvini et de l’alliance Giallo-verde (« jaune-verte » (Ligue-M5S), avec le parti démocrate italien qui chasse les sorcières pro-russes… Rendons à César ce qui est à César.

Le ralentissement de l’économie italienne va limiter les ressources disponibles pour la prochaine loi de finances. La dette publique repart à la hausse. Le nouveau gouvernement devra aider l’industrie et les entreprises à faire face à la hausse des coûts de l’énergie. Il va falloir trouver 3,5 milliards d’euros pour réduire la pression fiscale de 2% sur les revenus allant jusqu’à 35.000 euros annuels. Il faudra également résoudre deux problèmes financiers et industriels importants : tout d’abord, la cession de la société nationale ITA (ex-Alitalia), ensuite celle du réseau très haut débit. Enfin, ce sont les milliards du PNRR qui sont en jeu, étroitement liés aux réformes. Rappelons que l’Italie a déjà payé très cher son retard de réformes au cours des vingt dernières années en réduisant le PIB par habitant de 0,8 % sur la période 2000-2019, avec la circonstance aggravante qu’en 2000 le PIB italien par habitant dépassait la moyenne de l’UE de 20 % et en 2019, elle était inférieure de 7 % ; en 2000, le PIB italien par habitant dépassait de 3 % la moyenne de la zone euro et en 2019, il était inférieur de 15 %.

 

Réforme des retraites : Pour un autre partage de la richesse

Réforme des retraites : Pour un autre partage de la richesse

 

Le besoin de réforme structurelle n’est pas là où Emmanuel Macron le situe et le gouvernement risque de se tromper dans ses choix politiques sur les retraites, alerte le syndicaliste Gérard Mardiné,Secrétaire général de la Confédération CFE-CGC,  dans une tribune au « Monde », qui insiste sur la nécessaire évolution de la gouvernance des entreprises.

 

Le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR), publié le 15 septembre, affiche que « ses résultats ne valident pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite ». Il donne cependant déjà lieu à des interprétations multiples, ce qui nécessite de bien décoder un contenu très ésotérique.

Les scénarios présentés sont d’abord le fruit d’hypothèses de long terme assez irréalistes, tant dans les champs démographique et économique qui sont les deux déterminants importants du poids et de l’équilibre financiers des retraites.

 

Bien que l’espérance de vie stagne depuis dix ans et alors que la mortalité à mi-août 2022 est déjà supérieure de 8 % à celle sur la même période de 2019, l’hypothèse d’une hausse future significative de l’espérance de vie (à titre d’exemple, l’espérance de vie à 60 ans des hommes augmenterait de deux ans et demi d’ici à 2040) paraît irréaliste.

Une extrapolation mathématique du passé ne peut pas primer sur le constat que l’état des facteurs objectifs influençant la mortalité ne plaide malheureusement pas actuellement pour une hausse de l’espérance de vie à court-moyen terme. A commencer par l’état désastreux de nos hôpitaux et par le niveau de pollution environnementale. Un scénario à espérance de vie constante dans les prochaines années devrait donc être considéré.

La baisse de l’hypothèse de fécondité interpelle également. Les causes de la baisse constatée sont d’abord la difficulté de nombreux jeunes à trouver la stabilité nécessaire pour se construire un projet de vie du fait d’emplois précaires, de difficultés de logement… et l’éco-anxiété des jeunes générations liée au constat de politiques environnementales très insuffisantes. Ne pas garder le chiffre précédent revient à considérer qu’il ne sera pas mené de politiques volontaristes dans ces domaines.

Les hypothèses économiques retenues méritent aussi d’être décodées et remise en cause. Les paramètres d’entrée considérés sont le produit intérieur but (PIB), la productivité du travail et le taux de chômage ; mais finalement, la valeur déterminante est la masse salariale sur laquelle est assis l’essentiel des recettes de notre système de retraite.

« Entre 1997 et 2019, la part revenant aux salariés a baissé, passant de 59,3 % à 54,9 %, alors que la part revenant aux actionnaires a triplé, passant de 5,2 % à 15,8 % »

La masse salariale est liée au PIB au travers du partage de la valeur ajoutée. Les données de la Banque de France montrent que, entre 1997 et 2019, la part revenant aux salariés a baissé significativement, passant de 59,3 % à 54,9 %, alors que la part revenant aux actionnaires a triplé, passant de 5,2 % à 15,8 %. Ce phénomène pénalisant les ressources de notre système de retraite est principalement lié à la financiarisation croissante menée par les directions générales des grandes entreprises ces vingt-cinq dernières années.

Cinéma : la crise des scénarios français

Cinéma : la crise des scénarios français

 

Jean Gabin rappelait souvent qu’un bon film suppose premièrement une histoire, deuxièmement une histoire, troisièmement une histoire. Àctuellement le cinéma français connaît une certaine crise du scénario par Jérôme Lachasse sur BFM. 

 

Jugé attendus et sans ambition, le cinéma français semble en décalage avec les attentes du public. La faute aux scénaristes? Ou à un système formaté qu’il faut repenser?

Bâclés, caricaturaux, peu ambitieux… À en croire leurs détracteurs, les scénarios des films français cumulent toutes les tares. C’est même devenu une source récurrente de blagues sur les réseaux sociaux, et un cliché dans la presse. « Le scénario, laissé-pour-compte du cinéma français », titrait déjà en 2014 Le Figaro. Malgré quelques exceptions, comme La Nuit du 12, cet été, ce point de vue a durablement imprégné le public.

Les comédies populaires pas plus que les films d’auteur ne font aujourd’hui recette, et semblent plus que jamais éloignés de ses attentes. « Le dernier Desplechin [Frère et sœur] a exercé un pouvoir de fascination sur moi, parce que presque tout – l’intrigue, la caractérisation des personnages, les dialogues – sonnent comme de la science-fiction à mes yeux », assume ainsi le scénariste Robert Hospyan. « Je comprends que l’on puisse trouver ça rédhibitoire. »

« On a souvent l’impression de films qui ne s’adressent pas au public », acquiesce Liam Engle, lecteur de scénarios et réalisateur. « Quand j’ai vu la bande-annonce du Serge Bozon [Don Juan avec Virginie Efira et Tahar Rahim], je me suis demandé si les gens qui l’avaient fait vivaient dans une bulle et s’ils avaient conscience de la caricature presque digne des Inconnus qu’ils étaient en train de générer. »

Ce décalage est accentué par l’émergence depuis 15 ans dans les séries, d’une écriture de très grande qualité, qui fait défaut à beaucoup de films. « On peut faire la même critique au cinéma américain », modère Alexandre de la Patellière, co-scénariste du revival des Trois Mousquetaires qui sortira en 2023. « On est trop sévère sur le cinéma français, qui ne cesse de se battre pour produire des œuvres très différentes. »

« Le mouvement général est très bon », renchérit la scénariste Fadette Drouard (PatientsHibou), qui siège également à l’aide au développement au CNC: « Il y a beaucoup de vitalité. Il y a une nouvelle génération qui n’a plus envie de rentrer dans les cases. Il n’y a que des gens qui se torturent la tête pour raconter au mieux leur histoire et faire quelque chose que les gens aient envie de voir. »

Anna Marmiesse, lectrice de scénarios, le confirme: « Une bonne idée bien développée, une finesse dans la caractérisation des personnages, une acuité dans le regard sur la société d’aujourd’hui, un sens du gag efficace… Tout cela existe et revient régulièrement. Simplement, ce ne sont pas forcément ces scénarios qui sont produits, et ce pour diverses raisons. »

Mais avec trop de films en projet, et pas assez de producteurs pour les développer, la situation devient intenable. Pour éviter un potentiel échec, de nombreux films « jugés trop médiocres pour la salle, comme Connectés ou Flashback« , ont terminé sur Prime Vidéo, « devenu le dépotoir des pires projets », selon une figure du milieu. Mais là aussi, « les options sont en train de se réduire », prévient Fadette Drouard.

A quoi juge-t-on un bon scénario? « Pour moi, c’est une bonne histoire qui fait le lien entre la subjectivité de l’auteur et la subjectivité du spectateur », assure le scénariste Ludovic du Clary. « C’est à la fois une caractérisation fine des personnages, des rythmes, un morceau d’universalité et des enjeux », estime de son côté l’universitaire Pierre-William Fregonese, auteur de Raconteurs d’histoires (Pix’n Love).

« Un scénario, c’est une structure. C’est ce qu’il y a de plus important et peu savent le faire », insiste le scénariste Laurent Vachaud. « Un très bon scénario est souvent peu spectaculaire à la lecture. Il faut qu’il puisse titiller l’imaginaire de ceux qui vont succéder au scénariste. Dans les grands scénarios, il y a souvent des béances, des choses qui ne sont pas expliquées. Si vous expliquez tout, c’est la mort du scénario. »

François Civil dans « Les Trois Mousquetaires » © Pathé

Malgré ses exigences, le métier de scénariste reste « peu gratifiant », et souvent éclipsé par celui de réalisateur. Car chaque cinéaste se rêve scénariste, même s’il n’en a pas les capacités, déplore encore Laurent Vachaud: « C’est très rare, les réalisateurs qui sont eux-mêmes scénaristes au même titre qu’un scénariste. La plupart ne sait pas écrire, même s’ils sont crédités au scénario de leurs films. »

Cette situation n’est pas aidée par une industrie où cohabitent deux types de projets aussi différents que formatés: d’un côté les comédies populaires faites pour le prime-time et de l’autre les films d’auteur davantage écrits pour les comités de lecture que pour le public. « On a développé une culture du script qui est plus forte dans son évaluation que dans son écriture », résume François Clerc, patron d’Apollo Films.

Un scénario reste « un objet transitionnel », complète Alexandre de la Patellière. « Quand vous êtes scénariste, vous êtes la personne la plus importante d’un film jusqu’à ce que vous en deveniez la moins importante. » « En France, l’histoire n’est jamais mise en avant comme l’un des ingrédients clefs de la réussite – artistique – d’un film », regrette Ludovic du Clary. « L’accent est mis sur l’esthétique, la déconstruction des récits. »

C’est le paradoxe du scénario: pour obtenir les financements des chaînes de télévision, les principaux argentiers du cinéma français, un script doit être à la fois innovant et familier. Il doit donc s’appuyer sur des schémas éculés, comme les chocs culturels (Paris vs. province, banlieue vs. beaux quartiers) ou les conflits de générations (écoliers vs. retraités, jeunes parents vs. beaux-parents).

De quoi créer des frustrations. « Les scénaristes ne savent parfois plus où donner de la tête », reconnaît Anna Marmiesse. « J’ai besoin qu’on me raconte des histoires, qu’on me fasse voyager. J’ai l’impression que c’est un truc que l’on a un peu perdu », critique Sabrina B. Karine, qui a écrit le film de SF La Dernière Vie de Simon. « En France, il y a une frilosité sur l’ambition. »

« Ce n’est pas tellement qu’il n’y a pas d’ambition », répond Robert Hospyan. « C’est qu’il y a des scénaristes qui vont essayer de donner aux producteurs ce qu’ils veulent. Il y a un moment où certains scénaristes savent aussi comment le système fonctionne et où même ceux qui aspirent à faire des choses originales sont obligés de se tourner vers des schémas connus pour réussir. C’est inévitable. »

« Les producteurs et productrices sont la plupart du temps de bonne volonté », modère Anna Marmiesse. « Ils et elles veulent voir aboutir les projets et donc trouver de l’argent pour ce faire. Ce qui implique que parfois, ils cherchent à pousser les scénaristes dans un sens qui selon eux plaira aux financeurs ou au public. » Il ne faut jamais oublier que le cinéma est au croisement d’une industrie et d’un art: « Être scénariste, ça veut aussi dire être une sorte de technicien », martèle Laurent Vachaud.

« Je n’ai jamais trouvé dans mon expérience – qui n’est que la mienne – de grand satan que ce soit chez les chaînes ou chez les distributeurs », ajoute Alexandre de la Patellière. « Personne n’impose de schémas. Il se trouve que l’on retrouve les mêmes schémas dans la dramaturgie depuis des siècles. Le marché a toujours été celui-là: il y a toujours eu des films qui se ressemblent. »

Reste que le cinéma français est le champion du concept aguicheur mal exploité. « Un peu trop souvent à mon goût au cinéma, je me dis qu’une ou deux versions de plus n’auraient pas fait de mal », désespère Sabrina B. Karine. « Il y a toujours ce moment, dans la seconde partie du second acte, où on sent que les auteurs galèrent à arriver jusqu’au climax, qui est souvent un peu mieux, ou moins pire », regrette Liam Engle.

Ce dernier regrette fréquemment des « dialogues mal écrits » et une « réticence à l’efficacité »: « On retrouve souvent des répliques ambiguës avec entre parenthèses, ‘en colère’ ou ‘blagueur’. Un autre fléau que je remarque souvent en France est la présence de points de suspension à la fin des répliques. Ça témoigne d’une volonté de réalisme, mais ça crée dans la grande majorité des cas des répliques molles. »

« Il n’y a pas de bon ou de mauvais script.​​ Il n’y a que des scripts qui sont prêts ou pas prêts », abonde le distributeur François Clerc. Certains producteurs sont plus efficaces que d’autres à développer des scénarios. C’est le cas de Nicolas et Éric Altmayer (OSS 117Pattaya). « Quand un script sort de chez eux, il est tournable », assure François Clerc. Inversement, certains scénarios médiocres écrits par des stars bankables sont produits pour ménager leur susceptibilité et éviter la fin d’un fructueux partenariat.

Mais au fil des années, une qualité d’écriture s’est perdue. Jean-Loup Dabadie et Jean-Claude Carrière n’ont pas d’équivalent de nos jours. « Un certain type d’artistes a disparu », constate Laurent Vachaud, qui lie la qualité déclinante des films à la perte d’intérêt du public pour le 7e Art. Les résidences d’écriture peuvent aider à faire éclore de nouvelles plumes. « Ça fait du bien de parler entre nous », se réjouit Fadette Drouard.

 

Moins pessimiste, Ludovic du Clary estime qu’il faut du temps pour devenir bon scénariste et savoir écrire une histoire qui va accrocher le public: « Il faut une bonne dizaine d’années ». Puis il y a l’imaginaire des auteurs, leur sens de la comédie et du suspense, la poésie de leurs dialogues, glisse Alexandre de la Patellière: « Ce sont des choses qui se construisent, mais qui ne s’apprennent pas complètement. »

Mais contrairement aux Etats-Unis, où l’histoire est reine, le scénario répond à beaucoup moins d’exigences en France: « On peut financer une comédie de 125 pages sans aucun problème, et ça pose problème », révèle Liam Engle. « C’est l’héritage de la Nouvelle Vague où on préfère suivre le mouvement naturel de l’histoire au lieu de proposer un récit mécanique. Du coup, on se retrouve avec des dialogues écrits au fil de l’eau. »

Ce qui explique pourquoi les corrections suggérées par les lecteurs de scénarios ne sont pas toujours prises en compte. Si des « blagues beaufs et racistes » ont pu être retirées de Maison de retraite, le dernier acte « imbitable » de Bac Nord, « où le film se dégonfle », n’a pas été changé, se souvient une autre figure de la profession: « C’était l’un des péchés du scénario et ça ne l’a pas empêché de faire deux millions d’entrées. »

La qualité d’un scénario est aussi toujours tributaire des conditions dans lesquelles il a été écrit, souligne François Clerc: « Le script passe par trop de mains aujourd’hui: le distributeur, le producteur, les chaînes de télé et depuis un an les plateformes sans oublier les Sofica (sociétés de financement, ndlr) et les régions, qui peuvent apporter jusqu’à 10% du budget d’un film. Les scripts changent de décor en fonction de la région qui les soutient. »

Difficile dans ces conditions de conserver l’âme d’un projet. Quand on crie au loup, une comédie familiale co-écrite par Robert Hospyan, a ainsi beaucoup perdu en humour au fil de la production. Une blague sur Johnny Hallyday a notamment été coupée. « On nous dit que ça n’allait pas être compris par le public », soupire-t-il. Du projet d’origine il ne reste dans le produit fini que la structure de l’histoire.

« Il y avait peut-être trop de personnes à contenter », analyse le scénariste. « Il y avait des réunions où il y avait une responsable de développement, un producteur, un consultant en scénario, des scénaristes et un réalisateur. C’était une usine à gaz. Ce n’est pas possible d’arriver à un résultat. Ce n’est pas comme ça qu’on fait un film. »

Ce type de parasitage est un problème récurrent. Il se souvient de l’ajout d’un « sous-entendu un peu homophobe » à un projet de comédie dramatique qu’il a écrit il y a cinq ans: « Il leur fallait un personnage de ‘folle’, pour répondre à des clichés de comédie. » « Le souci d’éviter les blagues de ce type n’est pas au cœur des préoccupations des chaînes lorsqu’elles sélectionnent un projet… », confirme Anna Marmiesse.

Et une fois l’écriture terminée, le script peut changer une nouvelle fois lors du tournage ou de la post-production (scènes supprimées, répliques improvisées, choix de montage). Un film n’est pas toujours le reflet de son scénario.

Face à la complexité de monter les projets, le scénario est souvent le premier élément sacrifié. Certains projets se montent si vite qu’il faut tourner alors que la dernière version du script n’est pas complètement satisfaisante. « Un producteur m’a dit un jour qu’il voulait tourner l’été prochain et me demandait d’écrire un script en quatre mois », se souvient Sabrina B. Karine. « C’était tourner pour tourner. Ce n’est pas possible. »

« Notre politique de natalité des films fait qu’à un moment donné on fait des films pour remplir un line-up », reconnaît François Clerc. Dans la plupart des cas, le choix de tourner est fait pour éviter de perdre la star bankable et de devoir attendre trois ans qu’elle soit à nouveau disponible, note le distributeur: « Au moment où le script arrive dans vos mains, c’est un train qui part. Il n’y a rien de plus difficile que de le freiner. »

Des conditions de travail rudes, aggravées par une rémunération faible, qui contraint les scénaristes à multiplier les missions (script doctor, prof, lecteur) pour maintenir une régularité financière. Le salaire d’un scénariste est versé par palier, à chaque étape de l’écriture (synopsis, traitement, première version de continuité dialoguée, etc.). En cas d’abandon du projet, seules les premières échéances, assez faibles, sont versées.

« Quand on signe un contrat, on signe pour un montant défini, par exemple 50.000 euros. Sur ces 50.000 euros, il y a une grosse partie de la somme – on va dire environ 50%, parfois plus, parfois un peu moins – qu’on ne touche qu’à la mise en production, soit à l’embauche des principaux chefs de poste, soit au plus tard au premier jour de tournage. Généralement, c’est au premier jour de tournage, voire au cinquième », détaille Robert Hospyan.

Sachant que l’écriture d’un scénario peut s’étaler sur plusieurs années, il est difficile d’en vivre. « J’ai mis trois ans pour gagner des sous », se souvient Sabrina B. Karine. « J’étais au RSA, avec les APL. » « En moyenne, les scénaristes sont payés 10.000 euros par an », complète Ludovic du Clary. « Quand vous êtes payé 3.000 euros pour le synopsis sur lequel vous avez passé six mois, ce n’est pas assez. »

« Le problème, c’est [que les producteurs] exploitent la passion des gens », dénonce Laurent Vachaud. « Ils exploitent l’idée que les gens sont prêts à tout pour voir leur film se tourner. Ils peuvent être prêts à être payés au lance-pierre, à y mettre beaucoup de leur temps libre. C’est complètement crapuleux. Il y a des cantiniers qui sont mieux payés que des scénaristes sur certains films et ce n’est pas sérieux. »

Pourquoi est-ce si mal payé? « Parce qu’il faut payer le scénario alors qu’il n’y a pas encore de budget! », répond-t-il. « Il faut souvent payer de sa poche, avec les subventions, avant que l’on sache si le film peut se faire. Ça ne va pas chercher loin. Ça peut être un investissement à perte. Personne ne veut dépenser de l’argent pour rien. » Le scénario ne représente souvent que 3% du budget final d’un film.

Pour Ludovic du Clary, il y a une corrélation directe entre ce mode de financement et les scénarios bâclés. « Il y a un sous-financement chronique dans le cinéma, notamment au début des écritures. Et quand on est scénariste, on sait à quel point les débuts sont fondamentaux. Comme on construit la vision du film, c’est beaucoup de discussions, ça prend du temps, pendant lequel on n’est pas payé. »

Une situation liée à la SACD (société des auteurs et compositeurs dramatiques), qui ne reconnaît pas la notion de rémunération du travail en amont, mais l’œuvre finie. Plusieurs syndicats (la Guilde des scénaristes, le SCA, la FAMS) et organisations culturelles (La Cité Européenne des Scénaristes) se mobilisent pour obtenir une meilleure considération et une meilleure rémunération. Mais impossible de les unifier pour le moment.

Écrire un scénario requiert une force mentale qu’aucune école ne peut apprendre. « C’est vraiment un sacerdoce », insiste celui qui a consacré quatre ans à écrire Paternel, un drame avec Grégory Gadebois et Géraldine Nakache qui sortira en 2023. « À la télévision, vous avez beaucoup moins de liberté, mais vous gagnez beaucoup mieux votre vie et vous avez plus de travail. Le cinéma, c’est vraiment pour les warriors. »

Il y a toujours une part magique dans la création d’un film, qui rend sa réussite miraculeuse. « C’est un peu la chance de ce métier », insiste Alexandre de la Patellière. « Il y a une forme de justice. On doit toujours revenir à des choses qui nous touchent pour qu’elles fonctionnent. Il faut aimer les films qu’on écrit, et après on voit si ça plaît. On ne sait jamais ce que les films vont devenir. On construit des prototypes. »

« La seule chose que l’on puisse faire pour essayer que les gens aillent voir nos histoires, c’est de leur faire une promesse forte, et de tenir nos promesses », conclut Fadette Drouard. Deux sérieux candidats se profilent dans les prochaines semaines: L’Origine du mal, thriller implacable avec Laure Calamy, et Jack Mimoun et le secret de Val Verde, comédie d’aventure signée Malik Bentalha.

Iran : colère contre la dictature et la situation économique

Iran :  colère contre la dictature et la situation économique

 

 

Afin de mieux comprendre la portée de cette nouvelle explosion de colère, franceinfo a interrogé l’historien Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran et chercheur associé au Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grips).

 De grandes manifestations ont déjà secoué l’Iran fin 2017 et plus récemment en 2020, avec des motifs principalement économiques. La mort de Mahsa Amini ( Provoquée par la police parce que l’intéressé portait mal le voile !) peut-elle pousser davantage les Iraniens dans les rues ?

Jonathan Piron : Les événements étant en cours, il est encore très difficile de savoir si cela va s’apparenter à un véritable soulèvement dans l’ensemble du pays. Mais il y a du neuf par rapport aux précédents mouvements protestataires. Cette mobilisation semble vraiment toucher différentes catégories de la population, dans une expression de rage et de colère qui n’est pas seulement dirigée contre une politique qui est mise en place par le régime iranien, par exemple la hausse des prix des carburants…

Ici, c’est vraiment l’expression d’un manque, d’une vraie colère contre les symboles même du régime de la République islamique, que sont notamment la question du port du voile et les instruments de répression et de contrôle. Ces derniers existent évidemment depuis les origines de la République islamique, mais ils ont été vraiment réactivés depuis l’accession au pouvoir du président Ebrahim Raïssi, en août 2021.

Quels milieux manifestent d’habitude en Iran ? Retrouve-t-on les mêmes profils que lors des derniers mouvements populaires ?

Tout dépend des logiques protestataires. En 2020, à Téhéran, c’étaient tous ceux qui dépendaient de l’économie informelle, sans protection face à la montée des prix de l’essence. En 2021, dans le sud du pays, c’étaient surtout les agriculteurs qui se mobilisaient pour réclamer un meilleur partage de l’eau. Souvent, le régime essaye de mettre un couvercle sur les protestations, en aidant certains groupes et pas d’autres. Cette fois-ci, ce n’est pas le cas.

Les Iraniens sont épuisés par des années de sanctions, par la pandémie, et par la crise économique qui s’aggrave depuis le retrait américain [de l'accord sur le nucléaire iranien en 2018] et les nouvelles sanctions. La classe moyenne se rapproche de la classe précaire, et ça va être difficile pour le régime de les opposer l’une à l’autre.

La colère populaire est très visible sur les réseaux sociaux en Iran, malgré la censure. Comment cela fonctionne-t-il ?

A part Instagram, qui reste menacé, la plupart des réseaux sociaux comme Facebook, YouTube, Twitter sont interdits en Iran. Ce qui relève d’une grande hypocrisie quand on sait que les grands responsables du régime, dont l’ayatollah Ali Khamenei, communiquent régulièrement sur Twitter. Mais la population y a tout de même accès en utilisant des moyens de contournement, comme des VPN [un logiciel qui permet de naviguer sur internet de manière anonyme]. Le partage d’information se fait principalement sur WhatsApp et Telegram, où les vidéos des manifestations se propagent pour l’instant.

Pour moi, ces images ont une certaine force parce qu’elles ont un impact dans les mentalités. Elles montrent justement des personnes se rassembler, brûler leur voile en public, se couper les cheveux… Ça entraîne la mise en place d’un nouveau répertoire de contestation, ça montre qu’on peut le faire. Il y a une espèce de chape de plomb qui se brise avec la transmission de ces images.

Quel schéma le régime pourrait-il suivre face à cette contestation populaire ?

Pour le moment, il y a une forme d’attentisme, même si la répression a déjà été très violente par endroits. Ce sont d’abord les villes, les centres urbains et les campus universitaires qui sont en train de bouger. Surtout dans le Kurdistan, qui est la région d’origine de Mahsa Amini.

« Habituellement, le régime coupe internet afin d’étouffer la mobilisation. Cela peut durer un ou plusieurs jours, le temps que le pouvoir agisse sans que les images des violences ne circulent et ne nourrissent la colère de la population. »

 

Il s’agit vraiment de tirer le rideau sur la manière dont le régime va réprimer les Iraniens et finalement éteindre toute velléité de protestation.

Grande-Bretagne:la perspective d’une grave crise financière

Grande-Bretagne:la perspective d’une grave crise financière

Après l’annonce vendredi du plan de coûteux plan de soutien du gouvernement de Liz Truss à l’économie, la devise britannique a atteint son plus bas depuis 1985 par rapport au dollar. Pour George Saravelos, analyste à la Deutsche Bank, cette chute (7% en 10 jours) est d’autant plus inquiétante que les taux d’emprunt de la dette britannique augmentent, ce qui « est très rare dans une économie développée », fait-il remarquer. De son côté, l’ancien secrétaire américain au Trésor, Larry Summers, estime que la livre peut atteindre la parité avec le dollar. Selon lui, « le Royaume-Uni restera dans l’Histoire comme une des pires gestions macroéconomiques d’un grand pays depuis longtemps » ‘(la Tribune)

 

« La livre sterling est en danger ». George Saravelos, analyste à la Deutsche Bank, n’a pas caché son inquiétude vendredi à l’égard de la monnaie britannique. Et pour cause, la monnaie britannique a plongé de plus de 7% en 10 jours, un mouvement d’une ampleur très rare sur le marché des changes. Vendredi, elle est est passée sous le seuil symbolique de 1,10 dollars en descendant jusqu’à 1,0863 dollar pour la première fois depuis 1985, non loin du record absolu enregistré cette année-là, soit 1,0520 dollar. Ceci en raison des annonces budgétaires de Londres jugées inquiétantes par les investisseurs sur la santé des finances publiques, alors que le pays est en récession selon la Banque d’Angleterre. Depuis le début de l’année, la livre a perdu près de 20% de sa valeur face au dollar.

Une chute d’autant plus inquiétante à ses yeux que les taux d’emprunt de la dette britannique augmentent. Ce qui « est très rare dans une économie développée », a-t-il précisé. Vendredi, quelques instants après l’annonce du gouvernement de Liz Truss d’un plan de soutien de l’économie extrêmement coûteux (plus de 100 milliards de livres), le taux d’emprunt à dix ans du Royaume-Uni est en effet passé au-dessus de 3,8%, un niveau jamais observé depuis 2011. Plus précisément, le taux des « gilts » (obligations d’État britanniques) à dix ans est monté à 3,84% en cours de séance. Début septembre, le rendement était de seulement 2,8%, et avait fini 2021 à moins de 1%.

Une envolée qui traduit les doutes sur la capacité de Londres à financer ces mesures. Le mélange de baisses d’impôts et d’aides massives, qui vont contraindre le Royaume-Uni à emprunter 72 milliards de livres supplémentaires sur les marchés, fait craindre le pire pour les finances publiques. Selon l’Institut des études budgétaires (IFS) le plan Truss risque de mettre la dette sur une « trajectoire insoutenable ». Une perspective qui risque d’effrayer les investisseurs.

« C’est très dommageable pour la réputation du Royaume-Uni en tant que nation responsable d’un point de vue budgétaire », a fustigé l’ex-membre de la Banque d’Angleterre Andrew Sentence.

Même son de cloche pour George Saravelos, de la Deursche Bank : « Nous nous inquiétons de voir la confiance des investisseurs dans le Royaume-Uni s’éroder rapidement ».

L’ancien secrétaire américain au Trésor, Larry Summers, n’y est pas allé avec le dos d’une cuillère. « Entre le Brexit, le retard de la Banque d’Angleterre pour remonter ses taux et maintenant la politique budgétaire, je pense que le Royaume-Uni restera dans l’Histoire comme une des pires gestions macroéconomiques d’un grand pays depuis longtemps », a-t-il déclaré. Selon lui, la livre peut atteindre la parité avec le dollar.

La situation est telle que les cambistes évoquent désormais l’hypothèse d’une réunion d’urgence de la Banque d’Angleterre, avec à la clef une hausse de taux anticipée, citée par Erik Nelson, de Wells Fargo, alors qu’ils ont été relevés de 0,5 point cette semaine, à 2,25%

« Cela enverrait le mauvais message aux marchés », met en garde Christopher Vecchio, de DailyFX, car ces réunions non prévues « signifient que la situation est très tendue, dramatique.»

Si elle a été particulièrement malmenée, la livre sterling n’a pas été la seule à souffrir vendredi. L’euro est tombé à un nouveau plancher depuis 20 ans, à 0,9681 dollar pour un euro.

Santé : la formation des internes dans les déserts médicaux contestée par la confédération des syndicats médicaux français !

Santé : la formation des internes dans les déserts médicaux contestée par la confédération des syndicats médicaux français !

 

Le gouvernement envisage que la dernière année de formation des internes s’exerce dans les déserts médicaux. Il faut noter qu’immédiatement la confédération des syndicats médicaux français a pris une position très corporatiste pour contester cette proposition

 

« Si cela devait déboucher sur envoyer des internes, dans des zones où il n’y a personne, ils arrêteront médecine« , a alerté samedi 24 septembre sur franceinfo Luc Duquesnel, médecin généraliste en Mayenne et président des généralistes de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), alors que le gouvernement souhaite mettre en place une quatrième année d’internat supplémentaire pour les étudiants de médecine générale en les incitant à la réaliser dans des déserts médicaux.

franceinfo : Que pensez-vous de cette idée avancée par le ministre de la Santé ?

Luc Duquesnel : Une quatrième année d’internat, entre autres pour les médecins généralistes, mais aussi pour les autres spécialités médicales, cela doit être une année professionnalisante. Cela veut donc dire que l’on ne va pas envoyer ces médecins là où il n’y a plus médecins depuis deux ou trois ans dans les déserts médicaux. C’est une année de formation. Ils sont toujours internes. Dans des zones avec une faible démographie médicale, ils devront être accueillis dans des maisons médicales, dans des maisons de santé pluri-professionnelles. C’est indispensable. Quand j’étais interne, si on m’avait lâché tout seul dans une campagne, j’aurais choisi un autre métier où j’aurais été médecin salarié ou médecin hospitalier. Il ne s’agit pas de les mettre en danger. On a besoin d’être entouré par d’autres collègues. Je tiens à rappeler que les déserts médicaux, ce ne sont pas que les zones rurales. Paris est un désert médical en médecins généralistes. Donc ce sont aussi les zones urbaines.( !)

Donc est-ce que cette quatrième année est une bonne idée ?

Non. Je pense que c’est mal présenté. Et la façon dont certains élus en parlent, ils ont l’impression que dans leur village, où il n’y a plus de médecins depuis trois ans, on va avoir tout d’un coup un interne en quatrième année qui va débarquer chez eux. Non, cela ne doit pas être ça, très clairement. Par contre, il y a des zones où l’on manque énormément de médecins. Durant cette année professionnalisante, ils doivent être entourés d’un ou deux médecins. C’est aussi permettre aux territoires de s’organiser. Mais si cela devait déboucher sur envoyer des internes, qui ne sont pas encore médecins, dans des zones où il n’y a personne, ils arrêteront médecine.

Que faut-il faire pour trouver une solution à ces déserts médicaux ?

La situation démographique d’aujourd’hui est le fruit de décisions qui sont prises depuis 35 ou 40 ans par des hommes politiques. Ce sont les mêmes qui, aujourd’hui, veulent de la coercition, qui nous ont amenés dans la situation où l’on est aujourd’hui. D’un autre côté, la situation n’est pas acceptable en termes d’accès aux soins. Ces internes, beaucoup d’entre eux n’ont travaillé qu’à l’hôpital. Il faut leur montrer ce que c’est que d’être médecin en ambulatoire, la médecine libérale. Donc cette quatrième année doit permettre de travailler avec d’autres médecins dans des zones à faible démographie médicale et de découvrir ce qu’est l’exercice libéral. Après ça, il y a plein d’autres solutions. C’est aussi travailler avec d’autres professionnels de santé, avec des infirmières de pratiques avancées, embaucher des assistants médicaux. On sait très bien que pour les dix ou treize ans à venir, le nombre de médecins va encore continuer à diminuer. Donc, cela veut dire modifier nos organisations professionnelles pour prendre en charge plus de patients, parce que la situation actuelle en termes d’accès aux soins n’est plus acceptable

Retour de la valeur travail à gauche ?

Retour de la valeur travail à gauche ?

 

Dans une tribune au « Monde », un collectif de responsables politiques et d’économistes explique que la gauche doit arrêter d’être défaitiste en renonçant au plein-emploi. Elle ne doit pas oublier l’importance du travail dans la société, et ce que nous devons tous à ceux qui l’assument.

 

La place du travail dans la société et dans le projet que la gauche doit proposer aux Français ne devrait pas faire polémique. Au-delà des slogans et des petites phrases qui ont été échangées par les uns et les autres, François Ruffin (député La France insoumise) et Fabien Roussel (député du Nord et secrétaire national du Parti communiste français) ont rappelé que les aspirations de nos concitoyens ne sont pas celles d’une société post-travail, mais celles d’une société qui puisse apporter à chacun un travail digne et vecteur d’émancipation.

Commençons par rappeler une évidence : il n’y a pas de société sans travail. Cela est vrai pour tout système économique, qu’il soit capitaliste ou non. De fait, le travail, qu’il soit salarié, indépendant, familial ou produit bénévolement pour une association, est la seule source de richesse pour la communauté.

Karl Marx (1818-1883) lui-même, théoricien de la valeur travail, n’a jamais nié son importance. Lorsqu’il développe au milieu du XIXe siècle ses réflexions et ses écrits sur le système capitaliste, il dénonce l’aliénation par le travail du prolétaire dépossédé de son individualité et de sa contribution personnelle.

Le prolétaire est celui qui ne possède que sa force de travail, qu’il vend contre un subside de misère. L’idée commune du XIXe siècle, chez tous les philosophes et acteurs d’un mouvement socialiste en construction, c’est que l’émancipation des travailleurs doit passer par leur association, leur rendant ainsi la maîtrise de l’outil de travail et le bénéfice de son produit.

Face au travail exploité incarné par le salariat, le socialisme rêvait d’un travail émancipé, organisé collectivement par les travailleurs eux-mêmes. Mais le salariat s’est étendu, tant et si bien qu’au début du XXe siècle, les conditions d’organisation de la production et de nos sociétés en ont fait le vecteur principal de distribution des revenus, notamment par la création de la Sécurité sociale.

De son côté, le droit social est venu protéger le salarié, améliorer ses conditions de travail et défendre l’expression syndicale au sein des entreprises.

L’Etat social s’est ainsi construit patiemment, comme le rappelle l’économiste Christophe Ramaux dans son dernier ouvrage, Pour une économie républicaine. Une alternative au néolibéralisme (De Boeck, 336 pages, 21,90 euros). L’une de ses applications concrètes fut d’attacher au statut de salarié un cadre légal visant à sortir de l’arbitraire capitaliste.

Défense de la forêt landaise

Défense de la forêt landaise

 

« La forêt de pin [landaise] n’est pas « naturelle » mais à but productif. Fort bien, mais pourquoi pas ? Malgré ce massif d’un million d’hectares, nous manquons de bois. [...] Il nous semblerait logique de sanctuariser cette production en ces temps de recherche d’indépendance et d’autosuffisance », écrit Sylvie Daulouède, en réaction à une tribune ( dans « Le Monde ».)

 

Sylvicultrice, Landaise de naissance, constamment émerveillée par cette forêt que je parcours depuis mon enfance, je ne peux que réagir à la tribune de Hugues Jallon concernant l’avenir du massif forestier des Landes. J’invite M. Jallon à venir partager mon plaisir de me promener dans les fougères et la bruyère sous les pins qu’il regroupe sous l’appellation « d’usine » en reprenant le terme consacré de l’époque napoléonienne. Usine s’entendant en ce temps-là comme un outil de production agricole.

Au cours de cette simple promenade, M. Jallon, visiblement peu concerné par la sensibilité à un écosystème riche de faune et de flore, apprendra cependant, en peu de temps, beaucoup plus de notions qu’à la simple lecture de Wikipedia sur son ordinateur. Quelques exemples ? Impossible de faire tout un cours sur le sujet en quelques lignes car la forêt ne s’apprend pas sur un ordinateur.

Essayons tout de même pour l’essentiel. En se promenant, M. Jallon lèvera la tête pour regarder la canopée de tous ces pins qui montent jusqu’à 30-40 m de haut. Il apprendra alors que si l’on plante un pin au milieu d’un champ, il ne se développera pas plus qu’un pommier. Les plantations doivent être serrées pour que le pin aille chercher la lumière. Formidable nature : au cours de sa croissance, il va se débarrasser de ses branches basses. On nomme cela l’élagage naturel .

Oui, mais ces branches qui se détachent laissent des plaies sur le tronc. Qu’à cela ne tienne, l’arbre va sécréter une espèce de colle qui fera pansement. Cette colle est une résine (oléorésine) que les gemmeurs ont récoltée durant des décennies. Il faudra régulièrement éclaircir cette forêt touffue et aboutir à ces lignes qui laissent le pin grandir, n’en déplaise tant à l’auteur de la tribune. Il s’agit là d’un cycle naturel extrêmement sophistiqué et bien loin d’une usine.

Par ailleurs, M. Jallon qui verra des biches, des oiseaux de toutes sortes, des papillons et des insectes que l’on ne trouve plus dans les champs agricoles, constatera combien le sol est sec avec les exceptionnelles canicules. Nous lui apprendrons alors que le pin est un arbre d’une rare intelligence situationnelle. Il se met alors en mode économie d’eau et n’en consomme pratiquement plus. Quand la pluie revient, mouvement inverse, il stocke l’eau comme un trésor.

On pourrait ainsi agrémenter la visite de M. Jallon de tas de notions liées à la vie des pins qui, nous en sommes convaincus, changeront son regard sur ces arbres. Reste cependant un argument à ses yeux décisif : la forêt de pin n’est pas « naturelle » mais à but productif. Fort bien, mais pourquoi pas ? Malgré ce massif d’un million d’hectares, nous manquons de bois. Nous en importons, en particulier de Russie. Il nous semblerait logique de sanctuariser cette production en ces temps de recherche d’indépendance et d’autosuffisance.

Oui, mais les sols sont détruits, pense trop rapidement M. Jallon. Sait-il que chaque propriétaire, s’il veut bénéficier des avantages fiscaux (loi dite Sérot-Monichon), est obligé d’établir un plan de gestion ? Il ne pourra pas couper ses arbres quand il le veut. Tout cela très rigoureusement et avec le souci constant d’assurer une rotation qui permet aux terrains de se régénérer. Toute cette organisation a généré un écosystème remarquable et envié des autres pays.

Les Landais aiment leurs pins, leurs terres. Ils en retirent des subsides, mais pas au prix d’une exploitation sauvage. Si M. Jallon veut détruire tout cela en trouvant mieux que de revenir au temps des échasses, des marais, du paludisme et des autochtones que Napoléon appelait « les primitifs », nous sommes preneurs. Mais avant cela, par pitié, qu’il relise Mauriac, qu’il se promène dans la forêt, qu’il s’imprègne de ces habitus locaux qui font de cette forêt un joyau de notre pays.

La prise de conscience écologique

 

La prise de conscience écologique

 

Face au désastre écologique qui affecte désormais le quotidien et l’intimité de tous les contemporains, nombre d’intellectuels opèrent un « tournant géologique » afin de forger des récits capables de relever le défi climatique. Par Nicolas Truong dans le Monde

L’espace d’un été, le monde a basculé. Aucun coin de terre n’a échappé à sa saison en enfer. Chacun a pu ressentir le désastre au bord du balcon, percevoir l’apocalypse au bout du jardin, connaître la suffocation sur les routes en goudron. Et éprouver non pas le « printemps silencieux » documenté par la biologiste américaine Rachel Carson (1907-1964), alertée par la disparition du chant des oiseaux due aux pesticides, mais un été assourdissant, alourdi par un air plombant, asséché comme l’étaient les rivières et les torrents, jauni et craquelé comme le furent les pelouses et les champs.

Ce sont souvent les plus modestes qui ont enduré les effets les plus dévastateurs des pics de chaleur et pris de plein fouet les tempêtes, avec le sentiment que le ciel leur tombait sur la tête. Mais les populations les plus épargnées habituellement ont rarement échappé à la touffeur de cet été meurtrier, ainsi qu’aux nuages de cendres provenant d’incendies qui dévastaient les Landes ou les monts d’Arrée, recouvrant le paysage d’un voile inquiétant. Telle une ombre au tableau qui nous colle désormais à la peau. In girum imus nocte ecce et consumimur igni : le palindrome d’origine latine utilisé en 1978 par Guy Debord (1931-1994), cofondateur de l’Internationale situationniste, prend peut-être aujourd’hui une nouvelle signification : « Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu. »

La prise de conscience des ravages a pénétré le langage, et l’on nomme désormais ce sentiment de perte, de désarroi et de mélancolie provoqué par la dégradation de notre propre « environnement ». Forgée au début des années 2000 par le philosophe australien Glenn Albrecht – auteur des Emotions de la Terre (Les liens qui libèrent, 2020) – lui-même bouleversé par les saccages de l’exploitation minière de la Hunter Valley, une région au nord de Sydney dont il est originaire, la « solastalgie » désigne ce « sentiment de désolation causé par la dévastation de son habitat et de son territoire », mais aussi « le mal du pays que vous éprouvez alors que vous êtes toujours chez vous ». Elle résonne avec l’« écoanxiété », théorisée à la fin des années 1990 par la chercheuse en santé publique belgo-canadienne Véronique Lapaige, qui s’est largement popularisée. Si la solastalgie, cette douleur morale causée par la disparition de son propre milieu de vie, est une tristesse de rétrospection, l’écoanxiété, suscitée par la crainte d’un effondrement à venir, est une angoisse d’anticipation.

 

Température et risques de l’ Eté 2022 : La future norme ?

Température et risques de l’ Eté 2022 : La future norme ?

 

L’expert de l’assurance Nicolas Bauduceau estime, dans une tribune au « Monde », que la résilience collective face aux sinistres à venir doit passer par un soutien public et privé accru aux décisions individuelles de prévention des risques.

 

L’augmentation probable de l’intensité et de la fréquence des catastrophes naturelles sous l’effet du dérèglement climatique est un défi majeur : l’été 2022 pourrait devenir la norme à partir de 2050. Le statu quo n’est donc pas une option. Le changement de nos modes de production et de consommation doit se poursuivre. Toutefois, les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre n’enrayeront pas l’évolution du climat dans les deux prochaines décennies : l’inertie du système climatique est trop grande. Dès lors, la question n’est plus de savoir si nous devons nous adapter à cette évolution, mais comment nous devons le faire.

Face aux catastrophes naturelles, nous disposons en France de trois outils : la prévention, qui consiste à éviter la mise en danger des personnes et des biens ; la gestion de crise, qui consiste à mobiliser des moyens pour venir en aide aux populations pendant un événement extrême ; l’indemnisation financière, qui permet d’engager la reconstruction à la suite de la catastrophe. Mais le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles, fondé sur la solidarité nationale, est aujourd’hui sous tension en raison de sécheresses successives. L’augmentation prévisible du coût des catastrophes naturelles à l’horizon 2050 devrait le déséquilibrer structurellement dans les deux décennies qui viennent.

Au-delà des équilibres financiers, maintenir l’ensemble du territoire assurable et résilient exigera donc de mettre en œuvre une politique de prévention des risques naturels particulièrement efficace.

Nous ne partons pas de rien en la matière, loin s’en faut. Les premières digues ont été construites au XIIe siècle pour protéger la vallée de la Loire des colères du fleuve royal. Depuis, la France s’est couverte de plus de 9 000 km de digues. Un exemple qui symbolise la façon dont la France a structuré une politique publique complète de prévention, basée sur différents axes : connaître les zones à risque, éviter d’investir les zones les plus exposées, déconstruire les biens les plus vulnérables, construire différemment, réduire la fréquence et l’intensité des phénomènes, adapter les biens existants, faire évoluer les comportements.

L’Etat et les collectivités y consacrent des engagements financiers croissants : en moyenne 375 millions d’euros par an durant la dernière décennie. Parallèlement, la réglementation de la construction dans les zones à risque a été considérablement étendue et durcie pour limiter la prolifération de biens inadaptés sur les territoires les plus exposés.

Resserrement monétaire de la BCE: Des conséquences pour les pays endettés…. comme la France ?

Resserrement monétaire de la BCE: Des conséquences pour les  pays endettés…. comme la France ?

. La hausse des taux et la fin des programmes de rachat d’actifs décidées pour endiguer l’inflation créent de nouvelles vulnérabilités pour les pays les plus endettés, Italie en tête. Par Éric Pichet, Kedge Business School

 

Notons que l’article ne traite pas de la situation financière de la France dont l’endettement a pourtant progressé de manière considérable et qui va en payer le prix avec la hausse des taux d’intérêt. La dette de la France va en effet représenté de de 115 % en 2022, soit une charge financière d’environ 40 milliards.  « Une hausse de 1 % de l’inflation peut renchérir la charge de la dette de plus de 2 milliards », a calculé François Ecalle, le responsable du site spécialisé Fipeco.

Le discours de la Banque centrale européenne (BCE) d’ici à l’été sera également guetté avec attention, alors que partout dans le monde les banques centrales commencent à remonter les taux d’intérêt pour contrer l’inflation. « Les effets d’une éventuelle hausse des taux pour sur la charge de la dette française ne seront pas immédiats, compte tenu de la maturité de la dette », tempère toutefois François Ecalle.

NDLR

 

 

En août 2022, l’inflation s’élevait en rythme annuel à 8,5 % aux États-Unis, 10,1 % au Royaume-Uni et 9,1 % dans la zone euro. Pourtant, à l’instar des autres grandes banques centrales, la Banque centrale européenne (BCE) a pour première mission, selon l’article 127 du Traité de l’Union européenne, la stabilité des prix dont elle avait elle-même fixé le plafond à 2 %.

Pour quelles raisons la BCE a-t-elle failli à sa mission et quelles en seront les conséquences ? Le choc inflationniste actuel a deux types de causes économiques (conjoncturelles et structurelles) qui se sont cumulées en 2022. À court terme, les prix subissent le choc d’offre dû aux goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement mondiales ainsi que la flambée des prix de l’énergie consécutive à la guerre en Ukraine. Mais ces facteurs accentuent une tendance sous-jacente de plus long terme liée au réchauffement climatique, aux relocalisations et au vieillissement de la population.

Surtout, à ces causes relevant de l’économie réelle se sont ajoutées les politiques extraordinairement expansionnistes que les banques centrales ont mis en place à partir de 2008 pour éviter de transformer deux grandes récessions (2009 et 2020) en de profondes dépressions, et qui prennent actuellement fin.

Ainsi pour répondre à la crise financière de 2008 et instruite par l’expérience de la crise de 1929, la BCE a, comme la Réserve fédérale américaine (Fed), lancé des programmes d’achats massifs et durables de titres obligataires publics sur le marché secondaire (quantitative easing, ou QE) pour maintenir les taux longs très bas et permettre aux entreprises et aux ménages d’emprunter pour soutenir l’activité et éviter le pire : la déflation, c’est-à-dire une baisse des prix généralisée générant l’attentisme des consommateurs (qui repoussent leurs achats pour payer moins) pesant ensuite sur les revenus et les capacités d’investissement des entreprises et donc in fine sur la croissance.

Cette politique non conventionnelle totalement inédite devait cesser après la crise mais elle fut au contraire accentuée par la pandémie de 2020, amenant le bilan et la masse monétaire des banques centrales à des niveaux inconnus.

Ce n’est finalement qu’en juillet 2022, soit quatre mois après la Fed, que la BCE a décidé de remonter ces taux de 50 points de base (une première depuis plus d’une décennie) et de stopper ses programmes de quantitative easing, mais sans les éteindre. C’est-à-dire, à la différence de la Fed, en réinvestissant le montant des obligations arrivées à échéance (son bilan reste donc stable alors que celui de la Fed commence à diminuer).

Pour lutter contre la hausse des écarts entre les taux de financement des différents États membres de la zone euro, les « spreads », constatée depuis début 2022, elle a même annoncé un nouvel outil « anti-fragmentation » encore dans les limbes qui se traduirait par de nouveaux achats d’obligations des États en difficulté.

Réagissant plus tardivement que la Fed, la BCE a ensuite été contrainte d’augmenter encore ses taux cette fois de 75 points le 8 septembre, soit le plus fort relèvement depuis sa création en 1999. Mais ce nouveau taux de refinancement de 1,25 % s’il accentuera logiquement le risque de récession dans la zone euro reste très en deçà de l’inflation et ne suffira donc pas à juguler la hausse des prix.

Le programme d’achat massif d’obligations souveraines (Pandemic Emergency Purchase Programme ou PEPP) de la BCE lancé en mars 2020 pour éviter l’effondrement des économies s’est traduit par un financement de la quasi-totalité des énormes emprunts publics émis depuis deux ans. Ainsi en juillet 2022, le Système européen des banques centrales (SEBC) détenait en moyenne plus de 35 % de la dette publique de l’eurozone (33 % en France), ce qui n’incite bien sûr pas les pays dispendieux à réduire leur déficit structurel.

Parmi les « cigales » qui ont pu financer sans douleur leurs déficits publics, l’Italie est devenu le maillon faible de la zone euro avec une dette publique passée de 134,3 % à 154,4 % au moment où la Grèce sort tout juste du mécanisme de surveillance européen après 11 années de sacrifices.

Si, comme l’annonce les sondages, la coalition d’extrême droite emmenée par Giorgia Meloni remportait les élections du 25 septembre, le pays entrerait sans doute dans une phase de fortes turbulences financières car la candidate au poste de premier ministre souhaite renégocier le plan européen de soutien à son économie pourtant extrêmement favorable avec 191,5 milliards d’euros dont 69 de subventions sur la période 2021-2026.

Dans ces conditions, on ne peut exclure une envolée des taux des obligations souveraines italiennes voire un défaut sélectif de l’Italie, par exemple sur les obligations détenues par le SEBC, ce qui minerait la crédibilité de l’euro.

Il semble que la BCE, échaudée par la crise grecque de 2015, ait anticipé ce risque en décidant le 3 février 2020 qu’elle ne détiendrait que 10 % des 290 milliards de la dette italienne contractée pour faire face à la pandémie dans le cadre du PEPP et qui s’ajoutent aux 450 milliards de dettes détenues par le SEBC dans l’Asset Purchase programme enclenché depuis 2015 – laissant ainsi 90 % du risque de signature à la seule banque centrale italienne : ce qui devrait faire réfléchir le futur gouvernement transalpin.

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Par Éric Pichet, Professeur et directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier, Kedge Business School

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

L’influence culturelle de la France en danger

L’influence culturelle de la France en danger

Un an après sa prise de fonctions, la présidente de l’Institut français qui œuvre au rayonnement français à l’étranger donne un aperçu de sa feuille de route, dans un entretien avec « Le Monde ».

 

Nommée à la présidence de l’Institut français le 1er juillet 2021, Eva Nguyen Binh, ancienne ambassadrice de France au Cambodge, entend donner une nouvelle impulsion à cette institution qui œuvre au rayonnement de la culture française à l’étranger, au moment où celle-ci célèbre son 100e anniversaire.

Quel regard portez-vous sur la diplomatie culturelle de la France ?

L’influence de la France n’est pas un acquis. Elle est remise en cause, questionnée, battue en brèche dans un certain nombre de pays, notamment en Afrique. En même temps, cette politique culturelle fait envie. Je rencontre beaucoup de gens, des ministres de pays étrangers qui me disent : « Mais comment faites-vous, comment êtes-vous organisés ? »

En quoi cette défiance change-t-elle votre action ?

Nous sommes dans un moment de défis, où l’Institut français, dans toutes ses composantes et tous ses relais, doit être extrêmement ouvert sur les autres et parler à tout le monde. Dans l’histoire de notre maison, il y a eu des périodes où nous parlions beaucoup aux autorités locales et aux artistes. Aujourd’hui, nous parlons à toutes les composantes d’une société, c’est-à-dire aussi les ONG, les entrepreneurs, les représentants des sociétés civiles, etc. Le débat d’idées prend désormais une place essentielle. J’en veux pour preuve le cycle de forums que nous lançons en Afrique, en octobre [Notre Futur. Dialogues Afrique-Europe, dès le 7].

Comment abordez-vous ce type de rencontres ?

Le changement de paradigme vient du fait que nous n’organisons rien s’il n’y a pas de partenaires locaux, si, localement, nos interlocuteurs trouvent que cela n’a pas d’intérêt. Ce n’est plus une approche verticale. Nous n’imposons rien, au contraire, nous nous plaçons dans la coconstruction. Cela me paraît important comme orientation, parce que cela irrigue tout ce qu’on va faire, y compris dans le domaine artistique.

Comment cela se manifeste-t-il sur le terrain ?

Nous allons soutenir des projets portés par des galeries, des incubateurs, des entreprises, des associations. Quitte à ce qu’on ne porte pas le projet, mais que nous soyons dans l’accompagnement. Si vous voulez, on laisse le projet se structurer, s’épanouir. On a des projets comme ça au Cameroun, encouragés par l’Institut français sur place. Quand on propose des concepts comme La Nuit des idées, Novembre numérique ou les Dialogues Afrique-Europe, ce n’est pas une injonction, on est dans la collaboration.

Or, aujourd’hui, La Nuit des idées [créée en 2016], c’est dans plus de cent pays, et Novembre numérique, lancé en 2017, dans soixante-dix pays. Et ce qui m’importe, c’est aussi des sujets sociétaux qui sont forts partout, et dont je considère que l’Institut français ne s’est pas totalement emparé.

Pourquoi les classes populaires ont abandonné la gauche (François Ruffin )

Pourquoi les classes populaires ont abandonné la gauche (François Ruffin )

 

 

François Ruffin serait-il la mauvaise conscience de la gauche française ? Dans son dernier livre, l’ancien journaliste, devenu député La France insoumise (LFI) dans ce département depuis 2017, pose la question qui fâche une partie de son camp politique : pourquoi, d’élection en élection, les classes populaires préfèrent-elles s’abstenir ou voter pour l’extrême droite plutôt que pour la gauche ? ( chronique du Monde)

Jean-Luc Mélenchon a terminé troisième du scrutin présidentiel d’avril (avec 21,9 % des voix). L’accord scellé dans la foulée aux législatives entre « insoumis », écologistes, socialistes et communistes pour former la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (Nupes) a permis à la gauche d’assurer quelque 150 sièges de député à l’Assemblée nationale. Beaucoup ont voulu voir dans ces deux résultats honorables, voire inespérés encore quelques semaines plus tôt, le signe d’un renouveau pour la gauche. Pas François Ruffin, qui rappelle, amer, que Marine Le Pen, non contente de s’être qualifiée de nouveau pour le second tour de la présidentielle, a obtenu 42 % des voix chez les ouvriers au premier, soit plus du double du score de son père (17 %) en 1988 dans la même catégorie sociale. Et que le Rassemblement national (RN) compte désormais 89 députés au Palais-Bourbon, un record historique.

Certes, le député LFI rend « hommage » dans son livre à Jean-Luc Mélenchon qui « a fait entrevoir le pouvoir » à une nouvelle génération politique. Il convient que la ligne du chef de file des « insoumis » a séduit dans « les quartiers populaires » et « la jeunesse écolo ». Mais elle n’a pas permis à la gauche d’être majoritaire dans le pays, faute d’avoir les voix de « la France des “gilets jaunes”, des bourgs, des France périphériques ». Pourquoi ? Parce que, dans cette France populaire, qui n’habite pas les centres-villes ou les banlieues des métropoles, mais dans des villes moyennes et rurales qui ont subi depuis les années 1980 la fin de l’industrie, les fermetures des commerces et la disparition des services publics, la gauche est davantage vue comme le parti des aides sociales que comme celui du travail, explique Ruffin. « Une porte après l’autre, un immeuble après un pavillon, la petite musique revenait, lancinante, sur “les assistés”, “les cas soc” »ceux qui “ne se lèvent pas le matin”qui “touchent des aides”pendant que “nous, on n’a droit à rien” », raconte-t-il, témoignant de sa campagne législative « entre Abbeville et Camon ».

Sobriété énergétique: Limiter aussi le ralentissement de la croissance.

 Sobriété énergétique: Limiter aussi le ralentissement de la croissance.

 

Gérer en même temps la sobriété énergétique mais sans limiter le ralentissement de la croissance c’estpossible pour Alain Di Crescenzo est président de CCI France. ( dans l’Opinion)

 

Face à l’augmentation inédite depuis 1973 des prix de l’énergie, le virage de la sobriété énergétique est pris. Le gouvernement nous engage à réduire de 10 % nos consommations d’énergie. La mobilisation générale est décrétée et les entreprises sont en première ligne.

La crise énergétique durable que subissent notre société et notre économie laisse planer sur nos entreprises de toutes tailles un risque majeur, au-delà des difficultés d’approvisionnement de l’électricité ou du gaz. L’horizon noir de l’hiver qui vient, c’est la baisse, voire l’arrêt de certaines activités, sachant cette période correspond à un pic d’activité où de très nombreuses entreprises réalisent entre 30 % et 40 % de leur chiffre d’affaires.

Déjà voilà quelques mois, la spirale tant redoutée a été enclenchée avec les entreprises électro-intensives. A titre d’exemple, les verriers sont contraints aux ralentissements d’activité, voire à la mise en veille de leurs fours pour plusieurs mois. Selon les premières analyses, ce sont 2 300 à 5 000 entreprises grosses consommatrices de gaz et d’électricité (notamment des secteurs de la chimie, de l’agroalimentaire et de la métallurgie) qui sont dans l’œil du cyclone. Mais la hausse des prix de l’énergie est tellement forte que c’est l’ensemble du tissu entrepreneurial et commerçant qui est concerné par la nécessité de réduire sa consommation.

 

Tout doit être fait pour limiter le ralentissement de l’activité économique, et l’hypothèse même d’avoir des coupures d’énergie est insupportable. C’est dans ce contexte que les chambres de commerce et d’industrie de France se sont mobilisées pour éviter l’inacceptable et pour, à plus long terme, accompagner des entreprises dans un processus durable d’économie d’énergie.

Ainsi, le réseau des CCI, dans le prolongement d’une campagne ciblée sur l’efficacité énergétique des entreprises qui avait permis, il y a deux ans, de diminuer les factures d’électricité de 5% à 10%, lance un plan d’action d’envergure articulant temps court et temps long, afin d’apporter la boussole dont les chefs d’entreprise ont besoin en temps de crise aiguë.

Ce plan comprend une campagne de communication nationale pour engager massivement les entreprises dans une démarche concrète de sobriété énergétique. Communication à laquelle s’ajoute une dynamique de sensibilisation et d’accompagnement avec des webinaires, des témoignages de bonnes pratiques, des diagnostics énergétiques digitaux, des coachings personnalisés et un dispositif de mentorat « sobriété énergétique » pour un accompagnement « pair à pair » sur les secteurs à forts besoins énergétiques (commerce, hôtellerie, restauration, services aux entreprises, établissements de formation…). En parallèle, un benchmark international viendra consolider le plan d’actions en s’inspirant des meilleures pratiques, notamment européennes.

Suite à la catastrophe de Fukushima, les Japonais ont réussi à diminuer de 20 % la consommation d’électricité sans que leur industrie ne s’effondre. Dix pourcent, c’est donc possible ! Alors soyons donc tous des acteurs engagés de l’économie… d’énergie.

Alain Di Crescenzo est président de CCI France.

Iran : La colère contre la dictature

 Iran : La colère contre la dictature

 

 

Afin de mieux comprendre la portée de cette nouvelle explosion de colère, franceinfo a interrogé l’historien Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran et chercheur associé au Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grips).

 De grandes manifestations ont déjà secoué l’Iran fin 2017 et plus récemment en 2020, avec des motifs principalement économiques. La mort de Mahsa Amini ( Provoquée par la police parce que l’intéressé portait mal le voile !) peut-elle pousser davantage les Iraniens dans les rues ?

Jonathan Piron : Les événements étant en cours, il est encore très difficile de savoir si cela va s’apparenter à un véritable soulèvement dans l’ensemble du pays. Mais il y a du neuf par rapport aux précédents mouvements protestataires. Cette mobilisation semble vraiment toucher différentes catégories de la population, dans une expression de rage et de colère qui n’est pas seulement dirigée contre une politique qui est mise en place par le régime iranien, par exemple la hausse des prix des carburants…

Ici, c’est vraiment l’expression d’un manque, d’une vraie colère contre les symboles même du régime de la République islamique, que sont notamment la question du port du voile et les instruments de répression et de contrôle. Ces derniers existent évidemment depuis les origines de la République islamique, mais ils ont été vraiment réactivés depuis l’accession au pouvoir du président Ebrahim Raïssi, en août 2021.

Quels milieux manifestent d’habitude en Iran ? Retrouve-t-on les mêmes profils que lors des derniers mouvements populaires ?

Tout dépend des logiques protestataires. En 2020, à Téhéran, c’étaient tous ceux qui dépendaient de l’économie informelle, sans protection face à la montée des prix de l’essence. En 2021, dans le sud du pays, c’étaient surtout les agriculteurs qui se mobilisaient pour réclamer un meilleur partage de l’eau. Souvent, le régime essaye de mettre un couvercle sur les protestations, en aidant certains groupes et pas d’autres. Cette fois-ci, ce n’est pas le cas.

Les Iraniens sont épuisés par des années de sanctions, par la pandémie, et par la crise économique qui s’aggrave depuis le retrait américain [de l'accord sur le nucléaire iranien en 2018] et les nouvelles sanctions. La classe moyenne se rapproche de la classe précaire, et ça va être difficile pour le régime de les opposer l’une à l’autre.

La colère populaire est très visible sur les réseaux sociaux en Iran, malgré la censure. Comment cela fonctionne-t-il ?

A part Instagram, qui reste menacé, la plupart des réseaux sociaux comme Facebook, YouTube, Twitter sont interdits en Iran. Ce qui relève d’une grande hypocrisie quand on sait que les grands responsables du régime, dont l’ayatollah Ali Khamenei, communiquent régulièrement sur Twitter. Mais la population y a tout de même accès en utilisant des moyens de contournement, comme des VPN [un logiciel qui permet de naviguer sur internet de manière anonyme]. Le partage d’information se fait principalement sur WhatsApp et Telegram, où les vidéos des manifestations se propagent pour l’instant.

Pour moi, ces images ont une certaine force parce qu’elles ont un impact dans les mentalités. Elles montrent justement des personnes se rassembler, brûler leur voile en public, se couper les cheveux… Ça entraîne la mise en place d’un nouveau répertoire de contestation, ça montre qu’on peut le faire. Il y a une espèce de chape de plomb qui se brise avec la transmission de ces images.

Quel schéma le régime pourrait-il suivre face à cette contestation populaire ?

Pour le moment, il y a une forme d’attentisme, même si la répression a déjà été très violente par endroits. Ce sont d’abord les villes, les centres urbains et les campus universitaires qui sont en train de bouger. Surtout dans le Kurdistan, qui est la région d’origine de Mahsa Amini.

« Habituellement, le régime coupe internet afin d’étouffer la mobilisation. Cela peut durer un ou plusieurs jours, le temps que le pouvoir agisse sans que les images des violences ne circulent et ne nourrissent la colère de la population. »

 

Il s’agit vraiment de tirer le rideau sur la manière dont le régime va réprimer les Iraniens et finalement éteindre toute velléité de protestation.

La déliquescence de la monarchie britannique

La déliquescence  de la monarchie britannique 

 

Fragilisée par le traitement réservé à la princesse Diana et par les accusations d’agressions sexuelles portées contre le prince Andrew, la monarchie britannique est à bout de souffle, estime cette figure de la gauche radicale au Royaume-Uni, dans une tribune au « Monde ».par Tariq Ali , britannique

 

Charles est un prénom que les rois d’Angleterre rechignent à porter depuis le XVIIe siècle. Commençons donc par le premier du nom. Un siècle et demi avant 1789, les Anglais connurent une guerre civile puis une révolution bourgeoise. Ils décapitèrent le roi Charles Ier le 30 janvier 1649, abolirent la Chambre des lords et instaurèrent un régime républicain : le « Commonwealth » qui fédérait l’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande et le Pays de Galles ne dura pas longtemps mais laissa des traces. La restauration de 1660, avec la montée sur le trône de Charles II, fut le fruit d’un compromis : il n’était pas question de ressusciter l’absolutisme.

Le 9 septembre, Charles III a accédé au trône après le long règne de sa mère. Il attendait ce moment avec impatience. Son règne ne s’éternisera pas, mais l’état actuel de la Grande-Bretagne et de la monarchie incite à se poser des questions, à commencer par celle-ci : la monarchie survivra-t-elle si le Royaume-Uni éclate et que l’Ecosse décide de le quitter et d’adhérer à l’Union européenne ? Selon un récent sondage, pas moins de 49 % des Ecossais sont désormais favorables à l’indépendance. Les Anglais n’auraient alors pas d’autre choix que de réviser leur Constitution en réformant ou en abolissant la Chambre des lords et la monarchie, et en restructurant le Parlement, le pouvoir judiciaire et les forces armées, qui sont organiquement liés à la Couronne.

Pourquoi le pays qui a inauguré la tradition des révolutions réussies s’accroche-t-il depuis si longtemps à la monarchie ? Parce qu’il l’a adaptée afin qu’elle puisse toujours répondre aux mêmes besoins essentiels : procurer de la stabilité à la classe dirigeante et disposer d’une entité chapeautant toutes ses institutions, y compris le Parti travailliste et les syndicats. Preuve en est que les dirigeants des syndicats de cheminots et de postiers, habituellement peu suspects de complaisance, ont suspendu leurs mouvements de grève la semaine dernière par respect pour la défunte reine.

L’historien écossais Tom Nairn soutient depuis près d’un demi-siècle que la monarchie a joué un rôle de balancier indispensable dans le pays afin de maîtriser une classe ouvrière en plein essor, tout en s’efforçant de lui ménager une place dans les institutions. Sur ce point, on peut dire qu’elle y est parvenue. A l’étranger, il fallait à l’Empire britannique un monarque pour renforcer son emprise sur des colonies où les rois étaient la norme. En Asie comme en Afrique, la monarchie était utilisée pour pacifier les populations locales. La princesse héritière Elizabeth se rendit au Kenya en 1952 alors que les Britanniques écrasaient les insurgés Mau-Mau en les soumettant à la torture et en les enfermant dans des camps de concentration. C’est lors de ce séjour qu’on lui annonça la mort de son père et qu’elle devint reine.

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