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Métavers : Illusion ou réalité ?

Métavers : Illusion ou réalité ?

Un article de Sciences et Avenir

L’irruption des mondes virtuels dans nos vies paraît inévitable, et leurs impacts considérables : sur les ressources minières et énergétiques, sur l’environnement, sur nos personnalités… De quoi inciter à l’anticipation.

Qu’il nous fasse rêver ou nous désespère, qu’on le désire ou non, il faut se faire une raison, le métavers est en marche. Et ce bouleversement annoncé tout droit inspiré de la science-fiction de ces cinquante dernières années aura un coût… que cette même science-fiction s’est d’ailleurs acharnée à anticiper ! Des bidonvilles métropoles recouvrant la Terre dans Ready Player One aux individus qui préfèrent l’illusion à la réalité – la fameuse « pilule bleue » dans Matrix -, nous sommes prévenus : cette fusion plébiscitée entre virtuel et réel aura un impact sur notre environnement, nos rapports sociaux, nos addictions et jusque sur notre cognition.

 

BESOINS EN INFRASTRUCTURES

En termes d’environnement, la tendance est claire « Le métavers impliquera le plus grand besoin computationnel de l’histoire humaine », assène le prospectiviste américain Matthew Ball, dans un essai de référence sur le sujet. Les mondes persistants, immersifs et actualisés en temps réels requièrent en effet des ressources inédites en termes de stockage de données, de calcul et de communication. « Ce qui reposera forcément sur des infrastructures pléthoriques », abonde Indira Thouvenin, chercheuse en réalité virtuelle à l’Université de technologie de Compiègne (UTC).

De quoi imaginer des milliers de kilomètres carrés de centres de données ? Le cloud gaming préfigure déjà ces besoins. Cette offre de plus en plus populaire permet de jouer à des jeux vidéo sur n’importe quel terminal, y compris en mobilité, en exécutant les tâches sur de puissants serveurs à distance, qui renvoient au joueur la seule vidéo en direct via internet. Pour son casque de réalité augmentée Hololens 2, Microsoft développe lui aussi un service cloud. Mais les data centers, énormes usines de serveurs ultra-optimisées, ne suffiront pas à soutenir la demande : malgré leur massification croissante, ils restent trop lointains. Des industriels planchent donc déjà sur l’edge computing, qui consiste à déporter des serveurs au plus près des utilisateurs, pour réaliser certains des calculs les plus lourds en un temps acceptable. Des mini data centers de proximité pourraient ainsi fleurir dans chaque quartier.

Le métavers s’appuiera aussi sur des réseaux de communication toujours plus performants. « La 5G telle que déployée actuellement, sur la bande de fréquence de 3,5 MHz, n’offre pas la latence inférieure à 20 millisecondes nécessaire à des expériences de réalité virtuelle vraiment fluides. Ce sera le rôle de la future bande 5G de 26 MHz et, à terme, de la 6G », pointe Dominique Boullier, chercheur spécialisé en usages numériques à Sciences Po. La 6G promet d’ailleurs de soutenir les technologies holographiques. Or ces réseaux recourront à des ondes électromagnétiques du domaine millimétrique, caractérisées par une très courte portée, de l’ordre de la centaine de mètres – contre une portée de 2 à 5 km pour les ondes 4G… Ce qui implique nécessairement une multiplication massive des antennes relais. Enfin, à terme, les flux de données pourraient aussi transiter par les nouvelles constellations de micro-satellites, conçues spécifiquement dans le but d’amener le haut débit aux zones les plus reculées de la planète. La société Starlink prévoit à elle seule de lancer en tout et pour tout quelque 42 000 microsatellites en orbite basse terrestre ; d’autres entreprises, comme Amazon, préparent leurs propres constellations.

20 mois

C’est la durée moyenne d’utilisation d’un smartphone en France, avant qu’il ne soit renouvelé. Les 18-29 ans ont possédé près de 5 téléphones mobiles dans leur vie.

QUEL EST L’IMPACT ENVIRONNEMENTAL DU METAVERS ?

Les infrastructures terrestres, spatiales, individuelles et partagées vont donc se multiplier. Or leur impact est lourd : selon l’organisation The Shift Project, la part du numérique dans les émissions mondiales de gaz à effets de serre était de 3,5 % en 2019, et en croissance préoccupante, de +6 % par an. Ce qui est jugé incompatible avec l’objectif d’un réchauffement planétaire moyen limité à 2°C. « En l’absence de réinvention des comportements, le déploiement des nouvelles générations de réseaux et le développement des usages associés – internet des objets, IA, edge computing, cloud gaming – accentueront cette tendance », note l’organisation dans un rapport publié en mars 2021. L’impact du numérique pourrait ainsi grimper à 7 %, c’est-à-dire doubler, dès 2025.

 

Cette hausse exponentielle s’explique en partie par l’effet rebond, qui veut que lorsque l’offre augmente, les usages explosent mécaniquement : l’arrivée de la 4G a par exemple généralisé le visionnage vidéo sur smartphone, inenvisageable auparavant. Reste que, pour les chercheurs, le plus préoccupant ne réside pas dans la débauche à venir de serveurs et d’antennes-relais, mais… dans la multiplication des terminaux utilisateurs. « Ils causeront 60 à 70 % de l’impact environnemental du numérique », révèle Frédéric Bordage, expert en numérique durable chez GreenIT. Car aux smartphones et PC que chacun possède aujourd’hui, pourraient s’ajouter les dispositifs de réalité virtuelle et augmentée, sans compter des gadgets connectés en tous genres. « Or ces équipements grand public se caractérisent par un taux de renouvellement très rapide », surenchérit l’expert.

Problème : la fabrication de ces objets consomme des quantités monstrueuses de matières premières ; la carte mère d’un smartphone nécessite par exemple l’extraction de 500 kg de matière. « On peut estimer que le bilan sera comparable pour les casques VR, bien qu’aucune analyse de cycle de vie n’ait été produite à ce jour », note Frédéric Bordage. Le chercheur l’assure : « Cet épuisement des ressources lié au numérique est encore plus préoccupant que sa contribution au réchauffement global. » Sont en particulier concernés les dizaines de métaux dits stratégiques (lithium, cobalt, gallium, tungstène…), de plus en plus considérés comme le pétrole du XXIe siècle. Car selon une étude de l’Institut géologique des États-Unis et du cabinet McKinsey, les réserves rentables d’une vingtaine de métaux dont l’or, le plomb, l’argent ou le nickel sont inférieures à trente ans. Certes, la systématisation du recyclage des déchets électroniques, ou la découverte de nouveaux gisements retarderont peut-être cette échéance. Mais pas indéfiniment. « Le numérique est une ressource non renouvelable que nous devrions réserver aux usages indispensables », conclut Frédéric Bordage.

 

LE METAVERS : UNE « INVENTION MALÉFIQUE » ?

Reste donc à se demander si le méta-vers en vaut la chandelle, si l’humanité ne risque pas de s’épuiser, et la Terre avec elle, dans cette chimère numérique… Jaron Lanier, l’un des pionniers en la matière, a son idée : « La réalité virtuelle pourrait être l’invention la plus maléfique de tous les temps », écrit-il dans son livre Dawn of the New Everything, publié en 2017. L’expert craint que cette technologie immersive ne renforce, à terme, les risques psychosociaux liés aux réseaux sociaux, qu’il compare à des « hypnotiseurs de masse », un nouvel opium du peuple, en quelque sorte.

 

Attention : cette question d’un danger, notamment addictif, lié au numérique ne fait pas consensus chez les chercheurs. La Classification internationale des maladies de l’OMS ne reconnaît aujourd’hui qu’un possible « trouble » associé à son usage.

« Il est difficile de parler d’addictionau sens pathologique, car aucune modification des processus biochimiques dans le cerveau, comme dans le cas des substances psychotropes, n’a été démontrée », expose Séverine Erhel, chercheuse en psychologie cognitive à l’université de Rennes. Aussi, le lien de causalité n’est pas établi. « On ne sait pas si les réseaux sociaux et les jeux vidéo provoquent des troubles chez certaines catégories de populations, ou si ces dernières souffrent de difficultés psychologiques ou de troubles préalables », éclaire la spécialiste.

Toujours est-il que les éditeurs de jeux vidéo et les grands réseaux sociaux sont passés maîtres dans l’art de capter l’attention grâce à des interfaces agréables, intuitives, fluides… Une « expérience utilisateur » qu’optimisent des services entiers de psychologues et de sociologues. Or « la frontière entre fournir une expérience agréable et rendre l’utilisateur accro est parfois fine », reconnaît Stéphane Natkin, chercheur émérite du Cnam. Certains mécanismes, appelés « dark patterns » , sont de plus en plus dénoncés pour leur efficacité insidieuse (voir encadré, page suivante).

Il y a des signaux d’alerte : en 2019, une étude portant sur plus de 6 000 ados de 12 à 17 ans, menée par des chercheurs de l’université Johns-Hopkins, aux États-Unis, concluait que ceux qui passaient plus de 3 heures par jour sur les réseaux sociaux étaient davantage sujets à la dépression, l’anxiété ou la solitude. Révélés par la lanceuse d’alerte Frances Haugen, des documents internes à l’entreprise Méta, ex-Facebook, estiment que 13 % des jeunes Britanniques qui ont eu des pensées suicidaires les attribuent à Instagram.

Sédentarité : attention danger !

La sédentarité est devenue la norme chez de trop nombreux adolescents. Selon une expertise de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) publiée en novembre 2020, 66 % des 11-17 ans français présentent un risque sanitaire préoccupant, caractérisé par plus de deux heures d’écran et moins d’une heure d’activité physique par jour. Et pour près de la moitié d’entre eux (49 %), le risque est même considéré très élevé (plus de 4 h 30 d’écran et/ou moins de 20 minutes d’activité physique quotidiennement). Or ce phénomène est une véritable bombe à retardement sanitaire : la sédentarité est en effet associée à des risques accrus de maladies telles que l’obésité, le diabète, les pathologies cardio-vasculaires ou encore les états anxieux et dépressifs.

COMPORTEMENTS COMPULSIFS

L’autre source d’inspiration du métavers, l’usage des jeux vidéo, n’est pas en reste : « Les comportements problématiques liés touchent 2 à 3 % de la population mondiale, selon l’OMS, avec une plus forte prévalence sur la tranche 18-25 ans », expose Séverine Erhel. Les comportements sont définis comme excessifs et compulsifs lorsqu’ils nuisent à l’état psychologique du joueur – sentiment de culpabilité, dépression ; ou qu’ils perturbent ses interactions sociales élémentaires – solement, fuite du réel. Mais la psychologue nuance : « Il faut distinguer passion et usage compulsif. Certaines personnes peuvent jouer 20 heures par semaine et se sociabiliser presque exclusivement en ligne, sans que cela soit gênant pour elles. » Comment les nouveaux usages liés au métavers viendront-ils s’imbriquer dans ce constat actuel ? Quid des répercussions d’une démocratisation de la réalité virtuelle, par exemple ? Les études pertinentes sur ses effets psychosociaux sont encore rares ; les premiers éléments suggèrent néanmoins qu’elle peut avoir un impact comportemental. Mais les répercussions ne sont pas que négatives : les travaux de Mel Slater, à l’université de Barcelone, ont montré que le fait de s’incarner dans un autre corps, d’un genre ou d’une couleur de peau différents, pouvait faire évoluer positivement les préjugés sociaux ! « Certains usages de la réalité virtuelle ont aussi un effet démontré dans les thérapies contre le syndrome post-traumatique ou les phobies », commente Laure Leroy, chercheuse à l’université Paris 8.

De là à supposer que, à l’inverse, des situations négatives comme le harcèlement ou les violences, vécues en réalité virtuelle dans le métavers, pourraient s’avérer particulièrement traumatisantes, il n’y a qu’un pas… que les chercheurs ne pourront pas étudier en amont. Cela car les barrières éthiques empêchent la conception d’expériences potentiellement nocives pour les sujets. « En l’absence de certitude, la question d’avertir l’utilisateur sur les effets potentiels se pose clairement », conclut l’Anses dans une expertise sur les conséquences sanitaires de la VR publiée en juin. Tous les avertissements du monde ne suffiront pas. C’est une fois le pied bien posé dans le métavers, pendant sa construction et à chaque étape de son exploration, que ses effets, bons et mauvais, se préciseront. Après le Far-West américain, après les premières expéditions spatiales, l’humain saute à nouveau dans l’inconnu. Préparez-vous à la conquête du virtuel.

« Nous devons réfléchir à la gouvernance du métavers »

Entretien avec Dominique Boullier, chercheur à Sciences Po, spécialiste des usages numériques.

Science & Vie : Peut-on vraiment encadrer le métavers ?

Dominique Boullier : Internet s’est développé si vite que les gouvernements n’ont pas pu instaurer de véritable gouvernance mondiale. Force est de constater que l’idéal très décentralisé des débuts s’est transformé en une semi-hégémonie des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Avec ce métavers, dont l’avènement est clairement annoncé, nous avons l’occasion de reprendre les choses en main. La Chine le fait de manière brutale en limitant les jeux vidéo à une heure par jour et en mettant au pas ses géants du numérique. Sans aller jusque-là, les gouvernements européens pourraient imposer un cahier des charges.

S&V : Serait-il possible d’y prévenir la propagation virale de contenus sensationnels, parfois toxiques, ou encore les comportements ou usages à risque ?

D. B. : Il est tout à fait possible d’imposer des garde-fous algorithmiques. Par exemple, des tableaux de bord informant les utilisateurs sur leurs comportements : temps passé sur l’application, nombre de publications et de réactions dans la journée… Quitte à implémenter des alertes lorsqu’ils deviennent excessifs ou obsessionnels. À l’extrême, on pourrait définir des seuils d’activité au-delà desquels les comptes sont bloqués pour la journée.

S&V : Encore faut-il que les entreprises acceptent. Or les ambitions de Meta (ex-Facebook) semblent hégémoniques…

D. B. : Oui, Mark Zuckerberg rêve à l’évidence d’un modèle très fermé. Il n’a annoncé aucun consortium pour rassembler divers acteurs et réfléchir aux futurs standards du métavers. Même Google l’avait fait sur certains aspects de ses travaux en IA ou sur Android.

S&V : Meta est-il le mieux placé pour réaliser le métavers ?

D. B. : Il a pris de l’avance. Il y travaille depuis 2012 avec l’achat de la société Oculus VR, devenue leader incontestable sur les casques. En dehors du hardware, il bénéficie d’une base de 3 milliards d’utilisateurs quotidiens sur ses réseaux sociaux Facebook et Instagram, et ses messageries Messenger et Whatsapp. Il a aussi un pied dans le jeu vidéo via l’Occulus Quest Store, et développe son écosystème via sa plateforme Horizon pour la visio et le travail (Workrooms), le jeu (Worlds) ou encore la sociabilisation (Home)…

S&V : De quoi s’attendre à toujours plus de captation de nos données personnelles ?

D. B. : 98 % des revenus de Facebook proviennent de la publicité. Ce qui explique au passage le fait que le réseau optimise ses algorithmes pour maximiser le temps d’attention des utilisateurs. Les technologies immersives vont générer des données toujours plus fines sur nos habitudes et nos déplacements, réels et virtuels, ce qui permettra de modéliser et prédire nos comportements comme jamais. Une occasion extraordinaire de faire du placement publicitaire plus intelligent.

Le chercheur Dominique Boullier.

Pour inciter les individus à demeurer dans le virtuel, de nombreux mécanismes créant une dépendance ont été mis au point. Florilège…

– Les loot boxes : ces coffres achetés dans certains jeux vidéo délivrent une récompense aléatoire, reproduisant quelques effets addictifs des machines à sou.

– Le Fomo (« fear of missing out » ) : les jeux qui ne s’arrêtent jamais provoquent chez le joueur déconnecté une peur de louper des événements importants.

– L’ »effet Ikea » : la possibilité de « fabriquer » un profil virtuel ou un avatar accroît le sentiment de possession et d’incarnation… mais aussi la réticence à s’en séparer.

– Les notifications : elles stimulent les circuits de la récompense dans notre cerveau, produisant une libération de dopamine, un messager chimique du plaisir.

– Le « scrolling infini » : la possibilité de faire défiler de nouveaux contenus à l’infini favorise une utilisation prolongée, et compulsive, des réseaux sociaux.

Environnement- Un manque d’incarnation l’action climatique en France ?

Environnement- Un manque d’incarnation l’action climatique en France ?

De toute évidence l’action climatique manque d’incarnation en France même si les défenseurs de l’environnement sont nombreux. Le problème c’est qu’ils sont aussi nombreux que contradictoires : il n’y a pas beaucoup de choses en commun entre Yannick Jadot, Sandrine Rousseau , Mélenchon et encore moins avec Macron. La plupart instrumentalisent  l’environnement à des fins politiques. NDLR

Sur les réseaux sociaux, c’est l’ingénieur et consultant Jean-Marc Jancovici qui provoque le plus fort taux d’engagement, souligne une récente étude d’Impakt Faktor. Par Albin Wagener, Université Rennes 2

Les rapports du GIEC se succèdent, tirant de toujours plus nombreuses sonnettes d’alarme ; malgré cela, la prise en considération de l’urgence climatique semble très souvent en décalage avec les faits.

Dans ce sens, on peut dire qu’il existe un écart important entre l’action politique et les éléments mis en lumière par les scientifiques.

La campagne pour la présidentielle française 2022 a été à ce titre « exemplaire » : la question du climat aura peu occupé les débats entre candidats, malgré des demandes répétées pour une meilleure prise en compte et des propositions alternatives.

Ces différentes manières de « parler du climat », notamment sur les réseaux sociaux, ont fait l’objet de travaux récents réalisés dans le cadre de l’étude d’Impakt Faktor qui avait pour objet les narratifs climat pendant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron (2017-2022).

Un écosystème activiste très dynamique

L’un des nombreux enseignements de l’étude concerne la problématique de l’incarnation dans le champ de l’action climatique.

Sous le premier quinquennat Macron, le mouvement climat a été particulièrement actif, soit en organisant des marches au retentissement important, soit en proposant des actions médiatisées. Qu’il s’agisse de l’Affaire du siècle, des actions d’Extinction Rebellion ou de Greenpeace, ou encore des manifestations menées tambour abattant par Anv-Cop 21, les Amis de la Terre ou Alternatiba, sans parler des données compilées par RAC France, on sait que la France dispose d’un écosystème activiste particulièrement actif.

Une dynamique liée à la fois à la prise de conscience concernant le climat, et à un sentiment d’urgence concernant les actions à entreprendre, comme l’a souligné Jean Le Goff.

Mais on le sait : au-delà de ces mouvements essentiels et riches, l’espace public doit aussi permettre à des figures d’incarner ces luttes, afin de cristalliser une manière d’en parler et de les médiatiser plus aisément.

Jancovici… et les autres

C’est sur ce point que l’étude d’Impakt Faktor attire plus particulièrement l’attention : dans cette dimension, si l’on étudie les réseaux sociaux (YouTube, Facebook, Reddit et Instagram), une figure émerge nettement en France – et de très loin par rapport aux autres.

Cette figure, c’est celle de Jean-Marc Jancovici : ingénieur de l’École polytechnique, vulgarisateur hors pair, consultant, président du Shift Project et membre du Haut Conseil pour le climat, il participe depuis plusieurs années à sensibiliser l’opinion publique à la cause climatique, tout en co-signant des études scientifiques sur le sujet.

Du point de vue des réseaux sociaux, il est très clairement le plus présent, le plus lisible, le plus suivi ; bref, celui qui provoque le plus fort taux d’engagement et de commentaires.

Des figures encore très homogènes

Cette singularité n’a rien d’un accident. D’une certaine manière, la figure de l’ingénieur à la française apparaît particulièrement « câblée » pour incarner une forme de rationalité rassurante face à la crise climatique, tout en étant en capacité d’alerter l’opinion publique grâce à la légitimité professionnelle qui lui est publiquement conférée.

Là où, à l’international, ce sont des figures militantes comme Greta Thunberg qui sont préférées, la France semble faire figure d’exception. La jeune Suédoise est particulièrement mal perçue) dans notre pays.

Jean-Marc Jancovici n’est certainement pas le seul à engranger du soutien sur les réseaux sociaux : le journaliste militant Hugo Clément, l’astronaute Thomas Pesquet, le réalisateur Cyril Dion ou encore le scientifique Aurélien Barrau ont tous, à des degrés divers, rassemblé des taux d’engagement forts en fonction de leurs publications.

Toutes ces figures ont toutefois un point commun : elles représentent des hommes blancs, issus d’une certaine sociologie.

Il convient ici d’être immédiatement clair : il ne s’agit pas de critiquer leur présence, car elle est plus que nécessaire face à la crise climatique ; en revanche, on se doit de noter les spécificités sociologiques des figures climatiques en France. Les noter, c’est en souligner les évidences, mais aussi peut-être les limites.

Pour le moment, il y a peu de place en France pour des figures issues de la diversité ou pour des femmes, même si l’écoféminisme est en train d’émerger comme un courant légitime sur un certain nombre de questions. S’agit-il ici d’une limite qui empêche justement une prise en considération plus large des thématiques climatiques ? C’est une hypothèse qu’il ne faut pas s’interdire de questionner.

L’effet Greta Thunberg

Au-delà de ce constat, c’est le principe même de la figure ou de l’incarnation qui peut poser question.

Après tout, ce concept fait débat depuis longtemps en sciences politiques, et l’émergence de mouvements collectifs et de demandes d’une plus grande prise en considération de la représentativité citoyenne pourrait plaider pour un abandon de cette question.

Pourtant, on le voit bien : sur les réseaux sociaux, mais pas uniquement, la personnalisation fonctionne particulièrement bien pour relayer des messages, comme l’a souligné Nadia Hassani - sans aller bien sûr jusqu’à l’incarnation providentielle face à l’urgence climatique.

Néanmoins, la circulation médiatique des personnages publics, avec toutes les limites que cela comporte, permet de constituer un véhicule utile pour la transmission d’informations.

Ainsi, dans une étude collective particulièrement riche, plusieurs chercheurs britanniques et états-uniens faisaient état d’un « Greta Thunberg effect » auprès des populations engagées pour la cause climatique.

Cet effet n’a rien d’anodin et montre à quel point les figures populaires et médiatiques, lorsqu’elles incarnent des causes politiques, peuvent provoquer des effets d’entraînement à même de sensibiliser plus d’individus et, au final, de conquérir l’espace public et médiatique.

Cela pose aussi les limites et les risques de l’énonciation ventriloque, chère à Marie-Anne Paveau, mais mérite également de poser un fait : si nous ne nous sentons pas représentés et légitimés par les personnes qui parlent du climat, comment faire pour nous sentir nous-mêmes légitimes pour agir et nous engager ?

______

Par Albin Wagener, Chercheur associé l’INALCO (PLIDAM) et au laboratoire PREFICS, Université Rennes 2.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Un manque d’incarnation l’action climatique en France ?

Un manque d’incarnation l’action climatique en France ?

De toute évidence l’action climatique manque d’incarnation en France même si les défenseurs de l’environnement sont nombreux. Le problème c’est qu’ils sont aussi nombreux que contradictoires : il n’y a pas beaucoup de choses en commun entre Yannick Jadot, Sandrine Rousseau , Mélenchon et encore moins avec Macron. La plupart instrumentalisent  l’environnement à des fins politiques.NDLR

Sur les réseaux sociaux, c’est l’ingénieur et consultant Jean-Marc Jancovici qui provoque le plus fort taux d’engagement, souligne une récente étude d’Impakt Faktor. Par Albin Wagener, Université Rennes 2

Les rapports du GIEC se succèdent, tirant de toujours plus nombreuses sonnettes d’alarme ; malgré cela, la prise en considération de l’urgence climatique semble très souvent en décalage avec les faits.

Dans ce sens, on peut dire qu’il existe un écart important entre l’action politique et les éléments mis en lumière par les scientifiques.

La campagne pour la présidentielle française 2022 a été à ce titre « exemplaire » : la question du climat aura peu occupé les débats entre candidats, malgré des demandes répétées pour une meilleure prise en compte et des propositions alternatives.

Ces différentes manières de « parler du climat », notamment sur les réseaux sociaux, ont fait l’objet de travaux récents réalisés dans le cadre de l’étude d’Impakt Faktor qui avait pour objet les narratifs climat pendant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron (2017-2022).

Un écosystème activiste très dynamique

L’un des nombreux enseignements de l’étude concerne la problématique de l’incarnation dans le champ de l’action climatique.

Sous le premier quinquennat Macron, le mouvement climat a été particulièrement actif, soit en organisant des marches au retentissement important, soit en proposant des actions médiatisées. Qu’il s’agisse de l’Affaire du siècle, des actions d’Extinction Rebellion ou de Greenpeace, ou encore des manifestations menées tambour abattant par Anv-Cop 21, les Amis de la Terre ou Alternatiba, sans parler des données compilées par RAC France, on sait que la France dispose d’un écosystème activiste particulièrement actif.

Une dynamique liée à la fois à la prise de conscience concernant le climat, et à un sentiment d’urgence concernant les actions à entreprendre, comme l’a souligné Jean Le Goff.

Mais on le sait : au-delà de ces mouvements essentiels et riches, l’espace public doit aussi permettre à des figures d’incarner ces luttes, afin de cristalliser une manière d’en parler et de les médiatiser plus aisément.

Jancovici… et les autres

C’est sur ce point que l’étude d’Impakt Faktor attire plus particulièrement l’attention : dans cette dimension, si l’on étudie les réseaux sociaux (YouTube, Facebook, Reddit et Instagram), une figure émerge nettement en France – et de très loin par rapport aux autres.

Cette figure, c’est celle de Jean-Marc Jancovici : ingénieur de l’École polytechnique, vulgarisateur hors pair, consultant, président du Shift Project et membre du Haut Conseil pour le climat, il participe depuis plusieurs années à sensibiliser l’opinion publique à la cause climatique, tout en co-signant des études scientifiques sur le sujet.

Du point de vue des réseaux sociaux, il est très clairement le plus présent, le plus lisible, le plus suivi ; bref, celui qui provoque le plus fort taux d’engagement et de commentaires.

Des figures encore très homogènes

Cette singularité n’a rien d’un accident. D’une certaine manière, la figure de l’ingénieur à la française apparaît particulièrement « câblée » pour incarner une forme de rationalité rassurante face à la crise climatique, tout en étant en capacité d’alerter l’opinion publique grâce à la légitimité professionnelle qui lui est publiquement conférée.

Là où, à l’international, ce sont des figures militantes comme Greta Thunberg qui sont préférées, la France semble faire figure d’exception. La jeune Suédoise est particulièrement mal perçue) dans notre pays.

Jean-Marc Jancovici n’est certainement pas le seul à engranger du soutien sur les réseaux sociaux : le journaliste militant Hugo Clément, l’astronaute Thomas Pesquet, le réalisateur Cyril Dion ou encore le scientifique Aurélien Barrau ont tous, à des degrés divers, rassemblé des taux d’engagement forts en fonction de leurs publications.

Toutes ces figures ont toutefois un point commun : elles représentent des hommes blancs, issus d’une certaine sociologie.

Il convient ici d’être immédiatement clair : il ne s’agit pas de critiquer leur présence, car elle est plus que nécessaire face à la crise climatique ; en revanche, on se doit de noter les spécificités sociologiques des figures climatiques en France. Les noter, c’est en souligner les évidences, mais aussi peut-être les limites.

Pour le moment, il y a peu de place en France pour des figures issues de la diversité ou pour des femmes, même si l’écoféminisme est en train d’émerger comme un courant légitime sur un certain nombre de questions. S’agit-il ici d’une limite qui empêche justement une prise en considération plus large des thématiques climatiques ? C’est une hypothèse qu’il ne faut pas s’interdire de questionner.

L’effet Greta Thunberg

Au-delà de ce constat, c’est le principe même de la figure ou de l’incarnation qui peut poser question.

Après tout, ce concept fait débat depuis longtemps en sciences politiques, et l’émergence de mouvements collectifs et de demandes d’une plus grande prise en considération de la représentativité citoyenne pourrait plaider pour un abandon de cette question.

Pourtant, on le voit bien : sur les réseaux sociaux, mais pas uniquement, la personnalisation fonctionne particulièrement bien pour relayer des messages, comme l’a souligné Nadia Hassani - sans aller bien sûr jusqu’à l’incarnation providentielle face à l’urgence climatique.

Néanmoins, la circulation médiatique des personnages publics, avec toutes les limites que cela comporte, permet de constituer un véhicule utile pour la transmission d’informations.

Ainsi, dans une étude collective particulièrement riche, plusieurs chercheurs britanniques et états-uniens faisaient état d’un « Greta Thunberg effect » auprès des populations engagées pour la cause climatique.

Cet effet n’a rien d’anodin et montre à quel point les figures populaires et médiatiques, lorsqu’elles incarnent des causes politiques, peuvent provoquer des effets d’entraînement à même de sensibiliser plus d’individus et, au final, de conquérir l’espace public et médiatique.

Cela pose aussi les limites et les risques de l’énonciation ventriloque, chère à Marie-Anne Paveau, mais mérite également de poser un fait : si nous ne nous sentons pas représentés et légitimés par les personnes qui parlent du climat, comment faire pour nous sentir nous-mêmes légitimes pour agir et nous engager ?

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Par Albin Wagener, Chercheur associé l’INALCO (PLIDAM) et au laboratoire PREFICS, Université Rennes 2.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Les résultats décevants de l’écologie politique : La faute à la croissance ?

 Les résultats décevants de l’écologie politique : La faute à la croissance ?

 

Le politiste Luc Semal  analyse dans une tribune au « Monde » la « situation inextricable » à laquelle ont mené cinquante ans de déni politique depuis la publication du rapport Meadows, en 1972.

 

Un article intéressant pour comprendre la prise en compte de la problématique écologique mais la mise en cause de la croissance paraît peu convaincante d’abord parce que démocratiquement elle n’a pas été retenue par les électeurs ensuite parce que le contenu même de cette croissance- qui mérite cependant d’être redéfinie–a considérablement évolué en 50 ans avec un particulier davantage de services que de biens matériels proprement dits. L’écologie politique gagnerait à mieux articuler réalité économique et préoccupations environnementales NDLR

 

Tribune.

 

 Cinquante ans après la publication du rapport Meadows sur les limites à la croissance, les résultats du premier tour de l’élection présidentielle peuvent donner une pénible impression de surplace. Impression fausse, car en réalité la situation a bien empiré depuis.

Avril 1972 : dans le cadre d’un référendum décidé par Georges Pompidou, les Français s’apprêtent à voter pour ou contre l’élargissement des Communautés européennes à quatre nouveaux pays, dont le Royaume-Uni. Le président en exercice de la Commission européenne, le socialiste néerlandais Sicco Mansholt, vient d’écrire que les conclusions générales du tout récent rapport Meadows – pas encore traduit en français – sont « si évidentes » qu’elles devraient désormais guider les décisions des instances européennes. Il s’attire ainsi les foudres de Georges Marchais qui, au nom du PCF, dénonce le « programme monstrueux » de Mansholt, lequel conduirait à un net recul du bien-être des Français. Puis, d’autres personnalités de premier plan, dont Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Barre, critiquent à leur tour Mansholt en assurant, entre autres, que le nucléaire permettra bientôt de repousser toutes les limites énergétiques. D’autres au contraire, dont l’agronome René Dumont et le philosophe André Gorz, saluent l’initiative de Mansholt, tout en ajoutant que la thèse des limites à la croissance mériterait d’être mieux articulée avec la question des inégalités – car ce sont d’abord et surtout les plus riches qui doivent réduire leur train de vie et leurs aspirations matérielles.

L’épisode n’a pas duré longtemps mais, pour la première fois, le débat politique a brièvement porté sur ce thème nouveau : pour ou contre la croissance ? Pour ou contre l’expansion ? Alors que l’écologie politique française émerge comme une force politique nouvelle, la « controverse Mansholt-Marchais » est un épisode à la fois fondateur et frustrant pour les écologistes. Oui, on a enfin parlé des limites à la croissance ; oui, le thème trouve un écho inattendu et la dynamique du mouvement antinucléaire semble prometteuse pour les écologistes ; mais la virulence des critiques adressées de toutes parts à Mansholt montre que le monde politique et économique est vent debout contre toute remise en cause de la croissance et de l’expansion.

Avril 2022 : cinquante ans ont passé. Les Français viennent de voter pour le premier tour de l’élection présidentielle. La campagne a pu sembler agitée par des thèmes potentiellement porteurs pour l’écologie politique : un nouveau rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) plus alarmant que jamais, une guerre en Ukraine qui fait craindre pour la sûreté des centrales nucléaires, une hausse des prix de l’énergie comparable à un choc pétrolier et gazier, etc. Mais non. Le second tour se jouera entre un président sortant, dont le bilan écologique n’est pas à la hauteur des enjeux, et une candidate d’extrême droite dont le programme montre qu’elle ferait encore pire. Tous deux ont la conviction que la réponse à la crise écologique passe moins par la sobriété que par la relance de la croissance et du nucléaire. Depuis cinquante ans, la promesse de solutions techniques est restée un argument récurrent de relativisation des limites écologiques, qui transcende les différences partisanes et prétend que nous n’aurions pas à choisir entre transition écologique et abondance matérielle.

 

Tout sauf macron contre tout sauf Le Pen

Tout sauf macron contre tout sauf Le Pen 

 

Le débat risque d’être tendu entre Macron et Le Pen d’autant que Macron dispose de peu de réserves de voix. Du coup le tout sauf macron  va s’opposer au tout sauf Le Pen ( papier du Monde)A quoi va ressembler l’entre-deux tours de l’élection présidentielle ? Après la qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen pour le scrutin du 24 avril, deux stratégies semblent se dessiner. L’une est le « référendum anti-Macron ». L’autre est la réactivation du front républicain.

Du côté de la candidate d’extrême droite, la solution est, en effet, évidente : faire du « tout sauf Macron ». Ainsi, Mme Le Pen a appelé, dès dimanche soir 10 avril, « tous ceux qui n’ont pas voté » Emmanuel Macron à la « rejoindre ». Selon elle, « ce qui se jouera est un choix de société et même de civilisation ». Elle entend incarner non seulement l’alternance mais aussi une alternative à l’actuel chef de l’Etat. Le président « libéral », accusé d’être déconnecté du peuple, contre la candidate « du pouvoir d’achat », qui se présente comme proche des gens. Avec une conséquence simple : puisque c’est un « duel » pour battre le sortant, il n’y a qu’un seul bulletin efficace : le sien.

Pour les lepénistes, les 72 % de Français qui n’ont pas choisi le chef de l’Etat ont, en fait, voté contre lui. Une analyse un peu rapide mais qui a l’avantage de la simplicité. D’ores et déjà, la députée du Pas-de-Calais peut compter sur les reports des autres candidats d’extrême droite puisque Nicolas Dupont-Aignan et Eric Zemmour ont appelé à voter pour elle. Mais surtout, Mme Le Pen est persuadée depuis plusieurs années qu’une partie de ses réserves de voix se trouve chez les abstentionnistes et à droite, mais aussi chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Ainsi, selon une projection de second tour réalisée par Ipsos-Sopra Steria pour France TV, Radio France, France 24, RFI, Public Sénat, LCP et Le Parisien où elle recueillerait 46 % des voix, 30 % des électeurs de M. Mélenchon choisiraient de voter pour elle, 34 % pour M. Macron et 36 % s’abstiendraient. Une part non négligeable, donc.

Peu de réserves de voix pour Macron

L’idée des stratèges du Rassemblement national (RN) est de créer une sorte de coalition des colères. La candidate d’extrême droite estime pouvoir désormais l’incarner, puisque la campagne présidentielle l’a vue se normaliser, notamment par effet de contraste avec un Eric Zemmour aux déclarations radicales et outrancières et puisque, dans l’opinion, elle ne suscite plus le même rejet qu’auparavant. Mais ce ne sera pas chose aisée.

En effet, dans la foulée des résultats, plusieurs candidats ont très vite appelé à la faire battre : l’écologiste Yannick Jadot, la socialiste Anne Hidalgo, le communiste Fabien Roussel et la candidate du parti Les Républicains, Valérie Pécresse. Certes, il s’agit là de « petits » candidats ayant tous réuni moins de 5 % des suffrages. Mais le symbole compte : celui qu’un « cordon sanitaire » autour de l’extrême droite existerait encore.

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Histoire et guerre : le retour de l’impensable ?

Histoire et guerre : le retour de l’impensable ?

 

Passivité, immédiateté, bruit médiatique, « vérités alternatives » … sont quelques-uns des facteurs qui nous empêchent de voir les retours tragiques de l’histoire estime, dans une tribune au « Monde », Alain Chouraqui, président de la Fondation du camp des Milles, pour qui tous les travaux sur la pensée de l’impensable doivent enseigner

 

Tribune.

 

Impensable, la guerre au cœur de l’Europe ! Impensable, l’évocation au plus haut niveau du recours à l’arme nucléaire ! Impensable, la démocratie européenne menacée de l’intérieur et de l’extérieur par l’extrémisme nationaliste, quatre-vingts ans après ses ravages monstrueux ! Impensable l’élection aux Etats-Unis d’un président menaçant l’Etat de droit ! Impensable, au XXIe siècle, des enfants assassinés dans leur école parce que juifs ! Impensable, le monde entier à l’arrêt, confiné par une nouvelle peste ! Impensable, la vie sur Terre menacée par le changement climatique !…

Et pourtant… Ne s’agit-il pas plutôt de faux impensables, de sujets qui auraient pu et dû être pensés, pour lesquels nous disposions d’éléments suffisants pour la réflexion, l’alerte et la prévention. Impensables ? N’est-ce pas une manière un peu facile de nous pardonner nous-mêmes la paresse de notre pensée, la tendance à fuir l’évidence gênante, et souvent l’oubli de notre expérience collective et la sous-estimation de ses fortes leçons ?

Ces faux impensables sont même parfois de faux impensés, car certains ont bien été analysés, mais gommés, niés, enfouis. Nous pourrions même dire que, à l’exception du changement climatique, nouveau à l’échelle humaine mais rapidement et bien documenté, tous les autres « impensables » ont été anticipés, pensés ou auraient pu l’être.

La crise des missiles de Cuba (1962) a été trop vite considérée comme appartenant à un monde disparu avec le rideau de fer. Et les leçons d’Auschwitz, étrangement inhibées par la dénonciation du point Godwin ou par le sentiment ambigu que l’on en parle trop, n’ont pas servi pour éviter le génocide au Rwanda (1994), ou les crimes de masse en Yougoslavie (1991-1995) ou au Cambodge (1975-1979). La guerre en Ukraine aussi était pensable, au nom du constat historique que « le nationalisme, c’est la guerre », et elle a d’ailleurs été pensée dans la logique des actions russes en Géorgie, en Crimée, dans le Donbass.

Quelle étrange attitude que de chaque fois écarter l’idée qu’un passé douloureux alors vraiment impensable puisse se reproduire ! Quel oubli rapide que la « der des ders » n’a attendu que vingt et un ans pour ne plus être la dernière guerre ! Ou que la violence antisémite n’est jamais loin puisqu’elle révèle ou annonce les failles récurrentes d’une société.

La tendance à ne pas voir les retours du tragique de l’histoire nous semble favorisée par le cumul de plusieurs facteurs, parmi lesquels quatre peuvent être soulignés :

Le chef du renseignement militaire français licencié …comme en Russie ?

Le  chef du renseignement militaire français licencié …comme en Russie ? 

 

 

En Russie,  Poutine a procédé à un vaste nettoyage d’environ 1000 personnes constituant son entourage politique, économique et militaire. Parmi eux des responsables du renseignement qui ont trahi la réalité sans doute pour faire plaisir au dictateur ou par incompétence

C’est un peu aussi ce qui se produit en France où le chef du renseignement militaire vient d’être remercié pour insuffisance. Le renseignement français aurait sous-estimé les intentions russes concernant l’envahissement de l’Ukraine. Le problème est que sur le papier l’armée française constitue une grande puissance mais qui ne se vérifie pas en termes opérationnels. Conséquence notamment de crédits régulièrement rabotés et de services mal ou peu équipés. S’y ajoute une conception de la politique un peu désuète avec la prolifération de conflits de type guérilla ou terroristes. Une remise à plat de cette politique de défense par les politiques serait utile pour éviter que ce domaine soit confisqué par des militaires forcément un peu corporatistes et souvent en retard d’une guerre.

Le patron du renseignement militaire français, le général Éric Vidaud, va quitter ses fonctions suite notamment à ce qui a été jugé comme une insuffisance de ses services sur l’invasion russe en Ukraine, a appris l’AFP mercredi 30 mars de sources proches du dossier.

Selon la source militaire contactée par l’AFP, la DRM était dans le viseur de l’état-major des Armées depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mais la DRM «fait du renseignement militaire sur les opérations, pas sur l’intentionnalité», a-t-elle estimé. Les productions du service concluaient que la Russie avait les moyens d’envahir l’Ukraine. «Ce qui s’est passé lui donne raison», a-t-elle fait valoir.

Selon une autre source militaire interrogée par l’AFP et qui a elle aussi requis l’anonymat, le départ du haut-gradé faisait l’objet de rumeurs depuis quelques jours au sein de l’armée. Mais il était question qu’un autre poste lui soit confié, ce qui n’aurait finalement pas été le cas. Le général Vidaud avait été nommé à ce poste l’été dernier, en provenance du Commandement des opérations spéciales (COS). Mais sa nomination avait été le fruit de jeux de chaises musicales qui avaient fait du bruit au sein de la communauté militaire.

Début mars, peu après l’invasion de l’Ukraine par les forces russes, le chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard, avait admis dans le journal Le Monde des divergences d’analyses entre Français et anglo-saxons sur la question d’une possible invasion de l’Ukraine. «Les Américains disaient que les Russes allaient attaquer, ils avaient raison. Nos services pensaient plutôt que la conquête de l’Ukraine aurait un coût monstrueux et que les Russes avaient d’autres options» pour faire chuter le président Volodymyr Zelensky, avait-il reconnu.

Changer la constitution ou de pratiques démocratiques ?

Changer la constitution ou de pratiques démocratiques ?

La question de sortir de la constitution de 1958 revient régulièrement : pour quel résultat ? Par David Bellamy, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

 

Le candidat Jean‑Luc Mélenchon et son parti, La France Insoumise, ont appelé dimanche 20 mars à une marche parisienne en soutien à un changement de république. En effet, la VIe république est programme du candidat Insoumis depuis plusieurs années déjà. Est-ce une idée envisageable ? Et si oui, en quoi consisterait-elle ?

Comme le disait Charles de Gaulle, le fondateur de la Ve République, dans sa conférence de presse du 31 janvier 1964 : « Une constitution, c’est un esprit, des institutions, une pratique ». Ce n’est donc pas seulement un texte juridique pétrifié.

La Constitution de la Ve République, née à l’automne de 1958, va bientôt devenir la plus durable de notre histoire puisqu’en 2023 elle égalera les 65 ans d’exercice des lois constitutionnelles de la IIIe République, adoptées en février-juillet 1875.

Il s’agit là sans doute du signe que, de toutes nos constitutions (une quinzaine depuis 1791), elle n’est sans doute pas la moins inadaptée à son temps. Néanmoins, la question d’en sortir éventuellement revient régulièrement et, en l’occurrence, chez certains candidats à l’élection présidentielle de 2022 (par exemple Arnaud Montebourg, Christiane Taubira ou Jean‑Luc Mélenchon).

Habitude bien française, du reste, d’imaginer que la résolution des difficultés qui touchent le pays pourrait advenir quasi miraculeusement de la modification, voire d’un changement, de notre texte constitutionnel.

Au contraire de bien des démocraties de référence, chez lesquelles la loi constitutionnelle s’avère presque intouchable, par exemple au Royaume-Uni ou aux États-Unis d’Amérique, la République française n’a jamais craint de la modifier. Cela s’est fait certes, très rarement, mais de manière décisive, sous le général de Gaulle avec, en novembre 1962, le choix de l’élection du président de la République au suffrage universel.

De même sous Valéry Giscard d’Estaing et avec l’importante loi constitutionnelle du 29 octobre 1974 permettant la saisine du Conseil constitutionnel par 60 parlementaires.

Ensuite, notre pays a été touché d’une étrange habitude, la « révisionnite aiguë », puisque depuis les années 1980, c’est à plus d’une vingtaine de modifications que l’on a assistée, la plus considérable étant celle produite par la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 visant à moderniser les institutions et initiée par Nicolas Sarkozy.

Bon nombre de projets ont également échoué. Ce fut le cas de la tentative de Georges Pompidou, en 1973, de passer au quinquennat, mais qu’il abandonna considérant que la majorité des 3/5 ne serait jamais atteinte au Congrés.

L’actuel chef de l’État lui-même dut abandonner, en raison de l’opposition des sénateurs, son projet de révision lancé en mai 2018 pour réduire le nombre des parlementaires, instiller une dose de proportionnelle, et statuer sur la limite de certains mandats dans le temps.

De quoi parle-t-on quand on évoque une modification de la Constitution ? De son esprit ? Qui vise à permettre à un exécutif volontariste d’agir et de réformer ? C’était bien l’objectif du Général en 1958, ainsi que des hommes qui, à ses côtés, tel Michel Debré, en furent à l’origine.

Depuis la première moitié du XXe siècle, bon nombre d’esprits lucides – entre autres, le président de la République Alexandre Millerand, le socialiste Joseph Paul-Boncour, le président du Conseil André Tardieu ou encore le député René Coty – avaient compris et appelé à une réforme de l’État afin de doter l’exécutif de « la force de gouverner ».

Le premier bénéficiaire en fut, au milieu des années 1930, le président du Conseil avec l’émergence de ce que l’historien Nicolas Roussellier appelle le « modèle Matignon », c’est-à-dire d’une administration organisée autour du chef du gouverner lui permettant de diriger véritablement l’action du cabinet.

1958 consista en une innovation considérable en ce sens que le renforcement de l’exécutif fut produit au profit du président de la République. Cet esprit fut salué par les Françaises et les Français qui, même lorsque tous les partis politiques – à l’exception des gaullistes et des giscardiens – s’y opposèrent, en 1962, à l’occasion du référendum sur l’élection du président de la République au suffrage universel, suivirent de Gaulle et adoptèrent sa proposition.

Fondamentalement, cet esprit gaullien n’a pas disparu, en dépit des événements comme les cohabitations ou l’établissement du quinquennat. Les enquêtes montrent combien nos concitoyens restent farouchement attachés à cet esprit d’efficacité.

Modifier le texte ou même l’éliminer pour le remplacer par un autre ? L’exercice est périlleux. L’écriture puis l’adoption d’une nouvelle Constitution soulèveraient tellement de questions que cela ouvrirait une période très incertaine.

À écouter et lire les projets des « réformistes » et autres adeptes d’une putative VIe République, on ne peut s’empêcher d’être pris d’une légitime interrogation. Tous revendiquent une réhabilitation notable des pouvoirs du Parlement et certains, par le recours à un système électoral puissamment proportionnel, un éclatement définitif du système majoritaire.

S’engager sur cette voie du retour à la délibération parlementaire induirait accepter que comme, sous la IIIe République, la loi fût le fruit du compromis.

Or, ces mêmes qui revendiquent cette « re-parlementarisation » de la République (oubliant que notre Ve République est un régime parlementaire souhaitent appliquer, dans d’autres domaines, un programme souvent radical dont ils ne sont pas près du tout à accepter que sous l’effet de la discussion et du compromis, celui-ci soit édulcoré. On le voit, par exemple, dans la déclaration récente de Jean‑Luc Mélenchon annonçant qu’en cas de victoire, il ferait sortir la France du nucléaire par sa seule décision, sans débat ni référendum.

Souhaiter que le Parlement redevienne le lieu principal de la création législative, dans un cadre non majoritaire, c’est aussi se soumettre à la discussion et à un travail d’écriture en prenant suffisamment en considération l’opinion des autres groupes, pour aboutir à une adoption. Rien ne montre que cette attitude soit celle des pourfendeurs de notre Constitution.

Enfin, qu’en serait-il d’une modification de la pratique ? C’est ce qui parait le plus faisable et sans trop de risques. À cet égard, le texte de 1958 a démontré, depuis longtemps, sa grande souplesse et son adaptabilité à toutes sortes de situations politiques : décolonisation, guerres, troubles civils, démission (souvenons-nous de Gaulle de en 1958) ou disparition de chefs d’État, cohabitations, majorité parlementaire large ou étroite voire relative, référendums gagnés ou perdus, dissolutions heureuses ou malheureuses, harmonie des deux chambres ou au contraire conflit entre elles, etc.

Du reste, depuis les années 1960, cette pratique a-t-elle connu autre chose qu’une évolution ? Qu’une adaptation aux époques et à leurs contraintes ? Dans le quotidien des relations entre l’Exécutif et le Parlement, des modifications sont envisageables (ne pas brusquer le temps législatif, accepter les amendements y compris ceux de l’opposition lorsqu’ils améliorent le texte, etc.) afin que le premier permette au second d’agir avec un peu plus d’espace dans la fabrication de la loi, son évaluation et le contrôle de l’action gouvernementale.

Encore faudrait-il que la majorité se trouve face à une opposition qui accepte de prendre sa part à ces nouveautés et ne s’enkyste pas au contraire, pour des raisons électoralistes, dans un refus radical de prendre part à un certain partage des responsabilités.

Certains, il y a un siècle, devant les difficultés, s’écriaient « L’Allemagne paiera ! », brandissant cette sorte de pensée magique pour éviter toute réflexion complexe sur la situation. On a parfois l’impression que ceux qui aujourd’hui, pour reprendre le mot de Gaulle, « sautent sur leur chaise comme des cabris » en disant « La VIe République ! La VIe République ! » ne font guère plus avancer le débat.

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Par David Bellamy, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Picardie-Jules Verne, Université de Picardie Jules Verne (UPJV).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

La guerre en Ukraine: Des coots très sous-estimés

La guerre en Ukraine: Des couts très sous-estimés

 

D’après les institutions officielles,  la guerre en Ukraine pourrait coûter de l’ordre d’un point à la croissance mondiale. Des prévisions tout à fait  approximatives  car il n’y a pas seulement les conséquences des freins à l’approvisionnement du gaz du pétrole russe. Ce sont la plupart des chaînes de valeur qui risquent  d’être remises en cause car nombre de pays vont prendre conscience des conséquences graves d’une trop grande dépendance économique. Les processus de production et de distribution vont donc se restructurer aussi bien pour les produits industriels que pour les produits alimentaires. Cela va se traduire également par une augmentation des prix qui va alimenter encore davantage une inflation déjà inquiétante. Les institutions officielles ne veulent pas inquiéter les entreprises et les ménages, elles en ont tendance à minimiser les incidences de la guerre.

En outre nombre d’institutions officielles freinent  des quatre fers pour empêcher un réajustement des revenus à l’inflation afin de faire payer la dette par les consommateurs et les épargnants

La guerre en Ukraine risque de coûter un point à la croissance planétaire en un an si ses effets sur les marchés énergétiques et financiers s’avèrent durables, a averti jeudi l’OCDE dans un rapport, et pourrait pousser l’inflation d’environ 2,5 points supplémentaires. « Le rôle de la Russie et de l’Ukraine dans l’économie mondiale est faible », affirme l’OCDE, chiffrant ce poids à 2% du PIB mondial, tout comme la part de ces deux États dans le commerce mondial.

Lors d’une récente réunion avec des journalistes, l’économiste et conseiller de la banque Natixis Patrick Artus a parlé d’une économie de guerre. « Il y a des raretés, des pénuries, des grands problèmes de fournitures, de l’inflation dans une économie de guerre [...] Le choc sur le pouvoir d’achat des plus modestes est monstrueux », a prévenu l’économiste.

 

Si la flambée des prix se poursuit sur une année après l’éclatement du conflit, alors la croissance mondiale pourrait se voir amputée d’un point et l’inflation augmenter de 2,5 points supplémentaires, estime l’institution.

Son secrétaire général, Mathias Cormann a affirmé au cours d’une conférence de presse jeudi que « les bouleversements économiques sont larges et devraient se poursuivre à l’avenir ».

Toutefois, « l’impact économique du conflit est très incertain et dépendra de la durée de la guerre et des réponses des États », écrit l’institution dans son rapport. Devant l’incertitude, l’OCDE a modifié sa traditionnelle publication de prévisions annuelles mondiales, privilégiant une évaluation des conséquences de la guerre sur l’économie.

« Ce conflit se répercutera sur le monde et ses conséquences seront ressenties non seulement cette année mais l’an prochain au moins. La Russie et l’Ukraine représentent 30% des exportations mondiales de blé. Les agriculteurs ukrainiens n’ont pas encore vendu leur récolte de l’an dernier. Les acheminements par la Mer noire sont perturbés, et plus important encore, les fermiers ukrainiens ne sèment pas encore. En plus, la Russie et la Biélorussie sont producteurs d’ammoniaque et potasse, qui sont des composants d’engrais », a expliqué à l’AFP la cheffe économiste de la Banque européenne de développement (BERD), Beata Javorcik.

Les grandes organisations économiques internationales telles que la BERD, le FMI et la Banque mondiale ont averti vendredi des « vastes » conséquences de l’invasion russe en Ukraine pour l’économie mondiale.

Dans un communiqué commun, elles se disent  »horrifiées et profondément inquiètes », et indiquent s’être réunies jeudi pour discuter de son impact et de la réponse collective au conflit. Les organisations signataires, qui comprennent aussi la Banque européenne d’investissement (BEI), soulignent qu’en plus « de la dévastatrice catastrophe humanitaire en Ukraine, la guerre perturbe les moyens de subsistance dans la région et au-delà ».

Elle réduit l’approvisionnement en énergie, en nourriture, augmente les prix, « nuira à la reprise post-pandémie planétaire ».

« L’économie mondiale entière en sentira les effets à travers une croissance plus lente, des perturbations des échanges commerciaux, et les plus pauvres et vulnérables seront les plus touchés, s’inquiètent les organisations signataires. Les pays voisins de l’Ukraine en particulier souffriront de perturbations du commerce, de la chaine d’approvisionnement, et feront face à des « vagues de réfugiés ».

 

Covid: Pourquoi la reprise ?

Covid: Pourquoi la reprise ?

Encore près de 100 000 contaminations samedi est sans doute en réalité quatre à cinq fois plus.

Le nombre quotidien de nouveaux cas positifs bondit (82 356 en moyenne sur sept jours avant-hier), certaines Régions connaissant une forte hausse de l’incidence (+ 40 % dans les Hauts-de-France, + 34 % en Bretagne) ; et, même si la pression hospitalière continue de reculer légèrement, le nombre de nouvelles entrées dans les services de soins conventionnels augmente dans le nord du pays. « Le virus est en voie de domestication mais ça ne peut être que graduel, philosophe l’infectiologue et épidémiologiste suisse Didier Pittet. Et, comme les quatre autres familles de coronavirus du passé, responsables de rhumes hivernaux, qui nous avaient hélas peu intéressés jusqu’à l’apparition du Sars-CoV-2, il est avec nous pour toujours. »

Aux yeux des spécialistes, il existe trois causes principales de cette cinquième vague qui n’en finit pas. Premièrement, le remplacement du sous-variant d’Omicron BA.1 par BA.2, autre rejeton assez semblable mais environ 30 % plus transmissible. « Omicron, un virus terriblement contagieux qui cause en général peu de symptômes, engendre depuis début janvier une vague monstrueuse dont on ignore la taille réelle, analyse le professeur Pittet. Même en France où l’on teste encore beaucoup, il y a probablement cinq à dix fois plus de personnes contaminées que dépistées. »

 

Deuxième raison de ce rebond : la multiplication des contacts sociaux, de bises matinales en dîners entre amis. Le phénomène ayant démarré bien avant la levée de l’obligation du port du masque dans les lieux clos et du passe vaccinal le 14 mars. « Le facteur humain a une grande influence sur le niveau de circulation du virus, nous avons repris une vie normale et nous sommes très peu nombreux à garder le masque dans les lieux clos », observe Anne-Claude Crémieux, professeure d’infectiologie et membre de l’Académie de médecine.

Troisièmement, la baisse, au fil du temps, de la protection immunitaire conférée par la vaccination. « La mauvaise nouvelle de l’année 2021 a été la décroissance rapide de l’efficacité des vaccins pour prévenir les infections, décode la professeure Crémieux. Mais ce qui nous inquiète le plus, c’est le déclin de la protection contre les formes sévères, à partir de quatre mois après le rappel. » C’est pour cette raison que l’exécutif propose une quatrième dose aux plus de 80 ans et que les vigies de l’épidémie conseillent aux plus de 60 ans et aux personnes fragiles de garder le masque à l’intérieur et d’éviter les situations à risque.

 

En revanche, aucun expert ne sait dire à quoi ressembleront les prochaines semaines. Va-t-on faire face à une vague modérée ou à une vaguelette ? Comme le conseil scientifique auquel il appartient, le virologue Bruno Lina estime, sur la foi des modélisations les plus récentes de l’équipe de l’Institut Pasteur, que le pic pourrait dépasser 100 000 contaminations. Mais prudence, nous entrons en zone grise. « On a du mal à anticiper l’évolution de chacun de ces trois facteurs, dit Anne-Claude Crémieux. L’important, c’est de rester très réactifs. »

 

Tout en ayant conscience des limites des modélisations car elles ne prennent pas en compte le climat, un quatrième facteur déterminant mais impossible à mettre en équation. « On ne peut pas dire si les beaux jours vont décapiter Omicron ou pas », ajoute Didier Pittet, qui souligne que ce variant très contagieux responsable d’infections passant souvent inaperçues complique le travail des modélisateurs.

L’épidémiologiste suisse Didier Pittet nous livre néanmoins une raison d’espérer : « Il faut imaginer l’immunité comme des couches de peinture successives. Grâce aux doses régulières de vaccin, la majorité d’entre nous sommes désormais protégés contre les infections sévères, voire la mort. La bonne nouvelle avec Omicron, c’est qu’une infection banale par ce variant moins agressif génère un autre type d’immunité que l’immunité vaccinale. Cette forme d’immunité pourrait nous protéger contre de futures infections, à la manière du vaccin nasal qu’on espère tous. »

Société et Ukraine : le retour oublié de la barbarie

Société et Ukraine : le retour oublié de la barbarie

L’illusion de la réalisation d’un monde parfait génère une forme de naïveté dans nos comportements et nos attentes en Occident. Par Laurent Bibard, ESSEC

 

Par-delà les kyrielles de nuances concernant la « modernité », la « post-modernité », l’on peut dire que nous sommes irréductiblement « modernes ». Nous sommes « modernes », cela veut dire ici que nous sommes à la fois adossés à l’idée machiavélienne que « la fin justifie les moyens » d’une part, et d’autre part que la réalisation d’un monde parfait et possible. Ces deux arrière-plans de notre modernité nous rendent à la fois totalement naïfs sur le plan politique et radicalement extrêmes dans nos comportements, nos attentes, nos manières de faire.

L’Ukraine est aujourd’hui confrontée à l’extrémisme d’une tyrannie. Une invasion barbare, censée servir un rêve suranné de grandeur impériale, qui ferait rire s’il n’était que ridicule. Les pantins deviennent sinistres lorsqu’ils s’arment de tanks et de missiles. Il est indispensable de prendre un vrai recul pour à la fois comprendre ce qui se joue là et y décider de la manière la plus ajustée.

Au tout début d’un commentaire d’une exceptionnelle clarté qu’il consacre à un dialogue du philosophe et historien Xénophon, Le Hiéron, le philosophe politique Leo Strauss écrit ceci :

« La tyrannie est un danger qui n’a cessé d’accompagner la vie politique. L’analyse de la tyrannie est par conséquent aussi ancienne que la science politique elle-même. Le travail que firent les premiers théoriciens de la politique fut si clair, si vaste, il fut exprimé en des termes à tel point inoubliables que des générations qui ne firent pas directement l’expérience de la tyrannie purent la comprendre et s’en souvenir. D’autre part, lorsque nous nous sommes trouvés en face de la tyrannie – et d’une tyrannie qui dépassait tout ce que les plus puissants penseurs d’autrefois avaient pu imaginer de plus hardi – notre science politique ne sut pas la reconnaître ».

Leo Strauss renvoie là aux accords de Munich, en 1938. Son argument est donc qu’il y a eu comme une « naïveté » des Alliés, qui n’ont pas mesuré ce dont Hitler allait devenir capable. Ils ne l’ont pas pris au sérieux.

Strauss souligne que le degré de lucidité de la pensée politique classique est significativement supérieur à celui de la philosophie politique moderne. Les « anciens » – c’est-à-dire des philosophes comme les Grecs Platon ou Aristote, ou des Romains comme Cicéron – étaient significativement plus lucides que nous le sommes sur la violence dont sont capables les humains. Je parle ici de violence propre à la vie politique, c’est-à-dire d’une violence collective, qui s’exprime par excellence au travers de guerres offensives. La violence individuelle d’un Poutine n’a aucune signification politique si Poutine n’est pas suivi par une quantité suffisante de personnes en Russie.

Les Alliés n’auraient pas dû faire confiance à Hitler. Ils auraient dû immédiatement réagir par la force pour empêcher Hitler de continuer ce qu’ils estimaient être des invasions strictement potentielles, sans plus de réalité possible que cela.

Il nous faut en Europe – et c’est bien l’Europe qui est ici attaquée au travers de l’Ukraine – ne pas être dupe de ce dont Poutine est capable. Un Poutine qui veut rester au pouvoir pour une période encore bien longue. Rentrons un peu plus dans le détail de ce problème qui s’impose à nous.

Pour les « anciens » toujours, il faut tout faire pour que la vie soit la plus tempérée, la plus modérée, la plus douce possible. Loin d’être le signe d’une faiblesse, la douceur est alliée de la force. Or, nous vivons un paradoxe. Depuis que Machiavel a explicité ceci que la vie politique est faite de mensonge, de violence, de manipulations, et son influence étant devenue mondiale, l’humanité devenue « moderne » est comme tendue 1) d’abord entre une forme de naïveté qui revient à croire que l’on peut toujours faire entendre raison aux plus violents, et les empêcher de nuire sans avoir besoin de recourir à la force. Et d’un autre côté, 2) une exacerbation et une radicalisation de l’usage de la force au détriment de la raison et du respect par exemple des Droits de l’Homme.

Les anciens, souligne Leo Strauss en commentant également Machiavel, avaient fait le choix de ne pas expliciter clairement que la vie politique est faite de mensonge, de violences et de manipulations, pour ne pas mettre de l’huile sur le feu. Leur pari était que plus l’on s’exprime avec douceur au sujet des problèmes les plus graves, plus on a de chances de contribuer à les résoudre le plus paisiblement possible. Il faut peser ici le mot « paisiblement ».

En même temps, les anciens n’étaient absolument pas dupes de la violence possible. Et ils savaient très bien que c’est avec modération qu’il faut mettre en avant la modération comme qualité principale et de l’éthique, et de la politique – celle-ci étant comprise alors comme la continuation de l’éthique, par d’autres moyens.

Ceci revient à dire que, lorsqu’il s’agit de défendre la possibilité d’une vie paisible et raisonnable quelque part, d’une vie douce, il faut être capable parfois de prendre les armes.

Ce qui précède peut paraître trivial. Mais cela concerne nos espoirs contemporains les plus profonds. Prenons un exemple simple concernant l’égalité économique et sociale. Lorsqu’il critique la pensée politique d’Aristote que par ailleurs il respecte profondément, Karl Marx dit en gros qu’Aristote est un petit bourgeois conservateur, prisonnier du monde économique et social de son temps, en particulier caractérisé par l’esclavage.

Marx a raison : Aristote est tout sauf un révolutionnaire. Il est tout sauf nous, dans nos espoirs de résoudre définitivement ce qu’on peut appeler le « problème de l’homme ». Mais à bien lire Aristote, sa position doit être comprise de la manière suivante. Aristote estime – peut-être à tort, mais c’est là que nous sommes nous, peut-être à la fois naïfs et extrêmes -, que le problème des inégalités économiques et sociales est un problème « ontologique ». C’est-à-dire un problème indépassable. Il est inévitable, pense-t-il, qu’il y ait de plus en plus de gens misérables d’un côté, et de moins en moins de gens richissimes de l’autre.

Autrement dit, ce que Marx appelle quelque chose comme la « prolétarisation » est irréductible selon Aristote. Cela ne peut pas être dépassé, en particulier par une Révolution qui serait censée le résoudre définitivement. La seule politique tenable est de tenter, dit encore Aristote, de favoriser l’existence d’une classe moyenne massive, dont l’inertie ralentisse l’écartèlement inéluctable des richesses.

En contrepoint des catastrophes monstrueuses qu’ont entraînées les révolutions du XXe siècle, en contrepoint de la violence radicale qu’avait diagnostiquée Albert Camus dans L’homme révolté, il faut sans doute tendre l’oreille de nouveau vers les anciens pour bien poser les questions politiques qui s’imposent à nous. Nous devons à la fois réapprendre une lucidité fondamentale à propos de la violence toujours possible, et la tempérance, la modération, la douceur d’un réel savoir-vivre.

Nous ne parviendrons sans doute jamais à faire en sorte que les humains soient spontanément raisonnables et pacifiques. Or c’est là le rêve naïf que nous avons fait depuis environ cinq cents ans. Un rêve que nous faisons encore, et qui nous pousse à tenter de « forcer » de réel. C’est un volontarisme fait de naïveté et d’extrémisme tout ensemble dont il s’agit. C’est au forceps que l’on voudrait faire plier le réel à nos désirs. Paradoxalement, tous objectifs confondus.

C’est pour défendre la possibilité d’une véritable douceur, de la tempérance, de l’écoute, de la modération, qu’il faut sans cesse cultiver la lucidité. Être toujours prêt à l’usage raisonnable de la force, lorsque la violence, la bêtise, la barbarie, la tyrannie pointent leur nez. Mais seulement alors.

___

Par Laurent Bibard, Professeur en management, titulaire de la chaire Edgar Morin de la complexité, ESSEC.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Ukraine et Europe: le retour oublié de la barbarie

Ukraine et Europe: le retour oublié de la barbarie

L’illusion de la réalisation d’un monde parfait génère une forme de naïveté dans nos comportements et nos attentes en Occident. Par Laurent Bibard, ESSEC

 

Par-delà les kyrielles de nuances concernant la « modernité », la « post-modernité », l’on peut dire que nous sommes irréductiblement « modernes ». Nous sommes « modernes », cela veut dire ici que nous sommes à la fois adossés à l’idée machiavélienne que « la fin justifie les moyens » d’une part, et d’autre part que la réalisation d’un monde parfait et possible. Ces deux arrière-plans de notre modernité nous rendent à la fois totalement naïfs sur le plan politique et radicalement extrêmes dans nos comportements, nos attentes, nos manières de faire.

L’Ukraine est aujourd’hui confrontée à l’extrémisme d’une tyrannie. Une invasion barbare, censée servir un rêve suranné de grandeur impériale, qui ferait rire s’il n’était que ridicule. Les pantins deviennent sinistres lorsqu’ils s’arment de tanks et de missiles. Il est indispensable de prendre un vrai recul pour à la fois comprendre ce qui se joue là et y décider de la manière la plus ajustée.

Au tout début d’un commentaire d’une exceptionnelle clarté qu’il consacre à un dialogue du philosophe et historien Xénophon, Le Hiéron, le philosophe politique Leo Strauss écrit ceci :

« La tyrannie est un danger qui n’a cessé d’accompagner la vie politique. L’analyse de la tyrannie est par conséquent aussi ancienne que la science politique elle-même. Le travail que firent les premiers théoriciens de la politique fut si clair, si vaste, il fut exprimé en des termes à tel point inoubliables que des générations qui ne firent pas directement l’expérience de la tyrannie purent la comprendre et s’en souvenir. D’autre part, lorsque nous nous sommes trouvés en face de la tyrannie – et d’une tyrannie qui dépassait tout ce que les plus puissants penseurs d’autrefois avaient pu imaginer de plus hardi – notre science politique ne sut pas la reconnaître ».

Leo Strauss renvoie là aux accords de Munich, en 1938. Son argument est donc qu’il y a eu comme une « naïveté » des Alliés, qui n’ont pas mesuré ce dont Hitler allait devenir capable. Ils ne l’ont pas pris au sérieux.

Strauss souligne que le degré de lucidité de la pensée politique classique est significativement supérieur à celui de la philosophie politique moderne. Les « anciens » – c’est-à-dire des philosophes comme les Grecs Platon ou Aristote, ou des Romains comme Cicéron – étaient significativement plus lucides que nous le sommes sur la violence dont sont capables les humains. Je parle ici de violence propre à la vie politique, c’est-à-dire d’une violence collective, qui s’exprime par excellence au travers de guerres offensives. La violence individuelle d’un Poutine n’a aucune signification politique si Poutine n’est pas suivi par une quantité suffisante de personnes en Russie.

Les Alliés n’auraient pas dû faire confiance à Hitler. Ils auraient dû immédiatement réagir par la force pour empêcher Hitler de continuer ce qu’ils estimaient être des invasions strictement potentielles, sans plus de réalité possible que cela.

Il nous faut en Europe – et c’est bien l’Europe qui est ici attaquée au travers de l’Ukraine – ne pas être dupe de ce dont Poutine est capable. Un Poutine qui veut rester au pouvoir pour une période encore bien longue. Rentrons un peu plus dans le détail de ce problème qui s’impose à nous.

Pour les « anciens » toujours, il faut tout faire pour que la vie soit la plus tempérée, la plus modérée, la plus douce possible. Loin d’être le signe d’une faiblesse, la douceur est alliée de la force. Or, nous vivons un paradoxe. Depuis que Machiavel a explicité ceci que la vie politique est faite de mensonge, de violence, de manipulations, et son influence étant devenue mondiale, l’humanité devenue « moderne » est comme tendue 1) d’abord entre une forme de naïveté qui revient à croire que l’on peut toujours faire entendre raison aux plus violents, et les empêcher de nuire sans avoir besoin de recourir à la force. Et d’un autre côté, 2) une exacerbation et une radicalisation de l’usage de la force au détriment de la raison et du respect par exemple des Droits de l’Homme.

Les anciens, souligne Leo Strauss en commentant également Machiavel, avaient fait le choix de ne pas expliciter clairement que la vie politique est faite de mensonge, de violences et de manipulations, pour ne pas mettre de l’huile sur le feu. Leur pari était que plus l’on s’exprime avec douceur au sujet des problèmes les plus graves, plus on a de chances de contribuer à les résoudre le plus paisiblement possible. Il faut peser ici le mot « paisiblement ».

En même temps, les anciens n’étaient absolument pas dupes de la violence possible. Et ils savaient très bien que c’est avec modération qu’il faut mettre en avant la modération comme qualité principale et de l’éthique, et de la politique – celle-ci étant comprise alors comme la continuation de l’éthique, par d’autres moyens.

Ceci revient à dire que, lorsqu’il s’agit de défendre la possibilité d’une vie paisible et raisonnable quelque part, d’une vie douce, il faut être capable parfois de prendre les armes.

Ce qui précède peut paraître trivial. Mais cela concerne nos espoirs contemporains les plus profonds. Prenons un exemple simple concernant l’égalité économique et sociale. Lorsqu’il critique la pensée politique d’Aristote que par ailleurs il respecte profondément, Karl Marx dit en gros qu’Aristote est un petit bourgeois conservateur, prisonnier du monde économique et social de son temps, en particulier caractérisé par l’esclavage.

Marx a raison : Aristote est tout sauf un révolutionnaire. Il est tout sauf nous, dans nos espoirs de résoudre définitivement ce qu’on peut appeler le « problème de l’homme ». Mais à bien lire Aristote, sa position doit être comprise de la manière suivante. Aristote estime – peut-être à tort, mais c’est là que nous sommes nous, peut-être à la fois naïfs et extrêmes -, que le problème des inégalités économiques et sociales est un problème « ontologique ». C’est-à-dire un problème indépassable. Il est inévitable, pense-t-il, qu’il y ait de plus en plus de gens misérables d’un côté, et de moins en moins de gens richissimes de l’autre.

Autrement dit, ce que Marx appelle quelque chose comme la « prolétarisation » est irréductible selon Aristote. Cela ne peut pas être dépassé, en particulier par une Révolution qui serait censée le résoudre définitivement. La seule politique tenable est de tenter, dit encore Aristote, de favoriser l’existence d’une classe moyenne massive, dont l’inertie ralentisse l’écartèlement inéluctable des richesses.

En contrepoint des catastrophes monstrueuses qu’ont entraînées les révolutions du XXe siècle, en contrepoint de la violence radicale qu’avait diagnostiquée Albert Camus dans L’homme révolté, il faut sans doute tendre l’oreille de nouveau vers les anciens pour bien poser les questions politiques qui s’imposent à nous. Nous devons à la fois réapprendre une lucidité fondamentale à propos de la violence toujours possible, et la tempérance, la modération, la douceur d’un réel savoir-vivre.

Nous ne parviendrons sans doute jamais à faire en sorte que les humains soient spontanément raisonnables et pacifiques. Or c’est là le rêve naïf que nous avons fait depuis environ cinq cents ans. Un rêve que nous faisons encore, et qui nous pousse à tenter de « forcer » de réel. C’est un volontarisme fait de naïveté et d’extrémisme tout ensemble dont il s’agit. C’est au forceps que l’on voudrait faire plier le réel à nos désirs. Paradoxalement, tous objectifs confondus.

C’est pour défendre la possibilité d’une véritable douceur, de la tempérance, de l’écoute, de la modération, qu’il faut sans cesse cultiver la lucidité. Être toujours prêt à l’usage raisonnable de la force, lorsque la violence, la bêtise, la barbarie, la tyrannie pointent leur nez. Mais seulement alors.

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Par Laurent Bibard, Professeur en management, titulaire de la chaire Edgar Morin de la complexité, ESSEC.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Il serait temps de se réveiller pour la démocratie

Il serait temps de se réveiller pour la démocratie

Derrière l’invasion russe, se joue une lutte entre deux modèles de société. Les régimes autocratiques gagnent du terrain au moment où Moscou espère instaurer un « nouveau monde ». par Gilles Paris dans le monde

 

Le sommet virtuel pour la démocratie convoqué par le président américain, Joe Biden, en décembre 2021 avait déçu. La liste des invités, parfois controversés, comme la platitude des propos échangés avaient conduit à classer parmi les fausses bonnes idées l’initiative avancée par le démocrate pendant la campagne présidentielle de 2020. Voilà pourtant que, trois mois plus tard, l’assaut brutal donné par le président russe, Vladimir Poutine, à un Etat souverain, l’Ukraine, après la tentation de son dépeçage, illustrée par la reconnaissance d’entités séparatistes par Moscou, lui donne un tout nouveau sens.

La séparation du monde en deux camps, celui des démocraties et celui des autocraties, se matérialise dramatiquement dans les bombardements à l’aveugle par l’armée russe des villes d’un pays qui n’a jamais menacé son puissant voisin. Le vibrant plaidoyer du président Volodymyr Zelensky en faveur d’une entrée de l’Ukraine au sein de l’Union européenne, mardi 1er mars, relativise d’ailleurs la question restée virtuelle de l’adhésion de son pays à une OTAN présentée comme expansionniste. Le déclencheur de l’éviction du président prorusse Viktor Ianoukovitch, en 2014, avait déjà été son opposition à un accord d’association avec les Européens.

Derrière la guerre en cours se joue celle des modèles, et les Ukrainiens ont choisi, depuis longtemps, l’ensemble de normes qui régissent les démocraties. Celle de l’Ukraine est encore imparfaite, si on se fie à l’organisation américaine Freedom House, financée par l’Etat fédéral, mais c’est l’objectif qu’elle s’est fixé avec constance depuis plus d’une décennie, a voulu rappeler le président ukrainien.

Il s’agit cependant d’un modèle sur la défensive, comme le rappellent régulièrement les états des lieux de la même institution américaine. Il a été en recul en 2021 pour la seizième année d’affilée, avec soixante pays ayant enregistré un déclin, au point que l’institut V-Dem, un autre observatoire, rattaché à l’université de Göteborg, en Suède, financé notamment par la Banque mondiale, parle désormais de « viralité autocratique ».

Comme l’a estimé Emmanuel Macron, le mercredi 2 mars, dans son allocution sur la guerre en Ukraine, « la démocratie n’est plus considérée comme un régime incontestable, elle est remise en cause, sous nos yeux ». La conquête russe de l’Ukraine signifierait un nouveau recul.

La première phrase d’une dépêche prématurément publiée par l’agence russe RIA Novosti le 26 février, sur la foi d’un effondrement instantané de l’Ukraine, le confirme à sa manière. « Un nouveau monde naît sous nos yeux », commence ce texte boursoufflé d’ethnonationalisme. Tel est, en tout cas, le dessein russe, celui de refermer la parenthèse ouverte par l’effondrement de l’Union soviétique. D’autres puissances, à commencer par la Chine, s’inscrivent également dans la remise en cause des normes démocratiques.

 

Économie et Guerre Ukraine : vers une inflation à deux chiffres en Europe ?

Économie et Guerre Ukraine : vers une inflation à deux chiffres en Europe ?

 

Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*) évoque dans la Tribune  les perspectives d’inflation en raison notamment de l’envolée du prix de l’énergie. Une thèse renforcée avec les récents événements géopolitiques autour de l’Ukraine qui pourrait faire monter l’inflation à deux chiffres. La hausse des prix de l’énergie est déjà responsable de la moitié de l’inflation en Europe. Cette part pourrait encore augmenter avec les effets de la guerre menée par la Russie. La hausse des prix affecte les matières premières destinées à l’industrie et aux ménages. Elle se répercute sur nombre de processus de production industriel ou alimentaire. Et l’hypothèse d’une inflation à deux chiffres en 2022 n’est plus à exclure.

 

Depuis deux ans nous connaissons une inflation, une perte du pouvoir d’achat de notre monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix.

Dans une mondialisation malade de la Covid-19, cette hausse était, dans un premier temps, sujette à la baisse de la production plus importante que la baisse de la consommation, puis elle s’amplifiait dans un second temps, alors que la forte reprise de la production se heurtait au monstrueux embouteillage des chaînes logistiques mondiales.

Résultat, l’inflation mondiale s’est envolée, mais de manière découplée.

Basse en Asie, haute en Occident, l’inflation a découplé parce que pour la première fois depuis très longtemps nos pertes de souverainetés et les mauvaises dépendances contenues dans nos Solidarités Stratégiques ont eu un impact sur l’inflation.

Désormais, d’aucuns prévoient que l’inflation mondiale continuera sa hausse. Ils font l’erreur de ne pas reconnaître que l’année 2021 a cumulé tous les risques économiques, et que les indicateurs s’améliorent à l’image des flux des puces électroniques. L’impact d’éventuelles guerres en Ukraine ou à Taïwan, ce que personne n’espère, ne sont pas mesurées, sinon les prévisions seraient effectivement à deux chiffres.

À l’inverse, d’autres calculent que l’inflation covidienne n’est que transitoire et disparaît au profit d’une déflation lente et homogène au fur et à mesure que la logistique mondiale se normalise. C’est également une myopie, puisque le Covid et les COP ont changé le monde sous deux aspects.

Dans les prochaines années, l’Asie restera le front de l’industrie, avec par exemple la voiture électrique. Sauf accident de parcours, comme celui de la viande de porc en Chine, l’Orient devrait continuer à connaître des prix modérés, dès que l’énergie électrique sera redevenue sous contrôle.

Grâce à la Communauté européenne, sous l’impulsion de Thierry Breton, l’Europe affiche des plans industriels intéressants dans le but de renforcer sa souveraineté structurelle et affaiblir les impacts négatifs des dépendances de la mondialisation. Ces efforts pourraient être soutenus par une production électrique redevenue indépendante comme expliqué plus bas. L’Europe renouerait alors avec un modèle de souveraineté déflationniste de long terme.

De leur côté, les États-Unis aimeraient avoir des Breton à leur tête. Ils sont les meilleurs pour maîtriser les têtes dures, qui sont nombreuses au Sénat à être hostiles au « build back better » de Joe Biden. Cette opposition est fatale à l’idée d’un accroissement de souveraineté étatsunienne et une inflation covidienne transitoire, mais favorable à une hausse des prix structurelle et durable. En conséquence, la Réserve fédérale américaine augmentera ses taux d’intérêt, plus que le fera la BCE. D’ailleurs, les prix de l’or l’ont compris, ils sont toujours attentifs non pas aux discours des banques centrales chinoises ou européennes, mais à ceux du président de la Fed.

Le résultat de cette première phase fondée sur le lien entre souveraineté et inflation indique que le découplage inflationniste de 2020/2021 entre les producteurs et les consommateurs, entre l’Asie souveraine et l’Occident en dépendance, s’orientera désormais vers une nouvelle désunion inflationniste, mais cette fois entre les États-Unis dépendants et l’Europe et l’Asie plus souveraines. Prévoir l’inflation européenne comme par le passé à la lumière de Washington sera une erreur ; l’Asie et l’Europe en recherche de souverainetés semblables et sans doute concurrentes devraient connaître des trajectoires d’inflations concordantes.

Le second élément impactant l’inflation et qui a changé depuis deux ans concerne les COP et l’impact de l’environnement sur les coûts agricoles, énergétiques, miniers.

Après le tunnel inflationniste de la Covid et du bio, les prix des céréales s’ajusteront vers le bas, comme toujours grâce à aux nouveaux emblavements , avec toutefois la menace sur les coûts de production de nouvelles contraintes environnementales et du changement climatique. L’agriculture d’élevage, moins saisonnière, connait déjà des ajustements de prix cruels comme en témoignent les démonstrations actuelles. Mais il est ici regrettable que les pouvoirs publics n’aient pas stoppé net les suicides d’agriculteurs en osant rebâtir des souverainetés financières agricoles.

À la suite de différentes politiques, nous avons perdu notre souveraineté électrique. Les contraintes environnementales, géopolitiques et opérationnelles prévisibles abaissent le volume d’énergies fossiles disponibles bon marché et le supercycle pétrolier en cours prévoit le pétrole à 125 dollars le baril.

Simultanément, l’accroissement d’électricité ENR non pilotable affaisse encore notre souveraineté électrique et augmente l’inflation, comme l’indique l’épisode du gaz cet hiver.

Toutefois, la France et l’Europe ont une solution. Une électricité pilotable souveraine, bon marché, produite par la combustion des déchets des centrales nucléaires d’aujourd’hui. Parce que nous disposons de ce stock sur notre sol et qu’il élimine les besoins d’uranium minier pour les 5. 000 à 10. 000 prochaines années, ils sont le combustible gratuit du nucléaire de demain. Qu’attendons-nous pour le consommer ?

Fessenheim, le programme Astrid, les petits réacteurs modulaires, les EPR et demain les réacteurs à neutrons rapides, la souveraineté électrique française ne peut s’établir dans l’inconstance politique zigzagante autour des électriciens d’EDF en fonction des modes électorales. Comme l’écrivait une philosophe des manœuvres politiques : «Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le mensonge possède le grand avantage de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre ou s’attend à entendre.»

Pour des raisons stratégiques, l’industrie lourde consomme plus de métaux que par le passé : notre monde bascule rapidement d’une dépendance aux hydrocarbures vers une dépendance envers les métaux nécessaires à la production, le transport, le stockage, et la consommation électrique dans des générateurs, des connecteurs, des chargeurs, des batteries et enfin des moteurs. Logiquement, cette demande industrielle guide les prix des métaux vers le haut, mais sans excès historique à ce jour.

Toutefois, fidèle à la courbe de Phillips, l’inflation anticipée guette. La politique est inflationniste comme le démontre le débat constitutionnel chilien autour de taxations ou nationalisations des mines de cuivre ou de lithium. Les normes écologiques accroissent aussi les coûts miniers et métallurgiques : si l’électricité ENR non pilotable augmente dans les mines, le coût marginal augmente ; si l’hydrogène permet de produire un acier plus vert, celui-ci coûte plus cher. En outre, au rythme actuel de la production minière, 15 années seront nécessaires avant qu’un nouvel équilibre entre une offre et une demande de métaux n’abaisse leurs prix grâce à de nouvelles productions et du recyclage.

Mais, plus forte que la courbe de Phillips, la substitution industrielle est déflationniste parce qu’elle réduit la consommation. Ainsi, les coûts des véhicules électriques baisseront, car les progrès permettent déjà l’absence du cobalt du nickel dans les batteries et des terres rares dans les moteurs. Les « métaux rares » étaient bien une fake-news anti voiture électrique.

Entre ces forces opposées, l’Europe peut retrouver une souveraineté métallurgique et minière à hauteur d’environ 50 %, ce qui est énorme comparé aux 5 % actuels,

L’ensemble, le renouveau de la souveraineté industrielle européenne et une gestion positive de l’agriculture, de l’énergie et des métaux permettent de parier que l’inflation européenne ne dépassera pas en moyenne les 2,5 % pendant les 50 prochaines années.

 

Économie et Ukraine : vers une inflation à deux chiffres en Europe ?

Économie et Ukraine : vers une inflation à deux chiffres en Europe ?

 

Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*) évoque dans la Tribune les perspectives d’inflation en raison notamment de l’envolée du prix de l’énergie. Une thèse renforcée avec les récents événements géopolitiques autour de l’Ukraine qui pourrait faire monter l’inflation à deux chiffres.La hausse des prix de l’énergie est déjà responsable de la moitié de l’inflation en Europe. Cette part pourrait encore augmenter avec les effets de la guerre menée par la Russie

 

Depuis deux ans nous connaissons une inflation, une perte du pouvoir d’achat de notre monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix.

Dans une mondialisation malade de la Covid-19, cette hausse était, dans un premier temps, sujette à la baisse de la production plus importante que la baisse de la consommation, puis elle s’amplifiait dans un second temps, alors que la forte reprise de la production se heurtait au monstrueux embouteillage des chaînes logistiques mondiales.

Résultat, l’inflation mondiale s’est envolée, mais de manière découplée.

Basse en Asie, haute en Occident, l’inflation a découplé parce que pour la première fois depuis très longtemps nos pertes de souverainetés et les mauvaises dépendances contenues dans nos Solidarités Stratégiques ont eu un impact sur l’inflation.

Désormais, d’aucuns prévoient que l’inflation mondiale continuera sa hausse. Ils font l’erreur de ne pas reconnaître que l’année 2021 a cumulé tous les risques économiques, et que les indicateurs s’améliorent à l’image des flux des puces électroniques. L’impact d’éventuelles guerres en Ukraine ou à Taïwan, ce que personne n’espère, ne sont pas mesurées, sinon les prévisions seraient effectivement à deux chiffres.

À l’inverse, d’autres calculent que l’inflation covidienne n’est que transitoire et disparaît au profit d’une déflation lente et homogène au fur et à mesure que la logistique mondiale se normalise. C’est également une myopie, puisque le Covid et les COP ont changé le monde sous deux aspects.

Dans les prochaines années, l’Asie restera le front de l’industrie, avec par exemple la voiture électrique. Sauf accident de parcours, comme celui de la viande de porc en Chine, l’Orient devrait continuer à connaître des prix modérés, dès que l’énergie électrique sera redevenue sous contrôle.

Grâce à la Communauté européenne, sous l’impulsion de Thierry Breton, l’Europe affiche des plans industriels intéressants dans le but de renforcer sa souveraineté structurelle et affaiblir les impacts négatifs des dépendances de la mondialisation. Ces efforts pourraient être soutenus par une production électrique redevenue indépendante comme expliqué plus bas. L’Europe renouerait alors avec un modèle de souveraineté déflationniste de long terme.

De leur côté, les États-Unis aimeraient avoir des Breton à leur tête. Ils sont les meilleurs pour maîtriser les têtes dures, qui sont nombreuses au Sénat à être hostiles au « build back better » de Joe Biden. Cette opposition est fatale à l’idée d’un accroissement de souveraineté étatsunienne et une inflation covidienne transitoire, mais favorable à une hausse des prix structurelle et durable. En conséquence, la Réserve fédérale américaine augmentera ses taux d’intérêt, plus que le fera la BCE. D’ailleurs, les prix de l’or l’ont compris, ils sont toujours attentifs non pas aux discours des banques centrales chinoises ou européennes, mais à ceux du président de la Fed.

Le résultat de cette première phase fondée sur le lien entre souveraineté et inflation indique que le découplage inflationniste de 2020/2021 entre les producteurs et les consommateurs, entre l’Asie souveraine et l’Occident en dépendance, s’orientera désormais vers une nouvelle désunion inflationniste, mais cette fois entre les États-Unis dépendants et l’Europe et l’Asie plus souveraines. Prévoir l’inflation européenne comme par le passé à la lumière de Washington sera une erreur ; l’Asie et l’Europe en recherche de souverainetés semblables et sans doute concurrentes devraient connaître des trajectoires d’inflations concordantes.

Le second élément impactant l’inflation et qui a changé depuis deux ans concerne les COP et l’impact de l’environnement sur les coûts agricoles, énergétiques, miniers.

Après le tunnel inflationniste de la Covid et du bio, les prix des céréales s’ajusteront vers le bas, comme toujours grâce à aux nouveaux emblavements , avec toutefois la menace sur les coûts de production de nouvelles contraintes environnementales et du changement climatique. L’agriculture d’élevage, moins saisonnière, connait déjà des ajustements de prix cruels comme en témoignent les démonstrations actuelles. Mais il est ici regrettable que les pouvoirs publics n’aient pas stoppé net les suicides d’agriculteurs en osant rebâtir des souverainetés financières agricoles.

À la suite de différentes politiques, nous avons perdu notre souveraineté électrique. Les contraintes environnementales, géopolitiques et opérationnelles prévisibles abaissent le volume d’énergies fossiles disponibles bon marché et le supercycle pétrolier en cours prévoit le pétrole à 125 dollars le baril.

Simultanément, l’accroissement d’électricité ENR non pilotable affaisse encore notre souveraineté électrique et augmente l’inflation, comme l’indique l’épisode du gaz cet hiver.

Toutefois, la France et l’Europe ont une solution. Une électricité pilotable souveraine, bon marché, produite par la combustion des déchets des centrales nucléaires d’aujourd’hui. Parce que nous disposons de ce stock sur notre sol et qu’il élimine les besoins d’uranium minier pour les 5. 000 à 10. 000 prochaines années, ils sont le combustible gratuit du nucléaire de demain. Qu’attendons-nous pour le consommer ?

Fessenheim, le programme Astrid, les petits réacteurs modulaires, les EPR et demain les réacteurs à neutrons rapides, la souveraineté électrique française ne peut s’établir dans l’inconstance politique zigzagante autour des électriciens d’EDF en fonction des modes électorales. Comme l’écrivait une philosophe des manœuvres politiques : « Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le mensonge possède le grand avantage de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre ou s’attend à entendre. »

Pour des raisons stratégiques, l’industrie lourde consomme plus de métaux que par le passé : notre monde bascule rapidement d’une dépendance aux hydrocarbures vers une dépendance envers les métaux nécessaires à la production, le transport, le stockage, et la consommation électrique dans des générateurs, des connecteurs, des chargeurs, des batteries et enfin des moteurs. Logiquement, cette demande industrielle guide les prix des métaux vers le haut, mais sans excès historique à ce jour.

Toutefois, fidèle à la courbe de Phillips, l’inflation anticipée guette. La politique est inflationniste comme le démontre le débat constitutionnel chilien autour de taxations ou nationalisations des mines de cuivre ou de lithium. Les normes écologiques accroissent aussi les coûts miniers et métallurgiques : si l’électricité ENR non pilotable augmente dans les mines, le coût marginal augmente ; si l’hydrogène permet de produire un acier plus vert, celui-ci coûte plus cher. En outre, au rythme actuel de la production minière, 15 années seront nécessaires avant qu’un nouvel équilibre entre une offre et une demande de métaux n’abaisse leurs prix grâce à de nouvelles productions et du recyclage.

Mais, plus forte que la courbe de Phillips, la substitution industrielle est déflationniste parce qu’elle réduit la consommation. Ainsi, les coûts des véhicules électriques baisseront, car les progrès permettent déjà l’absence du cobalt du nickel dans les batteries et des terres rares dans les moteurs. Les « métaux rares » étaient bien une fake-news anti voiture électrique.

Entre ces forces opposées, l’Europe peut retrouver une souveraineté métallurgique et minière à hauteur d’environ 50 %, ce qui est énorme comparé aux 5 % actuels,

L’ensemble, le renouveau de la souveraineté industrielle européenne et une gestion positive de l’agriculture, de l’énergie et des métaux permettent de parier que l’inflation européenne ne dépassera pas en moyenne les 2,5 % pendant les 50 prochaines années.

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