Archive pour la Catégorie 'nouvelles technologies'

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Telecom : la fin des mutualisations

Telecom : la fin des mutualisations

 

Pour préserver la concurrence le régulateur des télécoms (Arcep) souhaite mettre  un terme aux accords de mutualisation entre les réseaux des opérateurs cela afin de contraindre les à développer leur propre réseau. Pas sûr que cette orientation soit vraiment de nature à développer réellement les investissements pour assurer une meilleure couverture. Dans beaucoup de cas en effet sur certaines zones blanches la couverture pourrait demeurer encore davantage virtuelle. Un premier accord portant sur les réseaux 2G et 3G permet actuellement aux clients de Free Mobile (groupe Iliad) d’accéder au réseau d’Orange mais avec une couverture et une qualité moindres que pour les clients de l’opérateur historique. Cet accord, qui arrive à échéance fin 2017, pourrait être renouvelé car il constitue une source non négligeable de revenus pour Orange tout en permettant à Free de compenser les insuffisances de son réseau et d’étaler ses investissements dans le temps. Le régulateur français des télécoms estime néanmoins que ce dispositif, qui était selon lui justifié début 2012 pour accompagner l’arrivée de Free comme quatrième opérateur mobile, ne l’est plus aujourd’hui, la filiale d’Iliad étant désormais solidement installée dans le paysage français des télécoms. Dans un document de travail qui sera soumis en février à consultation publique avant d’être adopté définitivement, l’Arcep souhaite donc que cet accord de mutualisation prenne fin entre fin 2018 et fin 2020 pour la 3G et entre début 2020 et fin 2022 pour la 2G, qui représente à elle seule encore 35% des cartes « SIM » en circulation en France, tous opérateurs confondus. L’Arcep se penche également sur un second accord, qui permet à SFR et Bouygues Telecom de mutualiser une partie de leurs réseaux. Le régulateur estime qu’il doit prendre fin entre fin 2016 et fin 2018 dans la 4G, afin de contraindre SFR à développer plus rapidement son propre réseau à très haut débit. En juillet dernier, Orange couvrait 76% de la population en 4G, Bouygues Telecom 72% et SFR 58%, en grande partie grâce à son accord d’itinérance avec Bouygues Telecom puisqu’il ne couvrait que 39% de la population avec son propre réseau. Free couvrait pour sa part 52% de la population en 4G.la venue de la 5G risque cependant de remettre en cause le concept de mutualisation. Ou alors on assistera à des coopérations –intégrations.

Télécoms : comment empêcher la dictature des GAFA (Arcep)

Télécoms : comment empêcher la dictature des GAFA (Arcep)

 

La question qui se pose est de savoir si la puissance mondiale des GAFA  ne va pas conduire à asservir les citoyens consommateurs et à transformer les opérateurs en simples distributeurs des services commerciaux américains. Une problématique que posait notamment Marc Dugain et Christophe Labbé dans leur ouvrage techno-critique L’homme nu, la dictature invisible du numérique, paru récemment chez Plon. Un ouvrage qui dénoncé la dictature des GAFA et qui  peut ouvrir la porte à toutes les dérives, dans tous les domaines.  Une  dictature invisible, celle du numérique. Américaine de fait. Intrusive, globale, cynique, dissimulée derrière des smileys abêtissants, des icônes infantilisantes, des prétentions louches à nous ‘simplifier la vie’. Les auteurs ne sont pas des réactionnaires ronchons et sont les premiers à reconnaître la formidable révolution qu’a été la naissance du web. Ce qui ne les empêche pas de s’interroger sur ses dérives (inscrites dès le début dans les gènes de cette invention militaire).   Actuellement, ils reprennent l’histoire du 2.0, racontent la montée irréversible des géants Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon), les nouveaux rois du monde, toujours plus gourmands de data-données (nos goûts, nos choix, nos clics, nos humeurs, nos positions physiques à tout moment). Rappellent au passage la célèbre maxime qui meut les réseaux sociaux : Un exemple parmi cent : Facebook, numéro deux mondial de la pub en ligne, Facebook et ses 1,4 milliards d’utilisateurs (20 millions en France), Facebook, ses ‘amis’, ses cœurs et ses identifications sympathiques (tout est sympa sur FB) à qui nous avons cédé l’accès à notre intimité, nos listes, nos pensées, nos photos, en signant ‘j’accepte ces conditions d’utilisation’, vient de se doter d’un outil de tracking acheté à Microsoft, encore plus efficace que les cookies mouchards. Appelé Atlas, il permet de pister chaque membre du réseau social. À la trace, la firme de Mark Zuckerberg suit donc près d’1,4 milliards d’humains n’importe où sur la toile. « Depuis 2010, l’humanité produit autant d’informations en deux jours qu’elle ne l’a fait depuis l’invention de l’écriture il y 5300 ans. 98% de ces informations sont aujourd’hui consignées sous forme numérique. Apple, Microsoft, Google ou Facebook détiennent 80% de ces informations personnelles de l’humanité. » Le secteur du data (traitement de cette masse de données intimes pour mieux cibler les consommateurs) : un véritable gisement d’une croissance de 40% l’an et dont le chiffre d’affaires atteindra 24 milliards de dollars en 2016. Car la philosophie libertarienne (chacun pour soi, abolition des états, des impôts, création d’une élite entrepreneuriale) portée par les Bill Gates, Mark Zuckerberg, le défunt Steve Jobs (qui, pas fou, conscient des dégâts sur l’attention, interdisait le numérique à ses jeunes enfants) et autres souriants grands patrons 2.0  remet en cause la souveraineté des états aimés les situations les consommateurs sous dépendance. les big data . L’objectif est de transformer les citoyens en consommateurs dociles). Comme souvent en matière de progrès technologique, ce n’est pas la technique qui est en cause mais son appropriation est sa domination par certains au service du seul intérêt commercial voire sociétal.  Dans une interview à l’Usine Digitale, l’été dernier, Sébastien Soriano, président de l’ARCEP,  s’alarmait des conséquences de leur mainmise sur Internet. « Il y a des géants qui sont de véritables gatekeepers et ont pouvoir de vie ou de mort dans cet espace », dénonçait-il. Avant d’illustrer ses propos par « les histoires de déréférencement sur Google ou dans l’appstore d’Apple [qui] sont légion ». Selon lui, cette « concentration du pouvoir entre quelques acteurs » prend « une dimension considérable ». Ainsi, « pour les acteurs économiques, les plates-formes sont un peu les nouveaux gestionnaires du domaine public qui acceptent ou refusent sa terrasse dans la rue à un commerçant. » Du coup l’ARCEPT s’interroge sur les moyens qui pourraient lui permettre de réguler les GAFA et autres géants du Net. 

« Le danger de La Siliconisation de la société par les GAFA (Éric Sadin, philosophe)

 

Le philosophe Éric Sadin,» dénonce la mainmise marchande des GAFA  sur la société et l’individu. (Interview la tribune).

 

Vous dénoncez dans votre ouvrage la « silicolonisation » du monde par les grandes entreprises numériques américaines. Que voulez-vous dire exactement ?

ÉRIC SADIN - Les grandes entreprises de la Silicon Valley, c’est-à-dire les Google, Apple, Amazon, Facebook, Netflix, Uber et consorts, ne sont pas seulement des empires tentaculaires qui engrangent des milliards de dollars de chiffre d’affaires par an. Ces entreprises sont engagées dans ce que je nomme « la conquête intégrale de la vie ». Leurs services sont utilisés quotidiennement par des milliards d’individus. Leur modèle, celui de l’économie de la donnée et des plateformes, vise à capter des données relatives à un nombre sans cesse étendu de nos gestes, entendant coller de façon toujours plus continue à nos existences. Désormais, la Silicon Valley représente l’horizon entrepreneurial et économique de notre temps. Alors, tout le monde veut se l’approprier. Les chercheurs, les cercles de réflexion, les industriels s’y convertissent. Les gouvernements l’envisagent comme la panacée à toutes les difficultés économiques et ne pensent qu’à faire éclore des « Silicon valley locales » partout, grâce aux startups et aux incubateurs. C’est la course à l’innovation, c’est le règne du startuppeur visionnaire et de l’autoentrepreneur libéré. Mais ce qu’il faut saisir, c’est qu’au-delà d’un modèle économique, un modèle civilisationnel est en train de s’instaurer, fondé sur une marchandisation à terme intégrale de la vie, et une organisation algorithmique des sociétés.

Comment ?

Grâce à l’avènement des capteurs de toutes sortes, des objets connectés et de l’intelligence artificielle. Nous vivons l’avènement des objets connectés, qui s’immiscent partout jusque dans nos maisons et nos voitures. Grâce à eux, il est désormais possible de collecter un nombre sans cesse croissant de données portant sur toutes les phases de la vie. Les plateformes qui détiennent ces informations suggèrent en retour quantité de produits en fonction du traitement de ces données. Dans le livre, je prends l’exemple du miroir intelligent de Microsoft, capable d’interpréter l’état de fatigue, les expressions du visage, pour proposer des crèmes réparatrices voire des séjours à la montagne. C’est une manière d’anticiper en permanence, de rétroagir, et d’assister en continu les individus, par la formulation des meilleurs conseils supposés mais qui in fine ne visent qu’à satisfaire de seuls intérêts privés. Nous dépassons le moment de la personnalisation de l’offre pour aller vers une « relation-client ininterrompue ». À l’aide de systèmes interprétant la plus grande variété de nos gestes et qui rétroagissent en temps réel en suggérant des services ou des produits supposés adaptés à chaque instant de notre quotidien. L’enjeu industriel consiste à s’adosser à tous les instants de la vie. Ce dans quoi s’engage particulièrement Google. C’est flagrant dans le champ de la santé. Le projet Calico de Google, c’est la volonté, grâce aux capacités de plateformisation de l’entreprise, d’entrer en relation avec tout le marché pharmaceutique. A terme, Google veut créer, grâce aux capacités exponentielles des logiciels, ses propres solutions thérapeutiques, avec autodiagnostic, en se dotant d’une compétence médicale. L’industrie du numérique opère actuellement une immixtion du régime privé dans la médecine, selon une mesure jamais vue historiquement.

Ne noircissez-vous pas quelque peu le tableau ? Les objets connectés sont loin d’être dans le quotidien de chacun. Et l’homme a toujours la possibilité de ne pas les adopter…

Vous avez raison, les objets connectés commencent seulement à se répandre, mais de façon extrêmement massive et rapide. C’est le cas de la maison connectée, par exemple, qui représente d’ores et déjà un énorme marché en émergence. Et qui fera de l’habitat une machine à témoigner de nos gestes jusqu’aux plus intimes. Il faut prendre très au sérieux la volonté de ces entreprises et des responsables de l’industrie numérique de se positionner sur le plus grand nombre de secteurs possibles. Les investissements dans les objets connectés, dans l’intelligence artificielle, dans la robotique, sont colossaux, à coups de milliards de dollars. Et ce sont toujours ces grandes entreprises de la Silicon Valley qui sont en première ligne. Ce changement civilisationnel se fait d’une manière rapide mais subtile. Regardez Google. Jusqu’à l’an dernier, son coeur de métier était la recherche en ligne, pour vendre de la publicité. Et puis en août 2015, il change de nom pour devenir Alphabet. Ce recentrage acte ses ambitions. D’un coup, le moteur de recherche Google devient un service parmi d’autres, car le vrai business de Google, c’est l’industrie de la vie. Il est dans la cartographie, dans la domotique avec le rachat de Nest, il dépense des sommes énormes dans la recherche sur la voiture autonome, il développe des plateformes éducatives, il s’implique dans la robotique, dans la santé… Et ce n’est pas fini ! C’est un mouvement émergent, mais très puissant.

Quelles autres conséquences civilisationnelles percevez-vous dans l’essor du numérique ?

La quantification par les capteurs est en train de bouleverser le travail. Des systèmes en temps réel pour mesurer la performance des machines et des employés existent déjà. Dans l’industrie, on ne cesse de rechercher une extrême optimisation des cadences de production. L’action humaine est déterminée par des systèmes « intelligents » qui calculent en permanence la « mesure de performance du personnel » et dictent ce qu’il faut faire. Le géant américain de la distribution, Walmart, utilise un logiciel développé par IBM, baptisé Retail Link. Il permet à des robots de dialoguer entre eux. En fonction de la capacité des sous-traitants et de l’état de leurs stocks, ces robots imposent les cadences aux employés. Cela bafoue autant le droit du travail que la dignité humaine.

Il n’y a donc rien à sauver dans ce nouveau monde ?

Je ne nie pas que le numérique offre quantité d’avantages, comme réserver son train en une minute, pouvoir communiquer plus facilement, avoir accès à l’information. Mais nous sommes aveuglés par les bénéfices d’usages et nous ne nous soucions pas assez des conséquences potentiellement dévastatrices, particulièrement la marchandisation à terme intégrale de la vie et le dessaisissement de la décision humaine que vont entraîner les développements sans cesse accélérés de l’intelligence artificielle. Ce sont là des enjeux majeurs de notre temps, qui à mon sens ne font pas suffisamment l’objet de débats et de controverses publiques.

Vous parlez dans le livre de « technolibéralisme ». La silicolonisation du monde, c’est l’étape ultime du capitalisme ?

Tout à fait. Jusqu’à présent, le libéralisme rencontrait de la résistance, car il était difficile de monétiser l’intime. Désormais, la technologie, grâce aux objets connectés, permet de franchir un nouveau seuil dans l’histoire du capitalisme, car il ne reste plus de séquences de vie rétives à une activité marchande. On peut mettre une puce connectée dans un lit et quantifier le sommeil. Ou dans la machine à laver pour lui faire commander automatiquement de la lessive sans que nous décidions de l’acte d’achat. Cela grâce au récent procédé Dash Button d’Amazon, par exemple. Nous allons vers un allégement ou une non-conscience de l’acte d’achat grâce au paiement sans contact ou au procédé de commande automatisée de produits. Le technolibéralisme promu dans la Silicon Valley part de l’idée que Dieu n’a pas parachevé sa création, que l’homme est éminemment faillible et lacunaire, donc que l’avènement des technologies dites « de l’exponentiel » permettra de corriger cette faille. Mais dans les faits, ce sont des startuppeurs à peine sortis de l’adolescence qui créent un biberon connecté, tel Baby Gigl, pour dire aux parents comment nourrir leur bébé. Tout est à l’avenant : corriger nos supposés défauts originels et faire en sorte que des systèmes nous dictent en toute occasion la meilleure décision à prendre. Nous entrons dans l’ère de l’assistanat algorithmique continu. Dont les visées sont quasi exclusivement commerciales.

De quand datez-vous cette volonté de la Silicon Valley de dominer le monde ? Car la baie de San Francisco incarne aussi depuis longtemps des valeurs d’ouverture, de tolérance, de liberté, de progrès social grâce aux nouvelles technologies…

C’est absolument vrai, j’en parle dans mon livre. Historiquement, la Californie porte une tradition contre-culturelle, à l’opposé de l’État fédéral. C’était le cas dans les années 1960 et 1970, mais cet esprit s’est perverti avec le temps. Il y a vingt ans, l’objectif de Google n’était pas de vouloir collecter le plus grand nombre de faits et gestes et de les monétiser. Quand Facebook s’est créé en 2004, il voulait simplement connecter les étudiants d’Harvard entre eux. Mais l’évolution des technologies, l’élargissement des possibles et la position dominante de ces entreprises les ont placées sur la voie de la conquête intégrale de la vie. La seule chose qu’il reste de l’idéologie originelle est l’idée de désintermédier la société. Mais le drame, c’est que cette aspiration légitime, ou non, de désintermédiation a vite été récupérée par l’économie des plateformes.

Cela se retrouve-t-il dans le libertarisme qui est aujourd’hui à la mode dans la Silicon Valley ?

Ce mouvement prospère sur l’idée de permettre à ces entreprises de se soustraire à toutes les règles au nom de la liberté absolue d’innover. Certains veulent même créer une île indépendante et soumise à aucune régulation au large du Pacifique. Quel paradoxe ! Les partisans du libertarisme refusent toute contrainte sur eux-mêmes, tout en créant des services destinés à régir la vie de milliards d’individus. La Silicon Valley, c’est le royaume du cynisme absolu. Le génie de cette idéologie est que, contrairement à la colonisation, la silicolonisation ne se vit pas comme une violence subie. Au contraire, elle est souhaitée par ceux qui s’y soumettent. Le bénéfice d’usage des services de Google, d’Amazon, d’Apple et consorts est si fort que les gens acceptent comme un moindre mal de donner à des entreprises leurs informations intimes et de les laisser instaurer une marchandisation toujours plus expansive de nos quotidiens. La Silicon Valley incarne une forme lumineuse du capitalisme, une mondialisation heureuse, elle se pare de vertus égalitaristes, glorifie le « startuppeur visionnaire », le « collaborateur créatif »… Son schéma économique et culturel devient l’étalon de mesure de la vitalité des pays, l’horizon indépassable de notre temps, alors qu’il vise à gérer des pans de plus en plus étendus de la société, et ce sans notre assentiment. C’est un paradoxe qui devrait nous interroger.

Mais en France et dans de nombreux pays, les dirigeants politiques ne sont pas très technophiles et peinent à penser la révolution numérique. Difficile de croire qu’ils adhéreraient à cette vision du monde…

Ils s’y soumettent sans saisir toute la portée des enjeux à l’oeuvre. En France, les fonds publics poussent au développement des startups, promeuvent la valorisation sociale du startuppeur et de l’autoentrepreneur indépendant qui, en fait, ne l’est pas tant que ça. L’idée que le numérique représente la croissance du futur s’est diffusée partout. Les politiques agissent avec le sentiment d’une urgence, ils ne veulent pas « rater le train » du numérique. Ils foncent la tête baissée sans percevoir l’ampleur des conséquences civilisationnelles. C’est une soumission coupable, à l’image de François Hollande donnant la Légion d’Honneur au président de Withings, qui s’est vendu à Nokia… Le contrat entre Microsoft et l’Éducation nationale relève d’un véritable scandale de la République. Le lobby industrialo-numérique a obtenu une place prépondérante dans un domaine régalien, l’Éducation nationale, sans avoir une quelconque légitimité. On imagine à tort, que la numérisation continue des pratiques éducatives va résoudre le marasme de l’école publique à l’oeuvre depuis une vingtaine d’années. La vérité, c’est qu’il s’agit là d’un renoncement coupable.

Dans votre livre, vous dénoncez une « criminalité en sweat-shirt ». Vraiment ?

Dans le monde merveilleux des startups et de la Silicon Valley, tout est supposé être « hypercool ». Les modèles managériaux sont dits horizontaux, il y a des canapés et des tables de ping-pong dans les entreprises, le café à volonté, tout le monde se tutoie, des sushis bio sont offerts, le PDG est en tee-shirt et baskets et certains employés bénéficient de temps pour mener leurs propres recherches. Une fois de plus, Google est l’incarnation de cette philosophie. Mais c’est une façade. La pression horaire est très forte dans les startups, qui demandent aux employés de travailler bien au-delà du raisonnable. La startup est le nouveau mythe de notre temps. Les employés vivent finalement dans des conditions précaires, et les actions qui leur sont offertes ont une valeur hypothétique, vu que neuf startups sur dix échouent au bout de quelques années.

Mais ce n’est pas illégal…

Il serait tout de même temps d’aller voir ce qu’il se passe dans les startups. Quand on dépasse le temps de travail réglementaire de manière si éhontée, on n’est pas raccord avec la loi. Il faudrait examiner les conventions collectives, mais dans le monde merveilleux de la startup où tout le monde est copain, la convention collective est un gros mot car tout le monde travaille pour l’intérêt supérieur de l’innovation ! En outre, les Gafa et consorts ont aussi des armées d’avocats, de lobbyistes et de conseils qui organisent des montages savants leur permettant de se soustraire au fisc. Oui, les patrons de cette industrie sont des criminels en col blanc. Ils méprisent le bien commun, façonnent la société selon leurs fantasmes, avec la seule volonté de s’enrichir, en se foutant totalement tous les principes qui nous constituent.

La France et l’Europe se saisissent aujourd’hui d’enjeux comme la protection des données personnelles et dénoncent les pratiques fiscales et anti-concurrentielles de certains géants du numérique. Est-ce un début de réaction ?

On suppose qu’une fois qu’on se soucie de la protection des données, notre rapport au monde numérique est maîtrisé. Que veut dire protéger les données ? C’est établir un contrat entre les entreprises et les individus, favoriser un assentiment éclairé de la part des utilisateurs, et que l’entreprise s’engage à les sécuriser. Ce qu’on ne voit pas, c’est que plus il y aura protection des données, plus il y aura développement de l’économie de la donnée et des plateformes qui en tirent profit. Plus il y aura confiance dans l’économie numérique, plus ces plateformes prendront le pouvoir sur nos vies. C’est exactement ce que promet Günther H. Oettinger, le commissaire européen pour l’économie et la société numérique. Nous sommes tous d’accord de nous soucier de notre vie privée, mais plus cela sera encadré, plus l’industrie de la vie pourra prendre son essor. Ce dont il faut se soucier, ce n’est pas tant de protection des données personnelles – même si cela renvoie à des enjeux très importants, notamment en termes de surveillance par les États -, mais c’est de savoir si nous voulons entrer, ou pas, dans cette civilisation de marchandisation intégrale de la vie et d’organisation algorithmique de la société.

Que proposez-vous, alors ?

J’appelle déjà au refus d’achat d’objets connectés. En tout cas, ceux qui violent l’intégrité humaine. Si nous ne faisons rien, alors nous verrons émerger dans les dix ans à venir une industrie du numérique qui collera sans cesse à nos vies. Voulons-nous être continuellement assistés et bénéficier d’un supposé confort continu dans tous les pans de nos quotidiens ? A contrario, nous pouvons nous mobiliser, dire « trop c’est trop ». Nous devons affirmer qu’il y a des choses que nous ne voulons pas parce que cela porte atteinte à notre dignité, parce que cela transforme l’être humain en un objet strictement marchand, et parce que cela viole certains de nos principes fondamentaux : le libre arbitre, notre autonomie de jugement et notre droit à agir selon notre conscience.

Il faut se poser la question : dans quelle société voulons-nous vivre ? Il faut en finir avec la fascination technologique, arrêter de faire la queue des nuits entières dans le froid devant l’Apple Store par exemple, comme des idiots, et entrer dans l’âge de la maturité individuelle et collective. Il est non seulement grand temps, mais cela relève, à mon sens, d’une urgence civilisationnelle.

Eric Sadin est l’auteur de La Silicolonisation du monde – L’Irrésistible expansion du libéralisme numérique. Éditions L’Échappée, 2016, 291 pages, 17 euros.

 

Qwant pour concurrencer Google ?

Qwant pour  concurrencer Google ?

Tout l’Internet européen a beau être occupé par Google, un irréductible moteur de recherche créé par des Français résiste encore et toujours à l’envahisseur. Qwant, lancé en 2013, a annoncé jeudi une levée de fonds de 18,5 millions d’euros grâce au soutien renouvelé d’Axel Springer (pour un montant de 3,5 millions d’euros) et à l’entrée au capital de la Caisse des dépôts (pour 15 millions d’euros). Sur un marché européen détenu en quasi-totalité par Google, Qwant cherche à conquérir 10% des internautes, en les sensibilisant au respect de leur vie privée. «Nous n’utilisons pas de cookie, pas d’historique de navigation et nos infrastructures de data-centers sont indépendantes et basées en France», se félicite son PDG, Éric Léandri. Pour soutenir le développement de la start-up franco-allemande, la Banque européenne d’investissement lui avait déjà accordé un prêt de 25 millions d’euros en 2015. Qwant, qui utilise la méthode du paiement au clic pour tirer un revenu de ses activités, ne communique pas sur son chiffre d’affaires passé. La société espère qu’il atteindra plusieurs millions d’euros d’ici à fin 2017 et 500 millions d’euros d’ici à 2021. «C’est réaliste, sur un marché qui atteindra les 30 milliards à la même période», estime son directeur général Alberto Chalon. En 2016, la société a franchi le cap des 2,6 milliards de requêtes et début 2017, elle s’est lancée sur le mobile. «C’est le socle de l’économie numérique», a assuré Gabrielle Gauthey, directrice des Investissements de la Caisse des dépôts.

 

Très haut débit : une facture de 35 milliards pas de 20 ! (cour des comptes)

Très haut débit : une facture de 35 milliards pas de 20 !  (cour des comptes)

Encore un projet dément poussé surtout par les lobbies des travaux publics, les opérateurs télécoms et les élus locaux en mal d’affichage. Le très haut débit constitue certes uen avancée technologique considérable mais il ne couvrira que les zones très denses où les opérateurs pourront faire du chiffre. Pour le reste du territoire, il faudra attendre. Notons que certains ne disposent pas de connexion internet et-ou  une couverture très partielle du mobile. Du coup, il conviendrait sans doute d’équiper prioritairement les zones peu denses avec des technologies performantes mais moins coûteuses par exemple à partir de la technologie 5g (mais qui suppose aussi la couverture des territoires concernés). la 5G fait suite à la 4G, à l’heure actuelle encore à ses balbutiements. Elle équivaut à la cinquième génération du standard de la téléphonie mobile au niveau mondial, et sa mise en place n’est pas prévue avant de nombreuses années. Cette nouvelle génération permettra d’atteindre l’ultra haut débit via son forfait mobile 5G : il ne s’agira donc plus de HD (haute définition) mais de UHD (ultra haute définition). Les consommateurs pourront ainsi regarder des films en streaming très haute définition sans la moindre difficulté, même en 3D. Le débit théorique de 1,056 Gbps (contre 75 Mbps pour la 4G) est évoqué. 1 Gbps équivalent à 1024 Mbps, c’est donc un réseau théoriquement 14 fois plus rapide que la 4G actuellement en cours de développement et déjà réputée très rapide   Le raccordement de tous les frais au câble haut débit paraît uen folie à la cour des comptes. La Cour des comptes considère que les évaluations faites par l’exécutif pour raccorder la totalité des Français ne sont pas du tout réalistes. Ce n’est pas 20 milliards d’euros que le plan coûtera à la nation mais 34,9 milliards, soit 75 % de plus. Le plan France Très Haut Débit, lancé en 2013 par le gouvernement de François Hollande, fixe à 2022 l’échéance pour atteindre le seuil des 100 % de foyers en très haut débit. L’essentiel (80 %) devra être couvert en fibre optique, tandis que le reste sera composé d’autres technologies (DSL sur cuivre, câble coaxial). Pourquoi une telle différence ? Le gouvernement n’aurait pas inclus dans son addition le coût du raccordement final de l’abonné. Or, estiment les magistrats de la Cour des comptes, celui-ci va coûter 4,5 milliards d’euros dans les zones d’initiatives privées, ce qui porte la note à 24,5 milliards. Et à cette somme, il faut ajouter le coût du raccordement et du déploiement dans les réseaux d’initiatives publiques. « L’absence de cofinancement privé pour la construction des réseaux d’initiative publique nécessite un concours des collectivités territoriales d’environ 6,5 milliards d’euros jusqu’en 2022, très supérieur aux prévisions. Une impasse de financement de 12 milliards d’euros des réseaux d’initiative publique est à prévoir au-delà de cette échéance », écrit la Cour dans un communiqué. Or, « au-delà de 2022, il resterait à déployer et à raccorder près de 7 millions de prises optiques » prévient la juridiction financière et le secteur privé ne risque pas d’être d’une grande aide. En conséquence, ce sont surtout les territoires et l’État qui devront mettre la main à la poche. On serait donc très loin de l’évaluation initiale de 20 milliards d’euros pour le plan France Très Haut Débit. Aux dépenses supplémentaires que la Cour des comptes prévoit, il faut aussi ajouter un retard dans la mise en place des réseaux télécoms de demain. « La France accuse un retard important dans le déploiement du très haut débit en raison de ses caractéristiques géographiques et d’une moindre réutilisation des infrastructures existantes », regrette l’institution de Didier Migaud.  Si « l’objectif intermédiaire de couverture de 50 % du territoire en très haut débit dès 2017 sera atteint », celui concernant la « couverture à 100 % des logements en très haut débit fixe à horizon 2022 et à 80 % en fibre optique paraît compromise », écrit la Cour. Seule solution, d’après elle, pour tenir les objectifs du plan : en revoir l’ambition et les contours. Les magistrats financiers « recommandent à cet égard de revoir les objectifs du Plan France très haut débit, en particulier en augmentant l’objectif de recours aux technologies alternatives à fibre optique jusqu’à l’abonné, parmi lesquelles figurent aux termes de votre rapport la montée en débit, les réseaux hertziens terrestres et satellitaires ». Bref, pour du très haut débit, il n’y a pas forcément besoin de fibre, suggèrent-ils. Enfin, si le très haut débit permet d’atteindre des débits de 30 mégabits par seconde (selon les seuils fixés par la Commission européenne), la Cour estime que tout le monde n’a en réalité pas besoin d’une telle vitesse pour profiter de la très grande majorité de ce qu’a à offrir Internet. Pour le grand public, une connexion à 10 Mbit/s est déjà plus que satisfaisante. « Seul un développement significatif d’usages grand public fortement consommateurs de bande passante justifierait un déploiement rapide et généralisé du très haut débit pour tous. En effet, l’atteinte d’un bon haut débit pour tous (de l’ordre de 10 mégabits par seconde) permet de satisfaire l’essentiel des besoins des particuliers compte tenu du manque de visibilité actuelle sur les futures applications ».

Automatisation : 10% des emplois exposés

 Automatisation : 10% des emplois exposés

On comprend que le conseil d’orientation  pour l’emploi, instance rattachée au Premier ministre,  tente de déminer le terrain des suppressions d’emplois liés à la numérisation et à la robotisation ;  cela d’autant plus que ces deux phénomènes conjugués nourrissent les peurs aussi tous les fantasmes. Certains considérant même que le travail va disparaître et qu’il faut lui substituer un revenu universel. D’autres au contraire qui mettent  la numérisation et notamment la connectique à toutes les sauces par souci sans doute de modernité ou tout simplement de mode. La vérité est sans doute plus complexe et tout dépend aussi de l’échelle de temps retenu. Pour les 30 à 40 ans à venir près de la moitié des produits et services sont inconnus, autant de produits actuels seront concernés par des évolutions liées à la numérisation. Il est donc vraisemblable que le comité d’orientation de l’emploi s’est  fixé une échéance moins lointaine en indiquant que moins de 10% des emplois sont « très exposés » aux mutations technologiques et présentent donc le risque d’être supprimés, mais près de la moitié devront évoluer, estime le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) dans un rapport publié jeudi. Seule une « faible part », soit « moins de 10% », des emplois ont « un indice d’automatisation élevé »: ils « cumulent des caractéristiques qui les rendent vulnérables au vu des avancées technologiques actuelles », c’est-à-dire qu’ils présentent un « risque de suppression », explique le COE dans une vaste étude sur les impacts de la nouvelle vague d’innovations (intelligence artificielle, robotique, objets connectés, impression 3D, traitement des données de masse dit « big data »…).Ces emplois « très exposés » aux technologies d’automatisation sont le plus souvent des métiers manuels et peu qualifiés, notamment de l’industrie: ouvriers non qualifiés, agents d’entretien, caissiers, énumère le Conseil, instance rattachée au Premier ministre. A eux seuls, les agents d’entretien représentent 21% de l’ensemble des emplois exposés (320.000), détaille-t-il. Une part bien plus grande des emplois, près de 50%, pourraient en revanche « voir leur contenu évoluer ». Il s’agit aussi de métiers peu qualifiés mais davantage dans le secteur des services: conducteurs, agents d’exploitation des transports, agents de maîtrise de l’hôtellerie et de la restauration, aides à domicile… « Notre rapport met en garde contre des analyses frustres et partielles qui ne s’intéressent qu’aux destructions brutes d’emplois, et contre l’idée que le progrès technique s’attaque à des métiers dans leur globalité: non, il a un impact sur le contenu de certaines tâches », explique à l’AFP Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du COE.  »Il s’agit des mêmes personnes, mais elles feront des choses différentes, et les évolutions vont dans un sens de complexification et d’addition de compétences », ajoute-t-elle. Pour le COE, des « mécanismes de compensation » peuvent « réduire, voire compenser intégralement les pertes d’emplois initiales ». Le potentiel de créations d’emplois directs est, selon lui, « significatif » dans le numérique, « plus mesuré à court terme » dans la robotique, « compte tenu principalement de la faible taille du secteur actuellement en France ». Ce volume des créations d’emplois n’est néanmoins pas chiffrable. « On sait ce qu’on perd, pas ce qu’on gagne. Mais au cours des vingt dernières années, où l’on assiste déjà à une numérisation accélérée, le volume global de l’emploi sous l’effet des technologies a plutôt augmenté », analyse Mme Carrère-Gée. Le fait d’assister à des progrès technologiques « qui défient l’imagination » créent dans le débat public « un mélange de frayeur sur un ‘futur sans emploi’, et de rêve d’une société où l’on ne travaillerait pas », poursuit-elle. Selon elle, « ce n’est ni l’un, ni l’autre, rien n’est écrit ».

Le numérique, pour sauver les territoires isolés ?

Le numérique, pour sauver les territoires isolés ?

Le cercle de réflexion de centre gauche Terra Nova publie avec Google France, un rapport qui laisse penser que le numérique pourrait constituer un moyen de revitaliser des zones rurales en voie de désertification économique.  La typologie des 3500 communes choisies de 350 habitants en moyenne, des habitants plutôt âgés, une absence de service y compris de commerce. Des habitants souvent contraints de se rendre dans des villes voisines pour trouver du travail. Il est clair que le numérique peut constituer un outil intéressant sinon indispensable pour redynamiser ces communes. Les auteurs du rapport pensent que la transition numérique est un moyen de les désenclaver notamment grâce au câble. Reste cependant la faisabilité de ce projet et la question de son financement. En effet aujourd’hui certains sont peu ou mal couverts par les liaisons téléphoniques mobiles, n’ont pas accès à la G4 où sont même privés d’Internet. Sur un département moyen on prévoit que le coût d’équipement du câble serait autour de 150 millions mais un coût  nettement sous-estimé car il n’intègre que le raccordement au centre aggloméré des villages. Pour ces communes une très grande partie des habitants se situe hors agglomération. Le coût serait alors du double voir trois fois supérieure. Un cout évidemment insupportable pour les seules finances locales. Dès lors se pose la question de la pertinence d’un équipement concernant uniquement le centre aggloméré de ces petits villages. Une problématique qui ressemble à celle jadis de l’effort qui a dû être entrepris pour l’équipement en eau et en électricité de tous les Français. « La richesse économique est de plus en plus concentrée dans les métropoles ; certaines communes ont un sentiment d’abandon, de décrochage, et leurs habitants adoptent des comportements électoraux de rupture, comme le vote Front national, explique Thierry Pech, son directeur général de Google France. La transition numérique est un moyen de les désenclaver. » Le rapport se conclut sur deux propositions : d’abord, améliorer la formation des particuliers et, surtout, des chefs d’entreprise, souvent un peu perdus dans ce domaine et à la merci de prestataires. « Il faudrait créer, dans chaque région, des centres de ressources et de médiation numérique », souligne M. Bernard. Ensuite, compléter la couverture du téléphone mobile et le raccordement au très haut débit : « Les territoires isolés ne sont raccordés qu’à 22 % et seulement 24 % des habitants ont la 4G sur leur smartphone. Cela suppose de coûteux investissements, qui, dans les zones peu denses, ne peuvent pas être pris en charge par les acteurs privés. » Cependant, les auteurs ne chiffrent pas l’investissement et n’imaginent pas d’autre financeur que l’Etat et les collectivités locales, alors que nombre de grands et riches bénéficiaires d’un Internet performant, à commencer par Google, ne paient pratiquement pas d’impôt en France.

(Avec le Monde)

« La fin des rentiers », avec la révolution numérique ?

« La fin des rentiers », avec la révolution numérique ?

 

« La fin des rentiers » un ouvrage du président de Dentsu Aegis Network France. Un article de la Tribune résume la pensée de l’auteur.

 

La vague des mutations numériques en cours a trois caractéristiques : elle se déploie à une vitesse vertigineuse, elle n’épargne aucune activité économique sur la planète, elle transforme profondément les usages de consommation. Un tel bouleversement multiplie les opportunités de création de richesses. Le nouveau monde numérique ouvre aux citoyens, aux chercheurs, aux scientifiques, aux consommateurs, aux producteurs et aux créateurs, un champ infini de possibles pour améliorer nos conditions d’existence, allonger l’espérance de vie, protéger notre environnement et approfondir le long processus d’émancipation des individus. Mais il crée, en même temps, les conditions de tensions systémiques majeures. Le fonctionnement de nos démocraties, de nos entreprises, de nos connexions au monde et aux autres, des rapports entre les générations, entre les territoires, entre les milieux, entre les communautés, s’en trouve profondément affecté. C’est pourquoi, pour réussir à bâtir une « civilisation numérique » plus heureuse, il nous faut relever trois défis. Le premier consiste à bien prendre la mesure de ce qui se passe sous nos yeux. Les mutations en cours sont de nature culturelle plus que technologique. Le déploiement des infrastructures concourt à garantir l’accessibilité à tous, la continuité territoriale et une forme d’universalité, indispensables à la prévention des fractures technologique, géographique ou générationnelle, mais il ne suffit pas à appréhender la révolution en marche. Bien sûr, certains sont encore loin ou privés du digital, mais l’inégalité majeure réside désormais dans les taux d’usage de l’économie numérique. Les catégories sociales « centrales », urbaines, formées et au travail sont les moteurs de la transformation des usages au sein des entreprises, des organisations et de la société en général. Elles acquièrent ainsi des privilèges que beaucoup d’autres n’ont pas. Le deuxième défi à relever est l’accompagnement sociétal de cette mutation. La robotisation, l’intelligence artificielle, les algorithmes, l’Internet des objets, les blockchains ou l’économie collaborative ont un effet dévastateur sur les rentes et les privilèges matériels et immatériels de l’ancien monde. Un grand nombre de métiers pourraient disparaître et des pans entiers d’activité sont d’ores et déjà chahutés. En même temps, s’ouvrent de nouvelles perspectives d’opportunités d’achats, de baisses relatives des prix et d’arbitrage des choix à des consommateurs mieux informés et plus aguerris. C’est toute la société qu’il faut préparer à ce changement. En permettant à chacun de mieux maîtriser son destin, par une autonomie conquise dès l’enfance, il est possible d’embarquer le plus grand nombre dans le train de la modernité. Les anxiétés générées par l’inconnu réveillent les vents mauvais du repli identitaire. La peur du vide et la crainte du déclassement militent en faveur du rétablissement de barrières pour se protéger de ce qui est nommé la mondialisation. Mais, la révolution numérique rend ce programme parfaitement illusoire. Le digital, par définition, ne connaît pas les frontières ! Enfin, troisième défi : il est important de réguler la transformation. De nouveaux acteurs économiques apparaissent, qui bousculent les positions acquises. Les pays émergents, par exemple, peuvent s’affranchir de la lourde charge capitalistique pour pénétrer certains secteurs et, au contraire, lancer d’innovantes alternatives numériques à l’offre existante. Les entreprises pure players de la nouvelle économie peuvent conquérir en quelques années un marché que d’autres auront mis des décennies à apprivoiser. Mais les champions de la nouvelle économie, où qu’ils opèrent, sont peu consommateurs de main-d’œuvre. Rapportées à leur capitalisation boursière, leurs innovations créent un nombre faible d’emplois directs. Elles alimentent au contraire un réseau de prestataires dans un modèle qui consacre la théorie du ruissellement, selon laquelle la richesse produite par quelques-uns profiterait ainsi à tous. Or, c’est bien là le principal danger d’une révolution numérique mal régulée. Le risque est réel d’un monde dominé par une aristocratie digitale, puissante parce que planétaire, entouré de prestataires dévouées et captant l’essentiel des richesses nouvelles produites. Une telle éventualité conduirait à une accélération de la bipolarisation de la société, à tous les niveaux. Que faire ? Pour tendre vers une société numérique heureuse, il faut affronter ces trois défis « par le haut » et « par le bas ». Les puissances publiques ne peuvent accepter que le processus de destruction créatrice à l’oeuvre se traduise par des déséquilibres insupportables aux yeux de l’opinion. La régulation est indispensable, ne serait-ce que pour des raisons fiscales. Le bon niveau d’intervention, de ce point de vue, est certainement continental, donc européen. Mais les États ne peuvent pas tout ! La société, aussi, doit prendre en charge l’accompagnement et le contrôle de la révolution numérique. Cela commence par l’école. Les enseignants se trouvent souvent démunis pour préparer les enfants au monde complexe et aux métiers de demain. Ils doivent se concentrer sur l’apprentissage de l’autonomie face à la prolifération des savoirs, des croyances et des jugements. Pour ce faire, les établissements scolaires gagneraient à s’ouvrir davantage au monde extérieur et imaginer des pédagogies adaptées. L’entreprise, aussi, a un rôle majeur à jouer. L’arrivée des générations Y et Z bouscule les organisations et questionne la relation au travail. Leur engagement naturel dans des relations et des usages numériques collaboratifs les pousse notamment à revendiquer une forme d’utilité sociétale pour leur entreprise, à l’opposé de la position de rentier. Enfin dans l’espace démocratique, les citoyens aspirent à participer et à contrôler davantage les décisions publiques. Les leviers de croissance qu’offre le numérique pourraient conduire à relocaliser certaines activités, comme l’énergie ou l’alimentation par exemple. Et, surtout, à éviter la polarisation entre une population de privilégiés nomades et une population de sacrifiés sédentaires.

(La Tribune)

Andrew Wyckoff : « Le numérique, pas un danger si on anticipe »

Andrew Wyckoff :  »Le numérique, pas un danger si on anticipe »

Andrew Wyckoff,  directeur de la science, de la technologie et de l’innovation de l’OCDE décode les enjeux du numérique et milite pour une anticipation de ses conséquences dans  uen interview au JDD.

 

Avec l’émergence de plateformes comme Uber, le mot « uberisation » s’est imposé. Est-il le symptôme d’un mouvement de fond?
Uber comme d’autres plateformes reflète la logique propre à Internet. Mais il n’est que la pointe émergée de l’iceberg numérique. Quand le téléphone était le réseau de communication dominant, toute l’intelligence était centralisée dans le système. Avec l’Internet et l’arrivée des smartphones, toute l’intelligence est dans l’appareil sur lequel on pianote. Cette intelligence décentralisée est ce qui donne à des plateformes comme Uber un pouvoir économique. Celui de rapprocher les clients des chauffeurs et de remplacer les intermédiaires traditionnels. Ces désintermédiations et réintermédiations  par le biais des plateformes font surgir de nouveaux acteurs. Le meilleur exemple est Google et son système d’exploitation mobile, Android. Grâce à lui, vous pouvez, si vous le souhaitez, demander à votre mobile de vous trouver un café à 50 m.

 

 

L’emprise du numérique alimente tous les fantasmes. Que doit-on craindre?
Les données et leur traitement sont un déterminant économique clé. Le problème est qu’elles sont souvent mal comprises. Beaucoup de gens pensent qu’il s’agit d’informations personnelles, comme celles partagées sur Facebook ou les éléments de géolocalisation communiqués par le smartphone. Les données personnelles devraient être traitées avec soin et la protection de la vie privée devrait être renforcée. Mais de plus en plus de données ne sont pas d’ordre personnel. Ce sont des informations sur les performances d’un avion ou une chaîne d’approvisionnement. Elles sont essentielles pour le bon fonctionnement d’une économie moderne et méritent d’être traitées autrement. Il faut dépasser les peurs et définir des politiques publiques différenciées.

A-t-on raison de redouter l’émergence d’un chômage technologique de masse?
Le sujet est anxiogène. Mes collègues qui travaillent sur le futur de l’emploi sont loin d’être alarmistes. Quand les distributeurs automatiques de billets sont apparus dans les banques, on a entendu que les guichetiers allaient disparaître. Cela ne s’est pas produit. Aujourd’hui, un radiologue a peut-être plus de souci à se faire qu’un technicien d’usine. Ce qui risque de disparaître ce sont les tâches répétitives et automatisables. Beaucoup de tâches et de compétences vont être supprimées mais d’autres vont apparaître. Pour gérer cette mutation, il faut que les politiques publiques fassent preuve de vision, anticipent.

 

Tous les secteurs économiques vont-ils muter?
Dans beaucoup de secteurs, des pure players numériques commencent à se confronter aux acteurs en place et suscitent des conflits. C’est là-dessus que les gouvernements vont devoir travailler en ajustant leur système de normes. Tout n’est pas négatif dans les plateformes. Elles font baisser les prix, créent des emplois, introduisent de la gratuité, désenclavent des populations isolées.

 

La numérisation peut-elle resserrer l’écart entre les pays matures et émergents?
La technologie défie pas mal de traditions et coutumes dans les pays émergents. Elle a aussi permis aux Africains, par exemple, de faire un bond en avant de plusieurs décennies pour communiquer et effectuer des paiements routiniers en l’absence d’infrastructures bancaires et ce grâce à un smartphone. L’Inde est en train de créer un système d’identification numérique pour sa population.

Quels seront les indicateurs de l’économie de demain?
On va regarder le nombre d’objets connectés rapporté au nombre d’habitants d’un pays, la part de la fibre dans les infrastructures, la part des habitants digitalisés sur une population donnée et leurs compétences.

 

Quelles réformes doit-on mettre en œuvre pour affronter cette transformation?
Les États doivent réfléchir à de nouvelles régulations sur le marché du travail et des compétences, revoir leurs dispositifs en matière de concurrence et de protection des consommateurs, fixer des normes sur le droit de propriété des entreprises et leur fiscalité. Les firmes numériques fonctionnent en réseau et croissent de façon exponentielle grâce à lui. Il faut des lois pour garantir l’inclusion digitale des populations les plus fragiles. Dernier élément, les gouvernements doivent évaluer l’efficacité de leurs politiques publiques en utilisant des outils numériques et en créant à leur tour des plateformes pour diffuser leurs services.

 

Les politiques français sont-ils aptes à faire face à ces enjeux?
Tous les politiques ont tendance à se caler sur des cycles électoraux peu propices à une planification de long terme. Mais beaucoup de dirigeants politiques se sentent concernés. En Suède et en Nouvelle-Zélande, l’attention des administrations à ces sujets est incroyable. Tous les gouvernements vont avoir besoin de geeks pour les aider à piloter cette transformation. En France, il y a eu quelques ministres geeks comme Emmanuel Macron ou Axelle Lemaire. De manière générale, je suis impressionné par la qualité des fonctionnaires de la haute administration.

 

Pensez-vous que les Gafa* sont en train de coloniser l’Union européenne et le monde?
Grâce à leurs réseaux, ils sont devenus de vraies puissances économiques. S’ils sont tous américains, ce n’est pas un hasard. Ils bénéficient d’un marché de 330 millions de consommateurs ouverts à l’innovation. L’Europe aurait tout à gagner à créer un marché numérique unique. D’autant que d’autres pays mettent les bouchées doubles comme la Chine, avec des géants tels Tencent, Baidu ou Alibaba.

Acronyme (Google, Apple, Facebook, Amazon) désignant les géants du Web.

CES : relativiser la « French Tech »

CES : relativiser la « French Tech »

 

À écouter certains médias ou même la ministre en charge du numérique la France serait à égalité avec les meilleurs en matière d’électronique. La ministre en charge du secteur Axelle Lemaire a même déclaré dans une interview accordée à La Tribune. «La France n’a pas de leçon à recevoir de la Silicon Valley». Une phrase évidemment excessive car si la France compte effectivement un grand nombre de petites start-up; ces start-up sont loin d’atteindre le niveau de développement des américaines notamment des GAFA comme Google et autres… la France ce singularise surtout sur les objets connectés avec dans certains cas de vrais  progrès mais aussi beaucoup de gadgets. L’enflure sémantique ne suit pas toujours la réalité du progrès technologique comme ce concept de réalité virtuelle augmentée. Cependant  Tout est de plus en plus connecté : la maison, le corps, le transport. Le montant des investissements certes dynamiques demeurent encore modestes. D’après CB Insights, les financements de la French Tech ont atteint un sommet depuis quatre ans à 1,5 milliard de dollars sur les neuf premiers mois de 2016 (+71% comparé à l’ensemble de 2015) et au troisième trimestre, « la France a attiré plus de financements que les startups technologiques allemandes et s’est approchée des niveaux des startups britanniques ». Parmi les nouveautés, Encore plus d’objets connectés, la montée en puissance de la commande vocale pour les piloter, sans oublier l’essor de l’intelligence artificielle et des transports autonomes (véhicules, drones…), et des modes d’interactivité encore plus complets (écrans et enceintes à plus haute résolution, réalité augmentée et virtuelle …).  Certaines inventions (ou plutôt innovations comme on les appelle désormais) marqueront durablement les esprits, comme le jeu vidéo Pong en 1975, mais d’autres tomberont vraisemblablement dans l’oubli sitôt le salon terminé.  Signe de l’engouement pour les objets connectés, l’enceinte intelligente d’Amazon, Echo, et son système de reconnaissance vocale Alexa, ont enregistré une excellente fin d’année marquée par des ruptures de stock. Une tendance qui dépasse d’ailleurs la seule reconnaissance vocale : apparaissent également des capteurs haptiques voire même… des capteurs d’activité cérébrale. L’édition 2017 voit aussi la maturation de certains champs d’innovation, et l’émergence de standards communs autour desquels peut se structurer un écosystème de technologies compatibles. C’est ainsi que Samsung a annoncé le lancement d’un aspirateur autonome qu’on peut piloter par commande vocale grâce à la technologie d’Amazon. Les réorganisations successives au fil des développements technologiques influencent d’ailleurs directement le nombre de sociétés présentes : ainsi, si 2016 avait vu les constructeurs automobiles s’allier face à la Silicon Valley, 2017 devrait les voir resserrer leurs rangs après les essais de véhicules autonomes d’Uber ou de Waymo, filiale d’Alphabet-Google.  Mercedes-Benz, Ford, Toyota ou encore Nissan seront également présents pour défendre leurs progrès en matière de véhicules autonomes, aux côtés de Tesla et Faraday Future, avec lesquels ils occuperont près d’un quart de la surface du salon. Et quid des réalités virtuelles et augmentée ?  Après une année 2016 marquée par le succès du jeu de réalité augmentée Pokemon Go, l’espace officiel consacré à la technologie comptera une vingtaine d’exposants, contre plus de 70 pour les jeux de réalité virtuelle, près du double de l’édition 2016. En revanche, Oculus, filiale de Facebook, qui y avait annoncé l’année dernière la mise en vente de son casque de réalité virtuelle grand public, ne disposera pas cette année de son propre stand.

 

(Avec agences)

Le piratage de Yahoo : le danger qui menace

Le piratage de Yahoo :le danger qui menace

 

Le piratage massif des données détenues par Yahoo illustre la fragilité des données informatisées. Sans doute ce piratage est-il motivé par des considérations commerciales puisque les noms, adresses et numéros de téléphones sont concernés. (Au dire de Yahoo les numéros de cartes bancaires n’o nt pas été affectés mais cela reste à vérifier). Au delà de préoccupations commerciales,  d’autres motivations  pourraient apporter de graves préjudices, le piratage terroriste ou géopolitique. On a vu récemment par exemple que Moscou était intervenu pour pirater des sites américains pour favoriser l’élection de Trump. Des données sensibles pourraient être visées et des systèmes entiers pourraient même être mis en danger. Se pose évidemment la question de la sécurité et de la confidentialité d’informations stratégiques et ou personnelles. Autre exemple celui des centrales nucléaires dont la sécurité informatique ne semble pas totalement assurée. Le phénomène de la numérisation de toutes les données est sans doute irréversible pour autant cela appelle d’une part une régulation plus sévère par les Pouvoirs publics avec notamment  l’exigence de pare feux  pour éviter des catastrophe techniques, économiques, sociales ou encore géopolitiques.  Le groupe américain a donc annoncé, mercredi 14 décembre, avoir été victime d’une cyberattaque en août 2013 ayant frappé « plus d’un milliard » d’utilisateurs et qui vient s’ajouter à un précédent piratage de 500 millions de ses comptes« Yahoo pense qu’une tierce partie non autorisée a volé, en août 2013, des données liées à plus d’un milliard de comptes d’utilisateurs », écrit le groupe pionnier d’internet dans un communiqué. Les noms, numéros de téléphone ou dates de naissance des clients de Yahoo ont pu être dérobés par les pirates même si Yahoo affirme que les informations relatives à leurs cartes de crédit ou à leurs comptes bancaires n’ont pas été affectées. Selon le groupe qui traverse de grandes difficultés financières, ce nouvel incident est « probablement » distinct de la vaste cyberattaque révélée fin septembre.

 

Les patrons français tétanisés par la révolution numérique (Gilles Babinet )

Les patrons français tétanisés par la révolution numérique (Gilles Babinet )

 

Dans une interview à BFM, Gilles Babinet , représentant digital auprès de la Commission européenne considère que les patrons français sont généralement tétanisés par la révolution digitale à laquelle ils ne comprennent pas grand chose,

Vous parlez de nouveaux « barbares ». Il s’agit bien sur des géants du Net. Pourquoi les nommer ainsi?

Gilles Babinet: C’est ainsi que les nomment les patrons des grandes entreprises que j’ai rencontrés. Ils sont encore tétanisés à l’idée que trois gamins de la Silicon Valley peuvent casser leur modèle. En voyant ce qu’Uber et Airbnb ont fait, ils prennent conscience que malgré la solidité de leur business, ils sont fragiles. En l’espace de 10 ans, Accor a été fortement bousculé. C’est ce qu’exprime ce terme de barbare qui pointe ces gros disrupteurs. J’ai parlé avec deux tiers des patrons du CAC40 et je suis assez surpris de voir que même dans des secteurs où il n’y a pas de disrupteurs connus, ils commencent à avoir peur. J’ai rencontré Yann Moss, le CDO (chief digital officier) de LVMH qui me racontait que dans toutes les réunions, le terme ubérisation est cité, ce qui l’excède un peu.

Cette manière de les qualifier n’est-elle pas l’aveu de ne pas avoir pris au sérieux la révolution numérique?

Il y a un choc culturel, c’est certain. Les dirigeants vivent mal le fait que le monde a adopté des règles qui ne sont plus les leurs. Le mode de fonctionnement de l’entreprise, mais aussi son langage et ses codes, a changé et ils ont du mal à s’y faire.

Cette réaction concerne-t-elle seulement les grandes entreprises? Et les PME?

Au-delà de la taille, c’est avant tout une question de culture. Je ne vois pas une seule société du CAC40 où le PDG se préoccupe fondamentalement d’innovation. Il ne réfléchit pas non plus avec les équipes du futur produit comme c’est le cas de Jeff Bezos chez Amazon, Larry Page chez Google, Mark Zuckerberg chez Facebook et évidemment comme Steve Jobs chez Apple a été l’un des premiers à le faire.

Quelle est votre perception des grands patrons français?

Pas assez impliqués dans l’innovation et peu préoccupés par leurs produits. Il y en a très peu qui s’impliquent. Je pense à Bernard Arnault qui en entrant dans l’un de ses magasins est capable de donner des conseils aux vendeurs et de les écouter. Idem pour le patron de Carrefour qui est capable de prendre une clé à molette pour réparer un frigo. Mais, ce sont des comportements exceptionnels. Les autres sont dans une logique d’organisation hiérarchique. Pour eux, ils n’ont pas à s’occuper d’innovation. Ce n’est que le début du commencement du problème. L’innovation devrait représenter 80% du travail du dirigeant. Les 20% restant servant à dénicher le génie qui va mettre en application ses idées.

Vous pointez les dirigeants, mais l’État n’a-t-il pas aussi sa part de responsabilité?

J’irai même plus loin, c’est l’ensemble du modèle culturel français qui est en cause. L’État, quoi qu’on en dise, c’est celui qu’on veut avoir. On a milité pour une verticale du pouvoir qui nous fascine. Cette caractéristique française est la même dans l’entreprise et la famille. Dans son livre, l’homme politique Mogens Lykketoft (Le Modèle danois) explique que dans une famille danoise, les parents et les enseignants dialoguent avec les enfants d’égal à égal. Sans être un fan du modèle américain, il faut admettre qu’il donne confiance aux enfants. On leur demande leur avis, on les félicite quand ils réussissent et on les motive après un échec. On leur apprend à pitcher en public dès l’école primaire. Ce mode de relation est à la base du processus d’innovation.

Il faudrait que notre système scolaire s’en inspire?

Oui, car c’est une catastrophe. Il faut que les élèves participent plus dans le système éducatif. C’est ce que pointent des travaux comme ceux de PISA. L’école prend modèle sur l’entreprise qui elle-même s’inspire de l’armée. On peut dire que c’est caricatural, peut-être, mais c’est la réalité.

Les élections arrivent et l’innovation risque de ne pas être en bonne place dans les programmes. Est-ce parce que les candidats pensent que la population n’est pas réceptive à ces sujets?

On a les politiques qu’on mérite, je pense que la modernisation des institutions, aussi bien dans la forme que dans le fond, est problématique pour notre capacité à innover. Je suis convaincu que si on n’arrive pas à réformer, c’est parce que les réformes ne viennent que d’en haut. Si les propositions étaient plus participatives, ça fonctionnerait mieux.

Que pensez-vous du modèle estonien qui, parti de loin, a totalement réformé ses institutions avec le numérique?

Oui, et je pense que Andrus Ancip, l’ancien premier ministre, qui est vice-président à la commission européenne, s’en inspire pour l’Europe. Mais, il faut rappeler que l’Estonie est un tout petit pays et qu’il n’est pas exempt de défaut. Je ne suis pas sûr d’adhérer à 100% avec ce qu’il se passe là-bas. Je suis plus intéressé par ce qu’il se passe en Suède et au Danemark. La Suède compte 6 millions d’habitants et 7 licornes. En France, 60 millions d’habitants et 2 ou 3 licornes. Ça devrait faire réfléchir.

La France n’est toujours pas entrée dans l’ère numérique que vous décriviez dans votre premier livre?

Je ne vais pas si loin, on a fait beaucoup de progrès, et surtout sous ce mandat. Il y a eu la French Tech, l’introduction du code à l’école et puis aussi une réelle volonté de moderniser la fonction publique. Mais je pense que le prochain mandat, quelle que soit la personne qui sera élue, devra toucher au modèle institutionnel et à l’éducation. C’est le cœur du réacteur.

Notre principal handicap pour réussir à innover n’est-il pas notre puissance économique? La plupart des pays qui étaient en voie de développement sont entrés dans l’innovation numérique ou écologique mieux et plus efficacement que nous.

Rappelons-nous qu’il y a une douzaine d’années, les États-Unis étaient les derniers de la classe en matière de technologie mobile. Ils sont devenus l’un des premiers mondiaux. Et je ne pense pas qu’à Apple. Il y a un bénéfice de l’arriération qui permet de sauter des étapes. On s’aperçoit que quand on a un système très développé dans un domaine, le risque est de rater une étape. Depuis Nokia, les Finlandais doivent beaucoup y penser. Mais au-delà, il faut adopter un modèle souple, agile et plus réparti au niveau de l’État, mais aussi dans les entreprises. C’est une révolution anthropologique qui est nécessaire pour aborder une civilisation que l’innovation a rendue plus globalisée. Les cycles sont plus courts. Il faut trouver un système qui s’adapte à cela. Il faut donner la bonne impulsion. Nous avons le capital humain nécessaire. C’est ce qui me rend confiant dans notre capacité à soulever des montagnes.

 

 

Fibre : pause ou arrêt pour Google

Fibre : pause ou arrêt pour Google

 

Le développement de la fibre permettant du très haut débit  pourrait susciter quelques les inquiétudes depuis notamment la décision de Google de faire une pause dans la construction de son réseau à ultra débit. Google pourrait en effet ce rabattre sur des solutions moins coûteuses que la fibre en utilisant des technologies sans fil. La question pourrait aussi se poser pour le réseau public développé en France lui aussi très onéreux et dont le coût ne permettra pas de proposer des offres financièrement attractives pour le client. Du coup une partie seulement du territoire (les zones très denses) pourrait être couverte. Google avait lancé il y a quelques années son projet particulièrement ambitieux “Google Fiber” qui devaient révolutionner le marché du très haut débit aux Etats-Unis. 6 ans après, les résultats sont décevants, et la direction du groupe souhaiterait réduire les frais engagés. Conséquence directe des ces mauvais résultats: les effectifs travaillant sur le projet devraient être divisés par deux dans les mois à venir, et la maison mère pousse la filiale à revoir sa structure de coûts. En effet, la construction d’un réseau de fibre optique nécessite d’importants travaux et les coûts du projet ont eu tendance à augmenter, sans même évoquer les réticences de nombreuses villes à accueillir la fibre Google qui ont ralenti le déploiement du projet du géant américain. Mais cela ne semble pas signer la fin des ambitions de Google dans la téléphonie pour autant: l’entreprise pourrait davantage mettre l’accent à l’avenir sur les technologies sans fil bien moins coûteuses à déployer que la fibre, en profitant notamment de la récente libération des bandes de fréquences 3,4 et 3,8 GHz aux Etats-Unis. Le géant internet américain Alphabet, maison mère de Google, a annoncé mardi une « pause » dans le développement de son projet de réseau en fibre à ultra haut-débit, qui va se traduire par des suppressions d’emplois.  »Dans les villes où nous avons lancé (le service) ou sommes en cours de construction, notre travail va continuer. Pour la plupart de nos villes potentielles pour la fibre -celles où nous sommes en discussions exploratoires – nous allons mettre en pause nos opérations et nos bureaux tandis que nous raffinons nos approches », écrit Craig Barratt, le patron de la division Access qui recouvre le projet Google Fiber.

Google encore dans viseur de l’Europe

Google encore dans viseur de  l’Europe

 

 

 

Nouvelle attaque de la commission européenne contre les pratiques anti concurrentielles de Google notamment concernant la publicité. Les critiques européennes portent d’une part sur la plate-forme « AdSense for Search », accusée de restreindre la capacité de certains sites web tiers d’afficher les publicités contextuelles émanant de ses concurrents. Cette plate-forme d’ »intermédiation publicitaire liée aux recherches » permet à Google de jouer le rôle d’intermédiaire pour des sites internet de distributeurs en ligne, d’opérateurs de télécommunications ou de médias sur lesquels les résultats de recherche incluent des publicités contextuelles. La Commission estime que les pratiques de Google « ont réduit artificiellement les possibilités des concurrents de Google sur ce marché important sur le plan commercial et donc la capacité des sites web tiers à investir dans la fourniture de choix et de services innovants aux consommateurs ». Les plates-formes AdWords et AdSense de Google sont dans le collimateur de la Commission depuis 2010 après des plaintes de concurrents. Elles représentent le coeur des activités du groupe, qui a réalisé un chiffre d’affaires total de 75 milliards de dollars (67,6 milliards d’euros) en 2015.  Le groupe risque en théorie une amende d’un montant maximal égal à 10% de son chiffre d’affaires dans chaque dossier ouvert à son encontre s’il est jugé coupable d’infraction aux règles de la concurrence.

(Reuters)

Accord parlementaire sur la république informatique

Accord parlementaire sur la république informatique

 

À défaut d’ambition politique à la hauteur des enjeux, la gauche sollicite à nouveau la sémantique grandiloquente pour masquer ses insuffisances. Ainsi parle-t-on du projet de loi « République numérique » au lieu de parler plus simplement de développement du numérique. Le mot république paraît par ailleurs particulièrement inapproprié quand on sait qu’il existe encore en France de nombreuses zones blanches pour les portables et autres Smartphones et que nombres de zones ne sont pas couvertes par l’ADSL ni même par Internet. Parler de république signifierait d’avoir l’ambition de couvrir l’ensemble du pays avant par exemple de privilégier l’équipement des seules agglomérations par le câble. Ce texte, a déclaré dans un communiqué Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du Numérique, « va permettre à la France de faire face aux défis posés par le numérique ». Les citoyens pourront mieux maîtriser leur présence en ligne et seront mieux protégés contre les comportements abusifs, précise la secrétaire d’Etat. Ils bénéficieront notamment d’une transparence accrue des grandes plates-formes en ligne, comme Google, sur les contenus qu’elles classent et référencent, le droit à l’oubli pour les mineurs, la suppression des comptes d’un utilisateur lorsqu’il décède et de nouvelles capacités de sanctions de la CNIL (Commission nationale informatique et libertés). Ils bénéficieront par ailleurs d’une plus grande transparence de l’action des acteurs publics et d’intérêt général, avec le développement de l’open data par défaut dans le secteur public. Les start-ups françaises bénéficieront d’un accès facilité au marché avec la portabilité des données. L’accès libre et gratuit par défaut aux données publiques ainsi qu’aux données des entreprises privées concessionnaires de services publics permettra en outre de créer de nouveaux services innovants, affirme le secrétariat d’Etat. La possibilité d’usages expérimentaux pour les fréquences hertziennes favorisera l’émergence de produits et services innovants, notamment dans le domaine des objets connectés. Les scientifiques et les chercheurs bénéficieront de nouveaux outils, que ce soit l’accès à de grandes bases de données publiques, l’accès aux publications scientifiques ou la fouille de textes et de données. Les territoires et leurs représentants pourront s’appuyer sur les dispositions de la loi pour accélérer le déploiement des réseaux numériques (droit à la fibre effectif, possibilités d’utiliser les infrastructures existantes pour installer la fibre) et assurer leur maintenance. Les opérateurs de réseaux seront incités à développer leurs investissements là où les besoins sont les plus importants, à travers la prolongation et de l’extension du champ du suramortissement au (avec Reuters)

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