Archive pour la Catégorie 'environnement'

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Malgré la Covid, Paris encore trop pollué

Malgré la Covid, Paris encore trop pollué

100 000 habitants sont encore exposésà des niveaux de NO2, oxydes d’azote, dépassant la limite réglementaire française de 40µg/m3 en moyenne annuelle, identique pour ce polluant aux recommandations de l’OMS.

En revanche, les particules PM10 et particules fines PM2,5, dont les émissions sont moins directement liées au trafic routier mais dues également au chauffage au bois, ont seulement légèrement baissé en 2020. Les limites réglementaires françaises sont respectées, mais ce n’est pas le cas pour les seuils recommandés par l’OMS, plus stricts. Pour les PM2,5, la recommandation journalière de l’OMS est dépassée sur la quasi-totalité de l’Île-de-France en 2020 (95% de la population), et pour un Francilien sur deux pour les PM10, selon Airparif.

Quant à l’ozone, les niveaux de pollution ont augmenté en 2020 dans la région parisienne, en continuité avec les années précédentes. Pour ce polluant secondaire associé aux pics de chaleur, les recommandations de l’OMS (100µg/m3 sur 8 heures) et le seuil réglementaire (120µg/m3) sont «toujours largement dépassés en tout point de la région». L’été 2020 n’ayant pas été concerné par le confinement, l’impact des restrictions sur la pollution à l’ozone n’a pas pu être évalué.

Pour une relance verte aussi en Afrique

Pour une relance verte aussi en Afrique

 

L’expert Mohamed Adow et l’économiste Philippe Quirion rappellent que l’Afrique a besoin d’une relance verte, au moment où la France et les autres bailleurs s’apprêtent à desserrer les cordons de la bourse pour aider le continent à lutter contre le Covid-19.

 

Tribune.

 

Le 18 mai, plusieurs chefs d’Etat africains vont se réunir virtuellement autour du président français lors d’un « sommet sur le financement durable des économies africaines ». Si cet événement vise avant tout à répondre aux besoins des économies africaines durement touchées par la crise économique actuelle, il doit impérativement lier les enjeux de relance économique aux défis climatiques et environnementaux.

En mentionnant cet événement comme un enjeu de finance climatique lors du sommet des dirigeants sur le climat le 22 avril, Emmanuel Macron a illustré les liens existants entre dette et changement climatique. Les pays africains sont en effet en première ligne du changement climatique et subissent souvent de plein fouet des événements climatiques extrêmes (sécheresses, inondations…) qui affaiblissent leurs économies.

 

Ces pays souvent déjà massivement endettés, car le remboursement de leur dette accapare la majorité de leurs ressources, les empêchant de libérer des fonds pour répondre de manière adéquate aux besoins de leurs populations durement affectées par les impacts climatiques et de mettre en place les politiques sociales nécessaires.

Sans ressources suffisantes pour financer des initiatives d’adaptation au changement climatique, ces pays sont d’autant plus vulnérables aux chocs climatiques, qui les appauvrissent davantage, comme on l’a vu au Mozambique, où le cyclone Idai en mars 2019 a généré des dégâts équivalant à 12 % de son produit intérieur brut (PIB) national.

Pire encore, le risque élevé de catastrophes climatiques extrêmes augmente leur coût d’emprunt, ce qui limite encore leur accès à des ressources financières et aboutit, in fine, à les enfermer dans un véritable cercle vicieux.

Dans un tel contexte, répondre à la crise de la dette peut et doit avoir de véritables cobénéfices sociaux et environnementaux. Bien que bienvenue, la redistribution à titre charitable des droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international (FMI) qui pourraient s’élever à 650 milliards de dollars (536 milliards d’euros) et les mesures de suspension des paiements sont nettement insuffisantes.

Il est nécessaire de procéder à des annulations rapides et conséquentes de dettes souveraines, qui doivent s’étendre à tous les pays en développement confrontés à des situations intenables de surendettement. Plutôt que de s’engager dans une initiative unilatérale dont elle a trop souvent l’habitude, la France doit œuvrer pour promouvoir un mécanisme onusien, transparent, inclusif et équitable, de résolution des dettes, impliquant également les créanciers privés, pour mener une politique de restructuration des dettes à long terme.

Les e-carburants: Utiles et vraiment verts ?

Les e-carburants: Utiles et vraiment verts ? 

Un article du Wall Street Journal évoque la possibilité de sauver les moteurs à combustion avec le e-carburant. La question est cependant de savoir si ces carburants sont vraiment verts.
Tribune

Des compagnies aériennes, des spécialistes du fret et des majors pétrolières ont d’ores et déjà lancé des projets de production d’e-carburant ou testent un mélange d’e-carburant et de carburant classique. Les constructeurs automobiles investissent eux aussi dans une technologie qui, pour certains, pourraient permettre aux voitures traditionnelles de côtoyer véhicules hybrides et électriques, tout en polluant moins.

Le problème du coût

La technologie sur laquelle s’appuient ces nouveaux carburants n’a rien de nouveau. Il y a près d’un siècle, les scientifiques allemands Franz Fischer et Hans Tropschont ont mis au point une méthode, dit procédé de Fischer-Tropsch, qui permet de créer du pétrole synthétique en mélangeant du monoxyde de carbone et de l’hydrogène.

Pour beaucoup, l’avenir des e-carburants dépendra de l’évolution de la taxation des émissions de gaz à effet de serre (en cas d’adoption ou d’augmentation de ce type de dispositif, les carburants traditionnels deviendraient plus chers) et du soutien à la production d’hydrogène vert par des subventions et des financements publics

Pour leurs défenseurs, les carburants synthétiques présentent de nombreux avantages : ils peuvent être mélangés aux carburants traditionnels (leur densité et leur qualité sont similaires) ou les remplacer purement et simplement sans abîmer les pipelines, les stations-service ni les moteurs. Ils sont faciles à transporter et peuvent être stockés pendant longtemps.

 

Si les e-carburants reviennent à la mode, c’est parce que les prix des énergies renouvelables n’ont jamais été aussi bas, mais aussi parce que, partout dans le monde, les Etats et les entreprises investissent de plus en plus dans l’hydrogène vert et les technologies de capture du CO2, les deux éléments de base des e-carburants. Mais, pour l’heure, ils coûtent toujours entre quatre et six fois plus cher à produire (hors taxes) que les carburants traditionnels, selon eFuel Alliance, un groupe de promotion des énergies renouvelables sobres en carbone.

Pour beaucoup, l’avenir des e-carburants dépendra de l’évolution de la taxation des émissions de gaz à effet de serre (en cas d’adoption ou d’augmentation de ce type de dispositif, les carburants traditionnels deviendraient plus chers) et du soutien à la production d’hydrogène vert par des subventions et des financements publics.

Le cas échéant, les compagnies gazières et pétrolières devraient pouvoir fournir assez de CO2 capturé pour fabriquer des e-carburants. Les énergies fossiles représenteront une part importante du mix énergétique mondial, même en 2050. Mais en soutenant les technologies de capture du carbone, les majors pétrolières pourraient continuer de vendre de l’or noir tout en luttant contre le changement climatique.

Certaines sont d’ailleurs déjà passées à l’action. En Espagne, Repsol a investi 60 millions d’euros pour la construction d’une usine de carburants synthétiques utilisant le CO2 capturé près de la raffinerie de Bilbao. Le site, qui devrait ouvrir ses portes en 2023, produira 50 barils d’e-carburants par jour pendant la phase de test, puis augmentera sa cadence pour approvisionner le secteur des transports.

Le géant américain Exxon Mobil s’intéresse lui aussi à ces carburants de synthèse. Cette année, il s’est engagé à investir 3 milliards de dollars d’ici 2025 (soit environ 3 % à 4 % de ses investissements annuels) dans les technologies à faibles émissions, notamment la capture et le stockage du carbone. Il s’est aussi associé à Porsche pour tester les e-carburants sur des voitures.

« Les e-carburants ont un potentiel énorme, souligne Andrew Madden, vice-président en charge de la stratégie et de la planification d’Exxon Mobil Fuels & Lubricants. La technologie [de capture du carbone] progressant, on peut les lier quand c’est pertinent. »

Les bateaux et les avions d’abord

Dans l’immédiat, l’aviation et le transport maritime, deux secteurs aussi polluants que difficiles à électrifier pourraient être les premiers intéressés par les carburants synthétiques. La forte densité en énergie des e-carburants pourrait aussi en faire une bonne solution pour décarboner les poids lourds qui transportent les marchandises sur de longues distances, affirment les défenseurs de cette solution.

En janvier, KLM Royal Dutch Airlines a fait voler un avion commercial entre Amsterdam et Madrid avec du e-kérosène, une première mondiale. L’appareil était propulsé par un mélange de kérosène classique et 500 litres de carburant synthétique produit par Royal Dutch Shell. L’avionneur européen Airbus, qui aimerait faire voler le premier avion commercial zéro émission d’ici 2035, s’intéresse également aux e-carburants.

En 2019, la compagnie aérienne allemande Deutsche Lufthansa a, elle, signé un accord avec la raffinerie Heide pour produire du kérosène synthétique destiné à l’aéroport de Hambourg. L’objectif : remplacer, dès 2024, 5 % du kérosène fossile utilisé par les avions qui passent par cet aéroport par du kérosène synthétique produit grâce à une électricité éolienne locale.

Jürgen Wollschläger, directeur général de Heide, estime que les e-carburants pourraient aussi trouver des applications dans l’industrie chimique, par exemple en réduisant l’empreinte carbone de la transformation du plastique et les émissions liées à la production de smartphones, d’ordinateurs portables, de bouteilles de shampoing ou de jouets.

« Les applications sont très nombreuses et concernant plus ou moins tous les matériaux qu’on utilise au quotidien », affirme-t-il.

De son côté, le géant du transport maritime A.P. Møller-Mærsk voit en l’e-ammoniac et l’e-méthanol des carburants prometteurs pour sa flotte, et ajoute que ses clients ont indiqué qu’ils seraient à payer plus cher un transport plus vert, qui leur permettrait de réduire les émissions de leur chaîne logistique.

« Le dialogue que nous avons avec nos clients est prometteur, déclare Morten Bo Christiansen, vice-président et responsable de la décarbonisation de Mærsk. La technologie est éprouvée et mature, et peut être reproduite à grande échelle. Un immense cycle d’investissement nous attend. »

Mærsk devrait faire naviguer son premier bateau neutre en carbone d’ici 2023 et songe à utiliser l’e-méthanol comme carburant. Le groupe travaille aussi avec la société d’investissement Copenhagen Infrastructure Partners et des entreprises danoises pour bâtir le plus grand site de production d’ammoniac vert d’Europe à Esbjerg, sur la côte ouest du Danemark.

Des carburants vraiment verts ?

Mais c’est sur l’automobile que le récent retour en force des carburants de synthèse s’est concentré, certains constructeurs le voyant, aux côtés de l’électrique et de l’hybride, comme une autre façon de rendre la voiture plus écologique.

L’an passé, Porsche a annoncé qu’il allait investir environ 20 millions d’euros dans une usine de carburants de synthèse située dans le sud du Chili, une région très venteuse. Le constructeur allemand prévoit de tester ces carburants sur ses voitures de course, puis sur sa gamme de sportives, dont la 911.

Pour le groupe, l’écart de prix entre e-carburants et carburants fossiles pourrait fortement se réduire dans les cinq prochaines années en fonction des taxes et subventions publiques. La taxation du carbone ferait en effet grimper le prix des énergies fossiles et doperait la production des énergies renouvelables indispensables pour obtenir l’hydrogène vert.

« Si les régulateurs taxent les émissions de carbone, les e-carburants peuvent devenir une option de décarbonisation très pertinente », affirme Michael Steiner, membre du comité exécutif en charge de la R&D chez Porsche.

« Le problème des émissions ne vient pas des moteurs, mais des carburants, explique-t-il. Pourquoi renoncer au moteur à combustion interne si on peut le rendre extrêmement propre ? »

Pour lui, le fait que les e-carburants soient liquides les rend plus faciles à transporter et à stocker dans des villes ou des régions où les énergies renouvelables sont rares ou quand le réseau électrique ne permet pas de déployer des véhicules électriques à grande échelle.

Certains soulignent d’ailleurs que les véhicules électriques ont eu aussi des problèmes de pollution, à commencer par l’extraction du lithium utilisé dans les batteries, ainsi que le recyclage de ces batteries.

Christian Schultze, directeur des opérations du centre de R&D de Mazda Motor Europe, souligne que les carburants de synthèse pourraient rendre les véhicules anciens plus propres, donc accélérer la réduction des émissions de CO2.

« Le problème des émissions ne vient pas des moteurs, mais des carburants, explique-t-il. Pourquoi renoncer au moteur à combustion interne si on peut le rendre extrêmement propre ? »

Mais, pour les détracteurs des e-carburants, les véhicules roulant au carburant de synthèse ne seront jamais aussi verts que les véhicules électriques, entre autres à cause du volume d’énergie perdu lors de la conversion de l’électricité en carburants liquides ou gazeux.

« Il y a peu de chances pour que l’utilisation d’e-carburants dans un moteur à combustion interne inefficace soit une solution moins chère ou plus pratique pour réduire les émissions de carbone que les véhicules électriques », estime Stephanie Searle, directrice du programme sur les carburants de l’organisation International Council on Clean Transportation.

En outre, les énergies renouvelables étant indispensables aux carburants synthétiques, il faudra que leur production augmente de façon significative pour que les e-carburants soient produits en quantité.

Pour l’heure, l’offre est très limitée.

Geert Decock, responsable électricité et énergie chez Transport & Environment, une organisation à but non lucratif qui milite pour le transport durable en Europe, explique avoir voulu tester les e-carburants dans une voiture dotée d’un moteur à combustion. Il voulait en acheter 500 litres, mais il n’a pas réussi.

Selon lui, pour que cette technologie devienne réalité, il faut d’abord agrandir l’infrastructure de ravitaillement. « Il faut adapter les ports, installer des hubs pour l’hydrogène, aménager des zones de stockage de l’ammoniac, détaille-t-il. Il faut avancer sur ces axes dans les prochaines décennies pour déployer l’infrastructure et faire baisser les coûts. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Marion Issard)

L’intelligence artificielle pour des prévisions Météo plus pointues

L’intelligence artificielle pour des prévisions Météo plus pointues

 

Un article du Wall Street Journal

 

Les Etats-Unis ont connu 22 catastrophes météorologiques et climatiques en 2020 – un nombre record. L’intelligence artificielle semble capable de déterminer avec une plus grande précision l’évolution des intempéries telles que les chutes de grêle ou les tornades.

 

 

Amy McGovern fait partie des rares personnes à avoir déménagé en Oklahoma pour des raisons météorologiques.

Non pas qu’elle apprécie particulièrement les tornades qui s’abattent sur cet Etat à intervalles réguliers, ni les chutes de grêle qui s’apparentent souvent à un déluge de balles de golf. « J’en suis à mon troisième toit en quinze ans », raconte-t-elle en riant.

Mais c’est bien en raison de ces violentes intempéries qu’elle s’est installée ici : informaticienne initialement formée à la robotique, elle a été recrutée par l’école de météorologie de l’Université de l’Oklahoma. A l’automne dernier, disposant d’un financement de 20 millions de dollars de la National Science Foundation, elle a ouvert l’un des premiers instituts nationaux dédiés à l’application de l’intelligence artificielle à la météo et au climat. A l’heure où les nouvelles technologies d’apprentissage automatique deviennent omniprésentes et produisent des résultats étonnants dans la reconnaissance faciale ou la rédaction de textes, le centre de Mme McGovern prend part à une nouvelle initiative visant à déterminer si ces techniques peuvent aussi prévoir l’évolution de la météo.

Selon les modélisateurs, la récente vague de froid qui a détruit des infrastructures et perturbé les chaînes d’approvisionnement au Texas aura coûté à elle seule 90 milliards de dollars

L’institut de Mme McGovern bénéficie de la participation de six autres universités et divers acteurs du secteur privé. Développant des méthodes d’intelligence artificielle pour améliorer les prévisions en matière d’événements climatiques extrêmes et d’océanographie côtière, l’institut veille à ce que les instruments qu’il met au point soient fiables du point de vue des prévisionnistes qui en seront les utilisateurs. « Nous travaillons sur le cycle dans son ensemble, explique Mme McGovern. Il s’agit de sauver des vies et des biens. »

L’intelligence artificielle, qui permet déjà d’accroître l’efficacité des méthodes de prévisions existantes et contribue à en augmenter la rapidité et l’exactitude, semble capable de déterminer avec une plus grande précision l’évolution des intempéries telles que les chutes de grêle ou les tornades. Elle ne remplacera pas les prévisions météorologiques classiques mais renforcera et développera les méthodes actuelles.

Une meilleure efficacité

Des prévisions plus précises et une meilleure préparation aux intempéries apportent des bénéfices considérables. Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration, les Etats-Unis ont connu 22 catastrophes météorologiques et climatiques en 2020 – un nombre record – et les dommages causés par chacune d’entre elles ont atteint plus d’un milliard de dollars. Selon les modélisateurs, la récente vague de froid qui a détruit des infrastructures et perturbé les chaînes d’approvisionnement au Texas aura coûté à elle seule 90 milliards de dollars. Et si les prévisions se sont améliorées au fil du temps, elles sont encore loin d’être exhaustives. Selon Mme McGovern, les services gouvernementaux parviennent assez bien à donner l’alerte avant l’arrivée des tornades (anticipant 80 % d’entre elles), mais leurs prévisions comptent de nombreux faux positifs (80 % se révélant erronées).

L’ère moderne des prévisions météorologiques s’est ouverte dans les années 1950 et depuis lors, les spécialistes ont avant tout fait appel à des « prévisions numériques », c’est-à-dire des modèles mathématiques qui simulent l’état du monde et de l’atmosphère en fonction des paramètres physiques de l’eau, du vent, des sols et de la lumière du soleil, lesquels interagissent de multiples manières. Cherchant à intégrer toujours davantage de paramètres, les modèles actuels traitent une centaine de millions de données chaque jour, un niveau de complexité comparable aux simulations du cerveau humain ou de la naissance de l’univers.

Durant des décennies, ces modèles ont permis des progrès réguliers en termes d’exactitude des prévisions. Ces dernières années cependant, la multiplication des satellites d’observation terrestre et l’apparition de nouveaux capteurs, comme les outils de mesure de la pression atmosphérique présents dans des milliards de téléphones portables, ont dépassé la capacité des scientifiques à les intégrer dans leurs modèles météorologiques. Et le traitement d’une seule fraction de ces données a nécessité une augmentation exponentielle de la puissance de calcul utilisée pour réaliser des prévisions précises.

Les dernières technologies d’intelligence artificielle fonctionnent de manière totalement différente des techniques antérieures, en « entraînant » des réseaux neuronaux à l’aide de ce déluge de données plutôt qu’au moyen des lois de la physique. Au lieu de recourir à des calculs exhaustifs pour prévoir l’évolution météorologique sur la base des conditions actuelles, ces réseaux passent en revue les données relatives aux conditions passées et développent leur propre compréhension de l’évolution du temps. Des techniques rudimentaires d’intelligence artificielle sont appliquées aux domaines météorologique et climatique depuis des années – la première conférence sur l’intelligence artificielle parrainée par la National Oceanic and Atmospheric Administration remonte à 1986 – mais les récentes avancées de l’apprentissage profond, de même qu’un meilleur accès aux ordinateurs capables de l’exécuter, se sont traduits par une augmentation rapide de la recherche.

Les prévisions météorologiques actuelles consomment déjà une telle puissance de calcul qu’elles nécessitent l’utilisation des ordinateurs les plus rapides au monde, et les scientifiques s’emploient en permanence à en repousser les limites

L’intelligence artificielle n’est pas utilisée, du moins à ce stade, pour produire seule des prévisions. De fait, les méthodes classiques sont assez performantes : deux semaines avant la vague de froid qui s’est abattue mi-février sur le Texas, le bureau des services météorologiques nationaux de Fort Worth avait prédit des températures inhabituellement basses, et une semaine avant les intempéries, de nombreux modèles en avaient évalué l’intensité à quelques degrés près. Ted Ryan, un météorologue de Fort Worth, explique que les équipes locales recourent parfois à des prévisions produites par un algorithme sophistiqué d’apprentissage automatique afin de déterminer si les résultats sont très différents des prévisions humaines, mais l’utilisation de cet outil ne fait pas partie de leur travail de prévision et de communication quotidien. Il classe l’algorithme « quelque part entre une curiosité et une nouveauté ».

Une autre difficulté posée par l’intelligence artificielle est qu’elle est particulièrement efficace pour prédire des scénarios figurant couramment dans les données qui servent à son développement ; or, les conditions météorologiques importent justement lorsqu’elles sortent de l’ordinaire – comme la vague de froid au Texas, où les températures n’avaient pas été aussi basses depuis 1899.

Ce n’est pas parce que ces nouvelles techniques n’ont pas encore remplacé les méthodes classiques de prévision qu’elles ne vont pas rapidement affecter ces dernières. Les prévisions météorologiques actuelles consomment déjà une telle puissance de calcul qu’elles nécessitent l’utilisation des ordinateurs les plus rapides au monde, et les scientifiques s’emploient en permanence à en repousser les limites. Les techniques d’apprentissage automatique peuvent réduire l’utilisation d’énergie en imitant en partie les modèles météorologiques mondiaux à l’aide de calculs plus simples et moins consommateurs d’électricité – et avec des résultats assez proches en termes de précision.

Sid Boukabara, responsable scientifique au centre d’applications et de recherches satellitaires de la National Oceanic and Atmospheric Administration, estime que les bénéfices seront importants : « Dans le cas de certains composants, l’efficacité pourrait être de 10 à 1 000 fois supérieure. » Il est toutefois trop tôt pour savoir à quel point l’exactitude des prévisions numériques en sera améliorée.

De son côté, le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme effectue actuellement une simulation du globe terrestre sous la forme d’une grille composée de carrés de 9 kilomètres de côté, empilés sur 137 « étages » dans l’atmosphère. Le directeur adjoint du Centre, Peter Bauer, explique que chaque degré de précision supplémentaire entraîne une augmentation exponentielle de l’utilisation d’électricité : le nouveau superordinateur du Centre à Bologne, en Italie, consommera autant d’électricité que 6 000 foyers. Ses collègues et lui s’approchent rapidement des limites de ce qu’ils peuvent dépenser, ou justifier, indique M. Bauer.

Cette année, en faisant appel aux méthodes de l’intelligence artificielle pour améliorer son efficacité, le Centre commencera à élaborer un nouveau modèle mondial, avec une résolution de 1 kilomètre, qui permettra de mieux cerner les tempêtes et tourbillons océaniques, précise M. Bauer. « Des machines plus grosses et plus rapides nous apportent une puissance de calcul toujours plus importante, mais il faut que nous changions radicalement les codes que nous utilisons pour garantir l’efficacité d’usage. »

Des prévisions plus localisées

Les chercheurs jugent l’intelligence artificielle prometteuse dans des applications plus circonscrites, par exemple l’utilisation de l’apprentissage automatique pour produire des prévisions très localisées, plus utiles pour le public destinataire. Les meilleurs modèles météorologiques mondiaux eux-mêmes ont une résolution spatiale de plusieurs kilomètres : s’ils peuvent prévoir avec exactitude le temps qu’il va faire dans un département, ils sont moins à même de le faire pour un quartier. Selon les chercheurs, l’apprentissage profond pourrait permettre de réduire l’échelle géographique et de produire des prévisions plus détaillées, à la manière de ce qui s’est passé dans le domaine de la photographie. L’apprentissage profond complète les prévisions météorologiques issues des méthodes classiques à l’aide d’informations comme la topographie, de façon à déterminer la manière dont des tendances générales se traduiront dans certains lieux en particulier.

L’apprentissage automatique pourrait aussi s’avérer crucial pour l’établissement de prévisions immédiates précises, qui impliquent des calculs rapides hors de portée des méthodes classiques. Au printemps dernier, deux scientifiques de Google Research ont montré que des réseaux neuronaux profonds qui n’avaient fait l’objet d’aucun encodage explicite des lois physiques pouvaient prévoir les précipitations dans les huit heures à venir de manière plus performante que d’autres modèles de pointe. L’un d’eux, Nal Kalchbrenner, explique qu’ils cherchaient à accroître la qualité et la durée des prévisions. « Cela ouvre la voie à une utilisation à grande échelle de l’intelligence artificielle dans le domaine des sciences météorologiques et climatiques. »

Gouvernements et grandes entreprises sont conscients du potentiel de l’intelligence artificielle. En octobre dernier, la National Oceanic and Atmospheric Administration et Google ont annoncé un partenariat visant à étudier comment l’apprentissage automatique pouvait aider l’agence à utiliser de façon plus efficace les données satellitaires et environnementales

Obtenir des prévisions précises ne serait-ce qu’une ou deux heures plus tôt pourrait avoir des conséquences considérables pour les entreprises, qui ne sont pas exposées aux mêmes risques que les particuliers. « Si vous entendez qu’il va y avoir de la grêle, vous pouvez rapidement rentrer votre voiture au garage, explique Mme McGovern. Mais pour un constructeur ou concessionnaire automobile avec 1 000 voitures à l’extérieur, cela prend beaucoup plus de temps. » L’an dernier, elle a co-écrit une étude montrant que l’apprentissage automatique améliorait les prévisions à court terme relatives aux averses de grêle, compensant le nombre limité de données mondiales par l’analyse de milliers de rapports de tempêtes de grêle localisées. Mme McGovern travaille actuellement avec la National Oceanic and Atmospheric Administration à l’élaboration d’une solution opérationnelle fondée sur cette technique.

Gouvernements et grandes entreprises sont conscients du potentiel de l’intelligence artificielle. En octobre dernier, la National Oceanic and Atmospheric Administration et Google ont annoncé un partenariat visant à étudier comment l’apprentissage automatique pouvait aider l’agence à utiliser de façon plus efficace les données satellitaires et environnementales. En janvier, le National Center for Atmospheric Research a investi 35 millions de dollars dans un nouveau superordinateur mieux équipé pour supporter les dernières technologies d’intelligence artificielle. Et la National Oceanic and Atmospheric Administration tout comme le Centre européen ont récemment annoncé des stratégies d’intégration de l’intelligence artificielle dans leurs travaux.

Certains chercheurs de premier plan, prudents quant à l’engouement actuel pour tout ce qui touche à l’intelligence artificielle, soulignent qu’il ne faut pas tout attendre de ces technologies. L’un d’eux, Stephan Rasp, n’y est pas opposé : il a co-écrit l’une des premières études montrant que l’intelligence artificielle pouvait imiter de manière efficace une partie du travail de prévision, et le nom de la start-up qui l’emploie en tant qu’expert en mégadonnées – Climate.ai – fait directement référence à cette technologie. Le chercheur note toutefois qu’une grande part des recherches en sont encore au stade de la démonstration de faisabilité ; si l’application de l’intelligence artificielle à des séries de données simplifiées a été concluante, il existe encore peu d’exemples d’amélioration effective des prévisions météorologiques et climatiques.

Dans ce domaine, il estime qu’il pourrait falloir dix ans pour déterminer où l’intelligence artificielle peut être utile ou non. « Lorsque l’on dispose d’un marteau, on tend à considérer tous les problèmes comme des clous. J’ai l’impression que c’est ce qu’il se passe en ce moment. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Anne Montanaro)

Pour une transition énergétique et une justice sociale

Pour une  transition énergétique et une justice sociale 

 

Faut-il autoriser l’Allemagne à indemniser à coups de milliards d’euros les industriels du charbon ? Plus que les grandes entreprises elles-mêmes, ce sont les travailleurs et les habitants des régions touchées par la transition qui doivent être soutenus, estime Mounir Satouri, député européen (EELV) dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

Le débat fait rage dans les couloirs de Berlin et de Bruxelles. Faut-il autoriser l’Allemagne à indemniser à coups de milliards d’euros les industriels du charbon ? Ce pays a en effet décidé, en 2020, de créer un fonds d’indemnisation de 40 milliards d’euros pour accompagner la fermeture de ses 120 centrales à charbon à l’horizon 2038.

Mais ce n’est pas tout. Plus de 4 milliards d’euros supplémentaires pourraient être versés aux énergéticiens pour compenser cette sortie du charbon, comme le géant RWE, qui a affiché un résultat net de 1,21 milliard d’euros en 2020. La Commission européenne vient d’ouvrir une enquête sur ces indemnisations, faisant part de ses doutes quant à leur justification.

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L’enjeu d’une sortie des énergies fossiles est indiscutable. Mais plus que les grandes entreprises elles-mêmes, ce sont les travailleurs et les habitants des régions impactées par cette transition que les budgets nationaux et européens doivent soutenir dès à présent. Pour les écologistes, la sortie des énergies fossiles doit s’accompagner d’une transformation en profondeur alliant transition énergétique et justice sociale.

Aides passéistes

Si de grosses enveloppes servent simplement à indemniser des industriels aveuglés pendant des décennies par la rentabilité des énergies polluantes, et à les renflouer pour leur permettre de retourner dans la grande lessive du capitalisme sauvage, nous aurons raté le coche.

Une transition accaparée par les grands industriels ne servirait qu’à reculer pour mieux sauter, en blanchissant les responsables d’un siècle de pollution et de gaspillage énergétique

Ces aides d’Etats passéistes ne peuvent se targuer d’être les politiques de transformation. Socialement, celles-ci sont cosmétiques. Plus qu’un accompagnement, c’est bien d’un changement de modèle économique et social que nous avons besoin, bénéficiant aux territoires et à leurs habitants plus qu’aux actionnaires des grands groupes énergétiques polluants.

C’est ce principe de « transformation juste » que je défends aux côtés des grandes ONG environnementales et sociales au Parlement dans le cadre des travaux sur le Green Deal européen. La mise en place du fonds de transition juste, permettant d’accompagner les territoires marqués par une histoire industrielle forte, doit ouvrir la voie vers davantage de politiques publiques sociales et redistributives, comme l’a souhaité la commission des affaires sociales du Parlement européen.

Climat dans la Constitution: le Sénat saborde le référendum

Climat dans la Constitution: le Sénat saborde le référendum

 

En modifiant le texte préparé par l’Assemblée nationale, le Sénat saborde le référendum. En effet Sénat et assemblée nationale doivent présenter le même texte pour permettre l’organisation d’une consultation populaire. Le Sénat a nettement adouci la rédaction proposée par l’assemblée nationale et rappelle au passage que la charte de l’environnement de 2004 a déjà valeur constitutionnelle.

Selon la formulation votée par la majorité sénatoriale, au terme d’une bataille sémantique avec le gouvernement, la France «préserve l’environnement ainsi que la diversité biologique et agit contre le dérèglement climatique, dans les conditions prévues par la Charte de l’environnement de 2004». Cette rédaction supprime le verbe «garantir», voulu par le chef d’État, suivant les préconisations de la Convention citoyenne sur le climat (CCC). L’exécutif souhaite graver à l’article 1er de la Loi fondamentale que la France «garantit la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et lutte contre le dérèglement climatique».

Enfin les sénateurs dénoncent le virus de la décroissance qui nourrit le texte de l’Assemblée nationale.

«Pour une industrie forestière européenne».

«Pour une industrie forestière européenne». 

« Tant que le secteur forestier relèvera de la compétence de chaque Etat, l’écart entre pays européens ne cessera de grandir au profit des grandes puissances que sont l’Asie et les Etats-Unis », selon Florian Court, ingénieur forestier et conseiller en politiques publiques.

Tribune dans L ‘Opinion 

 

L’Europe est la seule région au monde dont les surfaces forestières s’accroissent annuellement. La foresterie est un secteur en devenir sur un plan multifonctionnel, de par son renouvellement de la matière première. Il s’agit du troisième secteur d’emploi derrière la métallurgie et l’industrie alimentaire.

Au cours des vingt dernières années, des changements sociétaux et politiques notables ont influé sur la manière dont la société européenne considère les forêts et la sylviculture. Dans le même temps, la multiplication des politiques en rapport avec
les forêts a créé un environnement complexe, et fragmenté.

En l’absence de politique forestière commune et de cadre directeur commun, et afin de rendre plus lisible l’action forestière à une échelle européenne, une nouvelle stratégie pour les forêts et le secteur forestier doit prochainement être adoptée par la Commission européenne.

«La mondialisation des marchés forestiers doit être a minima accompagnée de l’européanisation de l’état de droit forestier»

«Pillage». S’agissant des orientations et des choix stratégiques des 27, corrélés à la mondialisation des marchés, il est un pari fou que de continuer à raisonner selon un modèle purement concurrentiel. Tant que le secteur forestier relèvera de la compétence de chaque pays, l’écart entre pays européens ne cessera de grandir au profit des grandes puissances que sont l’Asie et les Etats-Unis. L’Europe devient actuellement le terrain d’affrontement de ces deux grandes puissances et se voit pillée de ses richesses naturelles et forestières. L’actuelle « pénurie des matériaux » illustre cet affrontement géostratégique. Ce « pillage » de bois orchestré sur le vieux continent, alimente de manière récurrente le déficit du commerce extérieur français, autour de 6,5 milliards d’euros, soit entre 6 et 10 % du déficit commercial. En cause notamment, un taux d’exportation de 27 %, contre 55,3 % en moyenne pour la production manufacturière ; d’où l’urgence de (re)conquérir des parts de marché à l’export.

Dans ces conditions, la mondialisation des marchés forestiers doit être a minima accompagnée de l’européanisation de l’état de droit forestier, sans quoi nous assisterons à des accentuations des difficultés auxquelles nous faisons face actuellement : la tyrannie du court terme, la domination du secteur privé et illégal, la concentration des richesses, le pillage des ressources et la négation des enjeux de l’environnement.

Les Alpes et le pourtour méditerranéen seront, dans les années à venir, les deux biomes les plus affectés par le changement climatique. Les forêts et essences associées devraient évoluer spatialement à un rythme qui, pour la plupart, ne leur permettra pas de s’adapter à leur nouvel environnement bioclimatique. Les infestations parasitaires et leur rythme d’apparition augmenteront avec des hivers moins rigoureux notamment.

Stratégie industrielle. Au-delà des conséquences sanitaires, l’enjeu est économique ! La ressource forestière y est particulièrement importante et diversifiée contrairement à son exploitation et sa valorisation, toutes deux contraintes par la géographie des lieux et par les marchés étrangers. Afin de limiter ce phénomène sanitaire aggravant tout en répondant à la demande croissante de bois des Alpes dans le bâtiment, il est nécessaire d’accompagner ces évolutions par un apport ingénieux de connaissances et de compétences techniques et scientifiques.

«Le département des Hautes-Alpes travaille à la mise en place d’une Haute Ecole du Bois et de la Forêt (école d’ingénieurs) sur son territoire»

Afin de soutenir le Pacte vert européen par une stratégie industrielle permettant d’accroître l’ensemble des performances du secteur par des approches systèmes, de développer les usages du bois dans une perspective bioéconomie et d’adapter la forêt et préparer les ressources forestières du futur, le département des Hautes-Alpes travaille activement à la mise en place d’une Haute Ecole du Bois et de la Forêt (école d’ingénieurs) sur son territoire, associée à un centre de formation et d’innovation sur l’architecture de montagne.

Dans l’objectif de relancer et d’intensifier leurs relations bilatérales suivant la mise en place de ce projet important d’intérêt commun, les acteurs des deux filières française et italienne entendent collaborer. Ce pôle d’excellence et de compétences franco-italien représente une opportunité unique de diversifier et dynamiser l’économie territoriale, de rendre accessible la formation supérieure dans un domaine porteur d’avenir et également de créer une collaboration enrichissante avec les pays de l’arc alpin. L’établissement saura adapter ses enseignements et ses recherches au profit d’initiatives territoriales exemplaires, et garantira un apport de matières grises de qualité envers l’ensemble des acteurs de la filière.

Il est urgent de décloisonner la filière en formant dès aujourd’hui des professionnels en capacité d’interagir transversalement et de développer des produits économiquement viables, écologiquement soutenables et socialement acceptables.

Florian Court est ingénieur forestier et conseiller en politiques publiques.

MARCHE CLIMAT: PLUSIEURS MILLIERS DE PERSONNES À PARIS et en province

MARCHE CLIMAT: PLUSIEURS MILLIERS DE PERSONNES À PARIS et en province

Des dizaines de milliers de manifestants partout en France pour protester contre les orientations visant le climat. Au total 115 000 d’après les organisateurs. Parmi les motifs d’insatisfaction le faite que Emmanuel Macron s’était engagé devant les membres de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) à envoyer aux parlementaires leur proposition de modification de l’article 1 de la Constitution;  mais, face aux réticences du Sénat, l’idée du référendum devrait être abandonnée par le gouvernement

Malgré les assurances élyséennes, écologistes, partis de gauche et syndicats y ont vu une preuve de plus des reniements de l’exécutif, alors même qu’ils manifestaient pour dénoncer comme « un rendez-vous raté pour le climat » la loi « climat et résilience » adoptée mardi à l’Assemblée.

Un texte, très contesté, sensé traduire une partie des 149 propositions de la CCC, convoquée par Emmanuel Macron dans la foulée de la crise des gilets jaunes pour réduire de 40% les émissions françaises de gaz à effet de serre « dans un esprit de justice sociale ».

Selon les organisateurs, 115.000 personnes au total ont participé à 163 défilés à travers le pays, dont 56.000 à Paris, soit un peu plus que revendiqué lors du précédent mouvement fin mars.

Eric Piolle (EELV): son programme de France verte

Eric Piolle (EELV): son programme de France verte

 

Le maire de Grenoble d’Europe Ecologie les Verts candidat à la candidature pour les présidentielles expose son programme de France verte abordant y compris les questions industrielles (interview dans la Tribune)

 

ERIC PIOLLE – Il s’agit tout d’abord d’une plateforme collective, que l’on avait imaginée après une série de rencontres avec Camille Etienne à l’issue de l’anniversaire de la Cop 21. Celle-ci rassemble aujourd’hui près de 1.500 personnes et quelques centaines d’entre elles qui travaillent de manière très collective.

Nous venons en effet de déposer nos premières propositions à l’égard de la plateforme du projet écologiste, qui a été ouverte fin avril, jusqu’au 12 juin prochain.

Notre idée est de défendre le principe d’un référendum, avec le besoin de créer un choc démocratique tout de suite après l’élection, afin de déverrouiller l’avenir.

Pour autant, à travers ce site Une certaine idée de demain, qui affirme vouloir mobiliser « autour de la démarche collective impulsée par Eric Piolle », vous n’appelez pas à une véritable « révolution » ?

Il s’agit de sujets assez consensuels au fond, car l’idée n’est pas d’aller sur des sujets conflictuels, mais de profiter de la légitimité du président qui sera élu pour déverrouiller ce qui n’a pas été fait, c’est-à-dire l’adaptation de nos institutions.

A la fois pour sortir de la monarchie présidentielle et arrêter les nominations réalisées par le président, mais aussi pour supprimer les articles qui lui arrogent les pleins pouvoirs, ou encore pour permettre des élections à l’Assemblée nationale avec l’instauration de la proportionnelle, tout en conservant sa stabilité.

Il s’agissait de l’une des grandes revendications des gilets jaunes que de changer la donne, sans abuser de la légitimité des élections.

Peut-on en conclure qu’à travers ces premières propositions ainsi que ce site, qui réunit vos propres soutiens, vous êtes vous-même candidat à la primaire écologiste, comme beaucoup l’estimaient déjà ?

Je regarderai cela après les élections régionales, qui sont la première et la prochaine étape.

C’est pour cela que pour l’instant, je suis en déplacement chaque week-end, afin de soutenir les candidats écologistes, à la fois au sein des départements et des régions un peu partout en France, avec la même logique de cohérence et une détermination constante.

Prévoyez-vous de publier de nouvelles « contributions » à la plateforme écologiste d’ici juin prochain ?

Le fait d’avoir déjà déposé une centaine de propositions au sein d’Une certaine idée de demain pourrait nous permettre de faire émerger une dizaine de propositions à la plateforme écologiste, car chacun doit pouvoir contribuer au projet collectif.

Cette primaire visera avant tout à choisir le candidat écologiste, qui sera ensuite en charge de fédérer et de porter un projet politique qui suscite l’adhésion.

Tout le monde parle du risque de duel entre Macron et le Pen. Mais l’on oublie une chose : pour qu’un autre chemin aboutisse, il faudra également proposer un projet positif ainsi qu’une autre vision de la société, qui ne soit ni le monde ultralibéral de Macron, ni le monde de repli sur soi du Rassemblement national.

Au cours des dernières semaines, EELV semble désormais divisé entre deux tendances : celle de désigner son candidat à la primaire, puis de chercher le rassemblement de l’arc humaniste que vous appelez de vos vœux, ou bien celle de construire dès à présent ce rassemblement avec l’ensemble des forces de gauche -une méthode plutôt suivie par Yannick Jadot-?

Je ne crois pas qu’il existe réellement ces deux tendances, car la volonté est de dire que nous faisons un rassemblement. C’est le message général qui est porté, avec le terme d’arc humaniste qui est désormais effectivement repris, et qui mène à mon sens à une convergence positive. Mais cela ne doit pas changer le calendrier, il faut y aller étape par étape.

Il nous faut pour cela déjà réussir les élections régionales, qui peuvent réellement changer la vie quotidienne des Français, et choisir ensuite cette candidature écologiste, pour que le débat soit clair et incarné, avec méthode.

Cela veut dire que pour vous, on ne peut pas s’allier correctement avec les forces de gauche avant d’avoir un chef de file ?

Cela ne me semble pas possible si l’on souhaite une démarche sincère et efficace. Il faut prendre en compte les étapes et la dimension de rythme.

Vous êtes vous-même candidat aux élections régionales, en dernière position non éligible pour soutenir la candidate EELV Fabienne Grébert. Or, on voit qu’à moins de deux mois avant l’échéance, les sondages donnent toujours le président sortant LR Laurent Wauquiez très en avance sur l’ensemble des forces, dont EELV (qui serait en 4e position, après LR, le RN et LREM). Ne doit-on pas là aussi prôner l’arc humaniste dès à présent ?

Le mode de scrutin des régionales fait que l’on doit avoir un rassemblement, la question est de savoir s’il aura lieu au premier ou au second tour. Mais ce n’est pas une question sur le fond, le rassemblement devra se faire.

Ensuite, les sondages sont ce qu’ils sont : il ne faut pas oublier qu’aux dernières élections, on m’a moi-même donné en moyenne 10 points de moins que le score que nous avons finalement réalisé. C’est encore le cas en 2020 pour les municipales à Grenoble, tout comme à Lyon.

Nous sommes également dans une période tellement mouvante, qu’il faudra regarder les choses de plus près, lorsque les Français les Français sortiront le nez du Covid, avec la vaccination qui avance.

On voit bien dans les centres d’intérêts des Français que, si l’instrumentalisation autour des questions sanitaires fonctionne, la question environnementale demeure une préoccupation très haute, avec les enjeux climatiques et de justice sociale, qui ne vont faire que remonter à la surface au fil du temps.

Je ne m’attache donc pas aux sondages, il faut réaliser la compagne à fond, avec une démarche positive.

Laurent Wauquiez a, de son côté, promis des millions et des millions à tout le monde, avec un art de l’affichage qui est réel. Mais ce qui l’a mis en échec en 2019, à savoir sa ligne très dure, et sa volonté d’aller chasser sur les terres du Rassemblement National, n’a au fond pas changé.

Sur le terrain régional justement, le sujet des énergies renouvelables monte actuellement en AuRA : vous étiez vous-même ce samedi aux côtés des salariés d’EDF, contre la loi Hercule : que défendiez-vous sur ce dossier ?

Il s’agit d’un sujet essentiel puisque le monde de l’énergie vit des transformations très fortes, et pendant ces transformations, le président de la République choisi au contraire de privatiser ce qui est l’avenir des énergies renouvelables, et de conserver dans le giron public ce qui va précisément constituer une dette future colossale : à savoir la mise en sécurité de centrales, leur démantèlement, la gestion des déchets… Ce sont des centaines de milliards d’euros qui sont déjà chiffré, et ce chiffre est sans doute sous-estimé.

Nous nous battons pour que l’énergie de demain soit l’énergie des biens communs. Ce qui est intéressant, c’est d’avoir un rassemblement très large, qui comprenne à la fois les salariés, l’ensemble des syndicats, formations politiques, mouvements citoyens, gilets jaunes, O.N.G. environnementales…

Nous nous arrivons en fin de mandat avec une cascade d’agendas, mais aussi une légitimité politique qui est fragilisée : il y a matière à freiner ce projet.

Le dossier Hercule n’est pas le seul à agiter la scène iséroise en matière d’industrie : des dossiers comme FerropemPhotowatt et même General Electric se traduisent eux aussi par des fermetures et suppressions d’emplois envisagées…

On voit bien que sur ces trois dossiers, il existe cette volonté de démanteler et de privatiser l’avenir ainsi que le bien commun.

On est en ligne avec le projet d’Emmanuel Macron, qui expliquait dans son livre que son objectif était « d’adapter la France à la marche du monde ». Il s’agit d’une marche néolibérale et de compétition à tout-va, avec un affaiblissement des services publics de manière générale.

J’étais moi-même impliqué sur le dossier Photowatt en tant que conseiller régional il y a déjà 10 ans, et nous nous étions déjà mobilisés à l’époque afin de favoriser une reprise dans le périmètre d’Edf.

Mais force est de constater qu’Edf n’a rien fait de cette entreprise, n’a pas investi pour développer son capital, et ne rachète même pas ses propres panneaux… Cela montre la vacuité du double discours dans ce dossier.

Finalement, que faire pour conserver et développer cette filière ? Votre candidature aux régionales Fabienne Grébert proposait récemment la création de 100.000 emplois à l’échelle d’AuRA : pour faire quoi ?

Les dernières évaluations successives évaluent elles aussi que les énergies renouvelables nécessiteront la création de 600.000 emplois d’ici 2030. On sait qu’il s’agit d’un nombre colossal, qui représente déjà 150 à 200.000 emplois si l’on choisissait d’arrêter demain les intrants, engrais, ou pesticides dans l’agriculture par exemple.

C’est un gisement d’emplois qui demande un courage politique, mais aussi une vision. Si l’on reste dans la privatisation du monde, on ne peut pas prendre ce chemin.

Faut-il pour autant passer, selon vous, par des leviers comme celui de la nationalisation ?

On peut imaginer d’avoir une partie nationalisée, ou du moins un retour dans le giron public, à travers un contrôle qui serait par exemple assuré par un satellite public. Cela pourrait être aussi une occasion d’impliquer les collectivités locales ou les citoyens.

Face aux questions d’acceptabilité sociale des éoliennes par exemple, on se rend compte que si l’on reste dans la même logique, qui est d’installer une éolienne quelque part, d’en tirer un revenu, et de l’envoyer ensuite ailleurs, à l’autre bout de la planète, cela pose des questions de gouvernance. Or le projet d’Emmanuel Macron est d’aller acheter la transition à l’étranger.

On sent que les thématiques de réindustrialisation sont désormais plus nombreuses au sein de votre discours, tout comme de celui de votre homologue Fabienne Grébert, ainsi que de Yannick Jadot. En quoi est-ce une notion naturelle au sein du projet des Verts ? Est-ce que ce terme fait réellement partie de l’écologie politique ?

Il est naturel que ce terme s’inscrive dans la vision de l’écologie, car il ne faut pas oublier que près de 50 % des gaz à effets de serre sont aujourd’hui importés. On ne peut pas uniquement réduire les gaz à effet de serre ici, et transférer l’activité ailleurs.

C’est pour cela que réindustrialiser a du sens, car cela fait circuler l’économie, de manière plus circulaire justement. Dès 2010, quand je me suis engagé au conseil régional, je portais déjà le slogan des 3R : à savoir relocaliser, reconvertir, et redistribuer, et cela reste pertinent.

Pourtant, l’industrie a souvent été pointée, au cours des dernières années, comme l’une des principales sources d’émissions de GES : en quoi les choses ont changé pour en faire un levier ?

Il est vrai que l’industrie peut polluer, mais tout l’enjeu est justement d’en améliorer son impact à la fois sur l’eau, sur l’air, sur la consommation foncière, l’énergie, ou encore son impact sur la biodiversité… C’est pourquoi l’industrie est aujourd’hui un moteur de transformation très riche et de mobilisation.

Il faut rappeler qu’en France, la gauche comme la droite ont poussé vers une vision néolibérale d’une France sans usines, qui était déjà pour moi une aberration il y a près de 18 ans.

Même lorsque je travaillais dans le privé, j’ai œuvré pour localiser des activités car cela a du sens, et permet de mieux écouter les besoins du client, d’avoir des activités plus intégrées… C’est donc une vision erronée de nos dirigeants que nous payons aujourd’hui, de ce qu’est une société.

Vous allez de nouveau participer à la marche pour le climat à Grenoble ce dimanche. Après avoir déjà évoqué votre déception concernant le devenir de ce texte, celui-ci a depuis été voté depuis par l’Assemblée nationale cette semaine. Qu’attendez-vous désormais de ces nouvelles mobilisations ?

Il existe tellement de points d’amélioration, quand on part de seulement 10 à 20 % de propositions réellement conservées, selon l’évaluation de la convention citoyenne pour le climat…

Cette loi résonne tout de même comme une trahison, par rapport à l’esprit de départ.

Nous étions vendredi à Paris en réunion avec le groupe écologiste au Sénat, afin de voir sur quels axes ce projet pourrait être amélioré en vue de déposer des amendements. Mais cela est pléthorique, et pose à la fois la question du logement, de l’ingénierie, de réglementation, de publicité…

L’objectif de cette marche pour le climat est de montrer avant tout que la société est prête, car il existe un besoin de s’exprimer pour tous les jeunes et les personnes engagées dans cette direction, qui ont des attentes, une recherche de sens et un besoin de cohérence.

L’un des enjeux du moment est de montrer que nous restons mobilisés, et que cette mobilisation doit avoir un débouché politique.

2022 sera pour vous également l’année de la Capitale verte européenne, un titre que vous avez remporté auprès de la Commission européenne. Comptez-vous sur cette reconnaissance pour mieux faire porter la voix de Grenoble sur la scène médiatique ?

Il ne s’agit pas d’une démarche à but électoral, mais qui vise bien à fédérer l’ensemble des acteurs du territoire, car nous aurons l’ensemble des institutions présentes quelle que soit leur couleur politique, au sein d’une dynamique collective.

Cela va nous permettre d’amplifier les changements qui ont déjà été initiés, et de donner un sens pour les entreprises, salariés, institutions et acteurs de la recherche ainsi que culturels. Il s’agit d’un projet de territoire qui nous correspond : nous avons été choisis pour cela, car nous avons le courage d’avancer.

Ce titre nous permettra aussi de faire rayonner notre pays, car la Capitale verte a été placée sous le haut patronage de la France, qui présidera au premier semestre 2022 la Commission européenne. A ce titre, le Président de la république nous a déjà confirmé qu’il serait là pour son ouverture.

Je pense que ce sera l’occasion de mettre en valeur la transition à Grenoble, mais également partout en France.

Eté encore plus chaud selon Météo France ?

 Eté encore plus chaud selon Météo France ?

 

Selon météo, l’été risque d’être encore plus chaud., C’est ce qu’indique à franceinfo Francois Jobard, météorologue.

Quelle météo prévoyez-vous pour les trois prochains mois en France ?

 

François Jobard :  Pour les mois de mai, juin et juillet 2021, on s’attend à un temps plus chaud que la normale sur une grande partie du sud de l’Europe, France comprise, sauf pour la Bretagne et les régions proches de la Manche.

 

Au niveau des précipitations, ce trimestre devrait être plus sec en moyenne. Ça n’est pas forcément une bonne nouvelle, puisque l’on sort de trois mois déjà très secs. Février, mars et avril de cette année correspondent à l’un des trimestres les plus secs depuis 1957 et nous sommes dans un contexte où la pluie s’est faite beaucoup plus rare que d’habitude.

Peut-on être certain qu’il fera chaud en mai, juin et juillet ?

En moyenne, sur les trois mois, quand on fera le bilan, on s’attend à ce qu’on ait des températures supérieures à la normale de façon significative. Attention, la prévision saisonnière n’est pas une prévision météorologique mais climatique, puisqu’on parle sur des échelles de temps assez longues. On ne peut donc pas dire précisément si l’on va avoir une fin juin caniculaire, ou un début juillet frais et humide. Cela peut être difficile à appréhender sur des échelles de temps assez longues.

« Cet indicateur n’est d’aucune aide pour savoir si vous pourrez organiser un événement en extérieur fin juin, mais il est important pour certaines institutions, comme la prévision du risque de feux de forêt. »

Cela fait plusieurs années de suite que les températures estivales et printanières sont au-dessus des normales saisonnières. Observe-t-on l’impact direct du réchauffement climatique ?

Ce qui est certain, c’est que le réchauffement climatique accroît nettement la probabilité d’avoir des saisons plus chaudes que la normale. A l’inverse, la probabilité d’avoir des trimestres frais devient faible, voire très faible. Il faut aussi noter que jusqu’à cette année, nous prenons en compte les normales de températures qui vont de 1980 à 2010. A partir de 2022, nous actualiserons nos moyennes en passant sur la période de 1990 à 2020, nos normales seront donc plus chaudes.

Comment sont réalisées ces prévisions à long terme ?

Les prévisions saisonnières divergent des prévisions météo puisqu’il s’agit de tendances calculées sur trois mois. Elles sont réalisées à l’aide de modèles climatiques. On prend notamment en compte les interactions entre les océans et l’atmosphère. Une autre chose que l’on regarde en particulier sont les anomalies de température des océans. Il y a le phénomène El Niño qui est bien connu, mais il y a également des zones d’eau froide dans l’Atlantique, qui vont favoriser tel type de récurrence météorologique.

D’ailleurs, ce qui est vrai, tant pour les modèles de climats que ceux de prévisions météorologiques, c’est que l’on regarde ce qu’il se passe sur la planète entière. Pour avoir une tendance du temps sur l’Europe, on a besoin de connaître la tendance partout sur le globe.

 

Le risque d’un manque d’eau chronique

Le risque d’un manque d’eau chronique

La raréfaction de l’eau est une problématique d’ampleur planétaire, qui concerne aussi directement la France, rappellent, dans une tribune au « Monde », des scientifiques, des acteurs du secteur et une trentaine de parlementaires.

Tribune.

 

Chaque 22 mars, la Journée mondiale de l’eau alerte sur la pression grandissante s’exerçant sur les ressources en eau et les écosystèmes qui en dépendent. Pour l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), 40 % de la population mondiale sera confrontée à des pénuries d’eau d’ici à 2050 et, selon le Global Water Institute, 700 millions de personnes pourraient être déplacées à l’horizon 2030 du fait d’une pénurie d’eau !

La raréfaction de l’eau est une problématique d’ampleur planétaire et les prévisions sont toujours plus alarmantes pour la France de 2050. Les projections du rapport Drias de Météo France prévoient des records absolus de températures d’ici à cette date, avec une augmentation des températures estivales moyennes de 6 degrés Celsius.

Une diminution de la recharge des nappes de 10 % à 25 % en moyenne, selon les régions, affectera aussi les eaux superficielles, avec une baisse de 10 % à 40 % du débit annuel des cours d’eau. Les sécheresses, plus précoces, réduisent déjà l’accès à l’eau potable d’un nombre croissant de communes.

Sans une action décisive, le manque chronique d’eau ne trouvera plus de solution. Selon le Groupe international d’experts sur le climat (GIEC), les plus grands effets du dérèglement du climat sont liés à l’eau : sécheresses, inondations, montée du niveau marin, tempêtes et cyclones, disparition des zones humides.

Encore marquée par les crues dévastatrices survenues dans les Alpes-Maritimes, la France fait face à des périodes d’étiage plus précoces, sévères et longues et des déficits pluviométriques qui affectent la biodiversité, l’agriculture ou l’efficacité du refroidissement des réacteurs des centrales nucléaires. La baisse de la quantité d’eau disponible génère des conflits d’usage auxquels s’ajoute la dégradation de la qualité de l’eau.

 Voté en première lecture à l’Assemblée nationale, le projet de loi Climat et résilience, dont l’examen se poursuivra au Sénat, représente une réelle opportunité. Son article 19 fait le lien entre eau et climat en précisant la notion de « respect des équilibres naturels » issu de l’alinéa 1er de l’art L210-1 du code de l’environnement. Ainsi, la protection de l’eau, sa gestion durable doivent se faire dans le respect des équilibres naturels : infiltration de l’eau dans les nappes souterraines, protection de la biodiversité, lutte contre les pollutions et les effets du dérèglement climatique.

Pour une reprise plus écologique

Pour une reprise plus écologique

 

L’économiste Nadine Levratto s’inquiète dans le Monde de voir les firmes renoncer aux investissements et aux innovations qui leur permettront de s’adapter à la transition écologique alors même que celles-ci disposent, pour beaucoup, de réserves liées aux mesures de soutien de l’Etat pour survivre aux restrictions sanitaires.

 

 

Tribune.
 En portant un coup d’arrêt à l’économie, la crise sanitaire a violemment frappé les entreprises. Retenant l’expérience de la crise financière de 2008-2009, les pouvoirs publics sont rapidement intervenus, apportant la liquidité que l’interruption de l’activité amènerait à manquer. Les prêts garantis par l’Etat, le financement de l’activité partielle et le fonds de solidarité ont assuré la survie des entreprises pendant la crise tandis que les annonces gouvernementales leur permettaient d’envisager un prolongement des aides et un différé de remboursement des prêts. Ces dispositifs ont favorisé la constitution de réserves records et une réduction de l’endettement brut et ont eu un effet positif sur les défaillances. Alors que l’activité n’a jamais connu un tel ralentissement depuis la seconde guerre mondiale, ces dernières ont diminué de près de 38 % entre 2019 et 2020, passant d’environ 53 000 à 32 000 sur douze mois.

Si la baisse des redressements et liquidations judiciaires peut rassurer quant à la pérennité du tissu économique et aux possibilités de redémarrage rapide une fois la crise sanitaire terminée, ces chiffres dissimulent d’autres signaux qui, en revanche, peuvent être source d’inquiétude. Une partie provient des entreprises mêmes et de leurs comportements, l’autre des politiques publiques.

Du coté des entreprises, l’afflux de liquidités a eu des conséquences différentes selon la taille. D’un côté, la très grande majorité des PME et des entreprises patrimoniales a adopté un comportement de précaution en constituant des réserves de trésorerie. De l’autre, les grandes sociétés, du CAC 40 notamment, ont continué à distribuer des dividendes plus importants que prévu en 2020 et s’apprêteraient à verser plus de 50 milliards d’euros à leurs actionnaires pour 2021, un montant en hausse de 9 milliards par rapport à l’an dernier, selon l’Observatoire des multinationales.

Dans les deux cas, ces décisions ont accompagné le report ou la réduction de leurs projets d’investissement. La question de la légitimité de telles opérations est souvent posée au regard des aides publiques reçues. Elle se double d’une interrogation sur leurs conséquences, car l’investissement sera l’un des facteurs de la reprise. Or, sa chute, déjà importante en 2020, risque de ne pas être compensée par une reprise significative en 2021. L’absence de projets d’investissement de renouvellement, voire de rupture, a ainsi de quoi inquiéter, alors que les plans de relance, y compris français, tablent sur les transitions écologique et numérique.

Climat : l’Allemagne revoit ses ambitions à la hausse

Climat : l’Allemagne revoit ses ambitions à la hausse

Sur fond d’élections en septembre et sous la pression des écologistes mais aussi de la Cour constitutionnelle au nom des « générations futures , l’Allemagne revoit  la hausse ses objectifs environnementaux. ».

 

L’Allemagne prévoit de réduire de 65 % au lieu de 55 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport à 1990, selon un accord conclu mercredi par les partis de la coalition gouvernementale menée par Angela Merkel.

«Les jeunes nous ont rappelé que nous allons trop lentement plutôt que trop vite», a commenté la Chancelière mercredi, la Cour «nous a dit de penser non seulement aux générations présentes mais aussi aux libertés des générations futures»

Le projet de loi qualifié « d’ambitieux » par le ministre des Finances, Olaf Scholz, sera présenté la semaine prochaine par le gouvernement. « Chaque génération prend maintenant ses responsabilités », a assuré le ministre, qui est également tête de liste SPD pour les élections de septembre prochain.

L’accord avance de cinq ans les échéances. Il prévoit une réduction de 88 % des gaz à effet de serre en 2040 et la « neutralité » climatique en 2045.

Alors que l’implantation des éoliennes fait toujours débat outre-Rhin, le nouveau plan doit notamment accélérer le développement des énergies renouvelables. Un autre point reste litigieux dans un pays où l’énergie est chère : l’évolution du prix du C02 sur l’essence et le fioul domestique.

L’écologie aussi dans l’industrie du luxe

L’écologie aussi dans l’industrie du luxe

Par Olivier Durin, rédacteur en chef du site « Le Monde de l’énergie ».

 

Tribune dans l’opinion

Sollicitée par ses clients, l’industrie du luxe entend jouer un rôle majeur dans le grand défi de la transition écologique. La crise sanitaire et la question du « monde d’après » ne font qu’accélérer un mouvement désormais inéluctable, qui touche tous les secteurs d’activités, de la mode/maroquinerie, aux vins et spiritueux, en passant par les parfums ou les cosmétiques.

Ce changement de paradigme se fait principalement sous l’impulsion des « millenials », ces nouveaux et futurs consommateurs très attentifs aux valeurs du développement durable. Ils souhaitent profiter pleinement de l’Eros du luxe, tout en supprimant les impacts négatifs qui en découlent. Et c’est tant mieux. Face aux attentes environnementales, le luxe, à juste titre considéré comme d’autres secteurs comme un gros émetteur d’émissions de CO2, se réinvente et adopte des gestes éco-responsables.

À commencer par LVMH qui, à travers son plan Life 360, vient d’annoncer, qu’à l’horizon 2026, ses « Maisons » n’utiliseraient plus de plastique vierge dans ses emballages. Exit donc le plastique recyclé ou biosourcé. Cela passe par la case innovation pour le leader mondial aux 75 marques. Autre annonce qui va dans le sens de la réduction de l’empreinte carbone, à savoir dans le secteur des vêtements : LVMH souhaite à terme utiliser de la laine précieuse recyclée car « c’est 455% de carbone réduit par rapport à la laine vierge », affirme Hélène Valade, directrice Développement Environnement. Une bonne nouvelle quand on sait que ce secteur, selon WWF, est responsable de la production de 1,7 milliard de tonnes de CO2 par an.

Concernant la biodiversité, le groupe de Bernard Arnault s’engage à ce que dans 5 ans, 100% des matières premières stratégiques soient certifiées par des moyens préservant les écosystèmes et les ressources en eau (rappel, il faut entre 10.000 et 20.000 litres d’eau pour produire 1 kilo de coton). LVMH lance également des programmes d’agriculture régénératrice, tels que la reforestation des vignobles via le champagne Ruinart. Sur le climat, le groupe aux 75 marques s’engage à réduire de 50% d’ici 2026 ses émissions de carbone liées aux consommations énergétiques, par rapport à 2019, et à fournir ses boutiques et sites à 100% en énergie renouvelable.

Son grand rival Kering (Gucci, Yves Saint Laurent, Boucheron…) n’est pas en reste : le Français s’est engagé à compenser intégralement les émissions de gaz à effet de serre générées par l’ensemble de ses activités, y compris sa chaîne d’approvisionnement, via notamment des programmes de protection des forêts. Le groupe affirme qu’il compense désormais toutes les émissions annuelles résiduelles comptabilisées, celles liées à l’extraction de matériaux achetés par l’entreprise, ou au transport des salariés – qui constitue souvent la part la plus importante des émissions d’un groupe.

Cette mobilisation en faveur de l’environnement ne date pas d’aujourd’hui. C’est à partir de 1992, date du sommet de la Terre organisé à Rio, qu’ont commencé à partir en croisade les industriels du luxe. 1992 marque en effet un tournant dans la politique environnementale de LVMH qui crée une direction de l’Environnement et commence alors à innover. De là naissent les fameux parfums rechargeables de chez Dior, les cartons en matière végétale à base de peau de raisin pour Veuve Clicquot, un accord avec le Pérou pour la préservation des vigognes dont la laine sert à produire des tissus luxueux… Le groupe de Bernard Arnault a également pris le taureau par les cornes en réduisant l’utilisation de l’énergie dans ses 4.000 magasins qui représentent, au passage, 80% de sa consommation. Aujourd’hui, cette politique volontariste a permis de réduire de 12% les émissions de gaz à effet de serre du groupe et d’atteindre 19% d’énergie renouvelable dans la consommation énergétique.

Boosté par les Accords de Paris en 2015, Kering, de son côté, promet d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Et il a inventé l’EP & L : un outil qui mesure, tout au long de la chaîne d’approvisionnement, les émissions de CO2, la consommation d’eau, la pollution de l’air et de l’eau, l’utilisation des sols et la production de déchets. Hermès promet , en 2017, pour sa part, que 10 % de la rémunération de son dirigeant, Axel Dumas, sera soumise à des critères RSE (responsabilité sociale et environnementale). De ces mutations découlent aussi une responsabilité accrue sur la traçabilité des filières d’approvisionnement et la certification des matières. Kering applique ainsi des « standards maison » à ses fournisseurs et travaille avec éleveurs et ONG sur place. Effet de mode ou non, le bien-être animal a également amené LVMH à ériger une charte de bonne conduite concernant ses filières d’approvisionnements. Parallèlement, le groupe, en 2019, fait un don de 10 millions d’euros pour lutter contre les feux qui ravagent l’Amazonie.

Si 2019 aura été l’année de l’accélération du « green » des géants du luxe, ces derniers sont aujourd’hui encore parmi les principaux pollueurs au monde. Un problème que la filière tente de prendre à bras le corps à travers le « Fashion Pact », coalition mondiale (56 entreprises et 250 marques à ce jour), créée au Sommet du G7 de Biarritz à la demande d’Emmanuel Macron et pilotée par François-Henri Pinault. Objectifs : enrayer le réchauffement climatique, restaurer la biodiversité et protéger les océans. Chanel, membre de la coalition, a par exemple renoncé à utiliser la fourrure animale et les peaux exotiques. Kering s’est engagé à atteindre un « impact net positif » sur la biodiversité à horizon 2025 en régénérant et en protégeant une superficie six fois supérieure à l’empreinte écologique totale de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement du groupe.

Dernier exemple en date, en mars dernier, LVMH a dévoilé ses engagements «Biodiversité» et renforcé son partenariat avec l’Unesco en voulant atteindre la «neutralité biodiversité » d’ici à 2030.

« Le luxe est à l’intersection de la nature et de la créativité : nous avons besoin de la nature pour fabriquer nos produits de haute qualité, et la nature doit être restaurée et protégée. Nous avons entrepris de faire de la protection de la biodiversité une priorité absolue et d’être un acteur exemplaire, audacieux, créatif et exigeant du changement pour construire un avenir plus durable », a déclaré Antoine Arnault, Image et Environnement LVMH.

C’est la raison pour laquelle, l’Amazonie, poumon vert de la planète, reste un enjeu crucial pour le groupe qui s’engage à ne pas utiliser des matières premières en provenance de zones à fort risque de déforestation ou de désertification. Mieux : l’ambition est de régénérer d’ici 10 ans l’équivalent de cinq millions d’hectares d’habitat de la faune et de la flore. Audrey Azoulay, présidente de l’Unesco, s’explique :

« Notre coopération n’est pas du greenwashing. L’Unesco a été pionnière sur cet enjeu – notre premier programme biodiversité remonte à 1971 – et il est crucial que des grands groupes privés s’engagent sur ce sujet, car ils ont un rôle majeur et un effet d’entraînement. Nous jouons pleinement notre rôle de passerelle entre scientifiques et décideurs, politiques comme économiques »

La disparition des forêts tropicales

 La disparition des forêts tropicales

 

 

 

Alors que les Nations unies lancent, le 5 juin, la décennie de la restauration des écosystèmes, l’écologue Plinio Sist a, dans une tribune au « Monde », attire l’attention sur la disparition des forêts tropicales

Tribune.

 

Les forêts tropicales disparaissent à un rythme alarmant depuis plus de trente ans. Une récente étude publiée dans Science Advances estime que 220 millions d’hectares de forêts humides ont été perdus ces trente dernières années. Si l’on considère les forêts tropicales dans leur ensemble, ce chiffre, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), grimpe à plus de 400 millions d’hectares.

Converties en terres agricoles, en pâturages ou en plantations industrielles, les forêts tropicales, au cours de ces trente dernières années, ont disparu à un rythme moyen d’environ 13 millions d’hectares par an. La dégradation forestière constitue une autre menace tout aussi importante que la déforestation.


En effet, ce phénomène touche dans certaines régions comme l’Amazonie des surfaces similaires voire plus importantes que la déforestation. De plus, les forêts dégradées se montrent moins résilientes face aux changements climatiques et plus vulnérables aux incendies qui s’intensifient au cours des saisons sèches de plus en plus longues.

Les conséquences de la déforestation et de la dégradation forestière sont parfaitement connues et régulièrement publiées par les scientifiques, notamment dans les rapports du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) : émissions de CO2 (12 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre), perte de la biodiversité terrestre dont 80 % est abritée dans les forêts, notamment tropicales, enfin, dérèglement climatique local. Les conséquences sont aussi sociales et économiques puisque, par exemple, les 2 milliards d’hectares de terres dégradées issues de la déforestation dans le monde compromettent le bien-être de plus de 3 milliards de personnes.

Face à ces pertes, la restauration apparaît comme une des solutions visant à reconstituer une partie du couvert forestier perdu au cours des précédentes décennies. Ainsi, depuis 2011, dans le cadre du Bonn Challenge, les engagements de nombreux pays à entreprendre des programmes ambitieux de restauration se sont multipliés, mais, sur le terrain, ils tardent encore à se concrétiser. Les Nations unies lanceront officiellement, le 5 juin, la décennie de la restauration des écosystèmes.

Campagne : pour un sauvetage des haies TRIBUNE

Campagne : pour un sauvetage des haies

 

 

La prochaine politique agricole commune, débattue à l’Assemblée nationale le 5 mai, est la dernière chance pour sauver ce qui reste du bocage, souligne, dans une tribune au « Monde », un collectif d’entreprises, de fondations et d’associations.

Tribune.

Soixante ans après avoir provoqué la disparition des trois quarts des haies en France, la politique agricole commune (PAC) [débattue à l’Assemblée nationale le 5 mai] a un devoir de réparation. Elle pourrait être aujourd’hui le levier dont le pays a besoin pour sauver ce qui reste de son patrimoine arboré, à condition que le gouvernement décide de faire appliquer des mesures d’envergure en faveur de la restauration et de la réimplantation des haies dans les exploitations agricoles françaises.

Sans les haies, nos campagnes se meurent. Les oiseaux disparaissent, les cours d’eau s’assèchent, les sols sont de moins en moins fertiles. Face au dérèglement climatique, les agriculteurs peinent à protéger cultures et animaux pour continuer de nous nourrir. Une des causes de cette désertification est désormais bien connue : chaque année, plus de 11 500 kilomètres de haies disparaissent encore des paysages, alors même qu’elles constituent l’une des réponses les plus immédiates et pertinentes pour faire face à la crise.

Reconnaissant l’enjeu national qu’elles représentent, la mesure Plantons des haies ! du plan de relance a l’objectif d’en planter 7 000 kilomètres d’ici à 2023. Avec ce signal donné par le gouvernement, et parce que nous sommes convaincus que les agriculteurs ne s’arrêteront pas là, nous pensons qu’il est temps de donner une nouvelle place à l’arbre dans la PAC pour doubler le linéaire de haies en France à l’horizon 2050.

Mais ce précieux héritage qui a survécu aux remembrements, les 750 000 kilomètres de haies anciennes, est lui-même menacé. Mal gérées, elles dépérissent et ne se renouvellent plus. Or, ce sont elles qui ont la capacité de remplir les fonctions écosystémiques dès maintenant, à condition qu’une gestion adaptée assure leur bon état écologique, alors que les nouvelles haies plantées, si elles préparent l’avenir, ne rempliront pleinement leur rôle que dans vingt à trente ans.

La PAC influencera les pratiques des agriculteurs français pour les dix prochaines années. Elle est le levier dont dispose l’Etat pour que l’arbre et la haie deviennent un atout alors qu’ils sont encore vécus comme une contrainte. Il faut inscrire durablement la reconnaissance des arbres dans l’activité agricole pour freiner leur disparition.

Pour la première fois, l’Union européenne (UE) a introduit dans la PAC le concept de « paiements pour services environnementaux », appelé « éco-régime », qui permet de rémunérer les agriculteurs à la hauteur de leurs efforts en faveur de l’environnement. C’est pourquoi le Fonds pour l’arbre soutient l’AFAC-Agroforesteries, qui propose un éco-régime « infrastructures agroécologiques » (dont arbres et haies font partie) .

CO2 : le prix des quotas monte à 50 € la tonne

CO2 : le prix des quotas monte à 50 € la tonne

Depuis le début de l’année, le prix de la tonne de CO2 a progressé de près de 50 % pour passer ce mardi pour la première fois en séance la barre symbolique des 50 euros. Or, jusqu’en décembre dernier, les prix de ces droits à polluer se négociaient à moins 30 euros la tonne.

Si Fatih Birol, le président de l’agence internationale de l’énergie (AIE), s’en réjouit, estimant que c’est un « excellent » signal pour accélérer la transition énergétique, les industriels, eux, tirent la sonnette d’alarme. Car, avec la baisse progressive des quotas gratuits, la plupart d’entre eux doivent s’acquitter de « droits à polluer » devenus plus onéreux. Par ailleurs, la hausse des prix du CO2 dope aussi les prix de l’électricité qui pèsent très lourdement dans les coûts de production de certains producteurs d’acier ou de ciment.

 

Emballages plastiques jetables interdits en 2040

Emballages plastiques jetables interdits en 2040

 

La France s’est dotée d’un objectif de  »sortie des emballages plastiques à usage unique » d’ici 2040 mais sur une base incitative, sans prévoir à ce stade de sanctions pour les industriels qui continueraient à en utiliser.

 

Un décret, rattaché à la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec), votée en février 2020, a été publié le 30 avril par le ministère de la Transition écologique. Il concerne tous les produits et tous les types d’emballages plastiques, qu’ils soient ménagers, industriels ou commerciaux, y compris ceux qualifiés de biodégradables ou biosourcés.

 

Tubes de dentifrice, bidons de lessive… Les emballages plastique représentent en France quelque 2,2 millions de tonnes mis sur le marché chaque année, selon le ministère. Leur réemploi est peu développé et leur taux de recyclage, de 27%, est « faible », admet le ministère de la Transition écologique.

 

Dans un premier temps, ce décret « 3R » (réduire, réemployer, recycler) fixe l’objectif de réduire de 20% les emballages plastiques à usage unique d’ici fin 2025. Deuxième objectif affiché : tendre vers une réduction de 100% des emballages en plastique à usage unique jugés « inutiles », comme les blisters plastiques autour des piles ou des ampoules, d’ici 2025. Le troisième veut  »tendre vers 100% de recyclage des emballages en plastique à usage unique d’ici le 1er janvier 2025″, ce qui passe par l’obligation de mettre sur le marché des matériaux recyclables.

Nouvelle politique agricole : un manque d’ambition

Nouvelle politique agricole : un manque d’ambition»

 

Alors que la nouvelle PAC est discutée à Bruxelles, un collectif de plus de 700 scientifiques en recherche publique alerte, dans une tribune au « Monde », sur les « conséquences catastrophiques » d’un manque d’ambition en matière d’agroécologie.

 

Tribune. 

 

Le gouvernement est sur le point de définir la déclinaison nationale de la politique agricole commune (PAC) qui scellera le futur de l’agriculture française à l’horizon 2030. Ses propositions seront débattues les 4 et 5 mai au Sénat puis à l’Assemblée nationale. Nous alertons sur les conséquences catastrophiques qu’un manque d’ambition aurait pour la biodiversité et le climat, mais aussi pour les agriculteurs et agricultrices et la société.

Agriculture, biodiversité et climat sont intimement liés. La vague récente de gel a généré des pertes considérables dans les vignes, vergers et cultures. Une situation exceptionnelle ? Malheureusement non. En accélérant la croissance des plantes lors des épisodes de chaleur précoce en fin d’hiver, le changement climatique va rendre ces gels tardifs de plus en plus destructeurs. Les agriculteurs en sont les premières victimes, comme ils sont victimes de l’exposition aux pesticides qui nuit à leur santé, du déclin de la biodiversité qui favorise les ravageurs des cultures et de la course à l’agrandissement des exploitations agricoles et à l’endettement qui accélèrent la disparition des agriculteurs.

Le secteur agricole a amorcé une prise de conscience et des changements de pratiques ; mais, pour garantir la pérennité économique des exploitations, limiter le changement climatique et enrayer le déclin de la biodiversité, des transformations de bien plus grande ampleur doivent avoir lieu. La PAC, qui assure l’essentiel du revenu moyen des agriculteurs français et oriente directement leurs pratiques, est un levier majeur pour la transition attendue des systèmes agricoles et alimentaires.

Les petits pas de la PAC ne suffisent plus. Depuis celle de 1992, introduisant les mesures agroenvironnementales, les réformes successives de la PAC ont très insuffisamment pris en compte les enjeux sociaux et environnementaux. Le « verdissement » de la PAC de 2013 s’est révélé un échec total selon la Cour des comptes européenne. En 2020, 3 600 scientifiques lançaient un appel dans la revue académique People and Nature pour des actions fortes afin que la PAC relève les défis de la durabilité.

 

La nouvelle PAC, actuellement discutée à Bruxelles, est loin de répondre aux attentes exprimées par ces scientifiques. Néanmoins, elle demande aux Etats membres de définir un plan stratégique national, qui offre des marges de manœuvre pour accélérer la transition agroécologique. La France doit s’en saisir sérieusement, en évitant la tentation du « greenwashing » .

Environnement : L’opinion publique française en retard

 

Environnement : L’opinion publique française en retard 

 

Le professeur Rodolphe Durand observe, dans une tribune au « Monde », que les Français sont moins prêts que les autres à changer leurs pratiques en faveur de l’environnement, s’en remettant plus volontiers au gouvernement.

Tribune.

Alors que les parlementaires s’apprêtent à voter solennellement la loi Climat et résilience le 4 mai, il n’est pas inutile de regarder comment les opinions publiques pensent leur rapport au changement climatique, à leurs comportements, et à leurs gouvernants sur cette question. Deux enquêtes internationales publiées par Ipsos (17 avril et 22 avril) placent la France face à ses contradictions.

En moyenne, sur 30 pays sondés, 31 % des personnes interrogées estiment que leur gouvernement a un plan clair pour faire face aux conséquences du dérèglement climatique. Mais l’opinion du pays hôte de l’accord de Paris ne le pense qu’à 24 % ! En revanche, 44 % des Français souhaitent un plus grand engagement du gouvernement sur cette question suite à la crise du Covid, qui renforce ce sentiment d’urgence, contre 35 % en moyenne pour les 30 pays consultés.

 

Autre signe troublant. Lorsque l’on s’adresse à sa responsabilité individuelle, le Français boude plusieurs comportements qui contribuent pourtant à améliorer la situation environnementale globale. Par exemple : gérer les déchets alimentaires du foyer, réduire ses déplacements automobiles de proximité, concentrer ses achats sur des biens fonctionnels, favoriser le télétravail, réduire l’usage de l’avion pour les vacances.

L’environnement doit être traité par le gouvernement

Sur tous ces sujets, à la question de savoir s’il va modifier son comportement dans une optique favorable à la planète, le Français se place systématiquement entre 6 et 12 % en dessous de la moyenne des autres pays. Obstinément, l’opinion tricolore apparaît ne pas vouloir changer ses habitudes, alors qu’elle aspire plus que d’autres pays à ce que ces questions soient traitées par son gouvernement.

Plus troublant encore, examinons la différence entre les personnes prêtes à ancrer concrètement dans leur pratique leur prise de responsabilité, et celles affirmant ne pas vouloir changer de comportement après la crise du Covid. En moyenne pour les 30 pays, cette différence est toujours largement favorable à ceux qui sont prêts à utiliser des produits avec moins d’emballages (+ 44 %), acheter des produits de seconde main (+ 33 %), économiser l’eau domestique (+ 37 %) ou l’énergie (+ 41 %), recycler (+ 41 %), et réduire leur consommation de viande (+ 8 %).

 

Mais la France présente les taux de réponse favorables à ces changements les plus bas (elle se classe en 29e ou 30e position sur 30 pays selon les questions), et donc enregistre des différences bien moins favorables à ceux prêts à modifier leur comportement (par exemple + 31 % seulement pour moins d’emballages, + 27 % pour les produits de seconde main, + 21 % pour les économies d’eau et + 18 % pour celles d’énergie, et + 21 % pour le recyclage) quand ce ne sont pas les conservateurs qui l’emportent (48 % des Français disent ne pas vouloir réduire leur consommation de viande, contre 29 % qui le souhaitent).

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