Archive pour la Catégorie 'agriculture'

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Agriculture : Éloge de l’hybridation

Agriculture : Éloge de l’hybridation 

« Est hybride ce qui est mélangé, hétéroclite, contradictoire. Autrement dit, c’est le mariage improbable, c’est tout ce qui n’entre pas dans nos cases ! » Et si l’hybridation était la grande tendance à venir ? Pour T La Revue, Gabrielle Halpern* analyse les métamorphoses de notre société. Cette chronique est issue de T La Revue de La Tribune – n°8 « Du champ à l’assiette – Mieux produire pour bien manger ? » Actuellement en kiosque.

 

Tout d’abord, l’envie d’entreprendre est de plus en plus prégnante dans notre société, même en temps de crise ; et, du fait d’un nombre croissant de néo-agriculteurs, on voit apparaître de plus en plus d’entrepreneurs avec de nouvelles compétences dans le secteur agricole, dont les cases sont bouleversées et les métiers réinventés. Les obstacles et les contraintes sont paradoxalement des aiguillons pour imaginer des modèles économiques, des modèles organisationnels, des modèles agricoles nouveaux.

La diversification des canaux de distribution, la recherche de synergies, le recours aux nouvelles technologies, le besoin de désintermédiation et la prise de conscience de la nécessité des circuits courts conduisent les agriculteurs à aller directement vers la restauration collective ou vers les restaurants haut de gamme, à s’occuper eux-mêmes de la transformation ou encore à développer des dispositifs de « drive fermier ». On voit aussi une diversification croissante des activités, comme la vente directe et la production d’énergie.

La prise de conscience écologique ou encore le besoin de plus en plus important pour les nouvelles générations d’avoir un meilleur équilibre de vie opèrent des ruptures par rapport à des sillons passés. Concernant le numérique, s’il apporte de nombreux bénéfices, il ne devrait pas être considéré comme l’avenir, mais comme une partie de l’avenir du monde agricole. Réduire l’innovation agricole à de l’innovation technologique serait terriblement restrictif et mènerait progressivement à une agriculture déshumanisée, sans agriculteurs. Une agriculture hybride est une agriculture qui réussira à hybrider différents types d’innovation (technologique, organisationnelle, économique, servicielle, professionnelle, etc.).

Un nouveau « contrat naturel » entre l’homme, l’animal et la terre est justement en train de s’inventer. Les fermes s’ouvrent peu à peu à la manière de tiers lieux et jouent un rôle sociétal inédit au sein des territoires. Ce phénomène d’hybridation qui touche le monde agricole pourrait bien apporter des solutions concrètes aux nombreux défis auxquels il fait face.

 

*Docteure en philosophie, chercheuse associée à l’École normale supérieure, Gabrielle Halpern a travaillé au sein de différents cabinets ministériels, avant de participer au développement de start-ups et de conseiller des entreprises et des institutions publiques.  Elle est l’auteur de l’essai Tous centaures ! Éloge de l’hybridation (Le Pommier, 2020) et de la bande dessinée La fable du centaure (HumenSciences, 2022).

Agriculture : L’expertise et la démocratie

Agriculture : L’expertise et la démocratie

 

Un consensus fort existe désormais pour la sortie d’une agriculture dopée aux pesticides. Mais les agences continuent de permettre la mise sur le marché de nouveaux produits. ( Stéphane Foucart , le Monde)

 

 

Chronique.

 

Il n’existe aujourd’hui plus une autorité scientifique qui ne recommande une sortie rapide du système agricole dominant. Celui-ci non seulement pèse sur la santé publique, mais il précipite un effondrement sans précédent de la biodiversité. Il ne fait plus de doute que l’usage inconsidéré de la chimie de synthèse pour produire notre alimentation est trop risqué et n’est en tout cas pas durable.

Les autorités continuent pourtant de permettre, ne varietur, l’arrivée sur le marché de nouveaux produits phytosanitaires et offrent ainsi à un système unanimement considéré comme insoutenable, de perdurer. Il y a là un paradoxe en apparence inexplicable. Si le modèle agricole dominant est si dangereux, comment l’expertise réglementaire lui permet-elle de perpétuer ses pratiques ?

 

L’une des vertus de la controverse sur le glyphosate a été de focaliser l’attention des médias, des décideurs et même de la communauté scientifique sur les méthodes réglementaires d’évaluation des risques des pesticides. C’est le sens du récent avis de la Commission nationale de la déontologie et des alertes en santé publique et environnement (CNDASPE), qui demande la conduite d’une enquête sur l’expertise européenne sur le célèbre herbicide, non seulement sur les conflits d’intérêts des experts mais aussi sur la pertinence scientifique de leur démarche. Dans un monde dominé par la technique, l’expertise devrait toujours être l’objet d’une vigilance scientifique et démocratique.

Vers une réautorisation du glyphosate

Cela tombe bien : une nouvelle évaluation est en cours et devrait aboutir à la réautorisation du glyphosate, fin 2022. Le rapport préliminaire d’expertise a été concocté par les agences réglementaires de quatre Etats membres (France, Suède, Pays-Bas et Hongrie) et ne trouve rien à redire : le glyphosate n’est ni génotoxique, ni cancérogène, ni perturbateur endocrinien, et n’est pas toxique pour la reproduction. Rien ne s’oppose donc à sa réautorisation.

 

Dans la procédure communautaire, c’est l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui est chargée de recueillir et de rendre publics les commentaires critiques adressés par la société civile à ce rapport préliminaire. Hélas, l’EFSA les a publiés sous un format inconsultable. Les commentaires s’affichent par groupe de trois, dispersés sur 142 pages du site Web de l’agence. Et une fois chaque commentaire affiché, il faut à nouveau cliquer sur un onglet pour connaître l’identité de son auteur et parfois cliquer encore pour accéder aux documents associés.

 

Ferme digitale, ferme urbaine, ferme verticale ?

Ferme digitale, ferme urbaine, ferme verticale ?

 

Les prospectivistes écolos n’en finissent pas d’envisager le futur d’une politique agricole moins productive et plus respectueuse de l’environnement. D’où des idées assez saugrenues comme la ferme digitale, la ferme urbaine ou encore la ferme verticale.

 

Il est clair que l’agriculture enregistre les mutations comme l’ensemble de l’économie notamment du faitde la pénétration des nouvelles technologies. Le tracteur a supplanté le cheval et une machine pilotée à distance remplacera le tracteur dans les grandes exploitations. Reste que parallèlement ,on milite aussi pour un recentrage des exploitations  sur des surfaces plus restreintes mais plus diversifiées en nature de production.

Reste que la ferme digitale entièrement pilotée depuis une tour de contrôle demeure relativement utopique. Il faudra toujours des interventions humaines compris sur le terrain. Surtout si les productions sont diversifiées.

Certains imaginent des fermes urbaines c’est-à-dire des espaces entourant  partie de l’agglomération pour limiter le temps et la durée du transport. Bref on réinvente l’existant d’un côté la ville mais de plus en plus étendue avec les métropoles et autour des terres agricoles. D’où cette proposition particulièrement surprenante de création d’agriculture verticale ,c’est-à-dire d’agriculture dans des tours avec des plantes qui monteraient le long des murs ! Évidemment on se passerait de terre comme c’est déjà le cas dans nombre de serres industrialisées. De l’eau et des produits chimiques pour faire pousser les tomates, une drôle de conception d’agriculture respectueuse de l’environnement et de la santé. On voit mal comment l’agriculture urbaine  pourrait intégrer la culture de blé ou de maïs ; sur les toits où on fait pousser trois cornichons, un bouquet de persil et quatre courgettes pour donner l’impression aux urbains qui sont aussi agriculteurs ?

Dans le même temps évidemment on  dédaigné tous les jardins familiaux aux productions significatives que possédaient  la plupart des villes.

Bref, hier on avait imaginé de façon humoristique de transférer les villes à la campagne tandis que maintenant on imagine le contraire , le transfert de la campagne en ville. Écolos, urbanistes, aménageurs ont encore des progrès à faire pour retrouver un équilibre agricole mais aussi économique, social et sociétal du territoire.

UE : pour une agriculture innovante et réellement écologique

UE : pour une agriculture  innovante et réellement écologique

 Par Catherine Regnault-Roger, professeur des universités émérite à l’Université de Pau et des pays de l’Adour (chronique dans la Tribune)

Chronique

Dans un pays repu comme la France, nombre de Français oublient qu’ils vivent dans une situation d’abondance. Les jeunes générations ont oublié ce qu’avoir faim signifie. Or la pandémie de la Covid-19 a souligné combien l’agriculture était un secteur essentiel. Des signaux indiquent que la crise alimentaire n’est pas impossible. Récemment, des rapports du Sénat ou de la Cour des Comptes ont souligné que l’agriculture française était en difficulté, avec des pertes de marché significatives pendant que nos voisins européens, eux, progressent. Il serait bien que le gouvernement de notre pays se demande pourquoi les autres s’en sortent mieux. Peut-être se rendrait-il compte que ce déclin est dû aux choix hasardeux qui ont été faits par pure idéologie dans le domaine agricole au cours des dernières années, ainsi qu’à la promotion de la décroissance. Comment faire pour relancer la machine ?

Réviser la législation pour favoriser l’innovation sur les OGM

Malgré le dynamisme des programmes Horizon 2020, devenu Horizon Europe, le nombre de brevets européens en matière de biotechnologies végétales s’avère largement insuffisant comparé à la concurrence mondiale : la Chine en a déposé 10.624, les Etats-Unis 8.800, le Japon 2.143, pendant que l’Allemagne en a déposé 1.530 et la France 1.007, selon l’Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle.  Notre pays souffre de lourdeurs administratives qui découragent la finalisation des inventions faites en France mais qui se développent à l’étranger. Les péripéties du vaccin anti-Covid19 de la société Valneva en donne un bel exemple. Le fait qu’Emmanuelle Charpentier, l’une des co-inventrices de CRISPR, système permettant de couper l’ADN à un endroit précis du génome, bien que née en France et ayant étudié à l’Institut Pasteur, ait créé avec Jennifer Doudna cette technologie révolutionnaire à l’étranger devrait ouvrir les yeux à nos politiques. Il faudrait simplifier les formalités administratives et un raccourcissement des délais mis à instruire les dossiers, répondre positivement à la créativité avec pragmatisme, donner de la souplesse pour mettre en place de nouvelles solutions, mais aussi supprimer les dispositifs quand ils n’ont plus raison d’être.

Principe d’inaction

Il faut être ouvert à l’innovation et ne pas ériger le principe de précaution en principe d’inaction. Le CRISP par exemple est une rupture technologique majeure  qui réunit toutes les qualités – plus précise, plus facile à mettre en œuvre et peu chère par rapport aux autres techniques existantes : plutôt que d’en faciliter le développement et l’utilisation, la Cour européenne de justice saisi par le Conseil d’Etat français a jugé en juillet 2018 qu’il fallait appliquer aux organismes obtenus par CRISPR la réglementation européenne sur les OGM, qui est une réglementation vieille d’il y a 20 ans et qui est aujourd’hui déphasée par rapport aux progrès scientifiques réalisés. Voici donc un sujet sur lequel la France pourrait revenir lors de sa présidence : moderniser la directive 2001/18 qui est obsolète et appuyer les initiatives européennes pour autoriser les produits d’édition du génome après des études au cas par cas. C’est un enjeu majeur pour faciliter notre innovation agricole.

Faire confiance aux agriculteurs pour choisir les bonnes solutions

A la suite de campagnes d’agri-bashing, le public en est venu à ne plus faire confiance aux agriculteurs : on les imagine répandant toutes sortes de substances sur leurs champs. Or, bien au contraire, ils agissent avec pragmatisme en fonction de la situation de leur parcelle, de leur historique pour protéger la culture qu’ils ont plantée avec soin et en fonction de la pertinence économique. Car les pesticides cela coûte cher et ce n’est pas de gaité de cœur qu’un agriculteur en répand.

Et pour ceux qui pensent naïvement qu’on peut s’en passer, il faut se souvenir que l’agriculture n’a pu se développer qu’en luttant contre les bioagresseurs des cultures : insectes ravageurs, agents provoquant des maladies, rongeurs et oiseaux, etc. Et pour cela, il existe des moyens mécaniques et physiques, des moyens génétiques (sélection variétale classique ou plus rapide via les biotechnologies dont les nouvelles techniques génomiques avec notamment CRISPR), la lutte biologique avec des organismes antagonistes (un insecte qui mange un autre insecte ou pond des œufs qui empêchent son ennemi de se développer), des techniques agronomiques (rotations, décalage des semis, etc.) avec tout un ensemble d’itinéraires techniques que l’on appelle l’agro-écologie, qui doit être pratiquée de manière pragmatique en fonction des situations de terrain sans être « idéologisée », et, enfin, les méthodes chimiques via le recours aux pesticides, qu’ils soient d’origine naturelle (extraits de plantes comme le pyrèthre, extraits de micro-organisme comme le spinosad) ou de nature chimique : minérale comme la  bouillie bordelaise ou de synthèse comme les pyréthrinoides qui ont été modifiées chimiquement à partir du pyrèthre.

 En termes d’écotoxicologie, les solutions ayant recours aux pesticides de synthèse ne sont pas forcément les pires contrairement à une idée reçue. La toxicité de la bouillie bordelaise, très utilisée en agriculture biologique, a été mentionnée à de nombreuses reprises. On se souvient aussi du cas de la coccinelle asiatique, utilisée en biocontrôle contre des pucerons mais qui a décimé des populations européennes de coccinelles endémiques et est devenue une espèce envahissante en Europe et en Amérique du Nord.

Avec les connaissances du moment, l’agriculture doit mettre en œuvre des stratégies combinant ces différentes approches. Et les politiques européens qui ont voté le programme F2F, un plan de développement agricole destiné à réduire les usages de terre de 10 %, d’engrais de 20 %, d’antibiotiques vétérinaires de 50 % et de pesticides de 50 % au sein de l’Union européenne (ce qui va mettre la production agricole européenne en difficulté, engendrant d’après les estimations les moins pessimistes une baisse de plus de 10 à 20% des productions européennes) feraient bien de revenir aux réalités du terrain, car là aussi nous risquons de subir la décroissance.

Or, il ne faudrait pas que pour des raisons idéologiques nous nous dirigions vers des impasses. Le cas du glyphosate en est un triste exemple. Le président Macron voulait qu’on en sorte en 2021 alors qu’il n’y a pas de solution de rechange satisfaisante. Quand on constate que la SNCF va utiliser à la place de l’acide pélargonique, un produit qu’on qualifie de « matière active naturelle » bien qu’il soit pour des raisons pratiques synthétisé par voie chimique, un produit qui est moins efficace comme herbicide, plus cher et toxique pour la faune du sol, où est le progrès ?

 Espérons donc que la France saura tirer des leçons de toutes ses erreurs passées pour conduire cette présidence du Conseil de l’Union européenne. Il en va de l’avenir de l’agriculture européenne.

Energie-EDF : entreprise ou administration ?

Energie-EDF : entreprise ou administration ?

 

La plupart des orientations d’EDF se décident dans les couloirs politiques avec toutes leurs contradictions. Ainsi l’orientation nucléaire découle d’une décision d’État ancienne. Il en sera de même pour le renouvellement de la filière avec notamment la décision de construire six nouveaux réacteurs EPR nouvelle génération. Un cout de l’ordre  de 50 milliards dont on ne sait pas très bien comment il sera financé. Cela d’autant plus que c’est l’État qui régule les prix de cette énergie. Témoin cette dernière décision de limiter à 4 % au lieu des 25 à 30 % prévus. Bilan pour EDF une perte sèche d’une bonne douzaine de milliards.

À ces éléments conjoncturels,  il faut ajouter des aspects plus structurels relatifs aux financements déjà indiqués des  six EPR ( pour l’instant), environ 50 milliards. 50 milliards aussi pour l’opération du grand carénage qui consiste à renforcer la sécurité du parc actuel. Plus encore une cinquantaine de milliards sans doute pour la gestion des déchets et un endettement d’un peu plus de 40 milliards. Au total donc un besoin de financement de l’ordre de 200 milliards. Impossible d’amortir la dette avec l’augmentation des tarifs et la question sera sans doute réglée par une nouvelle augmentation de capital en provenance de l’État.

Difficile dans ces conditions pour EDF d’avoir la maîtrise de sa gestion.

Agroalimentaire : pour un changement systémique en Europe

Agroalimentaire : pour un changement systémique en Europe

Le secteur agroalimentaire de l’Union européenne fait face, en même temps, à de nombreux défis. Geneviève Pons et Pascal Lamy, vice-présidents du groupe de réflexion Europe Jacques Delors, plaident pour un changement systémique. ( dans les Echos)

Un article intéressant qui évoque la nécessité des mutations du secteur agroalimentaire mais qui reste au stade des généralités quant à la nature, les modalités et le calendrier du changement systémique évoqué . NDLR

 

Economie-Agriculture française : 100 000 exploitations disparues en 10 ans

Agriculture française : 100 000 exploitations disparues en 10 ans

100.000 exploitations françaises disparues au cours de ces dix dernières années. Au total, l’Hexagone recense aujourd’hui 389.000 exploitations agricoles, contre 490.000 en 2010. Soit une chute de 21 %.

 

Dans le même temps la surface agricole totale exploitée n’a pratiquement pas bougé. Cette surface représente près de 50 % du territoire métropolitain. Donc  la taille des exploitations française augmente. En 2020, elles mesurent en moyenne 69 hectares. C’est 14 hectares de plus que qu’en 2010 et 27 de plus qu’en 2000. A titre de comparaison, les exploitations américaines s’étendent en moyenne sur 178 hectares, tandis que les exploitations britanniques occupent 81 hectares.

Depuis 2017, la surface en agriculture biologique en France a doublé en cinq ans, se hissant à 2,5 millions d’hectares. La taille moyenne de ces exploitations est de 61 hectares.

En 2020, 759.000 personnes occupent un emploi permanent dans les exploitations agricoles, soit l’équivalent de 583.000 emplois permanents à temps plein.

Agriculture française : 100 000 exploitations disparues en 10 ans

Agriculture française : 100 000 exploitations disparues en 10 ans

100.000 exploitations françaises disparues au cours de ces dix dernières années. Au total, l’Hexagone recense aujourd’hui 389.000 exploitations agricoles, contre 490.000 en 2010. Soit une chute de 21 %.

 

Dans le même temps la surface agricole totale exploitée n’a pratiquement pas bougé. Cette surface représente près de 50 % du territoire métropolitain. Donc  la taille des exploitations française augmente. En 2020, elles mesurent en moyenne 69 hectares. C’est 14 hectares de plus que qu’en 2010 et 27 de plus qu’en 2000. A titre de comparaison, les exploitations américaines s’étendent en moyenne sur 178 hectares, tandis que les exploitations britanniques occupent 81 hectares.

.Depuis 2017, la surface en agriculture biologique en France a doublé en cinq ans, se hissant à 2,5 millions d’hectares. La taille moyenne de ces exploitations est de 61 hectares.

En 2020, 759.000 personnes occupent un emploi permanent dans les exploitations agricoles, soit l’équivalent de 583.000 emplois permanents à temps plein.

Contre les méga réservoirs d’eau agricoles

Contre les méga réservoirs d’eau agricoles

 

Plus de deux cents personnalités, politiques, scientifiques, artistes, représentants d’associations et de syndicats, parmi lesquelles la juriste Valérie Cabanes, le porte-parole de la Confédération paysanne, Nicolas Girod, demandent, dans une tribune au « Monde », l’arrêt immédiat de la construction de « ces projets aberrants d’accaparement de l’eau ».

 

Tribune. 

Dans le Poitou-Charentes, des coopératives agro-industrielles tentent de faire main basse sur l’eau dans le but de prolonger un mode de production destructeur du vivant et dont il est aujourd’hui urgent de s’affranchir.

Quatre-vingt-treize « mégabassines » dont plus d’une dizaine dans le Marais poitevin – deuxième plus grande zone humide en France – risquent d’être érigées dans les trois prochaines années.

Ces énormes cratères plastifiés de cinq à quinze hectares sont le dernier artifice de l’agro-industrie pour concilier raréfaction accrue de la ressource en eau et maintien de l’irrigation intensive.

Depuis quelques mois, le mouvement tissé patiemment entre habitants du Marais poitevin et d’ailleurs, paysans et naturalistes pour donner un coup d’arrêt aux chantiers de mégabassines, a pris un essor national. Samedi 6 novembre, à l’appel de Bassines non merci, de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), de la Confédération paysanne et des Soulèvements de la Terre, plus de 3 000 personnes et 20 tracteurs se sont retrouvés à Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres), non loin d’une mégabassine en construction interdite d’accès aux manifestants.

 

Après avoir traversé champs, rivières et nuages de gaz lacrymogènes, les manifestants ont collectivement investi le site d’une autre mégabassine, illégale et qui a déjà fait l’objet de cinq condamnations par la justice.

Action collective de « désarmement »

Un élément de l’installation de pompage qui alimentait cette bassine a été démonté par des paysans. Une fois la foule montée sur le talus de la bassine, un débâchage a été effectué pour la mettre hors d’état de nuire. Cette action collective de « désarmement » était un appel à reconsidérer les manières de préserver et partager la ressource en eau. Elle témoigne de la nécessité assumée, au vu de l’urgence climatique, d’utiliser les outils de la désobéissance civile quand des projets « écocidaires » passent en force.

Ces énormes cratères plastifiés de cinq à quinze hectares sont le dernier artifice de l’agro-industrie pour concilier raréfaction accrue de la ressource en eau et maintien de l’irrigation intensive

S’il a fallu en arriver là, c’était aussi pour répondre, en pleine COP26, à un gouvernement qui, derrière ses prétentions écologiquement vertueuses, finance à 70 % ces bassines et dont le ministre de l’agriculture, Julien Denormandie, prétend qu’elles s’emplissent avec les « pluies diluviennes » de l’hiver. Le morceau de tuyau ramené jusqu’aux portes de son ministère après avoir été prélevé sur le forage de la bassine, venait le mettre face à son mensonge ou à son incompétence, en matérialisant le fait que les bassines s’emplissent aussi et surtout en pompant dans les nappes phréatiques.

Agriculture: L’envolée du prix du blé

Agriculture: L’envolée du prix du blé

Le blé a enregistré une hausse de l’ordre de 50 à 60 % sur une année pour atteindre environ 300 € la tonne. En cause une moindre production dans certains pays et des achats de masse effectuée par la Chine.

« Les prix sont fous, confie Rémi Depoix, président de Cerealis, fournisseur de blé meunier français en Afrique. La tonne de blé dur, celui des pâtes, évolue entre 500 et 600 dollars. » Il a gagné 60 % en un an.

La hausse est aussi alimentée par une spéculation sur les matières premières alimentaires comme sur les autres. A l’esprit de tous les observateurs, le souvenir de 2008. Après la crise financière, les cours du blé s’étaient emballés. Ils avaient, déjà, approché les 300 euros la tonne.

Le risque c’est évidemment une augmentation des denrées alimentaires à base de blé avec des hausses de leur de 10 % de certains produits mais surtout des risques de famine dans des pays en développement. Le blé est en effet essentiellement cultivé dans moins de 10 pays dans le monde mais importé par tous les autres ; la crise affecte les deux catégories de blé, qu’il soit tendre – celui qu’on utilise pour le pain et la pâtisserie – ou dur, celui qui sert à fabriquer pâtes et semoules. Au Canada, la sécheresse a grillé les épis. La récolte de blé tendre, attendue à 30 millions de tonnes, en atteindra à peine 24 millions. « Les huit principaux acteurs mondiaux ont enregistré de nettes baisses de production, constate Arthur Portier, expert chez Agritel, une société spécialisée dans l’analyse des marchés agricoles. La Russie, touchée elle aussi par la sécheresse, n’a récolté que 75 millions de tonnes sur les 80 attendues. En France, ce sont les inondations qui ont réduit la récolte des 38,5 millions de tonnes à moins de 35 millions ».

L’envolée du prix du blé

L’envolée du prix du blé

Le blé a enregistré une hausse de l’ordre de 50 à 60 % sur une année pour atteindre environ 300 € la tonne. En cause une moindre production dans certains pays et des achats de masse effectuée par la Chine.

« Les prix sont fous, confie Rémi Depoix, président de Cerealis, fournisseur de blé meunier français en Afrique. La tonne de blé dur, celui des pâtes, évolue entre 500 et 600 dollars. » Il a gagné 60 % en un an.

La hausse est aussi alimentée par une spéculation sur les matières premières alimentaires comme sur les autres. A l’esprit de tous les observateurs, le souvenir de 2008. Après la crise financière, les cours du blé s’étaient emballés. Ils avaient, déjà, approché les 300 euros la tonne.

Le risque c’est évidemment une augmentation des denrées alimentaires à base de blé avec des hausses de leur de 10 % de certains produits mais surtout des risques de famine dans des pays en développement. Le blé est en effet essentiellement cultivé dans moins de 10 pays dans le monde mais importé par tous les autres ; la crise affecte les deux catégories de blé, qu’il soit tendre – celui qu’on utilise pour le pain et la pâtisserie – ou dur, celui qui sert à fabriquer pâtes et semoules. Au Canada, la sécheresse a grillé les épis. La récolte de blé tendre, attendue à 30 millions de tonnes, en atteindra à peine 24 millions. « Les huit principaux acteurs mondiaux ont enregistré de nettes baisses de production, constate Arthur Portier, expert chez Agritel, une société spécialisée dans l’analyse des marchés agricoles. La Russie, touchée elle aussi par la sécheresse, n’a récolté que 75 millions de tonnes sur les 80 attendues. En France, ce sont les inondations qui ont réduit la récolte des 38,5 millions de tonnes à moins de 35 millions ».

Licences de pêche : « La France renonce »

Licences de pêche : « La France renonce »

 

 

« La France a fait preuve un peu de renoncement », regrette Dimitri Rogoff, le président du Comité régional des pêches de Normandie, vendredi 19 novembre sur franceinfo, au lendemain de l’évocation par la ministre de la Mer aux Assises de la pêche d’un « plan de sortie de flotte » pour indemniser les pêcheurs dont les navires n’obtiendraient pas de licence dans les eaux britanniques et resteraient in fine à quai.

Quel état d’esprit ont les pêcheurs après l’évocation de ce plan ?

Dimitri Rogoff : On est quand même dans l’idée que la France a fait preuve un peu de renoncement. Ces annonces-là, on les prend un peu mal. On se dit aussi que côté britannique, ils vont plutôt avoir le sourire et ça ne nous fait pas plaisir. On sait que les discussions vont continuer, mais ça fait 11 mois qu’on discute, il y a encore des points d’achoppement sur quelques licences.

« D’ailleurs, on se focalise trop sur ces quelques licences, alors qu’il y a d’autres sujets comme les bateaux remplaçants, tout ce qui touche aux quotas, aux mesures techniques qui vont se mettre en place. »

On se dit que là on a un peu loupé quelque chose. La France ne devrait pas attendre l’Europe pour se rebiffer, pour marquer des signes de contestation. Le gouvernement aurait dû le faire de façon unilatérale pour marquer le coup, pour faire en sorte que les discussions aillent un peu plus loin. On sent bien qu’elles traînent un peu et qu’on n’a pas tapé assez fort du poing sur la table. (…) Il y a beaucoup d’autres sujets à venir qui vont être extrêmement impactants pour la pêche, peut-être plus impactant que ces licences.

Des pêcheurs normands vont-ils recourir à ce plan de sortie de flotte ?

Le plan de sortie de flotte, on n’en veut pas. On n’en a pas besoin, ça ne concernera que quelques unités, mais tous les collègues en France ne sont pas dans la même situation. D’ailleurs, le plan de sortie de flotte était prévu avant le Brexit. On prévoyait un no-deal donc on avait prévu un plan de sortie de flotte musclé – qui est toujours disponible – et certains pêcheurs avaient demandé un plan de sortie de flotte bien avant le Brexit, parce qu’ils sont dans des situations difficiles, notamment dans les Hauts-de-France, sur la sole, sur certaines espèces qui viennent à manquer. C’est un outil qui est à disposition, prévu pour un certain nombre de cas de figure, les pêcheurs de Méditerranée notamment avait gardé un plan de sortie de flotte aussi parce qu’ils sont en difficulté. Ça a été mis trop en avant par rapport au problème du Brexit mais ça fait partie des solutions d’accompagnement. Ce plan est un des éléments à notre disposition. Il ne faut pas voir les choses trop simplement : il y a un travail qui va continuer avec le Royaume-Uni mais il va être long et il faut mettre ce temps-long à profit pour faire d’autres choses autour de la pêche et notamment prendre des solutions individuelles pour ceux qui en auraient besoin.

Le président du groupe Renew au Parlement européen, Stéphane Séjourné, a déclaré sur franceinfo qu’il ne fallait « jamais faire confiance à Boris Johnson », le Premier ministre britannique. Est-ce une difficulté pour vous ?

Oui, et ça fait partie de nos problèmes. Boris Johnson, je ne le connais pas mais on voit très bien ses atermoiements dans ses idées, dans sa façon de présenter les choses. Le sujet n’est plus les pêcheurs mais les postures politiques avec l’avenir de l’Irlande notamment en toile de fond. Notre problème paraît tout petit là-dedans et on a l’impression d’être instrumentalisés.

Transformer la PAC en Pacte vert européen

Transformer la PAC en Pacte vert européen 

La politique agricole commune relève désormais de « l’anachronisme politique, économique et écologique », explique le journaliste Gilles Luneau dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune. 

 

Avec pertinence et responsabilité, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, structure son mandat politique autour du Pacte vert (Green Deal), qui se décline en dix volets, et dont l’un des principaux est la stratégie « De la ferme à la fourchette ». Son but est de mettre en place un système alimentaire durable à l’horizon 2030, avec quatre objectifs :

  • Réduire de 50 % l’utilisation des pesticides et des risques qui leur sont associés.
  • Diminuer de 20 % au moins l’utilisation de fertilisants.
  • Diminuer de 50 % les ventes d’antimicrobiens dans l’élevage et l’aquaculture.
  • Atteindre 25 % des terres agricoles en agriculture biologique.

Cette proposition a été massivement soutenue par le Parlement européen, via la résolution adoptée le 20 octobre, par 452 voix pour, 170 contre et 76 abstentions. Par ce vote, les eurodéputés, toutes familles politiques confondues, souhaitent que la Commission fixe des objectifs ambitieux à la réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture afin de diminuer de 55 % les émissions de l’Union européenne (UE) en 2030. Ce qui est dans l’esprit et la lettre du volet climat du Pacte vert.

Ce double objectif de la Commission et du Parlement n’a qu’un seul obstacle : la politique agricole commune (PAC) ! Elle est un héritage du Vieux Monde forgé dans les décombres de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide qui lui succéda. Le monde bipolaire et positiviste des « trente glorieuses ».

 

Nous devons à la politique agricole de cette époque d’avoir refondé l’Europe dans la paix et d’avoir, en subventionnant les volumes de production, regagné l’autosuffisance alimentaire de l’UE dès le milieu des années 1970, toutes productions agricoles confondues. En changeant la géopolitique mondiale, la chute du mur de Berlin et de l’empire soviétique a enivré l’Europe de croissance illimitée et sans frontières. Sous pression de l’Organisation mondiale du commerce, la PAC a alors rétribué les agriculteurs au prorata de leurs surfaces cultivées et les a mis en concurrence avec le monde entier. Ce choix a induit l’industrialisation maximale de l’agriculture.

Devenue dépendante des importations agroalimentaires, des pesticides, des engrais de synthèse, de l’énergie pétrolière, l’UE a perdu son autosuffisance alimentaire et ruiné une bonne partie de ses paysans. Ce que nombre d’économistes et d’intellectuels ont chanté comme un monde nouveau n’était que l’illusoire convulsion du même Vieux Monde se brisant sur la réalité de son bilan : une triple crise planétaire du climat, de la biodiversité et de la pandémie de Covid-19.

Risque de crise alimentaire avec la montée des prix des engrais

  • Risque de crise alimentaire avec la montée des prix des engrais
  • La crise des matières premières et de l’énergie provoque des hausses exceptionnelles des prix des  engrais. Des prix qui peuvent être multipliés par deux ou par trois et même davantage; . Pour la récolte prochaine, cela pourrait provoquer une crise alimentaire notamment dans les pays en développement. Cela d’autant plus que par exemple le rendement mondial du blé a été décevant cette année. Par ailleurs la demande est largement influencé par les importations massives de la Chine victime de la baisse de sa production locale.
  • Les  engrais azotés qui fertilisent les grandes cultures (céréales, betteraves…) figurent  en effetbparmi les victimes collatérales de la flambée des cours du gaz.
  • Fabriqués à partir d’ammoniac, qui combine azote de l’air et hydrogène provenant du gaz naturel, ces fertilisants ont vu leur prix s’envoler depuis un anTel l’ammonitrate 33,5 % l’engrais minéral le plus utilisé, dont le prix à la tonne est passé de 250 en novembre 2020 à 750 euros aujourd’hui. «Soit l’équivalent du tiers du revenu à l’hectare d’un producteur de betterave» s’alarme Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). Idem pour l’urée, un engrais sous forme de granulés qui a vu ses prix multipliés par quatre.

Au-delà du conflit de la pêche, l’enjeu du brexit lui-même

Au-delà du conflit de la pêche, l’enjeu du brexit lui-même

Jean-Francis Pécresse des Echos explique fort justement qu’il faut résister à Boris Johnson non seulement concernant le conflit de la page mais au-delà sur les autres aspects du bre xit  en particulier concernant la frontière avec l’Irlande qui constitue le cœur même de l’accord. Un accord que Johnson veut faire voler en éclats. (Extrait)

Avec toute la perfidie dont elle est capable, Albion a montré le peu de cas qu’elle faisait de son ancien partenaire européen en oeuvrant à l’annuation du mirobolant contrat français des sous-marins australiens.

Entre sa volonté de retirer du marché commun un maximum d’avantages, puis sa décision de s’en retirer sans payer les frais de sortie, avec enfin ses exigences insolentes dans l’interminable négociation du Brexit, voilà des années que le Royaume-Uni joue les fauteurs de trouble en Europe. Il n’en fait plus partie, et cela continue. Cela ne peut plus durer, alors que l’Union a déjà assez à faire avec son flanc Est.

Avec ce conflit sur la pêche, l’occasion est donc belle de signifier à son imprévisible et capricieux Premier ministre, Boris Johnson, que l’on ne peut pas impunément se moquer des accords signés. Bien sûr, nous n’en serions pas là si celui sur la pêche avait été mieux négocié afin de garantir sans ambiguïté le droit de tous les chalutiers français ayant jeté leur filet avant 2021 dans la zone poissonneuse des 6-12 milles de continuer à le faire.

Résister aujourd’hui à Boris Johnson est une exigence pour les intérêts de la France mais aussi pour ceux de l’Europe. La commission serait bien inspirée de se ranger sans ambiguïté derrière Paris faute de quoi la prochaine étape sera la sortie unilatérale du protocole nord-irlandais, lequel impose d’indispensables contrôles douaniers et sanitaires en mer d’Irlande . Autrement dit la clé de voûte du Brexit…

Un cadre, complexe et inconfortable, a été laborieusement posé aux nouvelles relations entre le Royaume Uni et l’Europe continentale. Mais il a le mérite d’exister et ne peut être l’otage des foucades d’un Boris Johnson attisant outre-Manche le sentiment nationaliste pour faire oublier ses propres déboires. Ceux d’un Brexit qui prive les Britanniques d’innombrables produits, et peut-être même de sapin de Noël. Ceux aussi d’une gestion calamiteuse de la crise sanitaire. Guerre de la saucisse, querelle sur les migrants, conflit sur la pêche… le « french bashing » permanent est peut-être une stratégie, il ne fait pas une politique.

Produits agricoles importés: Pour des règles Européennes de réciprocité

  • Produits agricoles importés: Pour des règles Européennes de réciprocité

Apporter aux agriculteurs cette « protection essentielle » devra être une priorité pour la présidence française de l’Union européenne en 2022, affirme, dans une tribune au « Monde », un collectif d’eurodéputés, de représentants d’ONG environnementales et de représentants du monde agricole.

 

 

 

Nous partageons un constat : les agriculteurs sont soumis à des distorsions de concurrence vis-à-vis des importations de nos partenaires commerciaux qui limitent la transition de l’agriculture européenne vers plus de durabilité ; les produits agricoles que nous consommons en Europe ne respectent pas toujours les mêmes règles selon qu’ils sont produits au sein du marché européen ou importés.

Certaines méthodes de production (utilisation de farines animales, recours à des antibiotiques comme activateurs de croissance) strictement interdites dans l’élevage européen doivent par conséquent faire l’objet de mesures strictes de réciprocité et de contrôles des produits importés, tels que le bœuf, qui nous vient du Brésil ou du Canada, par exemple. De même, les tomates, les lentilles, les oranges ou les poireaux importés, ne devraient en aucun cas être traités avec des pesticides interdits dans l’Union européenne (UE) en raison de leur dangerosité pour la santé ou l’environnement.

Sans la mise en place de telles mesures miroirs, du point de vue des agriculteurs, la situation est absurde. Alors même qu’ils peinent trop souvent à dégager un revenu décent, faute de prix suffisamment rémunérateurs, ils ne peuvent se trouver dans le même temps, exposés à une concurrence déloyale avec des produits importés moins-disants sur le plan sanitaire, environnemental et en matière de bien-être animal. Alors même que nous devons privilégier un modèle d’élevage familial et herbager – sans commune mesure avec certaines fermes usines américaines de plusieurs milliers de bovins engraissés de manière industrielle –, l’Europe se doit d’apporter aux paysans cette protection essentielle. Du point de vue du consommateur européen, l’absence de mesures de réciprocité efficaces apparaît ubuesque alimentant des sentiments d’incompréhension ; le risque étant également que son choix se porte vers des produits loin de nos standards.

« Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les impacts sur la santé, le climat et la biodiversité générés par notre alimentation au-delà de nos frontières »

Ce système de deux poids deux mesures menace directement l’atteinte des objectifs environnementaux et climatiques définis dans le Green Deal [le Pacte vert, soit l’objectif de neutralité climatique de l’UE d’ici à 2050], et la stratégie européenne « De la ferme à la fourchette ». Disons-le clairement : maintenir un tel système c’est limiter la transition vers une agriculture européenne plus durable. Comment convaincre les agriculteurs européens de réduire l’utilisation des pesticides ou des antibiotiques d’ici à 2030, si les interdictions ne s’appliquent pas aussi de manière intégrale aux produits d’origine étrangère importés en Europe ? Comment convaincre même les consommateurs de privilégier des produits européens issus d’une agriculture plus durable face à des produits importés à un prix moindre mais au coût environnemental plus élevé ?

Agriculture et décarbonatation : près de 500 000 emplois créés d’ici 2050 ?

Agriculture et des carbonatations : près de 500 000 emplois créés d’ici 2050 ?

 

 

 

Une étude intéressante du think thank  Shift Project qui tente de montrer qu’une conversion de la production et un changement de la consommation seraient susceptibles de créer de nombreux emplois dans l’agriculture. Ces évaluations supposent une relocalisation, un changement de mode production mais aussi une évolution du comportement des consommateurs.

Par contre,les hypothèses chiffrées peuvent être évidemment discutées car elles demeurent très théoriques. D’abord le rapport se fonde surtout sur la nature de la consommation actuelle (sauf pour la viande) rien ne dit qu’on assistera pas à une modification de la structure de cette consommation . Le rapport est surtout fondé sur une dynamique qui vise à réduire les émissions de carbone par le développement de l’emploi.

Il faudra faire aussi accepter par le consommateur l’augmentation de la valorisation des produits agricoles qui forcément connaîtront une certaine inflation. Rien n’est impossible évidemment et des évolutions progressives sont même souhaitables. Le chiffrage est pour le moins approximatif car il repose sur la transformation des pertes de productivité théoriques en emploi.

Selon le rapport intermédiaire du Shift Project intitulé « l’emploi : moteur de la transformation bas carbone », publié mi-septembre, le cabinet de conseils estime que la mutation du modèle agricole français vers un modèle décarboné, pourrait générer la création nette de 469.000 emplois équivalent temps plein (ETP) d’ici 2050. Ce rapport s’inscrit dans le projet au long court du think thank, qui souhaite proposer aux responsables un  »Plan de transformation de l’économie française » pour décarboner les activités économiques du pays.

Alors que le secteur employait 1.4 million de travailleurs en 2016, les auteurs du Shift Project estiment qu’ils seront 1.9 million d’ici 2050 après la transformation du système de production agricole. Le périmètre de l’étude prend en compte la production agricole, l’amont de la filière (fournitures d’intrants et de services), la transformation des produits (industries agroalimentaires et artisanat commercial, boulangerie, pâtisserie et charcuterie), le commerce de gros et le négoce de produits alimentaires. Les activités de transport de produits alimentaires réalisées par des entreprises spécialisées dans le fret et la logistique sont en revanche exclues du périmètre.

Cela passe notamment par une baisse de la consommation de viande et un effort significatif pour réduire le gaspillage, la relocalisation des chaînes de production alimentaire, de la production à la transformation, sera un élément moteur de la dynamique de l’emploi. Est également intégré aux simulations « l’évolution géographique de la répartition des productions du fait du réchauffement » climatique », expliquent les auteurs de l’étude, qui précisent :

Pour une souveraineté alimentaire qui intègre social et environnement

Pour une   souveraineté alimentaire qui intègre  social et environnement 

 

Dans son rapport intitulé « La souveraineté alimentaire : perspectives nationales, européennes et internationales », la députée Sandrine le Feur formule des recommandations pour une meilleure mise en oeuvre des politiques publiques visant à renforcer la souveraineté alimentaire. Intreview dans l’Opinion.

La crise Covid a remis sur le devant de la scène la nécessité de la souveraineté alimentaire. Vous insistez pour qu’on en revienne à la définition originelle. Quelle est-elle ?

La définition mise en avant en France ces derniers mois n’est pas celle faite par le mouvement paysan Via Campesina dans les années 1990. Celle-ci comprend trois axes : le droit à l’alimentation pour les consommateurs et le droit à la production pour les paysans, ce qui implique la rémunération correcte de leur travail ; l’accès au foncier et le droit pour les paysans de choisir leurs productions et leurs semences ; le respect des droits sociaux et environnementaux dans les échanges. Cela ne s’applique pas à la seule échelle d’un pays : ce n’est pas une vision hostile aux échanges, ce n’est pas synonyme d’autarcie. Mais il y a une notion centrale de respect des autres agricultures dans le commerce mondial.

Quel état des lieux dressez-vous de la souveraineté alimentaire et européenne ?

La crise Covid a accentué la prise de conscience et suscité une envie d’autonomie. A l’échelle d’une exploitation, une autonomie accrue, ce sont aussi des revenus meilleurs et dans ce sens, je me retrouve dans l’ambition du Plan protéines. Mais l’autonomie n’est qu’une partie de la restauration de la souveraineté alimentaire. L’autre volet, capital, c’est le respect dans les échanges, des effets sociaux et environnementaux — qui conditionne la souveraineté des autres acteurs. Et cela n’est pas pris en compte. Je pose par exemple la question : doit-on produire pour les autres ? De mon point de vue, on a voulu exporter notre modèle qui a détruit une agriculture vivrière. Les exportations subventionnées par la PAC créent des concurrences déloyales et nous devons y réfléchir.

« La première chose, selon moi, c’est de promouvoir une exception agricole et alimentaire dans les accords commerciaux internationaux, comme pour la culture »

Ce débat sur la souveraineté alimentaire porte aussi sur la main-d’œuvre…

Oui, et je le vois sur le terrain : nous peinons à trouver des bras pour le ramassages des échalotes, des pommes de terre, des tomates… Nous demandons régulièrement la régularisation de migrants qui veulent travailler dans les champs. Cela pose question : pourquoi est-il si difficile de ramener la main-d’œuvre locale vers la terre ? Est-ce que ces travaux ne sont pas assez payé au regard de leur dureté — et est-ce que les consommateurs ont conscience de ce que cela implique pour eux ? Comment revaloriser la fonction nourricière, qui est noble ?

Quels sont les pistes principales que vous explorez pour améliorer la souveraineté alimentaire ?

La première chose, selon moi, c’est de promouvoir une exception agricole et alimentaire dans les accords commerciaux internationaux, comme pour la culture. La nourriture ne doit plus servir de monnaie d’échange. La deuxième piste est d’intégrer à la rémunération des externalités positives de l’agriculture. La société et les consommateurs demandent toujours plus aux agriculteurs — respecter la biodiversité, adopter de meilleures pratiques — sans vouloir en payer le prix final lors de l’achat des produits. L’agriculture biologique, par exemple, aimerait plus d’aides de la PAC, mais l’idéal est quand même de vivre de la production. Les politiques publiques doivent faire plus en ce sens, ce n’est jamais clairement dit. Enfin, je préconise la création d’un service public universel de l’alimentation sur le modèle de la Sécurité sociale, avec le remboursement d’une liste de produits à déterminer pour orienter la consommation vers plus de vertu : locaux, bio ou pas, d’ailleurs. Mais cela doit se faire à l’échelle européenne.

Electricité- Énergie : vers une crise majeure ?

Electricité- Énergie : vers  une crise  majeure ?

 

 

Quand l’appareil de production mondial fonctionne bien,  peu s’inquiètent  d’une éventuelle crise de l’énergie. L’énergie à disposition aujourd’hui est appréhendée un peu comme l’eau qui coule du robinet. En disposer parait tout à fait normal. Pourtant les conditions économiques générales, les exigences environnementales et les politiques erratiques de certains Etats pourraient conduire à une crise mondiale de l’énergie. Pour l’instant,  on attribue essentiellement la hausse des prix de l’énergie (gaz, électricité, pétrole) à des facteurs essentiellement conjoncturels.

 

Ces hausses qui traduisent une inadaptation de l’offre par rapport à la demande seraient du à la reprise économique de 2021. Tout n’est pas faux évidemment; ceci étant globalement, il faut quand même relativiser cette reprise générale qui en moyenne nous ramène au niveau de croissance de fin 2019. D’autres facteurs sont donc à prendre en compte.

 

Parmi ceux-ci il y a les contraintes environnementales qui amènent une conversion des outils de production de l’énergie. En clair, cela se traduit par un certain rationnement de l’énergie en tout cas pour l’instant à un net renchérissement. Dans cet environnement , les pays souvent pour faire plaisir au courant écolo ont changé de manière trop brutale leur politique énergétique par exemple en supprimant brutalement des sites de production nucléaire et paradoxalement en réactivant des sites de production au charbon.

 

En outre la bulle des énergie alternative s’est largement dégonflée. Certes elles peuvent être utiles voir nécessaires mais certainement pas constituer le cœur d’une politique énergétique notamment pour les énergies intermittentes comme les éoliennes. L’Allemagne de ce point de vue est un bon exemple des errements conduits en matière de politique énergétique. Pour prendre en compte le courant écolo, le gouvernement allemand a brutalement fermé ses centrales nucléaires pour leur substituer des centrales au charbon les énergies alternatives se montrant complètement incapables de satisfaire la demande.

 

Pire l’Allemagne s’est rendue complètement dépendante maintenant du gaz russe. Un  gaz russe fourni actuellement avec parcimonie par la Russie qui participe à l’emballement  des prix de toutes les énergies. D’autres zones aussi sont menacées par exemple la puissance montante indienne où le pétrole permet de produire 70 % d’électricité mais où les stocks de charbon font craindre une pénurie en matière de fourniture de courant Les centrales thermiques indiennes sont en état d’alerte.

 

Au cours des derniers mois, leurs réserves de charbon se sont effondrées pour atteindre un niveau critique. Mercredi dernier, les 135 centrales thermiques alimentées au charbon du pays disposaient, en moyenne, de quatre jours de stock. Plus de la moitié d’entre elles possédaient moins de trois jours de réserves et quinze étaient déjà en rupture de stock, selon les données officielles. Dans un pays où l’or noir permet de produire près de 70 % de l’électricité, les faibles réserves de charbon font craindre des coupures de courant. La Chine pèse aussi d’un poids considérable sur la demande avec sa reprise économique vigoureuse antérieure à celle des pays occidentaux. En France aussi la situation risque d’être tendue si par hypothèse l’hiver se révèle assez froid. Depuis la fermeture de Fessenheim, l’équilibre production consommation est fragile en France. C’est sans doute à l’occasion d’une coupure- qu il ne faut pas souhaiter -que la France s’apercevrait alors il ne faut pas confondre politique énergétique et gadgets écologiques en matière d’électricité.

L’envolée aussi des prix ressources alimentaires mondiales (FAO)

L’envolée aussi des prix  ressources alimentaires mondiales (FAO)

Une augmentation de plus de 30 % sur un an qui va évidemment se répercuter très prochainement sur les produits de consommation.    Les prix mondiaux des produits alimentaires ont encore augmenté pour le deuxième mois consécutif en septembre pour atteindre leur plus haut niveau en dix ans, a indiqué l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), jeudi 7 octobre.

 L’indice FAO des prix des produits alimentaires s’est établi en moyenne à 130 points le mois dernier, un record depuis septembre 2011. Sur un an, l’indice a augmenté de 32,8 % en septembre. De mauvaises récoltes conjuguées à la demande chinoise expliquent la nette augmentation des prix des produits agricoles de base.

L’indice des prix des céréales a augmenté de 2 % en septembre par rapport à août, en raison de la croissance des prix du blé (+4 %), la FAO évoquant dans un communiqué le « resserrement des disponibilités exportables dans un contexte de forte demande mondiale ».

Les prix des huiles végétales ont augmenté de 1,7 % en septembre et restent supérieurs de 60 % à leur niveau enregistré il y a un an, selon la FAO, en raison principalement de la hausse des cours de l’huile de palme et de l’huile de colza. En ce qui concerne la production céréalière, la FAO prévoit une récolte mondiale record de 2,8 milliards de tonnes en 2021.

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