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Grippe aviaire : risque de transmission aux humains ?

 

Depuis plusieurs semaines, des cas d’infection ont été détectés dans des élevages de vaches laitières, faisant craindre l’émergence d’un virus susceptible de s’adapter à divers mammifères, et notamment les humains . Franceinfo a interrogé Benjamin Roche, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et coordinateur de l’initiative Prezode, un réseau international de prévention de l’émergence des zoonoses (des maladies transmissibles des animaux aux humains).

 Pourquoi l’épidémie en cours aux Etats-Unis se distingue-t-elle de celles que nous connaissions jusqu’ici ?

Benjamin Roche : Ce que nous observions jusqu’alors, en France et dans les nombreux pays concernés par des épidémies de grippe aviaire, c’est une circulation importante du virus, qui avait tendance à se globaliser, faisant quelques cas humains, de façon très sporadique, essentiellement chez des personnes qui travaillent dans des exploitations agricoles. Cette situation reste rare, car nous savons que les virus qui circulent chez les oiseaux ont du mal à directement s’adapter à l’homme, leur système immunitaire étant très différent du nôtre.

Ce qui est inquiétant dans l’épidémie en cours aux Etats-Unis, c’est que le virus commence à circuler dans des élevages bovins. Si le virus s’est suffisamment adapté pour circuler chez certains mammifères, le chemin à parcourir pour arriver à l’homme est plus court que si ce virus n’était adapté qu’aux oiseaux. Le risque principal, c’est qu’il s’adapte à l’homme jusqu’à un jour être capable de circuler d’humain à humain.

Le virus a été détecté dans 24 fermes américaines, dans des Etats très éloignés les uns des autres. Se peut-il que le virus circule chez d’autres espèces ?

Le fait que les cas soient assez diffus géographiquement peut laisser penser qu’un grand nombre d’événements restent non détectés et qu’il existe des circuits de transmission que l’on ne voit pas. Si on peut raisonnablement penser que l’épidémie est assez diffuse, n’oublions pas que les Etats-Unis disposent d’excellents moyens de suivi et de détection. Malheureusement, seul le temps nous dira si l’épidémie est vraiment importante.

Enfin, un virus peut s’avérer hautement pathogène pour une espèce, mais pas pour une autre. Celui-là, nous le savons, est hautement pathogène pour certaines espèces d’oiseaux. Il peut potentiellement être hautement pathogène pour les bovins, mais peut ne pas l’être pour l’homme. Ce sont des choses que nous connaissons encore assez mal. Les situations divergent en fonction de la souche, du sous-type, etc. Mais en ce qui concerne les virus de la grippe, ce sont surtout les porcs qui nous inquiètent. Ils ont des récepteurs immunitaires et antigéniques qui permettent d’assez bien répliquer les virus qui circulent chez l’oiseau, ainsi que ceux qui circulent chez l’homme. Le porc est le mammifère idéal pour opérer ce « mix » qui donnerait un virus susceptible de se transmettre entre humain.

Voir le virus chez des bovins avant de l’avoir vu chez le porc, c’est d’ailleurs une situation originale. Là encore, difficile de savoir si c’est parce que nous disposons aujourd’hui de meilleurs moyens de détections qu’autrefois, ou s’il s’agit d’un fait nouveau.

Comment le virus est-il passé des oiseaux aux vaches laitières ? Se peut-il que la transmission se soit faite par la nourriture donnée aux vaches et qui, aux Etats-Unis, peut contenir de la volaille, comme l’ont suggéré quelques chercheurs américains cités par The Telegraph ?

A ce stade, ce sont des spéculations. A ma connaissance, il n’y a pas de certitude sur la façon dont le virus a sauté entre les espèces dans ce cas précis. Et le savoir prendra sûrement du temps.

Y a-t-il des conditions d’élevage qui favorisent la propagation des virus ?

Chez les oiseaux, nous savons que l’élevage intensif est un facteur important pour le niveau de transmission. Chez les bovins, comme le cas est plutôt rare, nous n’avons pas le même niveau de connaissance du risque de transmission de la grippe aviaire. A ma connaissance, il n’y a pas de protocole spécifique chez les bovins pour la grippe aviaire, si ce n’est le respect des pratiques de bon sens bien sûr, comme le nettoyage et la décontamination de surfaces ou encore des tests réguliers.

Vous avez mentionné l’importance d’éviter que le virus ne s’adapte à l’homme, mais comment les autorités sanitaires y travaillent-elles ?

Comme nous l’avons vu lors de la pandémie de Covid-19, c’est bien d’être préparés et de répondre en cas d’épidémie, mais le mieux reste de la prévenir, en évitant que les virus n’arrivent jusqu’à l’homme. C’est ce que l’on appelle de la « prévention primaire ». Dès janvier 2021, Emmanuel Macron a annoncé le lancement de l’initiative « Prezode », qui a justement pour objectif de développer de telles stratégies de prévention à des niveaux locaux et de les connecter entre eux, à l’échelle globale. Aujourd’hui, elle rassemble 25 gouvernements et 250 institutions membres qui développent ensemble, avec l’OMS notamment, des stratégies de prévention. Il s’agit par exemple d’avoir des outils que peuvent mettre en place les politiques publiques, sur la biosécurité des élevages, par exemple.

Par ailleurs, nous savons que le niveau de circulation des virus augmente quand on observe une perte de biodiversité. Donc il faut se pencher sur les moyens de protéger la biodiversité pour limiter le risque d’émergence chez l’homme, mais aussi développer des réseaux de surveillance et former les acteurs locaux partout dans le monde.

 

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