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Le vivant : une référence pour transformer la société ? (Kalina Raskin)

Le vivant : une référence pour transformer la société ? (Kalina Raskin)

Kalina Raskin , directrice du Ceebios (Centre d’études & d’expertises et Réseau d’acteurs industriels & académiques national pour accélérer la transition écologique & sociétale par le biomimétisme) qui compte 22 salariés, 100 sociétaires et 500 labos ou startup qui font aujourd’hui partie de l’écosystème. Explications sur les applications concrètes du biomimétisme. (Cet article est issu de T La Revue n°15 – « Sobriété, frugalité, ingéniosité : comment innover autrement ? ») dans la Tribune

Le biomimétisme consiste à à s’inspirer des propriétés essentielles (par exemple des formes, compositions, processus, interactions) d’un ou plusieurs systèmes biologiques, pour mettre au point des procédés et des organisations permettant un développement durable des sociétés.

Comment avez-vous découvert ou redécouvert l’utilité du biomimétisme ?

Kalina Raskin Tout au long de mes études, cette matière m’avait été transmise et enseignée de façon théorique. Je l’avais gardée dans un coin de mon esprit en me disant qu’un jour j’en ferais quelque chose. Puis, j’ai commencé à travailler et j’ai pris conscience de l’ampleur de l’urgence induite par le changement climatique. Je me suis alors replongée dans les livres fondateurs de cette matière comme le livre de Janine Benyus, Biomimétisme en action, qui avait fait le tour aux États-Unis, d’acteurs et de chercheurs investis dans des études sur la façon dont l’énergie ou la matière étaient gérées dans le vivant. Un déclic s’est produit, car ce livre a été très instructif dans une perspective de recherches de nouvelles trajectoires afin de mieux appréhender le réchauffement climatique.

L’idée de trouver de nouvelles trajectoires à l’aide du biomimétisme a donc été votre viatique ?

K.R. Oui. Complètement. C’est la conjonction de ma sensibilité individuelle, de l’influence de mon compagnon qui a, lui, une activité tournée vers les enjeux environnementaux et la redécouverte des possibilités du biomimétisme.

Comment définiriez-vous votre pratique du biomimétisme ?

K.R. Le biomimétisme est la façon de faire de la manière la plus rigoureuse qui soit un transfert de connaissances depuis la biologie vers d’autres systèmes actifs. Cela repose sur une observation et une compréhension scientifiques des phénomènes dans le vivant afin de pouvoir ensuite les adapter à des systèmes socio-technico économiques humains complexes. À cela s’ajoute chez Ceebios la volonté de ne pas uniquement aborder cette question via la partie technologique qui est la partie la plus facile, mais aussi sans aucun doute, la moins efficace pour transformer les choses en profondeur. Le biomimétisme tel que je l’envisage est bien plus large qu’une simple volonté d’innovation technologique inspirée du vivant, il est une approche globale et holistique du monde.

Pourquoi la technologie et le technosolutionisme ne vous paraissent pas être la bonne voie ?

K.R. La technologie ne nous sauvera pas. Il faut passer à un système plus sobre. Le biomimétisme est un cahier des charges. Le vivant peut nous aider à résoudre des problématiques. Il convient de respecter le cahier des charges du vivant.

Pourriez-vous nous donner quelques exemples concrets de biomimétisme qui correspond à ces canons que vous venez de définir ?

K.R. L’exemple de l’entreprise Pocheco me paraît très intéressant, en ce sens qu’ils ont d’abord fait du biomimétisme sans véritablement en avoir conscience pour ensuite l’élargir à l’ensemble de leurs activités. Pocheco est une entreprise qui fabrique des enveloppes. Elle a été très interpellée sur son empreinte environnementale. Afin d’être en phase avec ses valeurs, elle s’est complètement transformée. Ainsi, ils sont très attentifs à leurs fournisseurs de papier, ils ont décidé de retraiter sur leur zone de phyto les encres qu’ils utilisent dans une forme de circuit court. Cela pour améliorer leur produit. Ensuite, ils ont repensé toute l’organisation de leur site afin d’atteindre une sobriété énergétique réelle. Ils ont organisé une circularité du flux des énergies avec la récupération de chaleur des machines, évapotranspiration en toiture pour susciter une climatisation naturelle, récupération des eaux de pluie qui ensuite ruissellent et constituent une zone de tampon. Cela s’accompagne aussi de la mise en place d’une attention particulière à la biodiversité avec des parcelles du site en permaculture et une association étroite avec les agriculteurs locaux. Leur exemple pour moi est le Graal de tout ce que l’on peut espérer dans un raisonnement d’entreprise global. Cela engendre des bénéfices pour l’environnement, mais aussi pour les collaborateurs qui y voient du sens. Dans le domaine de l’architecture, il y a aussi l’École de la biodiversité à Boulogne-Billancourt qui est une très grande réussite car elle s’inscrit dans une volonté de régénération des écosystèmes et du vivant.

Comment les choses se déroulent-elles lorsqu’une entreprise sollicite le Ceebios afin de se tourner vers une approche inspirée du biomimétisme ?

K.R. Le cas de Pocheco n’est pas le cas générique. Pour ce qui est de Pocheco, la dynamique provient de nos volontés conjointes d’associer nos savoir-faire. Le Ceebios vient d’achever plusieurs thèses autour des services écosystémiques sur comment le biomimétisme et les modèles des écosystèmes naturels peuvent apporter des idées supplémentaires pour tendre vers une plus grande vertu environnementale tout en faisant de l’innovation. Plus largement, le Ceebios, devenu coopérative d’intérêt collectif, milite pour faire comprendre que le biomimétisme est une approche englobante qui nécessite la mise en musique de l’ensemble des parties prenantes, mais aussi de l’ensemble des savoir-faire. Notre rôle est à la fois un rôle de conseil, d’accompagnement, et de recherche pour trouver quels sont les écosystèmes inspirants pour les problématiques que les entreprises en question viennent présenter. La coopération crée, la compétition trie. C’est ce viatique qui nous anime.

La plupart des entreprises qui nous sollicitent arrivent d’abord pour changer une petite partie de leur activité en s’inspirant du biomimétisme. Elles sont de tous les secteurs économiques. Elles nous demandent, par exemple, de changer leur type d’adhésif, car celui qu’elles utilisent va être interdit. Nous cherchons alors dans la littérature scientifique, mais aussi dans tous les modèles du vivant ce qui est envisageable. Cela occupe 60 % de nos équipes. Le reste se fait dans la recherche. Entre conseil, accompagnement et recherche. Nous tentons ensuite d’évangéliser sur des problématiques plus larges.

Quels sont les freins que vous rencontrez au quotidien pour évangéliser vos clients au biomimétisme et à cette question de la loi d’airain du capitalisme où les injonctions sont souvent contradictoires ?

K.R. Nous sommes une société à but non lucratif. Nos sociétaires le savent. Donc ceux qui nous financent savent qu’ils n’auront pas de retour immédiat. Ils doivent d’abord investir dans les communs avant de trouver une nouvelle voie. Cela change des standards pour eux. Ensuite, plus largement, les freins que nous voyons ne sont pas propres au biomimétisme. Ils sont plutôt d’ordre organisationnel. Les entreprises sont souvent très silotées et ont parfois du mal à trouver des personnalités à même de le porter de façon transversale. Il y a aussi parfois des freins culturels. Dans certaines entreprises, le temps laissé à la démonstration de l’efficacité d’un procédé est trop court et l’approche biomimétique a besoin d’un moyen terme pour pouvoir s’installer.

Y a-t-il un frein de connaissance ?

K.R. Oui, pour certaines entreprises, mais plus nous avançons, plus ce sujet devient crucial dans l’approche économique. Elles ne font pas toujours l’effort de la recherche et financent parfois de « l’innovation frugale » en donnant toute la responsabilité à des petites start-up. Nous essayons de les faire accélérer sur ce point. Le point de frottement se situe aussi dans le fait que les grandes firmes n’ont pas assez de biologistes dans leurs compétences pour lancer des projets de recherche d’ampleur.

À vous entendre, on a l’impression que le biomimétisme est à la fois une philosophie, une utopie et une approche transgressive de la transformation économique et environnementale ?

K.R. C’est une philosophie éclairée par la science. C’est-à-dire que le vivant peut constituer un modèle de référence pour la transformation de la société. C’est une approche globale d’une meilleure intégration des activités humaines dans le vivant.

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