Les lobbys de la mal-bouffe

 

Les lobbys de la mal-bouffe

Les interventions « systémiques » de l’industrie agroalimentaire en matière de santé publique sont dénoncées dans deux ouvrages, l’un du professeur en épidémiologie nutritionnelle Serge Hercberg, l’autre des sociologues Daniel Benamouzig et Joan Cortinas Muñoz. ( » dans le Monde » Par Mathilde Gérard)

 

 

Dire que l’étiquette nutritionnelle Nutri-Score a donné lieu à une bataille de lobbys relève de l’euphémisme. Avant que ce logo de cinq couleurs, renseignant la qualité nutritionnelle d’un aliment, ne soit adopté fin 2017 par la France comme logo officiel (bien que non obligatoire), de grands groupes agroalimentaires ont livré un âpre combat contre cette étiquette, déployant toute la palette des stratégies d’influence possibles : entretien du doute sur la validité scientifique du dispositif, proposition de contre-logo, multiplication des échanges avec la sphère politique – officiels et officieux –, dénigrement des équipes qui ont conçu et testé le logo, personnalisation des enjeux… Un véritable cas d’école du lobbying mené par une filière, décrypté dans deux récents ouvrages.

Le premier, Mange et tais-toi, de Serge Hercberg, est un récit personnel des nombreuses pressions reçues par ce professeur en épidémiologie nutritionnelle, qui a présidé le Programme national nutrition santé en France de 2001 à 2017 ; une plongée saisissante dans les coulisses de la prise de décision en santé publique. Le second, Des lobbys au menu, écrit par Daniel Benamouzig (Centre de sociologie des organisations, CNRS et Sciences Po) et Joan Cortinas Muñoz (chercheur associé à la chaire santé de Sciences Po), est une enquête sociologique sur les différents types d’intervention de l’industrie agroalimentaire dans la sphère publique. Une recherche menée sur deux ans, qui démontre, au-delà des conflits d’intérêts individuels, l’existence d’activités d’influence « systémiques ».

Ces deux livres regorgent d’exemples. Serge Hercberg se remémore ainsi un combat emblématique, celui de l’interdiction des distributeurs automatiques de snacks dans les écoles en 2004, qui avait valu au professeur de recevoir de nombreux courriers hostiles, jusqu’à un appel téléphonique anonyme de menace.

Daniel Benamouzig et Joan Cortinas Muñoz relatent un autre épisode : lors de l’examen du projet de loi santé de 2015, dans lequel était discutée la mise en place de l’étiquetage nutritionnel, un directeur d’affaires publiques de la filière se plaint auprès de l’Elysée de ne pas réussir à rencontrer la ministre de la santé. « On s’est un peu énervés auprès de l’Elysée et de Matignon, en disant : “Ecoutez, on ne comprend pas, on arrive à voir le président de la République, on arrive à voir le premier ministre, on arrive à voir à peu près tous les ministres du gouvernement (…). Ce n’est pas normal”, relate ce responsable. L’Elysée finit par obliger Marisol Touraine à nous rencontrer, et elle nous boude et nous envoie son directeur de cabinet. » Réputé plus hermétique au secteur privé, le ministère de la santé présente néanmoins une lacune principale, selon Serge Hercberg : son « faible poids (…) dans la hiérarchie gouvernementale face à des ministères pesant beaucoup plus lourd, comme celui de l’agriculture ou celui de l’économie ».

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