Archive mensuelle de avril 2022

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Politique-Macron-Le Pen: du théâtre ?

Politique-Macron-Le Pen: du théâtre ?

Emmanuel Macron surjouant l’homme agressif, arrogant ; Marine Le Pen incarnant avec zèle la dame policée pour gommer son l’affiliation à l’extrême droite. Deux corps, deux stratégies. Par Fabienne Martin-Juchat, Université Grenoble Alpes (UGA)

 

Le spectacle d’une joute politique entre une femme et un homme peut-il être analysé uniquement sur le mode de la confrontation corporelle ? Nous avons observé le débat entre les deux candidats à l’élection présidentielle en nous focalisant principalement sur le jeu de deux corps genrés qui n’ont pas adopté la même stratégie.

D’un côté, Emmanuel Macron, surjouant littéralement le rôle de l’homme, agressif, méprisant, arrogant ; de l’autre, Marine Le Pen incarnant avec le même zèle la dame policée afin, sans doute, de gommer certaines aspérités trop visibles, telles que son affiliation à l’extrême droite. D’un côté, une stratégie guerrière de destruction du territoire de l’interlocutrice, de l’autre, une stratégie davantage tournée vers la défensive, visant la dissimulation d’aspects embarrassants de ce même territoire (par exemple touchant le mode de financement de son parti).

Par référence aux règles non verbales de la politesse qui caractérisent traditionnellement la société occidentale, nous ne pouvons que souligner hier soir la grande violence, à notre sens, du spectacle.

Nous avons été témoins pendant 2h30 d’une démonstration : la politique est une guerre physique où tous les coups sont permis. Dans ce corps à corps, la stratégie d’Emmanuel Macron était claire : afficher physiquement son mépris face à une interlocutrice dont il ne respecte pas les idées, voire manifester par un langage non verbal explicite, les coudes sur la table, simulant l’ennui ou la posture avachie, code caractéristique de l’arrogance, le caractère dérisoire et pathétique de ces idées.

Mais sur le fond, doit-on trouver normal ou acceptable d’observer un homme qui théâtralise tous les codes du virilisme agressif pour abattre son interlocutrice ?

Du point de vue du combat tactique, Emmanuel Macron a sans doute eu recours à la bonne stratégie, par son corps il a été très clair : « Je te méprise physiquement parce que je combats tes idées ». Aucun problème pour lui d’assumer cette contradiction corporelle résumée par ses mots finaux « je vous respecte ».

Pourtant, une telle attitude n’est pas aisément admissible. En effet, dans la continuité des travaux du sociologue Ervin Goffman repris par la linguiste française Catherine Kerbrat-Orecchioni dans son modèle d’analyse, les règles d’interactions sont précises. On peut donc affirmer que les règles de politesse généralement respectées lors d’un débat public sont ici inversées : elles consistent à ne pas attaquer le territoire physique d’autrui, à ne pas lui faire perdre la face, à ne pas chercher à l’humilier publiquement. Hier soir, Emmanuel Macron ne les a clairement pas respectées. En particulier, les choix de cette posture, coudes sur la table, associée à cette moue d’ennui, relayée massivement sur Twitter, ont été fortement commentés car ostensiblement provocants.

Selon Erving Goffman, l’interaction, dans une société occidentale marquée par la contention des mœurs telle que l’a décrite Norbert Elias, repose sur des rites qui ont un seul objectif : préserver la paix dans la relation, éviter le conflit. Le comportement d’un être socialement intégré doit être conforme à des règles qui relèvent de formes de politesse spécifiques à chaque culture. Pour ce faire, l’individu moderne respecte un jeu de mise en scène de lui-même, nommé par Goffman le « face work ». Cette expression désigne un travail de figuration affectif destiné à préserver les interactants et à marquer le respect entre eux en manifestant par un regard direct, une posture posée, des mimiques faciales sérieuses, un intérêt pour son interlocuteur.

Plus précisément, durant le déroulement d’une « interaction interpersonnelle dyadique (un duel) », la mise en scène d’un soi émotionnel se comprend comme un jeu à quatre faces :

  • pour défendre son propre territoire physique et protéger celui d’autrui
  • pour proposer une image de soi adaptée à la situation et préserver l’image de l’autre

Chaque culture déploie des règles de politesse définies comme un ensemble de règles de comportements certes verbaux, mais également corporels, dont l’objectif est d’amoindrir l’attaque potentielle qu’est l’interaction. La relation à autrui représente en effet toujours quelque chose de potentiellement anxiogène et agressant. Ces codes sont d’ailleurs respectés dans le but de restreindre le risque de malaise déclenché par la simple proximité corporelle. Ce type de malaise que les téléspectateurs pouvaient hier soir presque ressentir physiquement lors de la confrontation des deux candidats en présence.

Le travail de mise en scène de soi dans la vie quotidienne évoquée par E. Goffman constitue un rituel contraignant. Ces règles de respect du « face work » se manifestent verbalement et corporellement. En particulier, deux sociolinguistes Penelope Brown et Stephen C. Levinson ont proposé un modèle universel de la politesse repris par Catherine Kerbrat-Orecchioni. Il y aurait deux types de politesse menant à la production de différents types d’actes de langage. À partir des travaux de ces sociolinguistes, Catherine Kerbrat-Orecchioni a synthétisé des règles universelles de politesse en différentes stratégies dites de politesse positive ou négative. La politesse positive consiste à valorisation les faces par des actes flatteurs (des face-flattering acts, FFA), la politesse négative à éviter de commettre actes menaçants (des face-threatening acts, FTA).

Ce jeu de faces vise à contenir les enjeux affectifs de la relation ou au contraire à les exacerber. Du point de vue de la civilisation, ce qui compte c’est d’avoir l’air, et hier soir, nous avons observé un jeu de faces qui s’opposait.

D’un côté, une candidate policée, qui maintient son corps, retient chacun de ses gestes, regarde en face son interlocuteur quand il parle. De l’autre, un candidat qui adopte une posture évidemment insolente, méprisante par son impolitesse lorsque son interlocutrice prend la parole, qui regarde les journalistes ou baisse légèrement ses yeux pour éviter de la regarder droit dans les yeux.

La cadre de l’interaction est le combat, peu importe que les interlocuteurs soient des hommes ou des femmes. Spectateurs de ce duel corporel, nous ne pouvons que constater que la politique demeure un cadre d’interaction où toutes les règles civilisationnelles disparaissent dès qu’il s’agit du combat des idées. Et peu importe apparemment la violence non verbale faite par un homme à une femme. C’est la leçon que nous a faite hier soir Emmanuel Macron. Rude constat pour ceux et celles qui rêveraient d’un monde politique apaisé.

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Par Fabienne Martin-Juchat, Professeure en sciences de l’Information et de la communication, Université Grenoble Alpes (UGA).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Politique-Macron II: Les risques d’un quinquennat de chaos

Politique-Macron II: Les risques d’un quinquennat de chaos          

 

Rarement sans doute une élection aura aussi peu intéressé les Français qui a près de 70 % n’attendent  pas grand-chose de cette échéance. D’une certaine manière, ils ont raison. Pire, ce quinquennat pourrait être celui du chaos tellement de problèmes restent  en suspens.

Les principaux concernent le manque de compétitivité de l’économie, la bureaucratie étatique, le poids de la fiscalité sans parler des problèmes sociétaux de démocratie, de drogue, d’insécurité voire de terrorisme.

Sur l’ensemble de ces questions Macron a  joué au président caméléon : un coup à gauche, un coup à droite et retour à la case immobilisme.

Ce nouveau quinquennat comporte  le risque d’additionner les crises.

La première crise concernera sans doute le domaine démocratique ;  le président élu comme d’ailleurs les députés ne seront représentatifs que d’une faible majorité. En gros , les trois quarts des Français ne se reconnaîtront pas dans ces élus.

La seconde crise pourrait découler de la question socio économique très impactée par l’inflation. Une inflation en train discrètement mais sûrement de grignoter le pouvoir d’achat des ménages , donc de la consommation et de la croissance. Et plus loin derrière de l’emploi. En gros, en moyenne les Français vont voir leur pouvoir d’achat augmenter de 2 à 3 % qu’en inflation aura atteints cette année autour de 6 %.

La question économique centrale concerne le manque de compétitivité de la France qui en moyenne par an accuse toujours autour de 70 milliards de déficits quand les Allemands dégagent un bénéfice de près de 200 milliards. En cause, un ultralibéralisme qui  a tué notamment l’industrie et favorisé les délocalisations.

En cause, le poids de la fiscalité qui pèse sur les coûts de production. En cause aussi,  un problème tabou : le manque de productivité des actifs. Un manque de productivité qui a reçu le coup de grâce avec les 35 heures de la gauche irresponsable et incompétente. Les Français potentiellement actifs sont ceux parmi les pays développés qui travaillent le moins au cours de leur vie. Cette question va rapidement resurgir à l’occasion de la réforme des retraites sera forcément contestée.

Au-delà de la question économique se pose tout autant- et en interconnexion- la question financière avec l’accumulation d’une dette qui prouve que la France ne peut maintenir son train de vie qu’à crédit. Une dette qu’il faudra bien rembourser à terme   d’une manière ou d’une autre par la fiscalité ou l’inflation.

En matière sociétale, les questions de la sécurité et de la drogue devront être prises autrement en compte car elles gangrènent  progressivement non seulement certaines banlieues mais la plupart des villes mêmes les plus petites avec des contagions jusque dans la ruralité.

Évidemment d’autres problèmes non évoqués ici viendront aussi marquer ce quinquennat. Un quinquennat qui pourrait surtout être celui du chaos avec un président caméléon immature  qui confond bavardage et progressisme, démocratie et technocratie.

Macron: « Il incarne trop la France des nantis » Alain Minc

Macron: « Il incarne trop la France des nantis »  Alain Minc

 

Alain Minc, économiste et essayiste, fait part de son analyse dans « l’Opinion » après la victoire de Macron. Àlain Minc pense que faute de Refondation d’une gauche et d’une droite de gouvernement, un jour les extrême gagneront. Pour lui ,le centre qu’incarne Macron est trop divers et ne pourra perdurer. Le pays a besoin d’une gauche et d’une droite pour éviter l’hypothèse d’une victoire des extrêmes. Macron sera handicapé par la détestation qu’il suscite car il incarne trop la France heureuse face à une autre France qui se considère déclassée.

Emmanuel Macron a été réélu dimanche pour un second mandat présidentiel. Au-delà de l’exploit, cette victoire ne suscite pas de réel enthousiasme. « Il faut être lucide, la situation va être très difficile et on peut avoir une certaine forme d’inquiétude, poursuit Alain Minc. Grosso modo, Emmanuel Macron a un tiers des Français derrière lui. Et même s’il obtient une majorité parlementaire, elle sera assez artificielle. Mais surtout, pour la première fois dans l’histoire de France, le chef de l’Etat n’est pas rééligible, ce qui va susciter beaucoup d’ambitions et de conflits. » L’essayiste s’interroge avec gravité : « Si le centre est immense, les extrêmes gagnent. Donc après avoir détruit le monde politique ancien et être devenu, de fait, le chef de la droite modérée, il importe au Président d’aider la gauche de gouvernement à se reconstituer. S’il n’y a pas une gauche et une droite de gouvernement, un jour les extrêmes gagneront. »

Les élections législatives auront lieu les 12 et 19 juin. La campagne a été lancée dès hier, voire quelques jours avant par Jean-Luc Mélenchon, qui explique qu’il faut « l’élire Premier ministre ». Alain Minc n’embrasse pas cette idée de troisième tour. « Je crois en revanche à une situation parlementariste très bizarre, avec cinq composantes dans cet immense magma qui constituera la majorité : les macronistes d’origine, les troupes de François Bayrou, celles d’Edouard Philippe qui vont déjà parier sur l’avenir, une partie de députés Les Républicains qui seront sous les auspices du chef de groupe clandestin que sera Nicolas Sarkozy, et une partie venant de la gauche. Vous verrez qu’au fil des mois et des années, il y aura des scissiparités. »

Selon un sondage Opinionway pour Cnews et Europe 1, 63 % des personnes interrogées souhaitent qu’Emmanuel Macron « ne dispose pas d’une majorité et soit contraint à une cohabitation ». « C’est un très mauvais signe », selon Alain Minc, qui ajoute que « depuis la réforme constitutionnelle de 2008, il n’y a plus de 49.3, sauf une fois par session. Donc la vie parlementaire va être beaucoup plus rude. D’autant plus que le chef de l’Etat n’aura plus cette arme de la future candidature. »

La personnalité d’Emmanuel Macron paraît peu aimée, voire détestée par une partie des Français. Ce sentiment est-il réversible ? « Cette hostilité a perduré pendant cinq ans donc on ne voit pas pourquoi elle se dissoudrait, explique Alain Minc. Il y a cet aspect premier de la classe, incarnant les classes heureuses de la société. Regardez le champ de Mars hier, il y avait des électeurs bourgeois bien habillés de la France heureuse. Au fond, la France malheureuse en veut à Emmanuel Macron d’incarner presque physiquement la France heureuse », conclut l’essayiste.

 

Climat de guerre : 40 pays réunis en Allemagne par les États-Unis

Climat de guerre : 40 pays réunis en Allemagne par les États-Unis

Une sorte de climat de guerre s’installe dans le monde suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Un climat d’autant plus inquiétant que la Russie n’exclut pas forcément le recours à l’arme nucléaire et reconnaît que le conflit en Ukraine pourrait prendre une dimension mondiale.

Les incertitudes concernant l’évolution du conflit en Ukraine sont grandes d’autant que Poutine qui durcit de plus en plus son régime à l’intérieur pourrait être pressé d’obtenir des victoires significatives du fait d’une santé personnelle qui pourrait être détériorée au vu de ses dernières apparitions publiques.Poutine pourrait être amené affaire un coup de force pour laisser son nom dans l’histoire russe.Difficile d’expliquer autrement la précipitation russe vis-à-vis d’une opération en Ukraine visiblement mal préparée.Difficile aussi de prévoir les réactions d’un dictateur affaibli en interne par ses déconvenues en Ukraine. En attendant une quarantaine de pays se réunissent ce mardi en Allemagne, à l’invitation des Etats-Unis, pour renforcer la défense de l’Ukraine qui, selon le ministre américain de la Défense Lloyd Austin « peut gagner » face à la Russie, si on lui en donne les moyens.

Au moment où la Russie vise le contrôle total du sud de l’Ukraine et de la région du Donbass, cette réunion organisée sur la base aérienne américaine de Ramstein, dans l’ouest de l’Allemagne, est destinée à « générer des capacités supplémentaires pour les forces ukrainiennes », a déclaré ce lundi Lloyd Austin, au retour d’une visite à Kiev.

« Ils peuvent gagner s’ils ont les bons équipements, le bon soutien », a-t-il souligné après ce déplacement au cours duquel il a rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en compagnie du secrétaire d’Etat Antony Blinken.

La Russie met en garde contre un danger « réel » d’une Troisième guerre mondiale

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a assuré ce lundi que Russie va poursuivre les négociations de paix avec l’Ukraine. Pour autant, il a mis en garde contre un danger « réel » d’une Troisième guerre mondiale.

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4:15

Zelensky estime que le destin de la sécurité mondiale se joue désormais en Ukraine

« Tout le monde dans le monde s’accorde désormais à dire que c’est en Ukraine que se joue le destin de l’Europe, le destin de la sécurité mondiale », déclare Volodymyr Zelensky un discours publié sur les réseaux sociaux ce lundi. Il ajoute que l’Ukraine « accélère autant que possible son mouvement vers l’Union européenne ».

Macron II: La menace d’une crise sociale

Macron II: La menace d’une crise sociale

Un crise sociale qui pourrait menacer le nouveau mandat d’Emmanuel Macron

Analyse dans un papier de « Tribune »

Et si le plus dur était devant lui ? Emmanuel Macron a promis des réformes difficiles, au premier rang desquelles la réforme des retraites qu’il espère mener rapidement, dès l’automne. Pas de référendum, ni d’ordonnances prévus, mais impossible d’écarter toutefois un possible recours au 49.3, a expliqué Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, ce lundi 25 avril. En précisant qu’il ne pouvait donner aucune garanties, car il n’était pas sûr d’être au gouvernement dans quelques semaines…

Et pour cause, même à 64 ans – au lieu des 65 ans prévus initialement-, le départ de l’âge légal à la retraite suscite les levées de boucliers de tous les syndicats. Même adoucie avec quelques mesures supplémentaires de pénibilité, ou pour les seniors, la réforme envisagée par Emmanuel Macron ne recueille que des critiques.

Et les syndicats sont unanimes. Ils n’en veulent pas. Laurent Berger, chef de file du syndicat réformiste CFDT a beau avoir souligné, le soir de la victoire d’Emmanuel Macron, dans un tweet « que le pire soit évité », il prévient : « près de 42 % des votes pour l’extrême droite font que rien ne pourra et ne devra être comme avant ». Un message en forme d’avertissement pour le locataire de l’Elysée. La CFDT ne cache pas qu’étant donné l’état du pays, elle aura de fortes exigences sur le fond des réformes mais aussi sur la méthode, et ne bradera en rien son soutien.

Si la plupart des organisations syndicales ont, ainsi, appelé à faire barrage à Marine Le Pen, elles n’ont pas donné un blanc-seing à Emmanuel Macron. Loin de là. « On prépare d’ores et déjà nos banderoles, car cette politique libérale, on n’en veut plus… c’est d’ailleurs à cause d’elle que le RN est si haut « , confie un membre de la CGT. Dans les centrales, certains sont obligés de tempérer leurs troupes, qui s’échauffent pour un troisième tour social. « Si le pays n’a pas basculé du côté des extrêmes, c’est aussi parce que les syndicats ont été responsables, et n’ont pas mis de l’huile sur le feu », plaide le leader d’une organisation. « Emmanuel Macron doit avoir pleinement conscience de notre rôle ». Pour nombre d’adhérents, Le 1er mai, qui tombe cette année entre l’élection présidentielle et le scrutin des législatives, aura valeur de tour de chauffe. Toutes les organisations de la FSU, à la CGT, en passant par des ONG et des associations  défileront ensemble. Comme toujours la CFDT fera un événement à part.

Quant au changement de méthode prôné par Emmanuel Macron ? Les syndicats attendent de juger sur pièces. Le premier quinquennat  les a rendus prudents. Les ordonnances travail, la réforme de l’assurance chômage,  ou encore le passage en force, via le 49,3 de la réforme des retraites après 55 jours de grève…  ont laissé des traces. Les syndicats se sont sentis méprisés et peu écoutés.

Le Président promet, toutefois, cette fois, d’être dans la concertation et la négociation. Sur les retraites, par exemple, il promet d’organiser une conférence sociale avec les partenaires sociaux  » sur les progrès sociaux » très rapidement.  » Certes, mais je ne crois pas beaucoup à ces grandes messes, c’est de l’affichage « , commente Yves Veyrier, le numéro un de FO. Et d’ajouter  » sur les retraites, je conteste le recul de l’âge légal, qui était surtout un marqueur politique dans la campagne pour chasser des voix à droite ».

« Comme il sait déjà où il veut aller, les marges de manœuvre seront minimes « , regrette déjà un syndicaliste de la confédération des cadres, la CFE-CGC.

La CGT est également dubitative :  » Quand j’ai entendu Bruno Le Maire sur France info dire ce matin qu’ils étaient prêts à enclencher le 49.3 sur les retraites, j’ai pensé qu’en fait rien n’avait changé, que l’histoire de la nouvelle méthode était un leurre. Chassez le naturel, il revient au galop », raconte Philippe Martinez à la Tribune.

De son côté, la CFDT attend de voir, et espère  »une réelle co-construction », sans quoi elle table sur l’embrasement du pays à l’automne….

Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on cherche des gages à donner aux centrales sur son changement. Entre les deux-tours, le candidat a appelé personnellement chaque leader syndical.

Mais, en réalité, ce n’est pas tant du côté des syndicats que l’on craint les débordements les plus éruptifs . « Ca fait partie du décorum français de manifester pour les retraites », dit un ministre,  » en revanche, des explosions sociales qui leur échappent peuvent être fatales et nous empêcher de gouverner « .

Autrement dit, la véritable inquiétude concerne la reprise d’une contestation de type Gilets jaunes, hétérogène, qui cristalliserait toutes les colères, et notamment celles qui ne se sont pas exprimées dans les urnes. Le risque serait alors que la rue prenne le pas sur la vie démocratique.

 

Cryptomonnaies : la BCE pour une régulation mondiale

Cryptomonnaies : la BCE pour une régulation mondiale

 

Pour la BCE,  la régulation des cryptomonnaies est nécessaire pour éviter que la croissance de ce secteur ne crée un risque systémique.

La Banque centrale européenne (BCE) a appelé lundi à réglementer les crypto-actifs, dont la dynamique est telle qu’ils atteignent une taille de marché désormais supérieure à celle des prêts hypothécaires à risque à l’origine de la dernière grande crise financière. «Nous devons déployer des efforts coordonnés au niveau mondial pour faire entrer les crypto-actifs dans le champ de la réglementation», a déclaré Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE, dans un discours prononcé à New York.

Cet appel fait écho à celui de la Banque d’Angleterre (BoE) qui a estimé en mars que la régulation des cryptomonnaies devait être accrue pour éviter que la croissance de ce secteur ne crée un risque systémique. La demande croissante pour les actifs numériques et les paiements instantanés a fait émerger un écosystème avec des «mineurs» qui créent des cryptomonnaies et une kyrielle d’intermédiaires. Autour du bitcoin, la plus célèbre des cryptomonnaies, la taille du marché des crypto-actifs «est désormais plus importante que ne l’était le marché des prêts hypothécaires à risque» lorsque ce dernier «a déclenché la crise financière mondiale (de 2008) avec une valeur de 1.300 milliards de dollars», a souligné Fabio Panetta.

Ces actifs «engendrent instabilité et insécurité», a critiqué le banquier italien. C’est pourquoi «nous devons veiller à ce (que ces actifs) soient soumis à des normes conformes à celles appliquées au système financier», a argué Fabio Panetta. Pour cela les régulateurs sur la planète doivent «progresser plus rapidement» pour s’assurer que les crypto-actifs «ne déclenchent pas une frénésie de prise de risque anarchique», synonyme de «bulle». Mais réguler ne suffit pas: «si le secteur officiel -pouvoirs publics et intermédiaires- ne satisfait pas» la demande forte en crypto, «d’autres interviendront», a prévenu Fabio Panetta. Il a ainsi plaidé pour que les banques centrales s’engagent dans l’innovation numérique, à l’image de la BCE qui a lancé son chantier d’euro numérique. Cette innovation doit permettre aux citoyens d’utiliser la monnaie unique pour effectuer des paiements partout dans la zone euro.

 

Climat : alerte de l’ONU

Climat : alerte de  l’ONU

 

Dans un rapport, le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes souligne que ces dernières se multiplient rapidement dans le monde en raison du changement climatique.

L’action de l’Homme sur le climat contribue à un nombre croissant de catastrophes dans le monde, a alerté mardi 26 avril l’ONU, appelant à enrayer cette «spirale d’autodestruction» à laquelle l’humanité fait face. Dans un nouveau rapport, le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes souligne que ces dernières se multiplient rapidement dans le monde en raison du changement climatique, qui est provoqué par l’action de l’Homme, et d’une gestion inadéquate des risques.

Le rapport révèle qu’entre 350 et 500 catastrophes de moyenne et grande ampleur ont eu lieu chaque année au cours des deux dernières décennies. Le coût de ces catastrophes s’est élevé en moyenne à environ 170 milliards de dollars par an au cours de la dernière décennie. Épisodes de sécheresse, températures extrêmes, inondations… le nombre des catastrophes devrait s’élever à 560 par an – soit 1,5 par jour – d’ici à 2030 (contre 400 en 2015), et mettre en danger des millions de vies.

«Le monde doit faire davantage pour intégrer le risque de catastrophe dans notre façon de vivre, de construire et d’investir», a souligné la vice-secrétaire générale des Nations unies, Amina Mohammed, dans la présentation du rapport. Elle a appelé la communauté internationale à désengager l’humanité de cette «spirale d’autodestruction»«Nous devons transformer notre complaisance collective en action. Ensemble, nous pouvons ralentir le rythme des désastres qui sont évitables», a-t-elle ajouté.

Le rapport déplore que le monde ait une perception erronée des risques liés aux catastrophes naturelles, et l’attribue à une «sous-estimation» des risques et à des sentiments d’«optimisme» et d’«invincibilité». Le rapport indique que l’ampleur et l’intensité des catastrophes sont en augmentation, le nombre de personnes tuées ou touchées par des catastrophes ayant été plus élevé au cours des cinq dernières années qu’au cours des cinq précédentes.

Les catastrophes ont un impact disproportionné sur les pays en développement, qui perdent en moyenne 1% de leur PIB par an à cause des catastrophes, contre 0,1 à 0,3% dans les pays développés. Le coût le plus élevé est supporté par la région Asie-Pacifique. Depuis 1980, seuls 40% des pertes liées aux catastrophes ont été assurés, et les taux de couverture dans les pays en développement sont souvent inférieurs à 10% – parfois même proches de zéro, ce qui aggrave les conséquences à long terme de ces désastres.

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Sondage Législatives 2022 : Macron majoritaire

 Sondage Législatives 2022 : Macron majoritaire 

Dans une première projection réalisée par Harris Interactive pour Challenges entre dimanche soir et lundi, la nouvelle Assemblée nationale pourrait bien accorder à Emmanuel Macron une victoire absolue. En cas d’absence d’accord entre les grandes forces politiques, la majorité – composée de LREM, du MoDem et d’Horizons -, obtiendrait entre 328 et 368 sièges. Si le camp présidentiel confirmerait son assise bien au-delà du seuil des 289 députés, les autres familles politiques, elles, verraient leurs rapports de force rebattus.

De 7 députés sortants à l’heure actuelle, le RN – qui a récolté dimanche 41,44% des voix -, pourrait voir ses effectifs grimper de 75 à 105 élus. À l’inverse, la droite, qui a pu compter sur 101 députés tout au long du quinquennat, réduirait ses rangs, entre 35 et 65 élus. À gauche, les tendances présidentielles se confirmeraient sur les bancs de l’Assemblée. Les Insoumis, ayant obtenu 21,95% des suffrages au premier tour avec Jean-Luc Mélenchon, progresseraient de 17 parlementaires à la chambre basse dans une fourchette comprise entre 25 et 45. Les socialistes, eux, pourraient sauvegarder entre 25 et 40 sièges. Les communistes et les écologistes, enfin, ne seraient pas en mesure de constituer un groupe, en dessous de 15 députés.

 

 

 

 

Macron II- Élisabeth Borne à Matignon: l’insignifiante voix de son maître

Macron II- Élisabeth Borne à Matignon: l’insignifiante voix de son maître

 

 

 

Plusieurs médias évoquent l’éventualité de la nomination d’Élisabeth Borne  à Matignon. Une vraie surprise car l’intéressée ne s’est jamais caractérisée par un grand charisme ni par un grand modernisme. Elle est plutôt l’incarnation de la technocrate aux ordres  qui se contente de répéter fidèlement les propos du patron président.-Exactement d’ailleurs ce que recherchent Macron, un premier ministre totalement transparent qui ne puisse pas lui faire la moindre ombre comme ce fut le cas y compris avec Édouard Philippe. De plus en plus centraliste en même temps qu’ étatiste Macron n’est libérale que pour servir la soupe aux multinationales.

Pour le reste, il veut intervenir seul et sans intermédiaire, ni d’un parti, ni d’un gouvernement ni d’un premier ministre. Partout où Élisabeth Bornes est passée dans les cabinets ou au transport, au ministère du travail, elle ne laissera pas un grand souvenir de dynamisme et d’innovation. Elle se dit de gauche mais on se demande de quelle gauche sans doute de cette ancienne gauche bobo du PS précisément un parti enterré par les  technocrates et autres bobos qui s’étaient appropriés le parti.

Avec une première ministre  de gauche comme celle-là la France n’a guère à craindre des révolutions et même du changement. Sa seule qualité sa fidélité et son énorme capacité à répéter les mots du président. Aux yeux de Macron des qualités essentielles. Une telle première ministre ne résistera pas longtemps en face d’une conjoncture politique qui va se durcir sitôt que chacun aura oublié- surtout au gouvernement- les promesses électorales et qu’il faudra affronter les difficultés sociales qui se préparent en particulier du faite de l’inflation qui ronge le pouvoir d’achat sans parler des autres problèmes nombreux non résolus.

Economie, politique, société: les plus lus (25 avril 2022- 6h10)

Poutine un jour devant la justice internationale ?

Rachat de Twitter par Elon Musk , le danger démocratique

Rachat de Twitter par Elon Musk  , le danger  démocratique

Le chercheur Olivier Ertzscheid, spécialiste des nouvelles technologies à l’Université de Nantes, décrypte les conséquences de l’achat de Twitter par le milliardaire Elon Musk, qui prône une vision radicale de la liberté d’expression. Fin connaisseur du modèle économique des médias sociaux, l’universitaire explique la différence entre la liberté d’expression et son amplification algorithmique, qui justifie selon lui la modération. Il dénonce également le problème de la gouvernance des réseaux sociaux, qui permet à leurs dirigeants de concentrer un pouvoir démesuré.

 

LA TRIBUNE – Quelles conséquences du rachat  de Twitter par Elon Musk

Olivier ERTZSCHEID - Il faut bien comprendre qu’il existe deux conceptions de la liberté d’expression. La première, plutôt américaine, est radicale : la liberté est au-dessus de tout, ce qui signifie que tout point de vue, quel qu’il soit, peut être exprimé dans l’espace public. Y compris, donc, un point de vue raciste, xénophobe, antisémite ou la diffusion d’une fake news. La deuxième conception, plutôt européenne et française, est qu’il y a des limites légales à ce qu’on peut dire dans l’espace public.

La plupart des patrons des entreprises de la tech américaine, y compris Jack Dorsey [le fondateur et premier CEO de Twitter, qui a quitté la direction fin 2021, Ndlr] pensent que la liberté d’expression doit être totale. C’est pour cela qu’ils combattent l’idée que les réseaux sociaux sont des médias responsables des contenus qu’ils diffusent, et qu’ils se montrent si réticents à les modérer. Mark Zuckerberg [le fondateur et patron de Meta qui comprend Facebook, Instagram, WhatsApp et Messenger, Ndlr], Jack Dorsey, ou encore les dirigeants de Google/YouTube, estiment que leur plateforme est un outil technique avant tout. Pour eux, leur rôle est simplement de mettre en relation les utilisateurs, grâce à des algorithmes qui mettent en avant des contenus liés à leurs centres d’intérêts.

 

La conception radicale de la liberté d’expression, telle que la défend Elon Musk, est-elle toujours tenable étant donné l’impact négatif, prouvé par de multiples études, des réseaux sociaux sur le débat démocratique ?

Non ce n’est plus tenable, car quel que soit le camp que l’on défend, il faut distinguer le « free speech » (la liberté d’expression) du  »free reach » (la libre portée) des réseaux sociaux, c’est-à-dire l’amplification algorithmique des contenus. Le fait qu’un propos raciste ou qu’une fake news puisse, par le simple fait de son existence, atteindre une audience énorme, pose manifestement un problème. Ce constat est largement partagé dans la classe politique. L’enjeu est donc de trouver le juste équilibre, c’est-à-dire garantir à chacun la possibilité de dire ce qu’il veut, sans offrir à chaque parole la même capacité à toucher une grande audience.

L’Histoire récente a démontré que les algorithmes des réseaux sociaux ne sont pas neutres et qu’ils peuvent avoir un impact négatif majeur sur la vie démocratique, partout dans le monde, des Etats-Unis à l’Inde en passant par les Ouïghours en Chine, ou en Europe. Les Facebook Files, révélés l’an dernier par la lanceuse d’alerte Frances Haugen à partir de documents internes à Facebook, ont confirmé l’ampleur du phénomène et surtout, la complicité de Facebook lui-même. On a pu constater lors de l’élection présidentielle américaine de 2016, où les électeurs indécis ont été abreuvés de fake news, ou lors du référendum du Brexit la même année, que les réseaux sociaux peuvent être manipulés. De nombreux travaux scientifiques font également le lien entre la mise en avant des contenus haineux et polémiques, et le modèle économique même des Facebook, Twitter et consorts. Car celui-ci se base sur l’engagement de l’utilisateur : plus les contenus génèrent une émotion, plus l’utilisateur passe de temps sur la plateforme et dissémine des données personnelles que l’entreprise monétise.

Face à ces constats, les plateformes sociales comme Facebook et Twitter subissent la pression des régulateurs depuis quelques années. Des deux côtés de l’Atlantique, les pouvoirs publics les incitent à intervenir sur les contenus, notamment pour réduire le cyberharcèlement et les fake news.

Globalement, ils ne font pas un bon travail, surtout Twitter qui a le pire ratio de modérateurs humains par utilisateur. Mais cette « brèche » dans la conception américaine de la liberté d’expression, a déclenché un mouvement contestataire selon lequel les réseaux sociaux dominants entraveraient la liberté d’expression, et dont Donald Trump et Elon Musk sont des porte-voix.

 

En prenant le contrôle de Twitter, Elon Musk pourrait-il appliquer sa conception radicale de la liberté d’expression sans que rien ne l’en empêche ?

La régulation progresse des deux côtés de l’Atlantique pour imposer des obligations aux plateformes. En Europe, le Digital Services Act (DSA), entièrement dédié à ce sujet, sera bientôt voté au Parlement européen. Des travaux similaires sont menés aux Etats-Unis. Mais pour l’heure, le fonctionnement des réseaux sociaux reste principalement de leur propre responsabilité.

Je pense donc que le principal problème démocratique aujourd’hui est avant tout un problème de gouvernance. Au regard de leur poids politique, de leur puissance économique, et de leur capacité extraordinaire à façonner les opinions de centaines de millions de personnes [Facebook est utilisé par 2,9 milliards de personnes par mois, 330 millions pour Twitter, Ndlr], leurs dirigeants disposent de beaucoup trop de pouvoir.

Dans ce contexte, la personnalité des dirigeants et de leur conseil d’administration est cruciale. Le moindre soubresaut idéologique d’un Mark Zuckerberg, d’un Parag Agrawal [l'actuel CEO de Twitter, Ndlr] ou demain peut-être d’Elon Musk, peut avoir un impact sur la vie de millions de personnes.

A ce titre, le fait qu’Elon Musk soit si près d’obtenir un tel pouvoir peut légitimement inquiéter tant l’homme est connu pour son imprévisibilité. C’est un euphémisme de dire qu’il n’est ni le plus calme, ni le plus stable, ni le plus modéré des patrons de la tech américaine. En obtenant 100% du capital de Twitter et en sortant l’entreprise de la Bourse, il sera libre de la gouverner comme bon lui semble et de choisir qui siège à son Conseil d’administration.

En attendant la régulation, pourrait-il toutefois être limité dans sa volonté de détruire toute forme de modération, par la pression des pouvoirs publics voire par les propres utilisateurs de Twitter ?

Le fait que Facebook et Twitter se soient mis à la modération après avoir été fortement mis en cause pour des dysfonctionnements majeurs, montre que la pression politique peut être efficace.

Il est vrai aussi que les réseaux sociaux ne sont que ce qu’en font leurs utilisateurs. Même si la présence sur les réseaux sociaux est addictive, nous sommes libres de partir ou de rester. Nous évoluons tous dans notre propre bulle algorithmique, en fonction des personnes que nous avons choisi de suivre et des contenus avec lesquels nous interagissons via nos commentaires, nos « likes » et nos retweets. Donc il y a autant de « Twitters » que d’utilisateurs de Twitter, et malgré tous les problèmes de modération, ce réseau social est aujourd’hui prisé par de nombreux activistes, journalistes, universitaires, chercheurs et citoyens lambda qui le considèrent comme une source importante d’accès à l’information.

Elon Musk ne peut donc pas faire n’importe quoi, car il n’aurait pas intérêt à ce que le service perde des utilisateurs. Mais des changements majeurs pourraient tout de même être décidés car Musk est persuadé que la direction actuelle n’exploite pas le plein potentiel de Twitter. Il a déjà déclaré que les changements qu’il souhaite vers une liberté d’expression plus radicale seraient bénéfiques pour recruter de nouveaux utilisateurs et mieux engager les utilisateurs actuels.

Quoi qu’il en soit, ce qui changera de manière certaine si Elon Musk contrôle Twitter, c’est qu’il fera beaucoup moins de concessions dans certains contextes, comme récemment lors de la guerre en Ukraine, ou encore la fermeture du compte de Donald Trump en 2021. Musk estime qu’exclure l’ancien président des Etats-Unis de Twitter est une aberration, malgré le fait que Trump ait utilisé ce réseau social pour contester le résultat de l’élection présidentielle de 2020, ce qui a contribué à l’insurrection du Capitole en janvier 2021.

Pensez-vous qu’Elon Musk a un agenda politique ? L’entrepreneur met en scène sa proximité avec Donald Trump, partage son opinion sur la liberté d’expression, et mène une OPA hostile sur Twitter alors que les Etats-Unis s’apprêtent à entrer en période électorale avec les élections de mi-mandat de fin d’année.

Je n’en sais rien car je ne suis pas dans sa tête, mais il faut se poser la question. Des études de chercheurs ainsi que les Facebook Files ont révélé que l’amplification algorithmique des contenus favorise l’extrême-droite. Pourquoi ? Parce que les contenus les plus extrêmes déclenchent des émotions, donc des réactions -d’autant plus si les émotions sont négatives. Ce sont eux qui bénéficient le plus des mécanismes de la viralité, ce qui contribue à diffuser les idées qu’ils véhiculent.

Aucune plateforme sociale ne peut être pensée indépendamment de son poids politique. Ceci dit, il faut prendre en compte qu’aux Etats-Unis, les grands patrons ont un rapport différent à la politique qu’en France. Il est tout à fait accepté dans les mœurs américaines qu’une entreprise finance massivement les deux camps ou donne plus d’argent à l’un par rapport à l’autre. Ce n’est pas du tout perçu comme un danger pour la démocratie.

Mais nous sommes entrés dans une nouvelle ère depuis 2016. La société américaine est extrêmement fracturée. Donald Trump a changé la donne dans le sens où pour la première fois, les patrons de la tech américaine ont massivement rejeté sa candidature en 2020, à quelques exceptions près comme Peter Thiel [un investisseur phare de la Silicon Valley, Ndlr]. Il y a donc une instrumentalisation du rôle des réseaux sociaux et de leur allégeance politique supposée. Parce qu’ils se plient -même mal et de manière très insuffisante- à des impératifs de régulation des contenus, Facebook et le Twitter de la période Jack Dorsey puis Parag Agrawal, sont perçus par certains comme faisant le jeu des Démocrates, ce qui est une déduction très contestable.

Peut-être y-a-t-il la volonté d’un « rééquilibrage » de la part d’Elon Musk. Gardons toutefois en tête que les réseaux sociaux partisans, créés par et pour un camp, ne décollent pas de leur cercle d’adhésion idéologique, à l’image du réseau social d’extrême-droite Gab ou de celui lancé cette année par Donald Trump. Ces plateformes ont été créées justement pour garantir la liberté d’expression qu’il manquerait à Twitter, mais il est très difficile de percer dans l’univers bouché des réseaux sociaux. C’est peut-être pour cela qu’Elon Musk a jeté son dévolu sur Twitter plutôt que sur l’un de ces acteurs ou sur la création d’un nouveau réseau social.

Quid des conflits d’intérêts ? En plus d’être l’homme le plus riche du monde, Elon Musk est également le patron de deux entreprises, Tesla et SpaceX, qui ont de forts enjeux avec les pouvoirs publics. Récemment, Musk a critiqué le président démocrate Joe Biden, qu’il accuse de ne pas assez soutenir Tesla, et SpaceX est sous contrat avec la Nasa…

Elon Musk est un entrepreneur milliardaire à la tête de deux entreprises plus ou moins stratégiques. S’il devait posséder un média social et la puissance qui va avec, cela représenterait un conflit d’intérêts très clair, mais ce n’est pas illégal. Ce ne serait d’ailleurs pas une première dans le secteur des médias. En France comme aux Etats-Unis, un nombre non-négligeable de médias sont détenus par des milliardaires qui sont aussi des grands patrons [Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon, détient le Washington Post ; Bernard Arnault, le patron du géant du luxe LVMH, détient Les Echos et Le Parisien, Ndlr] voire même par des capitaines d’industries stratégiques [la famille Dassault, active dans la défense, détient Le Figaro, Ndlr].

 

Si la concentration des médias entre les mains de milliardaires est un sujet majeur, il est très clair que dans le domaine des réseaux sociaux au moins, on se dirige vers un contrôle plus strict des plateformes via la régulation, même si on n’y est pas encore. Un corpus doctrinaire est en train de se réinventer autour des lois antitrust pour voir de quelles manières on pourrait produire de nouvelles législations adaptées à la réalité de ce qu’est une plateforme technologique aujourd’hui, et des nouveaux défis démocratiques qu’elles posent. Cette évolution va dans le sens inverse de ce que souhaite Elon Musk. Il est certain que ni lui ni Mark Zuckerberg n’en seront des alliés.

Politique- risques d’un quinquennat de chaos

Politiquerisques d’un quinquennat de chaos          

 

Rarement sans doute une élection aura aussi peu intéressé les Français qui a près de 70 % n’attendent  pas grand-chose de cette échéance. D’une certaine manière, ils ont raison. Pire, ce quinquennat pourrait être celui du chaos tellement de problèmes restent  en suspens.

Les principaux concernent le manque de compétitivité de l’économie, la bureaucratie étatique, le poids de la fiscalité sans parler des problèmes sociétaux de démocratie, de drogue, d’insécurité voire de terrorisme.

Sur l’ensemble de ces questions Macron a  joué au président caméléon : un coup à gauche, un coup à droite et retour à la case immobilisme.

Ce nouveau quinquennat comporte  le risque d’additionner les crises.

La première crise concernera sans doute le domaine démocratique ;  le président élu comme d’ailleurs les députés ne seront représentatifs que d’une faible majorité. En gros , les trois quarts des Français ne se reconnaîtront pas dans ces élus.

La seconde crise pourrait découler de la question socio économique très impactée par l’inflation. Une inflation en train discrètement mais sûrement de grignoter le pouvoir d’achat des ménages , donc de la consommation et de la croissance. Et plus loin derrière de l’emploi. En gros, en moyenne les Français vont voir leur pouvoir d’achat augmenter de 2 à 3 % qu’en inflation aura atteints cette année autour de 6 %.

La question économique centrale concerne le manque de compétitivité de la France qui en moyenne par an accuse toujours autour de 70 milliards de déficits quand les Allemands dégagent un bénéfice de près de 200 milliards. En cause, un ultralibéralisme qui  a tué notamment l’industrie et favorisé les délocalisations.

En cause, le poids de la fiscalité qui pèse sur les coûts de production. En cause aussi,  un problème tabou : le manque de productivité des actifs. Un manque de productivité qui a reçu le coup de grâce avec les 35 heures de la gauche irresponsable et incompétente. Les Français potentiellement actifs sont ceux parmi les pays développés qui travaillent le moins au cours de leur vie. Cette question va rapidement resurgir à l’occasion de la réforme des retraites sera forcément contestée.

Au-delà de la question économique se pose tout autant- et en interconnexion- la question financière avec l’accumulation d’une dette qui prouve que la France ne peut maintenir son train de vie qu’à crédit. Une dette qu’il faudra bien rembourser à terme   d’une manière ou d’une autre par la fiscalité ou l’inflation.

En matière sociétale, les questions de la sécurité et de la drogue devront être prises autrement en compte car elles gangrènent  progressivement non seulement certaines banlieues mais la plupart des villes mêmes les plus petites avec des contagions jusque dans la ruralité.

Évidemment d’autres problèmes non évoqués ici viendront aussi marquer ce quinquennat. Un quinquennat qui pourrait surtout être celui du chaos avec soit une présidente complètement incompétente, soit un président caméléon immature  qui confond bavardage et progressisme.

Société-Médias et Vincent Bolloré: La menace démocratique

Société-Médias  et Vincent Bolloré: La menace  démocratique

 

Ce qu’il a entrepris dans le domaine de l’information (déjà Canal +, CNews ou Prisma Media, et Europe 1, Le Journal du dimanche, Paris Match sur lesquels il a commencé d’imprimer sa « patte ») constituait déjà un gisement d’inquiétudes. Ce qu’il prépare dans le secteur de l’édition – résultant de l’OPA qu’il mène sur le groupe Lagardère propriétaire de Hachette – semble moins spectaculaire aux yeux de l’opinion ; or les effets industriels, intellectuels, éthiques, ne s’annoncent pas moins préoccupants. Le raid de Vincent Bolloré constitue une menace pour la salubrité du débat d’idées, qu’il soit public (dans le cas des médias) ou intime (dans celui de l’édition d’essais et de fiction). Et donc un risque démocratique. 

C’est l’histoire d’un essayiste aguerri qui compose son premier roman. Nommons-le Pierre. Il le sait, dénicher un éditeur dans une discipline où il est novice ne sera pas un long fleuve tranquille, et même davantage : il s’engage dans un parcours du combattant à l’issue très incertaine, tant les embuches s’amoncellent dès la ligne de départ. Comment faire exister un manuscrit parmi les 2.000 à 4.000 réceptionnés chaque année par des maisons qui n’en sélectionnent, au final, qu’une à quelques poignées ? Et dans ces conditions, comment espérer qu’il rencontre la sensibilité d’une femme ou d’un homme qui l’aura miraculeusement pioché dans la pile avant de le transmettre au comité ad hoc chargé de lire puis d’élire ? La (petite) notoriété, les (solides) réseaux, la foi immarcescible de l’auteur suffiront-elles ? Non, il en est conscient, et le facteur chance, par nature imprévisible, devrait constituer l’arbitre final. Final, vraiment ? Pas tout à fait.

Lorsqu’il pense avoir triomphé des obstacles les plus aigus et que ses pérégrinations semblent proches d’aboutir, voilà que Pierre se confronte à d’autres écueils, ceux-là tout à fait imprévus. Chez telle prestigieuse enseigne, après avoir franchi avec succès le seuil le plus délicat, il s’entend signifier qu’il est trop âgé, la décision ultime privilégiant un « auteur plus jeune » qui générera un plus sûr retour sur investissement. Dans telle autre grande maison, le retour enthousiaste du sommet de la pyramide passant le relais à une collaboratrice promet la lumière ; peine perdue, les « équipes commerciales préfèrent renoncer, faute de savoir comment traiter cet « alien » ». Ici, la détermination de l’auteur de rester imperméable aux réseaux sociaux est jugée rédhibitoire « puisqu’aujourd’hui sans stratégie Instagram, Twitter, Facebook, impossible de lancer un livre ». Là, le comité de lecture estime le texte « trop sombre » pour être populaire. Le pire peut-être, introduit par différents interlocuteurs sans relation entre eux : « Il faudrait revoir l’organisation du texte, afin que l’intrigue surgisse dans les quinze premières pages. C’est une règle : au-delà, on perd le lecteur », synthétise, en substance, l’un d’eux. « Mais vous avez conscience que la première partie est volontairement étirée, lente, descriptive, pour donner à l’irruption puis au développement de l’intrigue conclue dans l’épilogue, sa force psychologique, son mystère, sa dramaturgie ? », se défend l’auteur. « Bien sûr. Vous avez raison. Malheureusement, ce qui tranche au final, c’est la loi du marketing ».

Russie en Ukraine : Une menace contre la paix mondiale

 Russie en Ukraine : Une menace contre la paix mondiale

 

Le recours à la menace nucléaire constitue le marqueur le plus inquiétant de ce conflit, estime la juriste Françoise Bouchet-Saulnier dans une tribune au « Monde », relevant la nécessité d’établir les responsabilités de l’Etat russe, et donc de son président, pour le déclenchement de la guerre et celles des auteurs des crimes.

Tribune.

 Le conflit en Ukraine, qui avait débuté en 2014 comme un conflit armé non international entre Kiev et les rebelles séparatistes de l’est soutenus par Moscou, a propulsé le monde dans une ère nouvelle avec l’entrée en guerre de la Russie, le 24 février. Sur le plan humanitaire, cette guerre n’a malheureusement rien de spécifique. Les victimes ukrainiennes appartiennent à la même humanité et ont besoin des mêmes secours que celles de Tchétchénie, de Syrie, d’Afghanistan ou d’ailleurs. Mais cette guerre se démarque de la longue liste de ces conflits non internationaux. Il s’agit cette fois d’une guerre directe entre deux Etats souverains. Au-delà des destructions et des souffrances subies par la population ukrainienne, cette guerre menace l’existence même du cadre politique et juridique de sécurité collective internationale établi après la seconde guerre mondiale.

 

En invoquant le génocide pour justifier une intervention militaire unilatérale et en utilisant la menace nucléaire dans un conflit armé international, la Russie viole les règles de coexistence pacifique entre Etats garanties par la charte des Nations unies sous la responsabilité des puissances nucléaires membres permanents du Conseil de sécurité. Le Kremlin espère également opposer sa propagande à la réalité matériellement prouvée. Certes, les nouvelles technologies accélèrent la propagation des fausses informations mais après les crimes commis à Boutcha on découvre aussi que le secret, l’anonymat ou le mensonge d’Etat ne résistent pas à la multiplicité des sources d’information ouvertes permises par les satellites de communication et les réseaux sociaux.

L’établissement de la responsabilité russe exige un double niveau d’examen. Le premier concerne la responsabilité de l’Etat russe au titre du déclenchement de la guerre – jus ad bellum, « le droit à la guerre » –, le deuxième engage la responsabilité individuelle des auteurs de crimes commis pendant la guerre – jus in bello, « le droit dans la guerre ».

Concernant le jus ad bellum, la Cour internationale de justice, qui juge les Etats, est saisie depuis le 26 février de la légalité des motifs de la guerre lancée par la Russie contre l’Ukraine. En effet, la charte des Nations unies interdit le recours à la force armée entre les Etats sauf dans les cas de légitime défense étatique ou de décision du Conseil de sécurité de l’ONU concernant des menaces à la paix et à la sécurité internationale. Même s’ils ont parfois menti et abusé de ce cadre juridique international, les Etats-Unis, comme les autres membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU, s’y étaient, jusque-là, formellement soumis.

Macron : une réélection par défaut

Macron : une réélection par défaut

 

Le président engagera son second mandat lesté de deux hypothèques : une conjoncture économique mondiale dégradée et, surtout, une majorité de Français qui l’attendent avec des piques et des fourches, explique, dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde ».

 

La France a évité le pire : Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN), n’entrera pas à l’Elysée. Le pire ? Il se déclinait de multiples façons : déception rapide des classes populaires flouées, incertitude des chefs d’entreprise et des investisseurs, fuite en avant budgétaire, repli protectionniste et mort programmée de l’Union européenne, sécession nationaliste et mise au ban internationale… Sans oublier d’inévitables tensions communautaires sur le port du voile dans l’espace public ou l’attribution des logements sociaux. Ce cocktail explosif, l’économie française en aura justement fait l’économie.

Le pays a-t-il pour autant opté pour le meilleur ? Emmanuel Macron engagera son second mandat lesté de deux lourdes hypothèques, sur lesquelles il a peu de prise : une conjoncture économique mondiale plus dégradée qu’il y a cinq ans ; et, surtout, une majorité de Français – partisans de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon ou abstentionnistes – qui l’attendent avec des piques et des fourches, et d’abord sur le pouvoir d’achat. Comme si les fins de mois relevaient des seuls pouvoirs d’un président thaumaturge.

Dans son rapport « Perspectives 2022 » publié mardi 19 avril, le Fonds monétaire international (FMI) brosse une sombre toile de fond : envolée des prix de l’énergie, de l’alimentation et des biens manufacturés, croissance mondiale ramenée de 4,4 % à 3,6 % (2,9 % en France) sous l’effet de la guerre en Ukraine et des confinements chinois pour endiguer la pandémie de Covid-19, « forte probabilité » d’un relèvement des taux d’intérêt, évoqué par la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, et déjà engagé aux Etats-Unis.

Le FMI s’alarme de « la fracture des relations internationales, qui pourrait saper la confiance et la coopération essentielles pour relever les défis de long terme, notamment le changement climatique ». Son économiste en chef, Pierre-Olivier Gourinchas, note que « les risques sont comparables à la situation du début de pandémie », en mars 2020, où la visibilité des conjoncturistes était très limitée.

Malgré l’horizon qui s’assombrit (ou à cause de lui), M. Macron ne bénéficiera d’aucun état de grâce pour mener ses réformes économiques et sociales. Qui a d’ailleurs vraiment connu cette parenthèse bienveillante que l’on accorde au président fraîchement élu, à l’exception de François Mitterrand en 1981, porteur de tous les espoirs d’un « peuple de gauche » frustré du pouvoir depuis si longtemps ? En 2017, il n’avait fallu que quelques semaines pour que la défiance s’installe entre le président élu et les Français.

Précarité et pauvreté : Les maux qui gagnent la France

 Précarité et pauvreté : Les maux qui gagnent la France

 

Rien ne sera possible sans un profond changement de méthode qui mette la participation démocratique au cœur des politiques de solidarité, explique, dans une tribune au « Monde », Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS).

 

Notre fédération d’associations engagées contre la pauvreté – la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) – a été conduite, de manière inhabituelle, à prendre position à la veille du deuxième tour de l’élection présidentielle pour contribuer à empêcher l’extrême droite d’exercer le pouvoir dans notre pays, car elle est la négation même de la solidarité.

Nous nous autorisons dès lors, au lendemain de votre réélection, Monsieur le président de la République, à dire que les choses doivent changer. Face à tant de blocages, il est indispensable de construire la confiance sociale, condition d’une solidarité réinventée. Nous y sommes prêts.

Nous ne sous-estimons pas la difficulté de la tâche du président réélu dans un pays blessé par de longues décennies de chômage de masse, dans un temps de fragilisation sociale et culturelle. Sans compter désormais une guerre ouverte en Europe.

Mais les leçons doivent enfin être tirées de ce que nous venons – de nouveau – de vivre.

Nous sommes prêts à nous engager dans la perspective du plein-emploi que le chef de l’Etat a ouverte. Mais elle est indissociable d’un recul massif, tangible, de la pauvreté, de la précarité ; des inégalités sociales et territoriales.

La pauvreté s’enracine chez les jeunes, chez les femmes seules avec enfants, chez les chômeurs en fin de droits, chez les retraités, dans certains quartiers et territoires ruraux. Conjuguée à la précarisation de nombre de salariés et d’indépendants, elle accentue le vertige de tant de Français saisis par la peur de basculer. Il en découle la tentation de dénoncer les « assistés », et les étrangers.

De notre mobilisation collective contre la précarité et la pauvreté dépend bien la santé démocratique du pays.

Mais rien ne sera possible sans un profond changement de méthode qui mette la participation démocratique au cœur des politiques de solidarité.

Les approches centralisées, bureaucratiques, formatées, n’ont que l’apparence de l’efficacité. Elles passent trop souvent à côté des réalités de la vie. Se contenter de les remettre aux mains des préfets ne changerait rien.

Les politiques de solidarité doivent, sur la base d’un socle national renforcé de droits et de moyens, partir des personnes concernées, dans leur diversité, de leurs besoins, de leurs aspirations. Il convient de déployer les dispositifs sanitaires et sociaux autour d’une exigence de continuité suivant les parcours des personnes, de partir des territoires sur lesquels elles vivent avec les acteurs qui les y accompagnent (Etat, collectivités, associations, bailleurs).

Présidentielle 2022 : une réélection à la Pyrus

Présidentielle 2022 : une réélection à la Pyrus

 

La victoire d’Emmanuel Macron – qui a perdu presque 2 millions de suffrages en cinq ans – le confronte directement à son échec : il n’a pas su faire reculer l’extrémisme ni revitaliser notre vie démocratique. Pour rendre crédible l’« ère nouvelle » annoncée par le président réélu, il importe d’en annoncer rapidement les contours estime un papier du Monde de Jérôme Fenoglio .

 

Editorial du Monde. 

 

« Cinq années de mieux », et non cinq de plus. Au soir de son second tour une nouvelle fois victorieux face à Marine Le Pen, dimanche 24 avril, Emmanuel Macron a lui-même fixé l’ambition qui peut le distinguer de ses trois prédécesseurs réélus présidents sous la Ve République. Pour Charles de Gaulle, puis François Mitterrand et Jacques Chirac – ces deux derniers renouvelés au sortir d’une période de cohabitation –, le second mandat avait pris la forme d’une longue déception. Comme si la continuité de l’exercice du pouvoir avait fini par étouffer toute l’ardeur de la prise de fonctions.

De fait, Emmanuel Macron, encore jeune président de 44 ans, n’a d’autre choix que de tenter d’échapper à cette langueur du maintien à l’Elysée. Sa prouesse d’avoir résisté au dégagisme qui l’avait porté au pouvoir lui donne toute légitimité pour gouverner, sans pour autant l’éloigner du bord de l’abîme. Deux chiffres, à l’issue de ce scrutin présidentiel, donnent la mesure de ce gouffre qui menace d’avaler notre vie démocratique. Avec près de 13,3 millions de voix – 2,7 millions de plus qu’en 2017 –, Marine Le Pen a établi le meilleur score de l’extrême droite à une élection, toutes périodes confondues. Celles et ceux qui ont décidé de ne pas choisir, par l’abstention, le vote blanc ou nul, pèsent encore plus lourd : près de 16,7 millions de personnes, un nouveau sommet. Sur ces deux points, la victoire d’Emmanuel Macron – qui a lui-même perdu presque 2 millions de suffrages en cinq ans – le confronte donc directement à son échec : il n’a pas su, comme il en avait affiché l’intention, faire reculer l’extrémisme et revitaliser notre vie démocratique.

Sa réélection le maintient aussi sous la pression d’une conjonction inouïe de crises : agression russe de l’Ukraine, catastrophe climatique, pandémie, dérèglements économiques et sociaux. Pour amortir les effets de ces bouleversements en France, et surtout pour attirer des voix acquises à Jean-Luc Mélenchon, M. Macron a choisi, dans l’entre-deux-tours, d’infléchir vers la gauche un programme très nettement orienté à droite. Faire « mieux » consistera dès le début de ce nouveau quinquennat à donner forme à cette synthèse, sans décevoir une nouvelle fois les progressistes.

Sur le réchauffement climatique, des paroles fortes ont été prononcées, qui ont certainement contribué au report des voix d’une partie de la jeunesse sur le président sortant. Confirmées dimanche soir, ces promesses sont tellement appuyées qu’il faut considérer, à rebours du vieil adage chiraquien, qu’elles engagent pour une fois davantage celui qui les a émises que ceux qui les ont reçues. De la part d’un président qui a souvent démontré, au cours du premier quinquennat, une capacité supérieure à traverser les crises qu’à les anticiper, il n’est que temps de réaliser que cette catastrophe n’obère plus seulement notre avenir, mais frappe dès maintenant notre présent.

Face au programme imprégné de xénophobie de Marine Le Pen, Emmanuel Macron a également choisi de renouer avec la réfutation ferme qui était la marque de son début de mandat. Il faut souhaiter que celui qui s’ouvre, éclairé par les déboires de la droite classique qui y a égaré la plupart de ses électeurs et un bout de son âme, ne renouera pas avec les gesticulations et les surenchères des derniers temps.

Le mal -être français et Macron

Le mal -être français et Macron

 

 

 

Françoise Fressoz, Editorialiste au « Monde »Revient sur le mal-être français et les perspectives d’évolution de Macron, qui veut favoriser « L’invention collective d’une méthode refondée » mais peine à convaincre. Vertical et solitaire, Emmanuel Macron, désormais réélu, doit trouver les moyens de décrisper, de rassurer et d’embarquer la société. Beaucoup dépend de lui, mais tout ne dépend pas que de lui, explique dans sa chronique Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».

Il faut prendre au mot le président de la République, qui, à l’aube de son nouveau mandat, a fait serment, dimanche 24 avril, sur le Champ-de-Mars, de l’avènement d’une « ère nouvelle ». Le « en même temps », cher à Emmanuel Macron, s’est soldé d’un si lourd tribut que tout doit effectivement changer pour que tout puisse continuer ; d’un côté, une réélection en forme d’exploit pour un sortant âgé de 44 ans que ses adversaires de droite et de gauche avaient considéré comme un usurpateur et qui est parvenu à recomposer, à son avantage, le camp réformiste européen ; de l’autre, un pays fracturé en quatre blocs – macroniste, mélenchoniste, lepéniste, abstentionniste – ; au milieu, le risque d’une rupture démocratique qui peut se produire à tout instant.

L’hypothèse d’une faute de carre est d’autant moins improbable que le passif du premier quinquennat est là, fait de phrases maladroites et d’actions parfois mal calibrées. Sur un terreau fertile, elles ont eu pour effet de mettre le feu aux poudres puis d’entretenir un sourd ressentiment dans une partie importante de l’électorat.

Pour faire évoluer le pays au milieu d’une telle poudrière, l’invocation, comme en 2017, du « progressisme », idéologie fondée sur les Lumières, est devenue en partie inopérante : la somme d’angoisses et de frustrations renvoyées par le résultat de l’élection, l’importance des menaces géopolitiques et climatiques qui obscurcissent l’avenir sont telles qu’il faut changer de braquet, partir du quotidien des Français les plus fragiles pour évaluer les réformes acceptables et les conduire le plus sereinement possible.

L’objectif que s’est assigné Emmanuel Macron de faire en sorte qu’on « vive plus heureux en France » peut sembler incongru tant la notion est subjective. C’est pourtant la condition sine qua non pour que le pays retrouve un minimum de confiance en lui et de foi en l’avenir.

Ce que le philosophe Marcel Gauchet a qualifié de « malheur français » est apparu dimanche si profondément incrusté qu’il n’est pas excessif d’en appeler à la thérapie de groupe. Pour espérer repartir de l’avant, nous avons tous besoin collectivement de purger nos différends puis de nous réinvestir pour finalement nous réaimer. « L’invention collective d’une méthode refondée » est bien l’enjeu majeur de la période, comme l’a reconnu Emmanuel Macron, avec cependant une économie de propositions qui montre que tout reste à faire.

A ce stade, on n’en sait guère plus sur les intentions présidentielles que celles fournies durant la campagne électorale : volonté de redorer le blason de la démocratie représentative ; intention proclamée de consulter plus fréquemment les citoyens à travers grands débats et conventions ; appel réitéré aux acteurs de terrain pour tenter de faire évoluer deux mammouths au bord du burn-out, l’éducation nationale et la santé publique.

Eglise catholique : changer de paradigme

Eglise catholique : changer de paradigme 

 

Le synode lancé par le pape François doit permettre à l’Eglise catholique de lancer des réformes aptes à revitaliser la voie chrétienne, estime un collectif de chrétiens qui propose quatre pistes pour concilier foi et modernité.

 

Tribune.

La crise que traverse l’Eglise catholique relève-t-elle seulement de dysfonctionnements dans son organisation ou de retards dans les bonnes décisions ? Le synode lancé par le pape François, qui culminera à Rome à l’automne 2023, tiendra-t-il compte des demandes que les catholiques vont faire remonter à Rome ? Quelles demandes considérera-t-on comme prioritaires ?

Dans l’état actuel des choses, le doute est permis. Il est surtout bienvenu de se demander si les « réformes retenues » seront suffisantes pour revitaliser la voie chrétienne. Seront-elles assez déterminantes pour permettre aux chrétiens du XXIe siècle d’affermir leur foi en Dieu, de marcher sur les pas de Jésus, au sein de cultures marquées par les sciences physiques et humaines, et par la modernité qui gagne tous les peuples de la planète ? Voici quelques pistes.

La structure hiérarchique de l’Eglise catholique est née au deuxième siècle de l’ère chrétienne. Dans son fonctionnement, elle pratique très peu la démocratie élective. Du pape aux évêques, aucun responsable n’est élu. Les prêtres sont formés dès leur jeune âge dans des séminaires fermés, avec essentiellement de la philosophie et de la théologie traditionnelles. La réforme protestante, inaugurée par Luther en 1517, avait mis à terre cette structure pyramidale.

Aujourd’hui, toute personne honnête et informée reconnaît que ce fut une rupture libératrice à l’encontre du pouvoir pontifical et en faveur d’une lecture directe de la Bible par le peuple. Hélas, le concile de Trente (1565), dans sa contre-réforme, refusa de tirer le moindre enseignement de la nouveauté protestante et congela l’Eglise catholique pour des siècles. Au XXe siècle, les choses bougèrent sensiblement, en particulier avec le concile Vatican II (1962-1965).

Mais on en connaît aujourd’hui les limites, ainsi que les résistances et les retours en arrière qui se sont produits par la suite. Il faut admettre que depuis lors, beaucoup de catholiques ont quitté la pratique liturgique et la vie de l’Eglise et continuent de le faire. Et cela en raison de sa doctrine et de ses formulations pré-modernes.

L’énorme exode disciplinaire et doctrinal que ce phénomène représente, et qui a touché prêtres, religieux et laïcs, stupéfie toujours les observateurs, mais ne semble ni inquiéter ni interroger en profondeur l’institution Eglise catholique. Un premier point de doctrine : Jésus est-il de nature divine, comme l’ont proclamé les conciles de Nicée (325) et de Chalcédoine (351) et comme l’affirme le Credo ? Est-il né d’une vierge par le Saint-Esprit ?

Covid France 26 avril 2022 : +13.984 cas nouveaux en 24h.

Covid France 26 avril 2022 : +13.984 cas nouveaux en 24h.

On enregistre lundi 25 avril 2022 : +13.984 cas nouveaux en 24h. ,  145.257 morts au total, +197 morts supplémentaires. Le nombre de décès en EHPAD et EMS fait état de 28.716 (+1) décès au total. Le nombre total de décès en milieu hospitalier est lui de 116.541 (+196 en 24h).

Le taux de reproductivité R est de 0,90 le taux d’incidence à 824,45 et la tension hospitalière à 32,8 %. Le taux de positivité est à 25,2 %.

La France compte actuellement 24.980 (+92) personnes hospitalisées et 1.659 (+19) malades en réanimation.

bilan des régions

  • Ile-de-France : 5.042 (+9) hospitalisées, 411 (+2) en réanimation et +21 décès en 24h
  • Grand Est : 2.119 (-38) hospitalisés, 132 (-7) en réanimation et +19 décès en 24h
  • Hauts de France : 2.533 (+42) hospitalisés, 172 (+9) en réanimation et +21 décès en 24h
  • Auvergne Rhône Alpes : 2.604 (+20) hospitalisés, 156 (-7) en réanimation et +28 décès en 24h
  • Provence-Alpes Côte d’Azur : 2.272 (+12) hospitalisé, 151 (+4) en réanimation et +21 décès en 24h
  • Bretagne: 1.228 (-6) hospitalisés, 61 (-1) en réanimation et +13 décès en 24h
  • Normandie : 1.765 (-7) hospitalisés, 81 (+3) en réanimation et +12 décès en 24h
  • Nouvelle-Aquitaine : 1.671 (+2) hospitalisés, 120 (+3) en réanimation et +15 décès en 24h
  • Pays de la Loire : 858 (+8) hospitalisés, 68 (+1) en réanimation et +10 décès en 24h
  • Occitanie: 1.993 (+7) hospitalisés, , 140 (+3) en réanimation et +12 décès en 24h
  • Centre-Val de Loire : 1.057 (+5) hospitalisés, 62 (-1) en réanimation et +6 décès en 24h
  • Bourgogne-Franche-Comté : 1.153 (+9) hospitalisés, 70 (+4) en réanimation et +14 décès en 24h

 

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