Archive mensuelle de mars 2022

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Edulcorants : Risques de cancer (Inserm)

Edulcorants : Risques de cancer  (Inserm)

Des chercheurs français ont mené une étude sur plus de 10 000 personnes entre 2009 et 2021. Celle-ci pointe les dangers liés à la consommation d’aspartame par exemple. (Franceinfo)

 

 

 

Ils donnent un petit goût sucré aux aliments, tout en permettant de réduire leur teneur en sucre ajouté. Les édulcorants sont consommés au quotidien par des millions de personnes. Mais sont-ils si bons pour la santé ? Non, à en croire une étude réalisée par des chercheurs de l’Inserm, de l’Inrae, du Cnam et de l’université Paris-Sorbonne. D’après leurs travaux, ces additifs alimentaires sont associés à un risque accru de cancers, notamment de cancer du sein et de cancers liés à l’obésité.

Les chercheurs ont analysé les données de santé et la consommation d’édulcorants de 102 865 Français et Françaises, participant à la vaste étude NutriNet-Santé. Les volontaires y ont renseigné leurs antécédents médicaux, leur activité physique, leur état de santé et leur mode de vie. Ils ont aussi entré les noms et marques des produits consommés. De quoi mesurer leur exposition aux additifs alimentaires et notamment aux édulcorants.

Le suivi débuté en 2009 a duré jusqu’en 2021. Les chercheurs ont enregistré les diagnostics de cancers rapportés au cours de cette période. Et ils ont fait une analyse statistique afin d’étudier le lien éventuel entre la consommation d’édulcorants et le risque de développer un cancer.

Les scientifiques ont constaté que, comparés aux personnes qui n’en consommaient pas, les plus gros consommateurs d’édulcorants, c’est-à-dire ceux au-delà de la médiane de consommation, avaient un risque plus élevé de 13% de développer un cancer, quel qu’en soit le type, en particulier avec l’aspartame et l’acésulfame K.

A ce jour, les apports en édulcorants à travers l’alimentation « proviennent à 53% de boissons édulcorées, à 29% des sucrettes ou édulcorants de table, à 8% des produits laitiers ou desserts lactés, parfois même d’aliments salés comme des chips », détaille Mathilde Touvier, directrice de recherche en épidémiologie nutritionnelle à l’Inserm.

« L’étude quantifie pour la première fois dans le monde l’exposition aux édulcorants au global sur toute l’alimentation et par type de composant pour la mettre en relation avec le risque de maladie, souligne encore Mathilde Touvier, qui a coordonné l’étude. Jusqu’ici, les études étaient expérimentales, surtout sur des modèles animaux ou des cellules. »

Bien qu’il ne soit pas encore possible d’établir une relation de cause à effet directe,  »ces résultats ne soutiennent pas l’utilisation d’édulcorants en tant qu’alternatives sûres au sucre », prévient la chercheuse. Ces résultats, estime Mathilde Touvier, pourront servir à « la réévaluation en cours par l’Autorité européenne de sécurité des aliments et d’autres agences de santé publique dans le monde ».

 

Pas de risques de guerre totale ?

Pas de risques de   guerre totale ?

 

 

Depuis le 24 février, ce que nous racontent les marchés financiers peut paraitre anecdotique. Et en vérité, ça l’est. Que la bourse s’écroule ne devrait pas nous émouvoir. Mais, il se trouve que la bourse ne s’écroule pas. Karl Eychenne, stratégiste et économiste. reconnaît toutefois que cette relative sérénité repose davantage sur une opinion que sur une réelle connaissance.

 

En Europe, les marchés d’actions ont récupéré tout ou presque de ce qu’ils avaient perdu depuis le début du conflit. Aux États-Unis, c’est encore mieux puisque les marchés sont en hausse de près de 5 % depuis cette date. Finalement, seuls les marchés émergents semblent encore sonnés par la déflagration, le marché russe ayant été carrément fermé. Que faut-il penser de cette suffisance des marchés d’actions alors que l’Europe tutoie le néant ?

Imaginons que les prix des actifs financiers nous disent quelque chose d’intelligent, on en déduit alors que les investisseurs ne semblent pas inquiets quant à l’évolution du conflit en cours. Certes, il y eut bien ce moment de stupeur au début du conflit, avec des marchés d’actions perdant près de – 10 % en une semaine. Puis très vite, les investisseurs ont décidé que les marchés n’iraient pas plus bas, rachetant les actifs financiers qu’ils avaient vendu. En clair, l’escalade n’a jamais semblé être le scénario retenu par les investisseurs. Pourquoi ?

Il ne faut jamais prêter une attention excessive à ce qui se cache dans le prix d’un actif financier. Les marchés sont un observatoire et non pas un conservatoire, on ne doit pas chercher à en déduire de grandes vérités à partir de grandes théories. Le risque de surinterprétation y est aussi fréquent que chez le critique d’art contemporain.

Il faut dire que l’on trouve de tout dans le prix d’un actif financier : des anticipations, des émotions, et bien entendu un peu beaucoup d’irrationalité. Dès lors, la résilience des marchés d’actions face à l’évènement reçoit plusieurs interprétations possibles : force tranquille du sachant, effroi de l’ignorant, hébétude de l’imbécile heureux. Difficile de choisir quel est le bon visage de l’investisseur. De la même façon, le visage du penseur laisse toujours planer un doute : est-il en train de méditer ou de somnoler ? Jules Renard avait bien une petite idée :

« il ne disait rien, mais on savait qu’il pensait des bêtises ».

Faisons l’hypothèse de l’investisseur qui pense. Celui qui fait des anticipations rationnelles par exemple, il ne connait pas la fin de l’histoire, mais il la déduit : « si l’on applique toutes ces sanctions économiques, la Russie va bien finir par plier, et le conflit sera terminé. » On a affaire alors à un investisseur de type Laplacien, qui prétend connaitre la trajectoire de la bourse de manière déterministe, juste parce qu’il connait les conditions initiales du problème. Cet investisseur déduit que l’escalade du conflit ne peut pas avoir lieu, car la Russie pliera avant. Fort de sa démonstration il anticipe alors que les marchés d’actions ne vont pas rester à peigner la girafe : les marchés doivent repartir vers le haut, ce qu’ils font effectivement.

Pas si naïf que cela en vérité. Il faut dire que la finance théorique propose un peu le même genre de raisonnement. En cas de crise sévère, l’investisseur serait fondé de vendre ses actions, car elles sont devenues extrêmement volatiles. Cela dit, il n’en vendra pas trop finalement, car la meilleure protection contre une baisse du marché… c’est de le détenir.

On ne rit pas, cette pirouette intellectuelle suppose que toute baisse du marché génère ce que l’on appelle des conditions favorables à son rebond (John Cochrane : Portfolios for long-term investors). Une crise fait baisser le prix courant, mais ne fait pas baisser le prix « final ». Ce prix final c’est celui qui reflète la valeur intrinsèque de l’action, sa vraie valeur en quelque sorte. Dès lors, vous produisez un potentiel de performance significatif entre le prix courant qui a baissé, et le prix final qui lui est resté stable. Il suffit juste d’être patient afin de laisser le temps au prix courant de converger vers le prix final, tout cela à condition bien entendu que la guerre totale n’ait pas lieu, sinon le prix courant n’aura jamais le temps de converger vers le prix final…

Ainsi donc, l’extrême complaisance des marchés d’actions face au tragique ne semble pouvoir se justifier que parce que le pire est écarté de l’horizon des possibles. Le pire ne peut advenir. Donc, il n’adviendra pas.

Mais l’Histoire de la finance n’est pas très sympathique avec l’argument de l’investisseur qui pense. Au mieux elle lui reconnaitra qu’il pense mal. Au pire, elle avancera que la probabilité de l’hypothèse de l’investisseur stupide « confine de façon extraordinaire à la certitude », pour paraphraser Orest Chwolson ce physicien russe des années 30. Plus élégamment, une autre Histoire de la finance se contentera de dire qu’il est bien difficile de séparer le bon grain de l’Ivrée : on ne sait pas si c’est l’investisseur qui est stupide, ou le modèle appliqué pour tester la stupidité de l’investisseur (tests d’hypothèses jointes).

Nous concernant, ces toutes dernières remarques signifient que la relative sérénité des marchés d’actions durant ce conflit ne peut être attribuée avec certitude à de l’hébétude de l’investisseur, mais que cela y ressemble quand même pas mal.

Cela dit, même si la confiance affichée par les marchés fait tiquer, on peut au moins leur reconnaitre une certaine forme de cohérence dans leurs propos. Ainsi, on remarquera que la hiérarchie des rendements observés sur les différentes classes d’actifs est assez cohérente avec l’intuition. Par exemple, les marchés d’actions américains se sont bien mieux comportés que les marchés européens davantage exposés au conflit. En termes de choix de valeurs, il y eut une préférence nette pour les valeurs de l’énergie (pétrole, gaz…) au détriment des valeurs bancaires et de l’automobile jugées les plus vulnérables. Enfin, les investisseurs ont cherché à se débarrasser de leurs obligations gouvernementales, dans un scénario où l’inflation galopante, la vraie cette fois, pouvait amener les Banques Centrales à durcir davantage leurs politiques monétaires.

Ainsi donc, à partir du moment où vous acceptez la prémisse de non fin du monde, tout le reste se déduit naturellement et semble assez cohérent. Faut-il accepter cette prémisse ? Oui, semble indiquer la relative sérénité affichée par les marchés. Mais comme nous l’avons vu, cette sérénité ressemble davantage à une opinion qu’à une réelle connaissance.

Une nuance dont le philosophe Theodor Adorno avait déjà relevé les méfaits :

« L’opinion s’approprie ce que la connaissance ne peut atteindre pour s’y substituer. Elle élimine de façon trompeuse le fossé entre le sujet connaissant et la réalité qui lui échappe ».

Economie, politique, société: les plus lus (25 mars 2022- 6h00)

Economie, politique, société: les plus lus   (25 mars  2022-  6h00)

Poutine un jour devant la justice internationale ?

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Soudan : la malédiction des ressources ?

 

Soudan : la malédiction des ressources ?

Le Soudan du sud pourtant récemment in dépendant souffre évidemment des divisions ethniques mais sans doute tout autant de la malédiction de ses nombreuses ressources qui alimentent divisions et concussions.

 

Une mise en œuvre « très lente », « des difficultés récurrentes ». De l’aveu même de Charles Tai Gituai, le chef de la commission qui supervise le processus de paix au Soudan du Sud, la réconciliation patine dans le plus jeune Etat du monde. Alors que le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé, mardi 15 mars, une résolution renouvelant pour un an la mission de casques bleus dans le pays, les inquiétudes se multiplient sur les risques d’une reprise des affrontements entre factions rivales.

Indépendant du Soudan depuis juillet 2011, le Soudan du Sud aurait pu espérer un bel avenir grâce à ses ressources naturelles, notamment pétrolières, et un vaste potentiel agricole. Mais le pays a été rattrapé par ses divisions. En décembre 2013, Salva Kiir, le président sud-soudanais, et Riek Machar, son vice-président, sont entrés en conflit ouvert, entraînant un cycle de violences qui aurait fait 400 000 morts en cinq ans selon les estimations.

Un accord de paix a été signé en septembre 2018, sans toutefois parvenir à empêcher la prolifération des violences au niveau communautaire. En février 2020, la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale – Riek Machar retrouvant son poste de vice-président aux côtés de son rival, le président Salva Kiir –, avait fait espérer une sortie durable du conflit.

Guerre en Ukraine : La liberté contre la terreur

Guerre en Ukraine : La liberté contre la terreur

 

L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, commencée il y a un mois, change de nature : l’opération éclair de Vladimir Poutine se transforme en une guerre de position accompagnée d’une politique de la terreur à l’égard des populations, explique Jérôme Fenoglio, directeur du « Monde », dans son éditorial.

 

De ce mois de désolation et d’angoisse, du chaos et des vies brisées par l’agression russe de l’Ukraine, une leçon émerge : plus que jamais, il importe d’être attentifs aux mots tout autant qu’aux actes de Vladimir Poutine. Nous avons bien trop tardé à nommer sa volonté d’annihilation de la jeune démocratie voisine pour nous permettre, aujourd’hui, de négliger encore ce qu’il dit, et ce qu’il tait.

A Moscou, un mot est interdit, par une loi qui bâillonne désormais tous les médias : « guerre ». Cette censure trahit évidemment l’échec d’une double épreuve de force que Poutine espérait emporter rapidement face à ce qu’il voyait comme deux faiblesses, locale et internationale, imbriquées. Sur le terrain, l’armée ukrainienne a tenu, arrêtant la plupart des offensives de cette invasion. Et à l’étranger, en Europe comme à l’OTAN, la réaction a été prompte et vigoureuse, conjuguant sanctions de grande ampleur et livraisons d’armes aux forces de Kiev. Sur le sol ukrainien, l’opération éclair a donc changé de nature. C’est une guerre de position qui se met en place, accompagnée d’une politique de la terreur délibérée à l’encontre des populations, comme le démontre l’abomination en cours à Marioupol.

Pour prendre pleinement conscience de l’horreur potentielle de cette nouvelle phase de l’agression, un mot prononcé par Vladimir Poutine, le 16 mars, lors d’une conférence télévisée, peut être utile : la « purification ». Certes, il était adressé, au sein de la population russe, à tous les réfractaires à son régime kleptocratique, à tous les critiques de cette guerre, à toutes celles et tous ceux que le despote qualifie de « nationaux traîtres ». C’est cette « purification » qui contraint à l’exil un nombre toujours croissant de membres de la classe moyenne et de l’élite intellectuelle, c’est elle qui vient de faire condamner à neuf années de prison supplémentaires l’opposant Alexeï Navalny, empoisonné avant d’être incarcéré, c’est elle encore qui a conduit à l’interdiction définitive de l’association Memorial, qui faisait la lumière sur les crimes du stalinisme.

Mais, à l’extérieur des frontières, c’est aussi cette « purification » qui commence à s’imposer aux territoires fraîchement occupés par l’armée russe, sur le modèle de ce qui a été mis en place depuis 2014 dans les deux républiques fantoches du Donbass. Répression de manifestations, torture d’opposants, départs contraints : les nouvelles qui parviennent de Melitopol ressemblent à celles qui filtraient des régions de Louhansk et de Donetsk depuis des années.

Et, dans les vastes territoires ukrainiens qui échappent à son emprise, la « purification » prend la forme d’une vengeance contre ces populations dont Poutine nie toute identité propre et auxquelles il dénie toute velléité d’indépendance. Les civils, à Kharkiv, à Kiev et dans nombre d’autres villes, n’ont d’autre choix que de subir l’arbitraire des bombardements, ou de grossir les flots de réfugiés, contraints de quitter leur région ou leur pays. Comment maintenir le cours d’une existence normale dans des immeubles exposés à toute heure à la menace d’un missile ?

Rendre la Russie irrespirable aux opposants au régime, rendre l’Ukraine invivable aux résistants au coup de force russe : telles sont les deux faces de la « purification » à l’œuvre dans les deux pays. Cette stratégie, testée à Grozny (Tchétchénie) ou à Alep (Syrie), s’inspire, de fait, des exactions commises par les pires régimes du XXe siècle. Et sa mise en œuvre relativise la thèse souvent avancée, pour comprendre, si ce n’est légitimer, les violences commanditées de Moscou : celle d’une humiliation historique liée aux avancées arrogantes de l’Union européenne et de l’OTAN aux marches de l’ancien empire soviétique.

La nostalgie qui pousse Poutine à agir ainsi, c’est peut-être celle d’un double glacis de pays qui protégeait les frontières russes au temps de l’URSS et du pacte de Varsovie. Mais c’est plus sûrement, on peut en être certain en l’écoutant parler ces jours-ci, celle d’un régime totalitaire qui veillait en permanence à la purification de la société, par la propagande, la censure, les purges et le goulag. Ce régime s’est effondré de l’intérieur, et les démocraties qui lui faisaient alors face n’ont pas à s’en excuser. Poutine moque leur faiblesse, alors que tout démontre dans la guerre qu’il a déclenchée que c’est leur modèle qui l’effraie, et leur influence, dont il tente de nettoyer son pays comme l’Ukraine.

 

A cette entreprise de purification totalitaire, il convient de continuer à s’opposer, en aidant les Ukrainiens et en durcissant encore les sanctions, en réduisant encore les achats d’énergie russe, qui financent la guerre. Tout en gardant à l’esprit ce qui doit continuer de différencier une démocratie d’une dictature : la résistance à la surenchère de la violence, le primat du droit et de la diplomatie sur la force.

France: les deux visages

France: les deux visages 

Richard Werly, journaliste franco-suisse au « Temps », a sillonné les territoires de l’ancienne ligne de démarcation entre la France libre et la zone d’occupation nazie. Dans son ouvrage, il décrit comment l’ancienne fracture « raconte à sa manière la France d’hier et d’aujourd’hui ». ‘ le Monde)

 

analyse

 

Lorsqu’on est suisse, la France reste un sujet d’étonnement constant. Correspondant du quotidien francophone Le Temps, Richard Werly rappelle que tout oppose la Confédération helvétique à son grand voisin : un multilinguisme imposé, une démocratie directe et une décentralisation poussée dans ses recoins les plus cachés, sans parler d’un goût cultivé pour le compromis et le consensus ! Bref, tout ce qui déplaît aux Français qui se vivent « imbibés de culture révolutionnaire », explique ce fin analyste de la vie politique française.

Installé à Paris depuis 2014, Richard Werly était aux premières loges pour assister aux soubresauts d’une France qui se déchire, avec la fronde des « gilets jaunes », événement qui a marqué le quinquennat d’Emmanuel Macron. Il a eu l’idée de chausser les bottes du journaliste zurichois Herbert Lüthy (1918-2002), auteur d’un essai remarqué sur la France d’après-guerre, publié en 1955, A l’heure de son clocher, dont le titre fut choisi par Raymond Aron, alors directeur de la collection « Liberté de l’esprit » aux éditions Calmann-Lévy. Comme son prédécesseur, M. Werly entend porter un regard « sévère mais amical » sur la France d’aujourd’hui où, note-t-il, « des forces qui combattent pour elle, la plus forte demeure le passé ».

Le constat riche est à la hauteur des reportages faits dans treize départements français, mais pas n’importe lesquels : du Jura à Orthez, en passant par la campagne berrichonne et les coteaux de Touraine, il s’agit de ceux qui ont été balafrés par la ligne de démarcation séparant la France en deux, du 25 juin 1940 au 11 novembre 1942, selon les exigences de l’envahisseur nazi. Deux raisons expliquent ce choix. La première est privée : enfant, il a passé de longs séjours avec sa mère dans un hameau de la Nièvre, situé non loin du pont Régemortes à Moulins-sur-Allier, un des principaux points de passage de la ligne.

La seconde repose sur une intuition journalistique : les très fortes analogies que cette période historique clé comporte avec la situation contemporaine. « Comment ne pas constater une certaine résonance, entre le débat actuel sur la mondialisation et la prétendue mainmise de l’Union européenne sur la France… et l’idéologie de la révolution nationale pétainiste fondée sur le triptyque souverainiste “Travail, Famille, Patrie” », écrit-il.

Richard Werly est ainsi parti à la rencontre de cette « France du vide » et dessine un « archipel français » bien différent de celui décrit par le directeur du département opinion de l’IFOP, Jérôme Fourquet, dans le livre éponyme publié en 2019, au Seuil. Le sien est plus en adéquation avec L’Identité de la France, décrite par Fernand Braudel : les permanences plutôt que les réalités fluctuantes. « La ligne raconte à sa manière la France d’hier et d’aujourd’hui : bureaucratique, courageuse, inventive, apeurée », écrit-il.

Mali: la dérive de Poutine aussi

Mali: la dérive de Poutine aussi

 

Les autorités maliennes ont annoncé le 18 mars « suspendre » la diffusion des programmes de Radio France internationale (RFI) et de France 24. Au moment où des mercenaires russes défendent le pouvoir en place à Bamako, cette censure des médias français laisse le champ libre à Moscou pour investir l’espace médiatique et continuer de déstabiliser l’Afrique.(papier du « Monde »).

 

 

Vitrine de la démocratisation de l’Afrique de l’Ouest après la fin d’une longue dictature en 1991, le Mali a commencé à se décomposer dans les années 2010, affaibli par la corruption de son régime et ébranlé par une rébellion touareg alliée aux islamistes, renforcée par les combattants et les armes « libérés » par la chute du colonel Kadhafi en Libye. L’intervention militaire française, déclenchée en 2013 à la demande de Bamako, a sans doute empêché le pays de tomber, jusqu’à présent, entre les mains des djihadistes.

Mais son échec, sanctionné par la décision de retrait annoncée le 17 février par Emmanuel Macron, accélère le raidissement de la junte qui a pris le pouvoir en mai 2021, dans le sens d’une rupture brutale avec la France, d’un rapprochement avec la Russie et d’un écrasement des libertés.

La décision, annoncée le 18 mars par les autorités maliennes, de « suspendre » la diffusion des programmes de Radio France internationale (RFI) et de la chaîne France 24 est la dernière en date des manifestations de cette inquiétante dérive. Le motif invoqué par les militaires maliens est la retransmission de reportages où s’expriment des victimes d’exactions commises par l’armée malienne et, probablement, par des mercenaires du groupe privé russe Wagner. Or ces actes de torture et ces meurtres visant des civils sont documentés tant par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies, qui les a qualifiés de « graves violations du droit international », que par des enquêtes du Monde et de Jeune Afrique.

La coupure des émissions des chaînes françaises accusées par la junte de chercher à la « déstabiliser » s’inscrit dans un climat marqué par la multiplication des menaces visant à faire taire toutes les voix critiques et les opposants. Les militaires au pouvoir, qui ont privé d’accès aux soins l’ancien premier ministre Boubèye Maïga qu’ils avaient fait incarcérer, ont une part de responsabilité dans son décès, lundi 21 mars.

Alarmante, l’atteinte à la liberté d’information cible aussi les médias maliens, auxquels les militaires interdisent de relayer les enquêtes de RFI et de France 24. Le silence imposé à ces médias très populaires vise à priver les Maliens d’informations fiables, pour mieux imposer la propagande antifrançaise des militaires et leur alliance avec Moscou.

De fait, la censure des programmes français marque une nouvelle avancée de l’influence russe en Afrique de l’Ouest. La junte malienne joue sur la frange de l’opinion prompte à justifier sa décision par le « précédent » que constituerait l’interdiction par l’Union européenne des outils de propagande russes que sont RT et Sputnik, au titre de sanction contre l’agression de l’Ukraine. Alors que des mercenaires russes défendent le pouvoir en place à Bamako, la coupure de RFI et de France 24 laisse le champ libre à Moscou pour investir l’espace médiatique laissé vacant.

Le refus de certains pays africains de condamner la guerre en Ukraine à l’ONU encourage la Russie à pousser ses pions en Afrique en cherchant à attiser la colère contre l’ex-colonisateur. Dans les années 1950-1990, la guerre froide Est-Ouest a alimenté les conflits en Afrique. Le retour d’un climat comparable ne fait que compliquer l’équation de la politique de la France à l’égard de l’Afrique. S’ajoutant aux appétits chinois et à l’agressivité des djihadistes, les ambitions de Vladimir Poutine, accueillies avec bienveillance par certains Africains, pèsent désormais aussi sur le continent.

La participation: le moyen de lutter contre les décisions centralisées et technocratiques

La participation: le moyen de lutter contre les décisions centralisées et technocratiques 

 

Face à la tentation abstentionniste qui mine les élections démocratiques, le chercheur Jonathan Maurice (Toulouse School of Management Research (université Toulouse-I-Capitole, CNRS)) rappelle, dans une tribune au « Monde », les résultats de démarches participatives mises en place dans des pays aussi divers que le Portugal, la Corée du Sud ou l’Allemagne, pour associer les citoyens aux décisions et résister à la tentation d’une centralisation extrême de la décision.

 

Tribune.

 

Les sondages laissent augurer une abstention élevée à la prochaine élection présidentielle. Aux dernières municipales, un électeur sur deux s’était abstenu ; deux sur trois lors des régionales. Six semaines avant le prochain scrutin, plus de la moitié des Français ignoraient sa date !

Face à ce désintérêt pour les élections, lourd de menace pour la démocratie, de nombreux pays se tournent aujourd’hui vers des solutions innovantes donnant aux citoyens de nouvelles capacités d’agir.

De quoi s’agit-il ? Alors que le président Macron annonce vouloir développer en France une participation citoyenne s’il est réélu, sans donner plus de détails, connaître les expériences déjà menées dans différents pays permet d’éclairer le champ des possibles. Nées au Brésil à la fin des années 1980, diffusées en Amérique du Sud dans les années 1990, ces méthodes sont en effet utilisées désormais dans des pays aussi divers que la Corée du Sud, le Canada, l’Allemagne, le Portugal…

Tout commence par des appels, lancés dans un territoire donné, sur des sujets qui peuvent concerner toutes sortes de domaines : la culture, la solidarité, les infrastructures… Les citoyens (individus ou groupes constitués) y répondent par des propositions.

Afin d’éliminer celles qui sont irréalistes sur le plan budgétaire ou technique, un premier tri est effectué par un collectif composé d’élus, de fonctionnaires et de citoyens. Les projets jugés recevables sont alors débattus par une assemblée ad hoc avant d’être soumis au vote des habitants. Les plus appréciés sont mis en œuvre.

Ce type de démarches a des résultats intéressants. Des recherches ont montré qu’elles parviennent à mobiliser les jeunes et les personnes les plus pauvres, populations qui votent particulièrement peu. En faisant discuter les habitants de sujets qui les concernent directement, elle les implique davantage que l’élection d’un représentant.

La méthode aide aussi à lutter contre la corruption, car les citoyens, qui ont ainsi la possibilité de choisir entre différents investissements publics, s’impliquent ensuite dans le suivi des projets, et les contrôlent davantage.

En France, des expériences ont été lancées à petite échelle ces dernières années. Paris a des budgets participatifs depuis 2014, Grenoble depuis 2017, Bordeaux depuis 2019. De petites villes et des départements y recourent aussi, comme le Gers, qui consacre, depuis 2018, 3 % de son budget d’investissement à des projets proposés, choisis et contrôlés par les citoyens.

Ukraine : La guerre toujours d’actualité en Europe

 Ukraine : La guerre toujours d’actualité en Europe

 

L’invasion russe de l’Ukraine rappelle que la guerre en Europe ne se conjugue pas seulement au passé. Un choc pour les générations nées après la chute du Mur, note l’écrivain, dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

Il y a des symboles que l’on ne peut ignorer. Trois jours avant l’invasion de l’Ukraine par l’armée poutinienne s’éteignait mon grand-père, à 99 ans. Matricule 39986 du camp de Flossenbürg, il répéta toute sa vie qu’il avait été déporté comme résistant, non « seulement » comme juif. Il avait choisi de se battre pour un idéal ; contre une idéologie infernale.

Dans mon premier roman, La Synthèse du camphre (Gallimard, 2010), écrit à l’âge de sa déportation, il m’avait semblé évident de raconter sa guerre, et surtout comment il avait retrouvé par miracle, au début des années 2000, le GI qui l’avait pris dans ses bras un matin d’avril 1945. Dans le dernier chapitre, je citais le discours de Claude Simon recevant son Nobel : « Je suis maintenant un vieil homme, et, comme beaucoup d’habitants de notre vieille Europe, la première partie de ma vie a été assez mouvementée. J’ai été témoin d’une révolution, j’ai fait la guerre dans des conditions particulièrement meurtrières (…), j’ai été fait prisonnier, j’ai connu la faim, le travail physique jusqu’à l’épuisement, je me suis évadé, j’ai été gravement malade, plusieurs fois au bord de la mort, (…) et cependant, je n’ai jamais encore, à 72 ans, découvert aucun sens à tout cela, si ce n’est, comme l’a dit, je crois, [Roland] Barthes après Shakespeare, que “si le monde signifie quelque chose, c’est qu’il ne signifie rien” – sauf qu’il est. »

Il n’empêche : le monde ne signifiait peut-être rien, mais en écrivant le dernier mot de mon livre, j’étais convaincu que ma génération – européenne – serait la première à ne plus envisager la guerre comme un péril authentique.

Parce que la seconde guerre mondiale n’avait été que l’occurrence ultime d’une série de conflits fatalement répétitifs. Jusque-là, il ne s’était pas passé six mois sans que deux pays de notre continent entendent s’envahir ou s’exterminer. Au-delà du conflit franco-allemand de 1870 ou de la boucherie de la Grande Guerre, pensons à la guerre de Trente Ans, démarrée en 1618, qui lamina l’Europe, à la guerre anglo-espagnole de 1727, aux trois guerres de Silésie, à la guerre de Sept Ans (qui opposa dès 1756 la France et l’Autriche à la Grande-Bretagne et à la Prusse), à la guerre suédo-norvégienne de 1814, à la guerre austro-prussienne de 1866, à la guerre polono-lituanienne de 1920… Sans parler des guerres dites « de Coalitions », dont Napoléon fit son miel puis les frais, qui installèrent l’idée d’une conscription massive, et de conflits plus technologiques où l’artillerie deviendrait reine.

Santé: L’importance primordiale de l’alimentation et du sport

Santé: L’importance primordiale de l’alimentation et du sport

 

Dans une tribune adressée au « Monde », deux chercheurs et un médecin appellent à agir immédiatement pour protéger la santé des plus jeunes, et confier à l’école l’éducation à l’alimentation et la pratique de l’activité physique.

 

Tribune.

 

La pandémie de Covid-19 a provoqué un retentissement social et économique mondial sans précédent et un nombre élevé de décès. De nombreux facteurs de risque ont été identifiés dans l’évolution de la maladie vers un stade sévère, notamment les comorbidités telles que l’hypertension, le diabète, l’obésité, les maladies cardiaques et pulmonaires.

Cette pandémie démontre, comme aucune étude d’observation médicale ne l’a fait jusqu’à présent, que les sujets en bonne capacité physique sont moins gravement malades lorsqu’ils contractent un agent pathogène. Pour ceux qui n’étaient pas convaincus, le doute n’est plus permis : la prévention est efficace.

La prévention s’impose donc à tout citoyen mais aussi à la collectivité, car cette pandémie a démontré la fragilité des systèmes de soins. En plus de la lutte contre l’alcool et le tabac, la prévention s’appuie sur une meilleure alimentation et une vie plus active et moins sédentaire. Bien que non satisfaisantes, les prévalences de l’alcoolisme et du tabagisme baissent en France, alors que l’inactivité physique et la sédentarité des Français s’installent. Près de 42 % des adultes jeunes (18-44 ans) sont sédentaires, c’est-à-dire assis plus de huit heures par jour, avec 79 % de ce temps passés devant un écran de loisir.

Rien d’étonnant car le nouvel environnement numérique progresse à une vitesse jamais vue dans l’ère de l’humanité : la télévision a mis treize ans pour pénétrer les 50 millions de foyers américains et Google, quatre-vingt-dix jours. En plus d’entraîner une réelle addiction à la chaise, les écrans influencent comme jamais nos comportements alimentaires. Les enfants sont la cible d’un marketing publicitaire agressif qui se concentre sur les aliments ultratransformés, nocifs du fait de la dégradation de leur matrice et de leur faible densité en nutriments protecteurs, mais également en raison des composés chimiques ou de synthèse qui leur sont ajoutés.

Les moins de 18 ans consomment quotidiennement en moyenne 46 % de calories issues d’aliments ultratransformés, soit 11 % de plus que les adultes. Or on sait que cette consommation excessive est associée à des comorbidités. D’ailleurs, une récente étude a montré qu’une alimentation de qualité dès le plus jeune âge permettrait un gain d’au moins dix ans d’espérance de vie.

Les habitudes et les goûts alimentaires se construisant entre 3 et 15 ans, on est donc en train de créer des générations entières d’enfants sédentaires, inactifs et biberonnés aux aliments ultratransformés. Ces jeunes auront des risques plus élevés de maladies chroniques à long terme, réduisant l’espérance de vie en bonne santé qui, rappelons-le, est inférieure à 65 ans en France. On sait que cet indicateur qualitatif dépend certes du progrès médical, mais surtout du développement des pratiques de prévention et des changements de modes de vie.

« Toxic Data », remède contre les réseaux sociaux sulfureux

« Toxic Data », remède contre les réseaux sociaux sulfureux

David Chavalarias propose une analyse critique de l’influence de Twitter ou Facebook sur les opinions politiques. ( Le Monde)

analyse . 

 

Au premier abord, le lecteur se dira sans doute qu’il a déjà lu et entendu ces lamentos sur l’effet néfaste des réseaux sociaux sur le débat public et sur les risques d’influence des opinions par certains groupes d’intérêt. D’autant plus qu’avec la guerre en Ukraine et la campagne présidentielle française, l’époque est propice à ce genre de suspicions.
Mais si dans son livre, Toxic Data, l’agrégé de mathématiques David Chavalarias propose en effet une critique de plus contre les Gafam, les ingérences russes ou chinoises, son analyse est par plusieurs points assez originale.

Les illustrations centrales en couleurs, que sans doute peu de lecteurs ont déjà vues, témoignent déjà d’un regard différent sur ces thèmes. On y voit des nuées de points en tas, ou bien dispersés, reliés entre eux plus ou moins fortement. C’est ce que l’auteur, mathématicien de formation, appelle un « macroscope » : un dispositif d’étude à grande échelle de ce qui se passe sur un réseau social comme Twitter et qui permet, par la collecte et l’étude de millions de tweets, de voir d’où part une information, comment un mot-clé circule, comment se forment les communautés politiques, et les voir éclater, se recomposent ou se rapprochent d’une autre…

En spécialiste des systèmes complexes, dont les réseaux sociaux font partie, il défend l’idée que pour mieux corriger les effets négatifs de ces ogres numériques sur les opinions il convient d’abord de disposer des outils pour les « voir ».

Plusieurs exemples montrent l’intérêt d’une telle approche. Ce « politoscope », comme il a été baptisé, a permis d’éclairer le fait que le terme « islamo-gauchisme », repris par des ministres, est bien un concept venu de l’extrême droite. Il aide aussi à repérer quels camps diffusent le plus de fausses informations. Il documente l’émergence de la communauté antivax et antipasse sanitaire.

Les comportements sociaux de chambre d’échos, de bulles de filtre, de polarisation, d’astroturfing, etc., sont bien sûr présents mais vus à l’aune de la science des réseaux et des sciences cognitives, ce qui permet de mieux les comprendre. L’un de ces résultats, tiré d’un théorème mathématique de 1976, est même assez déprimant : plus les interactions sociales sont fortes, plus le comportement collectif est imprévisible aux yeux des individus (rendant instables les situations), mais plus l’entité qui a les informations sur ces interactions peut les prévoir…

Très inquiet de ces influences sur la santé de nos démocraties et conscient que les choix se jouent parfois à un nombre de voix largement atteignable par des influenceurs, l’auteur esquisse 18 propositions pour éviter les dérèglements. Certaines sont de bon sens : vérifier ses sources, savoir se déconnecter… D’autres sont difficiles à réaliser, comme « surveiller » les algorithmes, « redonner les données au peuple »… D’autres encore sont plus inattendues, comme le recours au jugement majoritaire pour les élections, ou les « preferendums », qui permettent de nuancer le contenu des votes et éviter les jugements binaires et l’inévitable polarisation.

Covid-France 25 mars 2022 : haut niveau avec +148.635 cas en 24h.

Covid-France 25 mars 2022 : haut niveau avec +148.635 cas en 24h.

 

jeudi 24 mars 2022 Covid-France 25 mars 2022 : haut niveau avec +148.635 cas en 24h. On recense 141.443 morts au total, +124 morts supplémentaires. Le nombre de décès en EHPAD et EMS fait état de 28.397 (+12) décès au total. Le nombre total de décès en milieu hospitalier est lui de 113.046 (+112 en 24h).

Le taux de reproductivité R est de 1,29 le taux d’incidence à 1.025,75 et la tension hospitalière à 30,1 %. Le taux de positivité est à 30,2 %.

La France compte actuellement 20.654 (+1) personnes hospitalisées et 1.523 (-41) malades en réanimation.

Selon les données de Santé Publique France, Découvrez le bilan des différentes régions françaises et leur évolution :

  • Ile-de-France : 4.157 (-9) hospitalisées, 353 (-3) en réanimation et +22 décès en 24h
  • Grand Est : 1.790 (+24) hospitalisés, 147 (-6) en réanimation et +8 décès en 24h
  • Hauts de France : 2.092 (+33) hospitalisés, 148 (-2) en réanimation et +7 décès en 24h
  • Auvergne Rhône Alpes : 2.112 (+7) hospitalisés, 144 (-3) en réanimation et +10 décès en 24h
  • Provence-Alpes Côte d’Azur : 2.147 (-52) hospitalisé, 169 (-9) en réanimation et +18 décès en 24h
  • Bretagne: 925 (-13) hospitalisés, 50 (0) en réanimation et +7 décès en 24h
  • Normandie : 1.305 (+16) hospitalisés, 89 (+4) en réanimation et +2 décès en 24h
  • Nouvelle-Aquitaine : 1.474 (-9) hospitalisés, 102 (-6) en réanimation et +11 décès en 24h
  • Pays de la Loire : 608 (+13) hospitalisés, 42 (+1) en réanimation et +4 décès en 24h
  • Occitanie: 1.758 (-4) hospitalisés, , 118 (-7) en réanimation et +9 décès en 24h
  • Centre-Val de Loire : 793 (+14) hospitalisés, 53 (-4) en réanimation et +3 décès en 24h
  • Bourgogne-Franche-Comté : 849 (-21) hospitalisés, 54 (-6) en réanimation et +7 décès en 24h

 

Economie, politique, société: les plus lus (24 mars 2022- 7h15)

Economie, politique, société: les plus lus   (24 mars  2022-  7h15)

Poutine un jour devant la justice internationale ?

Présidentielle 2022 : Macron sur les sites de rencontre !

Société: L’impossible simplification administrative

 

Zelensky: Appel au boycott et aux manifestations dans le monde entier

Zelensky: Appel au boycott et aux manifestations dans le monde entier 

 

 

Comme attendu,  le président ukrainien a renouvelé à l’occasion de son intervention face au Parlement français son souhait d’un soutien encore plus significatif à la résistance face à l’envahisseur russe. Le président souhaite notamment des aides militaires plus substantielles ; il appelle en outre un boycott total des entreprises occidentales présentes en Russie.

Zellensky qui demande aussi une solidarité morale et citoyenne vis-à-vis de l’Ukraine partout dans le monde

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lancé un appel enflammé aux citoyens du monde entier à manifester contre l’invasion de son pays par la Russie, un mois jour pour jour après son commencement. «Allez-y avec des symboles ukrainiens pour défendre l’Ukraine, pour défendre la liberté, pour défendre la vie!», a lancé Zelensky dans la nuit de mercredi à jeudi via un message vidéo en anglais. «Retrouvez-vous sur les places, dans la rue, montrez-vous et faites-vous entendre!» «Exprimez-vous, manifestez depuis vos bureaux, vos maisons, vos écoles et vos universités, manifestez au nom de la liberté »

Russie: Un boycott de Leroy Merlin ?

 Russie: Un boycott de Leroy Merlin ?

 
Nombres de marques ont déjà décidé d’arrêter leurs activités en Russie pour protester contre l’envahissement de l’Ukraine. Des décisions difficiles à prendre car la France est de loin le pays qui compte le plus de d’entreprises et de salariés en Russie. Parmi les grandes sociétés, figurent notamment Leroy Merlin qui comprend 45 000 collaborateurs pour une grosse centaine de magasins.

« La décision du maintien de notre activité en Russie est une décision qui n’est pas facile », a répondu Adeo ( Leroy Merlin), qui dit avoir une « responsabilité d’employeur vis-à-vis de (ses) 45 000 collaborateurs et de leurs familles qui contribuent depuis 18 ans à la construction de Leroy Merlin Russie ».

« Nous n’avons pas de raison de condamner nos équipes russes pour une guerre qu’elles n’ont pas choisie »

. Le problème est que ce raisonnement peut s’appliquer à la plupart des activités françaises en Russie et que cela ne saurait exonérer la direction de Leroy Merlin à choisir entre le business, l’honneur et la démocratie. Les conséquences sociales seront forcément négatives pour les salariés locaux de cette société comme pour des autres entreprises françaises qui cessent leurs activités en Russie.

Face à cette position de Leroy Merlin, certains s’interrogent sur la nécessité ou non d’un boycott de la marque

Adeo réalise en Russie 18% de son activité globale. « Fermer l’entreprise du jour au lendemain, fermer nos magasins, serait tout simplement un abandon considéré comme une faillite préméditée, donc illégale ouvrant la voie à une expropriation, qui renforcerait les moyens financiers de la Russie », a ajouté Adeo. Elle dit appliquer « l’intégralité des sanctions mises en œuvre par les pays de l’Union européenne », et respecter « toutes les directives du gouvernement français ».

Si Emmanuel Macron demandait à l’enseigne de quitter le marché russe, « ce serait différent », a estimé toutefois le directeur général d’Adeo, Philippe Zimmermann, interrogé sur une possible demande en ce sens du chef de l’Etat dans un entretien au quotidien La Voix du Nord (pour abonnés) mercredi soir. Il s’est dit « heurté d’être considérés comme des sponsors de la guerre »« Cela peut mettre en danger nos salariés. En Pologne, déjà, nous avons des réactions agressives », a-t-il déploré.

Présidentielle: vers une crise démocratique ?

Présidentielle: vers une crise démocratique ? 

 

Un papier de » l’Opinion » qui attire l’attention sur les risques d’une abstention record combiné à un vote anti système.

 

 

Et si le choc démocratique tant redouté était programmé ? Pas une « surprise » à la manière du 21 avril 2002. Niun dysfonctionnement institutionnel façon 500 signatures. Mais plutôt la perspective d’une combinaison empoisonnée entre une abstention record et un vote anti-système à un niveau sans précédent. A 21 jours du premier tour de l’élection présidentielle, jamais autant d’électeurs n’avaient envisagé la grève civique, au point d’enfoncer le désintérêt historique de 2002 (28 %). Et jamais les candidats « protestataires » n’avaient franchi aussi largement, tous ensemble, le seuil des 50 %.

S’enracinent ainsi en France deux sentiments, fruits d’une même défiance: l’élection suprême est devenue inutile ou, selon, propice à une déconstruction de la démocratie représentative. Cette vérité est douloureuse, pour les élites et pour les partis de gouvernement traditionnels, disqualifiés : les Français restent un peuple politique, mais désormais majoritaire à considérer que le système politique et les institutions républicaines ne sont plus le lieu des solutions. Entre abstention et révolution, point de salut !Après tout, notre pays pâtit d’une fatigue démocratique commune à tout l’Occident, partout carburant des populismes (langueur que la crise ukrainienne pourrait, qui sait, soigner). Sauf que le débat surréaliste – et unique en Europe – sur l’illégitimité supposée d’un Président mal élu laisse supposer qu’au fond, pour se faire entendre, mieux vaut casser que voter. Sauf que l’absolutisme de notre régime présidentiel empêche de purger cette colère populaire qui finit par paralyser le pouvoir. Avec plus d’adresse qu’un Gérard Larcher, Jean-Luc Mélenchon affirme que « si on ne tranche pas cette fois-ci encore, ce ne sera pas bon pour la stabilité de la France. » Contre la poussée des démagogies, la réforme institutionnelle devient la mère des réformes.

Ukraine: La politique de la terre brûlée de Poutine

Ukraine: La politique de la terre brûlée de  Poutine


Confronté à une résistance inattendue autant qu’héroïque des Ukrainiens, le président russe semble prêt à utiliser tous les moyens pour arriver à ses fins (papier de l’Opinion)

 

Prévue pour s’étendre sur quelques petits jours, « l’opération militaire spéciale » lancée par la Russie en vue de « démilitariser et dénazifier » l’Ukraine dure bientôt depuis un mois. Et cette guerre que Vladimir Poutine refuse d’appeler de son vrai nom prend un tour de plus en plus dramatique alors que les troupes russes semblent s’enliser dans leurs attaques. Villes assiégées, bombardements contre des immeubles d’habitation, des hôpitaux, des crèches, des écoles… rien n’échappe à la colère du maître du Kremlin qui semble peu se soucier des sanctions économiques prises contre son pays, pas plus que des accusations de crime contre l’humanité lancées contre lui. Si ce n’est pour y trouver une raison de menacer de rompre les relations diplomatiques avec les Etats-Unis dont le président a été l’un des premiers à le traiter de criminel de guerre.

Confronté à une résistance inattendue autant qu’héroïque des Ukrainiens, le président russe semble prêt à utiliser tous les moyens pour arriver à ses fins. Certains le voient même recourir en dernier ressort à l’arme chimique, voire nucléaire, si Kiev continue à refuser de plier sous son joug. L’escalade n’est sans doute pas finie et, avec elle, son lot de drames humains. Déjà, l’Ukraine compte près de 7 millions de déplacés et 3,4 millions deréfugiés, selon les estimations des Nations unies. Berlin estime que ce dernier chiffre pourrait atteindre les 8 à 10 millions dans les semaines qui viennent. Au « mieux », l’Europe doit se préparer à un conflit long avec la Russie qui promet de mettre à l’épreuve son sens de la solidarité, qu’elle soit intra-européenne ou à l’égard de Kiev. Il aura fallu moins d’un mois pour mettre fin aux espoirs de cohabitation pacifique nés il y a trente ans avec l’éclatement de l’Union soviétique. Car, rien ne sera plus comme avant.

Conflit: Pour une dissuasion économique radicale

Pour une  dissuasion économique radicale

 

 

La dissuasion nucléaire devait rendre les agressions impossibles parce que la menace nucléaire se devait de rendre le coût du recours aux armes trop élevé. Le risque d’un cataclysme dévastateur devait impliquer pour tout agresseur potentiel que la raison l’emporterait sur toute visée belliqueuse ; l’attaquant potentiel se sachant menacé d’une déflagration sur son propre territoire, aucun apprenti va-t-en-guerre ne s’aventurerait à tirer le premier. Par Léonidas Kalogeropoulos, Président de Médiation & Arguments, Fondateur des Entrepreneurs pour la République et Vice-président d’Ethic.

 

Le retour à la réalité se fait violemment sous nos yeux. Le bouclier nucléaire ne protège qu’un seul protagoniste : l’agresseur !

Loin d’empêcher l’attaque du faible par le fort, l’arme nucléaire ne dissuade que d’une chose : elle prohibe toute intervention de forces alliées pour venir en aide à la victime, dont nous sommes condamnés à assister impuissants à l’écrasement par les armes, sous peine de transformer une guerre territoriale en guerre mondiale.

Les dernières illusions de la dissuasion nucléaire, celles qui nous avaient fait ranger la conscription aux oubliettes de l’Histoire – parce que l’Histoire était supposée avoir été débarrassée du risque de guerre – se sont évaporées en quelques semaines, constatant à quel point celui qui veut obtenir la victoire par les armes à tout prix détient un avantage stratégique et militaire déterminant, sur tous ceux qui ne détiennent des armes que pour dissuader quiconque de s’en servir.

L’agresseur du Kremlin avait déjà testé le prototype de sa méthode en Syrie, puis en Crimée. Les condamnations étant restées symboliques ou à tout le moins indolores, il est sous nos yeux en train d’industrialiser une méthode désormais bien rodée, livrant une leçon de conquête militaire à tous ceux qui sur la planète sont encore tentés de s’appuyer sur la force militaire pour étendre les limites de leur Empire.

Dans ce nouveau contexte, la riposte économique mise en place depuis trois semaines se doit elle aussi de s’intensifier et de s’industrialiser à grande vitesse, pour s’ériger en nouvelle arme de dissuasion apte à faire reculer des puissances tentées d’agresser leur voisin pour les soumettre par les armes.

Les sanctions économiques décidées par l’Union Européenne et les Gouvernements des Etats membres ont été rapides et pénalisantes, tout autant que celles décidées par des entreprises qui d’elles-mêmes, ont pris l’initiative de quitter la Russie ou d’interrompre la poursuite de toute collaboration avec des entreprises russes tant que l’agression de l’Ukraine ne sera pas stoppée.

Les oligarques ne sont pas seules victimes de ces mesures, loin s’en faut. La population russe elle-même en sera victime, tout comme les entrepreneurs russes, qui peuvent potentiellement être coupés du monde économique environnant, pénalisant leurs exportations tout comme leurs approvisionnements. Pour que le coût économique infligé à l’agresseur soit maximisé, encore faut-il que cet embargo généralisé ne soit pas contourné par d’autres puissances tentées de protéger l’agresseur ou de trouver dans ces sanctions l’opportunité de gagner de nouveaux contrats.

C’est donc doublement, par accords entre Etats à l’échelle internationale, mais aussi par voie contractuelle entre acteurs privés, avec des clauses croisées rendant ces sanctions automatiques en cas de conflits provoqués par un Etat agresseur, que la dissuasion économique peut devenir une véritable alternative à la dissuasion nucléaire dont la faille apparait désormais béante aux yeux du monde et de l’Histoire.

Outre la définition des règles imposant un tel embargo au sein de l’ONU, de telles clauses doivent pouvoir s’intégrer aux contrats commerciaux et intégrer les exigences de compliance pour encadrer la « respectabilité » des entreprises avec lesquelles il est possible de travailler, supposant que partout dans le monde, il serait possible de s’assurer que les partenaires avec lesquels on collabore s’engagent à rompre leurs relations commerciales avec toutes entités économique d’un pays qui attaque militairement son voisin. Cette promesse de déclenchement de représailles économiques « automatiques », généralisées et de très grande ampleur, est de nature à venir asseoir le principe d’une nouvelle dissuasion à faire la guerre, pour supplanter celle qui a préservé la paix en Europe durant près de soixante-quinze ans, et dont les fondements se sont évaporés en quelques semaines en Ukraine.

Pour que cette nouvelle riposte prenne la dimension d’une arme de dissuasion massive, elle doit être consacrée dès à présent dans toute sa radicalité, ce qui suppose un embargo immédiat et absolu sur le gaz russe, quel qu’en soit les conséquences pour nous, qui seront toujours plus faibles que celles qui s’abattent quotidiennement sur la population civile ukrainienne.

Mais parvenir à rendre opérationnelle cette nouvelle dissuasion économique va supposer davantage que de nouvelles règles internationales et l’extension de clauses de compliance : il va falloir parvenir à se doter d’une puissance économique qui donne au concept de « souveraineté » la plénitude de sa dimension, en termes géopolitiques et désormais aussi en termes militaires.

Concentration des médias: Bolloré et les financiers menacent la démocratie

Concentration des médias: Bolloré et les financiers menacent  la démocratie

La concentration des médias aujourd’hui à l’œuvre en France menace le pluralisme constitutif de la démocratie. Elle réactive des enjeux soulevés dès la IIIᵉ République. Par Nicolas Kaciaf, Sciences Po Lille

 

 

Depuis le 24 novembre 2021, le Sénat dispose d’une commission d’enquête sur la concentration des médias. D’après les mots de son président, le sénateur centriste Laurent Lafon, celle-ci ne vise pas à « dénoncer le comportement ou la stratégie de tel ou tel acteur » mais à « comprendre le nouveau paysage qui se dessine ».

Son objet est avant tout d’« interroger la pertinence » d’une législation établie en 1986 (loi relative à la liberté de communication, dite loi Léotard) et dont le volet « anti-concentration » (défini dans son article 39) n’a été que partiellement modifié, malgré les profondes transformations de l’écosystème médiatique.

Les travaux de cette commission ont pu bénéficier d’une certaine exposition médiatique, en raison de l’audition des principaux propriétaires de groupes médiatiques, et notamment celle de Vincent Bolloré le 16 janvier.

Principal actionnaire du groupe Vivendi, il étend son empire médiatique depuis le lancement de la chaîne Direct 8 en 2005.

L’industriel suscite de légitimes inquiétudes quant à cette mainmise croissante sur l’information, au regard de la « droitisation » des orientations éditoriales, de la mise au pas des rédactions et de la multiplication des procédures visant à faire taire les investigations journalistiques à son encontre.

Plus que les autres démocraties libérales, la France connaît une situation paradoxale. D’un côté, le numérique a rendu possible une démultiplication sans précédent de l’offre de médias et de contenus, au point d’engendrer une situation d’« hyperconcurrence » pour l’attention des publics et leur monétisation.

De l’autre, le capital des principaux médias privés d’information, écrits comme audiovisuels, nationaux comme locaux, est concentré entre les mains d’une trentaine d’actionnaires dont certains figurent parmi les principales fortunes du pays (Bernard Arnault, Patrick Drahi, Xavier Niel, François Pinault, Daniel Kretinski, Martin Bouygues, famille Dassault, etc.).

Ainsi, tandis que la soixantaine de quotidiens régionaux appartiennent à six principaux groupes (Sipa Ouest-France, EBRA, Rossel, Centre France, Sud-Ouest et La Dépêche), les dix-neuf chaînes privées de la télévision numérique terrestre sont la propriété d’à peine six acteurs (Altice, TF1, M6, Canal+, NRJ Group, Amaury) qui ne seront plus que cinq en raison de la fusion programmée entre les groupes TF1 et M6.

À ce panorama succinct, il faut ajouter les processus de concentration entrepris à l’échelle mondiale sur les autres branches du nouvel écosystème médiatique. Qu’il s’agisse des fournisseurs d’accès à Internet (Orange, Free, SFR…), des « infomédiaires » (Google, Facebook, Twitter…) ou des plates-formes de streaming (Netflix, Amazon, Disney+), chaque couche de ce vaste secteur est dominée par des entreprises en situation de monopole ou d’oligopole qui accaparent l’essentiel des revenus issus des usagers eux-mêmes ou des annonceurs.

Pour justifier la fusion entre les groupes TF1 et M6 ou le rachat par Vivendi du pôle « médias » du groupe Lagardère (Europe 1, Paris-MatchLe Journal du dimanche), les dirigeants des entreprises médiatiques mobilisent un argumentaire récurrent depuis quatre décennies : la France doit disposer de « champions » nationaux pour faire face à la concurrence « déloyale » des firmes étrangères, garantir la qualité de l’information (face aux fake news qui circuleraient par le biais des réseaux socionumériques états-uniens) et préserver l’« exception culturelle » hexagonale (à travers notamment les règles de financement du cinéma français).

Cet argumentaire n’explique cependant pas cette singularité du capitalisme médiatique français : impliquer des investisseurs issus d’autres branches industrielles et financières (logistique, luxe, banque, armement, BTP, télécommunication, etc.), et pour qui les activités médiatiques ne constituent pas l’essentiel de leurs chiffres d’affaires.

Pourquoi s’engagent-ils alors dans un secteur économiquement fragilisé face à la dispersion des audiences et la reconfiguration profonde de l’environnement technologique et des usages ?

Si l’on excepte les récents travaux de Julie Sedel qui a entrepris une précieuse sociologie des patrons de médias, la recherche universitaire manque de données de première main pour restituer finement les motivations à l’origine de ces rachats.

Différents indices montrent cependant à quel point l’accaparement des entreprises médiatiques ne relève pas seulement de logiques marchandes.

Elle participe aussi d’une ambition de peser (au moins indirectement) sur les débats publics et de servir les intérêts des autres branches de leurs groupes respectifs. Comment ? En s’érigeant en interlocuteurs privilégiés d’acteurs politiques dont les carrières sont partiellement conditionnées par leur visibilité médiatique.

Parmi les exemples les plus notoires, on se souvient des liens nourris que Nicolas Sarkozy pouvait entretenir avec Arnaud Lagardère, qu’il désignait comme « son frère », ou avec Martin Bouygues, témoin de son mariage et parrain de son fils.

Bien que ces derniers aient toujours revendiqué l’absence de pression sur les orientations éditoriales de leurs médias respectifs, la sociologie du journalisme a pu montrer qu’il n’est nul besoin qu’un propriétaire intervienne directement sur les contenus pour que les rédactions en chef évacuent toute information susceptible de déplaire à leurs actionnaires.

Cette concentration des principaux médias privés dans les mains d’une oligarchie industrielle et financière est cependant loin d’être une problématique nouvelle. Sous la IIIe République déjà, l’accaparement de nombreux journaux par les « puissances d’argent » a constitué un enjeu majeur des affrontements politiques.

Si la loi sur la liberté de presse de 1881 a permis la libre expression des opinions par voie de presse, les législateurs n’ont pas interrogé les conditions économiques susceptibles de garantir l’effectivité du pluralisme médiatique.

Strictement régi par le jeu de l’offre et de la demande, le marché des journaux est alors entré dans une dynamique de massification de l’audience globale de la presse, favorisant les titres « populaires » et bon marché, détenus par les milieux d’affaires.

Au tournant du siècle, quatre quotidiens parisiens (Le Petit JournalLe Petit ParisienLe MatinLe Journal) dominent outrageusement la diffusion, cependant que l’agence Havas dispose d’un quasi-monopole sur les activités de courtage publicitaire et les Messageries Hachette contrôle une large part des réseaux de distribution.

Au cours de l’entre-deux-guerres, différents projets de régulation du marché de la presse voient le jour, face à la multiplication des scandales mettant en cause les relations entre la presse et « l’argent ». Le rachat du Figaro en 1922 par l’industriel du parfum acquis aux idées mussoliniennes, François Coty, puis celui du Temps en 1929 par François de Wendel, président du Comité des Forges, accréditent l’image d’une presse mise au service des intérêts patronaux.

C’est dans ce contexte, ici grossièrement résumé, que les pouvoirs publics ont octroyé aux journalistes professionnels un statut reconnaissant l’importance de leur rôle dans les régimes démocratiques. En créant les principes de « clause de conscience » et de « clause de cession » pour amoindrir la dépendance des journalistes vis-à-vis des velléités propagandaires des patrons de presse, la loi Brachard de 1935 visait à renforcer la crédibilité des journaux.

Selon les mots du rapport accompagnant la loi, leur contenu ne devrait ainsi être confié qu’aux « mains expérimentés des professionnels », soumis à une déontologie propre et désormais identifiables par leur carte de presse.

La Seconde Guerre Mondiale a contribué à accélérer ce processus de transformations d’un secteur dont les titres les plus commerciaux s’étaient compromis avec l’occupant.

Prenant appui notamment sur la « Déclaration des droits et des devoirs de la presse libre » élaborée dans la clandestinité et posant le principe que « la presse n’est pas un instrument de profit commercial », différentes ordonnances édictées à la Libération visaient à réformer les règles relatives à la propriété des journaux, à lutter contre la concentration et à octroyer un rôle inédit à l’État pour encadrer et réguler une activité désormais définie comme « service public » ou, du moins, au service du public.

Au-delà du monopole d’État sur l’audiovisuel, l’ordonnance du 26 août 1944 exigeait notamment la transparence dans le capital du journal, l’interdiction pour un même actionnaire de posséder plus d’un quotidien ainsi que l’impossibilité, pour le directeur d’un journal, d’exercer une fonction industrielle ou commerciale fournissant l’essentiel de ses revenus.

Face aux difficultés financières rencontrées par ce que l’historien Patrick Eveno a qualifié de « presse sans capitaux » (de 33 quotidiens nationaux publiés en 1946, il n’en restait plus que 13 en 1954), ce cadre légal a été progressivement assoupli, voire ouvertement contourné, à l’image du puissant groupe constitué par Robert Hersant à partir de 1950.

Mais c’est au cours des années 1980 que l’ouverture du capital des médias aux « capitaines d’industrie » s’accélère, à travers la constitution de groupes pluri-médias. Enclenchée en 1982, la libéralisation de l’audiovisuel s’est accompagnée d’un dispositif légal fixant des « seuils anti-concentration » (loi Léotard de 1986) et de la création d’une autorité administrative indépendante chargée d’attribuer les fréquences nouvellement créées aux entrepreneurs privées, de définir leur cahier des charges et de veiller au respect du cadre légal (le Conseil supérieur de l’audiovisuel devenu ARCOM en janvier 2022).

Cependant, comme l’a récemment rappelé Laurent Mauduit, cette dynamique d’attribution des fréquences radiophoniques et surtout télévisuelles a été marquée par d’intenses arrangements entre acteurs politiques et dirigeants de groupes privés, ainsi que par la passivité des responsables successifs du CSA face aux manquements répétés de certaines chaînes privées vis-à-vis de leurs obligations légales.

Si l’on excepte les quelques médias qui appartiennent à leurs journalistes ou ceux dont la gouvernance garantit l’autonomie de la rédaction (MediapartLe Canard enchaînéLe Monde, etc.), les entreprises médiatiques françaises, et en particulier les groupes audiovisuels, restent dominées par des acteurs positionnés au sommet de la hiérarchie sociale et qui ont un intérêt direct à peser sur les orientations politiques et économiques du pays.

De récentes crises sociales (« gilets jaunes »), sanitaires (Covid) et internationales (guerre en Ukraine) ont pourtant rappelé à quel point les affrontements politiques s’accompagnent toujours de batailles informationnelles qui mettent en tension les exigences de pluralisme des opinions et de respect de la véracité des faits.

Face à la polarisation exacerbée du débat public, les régimes démocratiques doivent ainsi, plus que jamais, disposer de rédactions autonomes vis-à-vis des forces en présence et notamment des plus puissantes d’entre elles, sur un plan financier et communicationnel.

Mais fabriquer un journalisme de qualité a un coût que la dispersion des audiences face à la surabondance de l’offre de contenus parvient, plus difficilement qu’autrefois, à compenser. Dans ces conditions, les fragilités économiques rencontrées par de nombreux médias d’information ont rendu possible les dynamiques de regroupement de leur capital dans un nombre plus limité de mains.

Face à cette situation problématique pour la salubrité du débat public, il faut se pencher sur les récentes suggestions de Julia Cagé et Benoît Huet et imaginer de nouveaux dispositifs légaux pour « refonder la propriété des médias » : renforcement des dispositifs anti-concentration, modification de la gouvernance des entreprises médiatiques pour mieux protéger les rédactions de la tutelle actionnariale, incitation des pouvoirs publics au financement participatif pour diversifier l’origine des capitaux médiatiques, etc.

Les premiers éléments du programme d’Emmanuel Macron, à qui les sondages accordent de très fortes chances de réélection, ne laissent cependant pas présager d’ambitions réformatrices sur ce point. Au contraire, c’est à l’encontre des médias publics et de leur financement que se sont pour l’heure concentrées les propositions du candidat. En suggérant le 7 mars de remplacer la redevance par l’impôt (et par conséquent par une négociation budgétaire entre responsables de l’exécutif et dirigeants des entreprises publiques), Emmanuel Macron laisse entrevoir la possibilité d’une emprise plus prononcée du pouvoir politique sur le service public de l’audiovisuel.

C’est pourtant ce même service public qui échappe aux logiques commerciales et à la satisfaction d’intérêts capitalistiques qui gouvernent nombre de médias privés.

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Par Nicolas Kaciaf, Maître de conférences en science politique, spécialiste des médias, Sciences Po Lille.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Crise énergétique : Soutenir les initiatives des particuliers

Crise énergétique : Soutenir les initiatives des particuliers

 

Sur 20 millions de maisons individuelles françaises, seules 100.000 sont aujourd’hui équipées de panneaux solaires photovoltaïques, quand il en faudrait 4 millions pour atteindre les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour 2035. La faute à des politiques publiques qui découragent trop souvent les particuliers. Par Marie Juyaux, Directrice générale d’Oscaro Power et Marion Perrin, Directrice scientifique d’Oscaro Power.

 

Des usines françaises à l’arrêt car incapables de payer la facture d’électricité : un exemple parmi tant d’autres qui illustrent les dégâts causés par la crise énergétique que traverse l’Europe depuis plusieurs mois. Pas étonnant quand on sait que le prix de la production d’énergie sur le marché de gros est passé en un an de 3-8 centimes d’euro par kilowattheure à 20-45 centimes d’euro par kilowattheure.

La France affiche d’ailleurs des prix parmi les plus élevés d’Europe sur le marché Spot de l’électricité malgré un parc nucléaire censé faire baisser la note. Plus grave, elle est le seul pays européen à ne pas avoir atteint en 2020 ses objectifs fixés dans le cadre du paquet énergie-climat par l’Union européenne en matière d’énergies renouvelables. Alors que nous devions atteindre une part de 23% d’énergies renouvelables dans notre mix énergétique, nous n’avons pu faire mieux que 19,1%. Ce qui a fait dire à Jean-François Carenco, président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), en décembre dernier à l’occasion du colloque annuel de l’Union française de l’électricité (UFE), que la France était « très en retard » en matière d’énergies renouvelables et que la crise aurait pu être évitée si l’on avait « suivi la feuille de route des énergies renouvelables telle qu’elle était prévue il y a deux ans ».

Il suffit de se tourner vers le solaire photovoltaïque. Atteindre les 4 millions de maisons équipées en autoconsommation en 2035, comme le préconise la PPE de RTE, est impossible si l’on reste dans un schéma classique d’installation réalisée par un professionnel : les installateurs agréés manquent cruellement et cela ne va faire qu’empirer dans les prochaines années.

Le solaire photovoltaïque en auto-installation représente donc une opportunité unique pour rattraper ce retard, si l’on veut bien encourager la pratique et faire sauter un à un les verrous qui empêchent les particuliers de devenir compétents en la matière et de s’approprier la transition énergétique en cours. En effet, selon un sondage Ifop réalisé en février 2022 pour Oscaro Power auprès d’un échantillon de plus de mille personnes, 74% des sondés affirment avoir déjà entendu parler de l’autoconsommation solaire, mais 43% de ces personnes ne savent pas vraiment en quoi cela consiste. Pourtant, quand on leur explique qu’il suffit d’installer chez soi des panneaux solaires pour autoproduire de l’électricité et faire des économies, ils sont 63% à vouloir procéder à cette installation et plus 2 français sur 3 sont prêts à franchir le pas de l’auto-installation.

À l’ère du Do It Yourself, réparer sa voiture, faire soi-même ses travaux de bricolage ou fabriquer un meuble n’est plus inaccessible. En témoigne l’engouement pour les tutoriels sur internet qui ne cessent de conquérir de plus en plus de Français. Le discours public se limite trop souvent à asséner qu’il faut passer par un installateur agrée pour la pose de panneaux solaires photovoltaïques sur sa toiture ou dans son jardin, alors même que le particulier peut tout faire lui-même si on lui en donne les moyens. De même qu’il peut tout à fait revendre le surplus d’énergie solaire produite grâce à son système auto-installé.

Enfin, il convient d’en finir avec les limites que s’imposent les particuliers lorsqu’ils décident de se lancer dans l’installation de panneaux photovoltaïques. Depuis 2017, le code de l’énergie indique que le surplus de production d’un particulier en autoconsommation peut être réinjecté gratuitement sur le réseau jusqu’à une puissance de 3 kilowatts, permettant ainsi à Enedis de l’utiliser. Mais les démarches administratives imposées par le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité sont telles que les particuliers préfèrent bien souvent investir dans des systèmes solaires simples et peu coûteux qui brideront automatiquement leur production. On se prive là d’un formidable réservoir d’énergie renouvelable alors qu’il suffirait de libérer le potentiel du solaire photovoltaïque en auto-installation pour atteindre enfin les objectifs que nous nous sommes fixés.

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