17 octobre 1961 : un mensonge d’tat

17 octobre 1961 :un mensonge d’tat

L’historien Emmanuel Blanchard revient sur cet vnement quiest longtemps rest « un mensonge d’tat dans un contexte de sortie de guerre avec une presse censure ».(Franceinfo, extraits)

 

« Il n’y a pas eu d’autre dmonstration de masse qui ait t rprime dans une telle violence »en Europe de l’Ouest aprs la Seconde Guerre mondiale, a estim samedi 16octobre sur franceinfo, l’historien et politiste Emmanuel Blanchard, alors qu’Emmanuel Macron a dnonc« des crimes inexcusables », l’issue d’une crmonie officiel pour les60ans dumassacre des Algriens du 17 octobre 1961 Paris.« Il y a eu plusieurs dizaines de morts, 150 victimes selon [les historiens] Jim House et Neil MacMaster.Ils ont t tus dans des conditions qui, pour beaucoup, restent obscures », a-t-il rappel.

Selon vous, cette manifestation est la rpression la plus violente en Europe de l’Ouest aprs la Seconde Guerre mondiale?

Emmanuel Blanchard:Incontestablement, il n’y a pas eu d’autre dmonstration de masse qui ait t rprime dans une telle violence. Il y a eu plusieurs dizaines de morts le soir-mme du 17octobre, mais aussi des Algriens qui ont disparu tout au long des mois de septembre et d’octobre. Ils ont t tus dans des conditions qui, pour beaucoup, restent obscures. Il y a eu 150 victimes selon Jim House et Neil MacMaster [historiens britanniques, spcialistes de la France et de l'Algrie]. C’est une question de mensonge d’tat. Il y a d’abord eu une dissimulation mdiatique, dans un contexte de sortie de guerre avec une presse censure. Par exemple, un photographe du journalL’Humanita pris des photos d’Algriens gravement blesss voire morts. Elles n’ont pas t publies l’poque. Ensuite, le rcit gouvernemental vise faire porter la charge de la violence sur les Algriens qui auraient commis une meute. Les meurtres auraient t commis entre indpendantistes algriens. Ce rcit ne tient pourtant pas, mme du point de vue mdiatique. Le New York Times fera par exemple sa une sur le 17octobre1961 pendant plusieurs jours l’poque. Enfin, le mensonge va tre judiciaire. Les juges se contentent de suivre la seule piste fournie par la police et les archives seront difficiles d’accs. Le premier historien avoir fourni un rcit trs circonstanci du 17octobre1961, Jean-Luc Einaudi[historien], n’a pas eu accs aux archives de police et de justice qu’il demandait la fin des annes80 et tout au long des annes90.

Quelle a t la raction du FLN?

12000 personnes ont t arrtesce jour-l. Une grande partie des cadres intermdiaires du FLN ont t placs dans des camps d’internement ou des commissariats pendant plusieurs jours. Le FLN a lanc une enqute interne pour identifier qui n’tait pas revenu de la manifestation, qui a t bless, voire tu, qui a disparu… Le FLN en a fait une plaquette en dcembre1961 pour dnoncer la rpression coloniale et affirmer dj qu’une centaine de personnes avait t tues. Mais ce qui importait au FLN, c’tait la victoire politique. Les Franais ont rouvert les ngociations en acceptant que le FLN soit le seul parti algrien la table des ngociations. C’tait l’enjeu cette poque. Si la police rprimait si fortement depuis le dbut du mois de septembre, avec arrestations, internements, et disparitions, c’tait dans l’optique de casser la fdration de France du FLN et de faire merger une troisime force qui serait venue la table des ngociations. Or, de ce point de vue-l, le FLN a obtenu une victoire politique.

Comment expliquer un tel dchanement de violence de la police ce soir-l?

Il faut s’imaginer un contexte de sortie de guerre, o le gouvernement franais, son premier ministre Michel Debr, et le prsident de la Rpublique, le gnral de Gaulle, ont donn une mission trs claire la prfecture de police: il fallait casser la fdration de France du FLN. Il tait donc inimaginable que cette fdration, qui par ailleurs commettait des attentats, puisse organiser une manifestation pacifique. Symboliquement, c’tait prouver que le FLN avait le peuple derrire lui, alors le gouvernement franais voulait faire du FLN un groupuscule terroriste. Des dizaines de milliers de personnes cherchaient se rendre visibles pour montrer la fois qu’elles taient l et qu’elles soutenaient l’indpendance de l’Algrie. C’est a que la police a interdit.Il faut rappeler le rle de la police ce soir-l, la faon dont ses exactions ont t couvertes par Maurice Papon qui a t prfet jusqu’en 1967, et rappeler qu’ cette poque il y a eu des dizaines d’attentats de l’OAS qui ne sont pas trangers la disparition d’un certain nombre d’Algriens cette poque.

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