Revitaliser les petites lignes ferroviaires

 Revitaliser les petites lignes ferroviaires 

Grand connaisseur de l’histoire du rail, François Philizot se souvient de ce « chevelu » très dense qui quadrillait le pays. Et explique comment prolonger cette aventure française. ( papier du Monde)

Il est le compagnon idéal pour un voyage dans l’histoire, l’économie et la géographie des petites lignes ferroviaires. François Philizot, préfet passé par sept départements au cours de sa carrière et grand connaisseur de la France du rail, continue, à 63 ans, de scruter les petites lignes du pays depuis son minuscule bureau de la Défense (Hauts-de-Seine). Il avait livré, en 2020, une étude très attendue sur le sujet, mais finalement jamais publiée, tant le thème est explosif depuis qu’un précédent rapport, signé Jean-Cyril Spinetta, avait suggéré en 2018 de fermer les dessertes les moins rentables. François Philizot a accepté d’évoquer pour Le Monde cette aventure française. Balade érudite dans ces tortillards qui sillonnent le pays depuis près d’un siècle et demi.

Il existe depuis longtemps. La petite ligne est très liée à l’histoire de la diffusion du chemin de fer à la fin du XIXsiècle. Le réseau français s’est d’abord construit à partir de la monarchie de Juillet, par le lancement des lignes principales, avec les premières grandes villes atteintes dès 1846. Mais il y a très vite une volonté d’aller loin dans le territoire. Par exemple, dans le pays de mon père, dans la Nièvre, le chemin de fer est arrivé à la fin du Second Empire. Je ne parle pas ici de Nevers, mais du fin fond de la campagne nivernaise, au pied du Morvan. En quinze-vingt ans, le rail a gagné la campagne.

Ce premier mouvement a ensuite été prolongé sous la IIIRépublique. C’est tout le plan Freycinet, du nom du ministre chargé de ces questions-là (il a en parallèle lancé un plan autour des canaux). On développe un réseau extrêmement fin, parallèle à celui des routes nationales, qui étaient beaucoup plus nombreuses qu’aujourd’hui. Il s’agit de faire accéder à la modernité l’ensemble du territoire national et de déployer une stratégie d’investissement pour créer de la croissance. On parlerait aujourd’hui d’une politique keynésienne d’investissement.

Les gens assistent alors au basculement d’un monde. Citons la conclusion du voyage à travers les Cévennes de [l’écrivain] Robert Louis Stevenson, en 1878. Quand il arrive avec Modestine, son ânesse, dans le sud de son parcours, près d’Alès, il voit le chantier de la ligne qui desservira Mende, et qui permettra de rejoindre le cœur du Massif central. C’est un moment qui a profondément marqué le monde rural.

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