« Un drôle de confinement ».

« Un drôle de confinement ».

 

par  Gilles Savary dans l »Opinion;

 

 « La priorité sanitaire “quoiqu’il en coûte” perdure, mais a changé d’objectif : elle privilégie désormais la course au vaccin sur la préservation de vies à tout prix »

 

C’est un drôle de reconfinement qui a été décidé par l’exécutif face à la « troisième » vague de la pandémie de Covid-19, ou plutôt à la nouvelle vague de ses variants. Outre sa sélectivité géographique, qui traduit une stratégie pragmatique en rupture du sacro-saint égalitarisme français, il trouble par ses tolérances sans commune mesure avec les certitudes scientifiques et la sévérité du confinement de l’an dernier.

« Aérez-vous ou cloîtrez-vous ! », pourrait résumer son injonction paradoxale, appuyée sur quelques vagues enseignements scientifiques. Dimanche, les Marseillais l’ont pris au mot en organisant, sans préavis, un carnaval dont les images illustraient l’avidité de défoulement festif qui monte dans le pays. Il a été condamné par les autorités, au risque d’ajouter à l’incompréhension.

Le Président lui-même ne trouve pas les mots pour qualifier cette « troisième voie » en forme d’étroite ligne de crête. Elle soulève évidemment le scepticisme, voire l’indignation, du monde médical en regard de son idéal sanitaire et de son degré d’exposition hospitalière, mais il n’est pas en responsabilité du fonctionnement de l’économie qui le finance, pas plus que de la gestion de la pression sociale.

A l’inverse, malgré l’exceptionnel filet de solidarité publique déployé, commerçants, restaurateurs, cafetiers s’inquiètent légitimement de leur avenir et les professionnels de la culture ont fait assaut de misérabilisme à la cérémonie des César pour condamner la sévérité gouvernementale à leur égard.

« Tout ou rien ». Dans ce contexte anxiogène, tout ce qui peut apparaître comme une demi-mesure ou un aménagement empirique est de nature à insatisfaire les tenants du « tout ou rien » des deux camps. Il ne faut pas chercher plus loin la rupture de consensus politique et l’érosion de la cote de confiance qui affectent les têtes de l’exécutif.

Pourtant, la stratégie adoptée le 29 janvier par Emmanuel Macron, en contre-pied du conseil scientifique — et poursuivie sous de nouvelles modalités —, est assez limpide, même si elle est indicible. La priorité sanitaire « quoiqu’il en coûte » perdure, mais a changé d’objectif : elle privilégie désormais la course au vaccin sur la préservation de vies à tout prix. Comment l’avouer et le formuler face aux victimes ?

Elle traduit indéniablement une déconvenue du pari politique fait par le Président, en prenant le parti de ne pas reconfiner, mais elle n’en constitue pas non plus un revirement total. Il s’agit de « vivre avec le Covid » jusqu’à son éradication vaccinale, avec un maximum de précautions et un minimum de contraintes, mais sans stopper l’économie, ni risquer de perdre le contrôle d’une normalisation sociale que l’arrivée des beaux jours rend irrésistible.

Du coup, c’est la campagne de vaccination qui constitue désormais l’enjeu politique majeur de la gestion de crise. Faute de production nationale et face au défi industriel inouï de devoir vacciner toute l’humanité dans un contexte de mutations du virus, le gouvernement n’en maîtrise pas tous les paramètres. Elle ne s’annonce pas comme un long fleuve tranquille, mais pèsera sur le cycle électoral qui s’annonce.

Gilles Savary est ancien député PS de la Gironde et délégué général de Territoires de progrès.

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