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Le fiasco de l’approvisionnement européen des vaccins (Philippe Juvin)

Le fiasco de l’approvisionnement européen des vaccins (Philippe Juvin)

 

 

La France a mis en garde vendredi certains pays de l’Union européenne contre la tentation de chercher individuellement à se procurer des doses supplémentaires de vaccins contre le Covid-19, notamment auprès de la Chine ou de la Russie. Face aux retards pris en début d’année dans les livraisons de vaccins coordonnées par la Commission européenne, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque ont déjà approuvé ou envisagent d’approuver le vaccin russe Spoutnik V dont l’Agence européenne des médicaments vient seulement de commencer l’évaluation.

 

Ancien député européen (2009-2019), Philippe Juvin est chef du service des urgences de l’hôpital européen Georges-Pompidou et maire LR de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine).

Quel bilan faites-vous de la stratégie vaccinale de l’Union européenne ?

Le choix d’une centrale d’achat était une bonne idée politique mais dans les faits, la négociation n’a pas été bien menée. Nous sommes en train de payer une série de dysfonctionnements. Le premier a été un retard en matière de commandes et une lenteur des négociations. Le deuxième a été de vouloir discuter le prix des vaccins comme en témoigne cette interview de Clément Beaune, le secrétaire d’État français chargé des Affaires européennes, qui a justifié, en décembre, l’intervention coordonnée des Etats membres par le fait que l’on allait finalement acheter moins cher alors que le sujet n’était pas là. On a négocié comme des marchands de tapis. C’est comme si lors de la bataille de la Marne, on avait mégoté sur le prix de l’essence des fameux taxis. Les Israéliens ont payé beaucoup plus cher les vaccins mais ils ont fait le calcul selon lequel tout surcoût représentait deux jours de confinement. Le troisième dysfonctionnement, soulevé par la presse allemande, est lié à l’influence de certains Etats membres – notamment de la France, très attachée à défendre les intérêts de Sanofi – qui ont voulu favoriser certains intérêts nationaux et ont freiné les commandes extérieures.

Qu’aurait-il fallu faire ?

On n’a pas fait l’analyse de qui arriverait en premier en matière de vaccins. Or, on savait que ceux à ARN messager étaient les mieux placés du fait notamment d’une technique extrêmement agile. Moderna est déjà en train de mettre au point un vaccin adapté au variant sud-africain. Au niveau des commandes, il fallait parier sur tous les vaccins en phase 2, au risque qu’il y en ait trop. Il fallait d’autant moins lésiner sur la commande que l’on pourrait être amené à revacciner les gens dans un an et que le monde entier aura besoin de vaccins. Quand la France tance les autres pays européens qui veulent agir de leur côté, elle a un train de retard. Il faut comprendre pourquoi ces pays en sont arrivés là.

Qui est coupable ?

La dysfonction actuelle vient des Etats qui ne jouent pas le jeu et refusent de partager leurs informations. On l’a vu au moment du déclenchement de la pandémie quand Bruxelles a demandé aux vingt-sept – comme je le raconte dans mon livre «  Je ne tromperai jamais leur confiance  » (Gallimard) – s’ils avaient des problèmes d’équipements (masques etc.) et que chacun a assuré que tout était sous contrôle… Mais ce n’est pas là l’exemple le plus frappant.

En 2016, a été créé un outil extrêmement avant-gardiste de coopération européenne avec la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) comprenant le Wellcome Trust, la fondation Bill-et-Melinda-Gates, la Norvège, le Japon, l’Allemagne, l’Union européenne et le Royaume-Uni.

Persuadée qu’elle arriverait à faire seule ce que le reste du monde essaye de faire à plusieurs, la France ne s’y est pas associée. Or, dès sa création, le CEPI est convenu qu’il fallait être capable de mettre au point des plateformes pour pouvoir très rapidement passer en phase 2 sur la base de vaccins reposant sur nouvelles technologies à partir d’ADN – que l’on ne développera pas – et d’ARN messager que l’on fera finalement.

Cela pourrait expliquer le scepticisme général des Français à l’égard de la vaccination ?

C’est une chose de se plaindre du vaccino-scepticisme, c’en est une autre d’expliquer pourquoi nous sommes en mars et qu’il n’y a pas eu une seule campagne officielle en faveur de la vaccination. Et je ne parle pas du scepticisme alimenté par Emmanuel Macron quand il dit aux journalistes britanniques que le vaccin d’AstraZeneca ne fonctionne pas chez les sujets âgés. Les autorités ne jouent pas leur rôle en n’expliquant pas pourquoi il faut se faire vacciner. Elles ont failli dans leur devoir d’information.

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