Vers une nouvelle concentration des médias français

Vers une nouvelle concentration des médias français

Analyse du Monde

 

Il ne restait qu’un groupe étranger aux manettes à la fois de radios, chaînes de télévision et titres de presse français, et le voilà en passe de quitter le territoire national. Mi-décembre, le groupe Vivendi entrait en négociations exclusives avec Gruner und Jahr (G+J), filiale du groupe allemand Bertelsmann, pour racheter Prisma Media (Géo, Femme actuelle, Voici, Capital, etc.). Fin janvier, on apprenait que RTL Group, autre filiale du géant allemand, avait sondé le marché à propos du groupe M6 (M6, W9, Paris Première, mais aussi les stations RTL, RTL2, et Fun Radio). Rien n’est encore fait et pour l’heure, l’allemand s’est borné à reconnaître qu’il avait « rappelé à plusieurs reprises l’intérêt qu’il y aurait à favoriser une consolidation du secteur audiovisuel européen ». En d’autres termes : circulez, il n’y a pas tant de raisons de s’émouvoir.

Et pourtant, l’émoi est là. D’abord parce qu’à quelques mois d’une campagne pour l’élection présidentielle, l’événement n’a rien d’anodin. Ensuite parce qu’il est de bon ton de battre sa coulpe : la France, avec ses lois anti-concentration contraignantes, ses grèves à répétition, l’interminable et coûteuse crise de la distribution de la presse, serait un territoire ingrat pour les magnats des médias. Le constat et le reproche ne sont pas nouveaux. Le britannique Pearson a cédé les Echos à LVMH en 2007, Emap France (Télé Poche, Biba, Pleine vie, Nous deux, etc.) s’est offert à l’italien Mondadori en 2006, qui s’est lui-même vendu au français Reworld en 2019. Après avoir racheté L’Express, Lire et L’Etudiant en 2006, le belge Roularta s’en est séparé en 2015 au profit d’Altice, le groupe de Patrick Drahi – qui a, ensuite, ventilé ses titres de presse façon puzzle. Dans ce contexte, le tchèque CMI (propriété de Daniel Kretinsky, actionnaire indirect et minoritaire du Monde), l’américain Condé Nast, l’allemand Bauer, ou encore le belge Rossel font figure de téméraires.

Après la presse écrite, en proie à des difficultés structurelles, c’est au tour des médias audiovisuels de connaître l’adversité. Projetés par la crise sanitaire dans un avenir que chacun pensait voir arriver à une allure acceptable, les acteurs du secteur sont étreints par un sentiment d’urgence. Si le premier confinement a montré que la télévision demeure un espace privilégié où le public se retrouve en masse, il a aussi confirmé l’adhésion massive de ce dernier aux nouveaux modes de consommation du divertissement (plates-formes, jeux vidéo, VOD, podcasts, etc.). Au même moment, le modèle de financement par la publicité accuse le coup : stoppé net au deuxième trimestre de 2020, puis soumis à des fluctuations, le marché de la pub a rappelé leur fragilité à ceux qui en dépendent. Une réalité qui n’a rien de spécialement français...

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