Vaccination : la colère des retraités

Vaccination : la colère des retraités

 

Selon la dernière enquête Elabe pour BFMTV , 62 % des Français sont mécontents de la politique sanitaire. Un an après le début de la pandémie, à l’approche des régionales et de la présidentielle, le patron de l’institut fait le point sur la situation du Président dans l’opinion, alors que Marine Le Pen aborde 2022 « en situation de force », selon lui. Bernard Sananès est le président de l’institut Elabe. Il fait le point dans l’Opinion

Emmanuel Macron aborde-t-il en situation de force ou de faiblesse ce nouvel épisode qu’est la propagation des variants de la covid-19 ?

Le jugement des Français sur sa gestion de la crise reste critique mais il s’est stabilisé. On note une décrispation à l’égard d’Emmanuel Macron. Cela se voit dans la baisse de l’hostilité vis-à-vis de lui. Aujourd’hui, 31% des Français ne lui font pas du tout confiance. Ils étaient 50% lors de la crise des Gilets jaunes et 40% au lendemain de celle-ci. Il est un peu moins le « Président des riches ». Globalement néanmoins, l’opinion reste sévère : six Français sur dix considèrent qu’il n’a pas été à la hauteur, 57% jugent qu’il n’a pas pris les bonnes décisions dans la gestion de la crise sanitaire et 55% dans celle de la crise économique. Ce dernier chiffre est un signal d’alerte car, jusqu’à présent, il était positif. S’il a été plutôt soutenu dans sa décision de ne pas reconfiner, Emmanuel Macron court néanmoins un grand risque : sa promesse de vacciner à l’été tous ceux qui le demandent n’est pas jugée crédible. 71% des Français pensent qu’elle ne sera pas tenue. C’est à mon avis le grand rendez-vous qui scellera le jugement des Français sur sa gestion de la crise.

Globalement, l’opinion des Français sur sa gestion de la crise a peu bougé depuis qu’elle a éclaté, il y a un an. Pourquoi ?

Elle a peu bougé depuis la sortie du premier confinement, plutôt. Elle a été très sévère au début, notamment sur l’affaire des masques. Aujourd’hui, même si le jugement reste négatif, il est nuancé par un double benchmark perçu par l’opinion : d’une part, avec les pays étrangers (la situation est devenue moins favorable par exemple en Allemagne cet automne) et, d’autre part, avec les oppositions qui n’ont pas convaincu d’une politique sanitaire alternative. En France, la lecture de la gestion de la crise par l’exécutif sera restée très politique. On retrouve des niveaux identiques à ceux exprimés sur la confiance en général à son égard : autour de quatre Français sur dix approuvent la gestion de l’exécutif. Un électorat macroniste mais moins d’un électeur de droite sur deux lui fait crédit de sa gestion et tous les autres électorats ne le font pas.

La lassitude est-elle d’abord ce qui domine ?

Quatre mots sur ce que l’opinion ressent se détachent : la tristesse, la colère, la nostalgie et la peur. Dans la peur, on retrouve la peur d’être malade, de perdre son emploi, de voir son niveau de vie ou le niveau scolaire de ses enfants baisser… La colère, elle, me semble aujourd’hui sous-estimée car il n’y en a pas eu de manifestations publiques, mais elle progresse : 54% des Français estiment l’avoir ressenti. Cela monte même à 61% chez les retraités. Je relie cela à la question du vaccin. Cette catégorie de la population y est très attentive, étant la plus concernée. Il peut notamment y avoir un problème spécifique avec les 65-74 ans, qui ne seront pas avant quelques semaines dans les publics prioritaires. Si la colère des retraités s’accentuait, cela pourrait créer une difficulté politique majeure pour le Président. Celui-ci avait plutôt enregistré le soutien de l’électorat retraité lors des élections européennes de mai 2019, qui avait délaissé son vote traditionnel à droite. Et jusqu’à présent, Marine Le Pen n’y a jamais véritablement percé. Un retard de la campagne vaccinale pourrait rebattre les cartes du vote des plus âgés. Enfin, la tristesse et la nostalgie se lisent à travers le fait qu’on se projette difficilement dans la sortie de crise. Un Français sur cinq estime qu’on ne retrouvera pas une vie normale et un sur deux pas a minima avant 2022. La recherche du « monde d’après » s’éloigne. L’envie de reprendre sa vie d’avant progresse : 60% des Français le souhaiteraient (c’est 15 points de plus qu’en juin), 34% seulement voudraient que tout change (12 points de moins).

«Marine Le Pen est identifiée comme la première opposante. Quand il s’agit de réélire ou non un sortant, c’est un atout»

Dans un an, ce sera la présidentielle. Cette crise sans fin peut-elle tout bouleverser ?

Il est très tôt pour le savoir car il y a une vraie inconnue : à quelle phase en sera-t-on au moment de la campagne ? En sortie de crise sanitaire mais en pleine crise économique et sociale ? En sortie de crise sanitaire et en début de sortie de crise économique et sociale ? C’est un enjeu central. Il réévaluera la stratégie du « quoi qu’il en coûte ». Si le rebond est rapide, celle-ci montrera son efficacité : elle aura permis de tenir durant la crise et d’obtenir ce rebond rapide. Si, en revanche, nous sommes en pleine crise économique, elle sera critiquée pour ne pas avoir servi durablement. Pour les Français, cela se résumera à une question : la gestion de la crise par Emmanuel Macron nous a-t-elle exposés ou nous a-t-elle protégés ?

Marine Le Pen aborde-t-elle, elle, cette campagne présidentielle en situation de force ou de faiblesse ?

Elle est en situation de force. Aujourd’hui, l’hypothèse de son élection est une hypothèse plausible. Pourquoi ? D’abord car elle est identifiée comme la première opposante. Quand il s’agit de réélire ou non un sortant, c’est un atout. Ensuite, elle mobilise déjà très fortement son électorat (catégories populaires, zones rurales, petites villes…) et dispose ainsi d’un socle solide. Chez lui, il n’y a plus trace du débat de 2017. Troisièmement, elle peut compter sur le report des voix d’un Nicolas Dupont-Aignan qui enregistre dans les sondages un bon score, et d’une partie de la droite. Quatrièmement, la demande existante de souveraineté, et notamment économique, l’avantage. Moins d’un Français sur cinq veut poursuivre les échanges avec le reste du monde. Le thème du retour de la souveraineté peut être un des thèmes clés de cette campagne. Enfin et surtout, l’argument du « barrage à Le Pen » a moins d’écho. Il y a notamment une vraie interrogation sur l’attitude de l’électorat de gauche, comme le montre la réduction significative de l’écart avec Emmanuel Macron notée dans les sondages sur le second tour. Entre les deux tours de 2017, Emmanuel Macron avait gagné 12 millions de voix supplémentaires et Marine Le Pen trois. En cas de nouveau duel, l’objectif de sa stratégie de dédiabolisation sera de limiter cette mobilisation, de réduire cette fois-ci ce vote par défaut pour Emmanuel Macron, bref de faire monter l’abstention.

« La droite est quand même dans une meilleure situation qu’il y a un an. Aujourd’hui, son candidat peut espérer jouer le troisième homme (…). La gauche compte trois forces. Si cela reste ainsi, elles sont éliminées»

La présidentielle se jouera-t-elle à droite ou à gauche ?

Difficile de répondre avec certitude. Aujourd’hui, nous avons un bloc de gauche qui dépasse à peine un quart des voix, un bloc souverainiste qui en pèse un tiers et le reste, 40%, se partage entre Emmanuel Macron et la droite. C’est plutôt dans ce dernier bloc que pèse l’incertitude : quelle part de l’électorat de droite sera aspirée par Marine Le Pen, tentée par Emmanuel Macron ou séduit par un candidat de droite ainsi estampillé ? C’est là que se jouera une partie du résultat du premier tour.

A droite, un candidat est-il en train d’émerger ?

La droite est quand même dans une meilleure situation qu’il y a un an. Aujourd’hui, le candidat de droite peut espérer jouer le  « troisième homme ». Xavier Bertrand suivi de Valérie Pécresse peuvent y prétendre. Ce qui fera le vrai départage entre les candidats, c’est la capacité de permettre à la droite de se qualifier pour le deuxième fauteuil. Celui qui donnera cette perspective d’être au second tour aura un avantage sur tous les autres. Pour l’instant, ce n’est pas le cas.

La gauche est-elle condamnée par ses divisions ?

Elle compte trois forces. Si cela reste ainsi, elles sont éliminées. Si au moins deux d’entre elles s’entendent, il peut y avoir une petite chance de se qualifier au second tour. Avec un paradoxe : l’urgence écologique n’a pas reculé avec la crise sanitaire, mais le vote écologiste a du mal à se cristalliser pour une présidentielle.

Avant la présidentielle, il y aura, normalement, les régionales. Comment se présentent-elles ?

Du fait de la crise sanitaire et de l’éparpillement des résultats, En Marche avait réussi à masquer l’impact de sa défaite aux municipales. Cela risque d’être plus compliqué aux régionales. Il existe pour la majorité un scénario noir : les sortants LR et PS se partageant le plus grand nombre de régions, EELV réussissant à en gagner une (par exemple, Pays de la Loire), tout comme le RN (s’il y a triangulaire dans ses deux bastions, Paca et Hauts-de-France, ou en Bourgogne-Franche-Comté) et une carte qui, à 20 heures, n’affiche aucun drapeau LREM. On aurait pu imaginer que, pour Emmanuel Macron, les régionales seraient un laboratoire dans la perspective de 2022, mais on voit bien que la poutre ne travaille plus autant qu’avant, et pas autour du parti présidentiel. La majorité n’est pas en situation d’enclencher une nouvelle recomposition à cette occasion.

En quoi le choix que fera Emmanuel Macron sur la mise en place ou non de la proportionnelle pour les législatives de 2022 sera-t-il structurant ?

Il nous renseignera sur un point : l’intention de son second mandat. En cas de réélection, Emmanuel Macron voudra-t-il réformer ou apaiser ? S’il garde le scrutin majoritaire, cela signifiera qu’il voudra une majorité « bloc », élue sur son nom, afin de réformer au pas de charge comme après son élection de 2017. S’il fait la proportionnelle, cela signifiera qu’il est prêt à avoir une majorité composée de différentes forces et sera à la recherche de plus de consensus et d’apaisement.

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