La faiblesse du commerce extérieur français comparé à l’Allemagne

La faiblesse du commerce extérieur français comparé à l’Allemagne

 

Une chronique de Matthias Fekl est avocat, ancien ministre dans l4opinion

 

En 2020, l’effet papillon a cédé la place à l’effet pangolin, et les effets d’un battement d’ailes ont été remplacés par les conséquences imprévisibles d’un virus à diffusion mondiale. Si les économies ont souvent été placées en quasi-arrêt, avant de tourner au ralenti, l’international a été particulièrement impacté, même si l’effondrement initial a été suivi d’un impressionnant rebond à partir du troisième trimestre.

Au niveau macroéconomique, les restrictions imposées au niveau national par les Etats, voire la fermeture même des frontières, ont induit d’importantes perturbations dans les chaînes de valeur et l’organisation logistique.

Au niveau microéconomique, les entreprises ont été confrontées à de nombreuses difficultés concrètes : les variations dans les régimes généraux et les règles douanières applicables ont créé un climat d’incertitude inévitable, mais préjudiciable. Les restrictions de déplacement ont compliqué la prospection de nouveaux marchés, en tout cas selon les modalités traditionnelles, tout comme la bonne mise en œuvre des services après-vente.

Urgence. Bien sûr, les autorités ont apporté des réponses pertinentes face à l’urgence. On pense par exemple, en France, au renforcement et à la modernisation de l’assurance prospection, au soutien au volontariat international en entreprise et à l’amélioration des outils de financement à l’export. Bien sûr aussi, les entreprises ont su faire preuve d’inventivité et de capacités d’adaptation remarquables, en particulier en accélérant, pour nombre d’entre elles, des mutations en tout état de cause indispensables, notamment sur le numérique et la digitalisation.

La pandémie est venue frapper, avec la France et l’Allemagne, deux pays aux positionnements assez singulièrement distincts en termes d’insertion dans l’économie mondiale

Dans une perspective comparatiste, la pandémie est venue frapper, avec la France et l’Allemagne, deux pays aux positionnements assez singulièrement distincts en termes d’insertion dans l’économie mondiale. Certes, l’impact est sensible sur le commerce extérieur dans les deux pays. En France, les exportations de biens ont baissé de près de 16 % par rapport à 2019 et les importations de 13 %, le déficit commercial passant de près de 58 à plus de 65 milliards d’euros ; les exportations de services ont chuté de près de 18 % et les importations de près de 14 %. En Allemagne, sur la même période, les importations ont baissé de plus de 7 % et les exportations de plus de 9 %, le solde commercial atteignant son niveau le plus bas depuis 2011.

La comparaison, cependant, s’arrête là. Car si la pandémie produit partout son impact, elle vient heurter un commerce extérieur français déjà structurellement déficitaire depuis plus d’une décennie, là où l’Allemagne connaît des excédents commerciaux records, fréquemment supérieurs à 200 milliards d’euros. Même en 2020, année la plus mauvaise en une décennie, l’excédent est encore de près de 180 milliards d’euros.

« Mittelstand ». De nombreux facteurs entrent en ligne de compte pour expliquer ces différentiels. En premier lieu, l’économie allemande est largement structurée par des PME et entreprises de taille intermédiaire, souvent familiales, territorialement implantées, à la structure capitalistique ancrée, solide et durable, innovantes et ouvertes à l’international. C’est le fameux Mittelstand allemand, cœur du modèle de capitalisme rhénan et de son économie sociale de marché.

En deuxième lieu, les réformes difficiles et souvent douloureuses conduites en Allemagne ont amélioré sa compétitivité-coût. En troisième lieu, l’innovation et le positionnement sur le haut de gamme dans de nombreux secteurs ont conforté le pays dans la conquête et la consolidation de parts de marché à l’étranger.

En France, l’internationalisation de nos entreprises reste un défi constant. La « Team France Export » le sait bien qui s’attelle à ce chantier depuis de longues années. Le think tank « La Fabrique de l’exportation » vient de publier un stimulant Manifeste pour le renouveau de l’exportation française qui propose de prendre le sujet à bras-le-corps : approche stratégique des marchés mondiaux de demain, montée en gamme, digitalisation, coopération entre entreprises et structuration des filières, développement d’une véritable culture économique internationale venant irriguer toutes les réflexions et actions des entreprises… les dossiers sont nombreux, la concurrence est rude et si la pandémie permet d’accélérer certaines mutations essentielles, tout n’aura pas été perdu.

Deuxième sujet de différenciation forte entre les deux pays que la pandémie n’a pas modifié en profondeur : la montée en puissance constante de la Chine en tant que partenaire économique de l’Allemagne. Pour la France, l’Allemagne était en 2020, le principal client de la France (plus de 60 milliards d’euros), suivie par l’Italie et les Etats-Unis pour respectivement plus de 32 milliards d’euros. L’Allemagne était aussi le premier fournisseur de notre pays, à hauteur de 70 milliards d’euros, suivie par la Chine (plus de 56 milliards) et l’Italie (un peu plus de 39 milliards). Pour l’Allemagne, en revanche, la France n’était que le troisième client (certes pour 91 milliards d’euros), derrière la Chine (près de 96 milliards) et assez loin derrière les Etats-Unis (près de 104 milliards). La Chine est le premier fournisseur de l’Allemagne avec plus de 116 milliards d’euros et la France n’est pas dans le top 3.

Si l’ancrage européen demeure pour l’Allemagne une nécessité autant qu’un principe fondateur, son regard se porte toujours plus vers l’est et l’Asie

Projection économique. Ainsi la Chine est-elle, pour la cinquième année consécutive, le partenaire commercial le plus important de l’Allemagne. Malgré les difficultés inouïes de l’année 2020, les échanges commerciaux avec la République populaire ont ainsi augmenté de 3 % par rapport à l’année précédente pour s’établir à plus de 212 milliards d’euros. Ces chiffres illustrent à eux seuls l’étroite imbrication qui caractérise désormais les relations économiques entre l’Allemagne et la Chine, état de fait dont l’importance ne saurait être sous-estimée.

Si l’ancrage européen demeure pour l’Allemagne une nécessité autant qu’un principe fondateur, son regard se porte toujours plus vers l’est et l’Asie, débouchés chaque année plus importants pour ses produits. Là où une France au solde commercial déficitaire cherche à se protéger derrière des frontières européennes renforcées, l’Allemagne, forte d’excédents commerciaux gigantesques qui la rendent très attentive à son positionnement sur les marchés d’avenir, est davantage dans une logique de projection économique internationale, même si elle a, elle aussi, besoin de règles pour la mondialisation. Ce différentiel économique se traduit ainsi en différences d’approches géopolitiques, comme en témoigne, en période récente, le volontarisme, voire le forcing de la chancelière pour parvenir à la conclusion de l’accord d’investissement entre l’Union européenne et la Chine à la fin de la présidence allemande de l’UE.

La pandémie vient ainsi souligner certains mouvements de plus long terme à l’œuvre tant au sein des économies nationales que dans leurs internationalisations respectives – mouvements qui ne facilitent pas l’alignement spontané des intérêts et des stratégies entre la France et l’Allemagne.

Matthias Fekl est avocat, ancien ministre

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