Pour une finance durable et sociale

Pour une finance durable et sociale

 

Philippe Zaouati ,directeur général de la société de gestion Mirova ,milite pour une finance durable et sociale dans une tribune à l’Opinion.

 

 

Tribune

 

Après une année 2020 marquée par une crise sanitaire aussi inattendue que violente, il est assez aisé de comprendre l’adhésion croissante à la philosophie et aux sujets de la finance durable.

Pourtant, en se concentrant au cours des dernières années sur le thème de la préservation de l’environnement et de la biodiversité, la finance durable n’a-t-elle pas mis au second plan le rôle des entreprises sur la question des fractures sociales, fiscales et probablement des fractures politiques et démocratiques ? Je suis convaincu que le traitement des inégalités sera dans les prochaines années un déterminant essentiel de la finance durable.

La crise sanitaire a montré que l’entreprise n’était pas une île, à distance du tumulte ambiant. Les questions sociales sont évidemment de son ressort. Loin de l’insularité, l’entreprise se trouve au cœur de la mêlée sociale. C’est d’ailleurs sur les actions des entreprises, autant que sur celles des gouvernements, que se concentrent les débats : précarisation des employés, voire recours à des indépendants non-salariés, creusement des écarts de revenus, inégalités entre les femmes et les hommes, discriminations raciales et sociales, évasion ou optimisation fiscales… Il est clair que la société en attend davantage des entreprises, et à raison.

Dans un contexte où les entreprises bénéficient d’un pouvoir plus important que jamais, face à des Etats limités dans leur capacité d’action, elles doivent prendre leur part de responsabilité. D’autant plus que l’accentuation des inégalités dans les pays développés est directement liée à une concentration de la valeur boursière aux mains d’un très petit nombre d’entreprises. Faut-il rappeler qu’à la fin de l’année 2020, cinq entreprises américaines représentaient à elles seules un quart de la capitalisation du S&P500 ?

Des entreprises de plus en plus puissantes, ayant des impacts de plus en plus grands sur nos modes de vie et notre cohésion sociale, ne peuvent pas s’écarter de l’intérêt général en réduisant leur contribution collective

Pacte démocratique. Cette polarisation sociale est un sujet que la finance durable ne peut plus mettre au second plan. La pandémie que nous traversons a permis une prise de conscience sur des problématiques portées depuis longtemps par les acteurs de l’investissement durable : lien entre économie et santé publique, gestion des infrastructures et des services publics, maîtrise des chaînes d’approvisionnement et risques induits par leur fragmentation, dégradation rapide de la biodiversité et déforestation… L’accroissement des inégalités, les fractures sociales et territoriales, les ruptures du pacte démocratique qui s’ensuivent, restent quant à elles, pour le moment, insuffisamment prises en compte. Pourtant, la crise sanitaire de 2020 n’a fait qu’aggraver une situation déjà explosive.

Cette fracture sociale peut sembler loin des questions économiques. C’est tout l’inverse. La baisse tendancielle de la taxation des grandes entreprises est, je crois, au cœur de cette problématique. Des entreprises de plus en plus puissantes, ayant des impacts de plus en plus grands sur nos modes de vie et notre cohésion sociale, ne peuvent pas s’écarter de l’intérêt général en réduisant leur contribution collective.

C’est un enjeu difficile pour la finance durable qui doit se préoccuper de la question sociale, la lutte contre les inégalités et l’évasion fiscale. Pour reconnecter création de valeur financière et traitement de ces fractures, il faudra « convaincre » les marchés que les entreprises performantes sont celles qui contribuent à l’intérêt général.

Philippe Zaouati est directeur général de Mirova.

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