Ce Cyberautoritarisme qui menace la démocratie

Ce Cyberautoritarisme qui menace la démocratie

Comme l’Ouganda, de nombreux pays africains restreignent les accès numériques lors d’élections ou de troubles sociaux, observe, dans sa chronique du Monde, Marie de Vergès. Un cyberautoritarisme qui affecte aussi l’économie.

Chronique. Aux Etats-Unis, Donald Trump dénonce une élection entachée par les fraudes et se voit privé de réseaux sociaux. En Ouganda, l’opposant Bobi Wine dénonce une élection entachée par les fraudes et se voit privé de réseaux sociaux. Mais la comparaison tourne court rapidement. Outre-Atlantique, la suspension des comptes d’un président sortant embarqué dans une rhétorique toujours plus outrancière a été décidée par la Silicon Valley. Tandis qu’en Ouganda, c’est le régime qui a coupé l’accès à Internet à la veille du scrutin présidentiel du 14 janvier, pénalisant l’opposition mais également l’ensemble des internautes de ce pays d’Afrique de l’Est.

Cette mesure radicale, orchestrée par l’indéboulonnable autocrate ougandais Yoweri Museveni (déjà trente-cinq ans au pouvoir), a évidemment fait couler beaucoup moins d’encre que le bannissement de Donald Trump sur Twitter. Il faut dire que la répression en ligne est devenue monnaie courante en Afrique ces dernières années. Presque une banalité. Au moins 15 pays africains ont restreint ou coupé l’accès aux réseaux sociaux lors de manifestations ou d’élections depuis 2015. Comme la Tanzanie qui a limité l’accès à Internet lors du scrutin présidentiel d’octobre.

 

L’Ethiopie est également adepte de la déconnexion forcée. Toutes les télécommunications ont ainsi été interrompues avec le Tigré lors de la guerre qui vient d’opposer cette province rebelle à l’armée fédérale éthiopienne. Déjà en juillet 2020, le pouvoir avait bloqué Internet dans le pays pendant presque un mois, après l’irruption de violences provoquées par l’assassinat du chanteur et militant Hachalu Hundessa.

Tuer dans l’œuf toute insurrection

Dans la même veine, des gouvernements africains renforcent discrètement leur arsenal juridique pour contraindre l’utilisation des réseaux sociaux. Au Nigeria, les autorités ont relancé un projet de réglementation de ces plates-formes, quand la mobilisation contre les violences policières battait son plein à l’automne. Il s’agit officiellement d’empêcher la diffusion de discours de haine. Mais certains membres de la société civile redoutent qu’une telle loi, une fois votée, octroie aux autorités le droit de contrôler l’usage d’Internet.

En période d’élections ou de troubles sociaux, les tenants du cyberautoritarisme disent vouloir éviter la propagation de fausses rumeurs susceptibles de dégénérer en émeutes. La méthode est surtout efficace pour maintenir sous cloche les voix dissidentes et tenter de tuer dans l’œuf toute insurrection populaire. Mais aussi attractif soit-il pour des régimes peu soucieux de la liberté d’expression, ce verrouillage numérique a aussi un coût, loin d’être nul.

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