Santé et pauvreté: la même pathologie

 Santé et pauvreté: la même pathologie

 

Frédéric Gonand , professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine-PSL évoque l’interaction grandissante entre santé et pauvreté.

 

Chronique dans l’opinion

 

 

 

Un des effets inattendus de la crise de la Covid-19 est son influence probablement sensible sur le taux de pauvreté partout en Europe. Publiée dans la très fiable European Economic Review à l’automne dernier, une étude méticuleuse devrait être regardée de plus près par ceux qui se penchent sur les effets à long terme de la crise sanitaire actuelle (Wage inequality and poverty effects of lockdown and social distancing in Europe, de Palomino, Rodriguez et Sebastian).

Le constat qui émerge des données correctement traitées est que le cumul des mesures de confinement et du partage entre activités « essentielles » et activités fermées pèse relativement plus sur les bas revenus. L’équipe de chercheurs d’Oxford et de Madrid a construit un index de « capacité à continuer à travailler » (Lockdown Working Ability Index).

Cet indicateur mesure, selon les pays et les politiques sanitaires mises en œuvre, la part de la population active qui a continué son activité en télétravail et/ou dans des activités essentielles. En moyenne par pays, l’hétérogénéité est grande en Europe, de 35 % seulement pour la Bulgarie à plus de 60 % pour les Pays-Bas. A l’aune de ce critère, la France n’est pas trop mal classée (près de 55 %).

Les conséquences économiques et sociales du choc de pauvreté risquent d’être durables car l’entrée en pauvreté peut avoir des effets non réversibles pour les personnes

Compensations. Toutefois, pour les bas salaires, cet index de capacité à continuer à travailler est plus faible que la moyenne. Les tâches des personnes peu qualifiées sont relativement moins réalisables en télétravail et/ou relativement plus souvent effectuées dans des services considérés comme « non essentiels » par les pouvoirs publics. La perte de revenu occasionnée est significative pour les bas revenus (i.e. les 25 % des rémunérations les plus basses). Elle est comprise, avant mesures plus ou moins partielles de compensation des pouvoirs publics, entre 10 % à 16 % en Europe (et entre 9 % et 14 % en France) selon l’équipe de chercheurs.

La conséquence est une influence à la hausse assez forte sur le taux de pauvreté, comprise entre 5 et 9 points de pourcentage en Europe, et entre 4 et 8 en France où le taux de pauvreté monétaire est d’environ 16 %. C’est dire la pression qui s’exerce et va continuer à s’exercer sur les dépenses sociales en Europe, et le risque élevé que l’intégralité du choc ne soit pas compensée par les dispositifs mis en place (chômage partiel notamment).

Ce choc de pauvreté n’était guère anticipé, qui reflète l’effet conjoint de la pandémie et des mesures prises pour la contrer. Ses conséquences économiques et sociales risquent d’être durables car l’entrée en pauvreté peut avoir des effets non réversibles pour les personnes. Il matérialise le lent déclassement économique qui ronge aujourd’hui les pays européens. Les pays d’Asie du sud-est semblent à ce stade beaucoup plus résilients, dont les économies sont déjà en phase de redémarrage.

Le chemin vers la solution en France est connu depuis longtemps. Elle implique une baisse importante de celles des dépenses publiques qui n’ont pas d’effet favorable significatif sur la croissance, pour réduire les impôts, et une augmentation de l’âge minimum de départ à la retraite.

Frédéric Gonand est professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine-PSL.

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