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Chine: Enfer et extermination des Ouïghours (interview d’une rescapée)

  • Chine:  Enfer et extermination des Ouïghours (interview d’une rescapée)
  • Gulbahar, elle, est une des seules personnes à en être jamais ressorties. Finalement libérée grâce à l’action de sa fille et du Quai d’Orsay, elle a confié son histoire à Rozenn MORGAT  du Figaro. Dans Rescapée du goulag chinois, paru le 13 janvier aux éditions des Équateurs, Gulbahar raconte la torture psychologique, la faim, les interrogatoires interminables, les stérilisations forcées, et la propagande : une machine perfide et sophistiquée qui doit faire oublier aux Ouïghours leur culture et leurs traditions. Rozenn Morgat revient sur ce témoignage douloureux, et risqué : Gulbahar est la première ouïghoure à témoigner à visage découvert.
  • - Comment avez-vous rencontré Gulbahar et comment avez-vous réussi à la convaincre de livrer son récit ?
  • Rozenn MORGAT - J’ai travaillé pendant un an et demi en Chine comme correspondante à Shanghaï, où j’ai commencé à m’intéresser à la question des Ouïghours. Mais le Xinjiang étant totalement barricadé, il était impossible d’y accéder.
  • À mon retour à Paris, en 2017, je me suis penchée sur la diaspora ouïghoure en France Et j’ai rencontré Gulhumar, la fille de Gulbahar, qui m’a raconté son histoire sidérante : sa mère a été enlevée lors d’un voyage au Xinjiang où elle avait été appelée pour signer des papiers dans son ancienne entreprise. Cela faisait déjà un an et demi que sa famille n’avait plus de nouvelle. Gulhumar savait que sa mère était en camp de rééducation. Elle bataillait auprès du Quai d’Orsay pour la faire libérer. Nous sommes restés en contact, et j’ai écrit à son sujet pour Le Figaro. Puis un jour d’août 2019, Gulhumar m’appelle. Les tractations du Quai d’Orsay ont réussi, sa mère arrive à Roissy ! C’était inespéré… Nous avons commencé à nous rencontrer à trois, la fille, la mère et moi-même. Nous avons noué une relation et de fil en aiguille j’ai amorcé l’idée d’un livre : son histoire méritait d’être racontée dans toute sa précision et dans toute son horreur.
  • Pourquoi est-ce un témoignage rare ?
  • Les gens aspirés dans ces camps de rééducation n’en reviennent pas. Ou alors, ils restent au Xinjiang, totalement bâillonnés dans un endroit clôt où personne ne peut accéder. Gulbahar est une exilée qui s’est fait attraper par le système chinois : elle est la seule à avoir été sauvée de ces camps par le Quai d’Orsay et a avoir témoigné.
  • Depuis trois ans, des chercheurs et des lanceurs d’alerte, comme Adrian Zenz, ont déjà apporté des preuves de l’existence des camps de rééducation. Mais la Chine est dans le déni total et s’obstine à parler «d’école» ou de «centres de formation», sans qu’on n’ait de témoignage vivant de ce qui s’y passe. Le récit de Gulbahar est une preuve irréfutable et supplémentaire. Plus personne ne pourra ignorer l’enfer que vivent les Ouïghours.
  • Que se passe-t-il dans ces camps ?
  • Le principe est d’y laver le cerveau des Ouïghours. De vider l’individu de tout ce qu’il est : sa singularité, ses goûts, ses passions, ses envies, ses souvenirs… Ils retirent les vêtements, les cheveux, les prénoms. Gulbahar était devenue un matricule de prisonnière, le numéro 9. Les camps doivent faire oublier aux Ouïghours leur religion et leurs traditions culturelles pour en faire des communistes exemplaires, transformés par la propagande. Onze heures par jour, les prisonniers doivent répéter comme des perroquets des leçons sur la grande histoire de Chine. S’ils n’obéissent pas, ils sont punis. Gulbahar a été enchaînée pendant vingt jours à son lit sans savoir pourquoi. Les détenus vivent 24 heures sur 24 sous des néons ; on les affame, on les terrorise. C’est une vraie torture psychologique : Gulbahar a subi des centaines d’heure d’interrogatoire où on l’accusait de terrorisme, la sommant d’expier ses péchés… Alors qu’elle ne s’intéressait à l’époque pas à la politique de son pays ! En somme, on dépossède les détenus de ce qu’ils sont.
  • Il y a aussi la question de la stérilisation forcée.
  • Oui. Gulbahar raconte avoir à deux reprises reçu «un vaccin», soi-disant contre la grippe. Elle a eu des soupçons à l’époque car de nombreuses jeunes femmes affirmaient ne plus avoir leurs règles suite à ces piqûres. Elle soupçonnait également qu’un médicament soit glissé dans la nourriture pour rendre les prisonniers amorphes. C’est en rentrant en France que ses doutes ont été confirmés.
  • Pourquoi Gulbahar a-t-elle décidé de témoigner à visage découvert ?
  • C’était une décision très importante, et difficile à prendre. Les membres de la diaspora ouïghoure ne peuvent pas s’exprimer, même depuis la France. Ils sont sollicités afin d’espionner pour le compte de Pékin. Le régime menace de s’en prendre à leur famille restée au Xinjiang et l’ambassade de Chine en France refuse de renouveler leurs passeports pour les contraindre à rentrer au pays. Gulbahar a toujours sa mère et sa sœur au Xinjiang et craint beaucoup pour elles. Au fur et à mesure de nos discussions, elle a compris que son livre aurait plus d’impact si elle sortait de l’anonymat. Qu’on la reconnaissait dans le livre : un faux nom aurait pu créer une zone grise où le parti aurait pu aller s’en prendre à sa famille sans qu’elle puisse protester.
  • Comment avez-vous travaillé ?
  • Gulbahar est quelqu’un de très pudique et de très discret, soucieuse de livrer la vérité. Elle ne voulait ni exagérer, ni manquer de précision. C’est pour cela qu’elle a mis autant de temps à me livrer son témoignage. De janvier à avril dernier, nous nous sommes rencontrées par tranches de 5-6 heures. On riait beaucoup : c’est une façon de mettre à distance son traumatisme, de moquer l’absurdité de ces camps… Quand elle ne pouvait plus parler, elle mimait la grosse voix des policiers ou la marche entravée par les chaînes aux pieds. Aujourd’hui, c’est une femme éprouvée, physiquement et psychologiquement. Sa vue a baissé, elle sursaute quand quelqu’un passe derrière elle. Elle va garder des séquelles de sa déportation à vie. Son témoignage est extrêmement courageux. Elle a pris un risque énorme, en pleine conscience. L’Occident ne peut rester dans le déni de ce qui se passe au Xinjiang.

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