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« Coronavirus : des conséquences politiques (institut et Elabe)

 « Coronavirus : des  conséquences politiques (institut et Elabe)

 

Bernard Sananès, président d’Elabe prévoit des conséquences politiques suite à la crise sanitaire dans une interview des Echos

Après une année 2020 marquée par une crise sanitaire séculaire, quel regard portez-vous sur la société française ?

Elle a été marquée par l’inquiétude pesante née des deux vagues de la crise sanitaire , des deux confinements, et de la crise économique et sociale. Pourtant elle a fait preuve d’une forme de résilience. Mais les signaux d’alerte sur le moral des Français, sur les souffrances vécues par les plus exposés sont réels. Qu’en sera-t-il si une troisième vague épidémique survient et si l’absence de perspectives perdure ? On ne sait pas si les Français pourront encaisser les chocs encore longtemps. Tout cela aura un impact direct sur la séquence 2021-2022.

Quel bilan politique peut-on tirer de 2020 ?

Il y a eu une critique forte de la gestion de la crise, après l’épisode des masques. Mais surtout je note que les Français ont mis la politique à distance. Ils sont d’abord dans le « sortez-nous de là ». C’est comme si le virus avait anesthésié la vie politique pendant un an. Il n’y a pas eu de mouvements marquants dans l’opinion. Ainsi, Emmanuel Macron affichait une cote de confiance de 32 % en janvier 2020 dans notre baromètre et il se situe exactement au même niveau en décembre.

Emmanuel Macron en sort-il affaibli ou renforcé ?

Ni l’un ni l’autre. Il n’a pu compter sur aucun effet d’unité nationale et n’est pas parvenu non plus à la susciter, ce qui est un signe de faiblesse. A l’inverse, les critiques sur la gestion de la crise n’ont paradoxalement pas généré d’impopularité supplémentaire. Le moment de juger la gestion de cette crise n’est pas encore venu car les Français vivent sous inquiétude maximale. Les conséquences politiques n’ont pas encore été tirées.

Qu’en est-il de ses oppositions de droite et de gauche ?

C’est exactement pareil pour les oppositions. Les opposants politiques d’Emmanuel Macron restent dans leur couloir et personne n’a réussi à capter l’attention malgré les critiques, et parfois la colère, sur la gestion de la crise. Aucun leader n’a émergé dans l’opinion ou n’a vu sa cote de confiance progresser. La situation avait été la même pendant la crise des « gilets jaunes », personne n’en avait profité en termes d’opinion.

Comment peut-on interpréter la réticence d’une majorité de Français à se faire vacciner ?

Cette méfiance ajoute à la défiance générale des Français celle liée à la gestion de la crise. La défiance par rapport au vaccin est installée depuis longtemps, après notamment l’épisode de la grippe H1N1. Le doute s’est ajouté tout au long de 2020 et les Français sont nombreux à ne pas avoir encore décidé s’ils se feront vacciner. La campagne vaccinatoire devra donc lever les freins, en s’appuyant notamment sur le rôle central des médecins. La dernière enquête que nous avons réalisée montre que c’est leur avis qui comptera en premier dans le choix de chacun. Cette crise montre plus largement que la parole publique est l’autre victime du coronavirus. Qui croire ? A qui faire confiance ? Ce contexte pèsera sur la campagne présidentielle.

Le populisme a été battu aux Etats-Unis, ne se porte pas bien en Grande-Bretagne. Est-ce ça peut avoir une influence en France ?

Cela n’aura pas forcément d’influence directe sur la France. Mais se consolide un large espace pour un vote protestataire ou pour une prise de distance qui se manifesterait par l’abstention.

Peut-on dire que le Brexit, le Covid et la question du vaccin ont renforcé l’Europe et affaibli les eurosceptiques comme Le Pen ou Mélenchon ?

L’Europe a été jugée sévèrement au début de la crise, moins au cours de la deuxième vague car elle a été considérée comme plus présente. Elle sera jugée sur l’efficacité de la stratégie vaccinatoire et aussi sur celle du plan de relance. Si elle montre qu’elle est capable de protéger les Européens, elle en sortira renforcée.

Les écologistes sont-ils en perte de vitesse après leurs succès électoraux de 2019 et 2020 ou peuvent-ils espérer transformer l’essai ?

Ils ne l’ont pas encore fait. Les polémiques suscitées par certains nouveaux maires, les rivalités internes et les difficultés à se faire entendre sur d’autres sujets que l’environnement ont joué. Ils n’ont pas acquis la centralité qu’ils recherchaient et la recomposition de la gauche ne se fait pas autour d’eux, comme cela avait été dit au lendemain des municipales.

A seize mois de l’échéance, comment se présente l’élection présidentielle de 2022 ?

Il est encore trop pour dire quel sera le contexte et le « momentum » de la campagne électorale. La France sera-t-elle sortie de la crise sanitaire ? Et quelle sera l’intensité de la crise économique ? Se posera alors une question clé. Les Français se demanderont si la crise sanitaire a été une nouvelle preuve du déclin de la France ou si, au contraire, elle a montré la résilience du modèle français. Pour l’instant, il n’y a pas une réponse qui s’impose. Ce sera évidemment important pour Emmanuel Macron car s’il réussit à faire redémarrer le pays, il en sera crédité. Mais si la France s’enfonce dans la récession, le « quoi qu’il en coûte » sera jugé différemment car les Français se diront qu’il aura été une parole forte, mais insuffisamment efficace sur la durée.

Quels seront les thèmes forts de cette campagne ? La crise sanitaire aura-t-elle un impact ?

Emmanuel Macron se positionne depuis plusieurs mois sur des thèmes qui sont importants aux yeux des Français, à commencer par la protection. C’est vrai pour le régalien et aussi la défense de l’environnement. En faisant ainsi, il veut priver d’air la droite et les écologistes en occupant leur espace. Mais sera-t-il perçu comme crédible dans les habits du Président protecteur ? Rien n’est moins sûr.

Quels sont les points forts et les points faibles d’Emmanuel Macron, probable candidat à sa réélection ?

Parmi ses points forts, la stratégie du « qui d’autre que lui » fonctionne à plein sur son socle et sur une partie des électeurs de droite, même si ces derniers émettent des critiques. A noter aussi que s’il est plus populaire parmi les retraités, il l’est aussi chez les jeunes, dont la participation électorale reste plus aléatoire. Enfin, le niveau d’hostilité à son encontre a diminué. Parmi ses points faibles, je note son incapacité à rassembler les Français. Un quart des Français pense qu’il en est capable, ce qui est très faible pour un président sortant. Il doit aussi montrer qu’il peut reprendre le fil de son quinquennat s’il veut faire passer le message qu’il en faut un second pour ancrer les réformes.

Le match retour avec Marine Le Pen est-il écrit d’avance ?

Si cela peut paraître comme le scénario le plus probable, il ne faut pas oublier que rien n’est écrit. Ni la feuille de match ni le résultat de la finale. Emmanuel Macron n’a pas dessiné le chemin de sa réinvention, comme il l’avait promis au printemps. Tout l’enjeu pour lui est de convaincre son socle qu’il n’y a pas d’alternative au premier tour et de contenir le « tout sauf Macron » au second. De son côté, Marine Le Pen, première opposante, n’est toujours pas perçue comme une alternative crédible pour diriger le pays.

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