Problématique de la retraite

Problématique de la retraite

Dans l’Opinion la journaliste Anne Bayle-Iniguez  évoque la problématique de la réforme des retraites et le rapport des Français à cette question

 

La ministre du Travail Élisabeth Borne a indiqué dimanche sur Europe 1 que la réforme des retraites est un projet « nécessaire », dont le pays a « besoin » pour rendre le système français « plus juste et plus lisible ». « La crise a des effets majeurs à court terme, avec un déficit du système de retraite représentant 1,1 point de PIB en 2020, et de fortes incertitudes sur les résultats des années suivantes  », a annoncé ce lundi le comité de suivi des retraites. Emmanuel Macron temporise.

Aisés à l’âge de la retraite, les Français sont aussi parmi les plus grincheux à l’évocation de leur niveau de vie dès lors qu’ils quittent le monde du travail. C’est l’un des enseignements du dernier panorama comparatif du Conseil d’orientation des retraites (COR), rendu public vendredi. Y sont passés au crible la France, l’Allemagne, la Belgique, le Canada, l’Espagne, les Etats-Unis, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède.

Comme dans son dernier opus (2016), le COR s’est penché sur le ressenti et l’opinion des assurés (actifs et retraités) sur leur couverture vieillesse en croisant les données de deux vastes enquêtes européennes. Le Conseil a construit son analyse sur une échelle allant de 0 (jugement très négatif) à 10 (extrêmement bon), ce qui permet de faire apparaître nuances et paradoxes entre pays.

Les seniors de l’Hexagone sont les seuls (avec les Italiens) à percevoir des revenus supérieurs à l’ensemble de la population sur les onze pays étudiés

Easterlin. Premier d’entre eux : plus les retraités jouissent d’une bonne retraite, plus ils font part de leur insatisfaction. C’est le paradoxe d’Easterlin, économiste qui prouva que l’augmentation du revenu peut être, passée un certain seuil, inversement proportionnelle au niveau de bonheur. Les pays latins (France, Espagne et Italie) ont beau offrir aux plus de 65 ans des niveaux de vie relatifs les plus élevés du panel (par rapport à ceux de la population), ce sont aussi les premiers à s’en plaindre. 73 % des Français pensent que le niveau de vie des retraités est « mauvais ».

Or, indique le COR, les seniors de l’Hexagone sont les seuls (avec les Italiens) à percevoir des revenus supérieurs à l’ensemble de la population sur les onze pays étudiés. En moyenne, les plus de 65 ans ont un niveau de vie correspondant à 87,4 % de celui de la population. L’aisance financière des Français retraités atteint 103,2 %. A noter que nos retraités se distinguent également des autres par un niveau de patrimoine (165 000 euros à 75 ans et plus) supérieur aux actifs, un niveau de consommation à peu près égal à celui de ces derniers et une propension très française à l’épargne.

Les Français ne sont pas les seuls à avoir un problème de boussole. Les Néerlandais sont très satisfaits de leur système de retraite alors que leur niveau de vie est largement inférieur à celui de leurs acolytes français.

Figue et raisin. Le COR a également décortiqué le sentiment des Européens sur la protection des personnes âgées par l’Etat. C’est peu dire que l’attente est forte. Sur une échelle allant de 0 (l’Etat ne doit pas être du tout responsable) à 10 (l’Etat doit être totalement responsable), l’opinion moyenne est comprise entre 7,4 aux Pays-Bas et 8,5 en Espagne.

Au global, « il semblerait que les opinions relatives à la responsabilité de l’Etat concernant le niveau de vie des personnes âgées soient congruentes au niveau effectif des dépenses publiques de retraite, en part de PIB ou en part du total des dépenses de retraite », analyse le COR. Sauf… en France.

Le panel montre un schisme évident entre, d’une part, les pays du Nord aux dépenses publiques modestes et à la responsabilité faible de l’Etat (Pays-Bas et Grande Bretagne en tête), et, d’autre part, le modèle latin de l’Espagne et de l’Italie, où les dépenses publiques sont élevées et le rôle prépondérant de l’Etat souhaité par la population. « Le cas de la France apparaît relativement singulier dans le paysage européen, souligne le COR. Le niveau des dépenses publiques de retraite est parmi les plus élevés du panel [les retraites et réversion pèsent 13,6 % du PIB, derrière l’Italie], alors que les citoyens français ont une opinion moins marquée, plutôt moyenne, sur le fait que l’Etat doive avoir une responsabilité importante dans le niveau de vie des personnes âgées. »

Poids du discours ambiant. Le Conseil a aussi élargi son analyse en comparant l’attente des Européens sur la protection sociale des personnes âgées à celle accordée aux chômeurs. Résultats : les seniors passent avant les personnes sans emploi. Pour ces derniers, les opinions moyennes sur la responsabilité de l’Etat vont de 5,8 en Grande-Bretagne à 7,7 en Espagne.

Une nouvelle fois, les Français se démarquent des pays latins en rejoignant le camp des Britanniques et des Allemands, peu enclins à solliciter l’Etat jusqu’à plus soif sur ce sujet. Le taux de chômage plus élevé en Italie (9,8 % fin 2019) et en Espagne (13,7 %, parmi les plus hauts d’Europe) qu’en France (8,1 %) et le discours ambiant sur le taux de pauvreté des retraités français ont pu contribuer à ce distinguo entre les trois pays méditerranéens, dont la perception de la protection sociale est d’ordinaire proche. Selon l’Insee, près de 7,6 % des retraités français vivent en situation de pauvreté.

Au final, perception des Européens sur leur retraite et réalité se rejoignent lorsqu’on évoque le temps du départ. En France, l’âge moyen de liquidation des droits (62 ans) est inférieur à celui des autres pays de l’Union européenne, hormis la Belgique. Cette singularité se retrouve dans le ressenti relatif à l’âge souhaité de la retraite, les Français voulant rester actifs jusqu’à 60,8 ans. « Cette attitude particulière peut révéler que les aspirations se modèlent sur la situation effective », selon le COR. Dit autrement : cela montre surtout le pouvoir de la norme sociale, intériorisée par la population comme la frontière entre la vie active et la retraite.

 

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