«Libéralisme en question « (Marcel Gauchet)

 «Le libéralisme  en question « (Marcel Gauchet)

 «Le chiffre le plus étonnant du sondage est celui qui montre leur désamour à l’égard de l’Etat-providence. Ils ne sont que 36 % à l’apprécier – chiffre confirmé par l’image mitigée de l’Etat en général (58 % d’opinions favorables, contre 40 %)» (sondage Ifop pour l’Opinion et la Fondation Concorde)

Chronique dans l’opinion

 

 

Valeurs, rôle de l’Etat, poids du secteur public, politiques sociales, libertés, fiscalité… L’Opinion publie la cinquième édition de son sondage exclusif sur les Français et le libéralisme. Des personnalités le commentent.

L’image de l’opinion française que renvoie le sondage « Les Français et le libéralisme » est celle d’un statu quo anxieux. Les Français sont perplexes au milieu de leurs partages, et le moins que l’on puisse dire est que les responsables politiques de droite ou de gauche qui voudraient tirer de ces chiffres des indications claires sur les attentes de leurs électeurs seront déçus. La difficulté de définir une offre politique à partir de ces données n’a sans doute jamais été aussi grande.

De ce point de vue, l’élection d’Emmanuel Macron, au-delà des péripéties qui l’ont permise, n’apparaît pas rétrospectivement comme le simple fruit d’une conjoncture chanceuse. Le macronisme, dans le flou doctrinal de son « en même temps », est bel et bien en phase avec les incertitudes françaises. Cela ne lui vaut pas un niveau élevé d’adhésion ni une grande popularité. Mais cela suffit à lui assurer une plus grande acceptabilité que ses concurrents de droite et de gauche, dont la tâche paraît impossible, en dépit de la légitimité de principe que conservent leurs positions.

Les Français aiment le libéralisme (en pratique beaucoup plus qu’en théorie), ils n’aiment pas le capitalisme. Ils plébiscitent l’initiative, la responsabilité, le mérite, et même l’entreprise. Ils n’aiment guère en revanche la concurrence, les privatisations ou la mondialisation. Et sont 72 % à rejeter le capitalisme. On peut voir dans ces chiffres contrastés l’inconséquence habituelle consistant à vouloir les causes en refusant les conséquences. C’est sûrement une partie du tableau.

Les Français n’aiment pas la manière dont on leur a vendu les réformes, l’économie de marché, la mondialisation, le capitalisme

Capitalisme. Mais il y a autre chose. Ce que les Français repoussent le plus, ce sont les GAFA, c’est-à-dire un certain visage de la mondialisation capitaliste. Mais lequel ? Dira-t-on conforme à l’esprit du libéralisme la création de monopoles géants, appuyés sur l’hégémonie politique des Etats-Unis et se soustrayant aux règles en particulier fiscales des pays où ils s’installent comme en territoires conquis ?

Cela me conduit à une observation plus générale, qui me semble bien se dégager du sondage. Les Français n’aiment pas la manière dont on leur a vendu les réformes, l’économie de marché, la mondialisation, le capitalisme. Les retombées se sont révélées très différentes des promesses de papier. C’est le prix que paient aujourd’hui les représentants politiques de la droite et de la gauche, du libéralisme et du socialisme, mais aussi et surtout de l’héritage du mitterrando-chiraquisme.

Les Français sont attachés à leur tradition. Ils tiennent à leurs services publics, ils gardent une bonne image, même, des nationalisations. Ils valorisent au plus haut point la protection et la solidarité. Mais ils ne sont pas aveugles à leurs limites et à leurs défaillances. A cet égard, le chiffre le plus étonnant du sondage est celui qui montre leur désamour à l’égard de l’Etat-providence. Ils ne sont que 36 % à l’apprécier – chiffre confirmé par l’image mitigée de l’Etat en général (58 % d’opinions favorables, contre 40 %).

Si l’analyse est juste, elle donne une idée assez nette de la tâche à accomplir de la part des responsables politiques de tous bords ; sortir des mensonges démagogiques de l’ère mitterrando-chiraquienne pour définir un libéralisme socialement acceptable et un capitalisme conforme à l’esprit du libéralisme.

 

Marcel Gauchet est philosophe et historien.

 

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