» Réseaux sociaux: le danger populiste »

 » Réseaux sociaux: le danger populiste »

Grand reporter à la « Folha de Sao Paulo », la journaliste brésilienne Patricia Campos Mello a montré comment la désinformation en ligne a permis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro. Les « technopopulistes » ne sévissent pas qu’au Brésil,

(Entretien dans le Monde)

A 45 ans, Patricia Campos Mello est l’une des journalistes brésiliennes les plus brillantes de sa génération. Grand reporter à la Folha de Sao Paulo, elle a publié en 2018 une enquête qui a fait sensation, révélant une vaste campagne de désinformation en ligne ayant permis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro. Dans son dernier ouvrage, A Máquina do Odio (Companhia das Letras, non traduit), sorti en juillet, elle révèle les coulisses de son enquête et dresse un sombre portrait de l’état de la démocratie brésilienne.

 Pourriez-vous nous résumer ce que vous avez découvert lors de l’élection présidentielle de 2018, que vous qualifiez d’« élection de WhatsApp » ?

Patricia Campos Mello : Depuis plusieurs années, on voyait monter partout le débat sur la manipulation des réseaux par les leaders populistes, en Inde, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne… Mon journal m’a demandé d’enquêter sur le cas brésilien. En ligne, pendant la campagne, circulaient en effet une quantité phénoménale d’informations erronées, de messages insultants ou haineux, en particulier via WhatsApp, visant principalement la gauche du Parti des travailleurs (PT), et dont la source demeurait mystérieuse.

Ce que j’ai découvert, c’est que Jair Bolsonaro bénéficiait du soutien de plusieurs chefs d’entreprise, qui ont contacté (sans qu’on sache vraiment s’il leur a demandé ou non) plusieurs agences de marketing et financé de manière illégale cette « machine de la haine » en ligne. Les messages diffusés sur WhatsApp ont eu un fort impact : ils ont été reçus et partagés auprès de millions d’électeurs. Ils ont contribué à tendre un peu plus le débat politique et ont renforcé le rejet du PT, favorisant à l’évidence le candidat populiste : Bolsonaro.

Comment est née et comment fonctionne cette « machine de la haine » ?

PCM : Bolsonaro ne s’est pas réveillé en 2018 en se disant : « Tiens, les réseaux sociaux peuvent me faire gagner les élections. » Cela fait des années que lui et son équipe préparaient le terrain, recrutant des influenceurs en ligne, ouvrant des comptes sur Twitter, Instagram, Facebook… Bolsonaro a compris avant tout le monde le parti qu’il pouvait tirer des réseaux sociaux pour conquérir le pouvoir. En ce sens, il a été visionnaire.

Concrètement, cette « machine » fonctionne aujourd’hui de manière très décentralisée. Il existe un « point focal », le fameux « cabinet de la haine », géré par les assistants en communication de Jair Bolsonaro à Brasilia, ainsi que par ses fils, en particulier Carlos, qui détient les codes du compte Twitter de son père. Ce « cabinet » cible les ennemis à abattre, oriente les attaques.

 

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