Urgent : «Pour un ministre de la Transition numérique»

Urgent : «Pour  un ministre de la Transition numérique»

 

Ce que demande Godefroy de Bentzmann , co-PDG de Devoteam, une entreprise de services du numérique présente dans toute l’Europe. Il a pris la tête de Syntec Numérique en juin.

Cette organisation regroupe près de 2000 entreprises, soit 80 % du chiffre d’affaires d’un secteur qui pèse 52 milliards. Il alerte sur l’urgence d’entreprendre une transformation numérique profonde en Europe pour faire de la révolution qui se profile une opportunité. (Interview dans l’opinion)

Syntec Numérique a publié un cahier dédié à l’industrie du futur. Il insiste sur l’impératif de transformer les entreprises en France. Est-ce si urgent ?

La France a besoin d’un électrochoc. La révolution numérique modifie profondément nos usages personnels et professionnels. L’impact sera encore plus grand dans les process de production industrielle. Ce qui se profile est un tsunami. La vague du numérique va modifier et déplacer des millions d’emplois. Il faut se demander plus vite que les autres, comment recréer en France et en Europe les emplois pour compenser ceux qui seront détruits. Je ne crois pas en une société avec 80 % de chômeurs, comme certains Nostradamus alarmistes la prédisent mais nos modèles vont être bouleversés. Il y a 100 ans, 1 % des emplois touchaient à l’art et à la création, c’est 30 % aujourd’hui. 70 % des jobs de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui.

Le sujet est absent de la campagne présidentielle…

Il devrait être au cœur des débats ! Le personnel politique n’a, à de rares exceptions, pas pris conscience des changements qui nous attendent. Il est vrai qu’ils recèlent d’immenses possibilités, ils sont anxiogènes. Ce n’est pas un thème porteur. À l’exception d’une poignée de députés, et peut-être, parmi les candidats à la prochaine présidentielle, François Fillon et Emmanuel Macron, nos politiques ne comprennent pas les enjeux. Au mieux certains voient l’opportunité de faire mieux et moins cher les tâches de l’administration, mais ils sont loin de percevoir le pivot radical que va faire le marché de l’emploi. Cela serait dommage que nos voisins européens ou plus lointains s’approprient les bénéfices de cette révolution.

La France n’a-t-elle pas pris à l’envers le sujet numérique ?

L’obsession de la sauvegarde de l’ancienne économie et la gestion de la transition nuisent à l’émergence de la nouvelle économie. Les industries traditionnelles pensent, comme les politiques, qu’il faut leur laisser le temps de se transformer… Mais personne ne nous attend ! L’Allemagne a pris les devants en accueillant les data centers de Google. N’ayons pas peur de nous approprier les meilleures technologies du marché pour bâtir les prochaines évolutions. La France doit avoir un plan ambitieux pour ses entreprises, avec des « zones franches virtuelles », des dérogations sociales et fiscales dont bénéficieraient les sociétés qui s’engagent dans des plans de transformation en profondeur impliquant l’entreprise, ses salariés et pourquoi pas des financiers privés.

Pour vous, l’État doit aussi faire sa mue…

Il nous faut un ministre de la Transition numérique et dans chaque ministère un CDO (Chief Digital Officer), comme dans les grandes entreprises. Une « conscience numérique » pour aiguillonner les ministres et veiller à ce que chaque réforme intègre la thématique. Il y a des sujets sur lesquels la France pourrait tirer son épingle du jeu. Dans le domaine de la santé, nous avons la chance d’avoir un atout unique avec les immenses bases de données d’ordonnances de la CNAM. Même Google qui a lancé un programme ambitieux est loin d’avoir constitué une réserve de données aussi riche que celle que nous détenons. Avec une volonté politique, nous pourrions en tirer des services aux patients, des améliorations, des diagnostics, des économies, un enseignement pour la recherche.

Ces sujets numériques ne devraient-ils pas se traiter au niveau européen ?

Si la France se contente d’édicter seule, comme en ce moment, des lois pour contrer les GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon], la seule chose qu’elle obtiendra sera d’être contournée par eux. Ils iront s’installer ailleurs en Europe. La France doit plutôt tempêter à Bruxelles pour que des règles communes soient mises en place sur la fiscalité, comme sur la protection des données. Mais au-delà, elle doit prendre conscience qu’il faut élargir à un espace global de 500 millions d’Européens notre économie du futur. Il y a tant de sujets numériques encore inexploités dont le continent peut se saisir, comme l’identité numérique, la blockchain ou le paiement. Il faut créer des champions européens, des Airbus du numérique à l’ombre desquels nos entreprises européennes du web pourront se développer. Ne laissons pas ces batailles aux GAFA.

Il y a de très importants enjeux de formation. Comment le Syntec Numérique les aborde-t-il ?

La France est un bon terreau pour le numérique, avec des ingénieurs excellents que l’on s’arrache dans la Silicon Valley. Cela dit, nous avons du mal à attirer des informaticiens en nombre suffisant. Nos entreprises créent en moyenne 11 000 emplois nets par an et recrutent 40 000 cadres. Pourtant, il manque au moins 5 000 ingénieurs chaque année. Même si nous représentons 25 % de la croissance du PIB de la France et que nous proposons des salaires supérieurs à ceux des autres secteurs, nous devons travailler notre attractivité.

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