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Roselyne Bachelot: «L’Afrique : une histoire antérieure à la colonisation»

Roselyne Bachelot: «L’Afrique : une histoire antérieure à la colonisation»

 

La ministre de la Culture, ex-ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, estime dans l’opinion qu’« un travail de mémoire collective » est à mener des deux côtés de la Méditerranée

 

 

 

Emmanuel Macron avait annoncé en 2017 les « restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ». Où en est-on ?

Le projet de loi d’exception sur le retour de biens culturels au Sénégal et au Bénin est débattu au Parlement. L’Assemblée nationale comme le Sénat ont voté à l’unanimité pour le retour au Sénégal du sabre attribué au chef de guerre El Hadj Omar Tall et pour celui des 26 œuvres du Trésor de Béhanzin au Bénin. Il y a peu de textes votés à l’unanimité, encore moins sur un sujet aussi délicat ! J’ai aussi entendu les inquiétudes. Il ne s’agira pas d’un retour massif, ce sont des restitutions au cas par cas. Il faudra toujours voter une loi spécifique pour la restitution de chaque œuvre.

La Côte d’Ivoire, le Mali, le Tchad ont aussi demandé des œuvres. Comment éviter la multiplication des restitutions ?

Seule une loi permet de déroger à l’inaliénabilité et à l’incessibilité des collections nationales. Cette inaliénabilité a été réaffirmée. Les retours se font dans le cadre de relations interétatiques, avec un processus diplomatique, des travaux scientifiques, et seulement pour les œuvres qui ont une dimension hautement symbolique dans l’histoire d’un pays. Il n’y aura pas de fait du Prince ! Par exemple, ce que l’on appelle à tort la « couronne » de Madagascar, qui est en réalité un ornement du dais de la reine Ranavalona III, a été prêtée par le président de la République à la demande du président malgache. Ce n’est donc pas une restitution, pour laquelle, j’insiste, il faudrait une loi !

Rendre des biens qui appartiennent à la France, n’est-ce pas un acte de « repentance » ?

Nous sommes dans une démarche de coopération culturelle et historique. A travers ces objets, chacun voit une part de son histoire. Le sabre dit d’El Hadj Omar Tall a été ramené par le général Archinard qui avait participé à la conquête coloniale en Afrique de l’Ouest. Il est français depuis plus d’un siècle et sa lame avait même été forgée dans le Bas-Rhin ! Quant aux pièces du Trésor de Béhanzin, qui proviennent de pillages en 1892, elles ont été sauvées lorsque le roi du Dahomey avait mis le feu à son palais ; elles n’auraient probablement jamais été retrouvées… Voilà pourquoi ces œuvres sont au cœur d’un partenariat, d’une histoire commune entre Etats. Ces restitutions permettent aux populations africaines de revisiter leur propre histoire, qui remonte à bien avant la colonisation. L’Afrique est riche de dynasties et de civilisations anciennes de plusieurs siècles. L’accès à ce patrimoine permet de surmonter toute vision binaire.

A-t-on nous-mêmes dépassé cette vision binaire ?

C’est l’un des objectifs que nous poursuivons. Les Français ne doivent pas avoir dans leurs musées que du Renoir ou du Matisse. La culture a une vocation universaliste. Une œuvre a vocation à circuler, à être exposée au Palais d’Abomey au Bénin ou au Musée des civilisations noires de Dakar, comme au Musée de l’Armée ou au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac. Il ne faut surtout pas rétrécir la culture à une identité ethnique.

Vous avez dit vous retrouver dans la phrase d’Emmanuel Macron sur la colonisation. Pourquoi ?

Comme l’a dit Emmanuel Macron, nous devons reconnaître que la colonisation est un crime, une barbarie, et que nous y avons pris notre part. Il y a un travail de mémoire collective que nous devons mener sur notre passé, qui n’est pas propre à la France. La colonisation a été le fait de tous les peuples. Tous les peuples ont colonisé d’autres peuples, hélas, et tous ont pratiqué l’esclavage, dans la Rome antique, dans les royaumes africains ou dans les civilisations d’Amérique centrale. Le travail de mémoire ne signifie pas mémoire sélective.

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